Chagigah 18a — Le hol hamoed interdit dans l'accomplissement d'un travail, et le jour d'abattage face aux tsedoukim

Chagigah 18a

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya des tashlumin de Atséret : Reich Lakich tire une preuve du nom hag ha-katsir, la fête de la moisson, puisqu'on ne moissonne pas un Yom Tov, et Rabbi Yo'hanan lui oppose hag ha-assif, la fête de la cueillette, où la même lecture est impossible ; les deux noms désignent donc la saison de l'année. Du silence de Reich Lakich devant cette objection, la guemara déduit que tous deux tiennent le hol hamoed interdit dans l'accomplissement d'un travail, et part en quête de la source de cet interdit.

Quatre baraitot se succèdent : Rabbi Yochiya et son verset « tu observeras », Rabbi Yonatan et son kal va-homer que deux objections successives viennent éprouver, Rabbi Yossi HaGlili et Rabbi Akiva sur les versets de Vayikra 23, enfin la baraita de « et le septième jour, atséret », qui conclut que le verset a remis aux sages le soin de dire quel jour et quel travail sont interdits. Le folio revient pour finir à la michna, qui permet l'éloge funèbre et le jeûne le jour d'abattage, et résout la contradiction avec l'affaire d'Alexa à Loud par la date à laquelle tombe Atséret.

Tossefot y greffe la grande discussion de Rabbenou Tam : le travail de hol hamoed est interdit par les maîtres, le verset ne servant que d'appui.

Le fil du folio : de la dernière preuve sur les tashlumin au jour d'abattage Rabbi Eléazar au nom de Rabbi Ochaya : Atséret a sept jours de tashlumin fin de la sougya ouverte au folio précédent Reich Lakich : une autre preuve, tirée du nom hag ha-katsir quelle fête célèbres-tu en moissonnant ? Atséret — donc pendant les jours de tashlumin Rabbi Yo'hanan : la même lecture appliquée à hag ha-assif échoue les deux noms désignent la saison où tombe la fête, non un acte qu'on y accomplit Reich Lakich ne répond pas : tous deux tiennent le même principe le hol hamoed est interdit dans l'accomplissement d'un travail Menahani mileh ? Quatre baraitot cherchent la source de cet interdit Rabbi Yochiya, Rabbi Yonatan, Rabbi Yossi HaGlili, Rabbi Akiva Dernière baraita : les six jours sont retenus, mais pas de tout travail le verset a remis aux sages le détail des jours et des travaux Retour à la michna : éloge funèbre et jeûne le jour d'abattage l'affaire d'Alexa à Loud semble contredire, la date de Atséret résout
Le folio en sept étapes : la fin de la sougya des tashlumin, l'interdit de travail à hol hamoed et sa source, puis le retour à la michna.
D'où vient l'interdit de travail à hol hamoed : quatre dérivations tannaïtiques Maître Appui Exposition Rabbi Yochiya Et hag ha-matsot tichmor chivat yamim (Chemot 23,15) Tout tichmor est une mise en garde négative : garde les sept jours de la fête du travail Rabbi Yonatan Aucun verset : un kal va-homer à partir du premier et du septième jour Ces deux jours n'ont aucune sainteté avant ni après eux et sont pourtant interdits : à plus forte raison hol hamoed Rabbi Yossi HaGlili Kol melekhet avoda lo taassou, suivi de chivat yamim takrivou iché (Vayikra 23) Les deux versets sont juxtaposés : l'interdit du premier jour se lit sur les sept jours de la fête Rabbi Akiva Eleh moadei Hachem mikraei kodech (Vayikra 23,4) Le verset ne vise ni le premier ni le septième jour, déjà couverts par chabbaton : reste le hol hamoed Baraita anonyme Ouvayom hachvii atséret (Devarim 16,8) Les six jours sont retenus comme le septième, mais pas de tout travail : le détail est remis aux sages
Les cinq positions tannaïtiques du folio, leur appui scripturaire et la manière dont chacune l'expose.
Le travail à hol hamoed : interdit de la Torah ou interdit des maîtres ? Lecture simple du folio, et Rachi Rabbenou Tam, rapporté par Tossefot ici Interdit de la Torah (deoraïta) Interdit des maîtres (derabanan) - La guemara tire l'interdit d'un verset, et rejette la cueillette à hol hamoed comme impossible. - Moed Katan 11b : non seulement le deuil, qui est des maîtres, mais même hol hamoed, de la Torah. - Rabbenou Chmouel, Pessahim 118a : celui qui fait un travail à hol hamoed méprise les fêtes. - Un interdit de la Torah ne se partage pas : ici le dbar ha-aved et bien des travaux sont permis. - Meguila 21a range hol hamoed avec Roch Hodech, jour où il n'y a pas de Yom Tov. - Yerouchalmi Moed Katan : on a interdit le travail pour qu'on étudie — langage de décret des maîtres. Comment Rabbenou Tam lit-il alors notre folio ? Le verset sert d'appui à un interdit rabbinique ; on ne peut donc pas l'exposer comme permettant ouvertement ce travail.
La grande discussion de Tossefot sur le statut du travail à hol hamoed, et la réponse de Rabbenou Tam à l'objection tirée de notre folio.
1
לָא יָדַעְנָא כַּמָּה, קָא מַשְׁמַע לַן דְּרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא.

Je ne saurais combien. Il nous enseigne donc ce que Rabbi Éléazar a dit au nom de Rabbi Ochaya.

📜 Rachi (1)
לָא יָדַעְנָא כַּמָּה יָמִים יִהְיוּ לְתַשְׁלוּמִין קמ"ל דְּרַבִּי אֶלְעָזָר מָה חַג הַמַּצּוֹת שִׁבְעָה אַף כָּאן שִׁבְעָה:
« Je ne saurais » : combien de jours seront ceux des tashlumin. Il nous enseigne donc l'enseignement de Rabbi Éléazar : de même que la fête des matsot dure sept jours, de même ici sept jours.
💡 Explication

Fin de la discussion ouverte au folio précédent. Sans l'enseignement de Rabbi Éléazar, on saurait seulement que Atséret admet des tashlumin — des jours de rattrapage où l'on peut encore offrir les sacrifices de la fête — sans en connaître le nombre.

L'enseignement rapproche Atséret de la fête des matsot : sept jours là-bas, sept jours ici.

2
וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: ״וְחַג הַקָּצִיר״, אֵיזֶהוּ חַג שֶׁאַתָּה חוֹגֵג וְקוֹצֵר בּוֹ — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה עֲצֶרֶת. אֵימַת? אִילֵּימָא בְּיוֹם טוֹב — קְצִירָה בְּיוֹם טוֹב מִי שְׁרֵי? אֶלָּא לָאו לְתַשְׁלוּמִין.

Et Reich Lakich a dit : « Et la fête de la moisson » (Chemot 23,16) — quelle est la fête où tu célèbres et où tu moissonnes ? Il faut dire : c'est Atséret.

Quand ? Si l'on dit : le jour de Yom Tov — moissonner un Yom Tov, est-ce permis ?

Il faut donc dire : pendant les jours de tashlumin.

📜 Rachi (1)
וְחַג הַקָּצִיר בִּכּוּרֵי מַעֲשֶׂיךָ בְּחַג שָׁבוּעוֹת כְּתִיב:
« Et la fête de la moisson, les prémices de tes œuvres » : c'est écrit au sujet de la fête de Chavouot.
💡 Explication

Reich Lakich établit autrement que Atséret possède des jours de tashlumin. Il part du nom que la Torah donne à la fête : hag ha-katsir, la fête de la moisson. Le nom associe deux actes, célébrer la fête et moissonner.

Or moissonner est un travail interdit un Yom Tov. Les deux actes ne peuvent donc coïncider que sur des jours où l'offrande de la fête reste possible tout en permettant le travail : les jours de tashlumin, qui sont des jours ordinaires.

3
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֶלָּא מֵעַתָּה, ״חַג הָאָסִיף״: אֵי זֶהוּ חַג שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֲסִיפָה — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה חַג הַסֻּוכּוֹת, אֵימַת? אִילֵּימָא בְּיוֹם טוֹב — מְלָאכָה בְּיוֹם טוֹב מִי שְׁרֵי? אֶלָּא בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד. חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד מִי שְׁרֵי? אֶלָּא — חַג הַבָּא בִּזְמַן אֲסִיפָה, הָכָא נָמֵי — חַג הַבָּא בִּזְמַן קְצִירָה.

Rabbi Yo'hanan dit : s'il en est ainsi, « la fête de la cueillette » (Chemot 23,16) — quelle est la fête où il y a cueillette ? Il faut dire : c'est la fête de Souccot.

Quand ? Si l'on dit : le jour de Yom Tov — un travail un Yom Tov, est-ce permis ?

Il faut donc dire : à hol hamoed. Mais à hol hamoed, est-ce permis ?

Il faut plutôt dire : la fête qui vient au temps de la cueillette. Ici de même : la fête qui vient au temps de la moisson.

📜 Rachi (1)
ה"נ חַג הַבָּא בִּזְמַן קְצִירָה קָאָמַר וְלָאו חוֹגֵג וְקוֹצֵר בּוֹ אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן:
« Ici de même, la fête qui vient au temps de la moisson » : c'est cela que le verset dit, et il n'est pas venu nous enseigner que tu y célèbres et que tu y moissonnes.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא חַג הַבָּא בִּזְמַן אֲסִיפָה. הִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן דְּאָמַר פ"ק דר"ה (וּבַגְּמָרָא דְּסַנְהֶדְרִין) (דַּף יג.) א"ל רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי אַסִּי וְדִלְמָא לָא עָיֵיל כְּלָל וְקָאָמַר רַחֲמָנָא תְּשַׁמֵּט וְתֵיזִיל עַד חַג הַסֻּוכּוֹת לָא ס"ד דִּכְתִיב חַג הָאָסִיף מַאי הָאָסִיף אִילֵּימָא חַג הַבָּא בִּזְמַן אֲסִיפָה הָכְתִיב בְּאָסְפְּךָ אֶת מַעֲשֶׂיךָ אֶלָּא מַאי אָסִיף קָצִיר אַלְמָא לָא אָמְרִי' חַג הַסֻּוכּוֹת הַבָּא בִּזְמַן אֲסִיפָה וְתֵירֵץ מוֹרִי כֵּיוָן דְּמִבְּאָסְפָּךְ שָׁמְעִינַן חַג הַבָּא בִּזְמַן אֲסִיפָה וְאָמַר חַג הָאָסִיף מַשְׁמַע לִיקָּצֵר אֲבָל אִי לָאו הַאי קְרָא [בְּאָסְפְּךָ וְגוֹ'] הֲוָה דָּרְשִׁינַן חַג [הָאָסִיף] הַבָּא בִּזְמַן אֲסִיפָה א"כ גַּם חַג הַקָּצִיר נֵימָא הָכִי הוֹאִיל וְלֵיכָּא שׁוּם מַשְׁמָעוּת דְּמַפִּיק לֵיהּ:
« Il faut plutôt dire : la fête qui vient au temps de la cueillette. » Le Rav Rabbi Elhanan a soulevé une difficulté. Il est dit au premier chapitre de Roch Hachana (et dans la guemara de Sanhédrin, 13a) que Rabbi Zéra dit à Rabbi Assi : peut-être la récolte n'entre-t-elle pas du tout, et le Miséricordieux dirait que la chemitta se prolonge jusqu'à la fête de Souccot ? Cela ne saurait être, car il est écrit « la fête de la cueillette ». Qu'est-ce que « la cueillette » ? Si l'on dit : la fête qui vient au temps de la cueillette — mais il est déjà écrit « quand tu recueilles tes œuvres » ! Alors qu'est-ce que la cueillette ? La moisson. Il en ressort que l'on ne dit pas là-bas que Souccot est la fête qui vient au temps de la cueillette. Et mon maître a répondu : puisque de « quand tu recueilles » nous entendons déjà la fête qui vient au temps de la cueillette, le fait que le verset dise encore « la fête de la cueillette » indique la moisson ; mais sans ce verset-là (« quand tu recueilles, etc. »), nous aurions exposé « la fête de la cueillette » comme la fête qui vient au temps de la cueillette. S'il en est ainsi, disons-le de même pour « la fête de la moisson », puisqu'il n'y a là aucun autre sens qui l'en fasse sortir.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan éprouve la lecture de Reich Lakich en l'appliquant à l'autre nom du même verset, hag ha-assif, la fête de la cueillette, qui désigne Souccot. La cueillette ne peut se faire ni le Yom Tov ni pendant le hol hamoed, les jours intermédiaires de la fête.

La lecture échoue donc là-bas, et il faut comprendre les deux noms de la même manière : ils indiquent la saison de l'année où la fête tombe, non un acte que l'on y accomplirait.

🖼️ Schéma
Le nom de la fête : un acte qu'on y accomplit, ou la saison où elle tombe ? Hag ha-katsir = Atséret lecture de Reich Lakich La fête où tu célèbres et où tu moissonnes. Moissonner est interdit un Yom Tov. Donc les deux actes se rejoignent pendant les jours de tashlumin. Hag ha-assif = Souccot le test de Rabbi Yo'hanan La fête où tu célèbres et où tu cueilles. Interdit un Yom Tov, interdit à hol hamoed. Aucun jour ne convient : la lecture est intenable. Conclusion de Rabbi Yo'hanan Les deux noms désignent la saison : la fête qui vient au temps de la cueillette, la fête qui vient au temps de la moisson. La preuve de Reich Lakich sur les tashlumin tombe donc avec elle.
La lecture de Reich Lakich éprouvée sur l'autre nom du même verset, et la conclusion de Rabbi Yo'hanan.
4
מִכְּלָל דְּתַרְוַייְהוּ סְבִירָא לְהוּ דְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד אָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה.

On en déduit que tous deux tiennent que le hol hamoed est interdit dans l'accomplissement d'un travail.

📜 Rachi (1)
מִכְּלָל דְּתַרְוַיְיהוּ כו' מִדְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אֲסִיפָה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד מִי שְׁרֵי וְלָא מַהְדַּר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ אִין מִכְּלָל דְּתַרְוַיְיהוּ סְבִירָא לְהוּ אָסוּר:
« On en déduit que tous deux, etc. » : du fait que Rabbi Yo'hanan dit « la cueillette à hol hamoed, est-ce permis ? » et que Reich Lakich ne lui répond pas « oui », on déduit que tous deux tiennent que c'est interdit.
🗂️ Tossefot (1)
חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד אָסוּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה. לִכְאוֹרָה מַשְׁמַע דִּמְלָאכָה דְּמִיתַּסְרָא בֵּיהּ מִדְּאוֹרַייְתָּא דְּמַפִּיק לֵיהּ מִפָּסוּק וְכֵן בְּפֶרֶק ב' דמו"ק (דַּף יא: וְשָׁם) לָא מִיבַּעְיָא אֲבָל דְּמִדְּרַבָּנָן אֶלָּא אֲפִילּוּ חוש"מ דְּאוֹרָייְתָא וְכֵן פִּי' הָתָם בַּקּוּנְטְרֵס וְקָשֶׁה לר"ת דא"כ דָּבָר הָאָבֵד וְכַמָּה מְלָאכוֹת דְּשָׁרֵינַן הָתָם הֵיכִי מִשְׁתְּרוּ וְכִי הֵיכָן מָצִינוּ אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא מִקְצָתוֹ אָסוּר וּמִקְצָתוֹ מֻותָּר וְעוֹד דִּתְנַן בפ"ג דִּמְגִילָּה (דַּף כא.) כָּל מָקוֹם שֶׁאֵין יו"ט וְיֵשׁ מוּסָף קוֹרִין ד' כְּגוֹן חוש"מ ור"ח אַלְמָא לָא מִיתְּסַר מְלָאכָה מִדְּקָאָמַר דְּאֵין יו"ט וְעוֹד דְּכָייֵל לֵיהּ בַּהֲדֵי ר"ח דְּרַבָּנָן כִּדְאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דְּתַעֲנִית וּבְמָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ הָלֵין נָשִׂיא דִּרְגִילִין דְּלָא לְמֶיעְבַּד עֲבִידְתָּא בְּרֵישׁ יַרְחָא מִנְהָגָא הוּא וְעוֹד מָצִינוּ בִּירוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק שֵׁנִי דמו"ק כְּלוּם אָסְרוּ מְלָאכָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיְּהוּ אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין וְיִהְיוּ יְגֵעִים בַּתּוֹרָה וְהֵם פּוֹחֲזִין וְאוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּמִדְּרַבָּנָן הוּא וְכֵן בפ"ב דמו"ק (דַּף יב:) גַּבֵּי וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְכַוֵּין מְלַאכְתּוֹ בַּמּוֹעֵד וּבָעֵי בַּגְּמָרָא כִּיוֵּן וָמֵת מַהוּ שֶׁיִּקְנְסוּ בְּנוֹ אַחֲרָיו את"ל צָרַם אֹוזֶן הַבְּכוֹר וָמֵת קָנְסוּ בְּנוֹ אַחֲרָיו הָתָם אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא מַשְׁמַע דִּמְלָאכָה בַּמּוֹעֵד הָוֵי דְּרַבָּנָן וּמִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת דְּאַמְּכַוֵּין מְלַאכְתּוֹ בַּמּוֹעֵד קָאֵי דְּהַשְׁתָּא מִיהָא לֵיכָּא אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא כֵּיוָן דְּדָבָר הָאָבֵד הוּא מ"מ מַשְׁמַע לְפִי הָאֱמֶת דְּלָא מִיתְּסַר רַק מִדְּרַבָּנָן וְכִי קָאָמַר הָתָם בְּרֵישׁ פִּירְקָא לָא מִיבַּעְיָא אָבֵל דְּרַבָּנָן אֶלָּא אֲפִילּוּ חוש"מ דְּאוֹרָיְיתָא כְּעֵין דְּאוֹרָייְתָא קָאָמַר לְפִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ סֶמֶךְ [מִקְּרָא דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל יְמֵי הָאָבֵל לֵיכָּא אַסְמַכְתָּא אֶלָּא] מִדִּבְרֵי קַבָּלָה דִּכְתִיב וְהָפַכְתִּי חַגֵּיכֶם לְאֵבֶל (עָמוֹס ח׳:י׳) וּדְקָאָמַר הָכָא אֶלָּא בחוש"מ מִי שָׁרֵי א"כ מַשְׁמַע דְּאָסוּר מִן הַתּוֹרָה וי"ל לָאו מִשּׁוּם דְּלָא מִשְׁתְּרֵי מִדְּאוֹרַיְיתָּא אֶלָּא כֵּיוָן דְּאַקְּרָא סָמְכִינַן לֵיהּ לְמִיתְּסַר לָא מִסְּבָרָא לֵיהּ לְאוֹקְמֵי קְרָא דְּשָׁרֵי בְּהֶדְיָא בְּהָכִי וְכֵן פֵּירֵשׁ הריב"ם בְּשֵׁם רַבֵּינוּ יב"א דִּמְלָאכָה דְּמוֹעֵד מִדְּרַבָּנָן וְלֹא כְּפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל שֶׁפֵּירֵשׁ בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קיח.) גַּבֵּי כָּל הַמְבַזֶּה אֶת הַמּוֹעֲדוֹת כְּגוֹן עוֹשֶׂה מְלָאכָה בחוש"מ וְהָא לֵיתָא דְּמִדְּרַבָּנָן הָוֵי וְכִדְפֵי' וְהָא דְּאָמְרִינַן גַּבֵּי כּוּתִים וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם לִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול בִּמְלָאכָה דחוש"מ מִשּׁוּם דְּסָמַךְ פְּשָׁטָא דִּקְרָא הָוֵי וְהָוֵי לֵיהּ צָדוֹקִין מוֹדִין בָּהּ:
« Le hol hamoed est interdit dans l'accomplissement d'un travail. » À première vue, cela indique que le travail y est interdit de la Torah, puisqu'on le tire d'un verset ; de même au deuxième chapitre de Moed Katan (11b) : non seulement le deuil, qui est des maîtres, mais même le hol hamoed, qui est de la Torah — et ainsi Rachi a-t-il expliqué là-bas. Rabbenou Tam trouve cela difficile : s'il en était ainsi, comment permettrait-on là-bas le dbar ha-aved (le travail dont l'omission entraîne une perte) et bien des travaux ? Et où trouve-t-on un interdit de la Torah dont une partie serait interdite et une autre permise ? En outre, nous avons appris au troisième chapitre de Meguila (21a) : partout où il n'y a pas de Yom Tov et où il y a un moussaf, quatre lisent, comme à hol hamoed et à Roch Hodech ; il en ressort que le travail n'y est pas interdit, puisqu'il est dit qu'il n'y a pas de Yom Tov. En outre, il le range avec Roch Hodech, qui est des maîtres, comme il est dit dans le Yerouchalmi de Taanit : « et là où l'on a coutume » — ces femmes qui ont l'habitude de ne pas faire de travail au début du mois, c'est une coutume. En outre, nous trouvons dans le Yerouchalmi, au deuxième chapitre de Moed Katan : a-t-on interdit le travail sinon pour qu'ils mangent et boivent et se fatiguent dans la Torah ? Or ils sont frivoles, et ils mangent et boivent. La formulation indique qu'il s'agit des maîtres. De même au deuxième chapitre de Moed Katan (12b), à propos de « pourvu qu'il ne dirige pas son travail vers le moed » : la guemara demande, s'il l'y a dirigé puis est mort, pénalise-t-on son fils après lui ? Si tu dis que celui qui a fendu l'oreille de l'aîné puis est mort, on a pénalisé son fils après lui — là-bas il s'agit d'un interdit de la Torah. Cela indique que le travail du moed est des maîtres. On peut toutefois repousser cette dernière preuve, car elle porte sur celui qui dirige son travail vers le moed, ou en tout état de cause il n'y a pas d'interdit de la Torah puisqu'il s'agit d'un dbar ha-aved. Quoi qu'il en soit, il apparaît en vérité que ce n'est interdit que par les maîtres. Et lorsqu'il est dit là-bas, au début du chapitre : « non seulement le deuil, qui est des maîtres, mais même le hol hamoed, qui est de la Torah », il veut dire : semblable à ce qui est de la Torah, parce qu'il a un appui dans un verset de la Torah, alors que les jours de deuil n'ont pas d'asmakhta, mais seulement les paroles des prophètes, comme il est écrit « et je changerai vos fêtes en deuil » (Amos 8,10). Quant à ce qui est dit ici, « mais à hol hamoed, est-ce permis ? », qui semble indiquer que c'est interdit de la Torah — on peut répondre : non parce que ce serait interdit de la Torah, mais parce que, dès lors que nous appuyons l'interdit sur un verset, il n'est pas raisonnable d'établir ce verset comme permettant ouvertement un tel travail. Ainsi le Rivam a-t-il expliqué au nom de Rabbenou Yba : le travail du moed est des maîtres. Et non comme l'explication de Rabbenou Chmouel, qui a expliqué dans Arvei Pessahim (Pessahim 118a), à propos de « quiconque méprise les fêtes », qu'il s'agit par exemple de celui qui accomplit un travail à hol hamoed ; cela ne tient pas, car c'est des maîtres, comme il a été expliqué. Et ce que nous disons au sujet des Koutim, « qu'il le déduise donc du verset : tu ne placeras pas d'obstacle devant l'aveugle », à propos du travail de hol hamoed, tient à ce que celui-ci a l'appui du sens simple du verset, de sorte que les tsedoukim eux-mêmes le concèdent.
💡 Explication

La guemara tire une conclusion du silence : Rabbi Yo'hanan a écarté la cueillette à hol hamoed d'un mot, « est-ce permis ? », et Reich Lakich n'a pas contesté. Les deux amoraïm tiennent donc le même principe.

Cette conclusion incidente ouvre la sougya suivante, qui occupe le reste du folio : d'où vient cet interdit, et quelle est sa force.

5
מְנָהָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״אֶת חַג הַמַּצּוֹת תִּשְׁמֹור שִׁבְעַת יָמִים״ — לִימֵּד עַל חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה, דִּבְרֵי רַבִּי יֹאשִׁיָּה. רַבִּי יוֹנָתָן אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ, קַל וָחֹומֶר: וּמָה רִאשׁוֹן וּשְׁבִיעִי שֶׁאֵין קְדֻושָּׁה לִפְנֵיהֶן וּלְאַחֲרֵיהֶן — אָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה, חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁיֵּשׁ קְדֻושָּׁה לִפְנֵיהֶן וּלְאַחֲרֵיהֶן — אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּהֵא אָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה.

D'où ces choses ? Car nos maîtres ont enseigné : « Tu observeras la fête des matsot sept jours » (Chemot 23,15) — cela a enseigné au sujet du hol hamoed qu'il est interdit dans l'accomplissement d'un travail ; parole de Rabbi Yochiya.

Rabbi Yonatan dit : point n'est besoin, c'est un kal va-homer : si le premier et le septième jour, qui n'ont pas de sainteté avant eux ni après eux, sont interdits dans l'accomplissement d'un travail, le hol hamoed, qui a de la sainteté avant lui et après lui, n'est-il pas juste qu'il soit interdit dans l'accomplissement d'un travail ?

📜 Rachi (1)
אֶת חַג הַמַּצּוֹת תִּשְׁמֹור שִׁבְעַת יָמִים וְגוֹ' לִימֵּד עַל חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה. דְּרוֹשׁ בֵּיהּ אֶת חַג הַמַּצּוֹת תִּשְׁמֹור וְכָל תִּשְׁמֹור אַזְהָרַת לֹא תַעֲשֶׂה הוּא שָׁומְרֵיהוּ מִן הַמְּלָאכָה:
« Tu observeras la fête des matsot sept jours, etc. — cela a enseigné au sujet du hol hamoed qu'il est interdit dans l'accomplissement d'un travail » : expose-le ainsi — « tu observeras la fête des matsot », et tout « tu observeras » est une mise en garde négative : garde-la du travail.
🗂️ Tossefot (1)
מָה רִאשׁוֹן וּשְׁבִיעִי כו'. הֲוָה מָצֵי לְמִפְרַךְ מַה לְהָנֵי שֶׁכֵּן דָּבָר הָאָבֵד מִיתְּסַר אֶלָּא שֶׁאֵין זֶה ק"ו גָּמוּר רַק גִּלּוּי מִילְּתָא בְּעָלְמָא לְפִי מַה שַׁפִּיר' דִּמְלָאכָה לָא מִיתְּסַר רַק דְּרַבָּנָן:
« Si le premier et le septième, etc. » : on aurait pu objecter que ces deux jours ont ceci de particulier que même le dbar ha-aved y est interdit. Mais ce n'est pas un kal va-homer complet, seulement une simple mise en évidence de la chose, conformément à ce qui a été expliqué : que le travail n'y est interdit que par les maîtres.
💡 Explication

Deux voies s'offrent au tana. Rabbi Yochiya s'appuie sur le verbe tichmor, « tu observeras » : dans le langage de la Torah, tout terme de garde porte une mise en garde négative, et il s'applique ici aux sept jours de la fête, non aux deux seuls jours de Yom Tov.

Rabbi Yonatan se passe du verset et raisonne par kal va-homer : le premier et le septième jour sont bordés de jours ordinaires, et pourtant le travail y est interdit ; les jours intermédiaires, encadrés de deux jours saints, devraient l'être à plus forte raison.

6
שֵׁשֶׁת יְמֵי בְרֵאשִׁית יוֹכִיחוּ, שֶׁיֵּשׁ קְדֻושָּׁה לִפְנֵיהֶן וּלְאַחֲרֵיהֶן, וּמֻותָּרִין בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה! מַה לְשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית שֶׁאֵין בָּהֶן קָרְבַּן מוּסַף, תֹּאמַר בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁיֵּשׁ בּוֹ קָרְבַּן מוּסַף. רֹאשׁ חֹדֶשׁ יוֹכִיחַ, שֶׁיֵּשׁ בּוֹ קָרְבַּן מוּסַף, וּמֻותָּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה! מַה לְרֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁאֵין קָרוּי ״מִקְרָא קֹדֶשׁ״, תֹּאמַר בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁקָּרוּי ״מִקְרָא קֹדֶשׁ״, הוֹאִיל וְקָרוּי ״מִקְרָא קֹדֶשׁ״ — דִּין הוּא שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה.

Les six jours de la Création le prouveront : ils ont de la sainteté avant eux et après eux, et ils sont permis dans l'accomplissement d'un travail ! Qu'y a-t-il pour les six jours de la Création, qui n'ont pas de sacrifice moussaf — en diras-tu autant du hol hamoed, qui a un sacrifice moussaf ?

Roch Hodech le prouvera : il a un sacrifice moussaf, et il est permis dans l'accomplissement d'un travail ! Qu'y a-t-il pour Roch Hodech, qui n'est pas appelé « mikra kodech » — en diras-tu autant du hol hamoed, qui est appelé « mikra kodech » ?

Puisqu'il est appelé « mikra kodech », il est juste qu'il soit interdit dans l'accomplissement d'un travail.

📜 Rachi (3)
שֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית יְמֵי כָּל שָׁבוּעַ וְשָׁבוּעַ בֵּין שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת הֵן יוֹשְׁבִין הֲרֵי קְדֻושָּׁה לִפְנֵיהֶן וּלְאַחֲרֵיהֶן:
« Les six jours de la Création » : les jours de chaque semaine, qui se tiennent entre deux Chabbats ; voilà de la sainteté avant eux et après eux.
רֹאשׁ חֹדֶשׁ יוֹכִיחַ כו' אַף אַתָּה אַל תִּתְמַהּ עַל חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד כו':
« Roch Hodech le prouvera, etc. » : toi non plus, ne t'étonne pas du hol hamoed, etc.
מִקְרָאֵי קֹדֶשׁ מַשְׁמַע קַדְּשֵׁיהוּ בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה:
« Mikraei kodech » : cela signifie — sanctifie-le quant à l'accomplissement d'un travail.
🗂️ Tossefot (2)
רֹאשׁ חֹדֶשׁ יוֹכִיחַ. דְּשָׁרֵי בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה שֶׁכֵּן אֵינוֹ קָרוּי יו"ט בפ"ג דִּמְגִילָּה (דַּף כב: וְשָׁם) וְגַם אֵינוֹ נֶאֱסָר רַק מִשּׁוּם מִנְהָג כִּדְפָרֵי' וְכִי קָאָמַר בר"ה (דַּף כג.) מִשּׁוּם בִּטּוּל מְלָאכָה לָעָם בָּב' יָמִים דר"ח שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה מַיְירֵי אִי נָמֵי מִשּׁוּם נָשִׁים דְּנוֹהֲגוֹת שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה כִּדְאִיתָא בְּפִירְקֵי דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְכֵן פרש"י בִּמְגִילָּה (דַּף כב:):
« Roch Hodech le prouvera » : car il est permis dans l'accomplissement d'un travail, puisqu'il n'est pas appelé Yom Tov, au troisième chapitre de Meguila (22b), et qu'il n'y est interdit qu'au titre d'une coutume, comme nous l'avons expliqué. Et lorsqu'il est dit à Roch Hachana (23a) « à cause du chômage imposé au peuple », il s'agit des deux jours de Roch Hodech de Roch Hachana ; ou bien c'est à cause des femmes, qui ont coutume de ne pas faire de travail, comme il figure dans les Pirkei deRabbi Eliezer — et ainsi Rachi a-t-il expliqué dans Meguila (22b).
מַה לְרֹאשׁ חֹודֶשׁ שֶׁכֵּן אֵינוֹ קָרוּי מִקְרָא קֹדֶשׁ. הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר מַה לְחֹול הַמּוֹעֵד דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי מוּסָף וּקְדֻושָּׁה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו:
« Qu'y a-t-il pour Roch Hodech, qui n'est pas appelé mikra kodech » : on aurait pu dire plutôt — qu'y a-t-il pour le hol hamoed, où se trouvent deux traits à la fois, le moussaf et la sainteté avant lui et après lui.
💡 Explication

Le kal va-homer de Rabbi Yonatan est mis à l'épreuve par deux contre-exemples successifs, selon la forme classique du yokhiah, « untel le prouvera ». Chaque contre-exemple présente le critère avancé sans porter l'interdit ; chaque réponse affine alors le critère.

Les jours de la semaine ont bien de la sainteté avant et après eux, sans avoir de moussaf. Roch Hodech a un moussaf, sans être appelé mikra kodech, convocation sainte. Le hol hamoed cumule les deux traits, et c'est sur ce dernier que l'interdit se fonde.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de Rabbi Yonatan, éprouvé par deux fois Le premier et le septième jour n'ont aucune sainteté avant ni après eux, et le travail y est interdit. Le hol hamoed, encadré de deux jours saints, devrait l'être à plus forte raison. Objection : les six jours de la Création le prouveront Chabbat les précède et les suit, et le travail y est pourtant permis. Réponse : ils n'ont pas de sacrifice moussaf Le hol hamoed en a un : le critère se resserre. Objection : Roch Hodech le prouvera Il a un sacrifice moussaf, et le travail y est pourtant permis. Réponse : Roch Hodech n'est pas appelé mikra kodech Le hol hamoed porte ce nom : le critère se resserre encore. Conclusion : puisqu'il est appelé mikra kodech, il est juste que le travail y soit interdit.
La chaîne des objections en yokhiah et des réponses, jusqu'au critère retenu : le nom de mikra kodech.
7
תַּנְיָא אִידָךְ: ״כָּל מְלֶאכֶת עֲבֹודָה לֹא תַעֲשׂוּ״ — לִימֵּד עַל חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ, הֲרֵי הוּא אוֹמֵר: ״אֵלֶּה מוֹעֲדֵי ה׳ וְגוֹ׳״. בַּמֶּה הַכָּתוּב מְדַבֵּר? אִם בָּרִאשׁוֹן — הֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר ״שַׁבָּתוֹן״, אִם בַּשְּׁבִיעִי — הֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר ״שַׁבָּתוֹן״. הָא אֵין הַכָּתוּב מְדַבֵּר אֶלָּא בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד, לְלַמֶּדְךָ שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה.

Il a été enseigné dans une autre baraita : « Vous ne ferez aucun travail servile » (Vayikra 23,35) — cela a enseigné au sujet du hol hamoed qu'il est interdit dans l'accomplissement d'un travail ; parole de Rabbi Yossi HaGlili. Rabbi Akiva dit : point n'est besoin.

Voici qu'il est dit : « Ce sont là les fêtes de Hachem, etc. » (Vayikra 23,4). De quoi le verset parle-t-il ?

Si du premier jour — il est déjà dit « chabbaton » ; si du septième — il est déjà dit « chabbaton ». Le verset ne parle donc que du hol hamoed, pour t'enseigner qu'il est interdit dans l'accomplissement d'un travail.

📜 Rachi (2)
כָּל מְלֶאכֶת עֲבֹודָה לֹא תַעֲשׂוּ וְכוּ' וּסְמִיךְ לֵיהּ שִׁבְעַת יָמִים תַּקְרִיבוּ אִשֶּׁה:
« Vous ne ferez aucun travail servile, etc. » : et il lui est juxtaposé « sept jours vous offrirez un sacrifice par le feu ».
לִימֵּד עַל חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְכוּ' וְהָכִי דָּרֵישׁ בֵּיהּ לֹא תַּעֲשׂוּ שְׂבֵעַת יָמִים וּבְחַג הַסֻּוכּוֹת כְּתִיב וְעָלֶיהָ קַייְמָא הַךְ מַתְנִיתָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים:
« Cela a enseigné au sujet du hol hamoed, etc. » : et voici comment il l'expose — « vous ne ferez pas » pendant sept jours. C'est écrit au sujet de la fête de Souccot, et c'est sur elle que porte cette baraita, dans le Torat Kohanim.
💡 Explication

Deux nouvelles voies. Rabbi Yossi HaGlili s'appuie sur la juxtaposition de deux versets dans Vayikra 23 : l'interdit du travail servile est suivi de « sept jours vous offrirez un sacrifice par le feu », ce qui étend l'interdit à l'ensemble des sept jours.

Rabbi Akiva procède par élimination : le verset qui appelle les fêtes mikraei kodech ne peut viser ni le premier ni le septième jour, déjà pourvus de leur propre terme, chabbaton. Il ne reste que les jours intermédiaires.

8
תַּנְיָא אִידָךְ: ״שֵׁשֶׁת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עֲצֶרֶת לַה׳״, מַה שְׁבִיעִי עָצוּר — אַף שֵׁשֶׁת יָמִים עֲצוּרִין. אִי: מַה שְׁבִיעִי עָצוּר בְּכָל מְלָאכָה — אַף שֵׁשֶׁת יָמִים עֲצוּרִין בְּכָל מְלָאכָה.

Il a été enseigné dans une autre baraita : « Six jours tu mangeras des matsot, et le septième jour, atséret pour Hachem » (Devarim 16,8) — de même que le septième est retenu, de même les six jours sont retenus. Si oui : de même que le septième est retenu de tout travail, de même les six jours seraient retenus de tout travail.

📜 Rachi (1)
עָצוּר מִמְּלָאכָה כְּדִכְתִיב בְּהַאי קְרָא גּוּפֵיהּ: לֹא תַעֲשֶׂה מְלָאכָה:
« Retenu du travail » : comme il est écrit dans ce verset même — « tu ne feras pas de travail ».
💡 Explication

Le mot atséret signifie retenue, arrêt. La baraita lit le verset d'un seul tenant : le septième jour est retenu, et la conjonction rattache à lui les six jours qui précèdent.

Elle soulève aussitôt la conséquence excessive de cette lecture : les six jours seraient alors retenus de la même manière que le septième, c'est-à-dire de tout travail sans exception, y compris le dbar ha-aved.

9
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עֲצֶרֶת״, הַשְּׁבִיעִי עָצוּר בְּכָל מְלָאכָה, וְאֵין שִׁשָּׁה יָמִים עֲצוּרִין בְּכָל מְלָאכָה. הָא לֹא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים, לוֹמַר לָךְ אֵי זֶה יוֹם אָסוּר וְאֵי זֶה יוֹם מֻותָּר, אֵי זוֹ מְלָאכָה אֲסוּרָה וְאֵי זוֹ מְלָאכָה מֻותֶּרֶת.

Le verset dit : « et le septième jour, atséret » — le septième est retenu de tout travail, et les six jours ne sont pas retenus de tout travail. Voici que le verset ne les a remis qu'aux sages, pour te dire quel jour est interdit et quel jour est permis, quel travail est interdit et quel travail est permis.

📜 Rachi (1)
הָא הֲרֵי לֹא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים כְּלוֹמַר מֵאַחַר שֶׁאָמַר לְךָ הַכָּתוּב שֶׁהֵן עֲצוּרִין מִמְּלָאכָה וְלֹא בְּכֻולָּן וְלֹא פֵּירֵשׁ אֵי זוֹ הַמֻּותֶּרֶת וְאֵי זוֹ אֲסוּרָה דַּע וּרְאֵה שֶׁלֹּא מְסָרָן אֶלָּא לַחֲכָמִים הַיּוֹדְעִים לְהָבִין עַל אֵיזֶהוּ לְהַטִּיל הַהֶיתֵּר וְעַל אֵי זוֹ לְהַטִּיל הָאִיסּוּר וְהֵם יֹאמְרוּ אֵי זֶהוּ י"ט עַל פִּי קִידּוּשׁ הָרְאִייָּה וְאָסוּר בְּכָל מְלָאכָה וְאֵי זֶהוּ חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁאֵינוֹ אָסוּר בְּכָל מְלָאכָה וְעַל חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד יַגִּידוּ לְךָ אֵי זוֹ מְלָאכָה אֲסוּרָה דָּבָר שֶׁאֵינוֹ אָבֵד וְאֵיזוֹ מְלָאכָה מֻותֶּרֶת דָּבָר הָאָבֵד:
« Voici que le verset ne les a remis qu'aux sages » : c'est-à-dire, puisque le verset t'a dit qu'ils sont retenus du travail, mais non de tout travail, et qu'il n'a pas précisé lequel est permis et lequel est interdit — sache et vois qu'il ne les a remis qu'aux sages, qui savent discerner sur quoi porter la permission et sur quoi porter l'interdit. Ce sont eux qui te diront quel jour est Yom Tov, d'après la sanctification du mois par observation, et interdit dans tout travail, et quel jour est hol hamoed, qui n'est pas interdit dans tout travail ; et au sujet du hol hamoed ils te diront quel travail est interdit — ce qui n'est pas périssable — et quel travail est permis — le dbar ha-aved.
💡 Explication

La formulation du verset isole le septième jour : c'est de lui seul qu'il est dit atséret. Les six autres jours sont donc retenus, sans l'être de tout travail.

Le verset laisse ainsi une mesure sans contenu déterminé, et la baraita en tire une conclusion de méthode : le partage entre le permis et l'interdit revient aux sages. C'est là base du régime particulier du hol hamoed, où le dbar ha-aved, le travail dont l'omission entraînerait une perte, est permis.

10
וּמֻותָּרִין בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית, שֶׁלֹּא לְקַייֵּם אֶת דִּבְרֵי הָאוֹמְרִין עֲצֶרֶת אַחַר הַשַּׁבָּת. וְהָאִיתְּמַר: מַעֲשֶׂה וּמֵת אֲלֶכְּסָא בְּלֹוד, וְנִכְנְסוּ כָּל יִשְׂרָאֵל לְסָופְדוֹ, וְלֹא הִנִּיחָם רַבִּי טַרְפוֹן, מִפְּנֵי שֶׁיּוֹם טוֹב שֶׁל עֲצֶרֶת הָיָה.

« Et ils sont permis dans l'éloge funèbre et le jeûne, afin de ne pas confirmer les paroles de ceux qui disent : Atseret après le Chabbat. » Mais n'a-t-il pas été dit : il arriva qu'Alexa mourut à Loud, et tout Israël entra pour faire son éloge, et Rabbi Tarfon ne les laissa pas faire, parce que c'était le Yom Tov de Atseret ?

📜 Rachi (1)
וְלֹא הִנִּיחָן ר' טִרְפוֹן וּמַתְנִי' תָּנֵי שֶׁמֻּותָּרִים בְּהֶסְפֵּד:
« Et Rabbi Tarfon ne les laissa pas » : alors que notre michna enseigne qu'ils sont permis dans l'éloge funèbre.
💡 Explication

Le folio revient à la michna. Elle permettait l'éloge funèbre et le jeûne le jour d'abattage afin de marquer publiquement que ce jour n'est pas une fête — les tsedoukim soutenaient en effet que Atseret tombe toujours au lendemain d'un Chabbat, et le dimanche suivant la fête aurait alors confirmé leur thèse.

Une baraita rapporte pourtant le contraire : à Loud, Rabbi Tarfon interdit l'éloge funèbre d'Alexa au motif de la fête.

11
יוֹם טוֹב סָלְקָא דַּעְתָּךְ? אִי בְּיוֹם טוֹב, מִי קָאָתוּ? אֶלָּא אֵימָא: מִפְּנֵי שֶׁיּוֹם טְבֹוחַ הָיָה! לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּיוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת, כָּאן בְּיוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת.

Yom Tov, te viendrait-il à l'esprit ? Si c'était Yom Tov, seraient-ils venus ?

Dis plutôt : parce que c'était le jour d'abattage. Ce n'est pas difficile : ici, il s'agit d'un Yom Tov qui tombe après le Chabbat ; là, d'un Yom Tov qui tombe le Chabbat.

📜 Rachi (1)
בי"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת שֶׁיּוֹם טְבֹוחַ אַחַר שַׁבָּת מֻותָּר בְּהֶסְפֵּד מִפְּנֵי הָאוֹמְרִים עֲצֶרֶת אַחַר שַׁבָּת וְהַאי דַּאֲלֶכְּסָא בְּלוֹד יו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּחוֹל הוּא דְּאֵין יוֹם טְבוֹחַ שֶׁלּוֹ בַּא' בְּשַׁבָּת:
« Un Yom Tov qui tombe le Chabbat » : car alors le jour d'abattage suit le Chabbat, et il est permis dans l'éloge funèbre à cause de ceux qui disent « Atseret après le Chabbat ». Et l'affaire d'Alexa à Loud concerne un Yom Tov tombant un jour ordinaire, dont le jour d'abattage ne tombe pas un dimanche.
💡 Explication

La guemara corrige d'abord la baraita : le rassemblement lui-même prouve que le jour n'était pas Yom Tov, puisqu'on ne se serait pas déplacé. Il s'agissait donc du jour d'abattage qui suit Atseret.

La résolution tient à la date : lorsque Atseret tombe le Chabbat, son jour d'abattage tombe un dimanche, exactement où les tsedoukim placent la fête, et l'on permet alors l'éloge funèbre pour écarter leur thèse. Lorsque Atseret tombe un autre jour, aucune thèse n'est à écarter et le jour d'abattage conserve son caractère de fête.

🖼️ Schéma
Pourquoi l'éloge funèbre est-il tantôt permis, tantôt interdit le jour d'abattage ? Atseret tombe le Chabbat Atseret tombe après le Chabbat Jour d'abattage : le dimanche Jour d'abattage : le lundi C'est exactement la thèse des tsedoukim : Atseret au lendemain d'un Chabbat. Aucune thèse à écarter : le jour d'abattage garde le caractère de la fête. La michna : éloge funèbre et jeûne permis, pour ne pas confirmer leurs paroles. L'affaire d'Alexa à Loud : Rabbi Tarfon ne laisse pas faire l'éloge funèbre. Précision de Rachi L'affaire d'Alexa concerne une Atseret tombant un jour ordinaire, dont le jour d'abattage ne tombe pas un dimanche.
Les deux cas de figure selon le jour où tombe Atseret, et le sort de l'éloge funèbre dans chacun.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).