Sougya : Le folio poursuit l'examen de la deuxième rubrique de la michna de Homer ba-kodech : l'intention (kavana) exigée au moment de l'immersion. Rav Nahman soutient que les houlin (aliments profanes) se purifient sans aucune intention, et que seul le maasser (la dîme) en demande une ; la guemara cherche une preuve dans la michna de la vague détachée, la repousse, puis la trouve dans celle des fruits tombés dans un canal.
Rabba objecte deux fois depuis notre michna, jusqu'à ce qu'une baraita tranche en faveur de Rav Nahman. La seconde moitié du folio demande jusqu'à quel instant un homme peut encore fixer l'usage de sa tevila : Rabbi Elazar le permet après la sortie de l'eau, et la baraita « tant qu'un de ses pieds est encore dans l'eau » conduit à la controverse de Rabbi Yehouda et des Sages sur le mikvé de quarante sea exactes.
Le folio s'achève sur la question d'Oulla : le corps de celui qui est encore dans l'eau prolonge-t-il le mikvé vers le haut (goud assik) comme il le prolonge vers le bas (goud ahit) ?
Ici, il s'agit du maasser (la dîme), qui demande l'intention. Et d'où dis-tu que les houlin (aliments profanes) n'exigent pas d'intention ?
De ce que nous avons appris dans une michna (Mikvaot 5,6) : une vague qui s'est détachée et qui contient quarante sea, et qui est tombée sur un homme et sur des ustensiles — ils sont purs. La michna enseigne « l'homme » sur le modèle des « ustensiles » : de même que les ustensiles ne sont pas capables d'intention, de même l'homme dont elle parle n'a pas d'intention.
Le folio précédent a opposé deux baraitot sur l'intention exigée au moment de la tevila (immersion). La réponse de Rav Nahman distribue les cas : celle qui exige une kavana (intention) parle du maasser, celle qui n'en exige pas parle des houlin.
La guemara lui demande aussitôt de prouver que les houlin se purifient sans intention. La preuve se tire d'une michna de Mikvaot : une vague de quarante sea qui se détache de la mer et retombe sur un homme et des ustensiles les rend purs. Comme l'homme et les ustensiles y sont enseignés ensemble, on lit l'un à la lumière de l'autre : un ustensile est incapable d'intention, donc l'homme aussi est ici sans intention, et il est pourtant pur.
Et d'où cela ? Peut-être traitons-nous de celui qui est assis et guette le moment où la vague se détachera ; et ce sont alors les ustensiles qui sont enseignés sur le modèle de l'homme : de même que l'homme est capable d'intention, de même les ustensiles, lorsqu'on a l'intention à leur sujet.
Le parallèle de la michna se laisse lire dans les deux sens. La guemara retourne la comparaison : si l'homme est assis au bord de l'eau et attend la vague, il a bien une intention, et ce sont les ustensiles qui bénéficient de cette intention formée pour eux. La michna cesse alors de prouver quoi que ce soit sur les houlin.
Et si tu dis qu'elle traite de celui qui est assis et qui guette — que vient-elle nous apprendre ?
Objection de méthode : si la michna parle d'un homme attentif qui attend la vague, son enseignement paraît plat. La guemara suppose donc qu'elle enseigne un cas sans intention, ce qui restaurerait la preuve.
Il aurait pu te venir à l'esprit de dire : décrétons une interdiction, de peur qu'on n'en vienne à s'immerger dans un hardalit (un flot qui dévale) d'eaux de pluie ; ou encore, décrétons l'interdiction des rachin (les extrémités de la vague) à cause des kipin (ses arches). Elle nous enseigne donc que nous ne décrétons pas.
La michna garde un apport même si l'homme guettait la vague : elle écarte deux décrets possibles. Le premier viserait la confusion avec un hardalit, un flot qui descend en pente ; le second interdirait les extrémités de la vague par crainte qu'on ne s'immerge sous son arche.
Rachi rappelle deux motifs d'invalidité du hardalit : le katafrès (le plan incliné) ne constitue pas une jonction, de sorte que les quarante sea ne sont jamais réunies en un seul lieu ; et les eaux de pluie ne purifient que rassemblées en creux (achboren), là où une source purifie même par eaux courantes.
Et d'où dis-tu qu'on ne s'immerge pas dans les kipin (les arches de la vague) ? De ce qui est enseigné dans une baraita : on immerge dans les rachin (les extrémités), et on n'immerge pas dans les kipin, parce qu'on n'immerge pas dans l'air.
La guemara justifie le second décret envisagé. Sous l'arche d'une vague, l'homme ou l'ustensile est entouré d'eau de tous côtés, mais il se tient dans un volume d'air : la Tora ne connaît pas de mikvé d'air. L'immersion n'y vaut donc pas, et un décret préventif était concevable.
La preuve vient plutôt de ce que nous avons appris (Makhchirin 4,7) : des fruits qui sont tombés dans un canal d'eau, et un homme dont les mains étaient impures a tendu les mains et les a retirés — ses mains sont pures, et les fruits ne sont pas dans le cas de « ki youtan » (« si de l'eau est mise »).
Nouvelle preuve, prise cette fois à une michna de Makhchirin. Un homme aux mains impures plonge les mains dans un canal pour en retirer des fruits : ses mains deviennent pures alors qu'il ne songeait qu'aux fruits.
Les fruits, eux, restent hors du hekhcher (la mise en aptitude à contracter l'impureté) : le verset « si de l'eau est mise sur de la semence » (Lévitique 11,38) demande que le mouillage agrée à l'homme, ce qui n'est pas le cas ici.
Et s'il les a tendues afin que ses mains soient rincées — ses mains sont pures, et les fruits, eux, sont dans le cas de « ki youtan ».
Le second membre de la michna éclaire le premier. Si l'homme voulait aussi rincer ses mains, le mouillage des fruits lui agrée et ceux-ci deviennent aptes à contracter l'impureté. Dans les deux cas, ses mains sont pures : le statut de ses mains ne dépend donc pas de son intention, ce qui établit la thèse de Rav Nahman pour les houlin.
Rabba a objecté à Rav Nahman depuis notre michna : celui qui s'immerge en vue des houlin et qui s'est établi (houhzak) dans un statut de pureté pour les houlin reste interdit pour le maasser. S'il s'est établi — oui ; s'il ne s'est pas établi — non !
Rabba retourne contre Rav Nahman la michna du chapitre. Elle parle de celui qui « s'est établi » pour les houlin, formule qui laisse entendre que, sans cette intention, sa tevila ne vaudrait même pas pour les houlin. L'intention serait donc requise jusque pour les aliments profanes.
Voici ce que la michna dit : bien qu'il se soit établi pour les houlin, il reste interdit pour le maasser.
Rav Nahman refuse l'inférence. La michna n'enseigne pas une condition mais une limite : l'intention formée pour les houlin, si valable soit-elle à leur égard, ne fait pas monter l'homme d'un degré vers le maasser.
Il lui a objecté : « il s'est immergé sans s'établir — c'est comme s'il ne s'était pas immergé ». N'est-ce pas : comme s'il ne s'était pas immergé du tout ?
Seconde objection, tirée de la suite de la michna. Si la tevila faite sans intention est tenue pour nulle, elle devrait l'être entièrement, houlin compris.
Non : comme s'il ne s'était pas immergé pour le maasser, mais il s'est bien immergé pour les houlin. Rabba pensait que Rav Nahman ne faisait qu'écarter son objection.
Il est alors sorti, a examiné les sources et a trouvé qu'une baraita enseigne : s'il s'est immergé sans s'établir — il est interdit pour le maasser et permis pour les houlin.
Rav Nahman restreint encore la portée de la michna : la nullité ne vaut que pour le maasser. Rabba croit d'abord à une réponse de circonstance, faite seulement pour écarter l'objection ; il va vérifier dans les baraitot et en trouve une qui énonce exactement la distinction de Rav Nahman. La thèse est établie : les houlin se purifient sans kavana, le maasser non.
Rabbi Elazar a dit : s'il s'est immergé puis est remonté, il peut s'établir dans la pureté pour tout ce qu'il voudra.
Nouvelle question : à quel instant l'intention doit-elle être formée ? Rabbi Elazar n'exige pas qu'elle accompagne l'immersion elle-même ; un homme sorti de l'eau peut encore décider à quel usage sa tevila servira. Les Tossefot précisent qu'il s'agit du moment où il est encore humide.
On objecte : tant qu'un de ses pieds est encore dans l'eau, s'il s'est établi pour une chose légère, il peut s'établir pour une chose grave ; s'il est remonté — il ne peut plus s'établir.
La baraita semble contredire Rabbi Elazar : elle place la sortie de l'eau comme terme au-delà duquel plus aucune intention n'est recevable. La chose légère désigne un degré inférieur comme les houlin, la chose grave un degré supérieur comme le maasser ou la terouma.
N'est-ce pas : il ne peut plus s'établir du tout !
Non : tant qu'il est encore dans l'eau, même s'il s'était déjà établi, il peut encore s'établir ; s'il est remonté, alors s'il ne s'était pas établi, il peut s'établir, et s'il s'était établi, il ne peut plus s'établir.
La réponse distingue trois états et réconcilie la baraita avec Rabbi Elazar. Tant qu'un pied reste dans l'eau, l'immersion n'est pas achevée et l'intention demeure modifiable. Une fois l'homme sorti, tout dépend de ce qu'il avait fait : une intention déjà formée fixe la tevila et interdit de la faire servir à un degré supérieur ; une immersion faite sans aucune intention reste disponible.
Quel tana a enseigné « tant qu'un de ses pieds est encore dans l'eau » ? Rabbi Pedat a dit : c'est Rabbi Yehouda.
Car nous avons appris (Mikvaot 7,6) : un mikvé que l'on a mesuré et qui contient quarante sea exactes, et deux hommes y sont descendus et s'y sont immergés l'un après l'autre — le premier est pur et le second impur. Rabbi Yehouda a dit : si les pieds du premier touchaient encore l'eau, le second aussi est pur.
D'où vient l'idée qu'un pied dans l'eau suffit à prolonger l'immersion ? Rabbi Pedat la rattache à Rabbi Yehouda, à partir d'une michna de Mikvaot. Le mikvé contient tout juste quarante sea ; le premier homme emporte en sortant un peu d'eau sur son corps, et la mesure n'est plus atteinte pour le second.
Rabbi Yehouda répond par le goud ahit : tant que les pieds du premier touchent l'eau, l'eau restée sur lui est tenue pour redescendue dans le mikvé, et la mesure demeure entière.
Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouha : la controverse porte sur les maalot (degrés de rigueur) institués par les Sages ; mais pour passer de l'impureté à la pureté, tous s'accordent que le second aussi est impur. Et telle est bien la position de Rabbi Pedat.
Rav Nahman circonscrit la controverse. Rabbi Yehouda n'admet le goud ahit que lorsque l'immersion est requise par un maalot rabbinique — le cas de l'onen ou du mehoussar kippourim, purs selon la Tora mais tenus de s'immerger pour le kodech. Pour une impureté de la Tora, tous reconnaissent que le second reste impur.
Cette version s'accorde avec Rabbi Pedat : la baraita du pied dans l'eau, qui concerne précisément des degrés rabbiniques, ne peut être que de Rabbi Yehouda.
Certains rapportent ainsi : Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouha : la controverse porte sur le passage de l'impureté à la pureté ; mais pour les maalot institués par les Sages, tous s'accordent que le second aussi est pur. Et cette version s'oppose à la position de Rabbi Pedat.
La seconde version renverse la répartition. La divergence entre Rabbi Yehouda et les Sages ne concerne que l'impureté de la Tora ; pour les degrés rabbiniques, tous admettent que le pied dans l'eau prolonge l'immersion.
Elle contredit donc Rabbi Pedat : la baraita du pied dans l'eau ne trahit plus la main de Rabbi Yehouda, puisqu'elle ferait l'unanimité.
Oulla a dit : j'ai demandé à Rabbi Yo'hanan : selon Rabbi Yehouda, qu'en est-il d'immerger des aiguilles et des tsinorot (crochets très fins) sur la tête du premier ?
Dernière sougya du folio. Si l'homme encore dans l'eau prolonge le mikvé vers le bas, le prolonge-t-il aussi vers le haut ? Oulla pose la question sous une forme concrète : pourrait-on immerger valablement de petits ustensiles posés sur la tête mouillée du premier ?
Rabbi Yehouda admet-il le goud ahit (tirer la cloison vers le bas) sans admettre le goud assik (la tirer vers le haut), ou bien admet-il aussi le goud assik ?
La question est formulée avec les deux fictions de continuité. Le goud ahit tient l'eau posée sur le corps pour redescendue dans le mikvé : c'est ce qui sauve la mesure des quarante sea. Le goud assik ferait au contraire monter l'eau du mikvé jusqu'à la tête de l'homme, qui deviendrait lui-même un prolongement du bassin.
Il lui a dit : vous l'avez appris (Tossefta Mikvaot 3,3) : trois cavités dans un torrent, la supérieure, l'inférieure et la médiane ; la supérieure et l'inférieure contiennent vingt sea chacune, la médiane quarante sea, et un hardalit d'eaux de pluie passe entre elles. Rabbi Yehouda dit : Meir, lui, disait qu'on immerge dans la supérieure.
Rabbi Yo'hanan répond par une tossefta. Trois creux échelonnés dans le lit d'un torrent, reliés par un ruissellement de pluie : seule la cavité médiane contient les quarante sea requises. Autoriser l'immersion dans la cavité supérieure revient à faire monter jusqu'à elle la mesure de la médiane, c'est-à-dire à admettre le goud assik.
Comme Rabbi Yehouda rapporte l'avis de Rabbi Meir sans le contester, on en déduit qu'il l'accepte.
Mais n'a-t-on pas enseigné : Rabbi Yehouda dit :
Oulla oppose aussitôt une autre baraita, dont la suite se lit au folio suivant : Rabbi Yehouda y refuse la cavité supérieure, donc le goud assik. Les Tossefot rapportent la lecture de Rachi, qui corrige le texte, et celle de Rabbenou Hananel, qui défend la version des livres en distinguant l'avis propre de Rabbi Yehouda du raisonnement qu'il prête à Rabbi Meir.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).