Sougya : Le folio s'ouvre sur la dernière réponse de la sougya précédente : Rav Achi écarte la preuve tirée de l'affaire du veau en observant que la tête de la bête se trouve à la hauteur de son dos, de sorte qu'y poser les mains revient à toucher le dos et non un côté. Vient ensuite la michna, qui oppose Beit Chammai et Beit Hillel sur les sacrifices du jour de fête : Beit Chammai autorisent les chelamim, dont l'homme mange, refusent les olot, entièrement brûlées, et reportent la semikha à la veille ; Beit Hillel autorisent les deux et la semikha le jour même.
De là découle le sort de Atseret tombant un vendredi, avec ou sans jour d'abattage le dimanche, et les mesures prises ce jour-là contre l'opinion des tsedoukim, qui plaçaient toujours Atseret au lendemain d'un Chabbat. La guemara établit enfin, au nom de Rabbi Ochaya, que Atseret dispose de sept jours de tashlumin : le verset rapproche Chavouot de la fête des matsot, la comparaison concurrente avec Souccot et ses huit jours est écartée par la règle tafasta mou'at tafasta, et la mention de Souccot dans le verset sert alors à lui étendre l'obligation de lina.
Rav Achi a dit : même si tu dis que les côtés sont permis, tout ce qui se trouve au niveau de son dos est considéré comme son dos.
Dernière réponse de la sougya précédente. On y demandait si les tsedadin, les côtés d'une bête dont l'usage est interdit, partagent l'interdit du corps principal, et l'on voulait tirer une preuve de l'affaire du veau sur la tête duquel les femmes posaient les mains.
Rav Achi écarte la preuve : la tête se trouve à la même hauteur que le dos, donc y poser les mains revient à se servir du dos lui-même. L'épisode ne tranche plus rien sur les côtés.
MICHNA. Beit Chammai disent : on apporte des chelamim (sacrifices de paix), et on ne pose pas les mains sur eux, mais on n'apporte pas d'olot (holocaustes).
Et Beit Hillel disent : on apporte des chelamim et des olot, et on pose les mains sur eux.
Début d'une nouvelle michna, consacrée aux sacrifices qu'un particulier peut apporter le jour de fête. Le principe de fond est celui de Chemot 12,16 : le travail autorisé à Yom Tov est celui qui sert à préparer la nourriture des hommes, lakhem, pour vous.
Les chelamim sont mangés par leurs propriétaires et par les kohanim ; leur abattage rentre donc dans la préparation de nourriture. Les olot sont entièrement consumées sur l'autel : Beit Chammai en concluent qu'elles relèvent du gavoah et les reportent après la fête. La semikha, pose des deux mains sur la tête de la victime, est traitée par Beit Chammai comme un chevout (interdit rabbinique) le jour même, d'où le report à la veille.
Atseret qui tombe la veille de Chabbat : Beit Chammai disent : son jour d'abattage est après le Chabbat. Et Beit Hillel disent : il n'y a pas de jour d'abattage après le Chabbat.
Et ils reconnaissent que si elle tombe un Chabbat, son jour d'abattage est après le Chabbat.
Atseret désigne ici Chavouot. Le yom tevoah, jour d'abattage, est le jour où l'on offre les sacrifices de la fête qui n'ont pas pu l'être le jour même : la reiya (holocauste de comparution) et la haguiga (chelamim de fête).
Pour Beit Chammai, qui refusent les olot et la semikha le jour de fête, un tel jour reste nécessaire : ce sera le dimanche. Pour Beit Hillel, tout peut être offert le vendredi, et le dimanche ne sert plus à rien. Les deux écoles s'accordent lorsque Atseret tombe un Chabbat, jour où ces sacrifices ne sont offerts en aucun cas.
Le kohen gadol ne revêt pas ses habits, et il est permis de faire des éloges funèbres et de jeûner, afin de ne pas confirmer la parole de ceux qui disent : Atseret est après le Chabbat.
Le dimanche qui suit Atseret ressemblerait à un jour de fête, puisque les sacrifices de la fête y sont offerts. Les tsedoukim lisaient « le lendemain du Chabbat » (Vayikra 23,15) comme désignant le dimanche de Pessa'h, ce qui plaçait toujours Chavouot un dimanche.
Trois marques publiques écartent cette lecture : la tenue ordinaire du kohen gadol, la permission du hesped (éloge funèbre) et celle du jeûne, toutes trois interdites un jour de fête. Chacun voit ainsi que le jour d'abattage reste un jour ordinaire.
GUEMARA. Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Ochaya : d'où sait-on que Atseret a des tashlumin pendant sept jours ?
De ce qu'il est dit : « à la fête des matsot, à la fête des Chavouot et à la fête des Souccot » (Devarim 16,16). L'Écriture rapproche la fête des Chavouot de la fête des matsot : de même que la fête des matsot a des tashlumin pendant sept jours, de même la fête des Chavouot a des tashlumin pendant sept jours.
Les tashlumin sont le rattrapage des sacrifices de la fête : celui qui n'a pas apporté sa reiya et sa haguiga le premier jour dispose encore des jours suivants. Pour Pessa'h et Souccot, la durée de la fête fournit d'elle-même ces jours. Chavouot ne dure qu'un jour : la question se pose donc de savoir pendant combien de temps le rattrapage reste ouvert.
La réponse passe par un hekech, rapprochement de deux sujets réunis dans un même verset. Devarim 16,16 nomme les trois fêtes ensemble ; Chavouot y est lue à la lumière de la fête des matsot, et reçoit ses sept jours.
Et dis plutôt : l'Écriture la rapproche de la fête des Souccot — de même que la fête des Souccot a des tashlumin pendant huit jours, de même la fête des Chavouot a des tashlumin pendant huit jours ! Le huitième jour est une fête à part entière.
Le même verset nomme aussi Souccot. Si l'on comptait le huitième jour, Chemini Atseret, parmi les jours de Souccot, le rattrapage y durerait huit jours, et Chavouot en recevrait autant.
La guemara répond que Chemini Atseret constitue une fête distincte. Les huit jours invoqués n'existent donc pas comme un ensemble, et la comparaison tombe.
Dis que ce que nous affirmons — le huitième jour est une fête à part entière — ne vaut que pour PZR KShB. Mais quant aux tashlumin, il est le rattrapage du premier jour.
Car nous avons appris : celui qui n'a pas célébré le premier jour de fête de Souccot célèbre pendant toute la fête, ainsi que le dernier jour de fête.
L'indépendance de Chemini Atseret n'est pas totale. Elle porte sur six points, retenus par l'acronyme PZR KShB : payis, zeman, reguel, korban, chir, berakha. En dehors de ces points, le huitième jour demeure lié à Souccot.
La preuve vient d'une michna étudiée plus haut (9a) : celui qui a manque sa haguiga le premier jour peut encore l'apporter « le dernier jour de fête », c'est-à-dire le huitième. Pour les tashlumin, ce jour rattrape donc bien le premier, et les huit jours redeviennent un ensemble.
Si tu as saisi beaucoup, tu n'as rien saisi ; si tu as saisi peu, tu as saisi.
Règle d'interprétation générale. Devant deux lectures possibles d'un verset, l'une large et l'autre étroite, on retient l'étroite, puisqu'elle est contenue dans la large. Celui qui retient sept jours dit vrai dans les deux hypothèses ; celui qui en retient huit se trompe si la réponse était sept.
Appliquée ici, la règle fait choisir le rapprochement avec la fête des matsot et ses sept jours.
Mais alors, pour quelle halakha la Torah a-t-elle écrit « à la fête des Souccot » ? Pour la rapprocher de la fête des matsot : de même que la fête des matsot requiert la lina, de même la fête des Souccot requiert la lina.
Puisque Souccot ne sert plus à fixer le nombre des tashlumin, la guemara cherche ce que sa mention apporte. Un mot du verset qui n'enseigne rien serait superflu.
Elle répond que Souccot est rapprochée de la fête des matsot sur un autre point : la lina, obligation de passer à Yerouchalayim la nuit qui suit la fin de la fête avant de reprendre la route.
Et là-bas, d'où le savons-nous ?
La guemara retourne la question vers la source : si la lina de Souccot se déduit de celle de la fête des matsot, d'où la lina de la fête des matsot se déduit-elle à son tour ? La réponse ouvre la suite de la sougya, au verso du folio.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).