Sougya : Le folio ouvre le troisième chapitre, Homer ba-kodech. La michna dresse une échelle de rigueur croissante entre cinq niveaux : houlin, maasser, terouma, kodech, mei hatat.
Elle l'applique à trois domaines : ce qu'il faut faire aux mains avant de manger, l'intention requise au moment de l'immersion, et le statut de midras attaché aux vêtements de chaque rang. La guemara s'arrête aussitôt sur le premier mot de la michna : les houlin et le maasser exigent-ils vraiment la netilat yadayim ?
Une michna de Bikkourim enseigne en effet que la netila vaut pour la terouma et les bikkourim, ce qui n'est pas le cas du maasser ni, à plus forte raison, des houlin. Deux difficultés en naissent ; celle du maasser se résout par la divergence entre Rabbi Meir et les Sages, celle des houlin par la distinction entre le pain et les fruits, après que Rav Chimi bar Achi a écarté une première réponse.
MICHNA. On fait la netilat yadayim (ablution des mains par versement) pour les houlin (aliments profanes), pour le maasser (la dîme) et pour la terouma ; et pour le kodech (les aliments consacrés) — on immerge les mains.
Et pour la hatat (les eaux de purification préparées avec la cendre de la vache rousse) — si ses mains ont été rendues impures, son corps tout entier est devenu impur.
La michna ouvre le chapitre Homer ba-kodech, qui compare les niveaux de pureté entre eux. Elle procède par paliers : ce qui suffit au rang inférieur devient insuffisant au rang supérieur. Pour les houlin, le maasser et la terouma, la netila suffit, c'est-à-dire un versement d'eau sur les mains depuis un récipient ; Rachi précise qu'un revi'it suffit.
Pour le kodech, la michna exige une tevila des mains, une immersion dans un bain de quarante sea. Cette exigence vaut même pour des setam yadayim, des mains ordinaires qui n'ont touché aucune impureté de la Tora.
Au sommet se trouvent les mei hatat. Là, une impureté qui d'ordinaire s'arrête aux mains gagne le corps entier, qui doit alors s'immerger. Rachi souligne que toutes ces maalot relèvent des paroles des soferim, et il explique leur présence dans le traité Haguiga par les lois de la fête qui closent le chapitre.
Celui qui s'est immergé en vue des houlin et a pris le statut (hou'hzak) de houlin — il lui est interdit de manger du maasser. S'est immergé en vue du maasser et a pris le statut de maasser — il lui est interdit pour la terouma.
S'est immergé en vue de la terouma et a pris le statut de terouma — il lui est interdit pour le kodech. S'est immergé en vue du kodech et a pris le statut de kodech — il lui est interdit pour la hatat.
Celui qui s'est immergé en vue du plus strict — il lui est permis pour le plus léger. Celui qui s'est immergé sans prendre de statut — c'est comme s'il ne s'était pas immergé.
Le deuxième palier porte sur l'intention. Une même immersion, dans la même eau, produit un résultat différent selon le niveau visé. Rachi lit hou'hzak comme un terme d'intention : celui qui s'immerge établit son corps dans un statut de pureté à l'égard d'un niveau déterminé.
Deux règles ferment le passage. Viser le rang le plus lourd couvre tous les rangs plus légers, puisque la rigueur supérieure contient l'inférieure. Et une immersion sans aucune intention de pureté, un simple lavage, laisse l'homme dans l'état où il se trouvait.
Les vêtements d'un am ha-arets sont midras pour les perouchin. Les vêtements des perouchin sont midras pour ceux qui mangent la terouma.
Les vêtements de ceux qui mangent la terouma sont midras pour le kodech. Les vêtements de ceux qui mangent le kodech sont midras pour la hatat.
Le troisième palier porte sur les vêtements. Le midras désigne l'impureté du foulement du zav : un av ha-toumaa, un père d'impureté qui rend impurs les hommes et les ustensiles qui le touchent. La michna l'applique en cascade, chaque rang jugeant les vêtements du rang inférieur.
Rachi donne la raison, qu'il tire du chapitre Ha-chohet : la garde de pureté d'un rang vaut peu aux yeux du rang supérieur, et l'on craint que l'épouse de son propriétaire, alors nida, se soit assise sur le vêtement. Le vêtement devient alors midras de la nida, sans que personne l'ait remarqué.
Yossef ben Yoezer était le plus pieux de la kehouna, et son linge (mitpahat) était pourtant midras pour le kodech. Yo'hanan ben Gudgueda mangeait toute sa vie selon la pureté du kodech, et son linge était pourtant midras pour la hatat.
La michna illustre la règle précédente par deux figures réelles, choisies au sommet de chaque rang. Yossef ben Yoezer, le plus pieux des kohanim, gardait la pureté de la terouma avec une rigueur exemplaire ; son linge restait midras aux yeux de ceux qui mangent le kodech.
Yo'hanan ben Gudgueda allait plus loin encore : il mangeait ses aliments ordinaires selon les règles de pureté du kodech, toute sa vie. Son linge restait midras aux yeux de ceux qui préparent les mei hatat. L'échelle se maintient donc jusqu'à son dernier barreau, quelle que soit la piété de l'homme considéré.
GUEMARA. Les houlin et le maasser exigent-ils vraiment la netilat yadayim ?
La guemara s'arrête sur le premier mot de la michna. Avant d'examiner les paliers, elle conteste le point de départ : la netila est-elle bien requise pour des aliments profanes et pour le maasser ?
Et l'on objecte : la terouma et les bikkourim — on est passible de mort à leur sujet et du cinquième ; ils sont interdits aux zarim (les non-kohanim) ; ils sont le bien du kohen ; ils se neutralisent dans cent-et-un ; ils exigent la netilat yadayim et le haarev chemech (l'attente du coucher du soleil). Voilà ce qui vaut pour la terouma et les bikkourim, ce qui n'est pas le cas du maasser, et à plus forte raison des houlin.
La guemara oppose à notre michna une michna de Bikkourim (2,1) qui énumère six traits communs à la terouma et aux bikkourim, puis les refuse expressément au maasser. Parmi ces traits figure la netilat yadayim.
Rachi explique le fondement de cette exigence : un aliment de second degré engendre un troisième degré dans la terouma, et les Sages ont attribué aux mains l'impureté de second degré ; des mains non lavées disqualifient donc la terouma. Le maasser, lui, ne connaît pas cette règle, puisqu'un second degré n'y engendre pas de troisième.
La formule finale, à plus forte raison des houlin, crée le problème : notre michna exige la netila précisément pour le maasser et pour les houlin.
Il y a une difficulté du maasser contre le maasser, et une difficulté des houlin contre les houlin !
La guemara nomme les deux contradictions. Notre michna exige la netila pour le maasser et pour les houlin ; la michna de Bikkourim la refuse à l'un comme à l'autre. Chacune des deux recevra un traitement distinct.
Soit, la difficulté du maasser contre le maasser n'en est pas une : celle-ci suit Rabbi Meir, et celle-là suit les Sages.
Première résolution : les deux michnayot reflètent deux opinions tannaitiques. La michna de Bikkourim, qui dispense le maasser de la netila, suit Rabbi Meir ; notre michna, qui l'exige, suit les Sages. La source de cette divergence est citée au segment suivant.
Car nous avons appris : tout ce qui requiert une immersion dans l'eau d'après les paroles des soférim rend impur le kodech, disqualifie la terouma, et demeure permis pour les houlin et pour le maasser — paroles de Rabbi Meir. Et les Sages l'interdisent pour le maasser.
Mais la difficulté des houlin contre les houlin subsiste !
La michna de Para (11,5) fournit la divergence attendue. Elle traite de celui qui porte une impureté rabbinique, laquelle exige une immersion d'après les paroles des soférim. Rabbi Meir lui permet les houlin et le maasser ; les Sages le lui interdisent pour le maasser.
La difficulté du maasser est ainsi levée : notre michna, qui exige la netila pour le maasser, suit les Sages. Reste la difficulté des houlin, sur lesquels Rabbi Meir et les Sages s'accordent selon cette lecture.
Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de la consommation, là il s'agit du simple contact.
Première tentative sur les houlin : les deux michnayot parleraient de deux gestes différents. Notre michna, qui exige la netila, vise celui qui mange ; la michna de Bikkourim, qui l'omet pour les houlin, vise celui qui se contente de toucher. Cette réponse sera écartée au segment suivant.
Rav Chimi bar Achi objecte : jusqu'ici les Sages ne divergent de Rabbi Meir que sur la consommation du maasser ; mais sur le contact du maasser et sur la consommation des houlin, diraient-ils qu'ils ne divergent pas ? Plutôt : l'une et l'autre parlent de consommation, et il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de la consommation du pain, là de la consommation des fruits.
Car Rav Nahman a dit : quiconque fait la netilat yadayim pour des fruits fait partie des orgueilleux (gasséi ha-roua'h).
Rav Chimi bar Achi écarte la réponse précédente. Elle supposait que les Sages n'admettent la netila que pour la consommation du maasser, et donc qu'ils l'exigeraient aussi pour le contact du maasser et pour la consommation des houlin. Lire notre michna comme traitant de la consommation et Bikkourim comme traitant du contact devient alors impossible.
La réponse retenue place les deux michnayot sur le terrain de la consommation et distingue les aliments. La netila vaut pour le pain (nahama) ; pour les fruits (peiri), Rav Nahman la désapprouve et range celui qui la pratique parmi les gasséi ha-roua'h, ceux qui se montrent plus exigeants que les Sages ne l'ont demandé.
Rachi ajoute une réserve : pour la terouma la netila reste requise même pour des fruits, puisqu'un second degré la disqualifie par simple contact.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui fait la netilat yadayim, s'il en a eu l'intention — ses mains sont pures ; s'il n'en a pas eu l'intention — ses mains sont impures. De même celui qui immerge ses mains : s'il en a eu l'intention — ses mains sont pures ; s'il n'en a pas eu l'intention — ses mains sont impures.
Mais n'a-t-on pas enseigné : qu'il en ait eu l'intention ou non — ses mains sont pures ! Rav Nahman a dit : il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit des houlin,
La guemara revient sur le rôle de l'intention, déjà posé par la michna à propos de l'immersion du corps, et l'applique aux mains. Rachi distingue les deux gestes : la netila se fait avec un récipient, la tevila dans quarante sea.
Deux baraitot s'opposent : la première exige l'intention, la seconde la juge superflue. Rav Nahman répartit les cas selon le niveau visé, et la phrase reste suspendue : la baraita indulgente parle des houlin. La suite, qui traite du maasser, se lit au début du folio 19a. Tossefot en tire une conséquence pratique pour celui qui se lave les mains en vue des seuls houlin.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).