Chagigah 20a — Les houlin faits sur la pureté du kodech, et la garde de la pureté : l'attention et son relâchement

Chagigah 20a

Sougya : Le folio se partage en deux. La première moitié achève la question ouverte au folio précédent : les houlin (aliments profanes) qu'un homme a préparés en observant la pureté exigée pour le kodech (les offrandes) forment-ils un degré de pureté distinct ?

La guemara essaie d'abord un argument du silence de la michna, le repousse, puis tire sa preuve de la fin de la michna, où Yo'hanan ben Goudgueda mange toute sa vie sur la pureté du kodech et où son linge n'est déclaré midras que pour la hatat. La seconde moitié ouvre une sougya nouvelle sur la chemira, la garde de la pureté : Rabbi Yonatan ben Elazar, Rabbi Yonatan ben Amram et Rabbi Elazar bar Tsadok rapportent trois cas où une erreur sur l'identité de l'objet rend celui-ci impur.

Rabbi Ochaya objecte par le pain d'orge et par la baraita de la jarre, ce qui conduit Rabbi Yirmeya et Ravina à la notion de garde partielle : on peut garder un objet de ce qui le rend impur sans le garder de ce qui l'invalide. La difficulté demeure, deux récits de Rabbi Ichmael montrent le prix de l'intention de garde, et Rabbi Yo'hanan tranche par une présomption : un homme ne garde pas ce qui se trouve dans la main d'autrui.

Chagigah 20a - les deux moitiés du folio 1. Segments 0 à 3 : quel rang pour les houlin faits sur la pureté du kodech ? Tentative de preuve : la michna n'enseigne aucun degré à leur sujet, donc ils sont compris dans le kodech Refus : le silence s'explique autrement - comme houlin (1er tana) ou comme terouma (R. Elazar be-r. Tsadok) Preuve retenue : le linge de Yo'hanan ben Goudgueda est midras pour la hatat seule, donc ses houlin = kodech 2. Segments 4 à 17 : la chemira (garde) et le hesseh ha-daat (relâchement de l'attention) Trois cas d'erreur sur l'identité de l'objet : impur Objection : le pain d'orge, et la jarre d'huile déclarée pure Réponse : garde partielle, contre ce qui rend impur seul Reste difficile (segment 11) Deux récits de Rabbi Ichmael : sans intention de garde, l'examen finit toujours par découvrir l'impureté qui avait échappé Rabbi Yo'hanan : hazaka - un homme ne garde pas ce qui est dans la main de son compagnon ; chaque cas se ramène à un hesseh ha-daat
Le folio en deux mouvements : le rang des houlin faits sur la pureté du kodech, puis la garde de la pureté et son relâchement.
Où placer les houlin faits sur la pureté du kodech ? L'échelle des quatre degrés de la michna (18b) houlin (profane) terouma kodech (offrandes) hatat (eaux de la vache) Chaque degré traite le vêtement du degré inférieur comme midras, impureté par pression. Trois positions sur les houlin préparés sur la pureté du kodech 1er tana : ils sont comme des houlin La déclaration de l'homme ne leur ajoute rien ; sa pensée est sans effet devant l'usage de tous. Rabbi Elazar be-rabbi Tsadok : ils sont comme de la terouma Un degré est gagné, mais il s'arrête à la terouma. Dans les deux cas, la michna n'avait pas à enseigner de rubrique nouvelle. La fin de la michna : ils sont comme du kodech Yo'hanan ben Goudgueda mange ses houlin sur la pureté du kodech ; son linge est midras pour la hatat seulement, et non pour le kodech. Il est donc déjà au rang du kodech. Nafka mina : de qui le linge est-il midras, et pour quel usage cet homme est-il réputé pur.
L'échelle des degrés de pureté et les trois manières de situer les houlin préparés sur la pureté du kodech.
La garde partielle : deux niveaux d'impureté, une seule garde Je l'ai gardée de ce qui la rend impure, et non de ce qui l'invalide Garde exercée : contre le metame Ce qui donne à l'objet une impureté assez forte pour en rendre d'autres impurs à leur tour. Résultat : l'objet ne transmet rien. La jarre est pure de rendre impur ; la pelle ne rend impurs ni la corbeille ni son contenu. Garde omise : contre le posseil Ce qui invalide seulement l'objet, sans lui donner le pouvoir de transmettre l'impureté. Résultat : l'objet est hors d'usage. Il est interdit de manger le contenu de la jarre ; la pelle est dite impure au sens de l'invalidité. Cas 1 - la jarre (Rabbi Yirmeya) Il la garde en la tenant pour du vin ; elle se révèle pleine d'huile. Pure de transmettre, interdite à la consommation. Cas 2 - la pelle dans la corbeille (Ravina) Il a la corbeille à l'esprit, non la pelle. Corbeille pure, pelle impure, et rien dans la corbeille n'est atteint par la pelle.
La garde peut ne couvrir qu'une moitié du risque : elle écarte l'impureté transmissible sans écarter la simple invalidité.
1
מִדְּלָא קָתָנֵי בְּהוּ מַעֲלָה.

Du fait que la michna n'enseigne à leur sujet aucun degré supplémentaire (maala).

📜 Rachi (1)
מִדְּלָא קָתָנֵי בְּהוּ מַעֲלָה לוֹמַר בִּגְדֵי פְּרוּשִׁין הָאוֹכְלִין חֻולֵּיהֶן בְּטָהֳרַת חֻולִּין מִדְרָס לְאוֹכְלֵי חֻולֵּיהֶן בְּטָהֳרַת הַקֹּודֶשׁ שְׁמַע מִינָּה בִּכְלַל קוֹדֶשׁ הֵן וְהָא תְּנָא לֵיהּ קוֹדֶשׁ:
C'est-à-dire : la michna aurait dû enseigner que les vêtements des peruchim, qui mangent leurs houlin (aliments profanes) sur la pureté des houlin, sont midras pour ceux qui mangent leurs houlin sur la pureté du kodech. Puisqu'elle ne l'enseigne pas, apprends-en qu'ils sont compris dans le kodech — et le kodech, elle l'a déjà enseigné.
💡 Explication

La michna du début du chapitre (18b) dresse une échelle : les vêtements d'un am ha-arets (un homme du peuple, non scrupuleux des lois de pureté) sont midras (impureté par pression, celle que transmet un zav en s'appuyant) pour les peruchim ; les vêtements des peruchim le sont pour ceux qui mangent la terouma ; et ainsi de suite jusqu'aux eaux de la hatat.

La guemara cherche à savoir si les houlin faits sur la pureté du kodech — des aliments profanes qu'un homme a préparés en observant la rigueur due aux offrandes — forment un échelon distinct. Premier argument : la michna ne leur consacre aucune rubrique ; s'ils formaient un degré propre, elle l'aurait dit. Le silence signifierait donc qu'ils sont déjà compris dans le kodech, lequel est enseigné.

2
וְדִלְמָא הַאי דְּלָא קָתָנֵי בְּהוּ מַעֲלָה, דְּאִי דָּמוּ לִתְרוּמָה — הָא תָּנֵי תְּרוּמָה, וְאִי דָּמוּ לְחֻולִּין — הָא תָּנֵי לְחֻולִּין. דִּתְנַן: חֻולִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טָהֳרַת הַקֹּודֶשׁ — הֲרֵי הֵן כְּחֻולִּין, רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי צָדוֹק אוֹמֵר: הֲרֵי הֵן כִּתְרוּמָה.

Et peut-être si la michna n'enseigne à leur sujet aucun degré, c'est que, s'ils sont semblables à la terouma (le prélèvement) — elle a déjà enseigné la terouma ; et s'ils sont semblables aux houlin (les aliments profanes) — elle a déjà enseigné les houlin. Comme nous avons appris : des houlin qui ont été faits sur la pureté du kodech — les voici comme des houlin ; Rabbi Elazar be-rabbi Tsadok dit : les voici comme de la terouma.

📜 Rachi (2)
דִּלְמָא אוֹ כְּחֻולִּין דָּמוּ דְּלָא מְהַנֵּי בְּהוּ מַאי דְּאָמַר הַאי גַּבְרָא דְּבָטְלָה דַּעְתּוֹ אוֹ כִּתְרוּמָה דָּמוּ דְּאִיכָּא תַּנָּאֵי דִּפְלִיגִי בְּמִילְּתָא כְּדִמְסַיֵּים וְאָזֵיל הִלְכָּךְ לָא תְּנָא בְּהוּ מַעֲלָה דְּאִי דָּמוּ לְחֻולִּין הָא תָּנֵי לֵיהּ חֻולִּין וְאִי דָּמוּ לִתְרוּמָה הָא תְּנַן לֵיהּ בְּמַתְנִיתִין תְּרוּמָה:
Ou bien ils sont semblables aux houlin, de sorte que ce que cet homme a déclaré ne leur sert de rien, sa pensée étant annulée devant celle de tous ; ou bien ils sont semblables à la terouma, car il existe des tanaim qui divergent sur la question, comme la guemara va le conclure. Dès lors la michna n'a pas enseigné de degré à leur sujet : s'ils ressemblent aux houlin, elle a déjà enseigné les houlin, et s'ils ressemblent à la terouma, elle a déjà enseigné la terouma dans notre michna.
דִּתְנַן כו' כְּלוֹמַר הָא אַשְׁכְּחַן תַּנָּאֵי דִּפְלִיגִי בָּהּ חַד אָמַר כְּחֻולִּין וְחַד אָמַר כִּתְרוּמָה אֲבָל כְּקוֹדֶשׁ לָא אָמְרִינַן:
C'est-à-dire : voici que nous trouvons des tanaim qui divergent là-dessus, l'un disant « comme des houlin » et l'autre « comme de la terouma » ; mais « comme du kodech », nul ne le dit.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי אֶלְעָזָר בְּר' צָדוֹק אוֹמֵר הֲרֵי הוּא כִּתְרוּמָה. הִקְשָׁה הָרַב ר' אֶלְחָנָן דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּנִדָּה (דַּף עא:) בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ אוֹמְרִים יוֹשֶׁבֶת עַל דָּם טָהוֹר מְעָרֶה מַיִם לְפֶסַח וְדָיֵיק בגמ' מְעָרָה אִין נוֹגֵעַ לָא אַלְמָא חֻולִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טָהֳרַת הַקֹּודֶשׁ כְּקֹודֶשׁ דָּמוּ וּמִנָּלֵיהּ דִּלְמָא דְּהָווּ כִּתְרוּמָה דִּטְבוּל יוֹם פּוֹסֵל תְּרוּמָה וְנִרְאֶה לְמוֹרִי דְּאִי כִּתְרוּמָה הָווּ אַפֵּי' תִּגַּע בָּהּ לָא הָוֵי אֶלָּא פּוֹסֵל דְּלָא הָוֵי לֵיהּ אֶלָּא שְׁלִישִׁי וְאֵין שְׁלִישִׁי בִּתְרוּמָה מְטַמֵּא רְבִיעִי בְּקוֹדֶשׁ שֶׁאֵין הַמַּיִם עוֹשִׂין בּוֹ רְבִיעִי וּקְצָת מַשְׁמַע כֵּן מִתּוֹךְ פרש"י ור"ת:
« Rabbi Elazar be-rabbi Tsadok dit : les voici comme de la terouma. » Le Rav Rabbi Elhanan a soulevé une difficulté : nous disons au dernier chapitre de Nidda (71b) qu'au début on enseignait « la femme qui siège sur du sang pur verse l'eau pour le Pessa'h », et la guemara en déduit : verser, oui ; toucher, non. Il apparaîtrait donc que des houlin faits sur la pureté du kodech sont comme du kodech. Mais d'où cela ? Peut-être sont-ils comme de la terouma, puisqu'un tevoul yom (celui qui s'est immergé et attend le coucher du soleil) invalide déjà la terouma. Il a paru à mon maître que, s'ils étaient comme de la terouma, même si elle y touchait elle ne ferait que l'invalider, car elle n'est qu'un troisième degré, et un troisième degré dans la terouma ne produit pas un quatrième degré dans le kodech, puisque l'eau n'y produit pas de quatrième degré. Cela ressort quelque peu de l'explication de Rachi et de celle de Rabbenou Tam.
💡 Explication

La guemara retire au silence de la michna sa force probante. Ce silence s'explique aussi bien si ces houlin ne constituent aucun degré nouveau : dans ce cas, ils tombent soit au rang des houlin ordinaires, soit au rang de la terouma, et l'un comme l'autre sont déjà enseignés.

La baraita citée montre précisément que les tanaim discutent entre ces deux rangs. Le premier tana tient que l'intention de l'homme n'élève pas ses aliments : sa décision privée ne pèse rien devant l'usage commun. Rabbi Elazar be-rabbi Tsadok leur accorde un échelon, mais s'arrête à la terouma. Personne n'y parle du rang du kodech.

3
אֶלָּא מִסֵּיפָא: יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר הָיָה חָסִיד שֶׁבַּכְּהֻונָּה, וְהָיְתָה מִטְפַּחְתּוֹ מִדְרָס לַקֹּודֶשׁ. יוֹחָנָן בֶּן גֻּודְגְּדָא הָיָה אוֹכֵל עַל טָהֳרַת הַקֹּודֶשׁ כָּל יָמָיו, וְהָיְתָה מִטְפַּחְתּוֹ מִדְרָס לַחַטָּאת.

Mais plutôt depuis la fin de la michna : Yossei ben Yoézer était le plus pieux de la prêtrise, et son linge était pourtant midras pour le kodech. Yo'hanan ben Goudgueda mangeait sur la pureté du kodech tous ses jours, et son linge était pourtant midras pour la hatat.

💡 Explication

La preuve est déplacée vers la dernière clause de la michna, qui compare deux hommes. Yossei ben Yoézer, le plus pieux des cohanim, ne dépassait pas le rang de la terouma : son linge restait midras pour qui mange du kodech. Yo'hanan ben Goudgueda, lui, mangeait ses houlin selon la rigueur du kodech, et son linge n'est déclaré midras que pour la hatat, l'échelon supérieur.

4
לְחַטָּאת אִין, לַקֹּודֶשׁ לָא. אַלְמָא קָסָבַר: חֻולִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טָהֳרַת קֹודֶשׁ כְּקֹודֶשׁ דָּמוּ.

Pour la hatat, oui ; pour le kodech, non. Il apparaît donc qu'il tient : des houlin faits sur la pureté du kodech sont comme du kodech.

💡 Explication

Le raisonnement se lit dans l'écart entre les deux formules. Si le linge de Yo'hanan ben Goudgueda n'est midras que pour la hatat, c'est qu'à l'égard du kodech il est déjà pur. Or il ne mangeait pas d'offrandes : il mangeait des houlin préparés sur la pureté du kodech. Ces houlin le placent donc bien au rang du kodech, ce qui répond à la question ouverte.

5
אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן אֶלְעָזָר: נָפְלָה מֵעַפְרָתוֹ הֵימֶנּוּ, אָמַר לַחֲבֵירוֹ: ״תְּנָה לִי״ וּנְתָנָהּ לוֹ — טְמֵאָה. אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן עַמְרָם: נִתְחַלְּפוּ לוֹ כֵּלִים שֶׁל שַׁבָּת בְּכֵלִים שֶׁל חוֹל וּלְבָשָׁן — נִטְמְאוּ.

Rabbi Yonatan ben Elazar a dit : si son écharpe (meaperet) lui est tombée et qu'il a dit à son compagnon « donne-la moi », et que celui-ci la lui a donnée — elle est impure. Rabbi Yonatan ben Amram a dit : si ses vêtements de Chabbat ont été intervertis avec ses vêtements de semaine et qu'il les a revêtus — ils sont devenus impurs.

📜 Rachi (4)
מֵעַפְרָתוֹ סוּדָר:
Un foulard.
טְמֵאָה וַאֲפִילּוּ זֶה טָהוֹר וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ טַעְמָא חֲזָקָה אֵין אָדָם מְשַׁמֵּר מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵירוֹ לְפִיכָךְ הוּא לֹא שְׁמָרָהּ בְּיַד חֲבֵירוֹ וְגַם זֶה שֶׁנְּתָנָהּ לוֹ לֹא הָיָה חָשׁ לְשָׁומְרָהּ דְּמֵימַר אָמַר כֵּיוָן שֶׁאָמַר לֵיהּ תנה לִי וְהוּא אֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם טָמֵא אֲנִי אִם טָהוֹר לֹא חָשׁ לְטָהֳרָתוֹ וְיֵשׁ כָּאן הֶיסַּח הַדַּעַת וְלַמַּחְמִירִין בִּטְהָרוֹת הָוֵי הֶיסַּח הַדַּעַת טֻומְאָה:
Et cela même si celui qui la lui rend est pur. Plus loin la guemara en donne la raison : c'est une présomption (hazaka) qu'un homme ne garde pas ce qui est dans la main de son compagnon. Lui-même ne l'a donc pas gardée tant qu'elle était dans la main de l'autre ; et celui qui la lui a rendue ne s'est pas soucié de la garder, car il se dit : puisqu'il me dit « donne-la moi » sans savoir si je suis pur ou impur, c'est qu'il ne tient pas à sa pureté. Il y a donc ici un relâchement de l'attention (hesseh ha-daat) ; et pour ceux qui sont rigoureux en matière de tohorot, le hesseh ha-daat vaut impureté.
כֵּלִים שֶׁל שַׁבָּת בְּכֵלִים שֶׁל חוֹל כְּסָבוּר לִיטֹּול בְּגָדָיו שֶׁל חוֹל וְנָטַל שֶׁל שַׁבָּת:
Il pensait prendre ses vêtements de semaine et a pris ceux de Chabbat.
נִטְמְאוּ קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ הַשְׁתָּא דִּסְבִירָא לֵיהּ מְשַׁמֵּר הַדָּבָר בְּחֶזְקַת שֶׁהוּא דָּבָר זֶה וְנִמְצָא שֶׁהוּא דָּבָר אַחֵר אֵינוֹ שָׁמוּר:
On pense pour l'instant qu'il tient ceci : celui qui garde une chose en la présumant être telle chose, alors qu'elle se trouve être une autre, ne l'a pas gardée.
💡 Explication

Une sougya nouvelle s'ouvre, consacrée à la chemira, la garde active de la pureté. Pour les hommes qui se tiennent aux tohorot, un objet n'est réputé pur que tant qu'une attention le couvre ; l'interruption de cette attention, le hesseh ha-daat, vaut à elle seule impureté.

Les deux enseignements décrivent un même accident : l'homme croyait garder une chose et en gardait une autre. L'écharpe passe par la main d'un tiers ; les vêtements portés ne sont pas ceux qu'il pensait revêtir. Dans les deux cas la garde portait à côté de son objet.

🖼️ Schéma
Trois cas d'erreur sur l'identité de l'objet garde R. Yonatan ben Elazar Son écharpe tombe ; il dit à son compagnon : donne-la moi. L'objet passe dans la main d'un autre. Impure R. Yonatan ben Amram Ses vêtements de Chabbat sont pris pour ceux de semaine, et il les revêt en croyant porter autre chose. Impurs R. Elazar bar Tsadok Deux femmes haverot échangent leurs vêtements au bain ; Rabbi Akiva tranche quand l'affaire vient devant lui. Impurs Le point commun cherché par la guemara Dans les trois cas, l'homme croyait garder une chose et en gardait une autre. La guemara demandera si l'erreur suffit, ou s'il faut y lire chaque fois un véritable hesseh ha-daat, un abandon de l'attention.
Les trois cas d'erreur sur l'identité de l'objet garde, et la question qu'ils posent en commun.
6
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק: מַעֲשֶׂה בִּשְׁתֵּי נָשִׁים חֲבֵירוֹת שֶׁנִּתְחַלְּפוּ לָהֶן כְּלֵיהֶן בְּבֵית הַמֶּרְחָץ, וּבָא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי רַבִּי עֲקִיבָא וְטִימְּאָן.

Rabbi Elazar bar Tsadok a dit : il arriva que les vêtements de deux femmes haverot furent intervertis à la maison de bains ; l'affaire vint devant Rabbi Akiva, et il les déclara impurs.

💡 Explication

Un troisième cas, tiré cette fois d'un fait jugé. Les deux femmes sont haverot, épouses de gens scrupuleux des tohorot ; aucune impureté extérieure n'est intervenue, seulement l'échange involontaire des vêtements. Rabbi Akiva les déclare pourtant impurs, ce qui fait de l'erreur elle-même un motif suffisant.

7
מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: אֶלָּא מֵעַתָּה, הוֹשִׁיט יָדוֹ לַסַּל לִיטּוֹל פַּת חִטִּין וְעָלְתָה בְּיָדוֹ פַּת שְׂעוֹרִים, הָכִי נָמֵי דְּנִטְמֵאת?

Rabbi Ochaya l'attaque : s'il en est ainsi, celui qui a tendu la main vers la corbeille pour prendre un pain de froment et qu'est monté dans sa main un pain d'orge — là aussi il serait devenu impur ?

💡 Explication

L'objection porte sur l'ampleur du principe. Si la moindre erreur d'identité suffit, alors la plus banale des méprises domestiques rendrait impur ce qu'on touche. Rabbi Ochaya montre par là que l'erreur seule ne peut pas être le critère : il faudra trouver dans chaque cas un véritable abandon de l'attention.

8
וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי — וְהָתַנְיָא: הַמְשַׁמֵּר אֶת הֶחָבִית בְּחֶזְקַת שֶׁל יַיִן וְנִמְצֵאת שֶׁל שֶׁמֶן — טְהוֹרָה מִלְּטַמֵּא! וּלְטַעְמִיךְ, אֵימָא סֵיפָא: וַאֲסוּרָה מִלֶּאֱכֹול. אַמַּאי?

Et si tu dis : en effet, il en va bien ainsi — mais n'a-t-on pas enseigné : celui qui garde une jarre en la tenant pour une jarre de vin, et qu'elle se trouve être d'huile — elle est pure de rendre impur ! Et selon ton raisonnement, dis donc la fin : « et il est interdit d'en manger ».

Pourquoi ?

💡 Explication

La baraita de la jarre paraît trancher contre l'erreur d'identité : l'homme se trompait sur le contenu, et le contenu reste néanmoins pur de rendre impur. Mais la guemara retourne aussitôt l'argument, car la même baraita ajoute qu'il est interdit d'en manger. Aucun des deux camps ne peut donc s'en réclamer tel quel : la baraita dit à la fois que la garde a tenu et qu'elle n'a pas tenu.

9
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה, בְּאוֹמֵר: שְׁמַרְתִּיהָ מִדָּבָר הַמְטַמְּאָהּ וְלֹא מִדָּבָר הַפּוֹסְלָהּ.

Rabbi Yirmeya a dit : il s'agit de celui qui dit : je l'ai gardée de ce qui la rend impure, et non de ce qui l'invalide.

📜 Rachi (4)
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה הָא דְּפָרֹכֶת אֵימָא סֵיפָא אֲסוּרָה מִלֶּאֱכֹול לָא מְסַיַּיע לֵיהּ מִידִי:
L'objection que tu as tirée de la fin de la baraita, « il est interdit d'en manger », ne t'aide en rien.
בְּאוֹמֵר שְׁמַרְתִּיהָ מִדָּבָר הַמְטַמְּאָהּ וְלֹא מִדָּבָר הַפּוֹסְלָהּ אֲבָל בְּמַה שֶׁמְּשַׁמְּרָהּ הֵימֶנּוּ הָוְיָא שְׁמִירָתוֹ שְׁמִירָה ואע"פ שֶׁאֵינוֹ זֶה:
Mais pour ce dont il la garde effectivement, sa garde est une garde valable, et cela bien que l'objet ne soit pas celui qu'il croyait.
הַמְטַמְּאָה הַנּוֹתֵן לָהּ טֻומְאָה לְטַמֵּא אֲחֵרִים:
Ce qui lui donne une impureté capable d'en rendre d'autres impurs.
הַפּוֹסְלָהּ מִלְּהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהּ טְהָרוֹת לְכַתְּחִילָּה אִי נָמֵי נָפְקָא מִינַּהּ לָאֹוכֶל הַדָּבוּק בָּהּ שֶׁהוּא פָּסוּל בַּאֲכִילָה וּמִכָּל מָקוֹם אִם נָגְעָה בִּטְהָרוֹת אֵינָהּ פּוֹסַלְתָּן אַלְמָא אִיכָּא נְטִירוּתָא לְפַלְּגָא וּבְכִי הַאי גַּוְונָא נָמֵי מִיתָּרְצָא מַתְנִיתִין דִּלְעֵיל וּמִיתַּקְנָא הִיא:
Ce qui l'écarte seulement de l'usage, de sorte qu'on ne s'en sert pas à priori pour des tohorot. On peut aussi dire que la différence porte sur l'aliment qui y adhère, lequel devient invalide à la consommation ; en tout cas, si elle touche des tohorot, elle ne les invalide pas. Il apparaît donc qu'il existe une garde partielle — et de cette manière se trouve résolue aussi la baraita précédente, qui se trouve ainsi rectifiée.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁמַרְתִּיהָ מִדָּבָר הַמְטַמְּאָהּ וְלֹא מִדָּבָר הַפּוֹסְלָהּ. וְהָיָה קָשֶׁה לְהָר"ר אֶלְחָנָן בְּמַאי אִיפַּסְלָא הַךְ מַגְרֵיפָה אִי בָּרִאשׁוֹן אוֹ בִּשְׁנֵי אֵין אָדָם וְכֵלִים מְקַבְּלִין טֻומְאָה אֶלָּא מֵאַב הַטֻּומְאָה וְאִי בְּאַב הַטֻּומְאָה הַאי פְּסוּל טָמֵא הָוֵי וְתֵירֵץ שֶׁנִּפְסְלָה בְּמַשְׁקִין דְּמַשְׁקִין טְמֵאִין פּוֹסְלִין בִּכְלִי כִּדְאָמְרִינַן אֲחוֹרֵי כֵלִים שֶׁנִּטְמְאוּ בְּמַשְׁקִין:
« Je l'ai gardée de ce qui la rend impure, et non de ce qui l'invalide. » Le Rav Rabbi Elhanan trouvait difficile : par quoi cette pelle a-t-elle été invalidée ? Si c'est par un premier ou un deuxième degré d'impureté, un homme et des ustensiles ne reçoivent l'impureté que d'un av ha-touma (un père d'impureté) ; et si c'est par un av ha-touma, ce qu'on appelle ici invalide serait en réalité impur. Il a répondu qu'elle a été invalidée par des liquides, car des liquides impurs invalident un ustensile, comme nous disons à propos du dos des ustensiles qui ont été rendus impurs par des liquides.
💡 Explication

La solution introduit la distinction décisive du folio. Le metame désigne l'impureté assez forte pour se transmettre plus loin : l'objet atteint rend impurs les objets qu'il touche. Le posseil désigne l'atteinte qui arrête l'usage sans se propager : l'objet est hors d'usage, mais il ne contamine personne.

Le gardien de la jarre a lui-même délimité sa garde. Elle couvre le premier risque, ce qui explique que la jarre soit « pure de rendre impur » ; elle laisse ouvert le second, ce qui explique l'interdiction d'en manger. La baraita cesse ainsi de se contredire.

10
וּמִי אִיכָּא נְטִירוּתָא לְפַלְגָא? אִין, וְהָתַנְיָא: הוֹשִׁיט יָדוֹ בַּסַּל, וְהַסַּל עַל כְּתֵיפוֹ, וְהַמַּגְרֵיפָה בְּתוֹךְ הַסַּל, וְהָיָה בְּלִבּוֹ עַל הַסַּל וְלֹא הָיָה בְּלִבּוֹ עַל הַמַּגְרֵיפָה — הַסַּל טָהוֹר וְהַמַּגְרֵיפָה טְמֵאָה.

Et y a-t-il une garde pour une moitié ? Oui ; et il a été enseigné : s'il a tendu la main dans la corbeille, la corbeille étant sur son épaule et la pelle (mangriffa) à l'intérieur de la corbeille, et qu'il avait la corbeille à l'esprit mais non la pelle — la corbeille est pure et la pelle est impure.

📜 Rachi (2)
הַסַּל שֶׁל תְּאֵנִים עַל כְּתֵיפוֹ:
Une corbeille de figues, posée sur son épaule.
וּמַגְרֵיפָה בְּתוֹכָהּ כְּלִי בַּרְזֶל הוּא שֶׁקּוֹרִין וודי"ל שֶׁגָּופְרִין בּוֹ אֵפֶר הַכִּירָה וְגַם מַבְדִּילִין בּוֹ תְּאֵנִים הַמֻּודְבָּקוֹת זוֹ בְּזוֹ:
C'est un ustensile de fer, que l'on appelle en langue vulgaire vodil, avec lequel on racle la cendre du foyer et dont on sépare aussi les figues collées les unes aux autres.
💡 Explication

La guemara demande si la notion de garde partielle existe vraiment, et la baraita de la corbeille le confirme. Un même homme porte deux objets ; son attention se pose sur l'un et non sur l'autre. La pureté se découpe alors selon l'attention, objet par objet.

🖼️ Schéma
La corbeille sur l'épaule et la pelle qui s'y trouve corbeille de figues, sur l'épaule figues pelle (mangriffa) Il avait la corbeille à l'esprit La corbeille est gardée, donc pure. Les figues qu'elle contient le restent aussi. Il n'avait pas la pelle à l'esprit La pelle n'est pas gardée, donc impure. Une garde peut ainsi couvrir une moitié. Les deux questions de la guemara Que la pelle rende la corbeille impure : un ustensile ne rend pas un ustensile impur. Qu'elle atteigne les figues : sa garde couvrait justement ce point.
La corbeille gardée et la pelle oubliée : deux sorts distincts sous une même main.
11
הַסַּל טָהוֹר? תְּטַמֵּא הַמַּגְרֵיפָה לַסַּל! אֵין כְּלִי מְטַמֵּא כְּלִי. וְלִיטַמֵּא מַה שֶׁבַּסַּל! אָמַר רָבִינָא, בְּאוֹמֵר: שְׁמַרְתִּיו מִדָּבָר שֶׁמְּטַמְּאוֹ וְלֹא מִדָּבָר הַפּוֹסְלוֹ.

La corbeille est pure ? Que la pelle rende la corbeille impure ! — Un ustensile ne rend pas un ustensile impur.

Alors qu'elle rende impur ce qui est dans la corbeille ! — Ravina a dit : il s'agit de celui qui dit : je l'ai gardée de ce qui la rend impure, et non de ce qui l'invalide.

💡 Explication

Deux objections successives. La première tombe par une règle générale : un ustensile impur ne transmet pas l'impureté à un autre ustensile, seule une source d'impureté d'un rang supérieur le ferait. La seconde vise les figues, qui sont un aliment et non un ustensile, et qu'une pelle impure pourrait donc atteindre.

Ravina applique alors à la pelle la distinction de Rabbi Yirmeya : le porteur l'avait gardée de ce qui rend impur, et seulement omis de la garder de ce qui invalide. Elle est donc invalide sans être contagieuse, et le contenu de la corbeille reste indemne.

12
מִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא?

En tout état de cause, cela reste difficile.

📜 Rachi (1)
קַשְׁיָא הַךְ דְּקָתָנֵי בָּהּ טְהוֹרָה מִלְּטַמֵּא:
Ce qui est enseigné dans cette baraita : « elle est pure de rendre impur ».
💡 Explication

La guemara revient à la question laissée en suspens. Même une fois la baraita de la jarre expliquée par la garde partielle, elle continue d'enseigner que le contenu est pur de rendre impur malgré l'erreur sur son identité. Cela contredit les trois cas du début, où l'erreur suffisait à rendre impur.

13
וְעוֹד מוֹתֵיב רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: מַעֲשֶׂה בְּאִשָּׁה אַחַת שֶׁבָּאת לִפְנֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, וְאָמְרָה לוֹ: רַבִּי, בֶּגֶד זֶה אֲרַגְתִּיו בְּטָהֳרָה, וְלֹא הָיָה בְּלִבִּי לְשָׁומְרוֹ בְּטָהֳרָה. וּמִתּוֹךְ בְּדִיקוֹת שֶׁהָיָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בּוֹדְקָהּ, אָמְרָה לוֹ: רַבִּי, נִדָּה מָשְׁכָה עִמִּי בַּחֶבֶל. אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: כַּמָּה גְּדוֹלִים דִּבְרֵי חֲכָמִים, שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים: בְּלִבּוֹ לְשָׁומְרוֹ — טָהוֹר, אֵין בְּלִבּוֹ לְשָׁומְרוֹ — טָמֵא.

Et Rabba bar Avouh objecte encore : il arriva qu'une femme vint devant Rabbi Ichmael et lui dit : Rabbi, ce vêtement, je l'ai tissé en état de pureté, mais je n'avais pas à l'esprit de le garder en pureté. Et au fil des examens auxquels Rabbi Ichmael la soumettait, elle lui dit : Rabbi, une nidda a tiré la corde avec moi.

Rabbi Ichmael dit : combien sont grandes les paroles des Sages, eux qui disaient : s'il a à l'esprit de le garder — pur ; s'il n'a pas à l'esprit de le garder — impur.

📜 Rachi (3)
אֲרַגְתִּיו בְּטָהֳרָה יוֹדַעַת אֲנִי שֶׁמִּשָּׁעָה שֶׁנֶּאֱרַג בּוֹ ג' עַל ג' אֶצְבָּעוֹת שֶׁנִּרְאֶה לְטֻומְאָה לֹא נָגְעָה בּוֹ טֻומְאָה ומ"מ לֹא הָיָה בְּלִבִּי לְשָׁומְרוֹ:
Je sais que depuis l'instant où il y eut de tissé trois doigts sur trois, mesure à partir de laquelle l'étoffe devient susceptible d'impureté, aucune impureté ne l'a touché ; et pourtant je n'avais pas à l'esprit de le garder.
וּמִתּוֹךְ בְּדִיקוֹת כו' הוֹאִיל וְלֹא הָיָה בְּלִבְּךָ לְשָׁומְרוֹ שֶׁמָּא אֵירַע בּוֹ כָּךְ וְכָךְ וְלֹא נִזְהַרְתָּ:
Puisque tu n'avais pas à l'esprit de le garder, peut-être telle ou telle chose lui est-elle arrivée sans que tu y aies pris garde.
מָשְׁכָה עִמִּי בַּחֶבֶל שֶׁקָּשְׁרָה בּוֹ הַחֶבֶל בִּכְלֵי הָאֲרִיגָה וְשֶׁמָּא הֱסִיטַתּוּ:
Elle avait attaché la corde à l'instrument de tissage, et peut-être l'a-t-elle ainsi déplacé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּמָּה גְּדוֹלִים דִּבְרֵי חֲכָמִים, שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים: בְּלִבּוֹ לְשָׁמְרוֹ, טָהוֹר! אֵין בְּלִבּוֹ לְשָׁמְרוֹ, טָמֵא. קַשָּׁא מַה נִתְחַדֵּשׁ לוֹ אוֹתָהּ שָׁעָה דָּבָר לְהַשְׁבִּיחַ דִּבְרֵי חֲכָמִים מִכֹּחַ מַעֲשֶׂה זוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּהֲוָה קַשְׁיָא לֵיהּ בְּדִבְרֵי חֲכָמִים לָמָּה כָּפְלוּ לְשׁוֹנָם לְהַזְכִּיר דָּבָר וְהִפּוּכוֹ וְדַי לָהֶם לוֹמַר 'אֵין בְּלִבּוֹ לְשָׁמְרוֹ טָמֵא' וַאֲנָא יָדַעְנָא בְּלִבּוֹ לְשָׁמְרוֹ טָהוֹר! אַךְ בָּזֶה הַמַּעֲשֶׂה רָאָה שֶׁיֵּשׁ צֹורֶךְ בְּלָשׁוֹן זֶה דְּאִי נָקְטִי רַק זֹאת אֵין בְּלִבּוֹ לְשָׁמְרוֹ טָמֵא הֲוָה אֲמִינָא דְּאִם אוֹמֵר בָּרוּר לוֹ שֶׁלֹּא קָרָה לוֹ טֻומְאָה חֲשִׁיב זֶה כְּאִלּוּ בְּלִבּוֹ לְשָׁמְרוֹ כֵּיוָן דְּבָרוּר לוֹ שֶׁלֹּא קָרָה לוֹ שׁוּם טֻומְאָה וּבֶאֱמֶת זֶה אֵינוֹ דְּהָא רָאָה מַעֲשֶׂה זוֹ שֶׁהָיְתָה אוֹמֶרֶת בָּרוּר לִי שֶׁאֲרַגְתִּיו בְּטָהֳרָה שֶׁלֹּא קָרָה לִי שׁוּם טֻומְאָה וְרַק לֹא הָיָה בְּלִבִּי לְשָׁומְרוֹ וְאַחַר שֶׁבָּדְקָה בַּחֲקִירוֹת נִזְכְּרָה שֶׁנִּדָּה אַחַת מָשְׁכָה עִמָּהּ בְּחֶבֶל וְאָז הֵבִין דִּבְרֵי חֲכָמִים שֶׁהֻוצְרְכוּ לְפָרֵשׁ בְּדִבְרֵיהֶם הָיָה בְּלִבּוֹ לְשָׁומְרוֹ טָהוֹר לוֹמַר אֵין שׁוּם מְצִיאוּת בָּעוֹלָם שֶׁיִּהְיֶה טָהוֹר אֶלָּא רַק בְּהָיָה בְּלִבּוֹ לְשָׁומְרוֹ וְלָא סַגִּי לוֹמַר בָּרוּר לִי שֶׁלֹּא קָרָה לִי טֻומְאָה.
« Combien sont grandes les paroles des Sages, eux qui disaient : s'il a à l'esprit de le garder — pur ; s'il n'a pas à l'esprit de le garder — impur. » Difficulté : qu'est-ce donc qui s'est renouvelé pour lui à cet instant, au point de louer les paroles des Sages à partir de cette affaire ? Il m'a paru, avec l'aide du Ciel, qu'il trouvait difficile, dans les paroles des Sages, qu'ils aient double leur formule pour mentionner une chose et son contraire : il leur suffisait de dire « s'il n'a pas à l'esprit de le garder, il est impur », et je saurais de moi-même que s'il a à l'esprit de le garder il est pur. Mais dans cette affaire il a vu que cette formule double est nécessaire. Car s'ils n'avaient énoncé que « s'il n'a pas à l'esprit de le garder, il est impur », j'aurais pu dire que celui qui affirme qu'il lui est clair qu'aucune impureté ne lui est survenue est tenu pour avoir eu à l'esprit de le garder, puisque la chose lui est claire. Or il n'en est rien : il a vu cette affaire, où la femme disait « il m'est clair que je l'ai tissé en pureté et qu'aucune impureté ne m'est survenue, seulement je n'avais pas à l'esprit de le garder » ; et après qu'il l'eut soumise à ses examens, elle s'est souvenue qu'une nidda avait tiré la corde avec elle. Il a compris alors pourquoi les Sages ont dû expliciter « s'il a à l'esprit de le garder, il est pur » : pour dire qu'il n'existe aucun cas au monde où l'objet soit pur, hormis celui où il avait à l'esprit de le garder, et qu'il ne suffit pas de dire « il m'est clair qu'aucune impureté ne m'est survenue ».
💡 Explication

Le récit repose sur une tension : la femme affirme que rien d'impur n'a touché le vêtement, tout en reconnaissant qu'elle n'avait pas l'intention de le garder. Rabbi Ichmael ne la contredit pas, il l'interroge ; et l'interrogatoire finit par exhumer un détail qu'elle n'avait pas jugé digne d'attention.

Une nidda tirait la corde du métier avec elle. Un tel contact opère par hessett, le déplacement d'un objet par une source d'impureté, sans qu'il soit besoin d'un attouchement direct. La règle des Sages se trouve vérifiée : la certitude subjective ne remplace pas l'attention.

14
שׁוּב מַעֲשֶׂה בְּאִשָּׁה אַחַת שֶׁבָּאת לִפְנֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, אָמְרָה לוֹ: רַבִּי, מַפָּה זוֹ אֲרַגְתִּיהָ בְּטָהֳרָה, וְלֹא הָיָה בְּלִבִּי לְשָׁומְרָהּ. וּמִתּוֹךְ בְּדִיקוֹת שֶׁהָיָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בּוֹדְקָהּ, אָמְרָה לוֹ: רַבִּי, נִימָא נִפְסְקָה לִי וּקְשַׁרְתִּיהָ בַּפֶּה.

De nouveau il arriva qu'une femme vint devant Rabbi Ichmael ; elle lui dit : Rabbi, cette nappe, je l'ai tissée en état de pureté, mais je n'avais pas à l'esprit de la garder. Et au fil des examens auxquels Rabbi Ichmael la soumettait, elle lui dit : Rabbi, un fil s'est rompu et je l'ai noué avec la bouche.

📜 Rachi (1)
נִפְסְקָה לִי קֹודֶם שֶׁאָרַגְתִּי בָּהּ כְּלוּם וּקְשַׁרְתִּיהָ בַּפֶּה קֹודֶם שֶׁאָרַגְתִּי בָּהּ כְּלוּם שֶׁלֹּא הָיְתָה רְאוּיָה לְטוֹמֵא' וְלֹא נִזְהַרְתִּי בָּהּ וְלֹא הָיִיתִי טְבוּלָה לְנִדָּתִי וְיֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא כְּשֶׁאָרְגָה בָּהּ שָׁלֹשׁ אֶצְבָּעוֹת עֲדַיִין הָרֹוק לַח וְרֹוק הַנִּדָּה אַב הַטֻּומְאָה הוּא כָּךְ נִרְאֶה בְּעֵינַי וְרַבּוֹתַי מְפָרְשִׁין מִשּׁוּם צִינּוֹרוֹת עַם הָאָרֶץ הַמְטַמְּאָה כָּל זְמַן שֶׁהִיא לַחָה וַאֲנִי אוֹמֵר ע"כ הָאִשָּׁה זוֹ חֲבֵירָה הָיְתָה דְּאִי לֹא חֲבֵירָה הָיְתָה מִי אָתְיָא קַמֵּי רַבָּנָן לִישָּׁאֵל עַל הַטְּהָרוֹת וְעוֹד מִי מְהֵימְנָא לְמֵימַר אֲרַגְתִּיהָ בְּטָהֳרָה קָתָנֵי מִיהַת בְּלִבּוֹ לְשָׁומְרָן טָהוֹר כְּלוֹמַר אַחַר כַּווָּנַת הַשְּׁמִירָה הֵן הֵן הַדְּבָרִים:
Il s'est rompu avant que j'aie rien tissé, et je l'ai noué avec la bouche avant d'en avoir rien tissé, alors que l'étoffe n'était pas encore susceptible d'impureté ; je n'y ai pas pris garde et je n'étais pas immergée de ma nidda. Il y a donc lieu de craindre que, lorsqu'elle en eut tissé trois doigts, la salive fut encore humide — or la salive d'une nidda est un av ha-touma. Ainsi cela me paraît. Mes maîtres expliquent en raison du crachat d'un am ha-arets, qui rend impur tant qu'il est humide. Et moi je dis que cette femme était nécessairement une havera : si elle ne l'avait pas été, serait-elle venue devant les Sages interroger sur les tohorot ? Et de plus, serait-elle crue lorsqu'elle dit « je l'ai tissé en pureté » ? En tout cas il est enseigné « s'il a à l'esprit de les garder, ils sont purs » — c'est-à-dire que tout se règle selon l'intention de garde ; telles sont bien les paroles.
🗂️ Tossefot (1)
נִימָא נִפְסְקָה לִי וּקְשַׁרְתִּיהָ בַּפֶּה. פרש"י קֹודֶם שֶׁלֹּא הָיְתָה נֶאֱרֶגֶת שֶׁלֹּא הָיְתָה רְאוּיָה לְטֻומְאָה וְלֹא נִזְהַרְתִּי בָּהּ וְלֹא הָיִיתִי טְבוּלָה לְנִידּוּתִי וְיֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא כְּשֶׁאָרַגְתִּי בָּהּ ג' עֲדַיִין הָרֹוק לַח בַּבֶּגֶד וְאַב הַטֻּומְאָה הָוֵי לְטֻמְאוֹת וְרַבּוֹתַי הָווּ מְפָרְשִׁי מִטַּעַם צִנּוֹרָא דע"ה הַמְטַמְּאָה כָּל זְמַן שֶׁהִיא לַחָה וַאֲנִי אוֹמֵר ע"כ אִשָּׁה זוֹ חֶבְרָה הָיְתָה מִדְּקָאָתְיָא קַמֵּיהּ דְּר' יִשְׁמָעֵאל לִישָּׁאֵל וְעוֹד מִי מְהֵימְנָא לוֹמַר אֲרַגְתִּיהָ בְּטָהֳרָה כָּל זֶה פרש"י וּבִירוּשַׁלְמִי מַייְתֵי כָּל הָנֵי עוֹבְדֵי עַל מַתְנִיתִין דְּאִידָךְ פִּרְקִין בְּכֵלִים הַנִּגְמָרִים בְּטָהֳרָה צְרִיכִים טְבִילָה לַקֹּודֶשׁ וְקָאָמַר לֵיהּ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל כַּמָּה גְּדוֹלִים מַעֲשֵׂה חֲכָמִים דְּאָמְרִי כֵּלִים הַנִּגְמָרִים כו' מַשְׁמַע דִּבְאִשָּׁה חִבְּרָהּ אוֹרֶגֶת עָסְקִינַן וּבָעֵי טְבִילָה מִשּׁוּם דִּמְשַׁמְּשִׁי בַּהֲדֵיהּ קֹודֶם שֶׁנֶּאֱרַג כֻּולּוֹ כפרש"י וְהִקְשָׁה הר"ר יוֹסֵף לְפִי' רַשִׁ"י הָיָה לוֹ לוֹמַר נִדָּה הָיִיתִי כְּמוֹ נִדָּה מָשְׁכָה בְּאִידָךְ עֻובְדָּא וְנִרְאֶה לוֹ לְפָרֵשׁ דְּמִתּוֹךְ שֶׁקָּשְׁרָה בַּפֶּה הָיָה שָׁם רוֹק לַח וּבְשָׁעָה שֶׁאָרְגָה נָגְעָה בְּרוֹק וְיָדַיִם שְׁנִיּוֹת הֵן וּבְפֶרֶק בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין (דַּף צט. וְשָׁם) מַשְׁמַע דְּרוֹק מֶיחֱשָׁב מַשְׁקֶה וְחָזַר הָרֹוק וּמְטַמֵּא לְמַפָּה כְּדִתְנַן אֲחוֹרֵי כֵלִים שֶׁנִּטְמְאוּ בְּמַשְׁקִין אַךְ לְפִי שִׁיטַת הַיְרוּשַׁלְמִי דִּמְדַמֵּי לָהּ לְכֵלִים הַנִּגְמָרִים וּמוֹקְמִי לָהּ לְקַמָּן מִשּׁוּם צִינּוֹרָא דְע"ה וּמַאי אִירְיָא מִשּׁוּם הָכִי אַפֵּי' בְּצִינּוֹרָא דְּחָבֵר נָמֵי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ מִטַּעַם מַגַּע יָדַיִם וּמִיהוּ נוּכַל לוֹמַר דְּלָא עִיקַּר טַעַם נְקַט לְקַמָּן אֶלָּא חֲדָא מִינַּייְהוּ נְקַט:
« Un fil s'est rompu et je l'ai noué avec la bouche. » Rachi a expliqué : avant que l'étoffe ne fut tissée, alors qu'elle n'était pas susceptible d'impureté ; je n'y ai pas pris garde et je n'étais pas immergée de ma nidda, et il y a lieu de craindre que, lorsque j'en eus tissé trois doigts, la salive fut encore humide dans le vêtement — or c'est un av ha-touma capable de rendre impur. Mes maîtres expliquaient en raison du crachat d'un am ha-arets, qui rend impur tant qu'il est humide. Et moi je dis que cette femme était nécessairement une havera, puisqu'elle vient devant Rabbi Ichmael pour l'interroger ; et de plus, serait-elle crue lorsqu'elle dit « je l'ai tissé en pureté » ? Tout cela est l'explication de Rachi. Dans le Yerouchalmi, on rapporte tous ces récits à propos de la michna de l'autre chapitre, « les ustensiles achevés en pureté demandent une tevila pour le kodech », et Rabbi Ichmael y dit : combien sont grandes les paroles des Sages, qui disent « les ustensiles achevés, etc. ». Il en ressort qu'il s'agit d'une femme havera qui tisse, et que la tevila est requise parce qu'on manipule l'étoffe avant que le tissage ne soit achevé, comme l'explique Rachi. Le Rav Rabbi Yossef a objecté que, selon l'explication de Rachi, elle aurait dû dire « j'étais nidda », comme dans l'autre récit où il est dit « une nidda a tiré avec moi ». Il lui a donc paru d'expliquer que, du fait qu'elle a noué le fil avec la bouche, il s'y trouvait de la salive humide, et qu'au moment où elle tissait elle a touché cette salive — or les mains sont un deuxième degré d'impureté ; et au dernier chapitre de Erouvin (99a) il ressort que la salive est tenue pour un liquide, de sorte que la salive rend à son tour la nappe impure, comme nous avons appris à propos du dos des ustensiles qui ont été rendus impurs par des liquides. Toutefois, selon la voie du Yerouchalmi, qui compare notre cas aux ustensiles achevés et l'explique plus loin par le crachat d'un am ha-arets, pourquoi ce motif plutôt qu'un autre ? Même le crachat d'un haver donnerait lieu à crainte, en raison du contact des mains. On peut cependant dire que, plus loin, il n'a pas retenu le motif principal, mais seulement l'un des motifs possibles.
💡 Explication

Le second récit répète la structure du premier, avec un détail plus ténu encore. Le fil noué avec la bouche a reçu de la salive ; or un liquide humide est le véhicule ordinaire de l'impureté, et il peut transmettre à l'étoffe ce qu'il a reçu.

Rachi et ses maîtres divergent sur la source exacte de l'atteinte : salive d'une nidda, ou crachat d'un am ha-arets. Rachi tient par ailleurs que cette femme était havera, sans quoi elle ne serait pas venue interroger un Sage sur les tohorot et ne serait pas crue lorsqu'elle affirme avoir tissé en pureté.

15
אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: כַּמָּה גְּדוֹלִים דִּבְרֵי חֲכָמִים, שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים: בְּלִבּוֹ לְשָׁומְרוֹ — טָהוֹר, אֵין בְּלִבּוֹ לְשָׁומְרוֹ — טָמֵא.

Rabbi Ichmael dit : combien sont grandes les paroles des Sages, eux qui disaient : s'il a à l'esprit de le garder — pur ; s'il n'a pas à l'esprit de le garder — impur.

💡 Explication

La formule revient identique et fait office d'objection contre le principe des trois premiers cas. Elle énonce que la pureté dépend de l'intention de garde ; or dans les récits de la jarre et du pain, l'homme gardait bien, et se trompait seulement sur l'identité de ce qu'il gardait. L'erreur, à elle seule, ne devrait donc pas rendre impur.

16
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק, כָּל אַחַת וְאַחַת אוֹמֶרֶת: חֲבֶרְתִּי אֵשֶׁת עַם הָאָרֶץ, וּמְסַחָה דַּעְתָּהּ מִינָּהּ.

Passe encore selon Rabbi Elazar bar Tsadok : chacune d'elles se dit « ma compagne est la femme d'un am ha-arets », et elle a détourné son esprit de son vêtement.

💡 Explication

La guemara reprend les trois cas un à un pour y chercher, au-delà de l'erreur, un véritable hesseh ha-daat. Le cas du bain se résout le premier : chaque femme, voyant un vêtement qu'elle prend pour celui d'une autre, le soupçonne d'appartenir à la femme d'un am ha-arets, le tient pour déjà impur et cesse de le garder.

17
לְרַבִּי יוֹנָתָן בֶּן עַמְרָם נָמֵי, כֵּיוָן דְּכֵלִים דְּשַׁבָּת עָבֵיד לְהוּ שִׁימּוּר טְפֵי — מַסַּח דַּעְתֵּיהּ מִינַּייְהוּ. אֶלָּא לְרַבִּי יוֹנָתָן בֶּן אֶלְעָזָר, נַעֲבֵיד לְהוּ שִׁימּוּר בִּידֵיהּ דְּחַבְרֵיהּ?

Selon Rabbi Yonatan ben Amram aussi : puisqu'il exerce sur les vêtements de Chabbat une garde plus soigneuse, il détourne son esprit d'eux. Mais selon Rabbi Yonatan ben Elazar, qu'il exerce donc la garde alors que le vêtement est dans la main de son compagnon ?

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן דְּכֵלִים שֶׁל שַׁבָּת עָבֵיד לְהוּ שִׁימּוּר טְפֵי וְזֶה סָבוּר שֶׁאֵלּוּ שֶׁל חוֹל אַסְּחָא דַּעְתֵּיהּ מִשְּׁמִירָה מְעַלַּיְיתָא שֶׁהָיָה רָגִיל לְשָׁומְרָן וּכְאֵין בְּלִבּוֹ לְשָׁומְרָן דָּמֵי:
Or celui-ci, pensant que ce sont les vêtements de semaine, a détourné son esprit de la garde soigneuse qu'il avait coutume de leur donner ; c'est donc comme s'il n'avait pas à l'esprit de les garder.
💡 Explication

Le cas des vêtements de Chabbat se résout de la même façon : la garde qu'on leur accorde est plus haute que celle des vêtements de semaine, et celui qui les croit ordinaires abandonne ce surcroît de vigilance. Il y a donc bien un relâchement réel.

Reste le cas de l'écharpe. Rien n'y empêche le propriétaire de continuer à la surveiller pendant qu'elle est dans la main de l'autre, et l'erreur d'identité y est même absente. C'est la difficulté qui appelle la réponse de Rabbi Yo'hanan.

🖼️ Schéma
Où se cache le relâchement de l'attention dans chaque cas Rabbi Elazar bar Tsadok - les deux femmes au bain Chacune se dit que l'autre est la femme d'un am ha-arets, tient son vêtement pour déjà perdu et cesse de le garder. Le hesseh ha-daat est manifeste. Rabbi Yonatan ben Amram - les vêtements de Chabbat On garde les vêtements de Chabbat avec plus de soin ; en les croyant vêtements de semaine, il abandonne ce surcroît de garde. Le hesseh ha-daat est encore là. Rabbi Yonatan ben Elazar - l'écharpe dans la main du compagnon Ici rien n'empêche de continuer à garder l'écharpe des yeux. D'où la question de la guemara, et la réponse de Rabbi Yo'hanan : c'est une hazaka, un homme ne garde pas ce qui se trouve dans la main d'un autre.
Chacun des trois cas ramène, ou non, à un véritable relâchement de l'attention.
18
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: חֲזָקָה, אֵין אָדָם מְשַׁמֵּר מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵרוֹ. וְלֹא?

Rabbi Yo'hanan a dit : c'est une présomption (hazaka) — un homme ne garde pas ce qui est dans la main de son compagnon. Et ne le garde-t-il pas ?

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan fonde le dernier cas sur une hazaka, une présomption tirée du comportement ordinaire : dès qu'un objet passe dans la main d'autrui, celui qui le confie cesse en fait de le surveiller, et celui qui le reçoit ne s'en charge pas. Les trois cas se ramènent ainsi au même principe du hesseh ha-daat, et l'erreur d'identité cesse d'être par elle-même un motif d'impureté.

La dernière question relance aussitôt le débat : cette présomption est-elle absolue ? La suite, au verso, lui opposera des cas où la garde à distance est bel et bien reconnue.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).