Chagigah 20b — Les âniers qui portent des aliments purs, puis l'ouverture du chapitre Homer bakodesh

Chagigah 20b

Sougya : La page achève d'abord la discussion sur la garde des aliments purs. Une baraita oppose deux cas : le maître qui s'éloigne de ses âniers sans rien dire, où les aliments restent purs même au-delà d'un mil, et celui qui annonce allez, je vous suis, où les aliments deviennent impurs dès qu'il les perd de vue.

La guemara demande ce qui sépare les deux clauses, et Rabbi Yits hak Nappaha répond que la première parle d'ouvriers déjà purifiés à cette fin. Trois objections successives affinent la réponse : le am haarets ne se garde pas du contact de son semblable, le maître peut surgir par un chemin détourné, et la phrase je vous suis suffit à rassurer les ouvriers.

Le chapitre Ein dorchin se clôture alors, et s'ouvre le chapitre Homer bakodesh, dont la michna aligne les échelons de rigueur qui séparent le kodech de la terouma : immersion des ustensiles, parties d'un même ustensile, midras, nœuds, ustensiles neufs, réunion du contenu, degrés d'impureté, mains et aliments secs.

Les deux clauses de la baraita des âniers le maître marche derrière, les ouvriers portent devant des jarres d'aliments purs Reicha — il ne dit rien il s'éloigne, même de plus d'un mil les ouvriers ignorent qu'il est parti à chaque instant ils se disent : il arrive tehorot — les aliments restent purs Seifa — allez, je viens derrière vous les ouvriers savent qu'il est en arrière leur esprit s'appuie sur cette parole dès qu'ils sortent de sa vue, plus de crainte temeot — les aliments sont impurs Mai chena reicha oumai chena seifa — qu'est-ce qui sépare les deux clauses ? selon Rachi, la question présuppose qu'un homme ne garde pas ce qui est dans la main de son compagnon Réponse de Rabbi Yits hak Nappaha la reicha parle d'âniers et d'ouvriers que le maître a purifiés à cette fin : leur contact ne nuit plus, aucune garde n'est requise
La baraita des âniers : deux clauses opposées, et la réponse de Rabbi Yits hak Nappaha.
Les trois objections qui affinent la réponse chaque i hakhi tire la réponse précédente vers l'autre clause 1. I hakhi, seifa nami purifiés aussi là-bas : pourquoi impurs ? Un am haarets ne se garde pas du contact de son semblable 2. I hakhi, reicha nami la même crainte vaut dans la reicha Il vient par un chemin détourné il peut surgir : ils tremblent et se gardent 3. I hakhi, seifa nami il peut aussi surgir dans la seifa Lekhou vaani avo aharekhem leur esprit s'appuie : la crainte tombe Le ressort unique de toute la sougya : mirtat l'ouvrier se garde tant qu'il redoute une apparition soudaine du maître ; une parole qui le rassure suffit à lever cette crainte Ce que la conclusion laisse tomber la baraita ne prouve plus qu'un homme garde ce qui est dans la main de son compagnon : la reicha tient à la purification préalable
Les trois objections i hakhi et les trois précisions qui construisent la conclusion.
Les dix échelons de rigueur énoncés dans la michna de 20b Homer bakodech mibaterouma — le onzième échelon, l'onen, figure au folio suivant Objet de la règle Terouma Kodech 1. immerger un ustensile dans un autre ustensile permisinterdit 2. dehors, dedans et prise comptés à part ouinon, tout est un 3. porter un midras en portant l'aliment permisinterdit 4. vêtements des mangeurs de terouma pursmidras 5. nœud et humidité avant l'immersion noué puis immergédénoué, essuie, immergé 6. ustensiles achevés en pureté sans immersionimmersion requise 7. l'ustensile réunit ce qu'il contient nonoui 8. degré qui invalide le troisièmele quatrième 9. une main devenue impure l'autre reste pureil immerge les deux 10. aliments secs et mains souillées permisinterdit
Les dix échelons de rigueur du kodech sur la terouma énoncés dans la michna de ce folio.
1
וְהָתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיוּ חֲמָרָיו וּפוֹעֲלָיו טְעוּנִין טְהָרוֹת, אַף עַל פִּי שֶׁהִפְלִיג מֵהֶן יוֹתֵר מִמִּיל — טַהֲרוֹתָיו טְהוֹרוֹת. וְאִם אָמַר לָהֶם: ״לְכוּ וַאֲנִי אָבוֹא אַחֲרֵיכֶם״, כֵּיוָן שֶׁנִּתְעַלְּמוּ עֵינָיו מֵהֶן — טַהֲרוֹתָיו טְמֵאוֹת.

N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : voici quelqu un dont les âniers et les ouvriers portaient des aliments purs ; bien qu'il se soit éloigné d'eux de plus d'un mil, ses aliments purs demeurent purs. Et s'il leur a dit : allez, et moi je viendrai derrière vous, dès l'instant où ils ont échappé à son regard, ses aliments purs sont impurs.

📜 Rachi (3)
חַמָּרָיו וּפוֹעֲלָיו עַמֵּי הָאָרֶץ:
Ses âniers et ses ouvriers — des amei haarets.
טְעוּנִין טְהָרוֹת כְּגוֹן יַיִן בְּחָבִיּוֹת שֶׁל חֶרֶס וְהֵן אֵינָן נוֹגְעִין בְּתוֹכָן וּכְלֵי חֶרֶס אֵינוֹ מִיטַּמֵּא מִגַּבּוֹ:
Chargés d'aliments purs — par exemple du vin dans des jarres de terre cuite ; eux ne touchent pas leur intérieur, et un ustensile de terre ne contracte pas l'impureté par son dos.
טַהֲרוֹתָיו טְהוֹרוֹת וְאֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא נָגְעוּ דְּכֵיוָן דְּלָא הוֹדִיעָן שֶׁהוּא מַפְלִיג כָּל שַׁעְתָּא סָבְרִי הַשְׁתָּא אָתֵי אַלְמָא אָדָם מְשַׁמֵּר מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵרוֹ:
Ses aliments purs demeurent purs — et l'on ne craint pas qu'ils y aient touché : puisqu'il ne leur a pas fait savoir qu'il s'éloignait, à chaque instant ils se disent qu'il arrive maintenant. On voit donc qu'un homme garde ce qui se trouve dans la main de son compagnon.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתַנְיָא וְכוּ'. אַלְמָא אָדָם מְשַׁמֵּר מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵרוֹ וּבְפֶ' בָּתְרָא דע"ז (דַּף סט.) פרש"י גַּבֵּי מַאי שְׁנָא רֵישָׁא וּמַאי שְׁנָא סֵיפָא דְּהָא חָזֵי לֵיהּ דְּנָגַע דְּקָתָנֵי טְעוּנִין טְהָרוֹת וְהָנֵי לָא בְּחָבִיּוֹת מַיְירֵי שֶׁהָיוּ סְתוּמוֹת אֶלָּא בָּאֳוכָלִין מַייְרֵי בְּלֹא חָבִיּוֹת אַךְ קָשֶׁה לְהָר"ר אֶלְחָנָן לוֹקְמֵי בְּחָבִיּוֹת וְלֹא תִּקְשֶׁה לֵיהּ וְעוֹד דְּהָכָא כִּי אַקְשִׁי ור"ל שֶׁאָדָם מְשַׁמֵּר מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵרוֹ הֵיכִי מָצֵי מְשַׁמֵּר לֵיהּ כֵּיוָן דְּאֵינוֹ בְּחָבִיּוֹת וְתוּ לָמָּה לִי נִתְעַלְּמוּ עֵינָיו מֵהֶם לְטֻמְאֹותָם תִּיפּוֹק לֵיהּ שֶׁהוּא נוֹגֵעַ בָּהֶם וְעוֹד אַפֵּי' בְּלֹא סֵיפָא נָמֵי תִּיקְשֵׁי לֵיהּ מ"ט דְּרֵישָׁא וּפִי' הר"י דְּהָכָא בְּחָבִיּוֹת מַייְרֵי וְאָמְנָם פְּתוּחוֹת הֵן דְּאִי סְתוּמוֹת לֹא יִטַּמְּאוּ בְּהַעֲלָמַת עַיִן וְעוֹד לֹא הָיָה צֹורֶךְ לְאוֹקְמֵי רֵישָׁא בִּמְטַהֵר לְכָךְ כֵּיוָן שֶׁלֹּא הוֹדִיעוֹ שֶׁהוּא מַפְלִיג וּמִיהוּ זֶה יֵשׁ לִדְחוֹת דְּאַגַּב דְּמוּקֵי לֵיהּ הָכָא מִשּׁוּם שִׁינּוּיָא דִּשְׁנֵי' לֵיהּ אוֹקְמ' גַּם הָתָם בע"ז וּפָרִיךְ מִינָּהּ מִכֹּחַ הַהִיא דְּהָכָא דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי אֶלָּא אַקְשִׁי לֵיהּ מִסְּבָרָא כִּי יֵשׁ לָחוֹשׁ שֶׁמָּא נָגְעוּ בְּהַךְ בְּרֵישָׁא א"כ הָכָא בִּשְׁמַעְתִּין כִּי פָּרֵיךְ מ"ש רֵישָׁא מִשּׁוּם מַה שֶׁבְּיַד חֲבֵירוֹ כוּ' אַכַּתִּי תִּיקְשֵׁי לֵיהּ לִיחוּשׁ שֶׁמָּא יִגַּע בָּהֶם אֶלָּא וַדַּאי מִסְּבָרָא לָא קַשְׁיָא דְּלָא נָגְעוּ דְּמִרַתְּתִי כֵּיוָן שֶׁלֹּא הוֹדִיעוּם שֶׁהוּא מַפְלִיג וּמִיהוּ הֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי וּלְטַעְמִיךְ רֵישָׁא גּוּפָא לִיחוּשׁ שֶׁמָּא נָגַע וְכֵן בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי וְלָא פָּרֵיךְ לֵיהּ:
N'a-t-on pas enseigné, etc. On voit donc qu'un homme garde ce qui se trouve dans la main de son compagnon. Au dernier chapitre de Avoda Zara (69a), Rachi explique, à propos de la question en quoi la première clause diffère-t-elle de la dernière, qu'il le voit toucher : puisqu'il est enseigné chargés d'aliments purs, il ne s'agit pas là de jarres qui seraient scellées, mais d'aliments transportés sans jarres. Cela fait difficulté pour Rabbenou Elhanan : que l'on établisse le cas avec des jarres, et la difficulté tombe d'elle-même. De plus, ici, lorsque la guemara veut dire qu'un homme garde ce qui se trouve dans la main de son compagnon, comment pourrait-il le garder s'il ne s'agit pas de jarres ? En outre, pourquoi faudrait-il qu'ils aient échappé à son regard pour que les aliments deviennent impurs ? Il suffirait de dire qu'il les touche. Enfin, même sans la dernière clause la difficulté se poserait déjà : quelle est la raison de la première clause ? Le Ri explique qu'il s'agit bien ici de jarres, mais de jarres ouvertes ; car si elles étaient scellées, elles ne deviendraient pas impures du seul fait qu'il les perde de vue. De plus, il n'aurait pas été nécessaire d'établir la première clause comme parlant de quelqu un qui les a purifiés à cette fin, puisqu'il ne leur a pas fait savoir qu'il s'éloignait. On peut toutefois repousser cela : puisque la guemara établit ici le cas ainsi pour les besoins de la réponse qu'elle a donnée, elle l'établit de même là-bas dans Avoda Zara et objecte à partir de là, en s'appuyant sur notre passage. Car si tu ne dis pas ainsi, et que l'objection vienne du raisonnement, à savoir qu'il faudrait craindre qu'ils aient touché dans la première clause, alors ici, dans notre sougya, lorsque la guemara demande en quoi la première clause diffère au titre de ce qui se trouve dans la main de son compagnon, il resterait à objecter qu'il faudrait craindre qu'ils y touchent. Il faut donc dire que du point de vue du raisonnement la difficulté n'existe pas, car ils n'ont pas touché : ils tremblent, puisqu'on ne leur a pas fait savoir qu'il s'éloignait. La guemara aurait pu néanmoins objecter et selon ton raisonnement, sur la première clause elle-même : que l'on craigne qu'il ait touché. Il en va de même en plusieurs endroits, où la guemara ne soulève pas cette objection.
💡 Explication

La guemara vient d'affirmer qu'un homme ne garde pas ce qui se trouve dans la main de son compagnon, et cette baraita semble la contredire. Le maître confie des aliments purs à des amei haarets, gens peu scrupuleux en matière de pureté, et il s'éloigne d'eux de plus d'un mil. Les aliments restent pourtant purs.

Rachi précise la scène : il s'agit de vin dans des jarres de terre cuite, que les porteurs ne touchent pas de l'intérieur. Un ustensile de terre ne contracte l'impureté que par son espace intérieur, jamais par son dos ; le simple fait de porter la jarre ne la rend donc pas impure. La crainte porte uniquement sur un contact avec l'intérieur.

La différence entre les deux clauses tient à une seule phrase prononcée. Tant que le maître n'annonce rien, les porteurs le croient à tout instant sur leurs talons et se gardent de toucher. Dès qu'il annonce son retard, la garde cesse, et le seuil devient le regard : nitalmou eineiv mehen, ils ont échappé à sa vue.

🖼️ Schéma
La scène de la baraita le maître, qui veille sur la pureté âniers et ouvriers, amei haarets, portant des jarres d'aliments purs distance de plus d'un mil Sans annonce ils ne savent pas qu'il a décroché ils le croient à tout moment derrière eux ils s'abstiennent de toucher les jarres les aliments purs restent purs Avec l'annonce lekhou ils savent exactement où il se trouve hors de sa vue, la surveillance cesse le seuil est le regard, non la distance les aliments purs sont impurs
Les deux cas de la baraita : la distance ne décide de rien, la parole prononcée décide de tout.
2
מַאי שְׁנָא רֵישָׁא וּמַאי שְׁנָא סֵיפָא? אָמַר רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא: רֵישָׁא בִּמְטַהֵר חֲמָרָיו וּפוֹעֲלָיו לְכָךְ.

En quoi la première clause diffère-t-elle, et en quoi la dernière clause diffère-t-elle ? Rabbi Yits hak Nappaha dit : la première clause traite de celui qui purifie ses âniers et ses ouvriers à cette fin.

📜 Rachi (2)
מַאי שְׁנָא רֵישָׁא וּמַאי שְׁנָא סֵיפָא לָא גָרְסִי' לֵיהּ וְאִי גָּרְסִי' הָכִי פֵּירוּשׁוֹ וְאִי ס"ד אֵין אָדָם מְשַׁמֵּר מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵרוֹ מַאי שְׁנָא רֵישָׁא מַאי שְׁנָא סֵיפָא:
En quoi la première clause diffère-t-elle et en quoi la dernière clause diffère-t-elle — nous ne lisons pas cette phrase ; et si on la lit, voici son sens : si tu penses qu'un homme ne garde pas ce qui se trouve dans la main de son compagnon, en quoi la première clause diffère-t-elle de la dernière ?
א"ר יִצְחָק בִּמְטַהֵר חֲמָרָיו וּפוֹעֲלָיו לְכָךְ לְעוֹלָם אֵין אָדָם מְשַׁמֵּר מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵרוֹ וְהָנֵי אֵין צְרִיכִין שִׁימּוּר דְּאִי נָמֵי נָגְעוּ לֹא אִיכְפַּת לְהוּ דִּכְשֶׁהִטְבִּילָן לְכָךְ עָסְקִינַן:
Rabbi Yits hak dit : celui qui purifie ses âniers et ses ouvriers à cette fin — en vérité, un homme ne garde pas ce qui se trouve dans la main de son compagnon ; et ceux-ci n'ont besoin d'aucune garde, car même s'ils ont touché cela ne porte pas à conséquence : nous traitons du cas où il les a immergés à cette fin.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי שְׁנָא רֵישָׁא וּמַאי שְׁנָא סֵיפָא א"ר יִצְחָק רֵישָׁא בִּמְטַהֵר חֲמָרָיו וּפוֹעֲלָיו לְכָךְ. כָּךְ כָּתוּב בַּסְּפָרִים וְיֵשׁ פִּי' כָּתוּב וְלָא גָּרְסִינַן לֵיהּ אַךְ בְּפִי' שֶׁלִּפְנֵי מָצָאתִי כָּתוּב וּפֵירוּשׁ לְעוֹלָם אֵין אָדָם מְשַׁמֵּר מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵירוֹ וְכִי תֵּימָא מַאי שְׁנָא רֵישָׁא בִּמְטַהֵר חֲמָרָיו וּפוֹעֲלָיו לְכָךְ וּלְפִיכָךְ מְרַתֵּת וּבְפִי' יְשָׁנִים כָּתוּב וְכֵן פִּי' מוֹרִי דְּהָוֵי כְּמוֹ וְלִיטַעֲמֵיךְ כְּלוֹמַר אַדְּמוֹכַחַת מֵרֵישָׁא דְּאָדָם מְשַׁמֵּר תִּיקְשֵׁי לְסֵיפָא וְהַייְנוּ מַאי שְׁנָא רֵישָׁא וּמַאי שְׁנָא סֵיפָא דְּאִי אָדָם מְשַׁמֵּר סֵיפָא אַמַּאי לָא אֶלָּא בִּמְטַהֵר לְכָךְ:
En quoi la première clause diffère-t-elle et en quoi la dernière clause diffère-t-elle ; Rabbi Yits hak dit : la première clause traite de celui qui purifie ses âniers et ses ouvriers à cette fin. Ainsi est-il écrit dans les livres, et un commentaire écrit porte que nous ne lisons pas cette phrase. Mais dans le commentaire que j'ai devant moi, j'ai trouvé écrit : en vérité un homme ne garde pas ce qui se trouve dans la main de son compagnon, et si tu demandes en quoi diffère la première clause, elle traite de celui qui purifie ses âniers et ses ouvriers à cette fin, en sorte qu'ils tremblent. Dans les commentaires anciens il est écrit, et ainsi a expliqué mon maître, que la phrase équivaut à un et selon ton raisonnement : c'est-à-dire, avant de tirer de la première clause la preuve qu'un homme garde, que la dernière clause te fasse difficulté. Tel est le sens de en quoi la première clause diffère-t-elle et en quoi la dernière clause diffère-t-elle : si un homme garde, pourquoi la dernière clause ne serait-elle pas pure ? Il faut donc dire que la première parle de celui qui a purifié à cette fin.
💡 Explication

La réponse déplace entièrement le fondement de la première clause. Le maître a fait immerger ses ouvriers avant le départ, précisément en vue de ce transport. Leur contact ne peut donc plus rien invalider, et aucune garde n'est requise : la baraita ne prouve plus qu'un homme garde ce qui se trouve dans la main de son compagnon.

Rachi signale que la question mai chena reicha oumai chena seifa ne figure pas dans sa leçon ; si on la lit, elle signifie : si tu tiens qu'un homme ne garde pas ce qui se trouve dans la main de son compagnon, quelle différence reste-t-il entre les deux clauses ? Tossefot rapporte au nom de son maître une autre lecture, où la phrase fonctionne comme un oulitaamekh : avant de tirer de la première clause une preuve, considère que la dernière clause fait difficulté sur cette même preuve.

3
אִי הָכִי, סֵיפָא נָמֵי! אֵין עַם הָאָרֶץ מַקְפִּיד עַל מַגַּע חֲבֵירוֹ.

S'il en est ainsi, la dernière clause aussi devrait rester pure. — Un am haarets n'est pas regardant sur le contact de son semblable.

💡 Explication

Si la pureté des aliments de la première clause tient à l'immersion préalable des ouvriers, la même immersion devrait valoir dans la dernière clause, et les aliments y resteraient purs. La guemara répond que la crainte ne porte pas sur les ouvriers eux-mêmes mais sur un tiers : un am haarets croise en chemin peut toucher les aliments, et les ouvriers, eux-mêmes amei haarets, ne s'en soucient pas, car ils ne sont pas regardants sur le contact de leurs semblables.

4
אִי הָכִי, רֵישָׁא נָמֵי! בְּבָא לָהֶם דֶּרֶךְ עֲקַלָּתוֹן.

S'il en est ainsi, la première clause aussi devrait être impure. — Il s'agit du cas où il vient vers eux par un chemin détourné.

📜 Rachi (1)
בְּבָא לָהֶן דֶּרֶךְ עֲקַלָּתוֹן כְּשֶׁיָּכוֹל לָבוֹא לָהֶם פִּתְאוֹם דֶּרֶךְ עֲקַלָּתוֹן שֶׁלֹּא יָבִינוּ הִלְכָּךְ דָּחֲלִי מִינֵּיהּ:
Quand il vient à eux par un chemin détourné — lorsqu'il peut surgir soudainement devant eux par un chemin détourné, sans qu'ils s'en aperçoivent ; c'est pourquoi ils le redoutent.
🗂️ Tossefot (1)
בְּבָא לָהֶם דֶּרֶךְ עֲקַלָּתוֹן. וְאַפֵּ"ה בָּעֵינַן שֶׁיְּטַהֲרֵם לְכָךְ כְּדֵי שֶׁיְּהוּ מְרַתְּתִים לִיגַע בּוֹ וְאִי לָאו הָכֵי לָא מִירַתְּתִי הוֹאִיל וּמוֹסְרִין לָהֶם הַטְּהָרוֹת וּמַחֲזִיקִים עַצְמָם כִּטְהוֹרִים וְאַפֵּי' מַזְהִירִין אוֹתָן שֶׁלֹּא לִיגַע סָבְרִי דְּלָא קָפְדִי אַהַךְ אֲבָל בְּנָכְרִי סַגִּי בְּדֶרֶךְ עֲקַלָּתוֹן לְחוּד דִּלְעוֹלָם יוֹדֵעַ הוּא שֶׁמַּקְפִּיד עַל מַגָּעוֹ וּמְרַתֵּת:
Quand il vient à eux par un chemin détourné. Et malgré cela il faut qu'il les ait purifiés à cette fin, pour qu'ils tremblent à l'idée de toucher ; sans quoi ils ne trembleraient pas, puisqu'on leur remet des aliments purs et qu'ils se tiennent eux-mêmes pour purs. Même si on les avertit de ne pas toucher, ils pensent qu'on n'y est pas regardant. Mais pour un non-Juif, le chemin détourné suffit à lui seul, car il sait toujours que l'on est regardant sur son contact, et il tremble.
💡 Explication

La réponse précédente se retourne aussitôt : si le danger vient d'un tiers que les ouvriers laissent approcher, ce danger existe également dans la première clause. La guemara répond que le maître y chemine par un derekh akalaton, un chemin détourné qui lui permet de surgir à l'improviste, de côté et sans être vu venir. Les ouvriers, ne sachant jamais d'où il apparaîtra, se gardent non seulement de toucher eux-mêmes, mais aussi de laisser un autre am haarets toucher.

Tossefot souligne que les deux conditions se cumulent : le chemin détourné ne suffit pas seul, il faut aussi la purification préalable. Sans elle, les ouvriers se tiendraient pour purs et jugeraient que leur maître ne se soucie pas de leur contact. Pour un non-Juif, en revanche, le chemin détourné suffit à lui seul, car il sait toujours que l'on est regardant sur son contact.

5
אִי הָכִי, סֵיפָא נָמֵי! כֵּיוָן דְּאָמַר לְהוּ ״לְכוּ וַאֲנִי אָבוֹא אַחֲרֵיכֶם״ — מִיסְמַךְ סָמְכָא דַּעְתַּיְיהוּ.

S'il en est ainsi, la dernière clause aussi devrait rester pure. — Puisqu'il leur a dit : allez, et moi je viendrai derrière vous, leur esprit s'appuie sur cette parole.

💡 Explication

Dernière reprise : si le maître peut surgir par un chemin détourné, cette possibilité existe aussi dans la dernière clause, et les ouvriers devraient y trembler également. La guemara répond que la phrase prononcée, allez et moi je viendrai derrière vous, fixe leur représentation de la situation. Leur esprit s'y appuie, missemakh samkha dateihou, et ils cessent de se croire sous surveillance.

La sougya s'achève ainsi sans preuve tirée de la baraita : la première clause tient à la purification préalable jointe au chemin détourné, et la dernière à la parole qui rassure. Le principe qu'un homme garde ce qui se trouve dans la main de son compagnon n'en sort ni établi ni réfuté.

🖼️ Schéma
Les trois objections qui affinent la réponse chaque i hakhi tire la réponse précédente vers l'autre clause 1. I hakhi, seifa nami purifiés aussi là-bas : pourquoi impurs ? Un am haarets ne se garde pas du contact de son semblable 2. I hakhi, reicha nami la même crainte vaut dans la reicha Il vient par un chemin détourné il peut surgir : ils tremblent et se gardent 3. I hakhi, seifa nami il peut aussi surgir dans la seifa Lekhou vaani avo aharekhem leur esprit s'appuie : la crainte tombe Le ressort unique de toute la sougya : mirtat l'ouvrier se garde tant qu'il redoute une apparition soudaine du maître ; une parole qui le rassure suffit à lever cette crainte Ce que la conclusion laisse tomber la baraita ne prouve plus qu'un homme garde ce qui est dans la main de son compagnon : la reicha tient à la purification préalable
Le parcours complet des trois objections et de leurs réponses.
6
הֲדַרַן עֲלָךְ אֵין דּוֹרְשִׁין

Nous reviendrons à toi, chapitre Ein dorchin.

💡 Explication

Formule qui clôt le deuxième chapitre du traité. Le chapitre s'ouvrait sur les matières que l'on n'expose pas en public, l'œuvre de la création et l'œuvre du char, et s'achevait sur les règles de pureté liées à la garde des aliments. S'ouvre maintenant le troisième chapitre, Homer bakodech, consacré aux échelons de rigueur qui séparent le kodech de la terouma.

7
חֹומֶר בַּקֹּדֶשׁ מִבִּתְרוּמָה, שֶׁמַּטְבִּילִין כֵּלִים בְּתוֹךְ כֵּלִים לַתְּרוּמָה, אֲבָל לֹא לְקַדֵּשׁ. אֲחוֹרַיִים וְתוֹךְ וּבֵית הַצְּבִיטָה בַּתְּרוּמָה, אֲבָל לֹא בַּקֹּדֶשׁ.

Michna. Il y a une rigueur pour le kodech par rapport à la terouma : on immerge des ustensiles à l'intérieur d'autres ustensiles pour la terouma, mais non pour le kodech.

Le dehors, le dedans et la prise valent pour la terouma, mais non pour le kodech.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' חֹומֶר בַּקֹּדֶשׁ מִבַּתְּרוּמָה כו' שֶׁמַּטְבִּילִים כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי שֶׁשְּׁנֵיהֶם טְמֵאִים:
Michna. Rigueur pour le kodech par rapport à la terouma, etc. — que l'on immerge un ustensile à l'intérieur d'un autre ustensile, les deux étant impurs.
אֲבָל לֹא לַקֹּדֶשׁ בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Mais non pour le kodech — la guemara en explique la raison.
אֲחוֹרַייִם וָתוֹךְ וּבֵית הַצְּבִיטָה לִתְרוּמָה כְּלִי הָרָאוּי לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּתוֹכוֹ וּמֵאֲחוֹרָיו וּבֵית צְבִיטָתוֹ כָּל תַּשְׁמִישׁ וְתַשְׁמִישׁ שֶׁבּוֹ חָשׁוּב כְּלִי בִּפְנֵי עַצְמוֹ לְעִנְיַן תְּרוּמָה שֶׁאִם נִטְמָא זֶה לֹא נִטְמָא זֶה וּבְטֻומְאוֹת דְּרַבָּנָן קָאָמַר כְּדִמְפָרֵשׁ בגמ':
Le dehors, le dedans et la prise, pour la terouma — un ustensile dont on peut se servir par son intérieur, par son dehors et par sa prise : chacun de ces usages y est tenu pour un ustensile à part entière en matière de terouma, en sorte que si l'un est rendu impur l'autre ne l'est pas. Il parle d'impuretés rabbiniques, comme la guemara l'explique.
אֲבָל לֹא לַקֹּדֶשׁ שֶׁאִם נִטְמָא אֶחָד מֵהֶן כֻּולּוֹ טָמֵא לְקַדֵּשׁ:
Mais non pour le kodech — car si l'une de ces parties est rendue impure, l'ustensile entier est impur pour le kodech.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' חֹומֶר בַּקֹּדֶשׁ. י"א מַעֲלוֹת חֲשִׁיב לְרָבָא וּלְרַבִּי אֵילָא י' מַעֲלוֹת וְהָיָה קָשֶׁה לְהָר"ר אֶלְחָנָן לִיתְנֵי הַהִיא דִּלְעֵיל (חֲגִיגָה דַּף יח:) נוֹטְלִין לַיָּדַיִם לְחֻולִּין וְלִתְרוּמָה וּלְקַדֵּשׁ מַטְבִּילִין טֶבֶל וְהֻוחְזַק לִתְרוּמָה לֹא הֻוחְזַק לְקַדֵּשׁ וְנִרְאֶה לְמוֹרִי דְּלָא קָא חָשֵׁיב בְּמָתְנֵי' אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיכָּא דְּרָרָא דְּטֻומְאָה קְצָת וְאַפֵּי' בְּבָתְרָייָתָא נָמֵי אֲבָל הַךְ לֵיכָּא כְּלָל דְּרָרָא דְּטֻומְאָה וְהָכִי נָמֵי בפ"ק דְּנִדָּה (דַּף ו.) לָא חֲשִׁיב מֵעֵת לְעֵת שֶׁבְּנִדָּה מִשּׁוּם דְּלֵיכָּא דְּרָרָא דְּטֻומְאָה וּבִגְדֵי אוֹכְלֵי תְּרוּמָה מִדְרָס לַקֹּדֶשׁ אִיכָּא דְּרָרָא דְּטֻומְאָה אַף דְּאוֹרָייְתָא שֶׁמָּא יָשְׁבָה עֲלֵיהֶן אִשְׁתּוֹ נִדָּה:
Michna. Rigueur pour le kodech. Onze échelons sont comptés selon Rava, et dix selon Rabbi Ila. Rabbenou Elhanan trouvait difficile que la michna n'enseigne pas ici ce qui a été dit plus haut (Haguiga 18b) : on se lave les mains pour les houlin, pour la terouma et pour le kodech ; pour l'eau de la hatat, on immerge. Celui qui s'est immergé est présumé apte pour la terouma, mais non pour le kodech. Il semble à mon maître que la michna ne compte que les cas où il existe une amorce d'impureté, y compris dans les derniers échelons ; or dans ce cas il n'y a aucune amorce d'impureté. De même, au premier chapitre de Nidda (6a), on ne compte pas la règle des vingt-quatre heures de la nidda, parce qu'il n'y a pas là d'amorce d'impureté. Quant aux vêtements de ceux qui mangent de la terouma, qui sont midras pour le kodech, il y a bien une amorce d'impureté, et même d'ordre biblique : peut-être son épouse nidda s'y est-elle assise.
💡 Explication

La michna énumère les maalot, les échelons de rigueur propres au kodech. Le premier concerne l'immersion : deux ustensiles impurs, l'un placé dans l'autre, sont immergés ensemble pour la terouma ; pour le kodech chacun doit être immergé séparément. La guemara en donnera la raison.

Le deuxième échelon porte sur les parties d'un même ustensile. Un récipient peut servir par son intérieur, le tokh, par son fond ou sa paroi extérieure, les ahorayim, et par l'endroit où on le saisit, le bet hatsevita. Pour la terouma chacun de ces usages compte comme un ustensile distinct, de sorte que l'impureté de l'un n'atteint pas les autres. Rachi note qu'il s'agit là d'impuretés rabbiniques. Pour le kodech cette division tombe : l'impureté d'une partie rend l'ustensile entier impur.

🖼️ Schéma
Ahorayim, tokh et bet hatsevita : les trois usages d'un même ustensile tokh le dedans ahorayim le dehors bet hatsevita la prise, où l'on saisit Pour la terouma chaque usage vaut comme un ustensile à part Pour le kodech une partie impure rend l'ustensile entier impur
Les trois usages d'un ustensile et leur sort différent selon qu'il s'agit de terouma ou de kodech.
8
הַנּוֹשֵׂא אֶת הַמִּדְרָס, נוֹשֵׂא אֶת הַתְּרוּמָה, אֲבָל לֹא אֶת הַקֹּדֶשׁ. בִּגְדֵי אוֹכְלֵי תְּרוּמָה, מִדְרָס לְקַדֵּשׁ.

Celui qui porte l'objet de midras peut porter de la terouma, mais non du kodech. Les vêtements de ceux qui mangent de la terouma sont midras pour le kodech.

📜 Rachi (3)
הַנּוֹשֵׂא אֶת הַמִּדְרָס מִנְעָל שֶׁל זָב:
Celui qui porte le midras — la chaussure d'un zav.
נוֹשֵׂא אֶת הַתְּרוּמָה בְּחָבִית שֶׁאֵינוֹ נוֹגֵעַ בַּאֲוִירָהּ:
Porte la terouma — dans une jarre, sans toucher son espace intérieur.
אֲבָל לֹא אֶת הַקֹּדֶשׁ בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Mais non le kodech — la guemara en explique la raison.
🗂️ Tossefot (1)
הַנּוֹשֵׂא אֶת הַמִּדְרָס. מִנְעָל שֶׁל זָב נוֹשֵׂא אֶת הַתְּרוּמָה וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִגַּע בָּהּ רַק נוֹשֵׂא אֶת הֶחָבִית וְכִי תַּנְיָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים הַנּוֹשֵׂא אֶת הַמִּדְרָס מְטַמֵּא שְׁנַיִם וּפוֹסֵל אֶחָד פִּי' מְטַמֵּא שְׁנַיִם וּפוֹסֵל אֶחָד דַּהֲוָה אַב הַטֻּומְאָה וְעוֹשֶׂה רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי בְּחֻולִּין וּפוֹסֵל בִּתְרוּמָה הָתָם בְּנוֹגֵעַ בָּהּ וְעַל מַה שפרש"י נוֹשֵׂא מִדְרָס שֶׁנּוֹשֵׂא אֶת הַתְּרוּמָה בְּחָבִית וְאֵינוֹ נוֹגֵעַ בַּאֲוִירָהּ וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דַּחֲשִׁיב לֵיהּ לְהַאי נוֹשֵׂא אַב הַטֻּומְאָה לְטַמֵּא כְּלִי כְּמוֹ זָב וא"כ לִיטָּמֵא הַאי חָבִית וּתְרוּמָה שֶׁבְּתוֹכוֹ בְּהֶיסֵּט מִי לָא תַּנְיָא מִשְׁכָּב וּמוֹשָׁב בְּכַף מֹאזְנַיִם וָאֳוכָלִין וּמַשְׁקִין בְּכַף שְׁנִיָּה הִכְרִיעַ הַמִּשְׁכָּב טִימֵּא הָאֳוכָלִין וְעוֹד תַּנְיָא בְּת"כ הַנּוֹגֵעַ בְּמִשְׁכָּבוֹ יְכַבֵּס בְּגָדָיו (וַיִּקְרָא טו) אֵין לִי אֶלָּא בְּגָדִים שֶׁהוּא לָבוּשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים מִנָּלַן ת"ל בֶּגֶד בְּגָדָיו א"כ מַה ת"ל בְּגָדָיו לְפָרֵט פִּי' לְפָרֵט אָדָם וּכְלֵי חֶרֶס אַלְמָא דְּנוֹשֵׂא הַמִּדְרָס לֹא יִטַּמָּא כְּלִי אַפֵּי' בְּעֵת נָשְׂאוּ אֶת הַמִּדְרָס אֶלָּא וַדַּאי אַפֵּי' יִגַּע בַּאֲוִירָהּ אֵין לָחוּשׁ:
Celui qui porte le midras. La chaussure d'un zav ; il porte la terouma, à condition de ne pas la toucher, mais seulement de porter la jarre. Quant à ce qui est enseigné dans le Torat Kohanim, que celui qui porte le midras rend deux degrés impurs et en invalide un troisième — c'est-à-dire qu'il est av hatoumea, qu'il produit un premier et un deuxième degré dans les houlin et invalide la terouma —, cela vise le cas où il la touche. Sur l'explication de Rachi, selon laquelle celui qui porte un midras porte la terouma dans une jarre sans toucher son espace intérieur, il y a difficulté : il tient ce porteur pour av hatoumea, capable de rendre un ustensile impur comme le zav. S'il en est ainsi, cette jarre et la terouma qui s'y trouve devraient devenir impures par le seul déplacement. N'a-t-on pas enseigné : un objet de couche ou de siège sur un plateau de la balance, des aliments et des boissons sur l'autre plateau — si l'objet de couche fait pencher son plateau, il rend les aliments impurs ? On a de plus enseigné dans le Torat Kohanim, sur le verset celui qui touche sa couche lavera ses vêtements (Lévitique 15) : je n'apprends là que les vêtements qu'il porte sur lui ; d'où sait-on qu'il en va de même d'autres vêtements ? Le texte dit vêtement, ses vêtements. S'il en est ainsi, que vient enseigner ses vêtements ? À exclure, c'est-à-dire à exclure une personne et un ustensile de terre cuite. On voit donc que celui qui porte le midras ne rend pas un ustensile impur, même au moment où il porte le midras. Il faut donc dire que même s'il touchait son espace intérieur, il n'y aurait rien à craindre.
💡 Explication

Le midras désigne un objet foulé ou porte par un zav, qui devient par là une source d'impureté. Rachi prend l'exemple de la chaussure d'un zav. Celui qui la porte peut en même temps transporter de la terouma dans une jarre, pourvu qu'il ne touche pas son espace intérieur ; pour le kodech cette simultanéité est interdite.

La seconde clause énonce un échelon plus lourd : les vêtements de ceux qui mangent de la terouma, gens pourtant soigneux, sont tenus pour midras à l'égard du kodech. Tossefot signale plus haut la raison de cette rigueur : le vêtement a pu servir de siège à une femme nidda, et la crainte est ici d'ordre biblique.

Tossefot conteste longuement l'explication de Rachi. Si celui qui porte un midras avait le rang d av hatoumea, capable de rendre un ustensile impur comme le zav lui-même, la jarre et la terouma qu'elle contient deviendraient impures par le seul déplacement, sans aucun contact. Or une baraita du Torat Kohanim enseigne que celui qui porte un midras ne rend pas un ustensile impur. Le contact avec l'espace intérieur de la jarre n'est donc même pas à craindre.

9
לֹא כְּמִדַּת הַקֹּדֶשׁ מִדַּת הַתְּרוּמָה. שֶׁבַּקֹּדֶשׁ: מַתִּיר וּמְנַגֵּב וּמַטְבִּיל, וְאַחַר כָּךְ קוֹשֵׁר. וּבִתְרוּמָה: קוֹשֵׁר, וְאַחַר כָּךְ מַטְבִּיל.

La mesure de la terouma n'est pas comme celle du kodech. Car pour le kodech : il dénoue, il essuie, il immerge, et ensuite il noue.

Et pour la terouma : il noue, et ensuite il immerge.

📜 Rachi (4)
לֹא כְּמִדַּת הַקֹּדֶשׁ בַּחֲצִיצַת טְבִילוֹתָיו מִדַּת הַתְּרוּמָה:
La mesure du kodech — pour ce qui est de l'interposition lors des immersions, telle est la mesure de la terouma.
שֶׁבַּקֹּדֶשׁ אִם יֵשׁ בֶּגֶד טָמֵא וּבָא לְהַטְבִּילוֹ אִם קָשׁוּר הוּא מַתִּיר אֶת קִשְׁרוֹ מִשּׁוּם דְּדָמֵי לַחֲצִיצָה:
Car pour le kodech — s'il y a un vêtement impur et qu'il vient l'immerger, s'il est noué il dénoue son nœud, parce que cela ressemble à une interposition.
וּמְנַגֵּב אִם לַח הוּא מְנַגְּבוֹ תְּחִלָּה וְאח"כ מַטְבִּילוֹ וְכָל זֶה מִשּׁוּם דְּדָמֵי לַחֲצִיצָה הוּא:
Et il essuie — s'il est humide, il l'essuie d'abord, puis l'immerge ; tout cela parce que cela ressemble à une interposition.
וּבַתְּרוּמָה אִם רָצָה לְקָושְׁרוֹ קוֹשֵׁר וְאַחַ"כּ מַטְבִּיל:
Et pour la terouma — s'il veut le nouer, il le noue, et ensuite il immerge.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא כְּמִדַּת הַתְּרוּמָה מִדַּת הַקֹּדֶשׁ. לְפִי שֶׁמְּפָרֵשׁ בּוֹ הַרְבֵּה דִּינִים בֵּינֵיהֶם נְקַט הַאי לִישָּׁנָא:
La mesure de la terouma n'est pas comme celle du kodech. Puisque la michna détaille ici de nombreuses règles qui les séparent, elle emploie cette formule.
💡 Explication

L'échelon porte sur la hatsitsa, l'interposition qui empêche l'eau du mikve d'atteindre toute la surface de l'objet immergé. Un vêtement impur que l'on vient immerger peut être noué, ou encore humide. Pour le kodech, la michna exige de défaire le nœud et d'essuyer l'humidité avant l'immersion, puis de renouer ensuite ; ces deux états ressemblent à une interposition, même s'ils n'en sont pas une au sens strict.

Pour la terouma cette précaution tombe : celui qui le souhaite noue d'abord et immerge ensuite. Tossefot explique le choix de la formule négative de la michna par le nombre de règles distinctes qu'elle doit énoncer sous ce seul chef.

10
כֵּלִים הַנִּגְמָרִים בְּטָהֳרָה, צְרִיכִין טְבִילָה לְקַדֵּשׁ, אֲבָל לֹא לִתְרוּמָה. הַכְּלִי מְצָרֵף מַה שֶּׁבְּתוֹכוֹ לַקֹּדֶשׁ, אֲבָל לֹא לִתְרוּמָה.

Des ustensiles achevés en état de pureté requièrent une immersion pour le kodech, mais non pour la terouma. L'ustensile réunit ce qui se trouve en lui pour le kodech, mais non pour la terouma.

📜 Rachi (4)
כֵּלִים הַנִּגְמָרִים בְּטָהֳרָה שֶׁנִּזְהַר בָּהֶן מִשֶּׁבָּאוּ סָמוּךְ לִגְמָרָן שֶׁרְאוּיִין לְקַבֵּל טֻומְאָה:
Des ustensiles achevés en pureté — dont on a pris garde dès l'instant où ils sont parvenus près de leur achèvement, moment où ils deviennent susceptibles de contracter l'impureté.
צְרִיכִין טְבִילָה לְקַדֵּשׁ וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Requièrent une immersion pour le kodech — la guemara en explique la raison.
הַכְּלִי מְצָרֵף אֶת מַה שֶּׁבְּתוֹכוֹ אוֹכְלִים חֲתִיכוֹת הַרְבֵּה בִּכְלִי אֶחָד וְנָגַע טָמֵא בְּאֶחָד מֵהֶן הַכְּלִי מְצָרְפָן לִהְיוֹת כֻּולָּן חֲתִיכָה אַחַת וְנִטְמְאוּ כֻּולָּן:
L'ustensile réunit ce qui se trouve en lui — des aliments en plusieurs morceaux dans un même ustensile ; si un objet impur en a touché un seul, l'ustensile les réunit pour n'en faire qu'un seul morceau, et tous deviennent impurs.
אֲבָל לֹא לִתְרוּמָה אֶלָּא אוֹתָהּ שֶׁנָּגַע בָּהּ הָוְיָא רִאשׁוֹן וְהַנּוֹגַעַת בָּהּ הָוְיָא שְׁנִיָּה וְהַנּוֹגַעַת בַּשְּׁנִיָּה שְׁלִישִׁית וְהַשְּׁאָר טְהוֹרוֹת:
Mais non pour la terouma — plutôt, celui qu'il a touché devient premier degré, celui qui le touche devient deuxième, celui qui touche le deuxième devient troisième, et le reste demeure pur.
🗂️ Tossefot (2)
כֵּלִים הַנִּגְמָרִים וְכוּ'. אוֹמֵר הָר"ר אֶלְחָנָן דִּלְהָכִי נְקַט נִגְמָרִים וְלֹא נַעֲשִׂים מִשּׁוּם דְּאֵין רְגִילוּת לְשָׁומְרָם בְּטָהֳרָה בִּזְמַן עֲשִׂייָּתָן עַד עֵת גּוֹמְרָם לְפִי שֶׁאֵין מְקַבְּלִין טֻומְאָה עֲדַייִן אֲבָל כִּי נִגְמְרוּ שֶׁמְּקַבְּלִין טֻומְאָה נוֹתְנִין לֵב לָהֶן לְשָׁומְרָם בְּטָהֳרָה:
Des ustensiles achevés, etc. Rabbenou Elhanan dit que la michna emploie achevés et non fabriqués parce qu'on n'a pas coutume de les garder en pureté pendant leur fabrication, jusqu'au moment de leur achèvement, puisqu'ils ne sont pas encore susceptibles de contracter l'impureté ; mais une fois achevés, devenus susceptibles de l'impureté, on prend soin de les garder en pureté.
הַכְּלִי מְצָרֵף מַה שֶּׁבְּתוֹכוֹ. הִקְשָׁה הָרַב רַבִּי אֶפְרַיִם דבפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף כֹּד: וְשָׁם) דָּרְשִׁינַן מִכָּל אֲשֶׁר בְּתוֹכוֹ יִטְמָא לִימֵּד עַל כְּלִי חֶרֶס שָׁאפֵי' מָלֵא חַרְדָּל טָמֵא וּמְנָא לֵיהּ דְּטַעְמָא הָכִי דִּלְמָא הָתָם מִטַּעְמָא דְּצֵירוּף וְתֵירֵץ הר"י דְּלָא מָצִינוּ צֵירוּף לְחֻולִּין:
L'ustensile réunit ce qui se trouve en lui. Rav Rabbi Efraim a soulevé une difficulté : au premier chapitre de Houlin (24b, et là-bas) on expose du verset tout ce qui est dans son intérieur sera impur, qu'il enseigne au sujet d'un ustensile de terre cuite que même rempli de graines de moutarde il est impur. D'où sait-on que telle est bien la raison ? Peut-être cela tient-il là-bas au principe de la réunion. Le Ri répond que l'on ne trouve pas de réunion pour les houlin.
💡 Explication

Un ustensile n'est susceptible de contracter l'impureté qu'à partir du moment où sa fabrication est achevée. Rachi explique donc le mot achevées : l'artisan y a pris garde dès l'instant où ils approchaient de leur achèvement. Même ainsi surveillés, ces ustensiles neufs exigent une immersion avant de servir au kodech, tandis que la terouma s'en dispense.

La seconde clause introduit le principe du tseirouf, la réunion. Plusieurs morceaux d'aliment placés dans un même récipient forment, pour le kodech, une seule pièce : le contact d'un objet impur avec un seul morceau les rend tous impurs. Pour la terouma, l'impureté se transmet de proche en proche selon les degrés, le morceau touché devenant premier degré, celui qui le touche deuxième, et ainsi de suite, le reste demeurant pur.

Tossefot rapporte au nom de Rabbenou Efraim une difficulté tirée de Houlin 24b, où l'on déduit d'un verset qu'un ustensile de terre cuite rempli de graines de moutarde devient entièrement impur : cette règle ne vient-elle pas du tseirouf ? Le Ri répond que la réunion ne s'applique pas aux houlin, tandis que la règle de Houlin vaut pour eux.

🖼️ Schéma
Hakeli metsaref : l'ustensile réunit ce qu'il contient un objet impur touche un seul morceau parmi plusieurs placés dans le même récipient Pour le kodech 1 tous ne font qu'un morceau : tous impurs Pour la terouma 1er 2e 3e la chaîne se transmet de proche en proche, le reste demeure pur Rachi : le contact du morceau touché fait de tout le contenu une seule pièce pour le kodech. Le Ri, dans Tossefot, ajoute que la réunion ne se trouve pas pour les houlin.
Le tseirouf : pour le kodech le contenu ne fait qu'un, pour la terouma la chaîne des degrés se déploie.
11
הָרְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ פָּסוּל, וְהַשְּׁלִישִׁי בִּתְרוּמָה. וּבִתְרוּמָה, אִם נִטְמֵאת אַחַת מִיָּדָיו — חֲבִירְתֵּהּ טְהוֹרָה, וּבְקֹדֶשׁ — מַטְבִּיל שְׁתֵּיהֶן, שֶׁהַיָּד מְטַמֵּא אֶת חֲבֶירְתָּהּ בַּקֹּדֶשׁ אֲבָל לֹא בַּתְּרוּמָה. אוֹכְלִין אֳוכָלִים נְגוּבִין בְּיָדַיִם מְסֹואָבוֹת בַּתְּרוּמָה, אֲבָל לֹא בַּקֹּדֶשׁ.

Le quatrième degré, pour le kodech, est passoul, et le troisième pour la terouma. Et pour la terouma, si l'une de ses mains a été rendue impure, l'autre demeure pure ; et pour le kodech, il immerge les deux, car la main rend l'autre main impure pour le kodech, mais non pour la terouma.

On mange des aliments secs à mains souillées s'il s'agit de terouma, mais non s'il s'agit de kodech.

📜 Rachi (5)
פָּסוּל וְאֵינוֹ פּוֹסֵל עוֹד אַחֵר:
Passoul — il est invalide et n'en rend plus aucun autre invalide.
אִם נִטְמֵאת אַחַת מִיָּדָיו בְּטֻומְאָה דְּרַבָּנָן שֶׁאֵינָהּ מְטַמְּאָה אֶלָּא יָדַיִם וְלֹא אֶת הַגּוּף:
Si l'une de ses mains a été rendue impure — par une impureté rabbinique qui n'atteint que les mains et non le corps.
נִגּוּבִין שֶׁהָיוּ נִגּוּבִין מֵימֵיהֶן שֶׁלֹּא הֻוכְשְׁרוּ לְטֻומְאָה מֵעוֹלָם:
Secs — qui sont restés secs de toute eau, n'ayant jamais été rendus aptes à l'impureté.
בְּיָדַיִם מְסֹואָבוֹת שְׁנִיּוֹת לִתְרוּמָה דְּכֵיוָן דְּלָא הֻוכְשְׁרָה לָא מִיפַּסְלָא:
À mains souillées — qui sont de deuxième degré pour la terouma ; puisqu'elle n'a pas été rendue apte, elle n'est pas invalidée.
אֲבָל לֹא לַקֹּדֶשׁ בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Mais non pour le kodech — la guemara en explique la raison.
💡 Explication

Trois derniers échelons. Le premier fixe jusqu'où court la chaîne des degrés d'impureté : la terouma est invalidée dès le troisième degré, le kodech va un cran plus loin et n'est invalide qu'au quatrième. Rachi précise le sens de passoul : l'aliment est invalide pour lui-même, sans plus rendre à son tour un autre aliment invalide.

Le deuxième concerne les mains. Une impureté rabbinique n'atteint que les mains et laisse le corps pur ; pour la terouma, la main atteinte laisse sa compagne pure, tandis que pour le kodech elle la contamine, et il faut immerger les deux.

Le troisième porte sur les aliments negouvin, restés secs depuis toujours. N'ayant jamais reçu de liquide, ils n'ont pas été rendus aptes à l'impureté, la hekhcher manque, et des mains souillées, qui ne sont que de deuxième degré pour la terouma, ne peuvent pas les invalider. Pour le kodech la rigueur demeure, et la guemara en donnera la raison.

🖼️ Schéma
Jusqu'où court la chaîne des degrés Av hatoumea source d'impureté Richon Cheni Chelichi Terouma : le troisième degré est passoul la terouma n'est pas atteinte par un quatrième degré Kodech : la chaîne va un cran plus loin, jusqu'au quatrième degré, qui est passoul Rachi précise : passoul veut dire invalide sans rendre à son tour un autre aliment invalide Les deux mains, pour la terouma une main impure d'une impureté rabbinique laisse l'autre main pure et l'on mange des aliments secs à mains souillées Les deux mains, pour le kodech la main atteinte rend sa compagne impure il immerge donc les deux mains et les aliments secs sont interdits à mains souillées
Degrés d'impureté, mains et aliments secs : trois échelons qui séparent le kodech de la terouma.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).