Sougya : Le folio achève d'abord la sougya des tashlumin de Atséret : Reich Lakich tire une preuve du nom hag ha-katsir, la fête de la moisson, puisqu'on ne moissonne pas un Yom Tov, et Rabbi Yo'hanan lui oppose hag ha-assif, la fête de la cueillette, où la même lecture est impossible ; les deux noms désignent donc la saison de l'année. Du silence de Reich Lakich devant cette objection, la guemara déduit que tous deux tiennent le hol hamoed interdit dans l'accomplissement d'un travail, et part en quête de la source de cet interdit.
Quatre baraitot se succèdent : Rabbi Yochiya et son verset « tu observeras », Rabbi Yonatan et son kal va-homer que deux objections successives viennent éprouver, Rabbi Yossi HaGlili et Rabbi Akiva sur les versets de Vayikra 23, enfin la baraita de « et le septième jour, atséret », qui conclut que le verset a remis aux sages le soin de dire quel jour et quel travail sont interdits. Le folio revient pour finir à la michna, qui permet l'éloge funèbre et le jeûne le jour d'abattage, et résout la contradiction avec l'affaire d'Alexa à Loud par la date à laquelle tombe Atséret.
Tossefot y greffe la grande discussion de Rabbenou Tam : le travail de hol hamoed est interdit par les maîtres, le verset ne servant que d'appui.
Je ne saurais combien. Il nous enseigne donc ce que Rabbi Éléazar a dit au nom de Rabbi Ochaya.
Fin de la discussion ouverte au folio précédent. Sans l'enseignement de Rabbi Éléazar, on saurait seulement que Atséret admet des tashlumin — des jours de rattrapage où l'on peut encore offrir les sacrifices de la fête — sans en connaître le nombre.
L'enseignement rapproche Atséret de la fête des matsot : sept jours là-bas, sept jours ici.
Et Reich Lakich a dit : « Et la fête de la moisson » (Chemot 23,16) — quelle est la fête où tu célèbres et où tu moissonnes ? Il faut dire : c'est Atséret.
Quand ? Si l'on dit : le jour de Yom Tov — moissonner un Yom Tov, est-ce permis ?
Il faut donc dire : pendant les jours de tashlumin.
Reich Lakich établit autrement que Atséret possède des jours de tashlumin. Il part du nom que la Torah donne à la fête : hag ha-katsir, la fête de la moisson. Le nom associe deux actes, célébrer la fête et moissonner.
Or moissonner est un travail interdit un Yom Tov. Les deux actes ne peuvent donc coïncider que sur des jours où l'offrande de la fête reste possible tout en permettant le travail : les jours de tashlumin, qui sont des jours ordinaires.
Rabbi Yo'hanan dit : s'il en est ainsi, « la fête de la cueillette » (Chemot 23,16) — quelle est la fête où il y a cueillette ? Il faut dire : c'est la fête de Souccot.
Quand ? Si l'on dit : le jour de Yom Tov — un travail un Yom Tov, est-ce permis ?
Il faut donc dire : à hol hamoed. Mais à hol hamoed, est-ce permis ?
Il faut plutôt dire : la fête qui vient au temps de la cueillette. Ici de même : la fête qui vient au temps de la moisson.
Rabbi Yo'hanan éprouve la lecture de Reich Lakich en l'appliquant à l'autre nom du même verset, hag ha-assif, la fête de la cueillette, qui désigne Souccot. La cueillette ne peut se faire ni le Yom Tov ni pendant le hol hamoed, les jours intermédiaires de la fête.
La lecture échoue donc là-bas, et il faut comprendre les deux noms de la même manière : ils indiquent la saison de l'année où la fête tombe, non un acte que l'on y accomplirait.
On en déduit que tous deux tiennent que le hol hamoed est interdit dans l'accomplissement d'un travail.
La guemara tire une conclusion du silence : Rabbi Yo'hanan a écarté la cueillette à hol hamoed d'un mot, « est-ce permis ? », et Reich Lakich n'a pas contesté. Les deux amoraïm tiennent donc le même principe.
Cette conclusion incidente ouvre la sougya suivante, qui occupe le reste du folio : d'où vient cet interdit, et quelle est sa force.
D'où ces choses ? Car nos maîtres ont enseigné : « Tu observeras la fête des matsot sept jours » (Chemot 23,15) — cela a enseigné au sujet du hol hamoed qu'il est interdit dans l'accomplissement d'un travail ; parole de Rabbi Yochiya.
Rabbi Yonatan dit : point n'est besoin, c'est un kal va-homer : si le premier et le septième jour, qui n'ont pas de sainteté avant eux ni après eux, sont interdits dans l'accomplissement d'un travail, le hol hamoed, qui a de la sainteté avant lui et après lui, n'est-il pas juste qu'il soit interdit dans l'accomplissement d'un travail ?
Deux voies s'offrent au tana. Rabbi Yochiya s'appuie sur le verbe tichmor, « tu observeras » : dans le langage de la Torah, tout terme de garde porte une mise en garde négative, et il s'applique ici aux sept jours de la fête, non aux deux seuls jours de Yom Tov.
Rabbi Yonatan se passe du verset et raisonne par kal va-homer : le premier et le septième jour sont bordés de jours ordinaires, et pourtant le travail y est interdit ; les jours intermédiaires, encadrés de deux jours saints, devraient l'être à plus forte raison.
Les six jours de la Création le prouveront : ils ont de la sainteté avant eux et après eux, et ils sont permis dans l'accomplissement d'un travail ! Qu'y a-t-il pour les six jours de la Création, qui n'ont pas de sacrifice moussaf — en diras-tu autant du hol hamoed, qui a un sacrifice moussaf ?
Roch Hodech le prouvera : il a un sacrifice moussaf, et il est permis dans l'accomplissement d'un travail ! Qu'y a-t-il pour Roch Hodech, qui n'est pas appelé « mikra kodech » — en diras-tu autant du hol hamoed, qui est appelé « mikra kodech » ?
Puisqu'il est appelé « mikra kodech », il est juste qu'il soit interdit dans l'accomplissement d'un travail.
Le kal va-homer de Rabbi Yonatan est mis à l'épreuve par deux contre-exemples successifs, selon la forme classique du yokhiah, « untel le prouvera ». Chaque contre-exemple présente le critère avancé sans porter l'interdit ; chaque réponse affine alors le critère.
Les jours de la semaine ont bien de la sainteté avant et après eux, sans avoir de moussaf. Roch Hodech a un moussaf, sans être appelé mikra kodech, convocation sainte. Le hol hamoed cumule les deux traits, et c'est sur ce dernier que l'interdit se fonde.
Il a été enseigné dans une autre baraita : « Vous ne ferez aucun travail servile » (Vayikra 23,35) — cela a enseigné au sujet du hol hamoed qu'il est interdit dans l'accomplissement d'un travail ; parole de Rabbi Yossi HaGlili. Rabbi Akiva dit : point n'est besoin.
Voici qu'il est dit : « Ce sont là les fêtes de Hachem, etc. » (Vayikra 23,4). De quoi le verset parle-t-il ?
Si du premier jour — il est déjà dit « chabbaton » ; si du septième — il est déjà dit « chabbaton ». Le verset ne parle donc que du hol hamoed, pour t'enseigner qu'il est interdit dans l'accomplissement d'un travail.
Deux nouvelles voies. Rabbi Yossi HaGlili s'appuie sur la juxtaposition de deux versets dans Vayikra 23 : l'interdit du travail servile est suivi de « sept jours vous offrirez un sacrifice par le feu », ce qui étend l'interdit à l'ensemble des sept jours.
Rabbi Akiva procède par élimination : le verset qui appelle les fêtes mikraei kodech ne peut viser ni le premier ni le septième jour, déjà pourvus de leur propre terme, chabbaton. Il ne reste que les jours intermédiaires.
Il a été enseigné dans une autre baraita : « Six jours tu mangeras des matsot, et le septième jour, atséret pour Hachem » (Devarim 16,8) — de même que le septième est retenu, de même les six jours sont retenus. Si oui : de même que le septième est retenu de tout travail, de même les six jours seraient retenus de tout travail.
Le mot atséret signifie retenue, arrêt. La baraita lit le verset d'un seul tenant : le septième jour est retenu, et la conjonction rattache à lui les six jours qui précèdent.
Elle soulève aussitôt la conséquence excessive de cette lecture : les six jours seraient alors retenus de la même manière que le septième, c'est-à-dire de tout travail sans exception, y compris le dbar ha-aved.
Le verset dit : « et le septième jour, atséret » — le septième est retenu de tout travail, et les six jours ne sont pas retenus de tout travail. Voici que le verset ne les a remis qu'aux sages, pour te dire quel jour est interdit et quel jour est permis, quel travail est interdit et quel travail est permis.
La formulation du verset isole le septième jour : c'est de lui seul qu'il est dit atséret. Les six autres jours sont donc retenus, sans l'être de tout travail.
Le verset laisse ainsi une mesure sans contenu déterminé, et la baraita en tire une conclusion de méthode : le partage entre le permis et l'interdit revient aux sages. C'est là base du régime particulier du hol hamoed, où le dbar ha-aved, le travail dont l'omission entraînerait une perte, est permis.
« Et ils sont permis dans l'éloge funèbre et le jeûne, afin de ne pas confirmer les paroles de ceux qui disent : Atseret après le Chabbat. » Mais n'a-t-il pas été dit : il arriva qu'Alexa mourut à Loud, et tout Israël entra pour faire son éloge, et Rabbi Tarfon ne les laissa pas faire, parce que c'était le Yom Tov de Atseret ?
Le folio revient à la michna. Elle permettait l'éloge funèbre et le jeûne le jour d'abattage afin de marquer publiquement que ce jour n'est pas une fête — les tsedoukim soutenaient en effet que Atseret tombe toujours au lendemain d'un Chabbat, et le dimanche suivant la fête aurait alors confirmé leur thèse.
Une baraita rapporte pourtant le contraire : à Loud, Rabbi Tarfon interdit l'éloge funèbre d'Alexa au motif de la fête.
Yom Tov, te viendrait-il à l'esprit ? Si c'était Yom Tov, seraient-ils venus ?
Dis plutôt : parce que c'était le jour d'abattage. Ce n'est pas difficile : ici, il s'agit d'un Yom Tov qui tombe après le Chabbat ; là, d'un Yom Tov qui tombe le Chabbat.
La guemara corrige d'abord la baraita : le rassemblement lui-même prouve que le jour n'était pas Yom Tov, puisqu'on ne se serait pas déplacé. Il s'agissait donc du jour d'abattage qui suit Atseret.
La résolution tient à la date : lorsque Atseret tombe le Chabbat, son jour d'abattage tombe un dimanche, exactement où les tsedoukim placent la fête, et l'on permet alors l'éloge funèbre pour écarter leur thèse. Lorsque Atseret tombe un autre jour, aucune thèse n'est à écarter et le jour d'abattage conserve son caractère de fête.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).