Chagigah 17a — Ce qu'on offre à Yom Tov selon Beit Chammai et Beit Hillel, le jour d'abattage de Atseret et ses sept jours de tashlumin

Chagigah 17a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la dernière réponse de la sougya précédente : Rav Achi écarte la preuve tirée de l'affaire du veau en observant que la tête de la bête se trouve à la hauteur de son dos, de sorte qu'y poser les mains revient à toucher le dos et non un côté. Vient ensuite la michna, qui oppose Beit Chammai et Beit Hillel sur les sacrifices du jour de fête : Beit Chammai autorisent les chelamim, dont l'homme mange, refusent les olot, entièrement brûlées, et reportent la semikha à la veille ; Beit Hillel autorisent les deux et la semikha le jour même.

De là découle le sort de Atseret tombant un vendredi, avec ou sans jour d'abattage le dimanche, et les mesures prises ce jour-là contre l'opinion des tsedoukim, qui plaçaient toujours Atseret au lendemain d'un Chabbat. La guemara établit enfin, au nom de Rabbi Ochaya, que Atseret dispose de sept jours de tashlumin : le verset rapproche Chavouot de la fête des matsot, la comparaison concurrente avec Souccot et ses huit jours est écartée par la règle tafasta mou'at tafasta, et la mention de Souccot dans le verset sert alors à lui étendre l'obligation de lina.

Beit Chammai et Beit Hillel : ce que l'on offre à Yom Tov Beit Chammai Beit Hillel Chelamim sacrifices de paix On les apporte : l'homme en mange, c'est une préparation de nourriture On les apporte Olot holocaustes On ne les apporte pas : lakhem, pour vous, et non pour le gavoah (Chemot 12,16) On les apporte Semikha pose des mains, le jour même Reportée à la veille de Yom Tov : la semikha du jour est un chevout Le jour même, sur les chelamim comme sur les olot Conséquence pratique Pour Beit Chammai, une part des sacrifices de la fête attend un jour d'abattage après le Yom Tov ; pour Beit Hillel, ce report devient inutile.
La michna en un tableau : chelamim, olot et semikha selon les deux écoles, et le report qui en découle.
Le jour d'abattage de Atseret selon la date où elle tombe Cas 1 : Atseret tombe un vendredi (erev Chabbat) Vendredi Atseret Samedi Chabbat Dimanche jour ordinaire Beit Chammai : yom tevoah dimanche Beit Hillel : pas de yom tevoah Beit Chammai refusent les olot le jour de fête et la semikha ce jour-là : ce qui reste à offrir attend le dimanche. Beit Hillel permettent tout le vendredi même : le dimanche n'a plus de fonction sacrificielle. Cas 2 : Atseret tombe un Chabbat — les deux écoles s'accordent Samedi Chabbat et Atseret Dimanche yom tevoah Le Chabbat repousse les sacrifices de la fête pour tous : l'abattage est nécessairement reporté au lendemain. Ce dimanche-là, on prend soin de montrer qu'il ne s'agit pas d'un jour de fête car les tsedoukim plaçaient toujours Atseret au lendemain d'un Chabbat.
Deux configurations du calendrier, la position de chaque école, et la raison des mesures prises le dimanche.
Combien de jours de tashlumin pour Atseret ? Le trajet de la guemara Devarim 16,16 : à la fête des matsot, à la fête des Chavouot, à la fête des Souccot Les trois noms réunis dans un même verset appellent une comparaison (hekech). Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya Chavouot est rapprochée de Pessa'h : sept jours de tashlumin. Objection : pourquoi ne pas la rapprocher de Souccot et de ses huit jours ? Réponse : le huitième jour est une fête à part entière. Nouvelle objection : cette indépendance ne vaut que pour PZR KShB ; quant aux tashlumin, le huitième jour rattrape encore le premier. Conclusion : tafasta mou'at tafasta — on retient le nombre réduit Sept est compris dans huit : la prise reste vraie dans les deux hypothèses. La mention de Souccot sert alors à lui étendre l'obligation de lina.
De la question sur les tashlumin de Atseret jusqu'à la règle tafasta mou'at tafasta et au rôle résiduel de Souccot dans le verset.
1
רַב אַשִּׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא צְדָדִין מֻותָּרִין, כָּל דְּבַהֲדֵי גַּבָּהּ — כְּגַבָּהּ דָּמֵי.

Rav Achi a dit : même si tu dis que les côtés sont permis, tout ce qui se trouve au niveau de son dos est considéré comme son dos.

📜 Rachi (2)
דְּבַהֲדֵי גַּבָּהּ שֶׁשָּׁוֶה לְגֹובַהּ הַגַּב שֶׁל בְּהֵמָה:
« Ce qui se trouve au niveau de son dos » : ce qui est à la même hauteur que le dos de la bête.
כְּגַבָּהּ שֶׁל בְּהֵמָה דָּמֵי וְהָרֹאשׁ שָׁוֶה בְּגֹובַהּ לְגַב הַבְּהֵמָה:
« Est considéré comme le dos de la bête » : et la tête se trouve à la même hauteur que le dos de la bête.
🗂️ Tossefot (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר אֲפִילּוּ תֵּימָא צְדָדִין מֻותָּרִין. דִּיחוּיָא בְּעָלְמָא דְּהָא ס"ל לְרַב אַשִּׁי בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּשַׁבָּת (דַּף קָנֶה. וְשָׁם) אָמַר רַב אָשֵׁי הַשְׁתָּא דְּאָמְרִינַן צְדָדִין אֲסוּרִין אֶלָּא הָכִי קָאָמַר דְּמֵהָא לֵיכָּא לְמִישְׁמַע מִינָּהּ:
« Rav Achi a dit : même si tu dis que les côtés sont permis » : il s'agit d'une simple réfutation de circonstance (dihouya be-alma), car Rav Achi tient, au dernier chapitre de Chabbat (155a), que « maintenant que nous disons que les côtés sont interdits... ». Il veut seulement dire ici que de cette affaire on ne peut rien apprendre.
💡 Explication

Dernière réponse de la sougya précédente. On y demandait si les tsedadin, les côtés d'une bête dont l'usage est interdit, partagent l'interdit du corps principal, et l'on voulait tirer une preuve de l'affaire du veau sur la tête duquel les femmes posaient les mains.

Rav Achi écarte la preuve : la tête se trouve à la même hauteur que le dos, donc y poser les mains revient à se servir du dos lui-même. L'épisode ne tranche plus rien sur les côtés.

🖼️ Schéma
Pourquoi la tête de la bête ne prouve rien sur les côtés hauteur du dos corps tête au niveau du dos = comme le dos flanc = côté (tsad), en contrebas du dos Les mains posées sur la tête touchent donc le dos : aucune preuve sur les côtés.
La tête est à la hauteur du dos ; le flanc, lui, se trouve en contrebas. L'épisode du veau ne porte donc que sur le dos.
2
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבִיאִין שְׁלָמִים, וְאֵין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶם, אֲבָל לֹא עוֹלוֹת. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבִיאִין שְׁלָמִים וְעוֹלוֹת, וְסוֹמְכִין עֲלֵיהֶם.

MICHNA. Beit Chammai disent : on apporte des chelamim (sacrifices de paix), et on ne pose pas les mains sur eux, mais on n'apporte pas d'olot (holocaustes).

Et Beit Hillel disent : on apporte des chelamim et des olot, et on pose les mains sur eux.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מְבִיאִין שְׁלָמִים ביו"ט שֶׁהֵן אֲכִילַת הֶדְיוֹט:
« On apporte des chelamim » : à Yom Tov, car ils constituent une nourriture pour l'homme ordinaire (hedyot).
וְאֵין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶן כִּדְאָמְרִינַן אֶלָּא סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן מֵעֶרֶב יו"ט וְשׁוֹחֲטָן ביו"ט דְּלָא בָּעֵינַן תֵּכֶף לִסְמִיכָה שְׁחִיטָה:
« Et on ne pose pas les mains sur eux » : comme nous l'avons dit, il pose plutôt les mains la veille de Yom Tov et les abat à Yom Tov, car on n'exige pas que l'abattage suive immédiatement la semikha.
אֲבָל לֹא מְבִיאִין עוֹלוֹת בְּאוֹתָן שֶׁיָּכוֹל לְהָבִיא לְאַחַר יו"ט דִּכְתִיב הוּא לְבַדּוֹ יֵעָשֶׂה לָכֶם (שְׁמוֹת י״ב:ט״ז) לָכֶם וְלֹא לְגָבוֹהַּ:
« Mais on n'apporte pas d'olot » : s'agissant de celles qu'il peut apporter après Yom Tov, car il est écrit « lui seul sera fait pour vous » (Chemot 12,16) — pour vous, et non pour le gavoah (le domaine consacré).
🗂️ Tossefot (1)
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מְבִיאִין שְׁלָמִים. בְּבֵיצָה בפ"ב (דַּף יט.) מִיתַּנְיָא וְהָתָם עִיקָּר וְהָכָא אַגַּב גְּרָרָא נָסְבָא שֶׁמַּייְרֵי בַּחֲגִיגָה וְכֵן מַשְׁמַע שֶׁמַּאֲרִיךְ הָתָם טְפֵי לְפָרֵשׁ וְיֵשׁ לְהוֹכִיחַ מִינָּהּ דְּבֵיצָה מִיתַּנְיָא מִקַּמֵּי מְכִילְתִּין:
« Beit Chammai disent : on apporte des chelamim » : cette michna est enseignée dans Betsa, au deuxième chapitre (19a), et c'est là qu'est sa place principale ; ici elle est reprise incidemment (agav guerera), parce que notre traité parle de la haguiga. Cela ressort aussi de ce que la guemara développe davantage là-bas pour l'expliquer. On peut en tirer une preuve que Betsa a été enseigné avant notre traité.
💡 Explication

Début d'une nouvelle michna, consacrée aux sacrifices qu'un particulier peut apporter le jour de fête. Le principe de fond est celui de Chemot 12,16 : le travail autorisé à Yom Tov est celui qui sert à préparer la nourriture des hommes, lakhem, pour vous.

Les chelamim sont mangés par leurs propriétaires et par les kohanim ; leur abattage rentre donc dans la préparation de nourriture. Les olot sont entièrement consumées sur l'autel : Beit Chammai en concluent qu'elles relèvent du gavoah et les reportent après la fête. La semikha, pose des deux mains sur la tête de la victime, est traitée par Beit Chammai comme un chevout (interdit rabbinique) le jour même, d'où le report à la veille.

3
עֲצֶרֶת שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: יוֹם טְבֹוחַ אַחַר הַשַּׁבָּת. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֵין יוֹם טְבֹוחַ אַחַר הַשַּׁבָּת. וּמוֹדִים שֶׁאִם חָלָה לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, שֶׁיּוֹם טְבֹוחַ אַחַר הַשַּׁבָּת.

Atseret qui tombe la veille de Chabbat : Beit Chammai disent : son jour d'abattage est après le Chabbat. Et Beit Hillel disent : il n'y a pas de jour d'abattage après le Chabbat.

Et ils reconnaissent que si elle tombe un Chabbat, son jour d'abattage est après le Chabbat.

📜 Rachi (2)
יוֹם טְבוֹחַ שֶׁל קָרְבְּנוֹת רְאִייָּה וַחֲגִיגָה שֶׁל יו"ט לְאַחַר הַשַּׁבָּת שֶׁאֵין קְרֵיבִין לֹא ביו"ט וְלֹא בְּשַׁבָּת:
« Jour d'abattage » : celui des sacrifices de reiya et de haguiga du Yom Tov, placé après le Chabbat, car ils ne sont offerts ni à Yom Tov ni à Chabbat.
אֵין לָהּ יוֹם טְבֹוחַ אֵינָהּ צְרִיכָה יוֹם טְבוֹחַ שֶׁמֻּותָּר לְהַקְרִיבָן ביו"ט:
« Elle n'a pas de jour d'abattage » : elle n'a pas besoin d'un jour d'abattage, puisqu'il est permis de les offrir à Yom Tov.
🗂️ Tossefot (2)
יוֹם טְבוֹחַ שֶׁלּוֹ אַחַר הַשַּׁבָּת. ואע"ג דְּלָא חֲזוּ בָּרִאשׁוֹן מַיְיתֵי לָהּ בַּשֵּׁנִי אֲפִילּוּ לָמֶ"ד תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן כֵּיוָן שֶׁאֵין הָעַכָּבָה רַק בִּשְׁבִיל הַיּוֹם כִּדְפֵי' לְעֵיל חַזְיָא מִיהָא קָרֵינַן בֵּיהּ:
« Son jour d'abattage est après le Chabbat » : et bien qu'ils n'aient pas été aptes le premier jour, on les apporte le second, même selon celui qui tient que ces jours sont un rattrapage du premier. Puisque l'empêchement ne tient qu'au jour lui-même, comme on l'a expliqué plus haut, on les considère malgré tout comme aptes.
יוֹם טְבֹוחַ אַחַר הַשַּׁבָּת. פרש"י קָרְבְּנוֹת רְאִיָּיה וַחֲגִיגָה שֶׁאֵין קְרֵיבִין לֹא ביו"ט וְלֹא בְּשַׁבָּת וְלֹא יִתָּכֵן לוֹמַר דַּחֲגִיגָה אַמַּאי לָא ומ"ש מִשְּׁלָמִים לב"ש וּמִיהוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי מַיְיתֵי אָמְרוּ לָהֶם לב"ה נְדָרִים וּנְדָבוֹת יוֹכִיחוּ [שֶׁמֻּותָּרִין לַהֶדְיוֹט וַאֲסוּרִים לַגָּבוֹהַּ] אָמְרוּ לָהֶם ב"ה מַה לִנְדָרִים וּנְדָבוֹת שֶׁאֵין קָבוּעַ לָהֶם זְמַן תֹּאמְרוּ בַּחֲגִיגָה שֶׁזְּמַנָּהּ קָבוּעַ אָמְרוּ לָהֶם ב"ש חֲגִיגָה נָמֵי אֵין זְמַנָּהּ קָבוּעַ שֶׁאִם לֹא חָגַג בָּרִאשׁוֹן חוֹגֵג וְהוֹלֵךְ כָּל הָרֶגֶל אָמְרוּ לָהֶם ב"ה כֵּיוָן שֶׁאִם לֹא חָג בָּרֶגֶל אֵינוֹ יָכוֹל לָחֹוג אַחַר הָרֶגֶל הַייְנוּ זְמַנּוֹ קָבוּעַ מַשְׁמַע דְּאַף בַּחֲגִיגָה פְּלִיגִי כִּדְפָרֵישִׁית:
« Le jour d'abattage est après le Chabbat » : Rachi a expliqué qu'il s'agit des sacrifices de reiya et de haguiga, qui ne sont offerts ni à Yom Tov ni à Chabbat. Or cela se conçoit mal pour la haguiga : pourquoi ne serait-elle pas offerte, et en quoi différerait-elle des chelamim selon Beit Chammai ? Toutefois, le Yerouchalmi rapporte : Beit Chammai leur dirent — les nedarim et nedavot (vœux et dons volontaires) le prouvent [ils sont permis pour l'homme ordinaire et interdits pour le gavoah]. Beit Hillel leur répondirent : en quoi les nedarim et nedavot sont-ils comparables, eux qui n'ont pas de temps fixe ? En diras-tu autant de la haguiga, dont le temps est fixe ? Beit Chammai leur dirent : la haguiga non plus n'a pas de temps fixe, car s'il n'a pas célébré le premier jour, il célèbre tout au long de la fête. Beit Hillel leur dirent : puisque, s'il n'a pas célébré pendant la fête, il ne peut plus célébrer après elle, son temps est bien fixe. Cela indique qu'ils sont en désaccord aussi sur la haguiga, comme je l'ai expliqué.
💡 Explication

Atseret désigne ici Chavouot. Le yom tevoah, jour d'abattage, est le jour où l'on offre les sacrifices de la fête qui n'ont pas pu l'être le jour même : la reiya (holocauste de comparution) et la haguiga (chelamim de fête).

Pour Beit Chammai, qui refusent les olot et la semikha le jour de fête, un tel jour reste nécessaire : ce sera le dimanche. Pour Beit Hillel, tout peut être offert le vendredi, et le dimanche ne sert plus à rien. Les deux écoles s'accordent lorsque Atseret tombe un Chabbat, jour où ces sacrifices ne sont offerts en aucun cas.

4
אֵין כֹּהֵן גָּדוֹל מִתְלַבֵּשׁ בְּכֵלָיו, וּמֻותָּרִין בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית, שֶׁלֹּא לְקַייֵּם דִּבְרֵי הָאוֹמְרִין: עֲצֶרֶת אַחַר הַשַּׁבָּת.

Le kohen gadol ne revêt pas ses habits, et il est permis de faire des éloges funèbres et de jeûner, afin de ne pas confirmer la parole de ceux qui disent : Atseret est après le Chabbat.

📜 Rachi (1)
אֵין כֹּהֵן גָּדוֹל מִתְלַבֵּשׁ בְּכֵלִים נָאִים בְּבֵיתוֹ וּבַשּׁוּק וְלָאו בִּשְׁעַת עֲבוֹדָה קָאָמַר וְלֹא בְּבִגְדֵי כְּהֻונָּה קָאֵי אֶלָּא שֶׁלֹּא יִתְנָאֶה בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁיּוֹם טְבוֹחַ שֶׁל עֲצֶרֶת אַחַר שַׁבָּת שֶׁיָּבִינוּ הַכֹּל שֶׁאֵינוֹ הַיּוֹם יו"ט מִפְּנֵי הַצָּדוֹקִין שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים עֲצֶרֶת אַחַר שַׁבָּת:
« Le kohen gadol ne revêt pas ses habits » : ses beaux vêtements, chez lui et dans la rue. Il ne s'agit pas du moment du service, et le texte ne parle pas des vêtements de kehouna : il veut dire qu'il ne se pare pas ce jour-là, lorsque le jour d'abattage de Atseret tombe après le Chabbat, afin que tous comprennent que ce jour n'est pas Yom Tov, à cause des tsedoukim qui disaient : Atseret est après le Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין כֹּהֵן מִתְלַבֵּשׁ בְּכֵלָיו. פרש"י בְּכֵלִים נָאִים שֶׁלּוֹ וּבְבֵיתוֹ וּבַשּׁוּק שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת עֲבוֹדָה וְלֹא בְּבִגְדֵי כְּהֻונָּה קָאָמַר אֶלָּא שֶׁלֹּא יִתְנָאֶה בְּאוֹתוֹ יוֹם טְבוֹחַ שֶׁיָּבִינוּ הַכֹּל שֶׁאֵינוֹ יו"ט וְקָשֶׁה לְמוֹרִי חֲדָא דְּלִישָּׁנָא לָא מַשְׁמַע לֵיהּ דה"ל לְמִינְקַט בְּכֵלִים נָאִין וְעוֹד מַאי אִירְיָא כֹּהֵן גָּדוֹל אֲפִילּוּ שְׁאָר אָדָם נָמֵי וְנִרְאֶה לוֹ דַּבַּח' בְּגָדִים אַייְרֵי שֶׁבְּיָמִים טוֹבִים הָיָה רָגִיל כֹּהֵן גָּדוֹל לַעֲבֹוד בִּשְׁבִיל כְּבוֹד הַיּוֹם אֲבָל בְּיוֹם טְבוֹחַ לֹא הָיָה לוֹבְשָׁן כְּדֵי לַעֲבֹוד שֶׁלֹּא יִתְרָאֶה לִהְיוֹת יו"ט וּרְאָיָה לִדְבָרָיו בִּירוּשַׁלְמִי בְּפִירְקִין א"ר יוֹסֵי בַּר בּוֹן בְּשֵׁם רִיבָּ"ל בְּכָל יוֹם כ"ג מִתְלַבֵּשׁ בְּכֵלָיו וְהוֹלֵךְ וּמַקְרִיב תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר אִם יֵשׁ שָׁם נְדָרִים וּנְדָבוֹת מַקְרִיב אוֹתָן וְהוֹלֵךְ וְאוֹכֵל בְּבֵיתוֹ וּבָא וּמַקְרִיב תָּמִיד שֶׁל עֶרֶב רַבִּי עוּקְבָא בְּשֵׁם רִיבָּ"ל אָמַר לֹא הָיָה עוֹשֶׂה כֵּן אֶלָּא בְּשַׁבָּתוֹת וי"ט כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא הָיָה רָגִיל וּמִתְלַבֵּשׁ בְּכֵלָיו וְלַעֲבֹוד אֶלָּא אָז מִפְּנֵי כְּבוֹד הַיּוֹם אֲבָל אִי בָּעֵי מַקְרִיב בְּכָל אוֹת נַפְשׁוֹ כְּדִתְנַן בְּיוֹמָא (דַּף יד.) מַקְרִיב בְּרֹאשׁ וּבְיוֹם טְבוֹחַ אַף לְכֻולֵּי עָלְמָא לֹא הָיָה מִתְלַבֵּשׁ שֶׁלֹּא יַכִּירוּ שֶׁהוּא יוֹם טוֹב:
« Le kohen ne revêt pas ses habits » : Rachi a expliqué qu'il s'agit de ses beaux vêtements, chez lui et dans la rue, hors du moment du service, et non des vêtements de kehouna ; le sens étant qu'il ne se pare pas ce jour d'abattage, afin que tous comprennent qu'il n'est pas Yom Tov. Mon maître y voit une difficulté. D'abord, le terme employé ne le suggère pas : il aurait fallu dire « avec de beaux vêtements ». Ensuite, pourquoi parler du kohen gadol, puisque cela vaudrait pour tout homme ? Il lui semble donc qu'il s'agit des huit vêtements : les jours de fête, le kohen gadol avait coutume d'officier en l'honneur du jour, mais le jour d'abattage il ne les revêtait pas pour officier, afin que ce jour ne paraisse pas être Yom Tov. Une preuve à ses paroles se trouve dans le Yerouchalmi, sur notre chapitre : Rabbi Yossi bar Boun a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : chaque jour, le kohen gadol revêt ses habits, va offrir le tamid du matin ; s'il y a là des nedarim et nedavot, il les offre, puis il va manger chez lui, revient et offre le tamid du soir. Rabbi Oukva au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il n'agissait ainsi que les Chabbat et les jours de fête — c'est-à-dire qu'il n'avait coutume de revêtir ses habits et d'officier qu'alors, en l'honneur du jour ; mais s'il le veut, il offre tout ce que son âme désire, comme nous l'avons appris dans Yoma (14a) : il offre en tête. Et le jour d'abattage, même pour tous, il ne se revêtait pas, afin qu'on ne prenne pas ce jour pour un jour de fête.
💡 Explication

Le dimanche qui suit Atseret ressemblerait à un jour de fête, puisque les sacrifices de la fête y sont offerts. Les tsedoukim lisaient « le lendemain du Chabbat » (Vayikra 23,15) comme désignant le dimanche de Pessa'h, ce qui plaçait toujours Chavouot un dimanche.

Trois marques publiques écartent cette lecture : la tenue ordinaire du kohen gadol, la permission du hesped (éloge funèbre) et celle du jeûne, toutes trois interdites un jour de fête. Chacun voit ainsi que le jour d'abattage reste un jour ordinaire.

🖼️ Schéma
Trois marques publiques le jour d'abattage Le kohen gadol reste en tenue ordinaire et ne se pare pas Le hesped éloge funèbre permis ce jour-là Le jeûne taanit permis ce jour-là Autant de gestes interdits un jour de fête : ce jour reste un jour ordinaire. La lecture des tsedoukim, qui place Atseret au lendemain d'un Chabbat, s'en trouve écartée.
Les trois signes donnés au public le jour d'abattage et ce qu'ils visent à écarter.
5
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: מִנַּייִן לַעֲצֶרֶת שֶׁיֵּשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין, כָּל שִׁבְעָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבְחַג הַשָּׁבֻועוֹת וּבְחַג הַסֻּוכּוֹת״, מַקִּישׁ חַג הַשָּׁבוּעוֹת לְחַג הַמַּצּוֹת: מָה חַג הַמַּצּוֹת יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה — אַף חַג הַשָּׁבוּעוֹת יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה.

GUEMARA. Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Ochaya : d'où sait-on que Atseret a des tashlumin pendant sept jours ?

De ce qu'il est dit : « à la fête des matsot, à la fête des Chavouot et à la fête des Souccot » (Devarim 16,16). L'Écriture rapproche la fête des Chavouot de la fête des matsot : de même que la fête des matsot a des tashlumin pendant sept jours, de même la fête des Chavouot a des tashlumin pendant sept jours.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מָה חַג הַמַּצּוֹת יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה כִּדְרַבִּינַן קְרָאֵי בפ"ק (דַּף ט.) (בְּחַג) הַסֻּוכּוֹת וה"ה לְחַג הַמַּצּוֹת שֶׁהֲרֵי אַף הוּא שְׂבֵעַת יָמִים:
« De même que la fête des matsot a des tashlumin pendant sept jours » : comme nous l'avons tiré des versets au premier chapitre (9a) à propos de la fête des Souccot ; et il en va de même pour la fête des matsot, qui dure elle aussi sept jours.
🗂️ Tossefot (1)
אַף עֲצֶרֶת יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין. בִּירוּשַׁלְמִי אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר בּוֹן דָּוִד מֵת בַּעֲצֶרֶת וְהָיוּ כָּל יִשְׂרָאֵל אוֹנְנִין וְהִקְרִיבוּ לְמָחָר כְּלוֹמַר מֵהָתָם מַשְׁמַע שֶׁהָיָה לוֹ תַּשְׁלוּמִין וְקָשֶׁה לה"ר אֶלְחָנָן תִּיפּוֹק לֵיהּ בְּלָאו הָכִי לֹא הִקְרִיבוּ בָּרִאשׁוֹן כֵּיוָן שֶׁהָיָה שַׁבָּת כִּדְמַשְׁמַע בְּשַׁבָּת בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת ל.) דִּבְשַׁבָּת נִפְטַר דָּוִד וְשֶׁמָּא הָתָם לֵית לֵיהּ הָכִי אֶלָּא פְּלִיג אַהָא:
« Atseret aussi a des tashlumin » : dans le Yerouchalmi, Rabbi Yossi bar Boun a dit : David mourut à Atseret, tout Israël était onen (endeuillé du premier jour), et ils offrirent le lendemain — ce qui indique qu'il y avait des tashlumin. Le Rav Elhanan y voit une difficulté : de toute manière, ils n'ont pas offert le premier jour puisque c'était Chabbat, comme il ressort de Chabbat, chapitre Bamé madlikin (30a), où il est dit que David mourut un Chabbat. Peut-être le Yerouchalmi ne tient-il pas ainsi, et se sépare-t-il sur ce point.
💡 Explication

Les tashlumin sont le rattrapage des sacrifices de la fête : celui qui n'a pas apporté sa reiya et sa haguiga le premier jour dispose encore des jours suivants. Pour Pessa'h et Souccot, la durée de la fête fournit d'elle-même ces jours. Chavouot ne dure qu'un jour : la question se pose donc de savoir pendant combien de temps le rattrapage reste ouvert.

La réponse passe par un hekech, rapprochement de deux sujets réunis dans un même verset. Devarim 16,16 nomme les trois fêtes ensemble ; Chavouot y est lue à la lumière de la fête des matsot, et reçoit ses sept jours.

6
וְאֵימָא: מַקִּישׁ לְחַג הַסֻּוכּוֹת, מָה חַג הַסֻּוכּוֹת יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שְׁמוֹנָה — אַף חַג הַשָּׁבוּעוֹת יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שְׁמוֹנָה! שְׁמִינִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא.

Et dis plutôt : l'Écriture la rapproche de la fête des Souccot — de même que la fête des Souccot a des tashlumin pendant huit jours, de même la fête des Chavouot a des tashlumin pendant huit jours ! Le huitième jour est une fête à part entière.

💡 Explication

Le même verset nomme aussi Souccot. Si l'on comptait le huitième jour, Chemini Atseret, parmi les jours de Souccot, le rattrapage y durerait huit jours, et Chavouot en recevrait autant.

La guemara répond que Chemini Atseret constitue une fête distincte. Les huit jours invoqués n'existent donc pas comme un ensemble, et la comparaison tombe.

7
אֵימוֹר דְּאָמְרִי[נֵן] שְׁמִינִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא — הָנֵי מִילֵּי לְעִנְיַן פָּזֵ״ר קֶשֶׁ״ב. אֲבָל לְעִנְיַן תַּשְׁלוּמִין — תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן הוּא. דִּתְנַן: מִי שֶׁלֹּא חָג בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג — חוֹגֵג אֶת כָּל הָרֶגֶל, וְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן.

Dis que ce que nous affirmons — le huitième jour est une fête à part entière — ne vaut que pour PZR KShB. Mais quant aux tashlumin, il est le rattrapage du premier jour.

Car nous avons appris : celui qui n'a pas célébré le premier jour de fête de Souccot célèbre pendant toute la fête, ainsi que le dernier jour de fête.

📜 Rachi (1)
פז"ר קש"ב פיי"ס זמ"ן רג"ל קרב"ן שי"ר ברכ"ה פַּייִס לְעִנְיַן פְּרִי הֶחָג כָּל שִׁבְעַת יְמֵי הֶחָג אֵין מְפַיְּיסִין עֲלֵיהֶן אֶלָּא לְפִי חֶשְׁבּוֹן הַמִּשְׁמָרוֹת לְפִי סִידְרָן מַקְרִיבִין אוֹתָן כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת סֻוכָּה (דַּף נה:) מִי שֶׁהָיָה מַקְרִיב פָּרִים הַיּוֹם לֹא הָיָה מַקְרִיב לְמָחָר וּפַר שֶׁל שְׁמִינִי מְפַיְּיסִין עָלָיו אֵיזֶהוּ מִן הַמִּשְׁמָרוֹת יַקְרִיבֶנּוּ זְמַן שֶׁהֶחֱייָנוּ רֶגֶל שֶׁיֵּשׁ לוֹ שֵׁם רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְאֵינוֹ קָרוּי סֻוכּוֹת קָרְבָּן שֶׁאֵין בְּהֵמוֹת קָרְבְּנוֹתָיו כְּסֵדֶר פְּרִי הֶחָג שֶׁפְּרִי הֶחָג מִתְמַעֲטִין וְהוֹלְכִין וְכִבְשֵׂיהֶן י"ד בְּכָל יוֹם וְאֵילִים שְׁנַיִם וּבַשְּׁמִינִי פַּר אֶחָד אַיִל אֶחָד וְשִׁבְעָה כְּבָשִׂים שִׁיר אֵין שִׁיר קָרְבְּנוֹתָיו כְּסֵדֶר שִׁיר שֶׁל יְמוֹת הֶחָג וְאֵינוֹ מְדַבֵּר מֵעִנְיַן פָּרָשִׁיּוֹת שֶׁל הומבה"י (סֻוכָּה נה.) שֶׁהוּא סִימָן לְשִׁיר שֶׁל יְמוֹת הֶחָג בְּרָכָה שֶׁהָיוּ מְבָרְכִים אֶת הַמֶּלֶךְ זֵכֶר לִשְׁלֹמֹה שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם וַיְבָרֲכוּ אֶת הַמֶּלֶךְ (מְלָכִים א ח׳:ס״ו):
« PZR KShB » : payis, zeman, reguel, korban, chir, berakha. Payis : quant aux taureaux de la fête, on ne tire pas au sort à leur sujet pendant les sept jours de la fête ; on les offre selon le compte des michmarot, dans leur ordre, comme nous l'avons appris au traité Souccot (55b) : celui qui offrait des taureaux un jour n'en offrait pas le lendemain ; pour le taureau du huitième jour, en revanche, on tire au sort pour savoir quelle michmar l'offrira. Zeman : la bénédiction chehehiyanou. Reguel : il porte un nom de fête à lui et n'est pas appelé Souccot. Korban : les bêtes de ses sacrifices suivent un autre ordre que les taureaux de la fête, car ceux-ci vont en diminuant, leurs agneaux sont quatorze chaque jour et leurs béliers deux, tandis que le huitième jour compte un taureau, un bélier et sept agneaux. Chir : le chant de ses sacrifices suit un autre ordre que celui des jours de la fête, et il ne relève pas des passages désignés par HOMBH"Y (Souccot 55a), signe du chant des jours de la fête. Berakha : on bénissait le roi, en souvenir de Chelomo, dont il est dit : « le huitième jour il renvoya le peuple, et ils bénirent le roi » (Melakhim I 8,66).
🗂️ Tossefot (1)
פז"ר קש"ב. פרש"י רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ שֶׁיֶּשׁ לוֹ שֵׁם בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְאֵינוֹ בִּכְלַל סֻוכּוֹת וּבְרָכָה הִיא בִּרְכַּת הַמֶּלֶךְ כְּדִכְתִיב בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם וְגוֹ' וְקָשֶׁה לר"ת דְּהָא בְּפָ' לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מז. וְשָׁם) אָמַר כְּשֵׁם שֶׁחַג טָעוּן שִׁיר קָרְבָּן בְּרָכָה וְלִינָה אַף שְׁמִינִי עֲצֶרֶת טָעוּן בְּרָכָה וְקָרְבָּן וְשִׁיר וְלִינָה מַאי לָאו זְמַן לֹא ברהמ"ז וּתְפִלָּה וְעוֹד לִישָּׁנָא דִּנְקַט בְּרָכָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ מַשְׁמַע דְּאַף בְּיָמִים אֲחֵרִים אִיתֵיהּ וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי בְּרָכָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ מַאי הִיא א"ל זְמַן א"ל זְמַן כָּל שִׁבְעָה מִי אִיכָּא מַשְׁמַע דִּבְבִרְכַּת הַמָּזוֹן וּתְפִלָּה בָּעֵי לְמֵימַר דְּאִיכָּא כָּל ז' וּמְפָרֵשׁ לְשֵׁם מְנָא יָדְעִינַן שֶׁהוּא רֶגֶל דְּהָא בְּכוּלְּהוּ כְּתִיב וּבַיּוֹם וְכָאן בַּיּוֹם לְלַמֵּד שֶׁהוּא רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְנִרְאֶה לר"ת בְּרָכָה בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וּתְפִלָּה שֶׁמַּזְכִּירִין אֶת שְׁמִינִי עֲצֶרֶת וְרֶגֶל הַיְינוּ לִינָה שֶׁטָּעוּן לִינָה בִּירוּשָׁלַיִם ור"ח מְפָרֵשׁ רֶגֶל לְעִנְיַן אֲבֵילוּת וְהָכָא אִיתָא בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף כֹּד:) הֲרֵי עָבְרוּ עָלָיו עֶרֶב הַחַג וְהֶחָג וּשְׁמִינִי שֶׁלּוֹ הֲרֵי כָּאן כ"א וּשְׁנֵיהֶם יָסַד ר"ת בְּמַעֲרִיב שֶׁלּוֹ לִינַת שְׁלֹשִׁים יִדְחֵם כַּאֲשֶׁר אֲבֵלִים יִנָּחֵם וּבִרְכַּת הַמֶּלֶךְ לָא בָּעֵי לְמִיתְנֵי מִשּׁוּם דִּנְחִית אַשְּׁאָר יָמִים וּבִרְכַּת הַמֶּלֶךְ אֵינָהּ לְשָׁם וְלִינָה לָא בָּעֵי לְמִיתְנֵי לְדִבְרֵי רַשִׁ"י ור"ח מִשּׁוּם דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ שִׁיר פרש"י לָא אִיתַּפְרַשׁ לֵיהּ ור"ת מְפָרֵשׁ דְּאוֹמֵר מִזְמוֹר שֶׁלּוֹ שָׁלֵם דְּבִשְׁאָר יְמֵי הַחַג אוֹמֵר הומבה"י כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם שֶׁמַּתְחִיל בְּיוֹם אֶחָד מִזְמוֹר וּמְסַיֵּים בַּשֵּׁנִי וְכָאן כֻּולּוֹ שָׁלֵם וְרַבִּי עַזְרִיאֵל מָצָא שֶׁאָמַר לַמְנַצֵּחַ עַל הַשְּׁמִינִית מִיהוּ אוֹמֵר רִ"י דְּהָתָם לֹא מְדַבֵּר רַק מַה שֶׁאוֹמֵר בִּפְסוּקֵי דְּזִמְרָה כְּמוֹ שֶׁמּוֹסִיפִים מִזְמוֹרִים בְּשַׁבָּת מ"מ מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים אוֹתוֹ בַּמִּקְדָּשׁ כֵּיוָן דְּנִתְקַן לוֹמַר:
« PZR KShB » : Rachi a expliqué « reguel » en ce sens qu'il porte un nom à lui et n'entre pas dans la dénomination de Souccot, et « berakha » comme la bénédiction du roi, ainsi qu'il est écrit « le huitième jour il renvoya le peuple » etc. Rabbenou Tam y voit une difficulté : au chapitre Loulav vé-arava (Souccot 47a), il est dit — de même que la fête requiert chant, sacrifice, bénédiction et lina, de même Chemini Atseret requiert bénédiction, sacrifice, chant et lina ; que serait cette bénédiction sinon le zeman ? On y répond : il s'agit du birkat hamazon et de la tefila. En outre, le terme « berakha à part entière » indique qu'elle existe aussi les autres jours. Ainsi lit-on dans le Yerouchalmi : « berakha à part entière », qu'est-ce ? Il lui dit : le zeman. Il lui répondit : le zeman existe-t-il pendant les sept jours ? Cela indique qu'on entend le birkat hamazon et la tefila, qui existent bien pendant les sept jours. Et l'on explique là-bas : d'où savons-nous qu'il s'agit d'une fête ? De ce que pour tous les autres jours il est écrit « et le jour », tandis qu'ici « le jour », pour enseigner qu'il s'agit d'une fête à part entière. Rabbenou Tam explique donc « berakha » comme le birkat hamazon et la tefila, où l'on mentionne Chemini Atseret, et « reguel » comme la lina, puisqu'il requiert de passer la nuit à Yerouchalayim. Rabbenou Hananel explique « reguel » quant au deuil, et l'on trouve au dernier chapitre de Moed Katan (24b) : voici que sont passés sur lui la veille de la fête, la fête et son huitième — cela fait vingt et un. Rabbenou Tam a placé les deux explications dans le maariv qu'il a composé : « la lina des trente, il les repousse ; comme des endeuillés, il les console. » Quant à la bénédiction du roi, il n'y avait pas lieu de l'enseigner, parce que le passage traite des autres jours, où cette bénédiction ne se trouve pas. La lina non plus n'avait pas à être enseignée selon Rachi et Rabbenou Hananel, parce que cela leur paraissait évident. « Chir » : Rachi ne l'a pas expliqué. Rabbenou Tam explique qu'on dit son psaume en entier, alors que les autres jours de la fête on dit HOMBH"Y, comme il est expliqué là-bas : on commence un psaume un jour et on l'achève le lendemain, tandis qu'ici il est dit en entier. Rabbi Azriel a trouvé qu'on disait « Lamnatseah al hacheminit ». Toutefois le Ri dit que le passage ne traite là que de ce qu'on dit dans les pessoukei dezimra, comme on ajoute des psaumes le Chabbat ; en tout cas, il en ressort qu'on le disait au Temple, puisqu'il a été institué de le dire.
💡 Explication

L'indépendance de Chemini Atseret n'est pas totale. Elle porte sur six points, retenus par l'acronyme PZR KShB : payis, zeman, reguel, korban, chir, berakha. En dehors de ces points, le huitième jour demeure lié à Souccot.

La preuve vient d'une michna étudiée plus haut (9a) : celui qui a manque sa haguiga le premier jour peut encore l'apporter « le dernier jour de fête », c'est-à-dire le huitième. Pour les tashlumin, ce jour rattrape donc bien le premier, et les huit jours redeviennent un ensemble.

🖼️ Schéma
PZR KShB : les six points où le huitième jour se détache de Souccot Payis Tirage au sort des michmarot pour le taureau du huitième jour, alors que les taureaux des sept jours suivent l'ordre établi. Zeman On y dit la bénédiction chehehiyanou, comme à l'ouverture d'une fête nouvelle. Reguel Il porte un nom de fête à lui et n'entre pas dans la dénomination de Souccot. Korban Un taureau, un bélier, sept agneaux, au lieu des taureaux décroissants des sept jours. Chir Son chant se détache de la série des psaumes chantés pendant les sept jours. Berakha Pour Rachi, la bénédiction du roi, en souvenir de Chelomo (Melakhim I 8,66) ; pour Rabbenou Tam, la mention de Chemini Atseret dans le birkat hamazon et la tefila.
Les six points de l'acronyme. Aucun ne concerne les tashlumin, ce qui laisse le huitième jour rattacher au premier pour le rattrapage.
8
תָּפַשְׂתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַשְׂתָּ, תָּפַשְׂתָּ מוּעָט תָּפַשְׂתָּ.

Si tu as saisi beaucoup, tu n'as rien saisi ; si tu as saisi peu, tu as saisi.

📜 Rachi (1)
תָּפַשְׂתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַשְׂתָּ כָּל מָקוֹם שֶׁתִּמְצָא שְׁנֵי דְּרָכִים אֶחָד תּוֹפֵשׂ מְרֻובֶּה וְאֶחָד תּוֹפֵשׂ מוּעָט טוֹב לְךָ לִתְפֹּושׂ אֶת הַמּוּעָט שֶׁאֲפִילּוּ הָיָה לְךָ לִתְפֹּושׂ אֶת הַמְרֻובֶּה וְתִתְפֹּושׂ אֶת הַמּוּעָט תְּפִיסָתְךָ תְּפִיסָה שֶׁיֵּשׁ בַּכְּלָל הַמְרֻובֶּה הַמּוּעָט אֲבָל אִם תִּתְפּוֹשׂ הַמְרֻובֶּה וְהָיָה לְךָ לִתְפֹּושׂ הַמּוּעָט נִמְצֵאתָ שֶׁתָּפַשְׂתָּ שֶׁלֹּא כַּדָּת:
« Si tu as saisi beaucoup, tu n'as rien saisi » : partout où tu trouves deux voies, l'une qui saisit le nombre élevé et l'autre le nombre réduit, il vaut mieux pour toi saisir le nombre réduit ; car même s'il t'avait fallu saisir le nombre élevé et que tu as saisi le réduit, ta prise demeure une prise, puisque le réduit est compris dans l'élevé. Mais si tu saisis l'élevé alors qu'il te fallait saisir le réduit, il se trouve que tu as saisi à tort.
🗂️ Tossefot (1)
תָּפַשְׂתָּ מוּעָט תָּפַשְׂתָּ. לְפִי שֶׁיֵּשׁ בִּכְלַל מָאתַיִם מָנֶה ומ"מ חֶשְׁבּוֹן שֶׁבְּיָדְךָ אֲמִתַּי וי"מ דִּלְמִדָּה מְרֻובָּה אֵין קִצְבָּה דִּלְעוֹלָם תּוּכַל לְהַרְבּוֹת אֲבָל לְמוּעָט יֵשׁ סוֹף וְלֹא יִתָּכֵן דבת"כ פְּלִיגִי תַּנָּאֵי בְּהָא גַּבֵּי זָבָה יָמִים מִיעוּט יָמִים שְׁנַיִם יָכוֹל מְרֻובִּים א"ר עֲקִיבָא כָּל שֶׁמַּשְׁמָעוֹ מְרֻובֶּה וּמַשְׁמָעוֹ מוּעָט תָּפַשְׂתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַשְׂתָּ א"ר יְהוּדָה שְׁתֵּי מִדּוֹת אַחַת כָּלֶה וְאַחַת אֵינָהּ כָּלֶה מוֹדְדִין בְּמִדָּה כָּלֶה וְאֵין מוֹדְדִין בְּשֶׁאֵינָהּ כָּלֶה א"ר נְחֶמְיָה וְכוּ' לָמָּה בָּא הַכָּתוּב לִפְתֹּוחַ אוֹ לִנְעֹול:
« Si tu as saisi peu, tu as saisi » : parce que deux cents contiennent cent, et qu'en tout cas le compte que tu tiens est vrai. Certains expliquent que la mesure élevée n'a pas de limite, puisque tu peux toujours augmenter, tandis que la mesure réduite a un terme. Cela se réfute, car dans le Torat Kohanim les tannaim sont en désaccord sur ce point à propos de la zava : « des jours » — le minimum de « jours » est deux ; peut-on dire davantage ? Rabbi Akiva a dit : tout terme dont le sens peut être élevé ou réduit — si tu as saisi l'élevé, tu n'as rien saisi. Rabbi Yehouda a dit : deux mesures, l'une finie et l'autre infinie — on mesure par la mesure finie et non par celle qui ne l'est pas. Rabbi Nehemia a dit, etc. : pourquoi le verset est-il venu, pour ouvrir ou pour fermer ?
💡 Explication

Règle d'interprétation générale. Devant deux lectures possibles d'un verset, l'une large et l'autre étroite, on retient l'étroite, puisqu'elle est contenue dans la large. Celui qui retient sept jours dit vrai dans les deux hypothèses ; celui qui en retient huit se trompe si la réponse était sept.

Appliquée ici, la règle fait choisir le rapprochement avec la fête des matsot et ses sept jours.

🖼️ Schéma
Tafasta mou'at tafasta : le nombre réduit est contenu dans le nombre élevé Huit jours (Souccot) Sept jours (fête des matsot) prise sûre dans les deux cas Je retiens sept et la réponse était huit : ce que j'ai retenu reste vrai, il manque seulement un jour. Je retiens huit et la réponse était sept : j'ai inclus un jour qui n'en faisait pas partie, ma prise est fautive. Le risque étant dissymétrique, la guemara retient sept jours de tashlumin pour Atseret.
Pourquoi la lecture étroite l'emporte : elle reste vraie dans les deux hypothèses.
9
אֶלָּא, לְמַאי הִלְכְתָא כַּתְבֵיהּ רַחֲמָנָא לְחַג הַסֻּוכּוֹת? לְאַקּוֹשֵׁי לְחַג הַמַּצּוֹת: מָה חַג הַמַּצּוֹת טָעוּן לִינָה — אַף חַג הַסֻּוכּוֹת טָעוּן לִינָה.

Mais alors, pour quelle halakha la Torah a-t-elle écrit « à la fête des Souccot » ? Pour la rapprocher de la fête des matsot : de même que la fête des matsot requiert la lina, de même la fête des Souccot requiert la lina.

📜 Rachi (1)
טָעוּן לִינָה מוֹצָאֵי י"ט:
« Requiert la lina » : à l'issue du Yom Tov.
🗂️ Tossefot (1)
אַף חַג הַסֻּוכּוֹת טָעוּן לִינָה. אָתְיָא כראב"י ור"מ דְּאִילּוּ לת"ק ור"ש וראב"ש בפ"ק דר"ה (דַּף ה. וְשָׁם) נָפְקָא לְהוּ מִדִּכְתִיב וּפָנִיתָ בַּבֹּוקֶר כָּל פִּינּוֹת שֶׁאַתָּה פּוֹנֶה לֹא יְהוּ אֶלָּא לַבֹּקֶר וְהָכִי נָמֵי מַרְבֶּה הָתָם בִּפְסָחִים (דַּף צה.) פֶּסַח שֵׁנִי אֵין צְרִיכָא קְרָא:
« De même la fête des Souccot requiert la lina » : cela suit Rabbi Eliezer ben Yaakov et Rabbi Meir ; car selon le premier tana, Rabbi Chimon et Rabbi Eleazar berabbi Chimon, au premier chapitre de Roch Hachana (5a), la lina se déduit de ce qu'il est écrit « et tu te tourneras au matin » — tous les mouvements par lesquels tu te tournes n'auront lieu qu'au matin. Et de même y inclut-on là-bas, dans Pessahim (95a), le Pessa'h cheni, pour lequel un verset n'est pas nécessaire.
💡 Explication

Puisque Souccot ne sert plus à fixer le nombre des tashlumin, la guemara cherche ce que sa mention apporte. Un mot du verset qui n'enseigne rien serait superflu.

Elle répond que Souccot est rapprochée de la fête des matsot sur un autre point : la lina, obligation de passer à Yerouchalayim la nuit qui suit la fin de la fête avant de reprendre la route.

10
וְהָתָם מִנָּלַן?

Et là-bas, d'où le savons-nous ?

💡 Explication

La guemara retourne la question vers la source : si la lina de Souccot se déduit de celle de la fête des matsot, d'où la lina de la fête des matsot se déduit-elle à son tour ? La réponse ouvre la suite de la sougya, au verso du folio.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).