Chagigah 18b — Chomer ba-kodech : l'échelle des cinq niveaux de pureté et la question de la netilat yadayim pour les houlin

Chagigah 18b

Sougya : Le folio ouvre le troisième chapitre, Homer ba-kodech. La michna dresse une échelle de rigueur croissante entre cinq niveaux : houlin, maasser, terouma, kodech, mei hatat.

Elle l'applique à trois domaines : ce qu'il faut faire aux mains avant de manger, l'intention requise au moment de l'immersion, et le statut de midras attaché aux vêtements de chaque rang. La guemara s'arrête aussitôt sur le premier mot de la michna : les houlin et le maasser exigent-ils vraiment la netilat yadayim ?

Une michna de Bikkourim enseigne en effet que la netila vaut pour la terouma et les bikkourim, ce qui n'est pas le cas du maasser ni, à plus forte raison, des houlin. Deux difficultés en naissent ; celle du maasser se résout par la divergence entre Rabbi Meir et les Sages, celle des houlin par la distinction entre le pain et les fruits, après que Rav Chimi bar Achi a écarté une première réponse.

L'échelle des cinq niveaux : ce qu'il faut faire aux mains NIVEAU EXIGENCE POUR LES MAINS 1. Houlin (profane) aliments ordinaires Netila : versement d'un revi'it d'eau depuis un récipient la guemara demandera si elle est vraiment requise 2. Maasser (cheni) consomme à Jérusalem Netila, comme pour les houlin point de départ de la difficulté du folio 3. Terouma réservée aux kohanim Netila, et de plus le haarev chemech (coucher du soleil) un second degré d'impureté la disqualifie 4. Kodech (sacrifices) chelamim, hatat, acham Tevila des mains dans quarante sea même pour de simples mains, sans impureté de la Tora 5. Hatat (mei hatat) eaux de la vache rousse Mains rendues impures = corps entier impur tevila du corps tout entier
Michna : cinq rangs, du plus léger au plus lourd. Chaque rang ajoute une exigence aux mains, et toutes ces maalot relèvent des paroles des soferim (Rachi).
Midras : les vêtements de chaque rang pour le rang au-dessus midras = av ha-toumaa, comme la couche du zav ; on craint que l'épouse nida s'y soit assise Am ha-arets ne garde pas les lois de pureté Perouchin mangent leurs houlin en état de pureté Okhlei terouma les kohanim Okhlei kodech mangent les sacrifices Hatat ceux qui préparent les mei hatat Les deux exemples de la michna Yossef ben Yoezer, le plus pieux de la kehouna : son linge est midras pour le kodech. Yo'hanan ben Gudgueda mangeait en pureté de kodech : son linge est midras pour la hatat.
La garde de pureté d'un rang ne compte pas comme une garde aux yeux du rang supérieur : chacun, si haut soit-il, reste au-dessous du suivant.
La contradiction sur la netilat yadayim et ses résolutions Notre michna (Haguiga 18b) On fait la netila pour les houlin, pour le maasser et pour la terouma Michna Bikkourim 2,1 Netila pour la terouma et les bikkourim seuls ; pas pour le maasser, à plus forte raison pas pour les houlin Deux difficultés Maasser contre maasser netila requise ici, non requise là Houlin contre houlin netila requise ici, non requise là Résolue : deux avis (Para 11,5) Bikkourim suit Rabbi Meir, qui permet le maasser ; notre michna suit les Sages, qui l'interdisent 1re réponse : consommation / contact ici on mange, là on se contente de toucher Rav Chimi bar Achi objecte la divergence ne porte que sur la consommation du maasser Retenu : pain contre fruits netila pour le pain ; pour les fruits, Rav Nahman la désapprouve
Les deux difficultés suivent des chemins distincts : celle du maasser se résout par une divergence de tannaim, celle des houlin par la nature de l'aliment.
1
מתני׳ נוטלין לידים לחולין ולמעשר ולתרומה, ולקודש — מטבילין. ולחטאת — אם נטמאו ידיו, נטמא גופו.

MICHNA. On fait la netilat yadayim (ablution des mains par versement) pour les houlin (aliments profanes), pour le maasser (la dîme) et pour la terouma ; et pour le kodech (les aliments consacrés) — on immerge les mains.

Et pour la hatat (les eaux de purification préparées avec la cendre de la vache rousse) — si ses mains ont été rendues impures, son corps tout entier est devenu impur.

📜 Rachi (4)
מתני' נוטלין לידים לחולין ולמעשר ולתרומה די להן בנטילה דכלי שאין בו אלא רביעית מים:
« MICHNA. On fait la netilat yadayim pour les houlin, pour le maasser et pour la terouma » : il leur suffit d'une netila faite avec un récipient qui ne contient qu'un revi'it d'eau.
ולקודש מטבילין אבל לאכול שלמים או חטאת ואשם לכהנים יש מעלה שצריך להטביל ידים בארבעים סאה ואע"פ שאינן אלא סתם ידים שלא נגעו בטומאה דאורייתא המטמאה את כל הגוף:
« Et pour le kodech on immerge » : mais pour manger des chelamim, ou une hatat et un acham réservés aux kohanim, il existe une maala supplémentaire : il faut immerger les mains dans quarante sea, et cela même s'il s'agit de simples mains (setam yadayim) qui n'ont touché aucune impureté de la Tora, laquelle rend impur le corps tout entier.
ולחטאת ליגע במי חטאת מים המקודשים באפר פרה להזות מהן על טמאי מתים יש מעלה יתירה שאם נטמאו ידיו באחת מן הדברים המטמאין את הידים ולא את הגוף כגון וולד הטומאה וכגון ספר וכל טומאות שהן מדברי סופרים:
« Et pour la hatat » : pour toucher les mei hatat, l'eau sanctifiée avec la cendre de la vache rousse, dont on asperge ceux qui ont été rendus impurs par un mort. Il y a là une maala encore supérieure : si ses mains ont été rendues impures par l'une des choses qui rendent les mains impures sans rendre le corps impur — par exemple un dérivé d'impureté (volad ha-toumaa), un livre saint, et toutes les impuretés qui relèvent des paroles des soferim.
נטמא הגוף וכל הגוף צריך טבילה וכל מעלות הללו שזה גבוה מזה מדברי סופרים והאי דנקט להו הכא גבי הלכות הרגל. לפי שיש בסופן הלכות רגל שעמי הארץ חשובין טהורים ברגל ולא בשאר ימות השנה בסוף חומר בקדש:
« Le corps est devenu impur » : et le corps tout entier requiert une immersion. Toutes ces maalot, où chaque degré surpasse le précédent, relèvent des paroles des soferim. Si le traité les rapporte ici, parmi les lois de la fête, c'est parce qu'à leur terme figurent des lois de la fête : les amei ha-arets sont tenus pour purs pendant la fête et non le reste de l'année, à la fin du chapitre Homer ba-kodech.
💡 Explication

La michna ouvre le chapitre Homer ba-kodech, qui compare les niveaux de pureté entre eux. Elle procède par paliers : ce qui suffit au rang inférieur devient insuffisant au rang supérieur. Pour les houlin, le maasser et la terouma, la netila suffit, c'est-à-dire un versement d'eau sur les mains depuis un récipient ; Rachi précise qu'un revi'it suffit.

Pour le kodech, la michna exige une tevila des mains, une immersion dans un bain de quarante sea. Cette exigence vaut même pour des setam yadayim, des mains ordinaires qui n'ont touché aucune impureté de la Tora.

Au sommet se trouvent les mei hatat. Là, une impureté qui d'ordinaire s'arrête aux mains gagne le corps entier, qui doit alors s'immerger. Rachi souligne que toutes ces maalot relèvent des paroles des soferim, et il explique leur présence dans le traité Haguiga par les lois de la fête qui closent le chapitre.

2
טבל לחולין, הוחזק לחולין — אסור למעשר. טבל למעשר, הוחזק למעשר — אסור לתרומה. טבל לתרומה, הוחזק לתרומה — אסור לקודש. טבל לקודש, הוחזק לקודש — אסור לחטאת. טבל לחמור — מותר לקל. טבל ולא הוחזק — כאילו לא טבל.

Celui qui s'est immergé en vue des houlin et a pris le statut (hou'hzak) de houlin — il lui est interdit de manger du maasser. S'est immergé en vue du maasser et a pris le statut de maasser — il lui est interdit pour la terouma.

S'est immergé en vue de la terouma et a pris le statut de terouma — il lui est interdit pour le kodech. S'est immergé en vue du kodech et a pris le statut de kodech — il lui est interdit pour la hatat.

Celui qui s'est immergé en vue du plus strict — il lui est permis pour le plus léger. Celui qui s'est immergé sans prendre de statut — c'est comme s'il ne s'était pas immergé.

📜 Rachi (4)
טבל לחולין הוחזק לחולין ועוד זו מעלה טבל לחולין הוחזק לחולין כלומר נתכוין לטבול לשם חולין:
« S'est immergé en vue des houlin, a pris le statut de houlin » : voici encore une maala. « S'est immergé en vue des houlin, a pris le statut de houlin », c'est-à-dire qu'il a eu l'intention de s'immerger au nom des houlin.
אסור למעשר הוחזק לשון כוונה כלומר נתכוין להעמיד גופו בחזקת טהור לחולין:
« Il lui est interdit pour le maasser » : hou'hzak est un terme d'intention, c'est-à-dire qu'il a eu l'intention d'établir son corps dans le statut de pur à l'égard des houlin.
למעשר למעשר שני הנאכל בירושלים:
« Pour le maasser » : pour le maasser cheni, qui se consomme à Jérusalem.
ולא הוחזק לא נתכוון לשם טבילת טהרה אלא לרחיצה בעלמא:
« Et n'a pas pris de statut » : il visait un simple lavage, sans intention d'immersion de pureté.
💡 Explication

Le deuxième palier porte sur l'intention. Une même immersion, dans la même eau, produit un résultat différent selon le niveau visé. Rachi lit hou'hzak comme un terme d'intention : celui qui s'immerge établit son corps dans un statut de pureté à l'égard d'un niveau déterminé.

Deux règles ferment le passage. Viser le rang le plus lourd couvre tous les rangs plus légers, puisque la rigueur supérieure contient l'inférieure. Et une immersion sans aucune intention de pureté, un simple lavage, laisse l'homme dans l'état où il se trouvait.

🖼️ Schéma
L'immersion vaut pour le niveau visé, et pour lui seul Houlin le plus léger Maasser Terouma Kodech Hatat le plus lourd Visé le plus strict : permis pour tout ce qui est plus léger Visé un rang léger : interdit pour tout rang plus lourd S'immerger sans aucune intention de pureté Rachi : il voulait un simple lavage. C'est comme s'il ne s'était pas immergé.
L'immersion descend l'échelle et ne la remonte jamais.
3
בגדי עם הארץ, מדרס לפרושין. בגדי פרושין, מדרס לאוכלי תרומה. בגדי אוכלי תרומה, מדרס לקודש. בגדי קודש, מדרס לחטאת.

Les vêtements d'un am ha-arets sont midras pour les perouchin. Les vêtements des perouchin sont midras pour ceux qui mangent la terouma.

Les vêtements de ceux qui mangent la terouma sont midras pour le kodech. Les vêtements de ceux qui mangent le kodech sont midras pour la hatat.

📜 Rachi (3)
מדרס אב הטומאה לטמא אדם וכלים כמדרס הזב שמטמא אדם וכלים כדכתיב ואיש אשר יגע במשכבו יכבס בגדיו (ויקרא ט״ו:ה׳):
« Midras » : un av ha-toumaa, qui rend impurs les hommes et les ustensiles comme le midras du zav, lequel rend impurs les hommes et les ustensiles, ainsi qu'il est écrit : « et l'homme qui touchera sa couche lavera ses vêtements » (Vayikra 15,5).
לפרושין לאוכלי חוליהן בטהרה:
« Pour les perouchin » : pour ceux qui mangent leurs houlin en état de pureté.
לאוכלי תרומה כהנים וכל אלו מעלות מדברי סופרים שאמרו שאין שמירת טהרתן של אלו חשובה שמירה אצל אלו ומתוך שהן אלו אצל אלו כאילו לא שמרוה גזרו בהן בבגדיהן שמא ישבה בהן אשתו נדה והרי הן מדרס הנדה הכי מפרש לה בפרק השוחט:
« Pour ceux qui mangent la terouma » : les kohanim. Toutes ces maalot relèvent des paroles des soferim : ils ont déclaré que la garde de pureté des uns ne compte pas comme une garde aux yeux des autres ; et puisque, à l'égard de ceux-là, ils sont comme n'ayant pas garde la pureté, on a décrété sur leurs vêtements, de crainte que leur épouse nida s'y soit assise, auquel cas ils sont midras de la nida. C'est ainsi que la guemara l'explique au chapitre Ha-chohet (Houlin 35b).
💡 Explication

Le troisième palier porte sur les vêtements. Le midras désigne l'impureté du foulement du zav : un av ha-toumaa, un père d'impureté qui rend impurs les hommes et les ustensiles qui le touchent. La michna l'applique en cascade, chaque rang jugeant les vêtements du rang inférieur.

Rachi donne la raison, qu'il tire du chapitre Ha-chohet : la garde de pureté d'un rang vaut peu aux yeux du rang supérieur, et l'on craint que l'épouse de son propriétaire, alors nida, se soit assise sur le vêtement. Le vêtement devient alors midras de la nida, sans que personne l'ait remarqué.

4
יוסף בן יועזר היה חסיד שבכהונה, והיתה מטפחתו מדרס לקודש. יוחנן בן גודגדא היה אוכל על טהרת הקודש כל ימיו, והיתה מטפחתו מדרס לחטאת.

Yossef ben Yoezer était le plus pieux de la kehouna, et son linge (mitpahat) était pourtant midras pour le kodech. Yo'hanan ben Gudgueda mangeait toute sa vie selon la pureté du kodech, et son linge était pourtant midras pour la hatat.

💡 Explication

La michna illustre la règle précédente par deux figures réelles, choisies au sommet de chaque rang. Yossef ben Yoezer, le plus pieux des kohanim, gardait la pureté de la terouma avec une rigueur exemplaire ; son linge restait midras aux yeux de ceux qui mangent le kodech.

Yo'hanan ben Gudgueda allait plus loin encore : il mangeait ses aliments ordinaires selon les règles de pureté du kodech, toute sa vie. Son linge restait midras aux yeux de ceux qui préparent les mei hatat. L'échelle se maintient donc jusqu'à son dernier barreau, quelle que soit la piété de l'homme considéré.

5
גמ׳ חולין ומעשר מי בעו נטילת ידים?

GUEMARA. Les houlin et le maasser exigent-ils vraiment la netilat yadayim ?

💡 Explication

La guemara s'arrête sur le premier mot de la michna. Avant d'examiner les paliers, elle conteste le point de départ : la netila est-elle bien requise pour des aliments profanes et pour le maasser ?

6
ורמינהי: התרומה והביכורים חייבין עליהן מיתה וחומש, ואסור[ין] לזרים, והן נכסי כהן. ועולין באחד ומאה, וטעונין נטילת ידים והערב שמש. הרי אלו בתרומה וביכורים, מה שאין כן במעשר, וכל שכן בחולין.

Et l'on objecte : la terouma et les bikkourim — on est passible de mort à leur sujet et du cinquième ; ils sont interdits aux zarim (les non-kohanim) ; ils sont le bien du kohen ; ils se neutralisent dans cent-et-un ; ils exigent la netilat yadayim et le haarev chemech (l'attente du coucher du soleil). Voilà ce qui vaut pour la terouma et les bikkourim, ce qui n'est pas le cas du maasser, et à plus forte raison des houlin.

📜 Rachi (9)
גמ' בכורים קרויין תרומה דאמר מר ותרומת ידך. אלו הבכורים (מכות דף יז.) לכך הן כתרומה:
« GUEMARA. Les bikkourim » : ils sont appelés terouma, car le maître a dit : « et la terouma de ta main » (Devarim 12,17) — ce sont les bikkourim (Makot 17a) ; c'est pourquoi ils ont le statut de la terouma.
חייבין עליהן מיתה זר האוכלן מזיד דכתיב ומתו בו כי יחללוהו וסמיך ליה וכל זר לא יאכל קדש וכל הענין מדבר בתרומה:
« On est passible de mort à leur sujet » : le zar qui en mange volontairement, car il est écrit « et ils mourront par elle s'ils la profanent » (Vayikra 22,9), verset auquel fait suite « et aucun zar ne mangera du kodech » (ibid. 22,10) ; tout ce passage parle de la terouma.
וחומש האוכלן שוגג דכתיב ואיש כי יאכל קדש בשגגה ויסף חמישיתו עליו (ויקרא כ״ב:י״ד):
« Et du cinquième » : celui qui en mange par inadvertance, car il est écrit « et si un homme mange du kodech par inadvertance, il ajoutera un cinquième par-dessus » (Vayikra 22,14).
ואסור לזרים בלאו:
« Et ils sont interdits aux zarim » : par un interdit négatif (lav).
והן נכסי כהן לקדש בהן את האשה וליקח בדמיהן עבדים וקרקעות ובהמה טמאה:
« Et ils sont le bien du kohen » : il peut consacrer une femme avec eux, et acheter avec leur prix des serviteurs, des terres et une bête impure.
ועולין באחד ומאה אבל בפחות אין עולין אלא כל החולין אסור לזרים:
« Et ils se neutralisent dans cent-et-un » : dans une proportion moindre ils ne se neutralisent pas, et l'ensemble des houlin devient interdit aux zarim.
וטעונין רחיצת ידים לפי שהשני עושה שלישי וידים גזרו עליהם טומאת שני לפיכך פוסלות את התרומה אם לא נטלן:
« Et ils exigent le lavage des mains » : parce qu'un second degré d'impureté engendre un troisième, et que l'on a décrété sur les mains l'impureté de second degré ; elles disqualifient donc la terouma si l'on ne s'est pas lavé.
והערב שמש אם נטמא טומאה דאורייתא וטבל. אינו אוכל בתרומה עד שיעריב שמשו ביבמות (דף עד:) ילפינן מקראי:
« Et le haarev chemech » : s'il a contracté une impureté de la Tora et s'est immergé, il ne mange pas de terouma avant que son soleil se couche ; dans Yevamot (74b) on le déduit de versets.
מה שאין כן במעשר אין מיתה ואין חומש [ואין] אסור לזרים שהרי כל עצמו נאכל לזרים וחומש שמוסיף בפדיונו לא איירי בחומש הכא כי האי גוונא דאין בתרומה פדיון ונכסי הדיוט נמי לא הוי לקנות בו עבדים וקרקעות דלא ניתן אלא לאכילה ושתיה וסיכה ואין טעון רחיצת ידים שאין השני פוסל בו לעשות שלישי ואינו טעון הערב שמש דקי"ל טבל ועלה אוכל במעשר ומקראי ילפינן לה ביבמות פרק הערל:
« Ce qui n'est pas le cas du maasser » : il n'y a ni mort, ni cinquième, ni interdit pour les zarim, puisque le maasser est entièrement consommé par des zarim. Quant au cinquième que l'on ajoute lors de son rachat, la michna ne parle pas ici d'un cinquième de ce genre, puisque la terouma ne connaît pas de rachat. Le maasser n'est pas davantage un bien profane permettant d'acheter des serviteurs et des terres, car il n'a été donné que pour être mangé, bu et applique en onction. Il n'exige pas le lavage des mains, car un second degré n'y disqualifie pas au point d'engendrer un troisième. Et il n'exige pas le haarev chemech, car nous tenons pour établi que celui qui s'est immergé et est remonté mange du maasser ; on le déduit de versets dans Yevamot, chapitre Hé-arel (74b).
💡 Explication

La guemara oppose à notre michna une michna de Bikkourim (2,1) qui énumère six traits communs à la terouma et aux bikkourim, puis les refuse expressément au maasser. Parmi ces traits figure la netilat yadayim.

Rachi explique le fondement de cette exigence : un aliment de second degré engendre un troisième degré dans la terouma, et les Sages ont attribué aux mains l'impureté de second degré ; des mains non lavées disqualifient donc la terouma. Le maasser, lui, ne connaît pas cette règle, puisqu'un second degré n'y engendre pas de troisième.

La formule finale, à plus forte raison des houlin, crée le problème : notre michna exige la netila précisément pour le maasser et pour les houlin.

7
קשיא מעשר אמעשר, קשיא חולין אחולין!

Il y a une difficulté du maasser contre le maasser, et une difficulté des houlin contre les houlin !

🗂️ Tossefot (1)
קשיא חולין אחולין. ולא בעי למימר בחולין עד הפרק קאמר מה שאין כן במעשר דלישנא לא משמע ליה:
« Il y a une difficulté des houlin contre les houlin. » La guemara ne veut pas dire que, pour les houlin, la netila se ferait seulement jusqu'à la jointure (ad ha-perek), et que ce serait là le sens de « ce qui n'est pas le cas du maasser », car la formulation de la michna ne se prête pas à cette lecture.
💡 Explication

La guemara nomme les deux contradictions. Notre michna exige la netila pour le maasser et pour les houlin ; la michna de Bikkourim la refuse à l'un comme à l'autre. Chacune des deux recevra un traitement distinct.

8
בשלמא מעשר אמעשר לא קשיא: הא רבי מאיר והא רבנן.

Soit, la difficulté du maasser contre le maasser n'en est pas une : celle-ci suit Rabbi Meir, et celle-là suit les Sages.

💡 Explication

Première résolution : les deux michnayot reflètent deux opinions tannaitiques. La michna de Bikkourim, qui dispense le maasser de la netila, suit Rabbi Meir ; notre michna, qui l'exige, suit les Sages. La source de cette divergence est citée au segment suivant.

9
דתנן: כל הטעון ביאת מים מדברי סופרים — מטמא את הקודש, ופוסל את התרומה, ומותר לחולין ולמעשר, דברי רבי מאיר. וחכמים אוסרים במעשר. אלא חולין אחולין קשיא!

Car nous avons appris : tout ce qui requiert une immersion dans l'eau d'après les paroles des soférim rend impur le kodech, disqualifie la terouma, et demeure permis pour les houlin et pour le maasser — paroles de Rabbi Meir. Et les Sages l'interdisent pour le maasser.

Mais la difficulté des houlin contre les houlin subsiste !

📜 Rachi (4)
כל הטעון ביאת מים מדברי סופרים כל שהוא טהור מן התורה וחכמים גזרו עליו טומאה כל הנך דאמרי במסכת שבת בפ"ק (דף יג:) אלו פוסלין את התרומה האוכל אוכל ראשון ואוכל שני כו':
« Tout ce qui requiert une immersion dans l'eau d'après les paroles des soférim » : tout ce qui est pur selon la Tora et sur quoi les Sages ont décrété une impureté ; tous les cas énumérés dans le traité Chabbat, au premier chapitre (13b) : « voici ceux qui disqualifient la terouma : celui qui mange un aliment de premier degré, celui qui mange un aliment de second degré », etc.
מטמא את הקודש כלומר נתנו עליהן טומאת שני לטומאה והשני מטמא את הקודש להיות קרוי טמא ופוסל עליהן עוד את הרביעי:
« Rend impur le kodech » : c'est-à-dire qu'on leur a attribué l'impureté de second degré, et le second degré rend le kodech impur au point d'être appelé impur, et il disqualifie encore à partir de lui un quatrième degré.
ופוסל את התרומה להיפסל היא עצמה אבל אינה פוסלת אחר לעשות רביעי:
« Et disqualifie la terouma » : elle-même devient disqualifiée, sans pour autant en disqualifier une autre au point d'engendrer un quatrième degré.
ומותר לחולין לאכול חולין מדלא קתני ואינו פוסל את החולין ונקט לישנא דמותר אפילו לאוכלן משמע:
« Et demeure permis pour les houlin » : pour en manger. Puisque la michna emploie le terme « permis » au lieu d'enseigner « et il ne disqualifie pas les houlin », cela implique même d'en manger.
💡 Explication

La michna de Para (11,5) fournit la divergence attendue. Elle traite de celui qui porte une impureté rabbinique, laquelle exige une immersion d'après les paroles des soférim. Rabbi Meir lui permet les houlin et le maasser ; les Sages le lui interdisent pour le maasser.

La difficulté du maasser est ainsi levée : notre michna, qui exige la netila pour le maasser, suit les Sages. Reste la difficulté des houlin, sur lesquels Rabbi Meir et les Sages s'accordent selon cette lecture.

10
לא קשיא: כאן באכילה, כאן בנגיעה.

Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de la consommation, là il s'agit du simple contact.

📜 Rachi (1)
באכילה מתני' דמצריך נטילה באכילה קאמר:
« Dans la consommation » : notre michna, qui exige la netila, parle de la consommation.
🗂️ Tossefot (1)
כאן באכילה וכאן בנגיעה. הקשה הר"ר אלחנן מעשר אמעשר נמי לישני הכי ולוקמי אפילו כרבנן ותירץ מורי דאף בנגיעה דמעשר נמי פליגי רבנן ואסרי לה וכן משמע בסמוך דקאמר עד כאן לא פליגי אלא באכילה דמעשר משמע דמעיקרא סד"א דבכל ענין פליגי וכן בפ' שני דחולין (דף לג: ושם) דקאמר ודלמא לא פליגי רבנן אלא באכילה דמעשר כו' משמע דדבר ברור אינו מיהו הוי מצי לאקשויי וליטעמיך מתניתין דשבת פ"ק (דף יד) דתנן ואלו פוסלין את התרומה לא מיתוקמא כרבנן דמאי איריא תרומה אפילו מעשר נמי אלא לא חש לאקשויי ליה ומכח דההיא משמע דאמת הוא כי אתקפתא דרב שימי והא דנקט בפ"ב דחולין (דף לג: ושם) ודלמא לישנא קלילא הוא דלעולם אמת הוא בנגיעת מעשר ואכילת חולין לא פליגי דלכ"ע אין שני עושה שלישי (בחולין) ואל תתמה היכי ס"ד דלרבנן לא בעי אכילת חולין נטילה וי"ל דאיירי בפירי דלא בעו נטילה:
« Ici dans la consommation et là dans le contact. » Rabbenou Elhanan a objecté : que la guemara réponde de même pour la difficulté du maasser contre le maasser, et qu'elle établisse notre michna même selon les Sages ! Mon maître a répondu que les Sages divergent également au sujet du contact du maasser et l'interdisent. C'est aussi ce qui ressort de la suite, où la guemara dit « jusqu'ici ils ne divergent que sur la consommation du maasser » : il en ressort qu'au départ on pensait qu'ils divergeaient en tout cas. De même au deuxième chapitre de Houlin (33b), où il est dit « peut-être les Sages ne divergent-ils que sur la consommation du maasser », ce qui montre que la chose n'est pas établie avec certitude. Cependant, la guemara aurait pu objecter : « et selon ton raisonnement, la michna de Chabbat au premier chapitre (14a), qui enseigne « voici ceux qui disqualifient la terouma », ne pourrait pas suivre les Sages, car pourquoi parler de la terouma — le maasser aussi le serait ! » Elle n'a simplement pas jugé utile de poser cette objection, et c'est de cette michna que l'on tire que l'objection de Rav Chimi est exacte. Quant au « peut-être » du deuxième chapitre de Houlin (33b), il s'agit d'une formulation légère, car en vérité les Sages ne divergent pas sur le contact du maasser ni sur la consommation des houlin, puisque tous s'accordent qu'un second degré n'engendre pas de troisième dans les houlin. Et ne t'étonne pas qu'on ait pu penser que, selon les Sages, la consommation des houlin n'exige aucune netila : on peut répondre qu'il s'agit là de fruits, qui n'exigent pas de netila.
💡 Explication

Première tentative sur les houlin : les deux michnayot parleraient de deux gestes différents. Notre michna, qui exige la netila, vise celui qui mange ; la michna de Bikkourim, qui l'omet pour les houlin, vise celui qui se contente de toucher. Cette réponse sera écartée au segment suivant.

11
מתקיף לה רב שימי בר אשי: עד כאן לא פליגי רבנן עליה דרבי מאיר אלא באכילה דמעשר, אבל בנגיעה דמעשר ובאכילה דחולין לא פליגי? אלא: אידי ואידי באכילה, ולא קשיא: כאן באכילה דנהמא, כאן באכילה דפירי. דאמר רב נחמן: כל הנוטל ידיו לפירות — הרי זה מגסי הרוח.

Rav Chimi bar Achi objecte : jusqu'ici les Sages ne divergent de Rabbi Meir que sur la consommation du maasser ; mais sur le contact du maasser et sur la consommation des houlin, diraient-ils qu'ils ne divergent pas ? Plutôt : l'une et l'autre parlent de consommation, et il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de la consommation du pain, là de la consommation des fruits.

Car Rav Nahman a dit : quiconque fait la netilat yadayim pour des fruits fait partie des orgueilleux (gasséi ha-roua'h).

📜 Rachi (2)
עד כאן לא פליגי כו' דקתני אסור במעשר לשון אכילה היא דאי בנגיעת שני לא פסיל במעשר דשמעינן לר' מאיר דאמר מותר באכילה ואיפליג עליה באכילה דמעשר ואילו בחולין כולהו מודו דמותר אפילו באכילה ומתני' מני:
« Jusqu'ici ils ne divergent pas, etc. » : ce qui est enseigné, « interdit pour le maasser », vise la consommation. Car s'il s'agissait du contact d'un second degré, celui-ci ne disqualifie pas le maasser. Nous avons entendu Rabbi Meir dire « permis » à propos de la consommation, et les Sages ont divergé avec lui sur la consommation du maasser ; or pour les houlin tous reconnaissent que c'est permis même à la consommation. Qui enseigne alors notre michna ?
כאן באכילה דפירי הא דקתני מה שאין כן במעשר באכילה דפירי קאמר ומיהו בתרומה בעי נטילה שאפילו במגעו הוא [פוסל] דשני פוסל את התרומה:
« Ici dans la consommation de fruits » : ce qui est enseigné, « ce qui n'est pas le cas du maasser », parle de la consommation de fruits. Toutefois, pour la terouma la netila est requise, car même par son contact il la disqualifie, puisqu'un second degré disqualifie la terouma.
🗂️ Tossefot (2)
הא בנהמא הא בפירי. והשתא לא הוצרך לתרץ תו גבי מעשר הא רבי מאיר והא. רבנן והוא הדין דמצי למימר הא באכילה הא בנגיעה אלא כולה באכילה עדיפא ליה:
« Ceci pour le pain, cela pour les fruits. » Dès lors, il devient inutile de résoudre encore la difficulté du maasser en disant « ceci suit Rabbi Meir et cela les Sages ». La guemara aurait aussi bien pu dire « ceci dans la consommation, cela dans le contact », mais elle préfère ramener les deux michnayot à la consommation.
הנוטל ידיו לפירות. וכי אמר בפ' כיצד מברכין (ברכות דף מג.) אורחין שהיו מסובין לשתות אצל בעל הבית נוטלין כל אחד ידו אחת התם משום נקיות הוי וכן משמע לישנא דידו אחת דקתני:
« Celui qui fait la netila pour des fruits. » Et lorsqu'il est dit au chapitre Keitsad mevarekhin (Berakhot 43a) que des invités attablés pour boire chez leur hôte se lavent chacun une seule main, il s'agit là de propreté ; c'est aussi ce qu'implique l'expression « une seule main » qui y est enseignée.
💡 Explication

Rav Chimi bar Achi écarte la réponse précédente. Elle supposait que les Sages n'admettent la netila que pour la consommation du maasser, et donc qu'ils l'exigeraient aussi pour le contact du maasser et pour la consommation des houlin. Lire notre michna comme traitant de la consommation et Bikkourim comme traitant du contact devient alors impossible.

La réponse retenue place les deux michnayot sur le terrain de la consommation et distingue les aliments. La netila vaut pour le pain (nahama) ; pour les fruits (peiri), Rav Nahman la désapprouve et range celui qui la pratique parmi les gasséi ha-roua'h, ceux qui se montrent plus exigeants que les Sages ne l'ont demandé.

Rachi ajoute une réserve : pour la terouma la netila reste requise même pour des fruits, puisqu'un second degré la disqualifie par simple contact.

🖼️ Schéma
La netila selon l'aliment et selon le niveau Il va manger Du pain (nahama) Netila requise Des fruits (peiri) Netila non requise. Rav Nahman : celui qui la fait est un gas roua'h Réserve de Rachi : la terouma Pour la terouma, la netila vaut même pour des fruits, car des mains non lavées ont le statut d'un second degré, et un second degré disqualifie la terouma par contact. Ce que la distinction résout Notre michna parle du pain : netila pour houlin et maasser. Bikkourim parle des fruits : rien à exiger pour eux.
La réponse retenue ne distingue plus les gestes, mais les aliments.
12
תנו רבנן: הנוטל ידיו, נתכוון — ידיו טהורות, לא נתכוון — ידיו טמאות. וכן המטביל ידיו, נתכוון — ידיו טהורות, לא נתכוון — ידיו טמאות. והתניא: בין נתכוון בין לא נתכוון — ידיו טהורות! אמר רב נחמן, לא קשיא: כאן לחולין,

Nos maîtres ont enseigné : celui qui fait la netilat yadayim, s'il en a eu l'intention — ses mains sont pures ; s'il n'en a pas eu l'intention — ses mains sont impures. De même celui qui immerge ses mains : s'il en a eu l'intention — ses mains sont pures ; s'il n'en a pas eu l'intention — ses mains sont impures.

Mais n'a-t-on pas enseigné : qu'il en ait eu l'intention ou non — ses mains sont pures ! Rav Nahman a dit : il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit des houlin,

📜 Rachi (2)
נוטל בכלי:
« Fait la netila » : avec un récipient.
מטביל בארבעים סאה:
« Immerge » : dans quarante sea.
🗂️ Tossefot (1)
כאן לחולין כאן למעשר. משמע דאם לא כוון למעשר לא מהני וכ"ש בתרומה והקשה הר"ר אלחנן דאמר בפ' אלו דברים בברכות (דף נא:) ב"ש אומרים נוטלים את הידים ואח"כ מוזגין את הכוס שאם ימזגו את הכוס שמא יגע במשקים שאחורי הכוס והשתא אפילו נוטלן נמי כיון דלא מהניא הך נטילה לתרומה הויא ליה פוסל את התרומה ותנן כל הפוסל את התרומה מטמא משקין להיות תחילה ותירץ דכיון דנטל ידיו לחולין לא פסיל תרומה והכי משמע דאי לא תימא הכי אין לך אדם אף חבר אוכל חולין בטהרה שלא יטמא משקין:
« Ici pour les houlin, là pour le maasser. » Il en ressort que, s'il n'a pas eu l'intention du maasser, sa netila reste sans effet, et à plus forte raison pour la terouma. Rabbenou Elhanan a objecté : il est dit au chapitre Elou devarim, dans Berakhot (51b), que Beit Chammai font laver les mains avant de mélanger la coupe, car en mélangeant d'abord la coupe on risquerait de toucher les liquides qui se trouvent à l'extérieur de celle-ci. Or, même après s'être lavé les mains, puisque cette netila reste sans effet pour la terouma, l'homme garde le statut de « disqualifiant de terouma » ; et nous avons appris que tout ce qui disqualifie la terouma rend les liquides impurs au premier degré. Il a répondu que, du moment qu'il a fait la netila en vue des houlin, il ne disqualifie plus la terouma. C'est bien ce qui ressort : autrement, aucun homme, pas même un haver qui mange ses houlin en pureté, n'échapperait à rendre les liquides impurs.
💡 Explication

La guemara revient sur le rôle de l'intention, déjà posé par la michna à propos de l'immersion du corps, et l'applique aux mains. Rachi distingue les deux gestes : la netila se fait avec un récipient, la tevila dans quarante sea.

Deux baraitot s'opposent : la première exige l'intention, la seconde la juge superflue. Rav Nahman répartit les cas selon le niveau visé, et la phrase reste suspendue : la baraita indulgente parle des houlin. La suite, qui traite du maasser, se lit au début du folio 19a. Tossefot en tire une conséquence pratique pour celui qui se lave les mains en vue des seuls houlin.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).