Sougya : Le folio achève la sougya des jours de rattrapage (tashloumin). Il établit d'abord d'où vient l'obligation de passer la nuit à Jérusalem après la fête, par le verset ou-fanita ba-boker ve-halakhta le-ohalekha.
Il cherche ensuite à trancher une question restée ouverte : Atseret a-t-elle des tashloumin, et combien de jours durent-ils ? Trois tentatives de preuve sont examinées — la michna d'Atseret tombant un vendredi, la baraita de celui qui n'a pas fêté, et l'enseignement de Rabba bar Chmouel qui rapproche Atseret du mois — et chacune est écartée ou retournée par Rava, qui établit sept jours.
L'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov apporte enfin un appui propre, tiré du voisinage de ou-krateim et ou-vekotsrekhem, qui montre que les jours de rattrapage d'Atseret restent permis au travail.
Car il est écrit : « Et tu te tourneras au matin et tu t'en iras vers tes tentes » (Deutéronome 16, 7).
Le folio 17a s'était arrêté sur une question : d'où savons-nous que Pessa'h exige la lina, le fait de passer la nuit à Jérusalem avant de rentrer chez soi ? La réponse tient au verset des lois du sacrifice pascal : le départ se fait au matin, donc après une nuit passée sur place.
Rachi précise que le matin vise ici est un jour de hol hamoed, et non le Yom Tov lui-même, parce qu'un Yom Tov on ne franchit pas le te'houm, la limite de déplacement. Tossefot conteste longuement cette lecture : l'interdit de te'houm de la Torah n'est admis que par Rabbi Akiva, et la question demeure pour les autres sages.
Nous avons appris dans la michna : Atseret qui tombe la veille du Chabbat — Beit Chammai disent : le jour d'abattage (yom tevoah) est après le Chabbat ; et Beit Hillel disent : elle n'a pas de jour d'abattage. N'est-ce pas à dire qu'elle n'a aucun jour d'abattage ?
Non : elle n'a pas besoin de jour d'abattage.
Le yom tévoah, jour d'abattage, est le lendemain de la fête, où l'on offre les sacrifices publics qui n'ont pas pu être offerts pendant le Yom Tov. La michna examine Atséret tombant un vendredi : le lendemain étant Chabbat, Beit Chammaï reportent au dimanche, Beit Hillel disent qu'il n'y a pas de jour d'abattage.
La guemara veut tirer de là une preuve : si Atséret n'a aucun jour d'abattage, c'est qu'elle n'a pas de tashloumin du tout. La réponse écarte la preuve en changeant l'accent de la formule de Beit Hillel : elle n'en a pas besoin, puisque tout, olot comprises, est offert le jour même.
Et que vient nous apprendre la michna ? Que l'on offre le jour même ?
Mais ils ont déjà disputé de cela une fois ! Car nous avons appris : Beit Chammaï disent : on apporte des chelamim mais on ne pose pas les mains sur eux, et l'on n'apporte pas de olot ; et Beit Hillel disent : on apporte des chelamim et des olot, et l'on pose les mains sur eux.
La guemara oppose maintenant la michna à elle-même. Si Beit Hillel veulent seulement dire que tout est offert le jour même, la même divergence est déjà énoncée ailleurs, sur le principe : peut-on apporter des olot (holocaustes) à Yom Tov, et peut-on y faire la semikha (imposition des mains) ?
Beit Chammaï limitent au strict nécessaire pour le repas de fête : des chelamim, dont la chair est consommée, et sans semikha, qui constitue à leurs yeux un usage interdit de l'animal. Beit Hillel autorisent l'ensemble.
C'est nécessaire. Car s'il ne nous avait enseigné que ce cas-là, on aurait dit : c'est dans ce cas que Beit Chammaï parlent, parce qu'il est possible d'offrir le lendemain ; mais ici, dis qu'ils concèdent à Beit Hillel.
Réponse en forme de tsrikhouta : chacun des deux énoncés est indispensable, car chacun écarte une concession que l'autre laisserait supposer. Le cas ordinaire, où la fête est suivie d'un jour ouvrable, ne suffit pas à fixer la position de Beit Chammaï.
Et s'il ne nous avait enseigné que ce cas-ci, on aurait dit : c'est dans ce cas que Beit Hillel parlent, parce qu'il n'est pas possible d'offrir le lendemain ; mais là, dis qu'ils concèdent à Beit Chammaï. D'où la nécessité des deux.
Second versant de la tsrikhouta. Rachi ajoute le ressort psychologique que la guemara suppose chez Beit Hillel : quand le lendemain est Chabbat, laisser passer le Yom Tov revient à renoncer, et le renoncement conduit à la négligence. La question posée au départ — Atséret a-t-elle des tashloumin ? — reste donc ouverte.
Viens et entends : celui qui n'a pas fêté durant les sept jours de Pessa'h, les huit jours de la fête de Souccot et le premier Yom Tov d'Atséret ne fête plus. N'est-ce pas à dire le Yom Tov d'Atséret ?
Non : le jour d'abattage. S'il en est ainsi, déduisons-en qu'il n'y a qu'un seul jour d'abattage !
Dis plutôt : les jours d'abattage.
Deuxième tentative. La baraita énumère les délais de rattrapage : sept jours pour Pessa'h, huit pour Souccot, et pour Atséret « le premier Yom Tov ». Lue simplement, elle donne un jour unique à Atséret.
La guemara répond que « Yom Tov » y désigne le jour d'abattage, non la fête elle-même. On lui oppose alors que la baraita règlerait au moins la question du nombre de jours d'abattage ; la réponse corrige la leçon au pluriel. La preuve tombe des deux côtés.
Viens et entends, car Rabba bar Chmouel a enseigné : la Torah a dit « compte des jours et sanctifie le mois », « compte des jours et sanctifie Atséret ». De même que le mois est sanctifié selon l'unité de son compte, de même Atséret selon l'unité de son compte.
N'est-ce pas à dire qu'on apprend du mois : de même que le mois est d'un seul jour, de même Atséret est d'un seul jour ?
Troisième tentative, la plus serrée. Rabba bar Chmouel rapproche deux comptes : trente jours mènent au Roch Hodech, cinquante jours mènent à Atséret. Dans les deux cas, la sanctification — c'est-à-dire les sacrifices du jour — se mesure à l'unité qui a servi au compte, ce que la baraita appelle lemanouyav, « selon ce qui a été compté pour lui ».
La guemara propose d'en tirer que, le mois étant sanctifié un seul jour, Atséret l'est aussi un seul jour, sans rattrapage. Toute la force de l'argument dépend de l'unité de compte retenue pour Atséret — et c'est précisément là que Rava va intervenir.
Rava dit : et comment peux-tu le comprendre ainsi ? Est-ce à dire que, pour Atséret, nous comptons des jours et ne comptons pas des semaines ?
Abaye n'a-t-il pas dit : il y a mitsva de compter les jours, car il est écrit « vous compterez cinquante jours », et il y a mitsva de compter les semaines, car il est écrit « sept semaines tu compteras pour toi » ? Et de plus, il est écrit « la fête des semaines ».
Rava retourne l'argument. Le rapprochement de Rabba bar Chmouel vaut, mais l'unité de compte d'Atséret ne se réduit pas au jour : le compte du omer se fait aussi par semaines, et la fête porte le nom de hag ha-chavouot, la fête des semaines.
Si Atséret se sanctifie selon l'unité de son compte, et si cette unité est la semaine, alors sa sanctification s'étend sur sept jours. La baraita, loin de prouver le jour unique, fournit l'appui des sept jours de tashloumin.
À l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov on a enseigné : le verset dit « et vous proclamerez », et il est écrit « et lorsque vous moissonnerez ». Quelle est la fête où tu proclames et où tu moissonnes ?
Tu dois dire : c'est la fête d'Atséret.
Nouvelle source, indépendante des précédentes. Le chapitre 23 du Lévitique énonce d'abord « vous proclamerez en ce jour même une convocation sainte » à propos d'Atséret, puis enchaîne aussitôt « et lorsque vous moissonnerez la moisson de votre terre ».
Le voisinage des deux versets désigne une fête dont les jours joignent la proclamation et la moisson. Rachi indique que c'est de là que se tirent les tashloumin d'Atséret.
Quand cela ? Si l'on dit : à Yom Tov — moissonner à Yom Tov est-il permis ?
Il s'agit donc des tashloumin.
La guemara serre la déduction. La proclamation d'une convocation sainte et la moisson ne peuvent coïncider le jour de la fête, où le travail est interdit. Le verset vise donc les jours qui suivent : les jours de rattrapage, qui gardent un caractère de fête pour les sacrifices et restent ouvriers pour le travail.
Tossefot apporte ici une réserve du Yeroushalmi : la permission de travailler pendant ces jours se limite aux besoins de la nourriture, à la manière de celui qui offre son propre sacrifice et ne travaille pas ce jour-là.
Et bien que l'enseignement de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya ait été dit, l'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov était nécessaire. Car si nous n'avions que l'enseignement de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya, j'aurais dit : de même que pendant les tashloumin de la fête des matsot il est interdit de travailler, de même pendant les tashloumin d'Atséret il serait interdit de travailler ; il nous apprend donc l'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov.
Et si nous n'avions que l'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov,
Le folio se ferme sur une tsrikhouta entre les deux dérivations. Celle de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya, établie plus haut, tire les sept jours d'Atséret du rapprochement avec Pessa'h ; prise seule, elle étendrait aussi à Atséret l'interdit de travail des jours intermédiaires de Pessa'h.
L'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov corrige ce point : les jours de rattrapage d'Atséret sont des jours de moisson. La phrase qui amorce le versant inverse reste suspendue et se poursuit au début du folio 18a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).