Chagigah 19a — La tevila sans intention : les houlin face au maasser, et jusqu'où s'étend le mikvé

Chagigah 19a

Sougya : Le folio poursuit l'examen de la deuxième rubrique de la michna de Homer ba-kodech : l'intention (kavana) exigée au moment de l'immersion. Rav Nahman soutient que les houlin (aliments profanes) se purifient sans aucune intention, et que seul le maasser (la dîme) en demande une ; la guemara cherche une preuve dans la michna de la vague détachée, la repousse, puis la trouve dans celle des fruits tombés dans un canal.

Rabba objecte deux fois depuis notre michna, jusqu'à ce qu'une baraita tranche en faveur de Rav Nahman. La seconde moitié du folio demande jusqu'à quel instant un homme peut encore fixer l'usage de sa tevila : Rabbi Elazar le permet après la sortie de l'eau, et la baraita « tant qu'un de ses pieds est encore dans l'eau » conduit à la controverse de Rabbi Yehouda et des Sages sur le mikvé de quarante sea exactes.

Le folio s'achève sur la question d'Oulla : le corps de celui qui est encore dans l'eau prolonge-t-il le mikvé vers le haut (goud assik) comme il le prolonge vers le bas (goud ahit) ?

Chagigah 19a - le fil de la sougya 1. Segments 0-4 Les houlin exigent-ils la kavana ? Preuve : la vague de 40 sea tombée sur un homme et des ustensiles. Repoussée : peut-être guettait-il la vague, et il y avait intention. 2. Segments 5-6 Les fruits tombés dans le canal : il tend les mains pour les retirer, ses mains sont pures. Retenue : pureté des mains sans aucune intention. 3. Segments 7-10 Rabba objecte deux fois à Rav Nahman depuis notre michna. Une baraita tranche : interdit pour le maasser, permis pour les houlin. 4. Segments 11-14 Jusqu'à quand fixe-t-on l'usage de sa tevila ? R. Elazar : même après être remonté. La baraita nuance : seulement si rien n'avait été fixé. 5. Segments 15-17 Un pied encore dans l'eau : mikvé de 40 sea exactes, R. Yehouda contre les Sages. Deux versions de Rav Nahman sur la portée de la controverse. 6. Segments 18-21 Oulla : immerger des aiguilles sur la tête du premier ? goud ahit admis ; goud assik, les deux baraitot sur les trois cavités s'opposent.
Les six étapes du folio : de la question sur la kavana des houlin a la question d'Oulla sur le goud assik.
La tevila sans intention : ce qu'elle obtient, ce qu'elle n'obtient pas Houlin (aliments profanes) Maasser, et à plus forte raison terouma et kodech Intention exigée : non Il s'est immergé sans y penser : la tevila vaut pour les houlin Appuis : - les fruits du canal : ses mains sont pures sans intention - baraita : s'est immergé sans s'établir, permis pour les houlin Intention exigée : oui Il s'est immergé sans y penser : c'est comme s'il ne s'était pas immergé pour le maasser Appuis : - notre michna : établi pour les houlin, interdit pour le maasser Position de Rav Nahman, retenue après l'enquête de Rabba dans les baraitot
Ce que la tevila faite sans intention obtient pour les houlin et ce qu'elle n'obtient pas pour le maasser.
goud ahit et goud assik : les deux sens de la fiction goud ahit - tirer vers le bas goud assik - tirer vers le haut mikvé l'eau restée sur son corps est vue comme descendue au mikvé La mesure de 40 sea reste entière. mikvé l'eau du mikvé est vue comme montée jusqu'à sa tête On pourrait alors immerger une aiguille sur sa tête.
Les deux fictions de continuité : vers le bas (goud ahit) et vers le haut (goud assik).
1
כָּאן לְמַעֲשֵׂר. וּמְנָא תֵּימְרָא דְּחֻולִּין לָא בָּעוּ כַּווָּנָה — דִּתְנַן: גַּל שֶׁנִּתְלַשׁ וּבוֹ אַרְבָּעִים סְאָה, וְנָפַל עַל הָאָדָם וְעַל הַכֵּלִים — טְהוֹרִין. קָתָנֵי אָדָם דֻּומְיָא דְּכֵלִים, מַה כֵּלִים דְּלָא מְכַוְּונִי — אַף אָדָם דְּלָא מְכַוֵּין.

Ici, il s'agit du maasser (la dîme), qui demande l'intention. Et d'où dis-tu que les houlin (aliments profanes) n'exigent pas d'intention ?

De ce que nous avons appris dans une michna (Mikvaot 5,6) : une vague qui s'est détachée et qui contient quarante sea, et qui est tombée sur un homme et sur des ustensiles — ils sont purs. La michna enseigne « l'homme » sur le modèle des « ustensiles » : de même que les ustensiles ne sont pas capables d'intention, de même l'homme dont elle parle n'a pas d'intention.

📜 Rachi (2)
כָּאן לְמַעֲשֵׂר בָּעֵי כַּווָּנָה וכ"ש בִּתְרוּמָה:
Il faut l'intention, et à plus forte raison pour la terouma (le prélèvement).
הָכִי גָּרְסִינַן מַה כֵּלִים דְּלָא מִיכַּווְּנִי אַף אָדָם נָמֵי דְּלָא מִיכַּווַּן:
Telle est notre leçon : de même que les ustensiles ne sont pas objets d'intention, de même l'homme, lui non plus, n'a pas d'intention.
💡 Explication

Le folio précédent a opposé deux baraitot sur l'intention exigée au moment de la tevila (immersion). La réponse de Rav Nahman distribue les cas : celle qui exige une kavana (intention) parle du maasser, celle qui n'en exige pas parle des houlin.

La guemara lui demande aussitôt de prouver que les houlin se purifient sans intention. La preuve se tire d'une michna de Mikvaot : une vague de quarante sea qui se détache de la mer et retombe sur un homme et des ustensiles les rend purs. Comme l'homme et les ustensiles y sont enseignés ensemble, on lit l'un à la lumière de l'autre : un ustensile est incapable d'intention, donc l'homme aussi est ici sans intention, et il est pourtant pur.

🖼️ Schéma
La vague détachée : deux lectures d'une même michna vague de 40 sea qui se détache homme ustensiles tous deux sont purs Lecture A - l'homme sur le modèle des ustensiles Un ustensile n'a pas d'intention ; donc l'homme non plus. Preuve que les houlin se purifient sans kavana. Mais rien n'impose ce sens de lecture. Lecture B - les ustensiles sur le modèle de l'homme Il est assis et guette la chute de la vague : il a l'intention pour lui et pour ses ustensiles. La michna ne prouve alors plus rien sur les houlin, et son apport porte sur les décrets écartés.
La michna de la vague détachée et les deux sens dans lesquels on peut lire son parallèle entre l'homme et les ustensiles.
2
וּמִמַּאי? דִּלְמָא בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה אֵימָתַי יִתָּלֵשׁ הַגַּל עָסְקִינַן, וְכֵלִים דֻּומְיָא דְּאָדָם, מֶה אָדָם דְּבַר כַּוָּונָה — אַף כֵּלִים דִּמְכַוֵּין לְהוּ.

Et d'où cela ? Peut-être traitons-nous de celui qui est assis et guette le moment où la vague se détachera ; et ce sont alors les ustensiles qui sont enseignés sur le modèle de l'homme : de même que l'homme est capable d'intention, de même les ustensiles, lorsqu'on a l'intention à leur sujet.

💡 Explication

Le parallèle de la michna se laisse lire dans les deux sens. La guemara retourne la comparaison : si l'homme est assis au bord de l'eau et attend la vague, il a bien une intention, et ce sont les ustensiles qui bénéficient de cette intention formée pour eux. La michna cesse alors de prouver quoi que ce soit sur les houlin.

3
וְכִי תֵּימָא בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה, מַאי לְמֵימְרָא?

Et si tu dis qu'elle traite de celui qui est assis et qui guette — que vient-elle nous apprendre ?

💡 Explication

Objection de méthode : si la michna parle d'un homme attentif qui attend la vague, son enseignement paraît plat. La guemara suppose donc qu'elle enseigne un cas sans intention, ce qui restaurerait la preuve.

4
סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: לִיגְזוֹר דִּלְמָא אָתֵי לְמִיטְבַּל בְּחַרְדָּלִית שֶׁל גְּשָׁמִים, אִי נָמֵי נִגְזוֹר רָאשִׁין אַטּוּ כִּיפִּין, קָא מַשְׁמַע לַן דְּלָא גָּזְרִינַן.

Il aurait pu te venir à l'esprit de dire : décrétons une interdiction, de peur qu'on n'en vienne à s'immerger dans un hardalit (un flot qui dévale) d'eaux de pluie ; ou encore, décrétons l'interdiction des rachin (les extrémités de la vague) à cause des kipin (ses arches). Elle nous enseigne donc que nous ne décrétons pas.

📜 Rachi (3)
חַרְדְּלִית שֶׁשּׁוֹטֶפֶת וְיוֹרֶדֶת מִמָּקוֹם גָּבוֹהַּ וְיֵשׁ בָּהּ אַרְבָּעִים סְאָה וְהַטּוֹבֵל בָּהּ לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה מִשּׁוּם דִּמְקוֹם קָטַפְרֵס הוּא מָקוֹם זָקוּף יוֹתֵר מִדַּאי וּמ' סְאָה שֶׁבּוֹ אֵינָן בְּמָקוֹם אֶחָד וּתְנַן הַנִּצּוֹק וְהַקָּטַפְרֵס אֵינוֹ חִיבּוּר (טְהָרוֹת פ"ח מ"ט) וְאַף אִם אֵינוֹ קָטַפְרֵס נָמֵי אֵין טוֹבְלִין בּוֹ לְפִי שֶׁאֵין מֵי גְּשָׁמִים מְטַהֲרִים דֶּרֶךְ זְחִילָתָן עַד שֶׁיְּהוּ נִקְוִין דֶּרֶךְ אַשְׁבֹּורֶן דְּתַנְיָא בת"כ אֵי מַה מַעְייָן מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין אַף מִקְוֶה מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין ת"ל אַךְ מַעְיָן וּבוֹר מִקְוֵה מַיִם יִהְיֶה טָהוֹר (וַיִּקְרָא י״א:ל״ו) הַמַּעְייָן מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין וְהַמִּקְוֶה בְּאַשְׁבֹּורֶן וְרַבֵּינוּ הַאי גָּרֵיס הַרַּדְלִית:
Un flot qui dévale en ruisselant depuis un endroit élevé et qui contient quarante sea ; celui qui s'y immerge n'a pas accompli de tevila valable, parce qu'il s'agit d'un lieu de katafrès, un terrain trop incliné, et que les quarante sea qui s'y trouvent ne sont pas en un seul endroit. Or nous avons appris que le natsouk (le filet d'eau qui s'écoule) et le katafrès ne constituent pas une jonction (Taharot 8,9). Et même si ce n'est pas une pente, on ne s'y immerge pas davantage, car les eaux de pluie ne purifient pas tant qu'elles s'écoulent, mais seulement une fois rassemblées en creux ; comme il est enseigné au Torat Kohanim : de même que la source purifie par eaux courantes, le mikvé purifierait-il aussi par eaux courantes ? L'Écriture dit : « toutefois une source, une citerne, une réserve d'eaux, sera pure » (Lévitique 11,36) — la source purifie par eaux courantes, et le mikvé par eaux rassemblées. Et Rabbenou Haï lit hardalit.
רָאשִׁין אֶחָד מֵרָאשֵׁי הַגַּל כְּשֶׁהוּא מַגִּיעַ לָאָרֶץ:
L'une des extrémités de la vague, lorsqu'elle atteint le sol.
כִּיפִּין אֶמְצָעִיתוֹ שֶׁל גַּל שֶׁעוֹמֵד בָּאֲוִיר כְּמִין כִּיפָּה וְאִם הוֹשִׁיט כֵּלִים לְמַעְלָה וְהִטְבִּילָן בְּכִיפָּה אֵינָהּ טְבִילָה כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Le milieu de la vague, qui se tient en l'air comme une voûte. Si l'on a tendu des ustensiles vers le haut et qu'on les a immergés dans l'arche, ce n'est pas une immersion valable, comme la guemara l'explique ensuite.
🗂️ Tossefot (1)
נִגְזוֹר אַטּוּ חַרְדְּלִית. פרש"י שֶׁיּוֹרֶדֶת מֵהַר גָּבוֹהַּ וְיֵשׁ בָּהּ מ' סְאָה וְלֹא עָלְתָה שָׁם טְבִילָה דְּקָטַפְרֵס אֵינוֹ חִיבּוּר והר"י פִּי' וְכֵן כָּתוּב בְּכַמָּה פֵּירוּשִׁים שֶׁל רַשִׁ"י דְּפָסוּל מִטַּעַם דְּאֵין מִקְוֶה מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין אֶלָּא בְּאַשְׁבֹּורֶן כִּדְתַנְיָא בת"כ וּמִיהוּ אוֹמֵר הָר"ר אֶלְחָנָן ע"כ טַעַם רִאשׁוֹן עִיקָּר מִדְּגָזְרִינַן בְּגַל שֶׁל יָם דְּאִי מִשּׁוּם זְחִילָה אָז בְּשֶׁל יָם מְהַנֵּי אִי לָא מוֹקְמִינַן לָהּ כַּר' [מֵאִיר] דְּאָמַר בְּמַס' מִקְוָאוֹת (פ"ה מ"ד) כָּל הַיַּמִּים כְּמִקְוֶה וְהָיָה קָשֶׁה לְמוֹרִי מַאי קָאָמַר מִשּׁוּם חַרְדְּלִית שֶׁל מֵי גְּשָׁמִים הָא בְּשֶׁל יָם נָמֵי לָא מְהַנֵּי כְּדִתְנַן ב"ה אוֹמְרִים אֵין מַטְבִּילִין בְּחַרְדְּלִית וּמַשְׁמַע דִּבְכָל חַרְדְּלִית מַיְירֵי מִדְּלָא הֻוזְכַּר לֵיהּ בְּהֶדְיָא גְּשָׁמִים וּלְפִי' רִאשׁוֹן נִיחָא וּמִיהוּ אַכַּתִּי יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּקָטַפְרֵס הֲוָה חִיבּוּר לְעִנְיַן מִקְוָאוֹת כִּדְפֵירֵשׁ הר"י וְאִם כֵּן לָמָּה לֹא מְהַנֵּי וְאִי הֲוָה טַעְמָא מִשּׁוּם זְחִילָה יִתָּכֵן טְפֵי:
« Décrétons à cause du hardalit. » Rachi a expliqué : un flot qui descend d'une haute montagne et qui contient quarante sea, où l'immersion ne vaut pas parce que le katafrès (la pente) ne fait pas jonction. Le Ri a expliqué — et c'est ainsi qu'il est écrit dans plusieurs commentaires de Rachi — que l'invalidité tient à ce que le mikvé ne purifie pas par eaux courantes mais seulement par eaux rassemblées, comme il est enseigné au Torat Kohanim. Toutefois Rabbenou Elhanan dit que la première raison est nécessairement la principale, puisque nous décrétons à propos d'une vague de mer : si le motif tenait à l'écoulement, l'eau de mer conviendrait — à moins d'expliquer notre michna selon Rabbi Meir, qui dit au traité Mikvaot (5,4) que toutes les mers ont le statut de mikvé. Mon maître trouvait difficile ceci : pourquoi la guemara parle-t-elle d'un hardalit d'eaux de pluie ? Un hardalit d'eau de mer ne vaut pas davantage, comme nous l'avons appris : Beit Hillel disent qu'on ne s'immerge pas dans un hardalit, formule qui vise tout hardalit puisque les eaux de pluie n'y sont pas mentionnées explicitement. Selon la première explication, la difficulté se résout. Il reste pourtant à objecter que le katafrès fait bien jonction pour ce qui touche aux mikvaot, comme l'a expliqué le Ri ; si tel est le cas, pourquoi l'immersion ne vaut-elle pas ? Et si le motif était l'écoulement, cela s'accorderait mieux.
💡 Explication

La michna garde un apport même si l'homme guettait la vague : elle écarte deux décrets possibles. Le premier viserait la confusion avec un hardalit, un flot qui descend en pente ; le second interdirait les extrémités de la vague par crainte qu'on ne s'immerge sous son arche.

Rachi rappelle deux motifs d'invalidité du hardalit : le katafrès (le plan incliné) ne constitue pas une jonction, de sorte que les quarante sea ne sont jamais réunies en un seul lieu ; et les eaux de pluie ne purifient que rassemblées en creux (achboren), là où une source purifie même par eaux courantes.

🖼️ Schéma
Eaux qui dévalent et eaux rassemblées hardalit : un flot en pente 40 sea, mais jamais rassemblées en un lieu Immersion invalide : le katafrès (la pente) ne fait pas jonction, et l'eau s'écoule. achboren : une eau en creux 40 sea au repos Immersion valide : le mikvé purifie par eaux rassemblées, la source par eaux courantes.
Pourquoi un flot de quarante sea qui dévale ne vaut pas comme mikvé, alors qu'une eau rassemblée en creux le vaut.
5
וּמְנָא תֵּימְרָא דְּלָא מַטְבִּילִין בְּכִיפִּין, דְּתַנְיָא: מַטְבִּילִין בְּרָאשִׁין, וְאֵין מַטְבִּילִין בְּכִיפִּין, לְפִי שֶׁאֵין מַטְבִּילִין בָּאֲוִיר.

Et d'où dis-tu qu'on ne s'immerge pas dans les kipin (les arches de la vague) ? De ce qui est enseigné dans une baraita : on immerge dans les rachin (les extrémités), et on n'immerge pas dans les kipin, parce qu'on n'immerge pas dans l'air.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵין מַטְבִּילִין בָּאֲוִיר שֶׁלֹּא אָמְרָה תּוֹרָה מִקְוֶה שֶׁל אֲוִיר לִטְבִילָה:
Car la Tora n'a pas prescrit un mikvé d'air pour l'immersion.
💡 Explication

La guemara justifie le second décret envisagé. Sous l'arche d'une vague, l'homme ou l'ustensile est entouré d'eau de tous côtés, mais il se tient dans un volume d'air : la Tora ne connaît pas de mikvé d'air. L'immersion n'y vaut donc pas, et un décret préventif était concevable.

🖼️ Schéma
Rachin et kipin : où peut-on plonger dans une vague rachin rachin les extrémités touchent le sol : on y immerge kipin sous l'arche, de l'air Pourquoi l'arche ne vaut pas Un ustensile tendu sous la voûte est entouré d'eau, mais il est placé dans l'air. La Tora n'a pas prescrit un mikvé d'air pour l'immersion.
Les extrémités de la vague qui touchent le sol valent pour l'immersion ; sous son arche, on se tient dans l'air.
6
אֶלָּא מֵהָא דִּתְנַן: פֵּירוֹת שֶׁנָּפְלוּ לְתוֹךְ אַמַּת הַמַּיִם, וּפָשַׁט מִי שֶׁיָּדָיו טְמֵאוֹת וּנְטָלָן — יָדָיו טְהוֹרוֹת, וּפֵירוֹת אֵינָן ב״כי יֻותַּן״.

La preuve vient plutôt de ce que nous avons appris (Makhchirin 4,7) : des fruits qui sont tombés dans un canal d'eau, et un homme dont les mains étaient impures a tendu les mains et les a retirés — ses mains sont pures, et les fruits ne sont pas dans le cas de « ki youtan » (« si de l'eau est mise »).

📜 Rachi (2)
יָדָיו טְהוֹרוֹת אע"פ שֶׁלֹּא נִתְכַּוֵּון:
Bien qu'il n'ait pas eu l'intention de se purifier.
וּפֵירוֹת אֵינָן בְּכִי יֻותַּן דְּבָעֵינַן גַּבֵּי הֶכְשֵׁר יֻותַּן דֻּומְיָא דְּכִי יִתֵּן דְּנִיחָא לֵיהּ:
Car pour le hekhcher, nous exigeons que le « youtan » (que l'eau soit mise) soit du même ordre que le « ki yiten » (s'il met de l'eau) : il faut que cela lui agrée.
💡 Explication

Nouvelle preuve, prise cette fois à une michna de Makhchirin. Un homme aux mains impures plonge les mains dans un canal pour en retirer des fruits : ses mains deviennent pures alors qu'il ne songeait qu'aux fruits.

Les fruits, eux, restent hors du hekhcher (la mise en aptitude à contracter l'impureté) : le verset « si de l'eau est mise sur de la semence » (Lévitique 11,38) demande que le mouillage agrée à l'homme, ce qui n'est pas le cas ici.

7
וְאִם בִּשְׁבִיל שֶׁיֻּודְחוּ יָדָיו — יָדָיו טְהוֹרוֹת, וְהַפֵּירוֹת הֲרֵי הֵן ב״כי יֻותַּן״.

Et s'il les a tendues afin que ses mains soient rincées — ses mains sont pures, et les fruits, eux, sont dans le cas de « ki youtan ».

📜 Rachi (1)
וְאִם בִּשְׁבִיל שֶׁיֻּודְחוּ יָדָיו נִתְכַּוֵּון לִיטֹּול פֵּירוֹת הֲרֵי הוּא בְּכִי יֻותַּן וּמְקַבְּלִין טֻומְאָה מֵעַכְשָׁיו וְכֵיוָן דְּנִתְכַּווֵּן לְהַדִּיחַ יָדָיו גַּלִּי דַּעְתֵּיהּ דְּנִיחָא לֵיהּ בְּהַךְ נְפִילָה שֶׁעַל יָדֶיהָ הֵדִיחַ יָדָיו:
Il avait l'intention de prendre les fruits : les voici dans le cas de « ki youtan » et ils reçoivent désormais l'impureté ; car du moment qu'il a eu l'intention de rincer ses mains, il a manifesté que cette eau lui agrée, puisque c'est par elle qu'il a rincé ses mains.
💡 Explication

Le second membre de la michna éclaire le premier. Si l'homme voulait aussi rincer ses mains, le mouillage des fruits lui agrée et ceux-ci deviennent aptes à contracter l'impureté. Dans les deux cas, ses mains sont pures : le statut de ses mains ne dépend donc pas de son intention, ce qui établit la thèse de Rav Nahman pour les houlin.

8
אֵיתִיבֵיהּ רַבָּה לְרַב נַחְמָן: הַטּוֹבֵל לְחֻולִּין וְהֻוחְזַק לְחֻולִּין — אָסוּר לְמַעֲשֵׂר. הֻוחְזַק — אִין, לֹא הֻוחְזַק — לֹא!

Rabba a objecté à Rav Nahman depuis notre michna : celui qui s'immerge en vue des houlin et qui s'est établi (houhzak) dans un statut de pureté pour les houlin reste interdit pour le maasser. S'il s'est établi — oui ; s'il ne s'est pas établi — non !

📜 Rachi (1)
הֻוחְזַק אִין אִם נִתְכַּווֵּן הוּא דְּהָוְיָא טְבִילָה לְחֻולִּין:
C'est seulement s'il en a eu l'intention que la tevila vaut pour les houlin.
💡 Explication

Rabba retourne contre Rav Nahman la michna du chapitre. Elle parle de celui qui « s'est établi » pour les houlin, formule qui laisse entendre que, sans cette intention, sa tevila ne vaudrait même pas pour les houlin. L'intention serait donc requise jusque pour les aliments profanes.

9
הָכִי קָאָמַר: אַף עַל פִּי שֶׁהֻוחְזַק לְחֻולִּין — אָסוּר לְמַעֲשֵׂר.

Voici ce que la michna dit : bien qu'il se soit établi pour les houlin, il reste interdit pour le maasser.

💡 Explication

Rav Nahman refuse l'inférence. La michna n'enseigne pas une condition mais une limite : l'intention formée pour les houlin, si valable soit-elle à leur égard, ne fait pas monter l'homme d'un degré vers le maasser.

10
אַיְּתִיבֶיהָ: טָבַל וְלֹא הֻוחְזַק — כְּאִילּוּ לֹא טָבַל, מַאי לַָאו — כְּאִילּוּ לֹא טָבַל כְּלָל?

Il lui a objecté : « il s'est immergé sans s'établir — c'est comme s'il ne s'était pas immergé ». N'est-ce pas : comme s'il ne s'était pas immergé du tout ?

📜 Rachi (1)
טֶבֶל וְיָצָא וְעָלָה מִן הַמַּיִם:
Il s'est immergé, puis est sorti et remonté de l'eau.
💡 Explication

Seconde objection, tirée de la suite de la michna. Si la tevila faite sans intention est tenue pour nulle, elle devrait l'être entièrement, houlin compris.

11
לֹא, כְּאִילּוּ לֹא טָבַל לְמַעֲשֵׂר, אֲבָל טָבַל לְחֻולִּין. הוּא סָבַר דַּחוֹיֵי קָא מְדַחֵי לֵיהּ. נְפַק דָּק וְאַשְׁכַּח דְּתַנְיָא: טֶבֶל וְלֹא הֻוחְזַק — אָסוּר לַמַּעֲשֵׂר וּמֻותָּר לַחֻולִּין.

Non : comme s'il ne s'était pas immergé pour le maasser, mais il s'est bien immergé pour les houlin. Rabba pensait que Rav Nahman ne faisait qu'écarter son objection.

Il est alors sorti, a examiné les sources et a trouvé qu'une baraita enseigne : s'il s'est immergé sans s'établir — il est interdit pour le maasser et permis pour les houlin.

🗂️ Tossefot (1)
לֹא כְּאִילּוּ לֹא טָבַל לְמַעֲשֵׂר. וּרְבוּתָא דְּמַתְנִי' מִשּׁוּם חֻולִּין הָוְיָא דִּמְהַנְּיָא אַף בְּלֹא כַּוָּונָה דְּאִי מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר אַף כִּי הֻוחְזַק לְחֻולִּין קָתָנֵי רֵישָׁא דְּלָא מְהַנֵּי הָר"ר אֶלְחָנָן וְעוֹד י"ל דְּאִי מִשּׁוּם רֵישָׁא הָיִיתִי אוֹמֵר דִּטְפֵי עָדִיף לֹא הֻוחְזַק כְּלָל לְמַעֲשֵׂר מֵהֻוחְזֵק לְחֻולִּין דְּהָא עָקַר דַּעְתּוֹ לְגַמְרֵי מִמַּעֲשֵׂר:
« Non : comme s'il ne s'était pas immergé pour le maasser. » L'élément nouveau de la michna porte sur les houlin, pour lesquels la tevila vaut même sans intention ; car s'il s'agissait du maasser, le début de la michna enseigne déjà que même celui qui s'est établi pour les houlin n'obtient rien pour le maasser — ainsi Rabbenou Elhanan. On peut ajouter que, si l'on ne disposait que du début de la michna, j'aurais pu dire que celui qui ne s'est établi pour rien du tout se trouve, à l'égard du maasser, en meilleure position que celui qui s'est établi pour les houlin, puisque ce dernier a entièrement détourné sa pensée du maasser.
💡 Explication

Rav Nahman restreint encore la portée de la michna : la nullité ne vaut que pour le maasser. Rabba croit d'abord à une réponse de circonstance, faite seulement pour écarter l'objection ; il va vérifier dans les baraitot et en trouve une qui énonce exactement la distinction de Rav Nahman. La thèse est établie : les houlin se purifient sans kavana, le maasser non.

12
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: טָבַל וְעָלָה — מַחְזִיק עַצְמוֹ לְכֹל מַה שֶּׁיִּרְצֶה.

Rabbi Elazar a dit : s'il s'est immergé puis est remonté, il peut s'établir dans la pureté pour tout ce qu'il voudra.

🗂️ Tossefot (1)
טָבַל וְעָלָה כו'. וְעוֹדֶנּוּ לַח וּבְכַמָּה סְפָרִים כְּתִיב בְּהֶדְיָא לַח:
« Il s'est immergé et est remonté, etc. » : alors qu'il est encore humide ; dans plusieurs livres, le mot « humide » est écrit explicitement.
💡 Explication

Nouvelle question : à quel instant l'intention doit-elle être formée ? Rabbi Elazar n'exige pas qu'elle accompagne l'immersion elle-même ; un homme sorti de l'eau peut encore décider à quel usage sa tevila servira. Les Tossefot précisent qu'il s'agit du moment où il est encore humide.

13
מֵיתִיבִי: עוֹדֵהוּ רַגְלוֹ אַחַת בַּמַּיִם, הֻוחְזַק לְדָבָר קַל — מַחְזִיק עַצְמוֹ לְדָבָר חָמוּר, עָלָה — שׁוּב אֵינוֹ מַחֲזִיק.

On objecte : tant qu'un de ses pieds est encore dans l'eau, s'il s'est établi pour une chose légère, il peut s'établir pour une chose grave ; s'il est remonté — il ne peut plus s'établir.

📜 Rachi (1)
מַחֲזִיק עַצְמוֹ בִּטְבִילָה שֶׁטָּבַל כְּבָר לְכָל מַה שֶׁיִּרְצֶה:
Par l'immersion qu'il a déjà accomplie, pour tout ce qu'il voudra.
💡 Explication

La baraita semble contredire Rabbi Elazar : elle place la sortie de l'eau comme terme au-delà duquel plus aucune intention n'est recevable. La chose légère désigne un degré inférieur comme les houlin, la chose grave un degré supérieur comme le maasser ou la terouma.

14
מַאי לַָאו — אֵינוֹ מַחֲזִיק כְּלָל!

N'est-ce pas : il ne peut plus s'établir du tout !

📜 Rachi (2)
מַאי לָאו אֵינוֹ מַחְזִיק כְּלָל כְּלוֹמַר בֵּין שֶׁהֶחֱזִיק עַצְמוֹ בִּשְׁעַת טְבִילָה בְּדָבָר קַל בֵּין שֶׁלֹּא הֶחֱזִיק עַצְמוֹ לִכְלוּם שׁוּב אֵינוֹ מַחֲזִיק:
C'est-à-dire : qu'il se soit établi au moment de l'immersion pour une chose légère ou qu'il ne se soit établi pour rien, il ne peut plus s'établir ensuite.
אִם לֹא הֻוחְזַק לְשׁוּם דָּבָר שֶׁטֶּבֶל סְתָם מַחֲזִיק לְכָל מַה שֶׁיִּרְצֶה אֲבָל אִם הֻוחְזַק לְקַל אֵינוֹ מֻוחְזָק לְחָמוּר דְּהָא אִינְּתִיק לֵיהּ לְדָבָר קַל:
S'il ne s'est établi pour rien, s'étant immergé sans intention déterminée, il peut s'établir pour tout ce qu'il voudra ; mais s'il s'est établi pour une chose légère, il ne peut plus s'établir pour une chose grave, puisque son immersion a déjà été fixée sur la chose légère.
15
לֹא: עוֹדֵהוּ, אַף עַל פִּי שֶׁהֻוחְזַק — מַחֲזִיק, עָלָה, אִם לֹא הֻוחְזַק — מַחֲזִיק, וְאִם הֻוחְזַק — אֵינוֹ מַחֲזִיק.

Non : tant qu'il est encore dans l'eau, même s'il s'était déjà établi, il peut encore s'établir ; s'il est remonté, alors s'il ne s'était pas établi, il peut s'établir, et s'il s'était établi, il ne peut plus s'établir.

💡 Explication

La réponse distingue trois états et réconcilie la baraita avec Rabbi Elazar. Tant qu'un pied reste dans l'eau, l'immersion n'est pas achevée et l'intention demeure modifiable. Une fois l'homme sorti, tout dépend de ce qu'il avait fait : une intention déjà formée fixe la tevila et interdit de la faire servir à un degré supérieur ; une immersion faite sans aucune intention reste disponible.

🖼️ Schéma
Trois états, trois réponses : peut-il encore fixer l'usage de sa tevila ? Un pied encore dans l'eau Il avait fixé une chose légère (les houlin). Il peut encore fixer une chose grave (le maasser). L'immersion n'est pas achevée. Remonté, rien n'avait été fixé Il s'était immergé sans intention déterminée. Il peut s'établir pour tout ce qu'il voudra. C'est le cas de Rabbi Elazar. Remonté après avoir fixé Il avait fixé une chose légère puis il est sorti de l'eau. Il ne peut plus passer à une chose grave. Son immersion est déjà fixée.
Les trois états distingués par la guemara et la réponse donnée à chacun.
16
מַאן תַּנָּא עוֹדֵהוּ רַגְלוֹ אַחַת בַּמַּיִם? אָמַר רַבִּי פְּדָת: רַבִּי יְהוּדָה הִיא. דִּתְנַן: מִקְוֶה שֶׁנִּמְדַּד וְיֵשׁ בּוֹ אַרְבָּעִים סְאָה מְכֻווָּנוֹת, וְיָרְדוּ שְׁנַיִם וְטָבְלוּ זֶה אַחַר זֶה — הָרִאשׁוֹן טָהוֹר, וְהַשֵּׁנִי טָמֵא. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אִם הָיוּ רַגְלָיו שֶׁל רִאשׁוֹן נוֹגְעוֹת בַּמַּיִם — אַף הַשֵּׁנִי טָהוֹר.

Quel tana a enseigné « tant qu'un de ses pieds est encore dans l'eau » ? Rabbi Pedat a dit : c'est Rabbi Yehouda.

Car nous avons appris (Mikvaot 7,6) : un mikvé que l'on a mesuré et qui contient quarante sea exactes, et deux hommes y sont descendus et s'y sont immergés l'un après l'autre — le premier est pur et le second impur. Rabbi Yehouda a dit : si les pieds du premier touchaient encore l'eau, le second aussi est pur.

📜 Rachi (2)
מַאן תְּנָא דְּמִשּׁוּם עוֹדֶנּוּ בְּמַיִם חֲשִׁיב לֵיהּ כִּתְחִילַּת טְבִילָה ואע"פ שֶׁהֻוחְזַק מַחֲזִיק:
Qui tient que, du fait qu'il est encore dans l'eau, on le considère comme au commencement de son immersion, de sorte que même s'il s'est déjà établi il peut encore s'établir.
וְהַשֵּׁנִי טָמֵא שֶׁהֲרֵי חָסֵר הַשִּׁיעוּר בְּמַיִם שֶׁעַל הָרִאשׁוֹן:
Car la mesure requise manque désormais, à hauteur de l'eau restée sur le premier.
💡 Explication

D'où vient l'idée qu'un pied dans l'eau suffit à prolonger l'immersion ? Rabbi Pedat la rattache à Rabbi Yehouda, à partir d'une michna de Mikvaot. Le mikvé contient tout juste quarante sea ; le premier homme emporte en sortant un peu d'eau sur son corps, et la mesure n'est plus atteinte pour le second.

Rabbi Yehouda répond par le goud ahit : tant que les pieds du premier touchent l'eau, l'eau restée sur lui est tenue pour redescendue dans le mikvé, et la mesure demeure entière.

🖼️ Schéma
Le mikvé de quarante sea exactes et les deux hommes Les Sages il manque désormais la mesure premier pur second : impur Le premier emporte de l'eau sur son corps en sortant. Rabbi Yehouda la mesure est tenue pour entière premier second : pur Ses pieds touchent encore l'eau : goud ahit, l'eau redescend.
Le mikvé de quarante sea exactes : pourquoi le second devient impur, et ce que change le pied du premier resté dans l'eau.
17
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: מַחֲלֹוקֶת בְּמַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן, אֲבָל מִטֻּומְאָה לְטָהֳרָה — דִּבְרֵי הַכֹּל אַף הַשֵּׁנִי טָמֵא. וְהַיְינוּ דְּרַבִּי פְּדָת.

Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouha : la controverse porte sur les maalot (degrés de rigueur) institués par les Sages ; mais pour passer de l'impureté à la pureté, tous s'accordent que le second aussi est impur. Et telle est bien la position de Rabbi Pedat.

📜 Rachi (2)
מַחֲלֹוקֶת דְּרַבִּי יְהוּדָה וְרַבָּנָן כְּשֶׁהָיְתָה טְבִילָתוֹ בִּשְׁבִיל אַחַת מִמַּעֲלוֹת שֶׁל חֲכָמִים כְּגוֹן הָאוֹנֵן וְהַמְחֻוסָּר כִּפּוּרִים שֶׁצְּרִיכִין טְבִילָה לַקֹּודֶשׁ וְאֵינוֹ טָמֵא טֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא בְּהַהִיא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה דִּמְהַנֵּי לֵיהּ רַגְלָיו שֶׁל רִאשׁוֹן נוֹגְעוֹת בַּמַּיִם דְּאָמְרִינַן גּוּד אַחִית מַיִם שֶׁעָלָיו כְּאִילּוּ הֵן בַּמִּקְוֶה:
La controverse de Rabbi Yehouda et des Sages porte sur le cas où l'immersion avait lieu pour l'un des degrés de rigueur institués par les Sages, par exemple l'onen (l'endeuillé du premier jour) ou le mehoussar kippourim (celui à qui manquent encore ses offrandes), qui ont besoin d'une immersion pour le kodech sans être atteints d'une impureté de la Tora. C'est dans ce cas que Rabbi Yehouda dit qu'il est efficace que les pieds du premier touchent encore l'eau, car nous disons goud ahit : l'eau qui se trouve sur lui est comme si elle était dans le mikvé.
וְהַייְנוּ דְּרַבִּי פְּדָת דְּאוֹקֵי לְעֵיל הָא דְּעוֹדֵיהוּ כְּרַבִּי יְהוּדָה וְלֹא כְּרַבָּנַן אַלְמָא לְרַבָּנָן אַפֵּי' לְגַבֵּי מַעֲלוֹת לָא מְהַנֵּי עוֹדֵיהוּ דְּהָא חֲזָקָה דְּאָמַר הֻוחְזַק לְקַל אָסוּר לְחָמוּר מַעֲלוֹת נִינְהוּ:
Car il a établi plus haut que la baraita « tant qu'il est encore dans l'eau » suit Rabbi Yehouda et non les Sages. Il apparaît donc que, pour les Sages, même s'agissant des maalot, le fait d'être encore dans l'eau ne sert de rien ; car ces établissements de statut — s'il s'est établi pour une chose légère, il lui est interdit de passer à une chose grave — relèvent précisément des maalot.
💡 Explication

Rav Nahman circonscrit la controverse. Rabbi Yehouda n'admet le goud ahit que lorsque l'immersion est requise par un maalot rabbinique — le cas de l'onen ou du mehoussar kippourim, purs selon la Tora mais tenus de s'immerger pour le kodech. Pour une impureté de la Tora, tous reconnaissent que le second reste impur.

Cette version s'accorde avec Rabbi Pedat : la baraita du pied dans l'eau, qui concerne précisément des degrés rabbiniques, ne peut être que de Rabbi Yehouda.

18
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: מַחֲלֹוקֶת מִטֻּומְאָה לְטָהֳרָה, אֲבָל בְּמַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן — דִּבְרֵי הַכֹּל אַף הַשֵּׁנִי טָהוֹר. וּפְלִיגָא דְּרַבִּי פְּדָת.

Certains rapportent ainsi : Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouha : la controverse porte sur le passage de l'impureté à la pureté ; mais pour les maalot institués par les Sages, tous s'accordent que le second aussi est pur. Et cette version s'oppose à la position de Rabbi Pedat.

📜 Rachi (1)
אִיכָּא דְאָמְרִי כּוּ' הָכָא גָּרְסִי' וּפְלִיגָא דָּר' פְּדָת דְּאִילּוּ לְרַב נַחְמָן הָא דְּעוֹדֵיהוּ הֻוחְזַק לְקַל הֻוחְזַק לְחָמוּר דִּבְרֵי הַכֹּל הוּא דְּהָא לָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דר"י אֶלָּא מִטֻּומְאָה דְּאוֹרָייְתָא לְטָהֳרָה:
Ici nous lisons « et cette version s'oppose à Rabbi Pedat » : car selon Rav Nahman, la baraita « tant qu'il est encore dans l'eau, s'il s'est établi pour une chose légère il peut s'établir pour une chose grave » fait l'unanimité, les Sages ne contestant Rabbi Yehouda que pour le passage d'une impureté de la Tora à la pureté.
💡 Explication

La seconde version renverse la répartition. La divergence entre Rabbi Yehouda et les Sages ne concerne que l'impureté de la Tora ; pour les degrés rabbiniques, tous admettent que le pied dans l'eau prolonge l'immersion.

Elle contredit donc Rabbi Pedat : la baraita du pied dans l'eau ne trahit plus la main de Rabbi Yehouda, puisqu'elle ferait l'unanimité.

🖼️ Schéma
Les deux versions de Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouha Première version Objet de la controverse : les maalot institués par les Sages. Unanimité pour l'impureté de la Tora : le second est impur. Rapport à Rabbi Pedat : accord - seul Rabbi Yehouda tient que le pied dans l'eau prolonge l'immersion. Seconde version Objet de la controverse : le passage de l'impureté à la pureté. Unanimité pour les maalot : le second est pur. Rapport à Rabbi Pedat : désaccord - la baraita du pied dans l'eau fait alors l'unanimité et n'est plus la seule voix de R. Yehouda.
Ce que chaque version fait porter à la controverse, et le rapport de chacune à la thèse de Rabbi Pedat.
19
אָמַר עֻולָּא, בָּעֵי מִינֵּיהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן: לְרַבִּי יְהוּדָה, מַהוּ לְהַטְבִּיל מְחָטִין וְצִינּוֹרִיּוֹת בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן?

Oulla a dit : j'ai demandé à Rabbi Yo'hanan : selon Rabbi Yehouda, qu'en est-il d'immerger des aiguilles et des tsinorot (crochets très fins) sur la tête du premier ?

📜 Rachi (2)
צִינּוֹרוֹת שֶׁטּוֹוִין בּוֹ זָהָב וְעִשּׂוּיַן כְּמִין מַזְלֵג קָטָן מְאֹד:
Des instruments avec lesquels on file l'or ; ils sont faits comme une toute petite fourche.
בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן בְּעוֹדוֹ בְּמַיִם:
Tant qu'il est encore dans l'eau.
💡 Explication

Dernière sougya du folio. Si l'homme encore dans l'eau prolonge le mikvé vers le bas, le prolonge-t-il aussi vers le haut ? Oulla pose la question sous une forme concrète : pourrait-on immerger valablement de petits ustensiles posés sur la tête mouillée du premier ?

20
גּוּד אַחֵית אִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה, גּוּד אַסֵּיק לֵית לֵיהּ, אוֹ דִּלְמָא: גּוּד אַסֵּיק נָמֵי אִית לֵיהּ?

Rabbi Yehouda admet-il le goud ahit (tirer la cloison vers le bas) sans admettre le goud assik (la tirer vers le haut), ou bien admet-il aussi le goud assik ?

💡 Explication

La question est formulée avec les deux fictions de continuité. Le goud ahit tient l'eau posée sur le corps pour redescendue dans le mikvé : c'est ce qui sauve la mesure des quarante sea. Le goud assik ferait au contraire monter l'eau du mikvé jusqu'à la tête de l'homme, qui deviendrait lui-même un prolongement du bassin.

21
אֲמַר לֵיהּ, תַּנִּיתוּהָ: שָׁלֹשׁ גְּמָמִיּוֹת בַּנַּחַל, הָעֶלְיוֹנָה, הַתַּחְתּוֹנָה וְהָאֶמְצָעִית; הָעֶלְיוֹנָה וְהַתַּחְתּוֹנָה שֶׁל עֶשְׂרִים עֶשְׂרִים סְאָה, וְהָאֶמְצָעִית שֶׁל אַרְבָּעִים סְאָה, וְחַרְדָּלִית שֶׁל גְּשָׁמִים עוֹבֶרֶת בֵּינֵיהֶן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מֵאִיר הָיָה אוֹמֵר: מַטְבִּיל בָּעֶלְיוֹנָה.

Il lui a dit : vous l'avez appris (Tossefta Mikvaot 3,3) : trois cavités dans un torrent, la supérieure, l'inférieure et la médiane ; la supérieure et l'inférieure contiennent vingt sea chacune, la médiane quarante sea, et un hardalit d'eaux de pluie passe entre elles. Rabbi Yehouda dit : Meir, lui, disait qu'on immerge dans la supérieure.

📜 Rachi (2)
גְּמָמִיּוֹת גֻּומּוֹת בְּנַחַל שִׁיפּוּלֵי הָרִים שֶׁקּוֹרִין וולור"א בְּלַעַ"ז וְכֵן נַחַל אֵיתָן נַחַל אַרְנוֹן תַּחְתּוֹנָה עֶלְיוֹנָה וְאֶמְצָעִית שֶׁנַּחַל מִדְרוֹן מְשֻׁופָּע הוּא:
Des creux dans un torrent, au pied des montagnes, que l'on appelle volure en langue vulgaire ; de même « torrent permanent », « torrent de l'Arnon ». Inférieure, supérieure et médiane, car un torrent descend en pente.
עוֹבֶרֶת בֵּינֵיהֶן וּמְחַבַּרְתָּן:
Et il les relie.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan répond par une tossefta. Trois creux échelonnés dans le lit d'un torrent, reliés par un ruissellement de pluie : seule la cavité médiane contient les quarante sea requises. Autoriser l'immersion dans la cavité supérieure revient à faire monter jusqu'à elle la mesure de la médiane, c'est-à-dire à admettre le goud assik.

Comme Rabbi Yehouda rapporte l'avis de Rabbi Meir sans le contester, on en déduit qu'il l'accepte.

🖼️ Schéma
Les trois cavités du torrent reliées par un hardalit supérieure : 20 sea médiane : 40 sea inférieure : 20 sea hardalit d'eaux de pluie Immerger dans la supérieure revient à faire monter les 40 sea de la médiane jusqu'à elle : c'est le goud assik. Rabbi Yehouda rapporte l'enseignement de Rabbi Meir sans le contester : il admettrait donc le goud assik.
Les trois cavités du torrent : immerger dans la supérieure suppose que la mesure de la médiane monte jusqu'à elle.
22
וְהָתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר:

Mais n'a-t-on pas enseigné : Rabbi Yehouda dit :

🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מֵאִיר הָיָה אוֹמֵר מַטְבִּילִין בָּעֶלְיוֹנָה. ל"ג רַשִׁ"י מִכְּלָל דר"י כו' וְהָכִי פֵּירֵשׁ מַטְבִּילִין בָּעֶלְיוֹנָה מִטַּעַם גּוּד אַסִּיק וכ"ש גּוּד אַחִית וְלָא פְּלִיג עֲלֵיהּ רַבִּי יְהוּדָה מִדְּלָא קָתָנֵי לֵיהּ וַאֲנִי חוֹלֵק עָלָיו וְהָא תַּנְיָא רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר בֵּין בָּעֶלְיוֹנָה בֵּין בַּתַּחְתּוֹנָה וַאֲנִי אוֹמֵר בַּתַּחְתּוֹנָה וְלֹא בָּעֶלְיוֹנָה וְכוּ' וְלָשׁוֹן הַכָּתוּב בַּסְּפָרִים אֵין לְהַעֲמִידָהּ דא"כ מַתְנְיָיתָא קַשְׁיָין אַהֲדָדֵי וּמַאי חָזֵית דְּצָיֵית לְבָתְרָייָתָא כָּל זֶה פרש"י. וּמִיהוּ יֵשׁ לְיַישֵּׁב גִּירְסַת הַסְּפָרִים וְכֵן הִיא הַצָּעַת הַגַּי' בפר"ח ר' יְהוּדָה אוֹמֵר ר' מֵאִיר הָיָה אוֹמֵר בַּתַּחְתּוֹנָה וְלֹא בָּעֶלְיוֹנָה דְּאִית לֵיהּ גּוּד אַחִית וְלֹא גּוּד אַסִּיק מִכְּלָל דְּר' יְהוּדָה אִית לֵיהּ גּוֹד אַסִּיק דְּמִדְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר מַשְׁמַע דְּאֵין הוּא מוֹדֶה לוֹ וּפָרִיךְ וְהָתַנְיָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר ר"מ אוֹמֵר בֵּין בַּתַּחְתּוֹנָה בֵּין בָּעֶלְיוֹנָה וַאֲנִי אוֹמֵר בַּתַּחְתּוֹנָה וְלֹא בָּעֶלְיוֹנָה אַלְמָא לֵית לֵיהּ גּוּד אַסֵּיק וּמַתְנִי' אַהֲדָדֵי לָא קַשְׁיָין דְּקַמָּייְתָא דר"י אוֹמֵר מֵאִיר אוֹמֵר וְלֹא בָּעֶלְיוֹנָה הַייְנוּ לְפִי דַּעְתּוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה אֲבָל לִסְבָרָא שֶׁל ר"מ אַף בָּעֶלְיוֹנָה. בְּשֵׁם מוֹרִי:
« Rabbi Yehouda dit : Meir disait qu'on immerge dans la supérieure. » Rachi ne lit pas « il en ressort que Rabbi Yehouda, etc. », et il explique ainsi : on immerge dans la supérieure en vertu du goud assik, et à plus forte raison du goud ahit ; et Rabbi Yehouda ne le conteste pas, puisqu'il n'ajoute pas « et moi je le conteste ». Or il est enseigné : Rabbi Meir dit, aussi bien dans la supérieure que dans l'inférieure, et moi je dis dans l'inférieure et non dans la supérieure, etc. Quant à la version écrite dans les livres, on ne peut la maintenir, car les deux baraitot se contrediraient, et qu'est-ce qui autoriserait alors à suivre la seconde ? Tout ceci est l'explication de Rachi. On peut cependant défendre la version des livres, et c'est ainsi que le commentaire de Rabbenou Hananel la présente : Rabbi Yehouda dit que Rabbi Meir disait « dans l'inférieure et non dans la supérieure », car il admet le goud ahit et non le goud assik — d'où il ressort que Rabbi Yehouda, lui, admet le goud assik ; car du fait qu'il dit « Rabbi Meir dit », on comprend qu'il ne lui accorde pas. Et la guemara objecte : mais il est enseigné « Rabbi Yehouda dit : Rabbi Meir dit, aussi bien dans l'inférieure que dans la supérieure, et moi je dis dans l'inférieure et non dans la supérieure » — il apparaît donc qu'il n'admet pas le goud assik. Les deux baraitot ne se contredisent pourtant pas : dans la première, lorsque Rabbi Yehouda rapporte que Meir enseignait « et non dans la supérieure », c'est selon sa propre opinion à lui ; mais selon le raisonnement de Rabbi Meir, même dans la supérieure. Au nom de mon maître.
💡 Explication

Oulla oppose aussitôt une autre baraita, dont la suite se lit au folio suivant : Rabbi Yehouda y refuse la cavité supérieure, donc le goud assik. Les Tossefot rapportent la lecture de Rachi, qui corrige le texte, et celle de Rabbenou Hananel, qui défend la version des livres en distinguant l'avis propre de Rabbi Yehouda du raisonnement qu'il prête à Rabbi Meir.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).