Chagigah 17b — Les tashloumin d'Atseret : sept jours ou un seul, et le statut du yom tevoah

Chagigah 17b

Sougya : Le folio achève la sougya des jours de rattrapage (tashloumin). Il établit d'abord d'où vient l'obligation de passer la nuit à Jérusalem après la fête, par le verset ou-fanita ba-boker ve-halakhta le-ohalekha.

Il cherche ensuite à trancher une question restée ouverte : Atseret a-t-elle des tashloumin, et combien de jours durent-ils ? Trois tentatives de preuve sont examinées — la michna d'Atseret tombant un vendredi, la baraita de celui qui n'a pas fêté, et l'enseignement de Rabba bar Chmouel qui rapproche Atseret du mois — et chacune est écartée ou retournée par Rava, qui établit sept jours.

L'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov apporte enfin un appui propre, tiré du voisinage de ou-krateim et ou-vekotsrekhem, qui montre que les jours de rattrapage d'Atseret restent permis au travail.

Atseret a-t-elle des tashloumin, et combien de jours ? 1. La michna d'Atseret Atseret un vendredi : Beit Hillel disent qu'elle n'a pas de jour d'abattage Lecture proposée : aucun rattrapage du tout 2. Mi chelo hag Passé le premier Yom Tov d'Atseret, il ne fête plus Lecture proposée : un seul jour, et rien après lui 3. Rabba bar Chmouel Compte des jours et sanctifie le mois ; de même Atseret Lecture proposée : comme le mois, un seul jour Écarte Lire : elle n'a pas besoin de jour d'abattage, car tout est offert le jour même Écarte Yom Tov désigne ici le jour d'abattage, et l'on corrige au pluriel : jours d'abattage Retourné par Rava Pour Atseret on compte aussi les semaines : hag ha-chavouot Son unité de compte = 7 jours Position retenue : Atseret a sept jours de tashloumin, à l'image de Pessa'h Aucune des trois tentatives ne parvient à établir la thèse du jour unique
Les trois tentatives de preuve du folio et leur sort.
Atseret qui tombe un vendredi : les deux écoles, et pourquoi la michna le répète Beit Chammai Les olot de la fête ne sont pas offertes à Yom Tov ; elles attendent Le jour d'abattage est après le Chabbat soit le dimanche, troisième jour Beit Hillel Chelamim et olot sont offertes le jour même, avec semikha Elle n'a pas de jour d'abattage lire : elle n'en a pas besoin La même dispute figure déjà ailleurs : apporte-t-on des olot à Yom Tov ? Pourquoi la redire ici ? Sans le cas du vendredi Beit Chammai n'interdiraient que là où le lendemain reste disponible ; ici, on les croirait d'accord avec Beit Hillel Sans le cas ordinaire Beit Hillel ne permettraient que là où le lendemain est Chabbat ; ailleurs, on les croirait d'accord avec Beit Chammai Tsrikhouta : chacun des deux énoncés écarte une concession que l'autre laisserait supposer
La michna d'Atseret un vendredi et la double nécessité qui justifie sa présence.
Deux sources pour les tashloumin d'Atseret, et ce que chacune apporte Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya Le verset accole Atseret à la fête des matsot : hekech d'une fête à l'autre Résultat : sept jours de rattrapage Risque : croire que ces jours sont interdits au travail comme hol hamoed École de Rabbi Eliezer ben Yaakov ou-krateim, puis ou-vekotsrekhem : une fête où l'on proclame et l'on moissonne Résultat : ces jours restent ouvriers Moissonner à Yom Tov étant interdit, le verset vise les jours de rattrapage Tsrikhouta : la première source donne la durée, la seconde donne le régime du travail Sans Rabbi Eliezer ben Yaakov, on étendrait à Atseret l'interdit de travail des jours de Pessa'h La guemara amorce le versant inverse — et si nous n'avions que Rabbi Eliezer ben Yaakov — La phrase reste suspendue : sa suite se lit au début du folio 18a
Les deux dérivations et la raison pour laquelle aucune ne suffit seule.
1
דִּכְתִיב: ״וּפָנִיתָ בַבֹּקֶר וְהָלַכְתָּ לְאֹהָלֶיךָ״.

Car il est écrit : « Et tu te tourneras au matin et tu t'en iras vers tes tentes » (Deutéronome 16, 7).

📜 Rachi (1)
וּפָנִיתָ בַּבֹּקֶר שֶׁהוּא חוֹל הַמּוֹעֵד דְּאִילּוּ ביו"ט תְּחוּמִין אָסוּר:
« Et tu te tourneras au matin » : il s'agit de hol hamoed, car à Yom Tov les te'houmin (limites de déplacement) sont interdits.
🗂️ Tossefot (1)
דִּכְתִיב וּפָנִיתָ בַּבֹּקֶר. פרש"י בחוש"מ דְּאִי ביו"ט אָסוּר מִשּׁוּם תְּחוּמִין וְלֹא יִתָּכֵן דְּהַתֵּינַח לר"ע לְרַבָּנַן מַאי אִיכָּא . לְמֵימַר דְּלֵיכָּא אִיסּוּר תְּחוּמִין דְּאוֹרָייְתָא וי"מ די"ב מִילִין אִית לְהוּ שַׁפִּיר לְרַבָּנָן תְּחוּמִין וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי הַמְחֻוָּור מִכֻּולָּן י"ב מִילִין כְּנֶגֶד מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל וְהַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ לָא ס"ל דְּהָא בְּפָ' כְּלָל גָּדוֹל (שַׁבָּת סט.) גַּבֵּי שָׁכַח עִיקַּר שַׁבָּת דְּבָעֵי דְּיָדַע לֵיהּ לְשַׁבָּת בְּמַאי דְּיָדַע לָהּ בִּתְחוּמִין וְאַלִּיבָּא דר"ע וְלָא קָאָמַר לְדִבְרֵי הַכֹּל וְכֵן בְּפֶ' בָּתְרָא דְּבֵיצָה (דַּף לו:) גַּבֵּי אֵין רוֹכְבִין מוּקֵי טַעְמָא בַּגְּמָרָא שֶׁמָּא יֵלֵךְ מִחוּץ לַתְּחוּם וּפָרִיךְ ש"מ תְּחוּמִין דְּאוֹרָיְיתָא אֶלָּא גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַחְתֹּוךְ זְמוֹרָה אַלְמָא דְּרַבָּנָן לָא מוֹדוֹ כְּלָל בִּתְחוּמִין ובפ"ק דר"ה (ד' ה.) פרש"י דְּאִי מִשּׁוּם י"ט פְּשִׁיטָא [שֶׁהֲרֵי הוּא יוֹם] שֶׁיִּתְחַייֵּב לְהִתְרָאוֹת פָּנִים בָּעֲזָרָה וְר' עַזְרִיאֵל מָצָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּתַנְיָא בְּלֵיל יו"ט הָאַחֲרוֹן חוֹזְרִין לְבָתֵּיהֶן כְּדִכְתִיב בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם (מְלָכִים א ח׳:ס״ו) יָכוֹל שֶׁאֵין טְעוּנִים לִינָה ת"ל וּבְיוֹם עֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה לַחֹדֶשׁ שָׁלַח אֶת הָעָם הָא כֵיצַד נִפְטְרוּ וְהִשְׁכִּימוּ וְהוֹלְכֵי' לְמָחֳרַת יוֹם שְׁמִינִי שֶׁהוּא כ"ג וְעוֹד הֵבִיא הר"י רְאָיָה מֵהַהִיא דְּלוּלָב וַעֲרָבָה בִּשְׁמַעְתִּין דְּאָמַר זְמַן בִּשְׁמִינִי שֶׁל חַג שֶׁהַבִּכּוּרִים טְעוּנִין לִינָה מַשְׁמַע לִינָה דֻּומְיָא דְּבִכּוּרִים שֶׁהֵם יוֹם אֶחָד וְעוֹד תָּנֵי בְּסִפְרֵי בְּפָרָשַׁת רָאָה וְהָלַכְתָּ לְאֹהָלֶיךָ מְלַמֵּד שֶׁטְּעוּנִין לִינַת רְגָלִים אֵין לִי אֶלָּא אֵלּוּ מִנַּיִין לְרַבּוֹת עוֹפוֹת וּמְנָחוֹת יֵין לְבוֹנָה וְעֵצִים תַּלְמוּד לוֹמַר וּפָנִיתָ בַבֹּוקֶר כָּל פִּינּוֹת שֶׁאַתָּה פּוֹנֶה לֹא יִהְיוּ אֶלָּא מִן הַבָּקָר וְאֵילָךְ רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר יָכוֹל יְהֵא פֶּסַח קָטָן כוּ' וּמַשְׁמַע מִיהָא דְּלִינַת רְגָלִים אֵינוֹ רַק דֻּומְיָא דְּהָנֵי וְהַיְינוּ יוֹם וָלַיְלָה וְכִי מַקְשֶׁה פ' לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה מז:) זְמַן כָּל ז' יָמִים מִי אִיכָּא הֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי וְלִיטַעֲמֵיךְ לִינָה דְּלָא מַקְשֵׁי כְּלָל וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּאָמְרִינַן בִּזְבָחִים פֶּרֶק דַּם הַחַטָּאת (דַּף צז.) דְּרַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר אִם בִּשֵּׁל בָּהּ מִתְּחִלַּת הָרֶגֶל כּוּ' מֻותָּר לְבַשֵּׁל בָּהּ בְּסוֹף הָרֶגֶל מ"ט דִּכְתִיב וּפָנִיתָ בַּבֹּקֶר הַכָּתוּב עֲשָׂאָן בֹּקֶר אֶחָד אַלְמָא מִדִּלְעִנְיַן נוֹתָר מְחַשֵּׁב יוֹם אֶחָד מַשְׁמַע שֶׁטָּעוּן לִינָה כָּל ז' וְתֵירֵץ הר"י דִּלְפִי הַמַּסְּקָנָא מְשַׁנֵּי הָתָם טַעְמָא אַחֲרִינָא מִשּׁוּם שֶׁכָּל יוֹם וָיוֹם נַעֲשֶׂה גִּיעוּל לַחֲבֵרוֹ והר"ר אֶלְחָנָן תֵּירֵץ דֹּב' עִנְייָנֵי לִינָה הֵם אַחַת מִשּׁוּם יו"ט וְהַשֵּׁנִית מִשּׁוּם קָרְבָּן שֶׁטָּעוּן לִינָה וְהָתָם אַף בחוש"מ וְהָכִי מַשְׁמַע בְּהַהִיא דְּבִכּוּרִים לִינָה וְקָרְבָּן מַשְׁמַע שֶׁטְּעוּנִין לִינָה מִשּׁוּם יו"ט וְכֵן מָצִינוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי גַּבֵּי הַהִיא מִשְׁנָה דְּבִכּוּרִים הֲדָא אִיתְּמַר כְּשֶׁאֵין עִמָּהֶן קָרְבָּן אֲבָל יֵשׁ עִמָּהֶן קָרְבָּן בְּלֹא כָּךְ טְעוּנִין לִינָה מֵחֲמַת הַקָּרְבָּן:
« Car il est écrit : et tu te tourneras au matin. » Rachi explique qu'il s'agit de hol hamoed, car à Yom Tov ce serait interdit au titre des te'houmin. Cela ne tient pas : soit pour Rabbi Akiva ; mais pour les sages, que dire, puisqu'il n'y a pas d'interdit de te'houmin de la Torah ? Certains expliquent que, pour douze mil, les sages admettent bien un interdit de te'houmin, et ainsi lit-on dans le Yeroushalmi : la plus claire de toutes les opinions est celle des douze mil, à la mesure du camp d'Israël. Notre Talmud ne retient pas cette position, car au chapitre Kelal gadol (Chabbat 69a), à propos de celui qui a oublié le principe même du Chabbat, on demande par quoi il pourrait le connaître, et l'on répond : par les te'houmin — et cela selon Rabbi Akiva, sans dire que tous en conviennent. De même au dernier chapitre de Beitsa (36b), à propos de « on ne monte pas à cheval », la guemara pose d'abord comme raison la crainte de sortir hors du te'houm, puis objecte : il en ressortirait que les te'houmin sont de la Torah ; elle conclut qu'il s'agit d'un décret pris de crainte que l'on ne coupe une branche. Il apparaît donc que les sages n'admettent rien du tout en matière de te'houmin. Et au premier chapitre de Roch Hachana (5a), Rachi explique que si c'était au titre du Yom Tov, ce serait évident, puisque c'est un jour où l'on est tenu de se montrer dans la cour du Temple. Rabbi Azriel a trouvé dans la Tossefta l'enseignement suivant : la nuit du dernier Yom Tov ils rentrent chez eux, comme il est écrit « le huitième jour il renvoya le peuple » (I Rois 8, 66) ; on pourrait croire qu'ils ne sont pas tenus à la nuitée — l'Écriture dit « et le vingt-troisième jour du mois il renvoya le peuple ». Comment cela ? Il les congédia, ils se levèrent tôt et partirent le lendemain du huitième jour, qui est le vingt-troisième. Le Ri a encore apporté une preuve du passage de Loulav ve-arava, cité dans notre sougya, où il est dit que le temps du huitième jour de la fête est celui où les bikkourim sont tenus à la nuitée : il en ressort que la nuitée ressemble à celle des bikkourim, qui est d'un seul jour. De plus, le Sifri enseigne dans la section Reeh : « et tu t'en iras vers tes tentes » apprend qu'ils sont tenus à la nuitée des fêtes de pèlerinage. Je n'ai là que ceux-là ; d'où étendre la règle aux oiseaux, aux minhot, au vin, à l'encens et au bois ? L'Écriture dit « et tu te tourneras au matin » : tous les départs que tu feras ne se feront qu'à partir du matin. Rabbi Yehouda dit : on pourrait croire que Pessa'h cheni, etc. Il en ressort du moins que la nuitée des fêtes ressemble à celle de ces offrandes, c'est-à-dire un jour et une nuit. Et lorsque la guemara objecte au chapitre Loulav ve-arava (Souca 47b) : « le temps, y en a-t-il pendant les sept jours ? », elle aurait pu objecter « et selon ton raisonnement, qu'en est-il de la nuitée ? » — or elle ne le fait pas du tout. Il y a lieu d'objecter : on dit dans Zevahim, chapitre Dam ha-hatat (97a), que Rabbi Tarfon dit : s'il y a cuit au début de la fête, etc., il lui est permis d'y cuire à la fin de la fête ; quelle en est la raison ? Car il est écrit « et tu te tourneras au matin » : l'Écriture en a fait un seul matin. Il apparaîtrait donc que, puisque pour le notar on compte un seul jour, la nuitée vaudrait pendant les sept jours. Le Ri a répondu que, selon la conclusion, la guemara y donne une autre raison : chaque jour opère le guioul (la purge du récipient) pour le suivant. Rabbenou Elhanan a répondu qu'il y a deux sortes de nuitées : l'une au titre du Yom Tov, l'autre au titre du sacrifice qui requiert la nuitée — et celle-là vaut même à hol hamoed. C'est ce qui ressort du passage sur les bikkourim : « la nuitée et le sacrifice » indique qu'ils sont tenus à la nuitée au titre du Yom Tov. De même trouve-t-on dans le Yeroushalmi, à propos de cette michna des bikkourim : cela fut dit lorsqu'il n'y a pas de sacrifice avec eux ; mais s'il y a un sacrifice avec eux, ils sont de toute façon tenus à la nuitée à cause du sacrifice.
💡 Explication

Le folio 17a s'était arrêté sur une question : d'où savons-nous que Pessa'h exige la lina, le fait de passer la nuit à Jérusalem avant de rentrer chez soi ? La réponse tient au verset des lois du sacrifice pascal : le départ se fait au matin, donc après une nuit passée sur place.

Rachi précise que le matin vise ici est un jour de hol hamoed, et non le Yom Tov lui-même, parce qu'un Yom Tov on ne franchit pas le te'houm, la limite de déplacement. Tossefot conteste longuement cette lecture : l'interdit de te'houm de la Torah n'est admis que par Rabbi Akiva, et la question demeure pour les autres sages.

🖼️ Schéma
La lina : la nuit qui suit la fête se passe à Jérusalem Dernier jour de la fête Le pèlerin est encore à Jérusalem La nuit suivante Il reste sur place : c'est la lina Au matin seulement ou-fanita ba-boker : il repart Rachi : le matin en question est un jour de hol hamoed, car à Yom Tov le te'houm interdit de s'éloigner Tossefot : cet argument ne vaut que pour Rabbi Akiva, qui tient le te'houm pour un interdit de la Torah
Le déroulement de la lina et le désaccord de Rachi et de Tossefot sur le jour visé.
2
תְּנַן: עֲצֶרֶת שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: יוֹם טְבֹוחַ אַחַר הַשַּׁבָּת, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֵין לָהּ יוֹם טְבֹוחַ. מַאי לַָאו, אֵין לָהּ יוֹם טְבֹוחַ כְּלָל? לֹא, שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה יוֹם טְבֹוחַ.

Nous avons appris dans la michna : Atseret qui tombe la veille du Chabbat — Beit Chammai disent : le jour d'abattage (yom tevoah) est après le Chabbat ; et Beit Hillel disent : elle n'a pas de jour d'abattage. N'est-ce pas à dire qu'elle n'a aucun jour d'abattage ?

Non : elle n'a pas besoin de jour d'abattage.

📜 Rachi (1)
אֵין לָהּ יוֹם טְבֹוחַ כְּלָל אִם לֹא הִקְרִיבָם ביו"ט עוֹד אֵין לָהֶן תַּשְׁלוּמִין:
« Elle n'a aucun jour d'abattage » : s'il ne les a pas offerts à Yom Tov, ils n'ont plus de tashloumin.
💡 Explication

Le yom tévoah, jour d'abattage, est le lendemain de la fête, où l'on offre les sacrifices publics qui n'ont pas pu être offerts pendant le Yom Tov. La michna examine Atséret tombant un vendredi : le lendemain étant Chabbat, Beit Chammaï reportent au dimanche, Beit Hillel disent qu'il n'y a pas de jour d'abattage.

La guemara veut tirer de là une preuve : si Atséret n'a aucun jour d'abattage, c'est qu'elle n'a pas de tashloumin du tout. La réponse écarte la preuve en changeant l'accent de la formule de Beit Hillel : elle n'en a pas besoin, puisque tout, olot comprises, est offert le jour même.

3
וּמַאי קָא מַשְׁמַע לַן — דִּמְקָרְבִינַן בְּיוֹמֵיהּ, הָא אִיפְּלִיגוּ בַּהּ חֲדָא זִימְנָא! דִּתְנַן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבִיאִין שְׁלָמִים וְאֵין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶם, אֲבָל לֹא עוֹלוֹת, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבִיאִין שְׁלָמִים וְעוֹלוֹת וְסוֹמְכִין עֲלֵיהֶם.

Et que vient nous apprendre la michna ? Que l'on offre le jour même ?

Mais ils ont déjà disputé de cela une fois ! Car nous avons appris : Beit Chammaï disent : on apporte des chelamim mais on ne pose pas les mains sur eux, et l'on n'apporte pas de olot ; et Beit Hillel disent : on apporte des chelamim et des olot, et l'on pose les mains sur eux.

💡 Explication

La guemara oppose maintenant la michna à elle-même. Si Beit Hillel veulent seulement dire que tout est offert le jour même, la même divergence est déjà énoncée ailleurs, sur le principe : peut-on apporter des olot (holocaustes) à Yom Tov, et peut-on y faire la semikha (imposition des mains) ?

Beit Chammaï limitent au strict nécessaire pour le repas de fête : des chelamim, dont la chair est consommée, et sans semikha, qui constitue à leurs yeux un usage interdit de l'animal. Beit Hillel autorisent l'ensemble.

4
צְרִיכָא, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן בְּהָא: בְּהָא קָא אָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי, מִשּׁוּם דְּאֶפְשָׁר לְמָחָר. אֲבָל הָכָא, אֵימָא מוֹדוּ לְהוּ לְבֵית הִלֵּל.

C'est nécessaire. Car s'il ne nous avait enseigné que ce cas-là, on aurait dit : c'est dans ce cas que Beit Chammaï parlent, parce qu'il est possible d'offrir le lendemain ; mais ici, dis qu'ils concèdent à Beit Hillel.

💡 Explication

Réponse en forme de tsrikhouta : chacun des deux énoncés est indispensable, car chacun écarte une concession que l'autre laisserait supposer. Le cas ordinaire, où la fête est suivie d'un jour ouvrable, ne suffit pas à fixer la position de Beit Chammaï.

5
וְאִי אַשְׁמְעִינַן בְּהָא: בְּהָא קָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל, מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר לִמְחַר, אֲבָל בְּהָא — אֵימָא מוֹדוּ לְבֵית שַׁמַּאי, צְרִיכָא.

Et s'il ne nous avait enseigné que ce cas-ci, on aurait dit : c'est dans ce cas que Beit Hillel parlent, parce qu'il n'est pas possible d'offrir le lendemain ; mais là, dis qu'ils concèdent à Beit Chammaï. D'où la nécessité des deux.

📜 Rachi (1)
אֲבָל בְּהָא בַּעֲצֶרֶת שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֵימָא מוֹדוֹ לב"ה וְיִקָּרְבוּ ביו"ט דְּהָא מָחָר שַׁבָּת הִיא וְלָא קָרְבִי וּמִתּוֹךְ שֶׁאַתָּה מִתְיָיאֵשׁ מֵהֶן אַתָּה בָּא לִפְשֹׁועַ שֶׁלֹּא תַּקְרִיבֵם עוֹד:
« Mais là » : à Atséret qui tombe la veille du Chabbat, dis qu'ils concèdent à Beit Hillel et qu'on les offre à Yom Tov, puisque demain c'est Chabbat et qu'ils ne seront pas offerts ; et comme tu en viens à y renoncer, tu finirais par négliger de les offrir du tout.
💡 Explication

Second versant de la tsrikhouta. Rachi ajoute le ressort psychologique que la guemara suppose chez Beit Hillel : quand le lendemain est Chabbat, laisser passer le Yom Tov revient à renoncer, et le renoncement conduit à la négligence. La question posée au départ — Atséret a-t-elle des tashloumin ? — reste donc ouverte.

6
תָּא שְׁמַע: מִי שֶׁלֹּא חָג שִׁבְעַת יְמֵי הַפֶּסַח, וּשְׁמוֹנַת יְמֵי הֶחָג, וְיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל עֲצֶרֶת, שׁוּב אֵינוֹ חוֹגֵג. מַאי לַָאו: יוֹם טוֹב שֶׁל עֲצֶרֶת! לֹא, יוֹם טְבוֹחַ. אִי הָכִי, נִיפְשׁוֹט מִינַּהּ דְּחַד יוֹם טְבֹוחַ! אֵימָא: יְמֵי טְבוֹחַ.

Viens et entends : celui qui n'a pas fêté durant les sept jours de Pessa'h, les huit jours de la fête de Souccot et le premier Yom Tov d'Atséret ne fête plus. N'est-ce pas à dire le Yom Tov d'Atséret ?

Non : le jour d'abattage. S'il en est ainsi, déduisons-en qu'il n'y a qu'un seul jour d'abattage !

Dis plutôt : les jours d'abattage.

🗂️ Tossefot (1)
נִפְשׁוֹט מִינָּהּ דְּחַד יוֹמָא טְבוֹחַ. וּמִמַּתְנִי' לָא אַלִּימָא לֵיהּ לְאַקְשׁוּיֵי וּמוֹדִים כְּשֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת שֶׁיּוֹם טְבֹוחַ לְאַחַר הַשַּׁבָּת וְאִי אִית לֵיהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה יַמְתִּינוּ לְצִיבּוּרָא עַד תְּרֵי בְּשַׁבָּת וְי"ל דְּהָא לֹא רָצוּ כָּל כָּךְ לְאַחֵר:
« Déduisons-en qu'il n'y a qu'un seul jour d'abattage. » De notre michna, la guemara n'a pas jugé la preuve assez forte pour objecter à partir de la phrase « et ils concèdent que, lorsque cela tombe un Chabbat, le jour d'abattage est après le Chabbat » : car s'il y a des tashloumin pendant les sept jours, que le public attende jusqu'au lundi. On peut répondre qu'ils n'ont pas voulu retarder à ce point.
💡 Explication

Deuxième tentative. La baraita énumère les délais de rattrapage : sept jours pour Pessa'h, huit pour Souccot, et pour Atséret « le premier Yom Tov ». Lue simplement, elle donne un jour unique à Atséret.

La guemara répond que « Yom Tov » y désigne le jour d'abattage, non la fête elle-même. On lui oppose alors que la baraita règlerait au moins la question du nombre de jours d'abattage ; la réponse corrige la leçon au pluriel. La preuve tombe des deux côtés.

7
תָּא שְׁמַע, דְּתָנֵי רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל: אָמְרָה תּוֹרָה מְנֵה יָמִים וְקַדֵּשׁ חֹדֶשׁ, מְנֵה יָמִים וְקַדֵּשׁ עֲצֶרֶת. מֶה חֹדֶשׁ — לִמְנוּיָיו, אַף עֲצֶרֶת — לִמְנוּיֶיהָ. מַאי לַָאו: גָּמַר מֵחָדָשׁ, מֶה חֹדֶשׁ — יוֹם אֶחָד, אַף עֲצֶרֶת — יוֹם אֶחָד!

Viens et entends, car Rabba bar Chmouel a enseigné : la Torah a dit « compte des jours et sanctifie le mois », « compte des jours et sanctifie Atséret ». De même que le mois est sanctifié selon l'unité de son compte, de même Atséret selon l'unité de son compte.

N'est-ce pas à dire qu'on apprend du mois : de même que le mois est d'un seul jour, de même Atséret est d'un seul jour ?

📜 Rachi (6)
מָנֶה יָמִים שְׁלֹשִׁים יוֹם:
« Compte des jours » : trente jours.
וְקַדֵּשׁ חֹדֶשׁ לְמוּסָפִין:
« Et sanctifie le mois » : par les moussafim.
מָנֶה יָמִים חֲמִשִּׁים יוֹם:
« Compte des jours » : cinquante jours.
וְקַדֵּשׁ עֲצֶרֶת בְּקָרְבְּנוֹתָיו:
« Et sanctifie Atséret » : par ses sacrifices.
מָה חִדֵּשׁ קְדֻושָּׁתוֹ בְּאֶחָד מִמְּנוּיָיו:
« De même que le mois » : sa sainteté tient en une unité de ce qui a été compté pour lui.
אַף עֲצֶרֶת קְדֻושָּׁתוֹ בְּאֶחָד מִמְּנוּיֶיהָ:
« De même Atséret » : sa sainteté tient en une unité de ce qui a été compté pour elle.
🗂️ Tossefot (2)
אָמְרָה תּוֹרָה מְנֵה יָמִים וְכוּ'. הָיָה קָשֶׁה לְהָרַב רַבֵּינוּ מְשֻׁולָּם הֵיכָן אָמְרָה תּוֹרָה לִמְנוֹת יָמִים לְקַדֵּשׁ חֹדֶשׁ וְהָיָה מַגִּיהַּ מָנֶה שָׁנִים וְקִדֵּשׁ יוֹבֵל וְהָכִי אִיתָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים דְּמִצְוָה לְמִימְנֵי שְׁמִיטִּין לְקַדֵּשׁ יוֹבְלוֹת וְכֵן הָיָה מַגִּיהַּ בפ"ק דר"ה (דַּף ה.) וּבִמְנָחוֹת (דַּף סה: וְשָׁם) בִּשְׁמַעְתָּא דְּצָדוֹקִין שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים עֲצֶרֶת לְאַחַר הַשַּׁבָּת אַךְ קָשֶׁה לְר"ת לִמְחוֹק הַסְּפָרִים וּלְהַגִּיהַּ גִּירְסָא שֶׁאֵינָהּ בְּשׁוּם מָקוֹם וּמְפָרֵשׁ דְּוַדַּאי ר"ח נָמֵי דְּאוֹרָיְיתָא הוּא לְמִימְנֵי בֵּיהּ יוֹמֵי וְכִדְאָמְרִינַן בפ"ק דִּמְגִילָּה (דַּף ה.) מִנַּיִן שֶׁאֵין מְחַשְּׁבִין שָׁעוֹת לֶחֳדָשִׁים ת"ל עַד חֹדֶשׁ יָמִים יָמִים אַתָּה מוֹנֶה וְאִי אַתָּה מוֹנֶה שָׁעוֹת וְאַל תִּתְמַהּ עַל הַלָּשׁוֹן שאע"פ שֶׁאֵין רַק דְּרָשָׁה מָצִינוּ כִּי הַאי לִישָּׁנָא בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִּמְגִילָּה (דַּף כט:) אָמְרָה תּוֹרָה חַדֵּשׁ וְהָבֵיא קָרְבָּן מִתְּרוּמָה חֲדָשָׁה אע"פ כִּי אוֹתָהּ דְּרָשָׁה אֵינָהּ פְּשׁוּטָה שֶׁהֲרֵי צָדוֹקִין חוֹלְקִין בָּהּ לוֹמַר שֶׁהַיָּחִיד מִתְנַדֵּב וּמֵבִיא תָּמִיד הָר"ר אֶלְחָנָן וְכֵן יֵשׁ לִגְרֹוס כָּאן חֹדֶשׁ לִמְנוּיָיו שֶׁכֵּן מָצִינוּ בפ"ק דר"ה (דַּף י:) בַּגְּמָרָא וְלִנְטִיעָה מָה חֹדֶשׁ לִמְנוּיָיו אַף שָׁנָה לִמְנוּיֶיהָ:
« La Torah a dit : compte des jours », etc. Rabbi Mechoulam trouvait difficile de savoir où la Torah aurait dit de compter des jours pour sanctifier le mois, et il corrigeait le texte en : « compte des années et sanctifie le yovel » — ainsi lit-on dans le Torat Cohanim, qu'il y a mitsva de compter les chemitot pour sanctifier les yovelot. Il corrigeait de même au premier chapitre de Roch Hachana (5a) et dans Menahot (65b), dans la sougya des tsedoukim qui disaient qu'Atséret tombe au lendemain du Chabbat. Mais Rabbenou Tam trouve difficile d'effacer les livres et d'introduire une version qui ne se trouve nulle part, et il explique que le Roch Hodech aussi relève bien de la Torah quant au compte des jours, comme nous disons au premier chapitre de Meguila (5a) : d'où sait-on qu'on ne compte pas les mois en heures ? L'Écriture dit « jusqu'à un mois de jours » — tu comptes des jours et tu ne comptes pas des heures. Et ne t'étonne pas de la formule : bien qu'il ne s'agisse que d'une derasha, nous trouvons une tournure semblable au dernier chapitre de Meguila (29b) : « la Torah a dit : renouvelle et apporte un sacrifice de la nouvelle terouma », et pourtant cette derasha n'est pas simple, puisque les tsedoukim la contestent en disant qu'un particulier peut faire un don volontaire et apporter le tamid. Ainsi Rabbenou Elhanan. Et l'on peut lire de même ici « le mois selon son compte », car nous trouvons au premier chapitre de Roch Hachana (10b), dans la guemara sur la plantation : de même que le mois va selon son compte, de même l'année va selon son compte.
אַף עֲצֶרֶת לִמְנוּיָיו. לְעִנְיַן קָרְבָּן קָאָמַר דְּאִי לְעִנְיַן יוֹם טוֹב לֹא צָרִיךְ קְרָא:
« De même Atséret selon son compte. » Cela est dit au sujet des sacrifices, car s'il s'agissait du Yom Tov lui-même, aucun verset ne serait nécessaire.
💡 Explication

Troisième tentative, la plus serrée. Rabba bar Chmouel rapproche deux comptes : trente jours mènent au Roch Hodech, cinquante jours mènent à Atséret. Dans les deux cas, la sanctification — c'est-à-dire les sacrifices du jour — se mesure à l'unité qui a servi au compte, ce que la baraita appelle lemanouyav, « selon ce qui a été compté pour lui ».

La guemara propose d'en tirer que, le mois étant sanctifié un seul jour, Atséret l'est aussi un seul jour, sans rattrapage. Toute la force de l'argument dépend de l'unité de compte retenue pour Atséret — et c'est précisément là que Rava va intervenir.

🖼️ Schéma
Le rapprochement de Rabba bar Chmouel : chaque fête se sanctifie selon l'unité de son compte Le mois On compte trente jours Unité du compte : le jour Sanctifié pour un jour Roch Hodech et ses moussafim Atséret On compte cinquante jours et aussi sept semaines Sanctifié pour combien ? toute la sougya tient à cette unité Hava amina : l'unité est le jour Atséret serait sanctifiée un seul jour, donc sans aucun jour de rattrapage lecture écartée Rava : l'unité est la semaine Le omer se compte en jours et en semaines, et la fête se nomme hag ha-chavouot donc sept jours de rattrapage
Le même rapprochement soutient les deux conclusions opposées, selon l'unité de compte retenue.
8
אָמַר רָבָא: וְתִסְבְּרָא?! אַטּוּ עֲצֶרֶת, יוֹמֵי מָנֵינַן שָׁבוּעֵי לָא מָנֵינַן? וְהָאָמַר אַבַּיֵּי: מִצְוָה לְמִימְנֵי יוֹמֵי, דִּכְתִיב: ״תִּסְפְּרוּ חֲמִשִּׁים יוֹם״, וּמִצְוָה לְמִימְנֵי שָׁבוּעֵי, דִּכְתִיב: ״שִׁבְעָה שָׁבֻועֹות תִּסְפָּר לָךְ״. וְעוֹד: ״חַג שָׁבוּעוֹת״, כְּתִיב.

Rava dit : et comment peux-tu le comprendre ainsi ? Est-ce à dire que, pour Atséret, nous comptons des jours et ne comptons pas des semaines ?

Abaye n'a-t-il pas dit : il y a mitsva de compter les jours, car il est écrit « vous compterez cinquante jours », et il y a mitsva de compter les semaines, car il est écrit « sept semaines tu compteras pour toi » ? Et de plus, il est écrit « la fête des semaines ».

📜 Rachi (1)
הָאָמַר אַבַּיֵּי בְּמַסֶּכֶת מְנָחוֹת מִצְוָה לְמִימְנֵי יוֹמֵי וּמִצְוָה לְמִימְנֵי שָׁבוּעֵי:
« Abaye n'a-t-il pas dit » : dans le traité Menahot — il y a mitsva de compter les jours et mitsva de compter les semaines.
🗂️ Tossefot (1)
מִצְוָה לְמִימְנֵי יוֹמֵי וּמִצְוָה לְמִימְנֵי שָׁבוּעֵי. וְתַרְוַייְהוּ אִיתַנְהוּ יוֹמֵי לְקַדֵּשׁ עֲצֶרֶת שָׁבוּעֵי לְתַשְׁלוּמִין וְהִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן לִיגְמַר מִיּוֹבֵל דְּלָא מְקַדְּשִׁין לֵיהּ לְעִנְיַן שְׁמִיטִּין רַק לִשְׁנַיִם וא"כ לָא נֵימָא כְּלָל הָכָא מִנְיַן שָׁבוּעֵי לְקַדֵּשׁ וְתֵירֵץ דִּלְהָכִי אִצְטְרִיךְ חַג הַשָּׁבוּעוֹת לוֹמַר שֶׁמְּקַדְּשִׁין בּוֹ יָמִים וּשְׁבוּעוֹת דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי לָמָּה לִי קְרָא מִדְּרָשָׁה דְּחַג הַשָּׁבוּעוֹת דְּמִדְּרָשָׁה דְּרַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל וּמָנָה יָמִים וְקַדֵּשׁ חֹדֶשׁ לְאַפּוֹקֵי מַלְבֵּן שֶׁל צָדוֹקִין ועי"ל דְּלָא גָּמְרִינַן מִיּוֹבֵל דְּדָנִין יָמִים מִיָּמִים עֲצֶרֶת מֵחָדָשׁ וְאַל יוֹכִיחַ יוֹבֵל דִּשְׁנַיִם נִינְהוּ וּמֵהָכָא שָׁמְעִינַן דְּמִצְוָה לְמִימְנֵי יוֹמֵי וְשָׁבוּעֵי בִּסְפִירַת הָעֹומֶר דקי"ל כְּאַבַּיֵּי:
« Il y a mitsva de compter les jours et mitsva de compter les semaines. » Les deux valent : les jours pour sanctifier Atséret, les semaines pour les tashloumin. Rabbenou Elhanan a objecté : apprenons plutôt du yovel, qui n'est pas sanctifié selon les chemitot mais seulement selon les années ; et s'il en est ainsi, ne disons pas du tout ici que le compte des semaines sert à sanctifier. Il a répondu que le verset « la fête des semaines » est justement nécessaire pour dire que l'on y sanctifie par les jours et par les semaines ; car si tu ne dis pas ainsi, pourquoi faudrait-il ce verset ? La derasha de « la fête des semaines » est requise parce que celle de Rabba bar Chmouel, « compte des jours et sanctifie le mois », sert à écarter la thèse des tsedoukim. On peut encore répondre que l'on n'apprend pas du yovel, car on déduit des jours à partir de jours — Atséret à partir du mois — et le yovel ne saurait servir de preuve, puisqu'il s'agit d'années. De ce passage nous apprenons qu'il y a mitsva de compter les jours et les semaines dans le compte du omer, puisque la halakha suit Abaye.
💡 Explication

Rava retourne l'argument. Le rapprochement de Rabba bar Chmouel vaut, mais l'unité de compte d'Atséret ne se réduit pas au jour : le compte du omer se fait aussi par semaines, et la fête porte le nom de hag ha-chavouot, la fête des semaines.

Si Atséret se sanctifie selon l'unité de son compte, et si cette unité est la semaine, alors sa sanctification s'étend sur sept jours. La baraita, loin de prouver le jour unique, fournit l'appui des sept jours de tashloumin.

9
דְּבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב תָּנָא, אֲמַר קְרָא: ״וּקְרָאתֶם וּבְקֻצְרְכֶם״. אֵיזֶהוּ חַג שֶׁאַתָּה קוֹרֵא וְקוֹצֵר בּוֹ — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה חַג עֲצֶרֶת.

À l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov on a enseigné : le verset dit « et vous proclamerez », et il est écrit « et lorsque vous moissonnerez ». Quelle est la fête où tu proclames et où tu moissonnes ?

Tu dois dire : c'est la fête d'Atséret.

📜 Rachi (3)
דְּבֵי ר"א בֶּן יַעֲקֹב תְּנָא מֵהָכָא נָפְקָא לָן תַּשְׁלוּמִין לַעֲצֶרֶת:
« À l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov on a enseigné » : c'est de là que nous tirons les tashloumin d'Atséret.
וּקְרָאתֶם בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה וּבְחַג הַשָּׁבוּעוֹת כְּתִיב וּסְמִיךְ לֵיהּ וּבְקֻצְרְכֶם אֶת קְצִיר אַרְצְכֶם שֶׁאַתָּה קוֹרֵא מִקְרָא קֹדֶשׁ וְקוֹצֵר:
« Et vous proclamerez en ce jour même » : c'est écrit à propos de la fête des semaines, et il y est accolé « et lorsque vous moissonnerez la moisson de votre terre » — une fête où tu proclames une convocation sainte et où tu moissonnes.
הֱוֵי אוֹמֵר זֶה עֲצֶרֶת דְּהָנֵי קְרָאֵי בַּעֲצֶרֶת כְּתִיבִי:
« Tu dois dire : c'est Atséret » : car ces versets sont écrits à propos d'Atséret.
💡 Explication

Nouvelle source, indépendante des précédentes. Le chapitre 23 du Lévitique énonce d'abord « vous proclamerez en ce jour même une convocation sainte » à propos d'Atséret, puis enchaîne aussitôt « et lorsque vous moissonnerez la moisson de votre terre ».

Le voisinage des deux versets désigne une fête dont les jours joignent la proclamation et la moisson. Rachi indique que c'est de là que se tirent les tashloumin d'Atséret.

10
אֵימַת? אִילֵּימָא בְּיוֹם טוֹב — קְצִירָה בְּיוֹם טוֹב מִי שְׁרֵי? אֶלָּא לָאו לְתַשְׁלוּמִין.

Quand cela ? Si l'on dit : à Yom Tov — moissonner à Yom Tov est-il permis ?

Il s'agit donc des tashloumin.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לְתַשְׁלוּמִין לְאַחַר יו"ט קָאֵי וְקוֹרֵא אוֹתָן מִקְרָא קֹדֶשׁ לְעִנְיַן תַּשְׁלוּמִין וּמֻותָּרִין בִּמְלָאכָה:
« Il s'agit donc des tashloumin » : le verset vise les jours qui suivent Yom Tov ; l'Écriture les appelle convocation sainte au regard des tashloumin, et ils demeurent permis au travail.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לָאו לְתַשְׁלוּמִין. דְּשָׁרֵי לִקְצֹור וְלַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּיוֹם טְבוֹחַ וּמְסַייֵּם בָּהּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי א"ר יוֹסֵי בְּרַבִּי בְּוַן וּבִלְבַד שֶׁיְּכַלֵּם לְעִיסָּתוֹ כְּהָדָא דְּתָנֵינַן. לָהּ אָמַר אִינִישׁ דְּלֶיהֱווֹ עִלָּווַאי אָעִין וּבִכּוּרִים וְאוֹמֵר הֲרֵי עֵצִים לַמִּזְבֵּחַ וְגִיזְרִין לַמַּעֲרָכָה אָסוּר בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית וּמִלַּעֲשׂוֹת מְלָאכָה בּוֹ בַּיּוֹם כְּלוֹמַר ואע"פ שֶׁהַתּוֹרָה הִתִּירָה מְלָאכָה לְתַשְׁלוּמִין לָא מָצֵי לְמֶיעְבַּד רַק לְצֹורֶךְ אֲכִילָתוֹ אִם כָּלָה עִיסָּתוֹ כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ שֶׁאָסוּר לְאָדָם לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּיוֹם הִקְרִיבוּ אֶת קָרְבָּנוֹ וְהָא דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ וְאִי מדר"א הֲוָה אָמֵינָא מַה תַּשְׁלוּמִין בְּחַג הַמַּצּוֹת אָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה אַף שֶׁל עֲצֶרֶת מִדְּאוֹרַייְתָּא ואע"ג דְּחוֹל הַמּוֹעֵד אֵינוֹ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ אָבוּד מִשּׁוּם שְׁבִיעִי דְּאוֹרָיְיתָא נַקְטֵיהּ אֲבָל מ"מ אַף הַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ לָא פְּלִיג בְּהָא דְּמִדְּרַבָּנָן מִיהָא מִיתְּסַר יוֹם טְבוֹחַ כִּדְפָרֵישִׁית:
« Il s'agit donc des tashloumin. » Car il est permis de moissonner et de faire un travail le jour d'abattage. Le Yeroushalmi conclut ainsi : Rabbi Yossi be-rabbi Boun a dit, à condition que sa pâte soit épuisée, comme dans ce que nous avons appris : qu'un homme dise « il m'incombe du bois et des bikkourim », ou qu'il dise « voici du bois pour l'autel et des bûches pour le bûcher » — il lui est interdit ce jour-là de faire l'éloge funèbre, de jeûner et de travailler. C'est-à-dire que, bien que la Torah ait permis le travail pendant les tashloumin, il ne peut le faire que pour les besoins de sa nourriture, lorsque sa pâte est épuisée, de même que nous trouvons qu'il est interdit à un homme de travailler le jour où il offre son sacrifice. Quant à ce que la guemara dit plus loin — « et si nous n'avions que l'enseignement de Rabbi Elazar, j'aurais dit : de même que pendant les tashloumin de la fête des matsot le travail est interdit, de même pendant ceux d'Atséret » — c'est un interdit de la Torah qui est visé ; et bien que hol hamoed ne relève que des sages pour ce qui n'est pas périssable, on s'est appuyé sur le septième jour, qui est de la Torah. De toute façon, notre Talmud non plus ne conteste pas ce point : au moins d'ordre rabbinique, le jour d'abattage est interdit au travail, comme je l'ai expliqué.
💡 Explication

La guemara serre la déduction. La proclamation d'une convocation sainte et la moisson ne peuvent coïncider le jour de la fête, où le travail est interdit. Le verset vise donc les jours qui suivent : les jours de rattrapage, qui gardent un caractère de fête pour les sacrifices et restent ouvriers pour le travail.

Tossefot apporte ici une réserve du Yeroushalmi : la permission de travailler pendant ces jours se limite aux besoins de la nourriture, à la manière de celui qui offre son propre sacrifice et ne travaille pas ce jour-là.

11
וְאַף עַל גַּב דְּאִיתְּמַר דְּרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא, אִצְטְרִיךְ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. דְּאִי מִדְּרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא — הֲוָה אֲמִינָא: מַה תַּשְׁלוּמִין שֶׁל חַג הַמַּצּוֹת אָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה, אַף תַּשְׁלוּמֵי עֲצֶרֶת נָמֵי אָסוּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה, קָמַשְׁמַע לַן דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. וְאִי מִדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב,

Et bien que l'enseignement de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya ait été dit, l'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov était nécessaire. Car si nous n'avions que l'enseignement de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya, j'aurais dit : de même que pendant les tashloumin de la fête des matsot il est interdit de travailler, de même pendant les tashloumin d'Atséret il serait interdit de travailler ; il nous apprend donc l'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov.

Et si nous n'avions que l'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov,

🗂️ Tossefot (1)
וְאִצְטְרִיךְ דר"א וְאִיצְטְרִיךְ דְּרַבִּי אוֹשַׁעְיָא. הִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן מִבָּרַיְיתָא דִּלְעֵיל לֶיעֱבֵד צְרִיכוּתָא דְּתָנֵי רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל וְעַל ר"א בֶּן יַעֲקֹב וְחַג' הַשָּׁבוּעוֹת דְּאָמַר ר"א וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא לָמָּה לִי דְּמַשְׁמַע מִינֵּיהּ שֶׁיֵּשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין כָּל ז' וְי"ל דְּהַהִיא בָּרַייְתָא אָתְיָא לִסְתּוֹר דְּרָשַׁת הַצָּדוֹקִין בִּמְנָחוֹת (דַּף סה: וְשָׁם):
« Il fallait l'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov et il fallait celui de Rabbi Ochaya. » Rabbenou Elhanan a objecté à partir de la baraita citée plus haut : que l'on fasse la tsrikhouta entre ce qu'enseigne Rabba bar Chmouel, Rabbi Eliezer ben Yaakov et « la fête des semaines » ; à quoi bon alors ce que disent Rabbi Elazar et Rabbi Ochaya, puisqu'il ressort déjà de ces sources qu'Atséret a des tashloumin pendant les sept jours ? On peut répondre que cette baraita vient pour réfuter la derasha des tsedoukim dans Menahot (65b).
💡 Explication

Le folio se ferme sur une tsrikhouta entre les deux dérivations. Celle de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya, établie plus haut, tire les sept jours d'Atséret du rapprochement avec Pessa'h ; prise seule, elle étendrait aussi à Atséret l'interdit de travail des jours intermédiaires de Pessa'h.

L'enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov corrige ce point : les jours de rattrapage d'Atséret sont des jours de moisson. La phrase qui amorce le versant inverse reste suspendue et se poursuit au début du folio 18a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).