Chagigah 22a — Immerger un ustensile dans un ustensile : hatsitsa ou décret, et l'hostilité du am haaretz

Chagigah 22a

Sougya : Le folio achève la discussion de la maala de la michna qui interdit d'immerger un ustensile dans un ustensile pour le kodech. Deux motifs s'affrontent : Rabbi Ila y voit une crainte de hatsitsa, le poids de l'ustensile intérieur empêchant l'eau d'atteindre le point de contact, et Rava un décret pris de peur qu'on n'immerge aiguilles et crochets dans un récipient dont l'ouverture est plus étroite que le tuyau d'une outre.

La guemara dégage la conséquence pratique, le panier et la gargoutni, puis montre que ce partage est déjà celui de tanaim avec Abba Chaoul. Une longue chaîne d'objections demande ensuite pourquoi la rigueur vaut pour le seul kodech, et la réponse finit par reposer sur l'hostilité, eva, que susciterait le refus des apports du am haaretz.

Le folio s'ouvre enfin sur la crainte de l'emprunt et sur la michna de Edouyot relative à l'ustensile de terre cuite qui fait barrage devant l'impureté.

Michna : on immerge un ustensile dans un ustensile pour la terouma, mais non pour le kodech Pourquoi cette rigueur ? Deux motifs, et la conséquence pratique qui les sépare Rabbi Ila Motif : hatsitsa (interposition) Le poids de l'ustensile intérieur pèse sur le point de contact et l'eau n'y parvient pas. Rava Motif : gzera (décret) De peur qu'on n'immerge aiguilles et crochets dans un récipient dont l'ouverture est plus étroite que le tuyau d'une outre. Cas d'épreuve : panier et gargoutni remplis d'ustensiles La crainte demeure L'osier est un ustensile comme un autre : impurs pour le kodech. Aucune crainte Un panier a toujours une large ouverture : purs, même pour le kodech. = Abba Chaoul = le premier tana de la baraita
Les deux motifs de la rigueur et le cas d épreuve qui les sépare, du panier à la baraita d Abba Chaoul.
Ouverture étroite : quand l'immersion atteint-elle les petits ustensiles ? Ustensile extérieur déjà pur eau du mikvé col plus étroit que le tuyau d'une outre aiguilles et crochets L'eau enfermée est tenue pour séparée : ils restent impurs. Ustensile extérieur lui-même impur eau du mikvé même col étroit aiguilles et crochets Migo : l'immersion vaut pour tout le corps du récipient, donc aussi pour eux.
Le col plus étroit que le tuyau d une outre : ce qui change selon que le récipient extérieur est déjà pur ou lui-même impur.
La chaîne d'objections : pourquoi la rigueur ne porte que sur le kodech Objection Réponse Si le motif tient, la terouma aussi devrait être interdite. C'est aux haverim que l'on parle, et les haverim savent ces mesures. Alors le kodech aussi devrait être permis : ce sont les mêmes haverim. Le am haaretz voit le haver faire et s'en va immerger de même. Pour la terouma aussi il le voit et l'imite. Nous ne recevons pas leur terouma : son immersion nous est indifférente. Alors ne recevons pas non plus leur kodech. Un tel refus susciterait de l'hostilité : eva. Pour la terouma aussi il y aurait de l'hostilité. Cela lui est égal : il la porte à un cohen am haaretz, son compagnon.
Les cinq objections et leurs réponses, jusqu à l hostilité du am haaretz.
1
וְכַחֲלָלָהּ, בִּשְׁתֵּי אֶצְבָּעוֹת חוֹזְרוֹת לִמְקוֹמָן.

Et son creux : deux doigts qui tournent à leur place.

📜 Rachi (1)
וְכַחֲלָלָהּ וְעָובְיָהּ וְהֵן ב' אֶצְבָּעוֹת חוֹזְרוֹת לִמְקוֹמָן שֶׁאָדָם יָכוֹל לְגַלְגֵּל בְּתוֹךְ חֲלָלוֹ ב' אֶצְבָּעוֹת לְכָל צַד הָוֵי עֵירוּב וּמַטְבִּילִין אַף כֵּלִים וְהַאי נָמֵי חֲשַׁשׁ טֻומְאָה דְאוֹרַיְיתָא הִיא:
Ce sont deux doigts qui tournent à leur place : un homme peut faire tourner dans son creux deux doigts de tous côtés. Alors il y a jonction et l'on y immerge même des ustensiles ; et ce point aussi relève d'une crainte d'impureté d'ordre toraïque.
💡 Explication

Le folio précédent définissait la mesure de référence des lois de jonction des eaux, le chefoferet ha-nod, le tuyau que l'on fixe au col d'une outre. Sa dimension se prend par son creux : l'espace où deux doigts peuvent tourner sur eux-mêmes.

Cette mesure gouverne deux choses à la fois : la jonction de deux nappes d'eau, dont l'une contient les quarante sea et l'autre non, et le passage de l'eau du mikvé à l'intérieur d'un récipient. Un col plus étroit tient l'eau intérieure pour séparée de celle du mikvé.

2
סָבַר לַהּ כְּהָא דְּאָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: אַחַת עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת שָׁנוּ כָּאן: שֵׁשׁ רִאשׁוֹנוֹת — בֵּין לַקֹּודֶשׁ, בֵּין לְחֻולִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טָהֳרַת הַקֹּודֶשׁ. אַחֲרוֹנוֹת — לְקוֹדֶשׁ, אֲבָל לֹא לְחֻולִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טָהֳרַת הַקֹּודֶשׁ.

Il tient comme ce qu'a dit Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh : onze degrés de rigueur ont été enseignés ici. Les six premiers valent aussi bien pour le kodech que pour le houlin préparé selon la pureté du kodech ; les derniers valent pour le kodech, mais non pour le houlin préparé selon la pureté du kodech.

💡 Explication

La michna de ce chapitre énumère les rigueurs qui distinguent le kodech, ce qui relève du Temple, de la terouma. Rabbi Ila en comptait dix, Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh en compte onze, et il les partage en deux groupes.

Les six premières s'étendent au houlin préparé selon la pureté du kodech, c'est-à-dire à la nourriture ordinaire que l'on a voulu tenir au niveau de pureté du Temple. Les dernières restent attachées au kodech lui-même. L'interdiction d'immerger un ustensile dans un ustensile appartient au second groupe.

3
מַאי אִיכָּא בֵּין דְּרָבָא לִדְרַבִּי אִילָא?

Quelle différence y a-t-il entre l'avis de Rava et celui de Rabbi Ila ?

🗂️ Tossefot (1)
מַאי אִיכָּא בֵּין רָבָא לֵר' אֵילָא. קַשְׁיָא לְמוֹרִי אִיכָּא בֵינַייְהוּ טוּבָא כְּלִי חִיצוֹן כְּשֶׁהִטְבִּיל כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי לְמָאֵן דְּמוּקֵי לָהּ מִשּׁוּם חֲצִיצָה שַׁייָּךְ בֵּין בַּחִיצוֹן בֵּין בַּפְּנִימִי וּלְמַאן דְּמוּקֵי מִשּׁוּם גְּזֵרָה שֶׁאֵין בְּפִיו כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד לֵיכָּא לְמִגְזַר רַק בַּפְּנִימִי דְּבַחִיצוֹן לֵיכָּא לְמִגְזַר דִּבְכָל עִנְיָן טָהוֹר וְהָכִי מַשְׁמַע לְקַמָּן ה"מ בִּכְלִי טָהוֹר אֲבָל בִּכְלִי טָמֵא מִגּוֹ דִּמְהַנְּיָא טְבִילָה לַחִיצוֹן מְהַנֵּי לַפְּנִימִי וְתֵירֵץ לוֹ הָר"ר אֶלְחָנָן דְּמַתְנִיתִין בְּחִיצוֹן טָהוֹר וּפְנִימִי טָמֵא וְכֵן מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּקָתָנֵי מַטְבִּילִין כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי הִלְכָּךְ לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ טַעְמָא דִּכְבֵידוֹ שֶׁל כְּלִי לְגַבֵּי חִיצוֹן וְגַם רָבָא מוֹקֵי לָהּ הָכִי בְּסָמוּךְ דְּקָאָמַר וְהָנֵי מִילֵּי בִּכְלִי טָהוֹר וְהַיְינוּ מַתְנִיתִין דְּמִיתּוֹקְמָא הָכִי וּמִיהוּ רַשִׁ"י מְפָרֵשׁ בְּמַתְנִיתִין מַטְבִּילִין כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי בְּשֶׁשְּׁנֵיהֶם טְמֵאִים וְלֹא נִרְאֶה דְּהָא אַפֵּי' בִּכְלִי שֶׁאֵין בְּפִיו כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד אִם הָיוּ שְׁנֵיהֶם טְמֵאִים מְהַנֵּי שַׁפִּיר דְּמִגּוֹ דְּסָלְקָא לַחִיצוֹן וְהַשְׁתָּא לְפִי סְבָרַת רַשִׁ"י אִיכָּא לְמֵימַר דְּמָצֵי לְמֵימַר הָכִי אִיכָּא בֵינַייְהוּ חִיצוֹן אֶלָּא כֹּחַ דְּהֶתֵּירָא עָדִיף לֵיהּ דְּאַשְׁכַּח אַף בַּפְּנִימִית סָלְקָא טְבִילָה:
« Quelle différence y a-t-il entre Rava et Rabbi Ila ? » Mon maître trouvait la question difficile : il y a entre eux bien des différences. Ainsi le récipient extérieur, lorsqu'on immerge un ustensile dans un ustensile. Pour celui qui explique la règle par la hatsitsa, la crainte porte aussi bien sur l'extérieur que sur l'intérieur ; pour celui qui l'explique par le décret relatif au récipient dont l'ouverture n'a pas la largeur du tuyau d'une outre, il n'y a de décret que sur l'intérieur, car sur l'extérieur il n'y a rien à décréter, celui-ci étant pur en tout état de cause. C'est bien ce qui ressort de la suite : « cela ne vaut que pour un récipient pur ; mais pour un récipient impur, du moment que l'immersion est efficace pour l'extérieur, elle l'est aussi pour l'intérieur. » Rabbi Elhanan lui a répondu que notre michna traite d'un récipient extérieur pur et d'un ustensile intérieur impur, comme l'indique la formule « on immerge un ustensile dans un ustensile » ; dès lors le motif du poids de l'ustensile ne concerne pas l'extérieur. Rava lui-même la comprend ainsi plus loin, lorsqu'il dit « et cela ne vaut que pour un récipient pur », ce qui vise notre michna ainsi établie. Rachi, lui, explique dans la michna que « on immerge un ustensile dans un ustensile » vise le cas où les deux sont impurs ; cela ne paraît pas exact, car même dans un récipient dont l'ouverture n'a pas la largeur du tuyau d'une outre, si les deux étaient impurs l'immersion serait bien efficace, du moment qu'elle vaut pour l'extérieur. Selon la position de Rachi, on pourrait alors dire que la guemara aurait pu répondre : la différence entre eux porte sur le récipient extérieur ; elle a préféré la force de la permission, en trouvant un cas où l'immersion vaut même pour l'ustensile intérieur.
💡 Explication

La guemara cherche la nafka mina, la conséquence pratique qui sépare les deux explications de la rigueur. Rabbi Ila l'attribuait à la hatsitsa, l'interposition : le poids des ustensiles intérieurs empêche l'eau d'atteindre leurs points de contact. Rava l'attribuait à un décret pris de peur que l'on n'immerge de menus objets dans un récipient dont l'ouverture est plus étroite que le tuyau d'une outre.

Deux motifs peuvent soutenir la même règle et se séparer sur un cas particulier. La guemara va le chercher.

🖼️ Schéma
Michna : on immerge un ustensile dans un ustensile pour la terouma, mais non pour le kodech Pourquoi cette rigueur ? Deux motifs, et la conséquence pratique qui les sépare Rabbi Ila Motif : hatsitsa (interposition) Le poids de l'ustensile intérieur pèse sur le point de contact et l'eau n'y parvient pas. Rava Motif : gzera (décret) De peur qu'on n'immerge aiguilles et crochets dans un récipient dont l'ouverture est plus étroite que le tuyau d'une outre. Cas d'épreuve : panier et gargoutni remplis d'ustensiles La crainte demeure L'osier est un ustensile comme un autre : impurs pour le kodech. Aucune crainte Un panier a toujours une large ouverture : purs, même pour le kodech. = Abba Chaoul = le premier tana de la baraita
Les deux motifs de la rigueur et le cas d'épreuve qui va les séparer.
4
אִיכָּא בֵּינַייְהוּ סַל וְגַרְגוּתְנִי שֶׁמִּילְּאָן כֵּלִים וְהִטְבִּילָן. לְמַאן דְּאָמַר מִשּׁוּם חֲצִיצָה — אִיכָּא. לְמַאן דְּאָמַר מִשּׁוּם גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְבִּיל מְחָטִין וְצִינּוֹרִיּוֹת בִּכְלִי שֶׁאֵין בְּפִיו כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד — סַל וְגַרְגוּתְנִי שֶׁאֵין בְּפִיהֶן כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד, לֵיכָּא.

La différence entre eux porte sur un panier et une gargoutni que l'on a remplis d'ustensiles et immergés. Pour celui qui dit que le motif est la hatsitsa, la crainte existe ici.

Pour celui qui dit que le motif est le décret, de peur que l'on n'immerge aiguilles et crochets dans un récipient dont l'ouverture n'a pas la largeur du tuyau d'une outre : un panier et une gargoutni dont l'ouverture n'aurait pas la largeur du tuyau d'une outre, cela n'existe pas.

📜 Rachi (1)
גַּרְגּוּתְנִי סַל גָּדוֹל מְאֹד שֶׁבּוֹ מְסַנְּנִין הַיַּיִן בְּעֵת הַבָּצִיר וְנוֹתְנִין אוֹתוֹ תַּחַת קִילּוּחַ הַגַּת וְהַיַּיִן מִסְתַּנֵּן בּוֹ וְיוֹרֵד לַבּוֹר כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף נו:) שֶׁלֹּא הֶחֱזִיר גַּרְגּוּתְנִי לַגַּת:
Une très grande corbeille dans laquelle on filtre le vin au temps de la vendange. On la place sous le jet du pressoir : le vin s'y filtre et descend dans la cuve, comme il est dit dans le traité Avoda Zara (56b), « qu'il n'a pas remis la gargoutni au pressoir ».
💡 Explication

Le cas d'épreuve est trouvé. Le panier et la gargoutni, cette grande corbeille d'osier qui sert à filtrer le moût, sont ouverts et ajourés.

Pour Rabbi Ila, la matière de la corbeille ne change rien : les ustensiles qu'on y entasse pèsent les uns sur les autres et la hatsitsa demeure. Pour Rava, le décret visait une ouverture étroite, et une corbeille d'osier a toujours une large gueule ; le décret ne l'atteint donc pas.

5
וְאַזְדָּא רָבָא לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר רָבָא: סַל וְגַרְגוּתְנִי שֶׁמִּילְּאָן כֵּלִים וְהִטְבִּילָן — טְהוֹרִין.

Et Rava suit ici sa propre ligne, car Rava a dit : un panier et une gargoutni que l'on a remplis d'ustensiles et immergés, ceux-ci sont purs.

📜 Rachi (1)
טְהוֹרִין אַף לַקֹּודֶשׁ וְרָבָא לְטַעְמֵיהּ דְּאוֹקֵי טַעְמָא גְּזֵירָה מִשּׁוּם כְּלִי שֶׁאֵין בְּפִיו כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד וּבְסַל וּבְגַרְגּוֹתְנִי לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ לְהָכִי:
Même pour le kodech. Rava suit sa ligne, lui qui a posé comme motif le décret relatif au récipient dont l'ouverture n'a pas la largeur du tuyau d'une outre : dans un panier et une gargoutni il n'y a rien à craindre de tel.
💡 Explication

La guemara confirme l'attribution par un enseignement indépendant de Rava. Puisqu'il tient le décret pour unique motif, et que ce décret ne vise que les ouvertures étroites, la corbeille reste hors de sa portée et les ustensiles qu'elle contient sont purs même pour le kodech.

6
וּמִקְוֶה שֶׁחֲלָקוֹ בְּסַל וְגַרְגוּתְנִי — הַטּוֹבֵל שָׁם לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה. דְּהָא אַרְעָא כֻּולַּהּ חַלְחוֹלֵי מְחַלְחֲלָא, וּבָעֵינַן דְּאִיכָּא אַרְבָּעִים סְאָה בְּמָקוֹם אֶחָד.

Et un mikvé que l'on a partagé au moyen d'un panier ou d'une gargoutni : celui qui s'y immerge n'a pas accompli d'immersion valable. Car la terre entière est poreuse de part en part, et nous exigeons pourtant qu'il y ait quarante sea en un seul lieu.

📜 Rachi (2)
לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה שֶׁעֲשָׂאָן כב' מִקְוָאוֹת וְאֵין שִׁיעוּר לֹא בָּזֶה וְלֹא בָּזֶה אע"פ שֶׁהַמַּיִם מְחַבְּרָן בֵּין אֲוִיר הַנְּצָרִים אֵין זֶה חִיבּוּר:
Car il en a fait comme deux mikvaot, et la mesure requise ne se trouve ni dans l'un ni dans l'autre. Bien que l'eau les relie à travers les interstices de l'osier, cela ne constitue pas une jonction.
דְּהָא אַרְעָא כּוֹלָּא מְחַלְחֲלָא וְהַמַּיִם הַנּוֹבְעִין כָּאן בָּאִין מִנָּהָר גָּדוֹל וְלָא חָשְׁבִינַן כִּמְחֻובָּר דְּבָעֵינַן מ' סְאָה בְּמָקוֹם אֶחָד:
Les eaux qui sourdent ici viennent d'un grand fleuve, et nous ne les tenons pas pour reliées à lui, puisque nous exigeons quarante sea en un seul lieu.
💡 Explication

Second enseignement de Rava sur la corbeille, dans l'autre sens. Un mikvé dont chaque moitié tombe sous les quarante sea reste inapte, même si l'eau circule librement entre les brins d'osier.

La preuve tient à un fait admis : la terre entière est poreuse, et les eaux qui sourdent dans une fosse communiquent par elle avec de grandes nappes. Nous ne comptons pourtant jamais cette communication comme une jonction, puisque la loi exige quarante sea en un seul lieu.

🖼️ Schéma
Un mikvé partagé par un panier : les quarante sea doivent tenir en un seul lieu panier ou gargoutni moins de 40 sea moins de 40 sea côté A côté B L'eau passe entre les brins d'osier, et pourtant l'immersion ne vaut pas : la terre entière est poreuse.
Le mikvé partagé par une corbeille : deux fois moins de quarante sea ne font pas une immersion.
7
וְהָנֵי מִילֵּי בִּכְלִי טָהוֹר, אֲבָל בִּכְלִי טָמֵא, מִיגּוֹ דְּסָלְקָא טְבִילָה לְכוּלֵּיהּ גּוּפֵיהּ דְּמָנָא, סָלְקָא לְהוּ נָמֵי לְכֵלִים דְּאִית בֵּיהּ.

Et cela ne vaut que pour un récipient pur ; mais pour un récipient impur, du moment que l'immersion vaut pour tout le corps du récipient, elle vaut aussi pour les ustensiles qui s'y trouvent.

📜 Rachi (3)
וְהָנֵי מִילֵּי דְּאָמְרִינַן הַמַּטְבִּיל בִּכְלִי שֶׁאֵין בְּפִיו כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד טְמֵאִים בִּכְלִי טָהוֹר שֶׁלֹּא הָיָה הַכְּלִי הַחִיצוֹן צָרִיךְ לְהַטְבִּיל:
Ce que nous avons dit, que ce qu'on immerge dans un récipient dont l'ouverture n'a pas la largeur du tuyau d'une outre reste impur, vise un récipient extérieur pur, qui n'avait pas besoin d'être immergé.
אֲבָל אִם הוּא צָרִיךְ לְהַטְבִּיל:
S'il a lui-même besoin d'être immergé.
מִיגּוֹ דְּסָלְקָא טְבִילָה לְגוּפוֹ שֶׁל כְּלִי לִיטָּהֵר תּוֹכוֹ ע"י מַיִם הַנִּכְנָסִין דֶּרֶךְ פִּיו דִּכְטֻומְאָתוֹ כֵּן טָהֳרָתוֹ סָלְקָא נָמֵי טְבִילָה לְכֵלִים שֶׁבְּתוֹכוֹ:
Pour que son intérieur soit purifié par les eaux qui entrent par son ouverture, car sa purification se fait par où se fait son impureté ; dès lors l'immersion vaut aussi pour les ustensiles qui sont à l'intérieur.
💡 Explication

Restriction décisive. Tout ce qui précède suppose que le récipient extérieur est déjà pur et n'avait aucun besoin d'être immergé : l'eau qui pénètre par son col étroit reste alors tenue pour séparée du mikvé, et les menus objets qu'il contient ne sont pas purifiés.

Si le récipient extérieur est lui-même impur, l'immersion doit agir sur lui, et elle agit par l'eau qui entre en lui, selon le principe que la purification d'un récipient de terre se fait par la voie même où il contracte l'impureté. Cette eau devient donc une eau de mikvé pleinement active, et le migo, l'argument d'entraînement, étend son effet aux ustensiles qui y baignent.

🖼️ Schéma
Ouverture étroite : quand l'immersion atteint-elle les petits ustensiles ? Ustensile extérieur déjà pur eau du mikvé col plus étroit que le tuyau d'une outre aiguilles et crochets L'eau enfermée est tenue pour séparée : ils restent impurs. Ustensile extérieur lui-même impur eau du mikvé même col étroit aiguilles et crochets Migo : l'immersion vaut pour tout le corps du récipient, donc aussi pour eux.
Ce que change la pureté ou l'impureté du récipient extérieur.
8
דִּתְנַן: כֵּלִים שֶׁמִּילְּאָן כֵּלִים וְהִטְבִּילָן — הֲרֵי אֵלּוּ טְהוֹרִין. וְאִם לֹא טָבַל, מַיִם הַמְעֹורָבִים — עַד שֶׁיִּהְיוּ מְעֹורָבִין כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד. מַאי קָאָמַר וְאִם לֹא טָבַל? הָכִי קָאָמַר: וְאִם אֵינוֹ צָרִיךְ לְהַטְבִּילוֹ, וּמַיִם הַמְעֹורָבִין עַד שֶׁיְּהוּ מְעֹורָבִין כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד.

Car nous avons appris : des récipients que l'on a remplis d'ustensiles et immergés, ceux-ci sont purs. Et s'il n'a pas immergé, les eaux mêlées — jusqu'à ce qu'elles soient mêlées sur la largeur du tuyau d'une outre.

Que veut dire « et s'il n'a pas immergé » ? Voici ce qu'elle veut dire : et s'il n'a pas besoin de l'immerger, alors les eaux mêlées ne valent que si elles sont mêlées sur la largeur du tuyau d'une outre.

📜 Rachi (3)
הֲרֵי אֵלּוּ טְהוֹרִין לִתְרוּמָה וְלֹא חִלֵּק בֵּין פִּיו רָחָב לְפִיו קָצָר:
Pour la terouma, et la michna n'a pas distingué entre une ouverture large et une ouverture étroite.
וְאִם לֹא טָבַל כּוּ' כְּדִמְפָרֵשׁ לָהּ וְאִם אֵין צָרִיךְ לְהַטְבִּילוֹ:
Comme la guemara l'explique : et s'il n'a pas besoin de l'immerger.
הַמַּיִם הַמְעֹורָבִים לַמִּקְוֶה וְאַתָּה בָּא לְטַהֵר עַל יְדֵיהֶן כֵּלִים שֶׁבְּתוֹכָם עַד שֶׁיְּהוּ מְעֹורָבִין דֶּרֶךְ פֶּה רָחָב כִּשְׁפוֹפֶרֶת הַנּוֹד:
Mêlées à celles du mikvé, et tu veux purifier par elles les ustensiles qui s'y trouvent : il faut qu'elles soient mêlées par une ouverture large comme le tuyau d'une outre.
💡 Explication

La michna de Mikvaot sert d'appui. Sa première phrase déclare purs les ustensiles immergés dans un récipient, sans distinguer la largeur du col : elle vise le cas où le récipient extérieur devait lui-même être immergé.

Sa seconde phrase, littéralement « s'il n'a pas immergé », est illisible telle quelle. La guemara la relit : s'il n'a pas besoin de l'immerger, parce que ce récipient était déjà pur. Alors seulement la mesure du tuyau d'une outre redevient exigible pour que l'eau intérieure compte comme mêlée à celle du mikvé.

9
וְהָא דְּרָבָא וּדְרַבִּי אִילָא תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: סַל וְגַרְגוּתְנִי שֶׁמִּילְּאָן כֵּלִים וְהִטְבִּילָן בֵּין לַקֹּודֶשׁ בֵּין לַתְּרוּמָה, טְהוֹרִין. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: לַתְּרוּמָה אֲבָל לֹא לַקֹּודֶשׁ.

Et ce différend entre Rava et Rabbi Ila est déjà un différend de tanaim. Car il a été enseigné : un panier et une gargoutni que l'on a remplis d'ustensiles et immergés, tant pour le kodech que pour la terouma, ils sont purs.

Abba Chaoul dit : pour la terouma, mais non pour le kodech.

📜 Rachi (1)
וְהָא דָּר' אֵילָא דְּאוֹקֵי טַעְמָא מִשּׁוּם חֲצִיצָה וְסַל וְגַרְגּוֹתְנִי נָמֵי כִּשְׁאָר כֵּלִים דָּמוּ וְהַמַּטְבִּיל כֵּלִים לְתוֹכָן אֵינָן טְהוֹרִין לַקֹּודֶשׁ וְרָבָא דְּאוֹקֵי טַעְמָא דְמַתְנִי' מִשּׁוּם עֵירוּב מִקְוָאוֹת וְהָא בְּסַל וְגַרְגּוּתְנִי לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ וּטְהוֹרִין תַּנָּאֵי הִיא:
L'avis de Rabbi Ila, qui a posé comme motif la hatsitsa : un panier et une gargoutni sont alors comme les autres ustensiles, et celui qui y immerge des ustensiles ne les rend pas purs pour le kodech. Et celui de Rava, qui a posé comme motif de notre michna la jonction des mikvaot, pour qui il n'y a rien à craindre dans un panier et une gargoutni, qui sont purs. Cela relève d'un différend de tanaim.
🗂️ Tossefot (1)
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר לַתְּרוּמָה וְכוּ'. צ"ע אַמַּאי לָא שָׁרֵינַן בְּעָבַר וְהִטְבִּיל וְהִטְבִּילָן קָאָמַר בְּעָבַר:
« Abba Chaoul dit : pour la terouma, etc. » Cela demande examen : pourquoi ne pas permettre après coup, lorsqu'il a passé outre et a immergé ? Le texte dit bien « et il les a immergés », ce qui vise le fait accompli.
💡 Explication

La baraita offre exactement les deux positions dégagées plus haut, sur le cas d'épreuve lui-même. Le premier tana déclare la corbeille sans danger même pour le kodech, ce qui correspond au motif de Rava. Abba Chaoul maintient la rigueur du kodech jusque dans la corbeille, ce qui correspond au motif de Rabbi Ila.

10
אִי הָכִי, תְּרוּמָה נָמֵי! לְמָאֵן קָאָמְרִינַן — חֲבֵרִים, חֲבֵרִים מִידָּע יָדְעִי.

S'il en est ainsi, pour la terouma aussi ! À qui parlons-nous ?

À des haverim ; et les haverim savent bien ces choses.

📜 Rachi (1)
לְמָאֵן קָאָמְרִינַן חֲבֵרִים לְמִי אָנוּ אוֹמְרִים הוֹרָאָה זוֹ שֶׁלֹּא יַטְבִּיל כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי לְחָבֵר דְּאִילּוּ עַם הָאָרֶץ לָא אָתֵי קַמַּן לְמִשְׁאַל הִלְכָּךְ לִתְרוּמָה לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ דְּהָא מִידָּע יְדִיעַ שִׁיעוּר עֵירוּב מִקְוָאוֹת וּלְעִנְיַן כְּבֵידוֹ שֶׁל כְּלִי נָמֵי אִם כָּבֵד הוּא מַגְבִּיהִין אוֹתוֹ:
À qui adressons-nous cette instruction de ne pas immerger un ustensile dans un ustensile ? Au haver ; quant au am haaretz, il ne vient pas nous interroger. Dès lors, pour la terouma il n'y a rien à craindre, puisque le haver connaît la mesure de la jonction des mikvaot ; et quant au poids de l'ustensile, s'il est lourd on le soulève.
💡 Explication

Commence ici une chaîne serrée d'objections qui interroge le partage entre kodech et terouma. Si les deux motifs sont réels, ils devraient valoir partout.

Première réponse : cette instruction s'adresse aux haverim, ceux qui prennent sur eux l'observance exacte des lois de pureté. Eux connaissent la mesure de jonction et savent soulever un ustensile qui pèse sur un autre. Pour la terouma, qui reste entre leurs mains, la crainte tombe.

🖼️ Schéma
La chaîne d'objections : pourquoi la rigueur ne porte que sur le kodech Objection Réponse Si le motif tient, la terouma aussi devrait être interdite. C'est aux haverim que l'on parle, et les haverim savent ces mesures. Alors le kodech aussi devrait être permis : ce sont les mêmes haverim. Le am haaretz voit le haver faire et s'en va immerger de même. Pour la terouma aussi il le voit et l'imite. Nous ne recevons pas leur terouma : son immersion nous est indifférente. Alors ne recevons pas non plus leur kodech. Un tel refus susciterait de l'hostilité : eva. Pour la terouma aussi il y aurait de l'hostilité. Cela lui est égal : il la porte à un cohen am haaretz, son compagnon.
Les cinq objections de la guemara et leurs réponses.
11
אִי הָכִי, קוֹדֶשׁ נָמֵי! חָזֵי לֵיהּ עַם הָאָרֶץ וְאָזֵיל מַטְבִּיל.

S'il en est ainsi, pour le kodech aussi ! Le am haaretz le voit faire, et il s'en va immerger de la même manière.

📜 Rachi (1)
א"ה קוֹדֶשׁ נָמֵי עַל כָּרְחָךְ מַתְנִי' דְּקָתָנֵי אֲבָל לֹא לְקוֹדֶשׁ בְּחָבֵר עָסְקִינַן דְּאִי ע"ה מִי צָיֵית לָךְ וּמִי אָתֵי קַמַּן לְמִשְׁאַל טַעְמָא:
Force est de dire que notre michna, en enseignant « mais non pour le kodech », traite du haver ; car s'il s'agissait du am haaretz, t obéirait-il, et viendrait-il nous demander la raison ?
💡 Explication

Le raisonnement se retourne : si tout repose sur la compétence des haverim, le kodech devrait être permis lui aussi, puisqu'il est manié par ces mêmes haverim.

La réponse introduit le personnage qui va porter tout le reste du passage : le am haaretz, celui qui ne s'astreint pas à ces règles. Il voit le haver immerger un ustensile dans un ustensile, il l'imite, et il néglige les précautions que le haver prenait.

12
תְּרוּמָה נָמֵי, חָזֵי לֵיהּ עַם הָאָרֶץ וְאָזֵיל מַטְבִּיל! לָא מְקַבְּלִינַן מִינַּייְהוּ.

Pour la terouma aussi, le am haaretz le voit faire et s'en va immerger de la même manière ! Nous n'acceptons pas d'eux.

📜 Rachi (2)
תְּרוּמָה נָמֵי חָזֵי לֵיהּ יִשְׂרָאֵל עַם הָאָרֶץ וּמַטְבִּיל וּמִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ תְּרוּמָה וְאַחַ"כּ נוֹתְנָהּ לַכֹּהֵן:
Un Juif am haaretz le voit, immerge de même, se sert de ce récipient pour de la terouma, puis la donne au cohen.
לָא מְקַבְּלִינַן תְּרוּמָה מֵעַם הָאָרֶץ אֶלָּא בִּשְׁעַת הַגִּיתּוֹת וְהַבַּדִּים שֶׁהַכֹּל מְטַהֲרִים אֶת כְּלֵיהֶן ע"פ חֲכָמִים כְּדִתְנַן (לְקַמָּן חֲגִיגָה דַּף כֹּד:) עָבְרוּ הַגִּיתּוֹת וְהַבַּדִּים וְהֵבִיאוּ לוֹ חָבִית שֶׁל תְּרוּמָה לֹא יְקַבְּלֶנָּה מִמֶּנּוּ:
On ne reçoit de terouma d'un am haaretz qu'au temps des pressoirs à vin et à huile, où tous purifient leurs ustensiles selon la parole des sages, comme il est enseigné plus loin (Haguiga 24b) : une fois passé le temps des pressoirs, s'il lui apporte une jarre de terouma, il ne la recevra pas de lui.
🗂️ Tossefot (1)
לָא מְקַבְּלִין מִינַּייְהוּ. רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּבִשְׁעַת הַגִּיתּוֹת נֶאֱמָנִים לְפִי שֶׁחֲבֵירִים מְטַהֲרִין כְּלֵיהֶן עָבְרוּ הַגִּיתּוֹת וְהַבַּדִּים אָמְרִינַן דְּלָא מְהֵימַן ול"נ דְּפוֹתֵחַ בְּחָבִיתוֹ לֹא הִתִּירוּ אִם לֹא סוֹפוֹ מִשּׁוּם תְּחִילָּתוֹ כִּדְקָחֲשִׁיב לֵיהּ בְּפֶרֶק קַמָּא דְּבֵיצָה (דַּף יא:) וְאִם הָיוּ טְהוֹרִים בְּדִין בְּלָאו הָכִי נָמֵי מִשְׁתְּרֵי אֶלָּא מַשְׁמַע דַּחֲכָמִים וְרַבִּי יְהוּדָה שָׁוִין בִּטְהוֹרִים כָּל יְמוֹת הָרֶגֶל לְחוּד וְכֵן מַשְׁמַע בַּשַּׁ"ס (לְקַמָּן חֲגִיגָה דַּף כו.) כָּל יִשְׂרָאֵל כְּאִישׁ אֶחָד חֲבֵרִים נַעֲשׂוּ כֻּולָּם חֲבֵרִים בָּרֶגֶל וְהָכִי מַשְׁמַע בַּתּוֹסֶפְתָּא בְּסֵיפָא:
« Nous n'acceptons pas d'eux. » Rachi a expliqué qu'au temps des pressoirs ils sont dignes de confiance, parce que les haverim purifient alors leurs ustensiles, et qu'une fois ce temps passé nous les tenons pour non fiables. Cela ne me paraît pas exact : celui qui ouvre sa jarre, on ne le lui a permis que par le principe « sa fin à cause de son commencement », comme cela est compté au premier chapitre de Betsa (11b) ; or s'ils étaient purs selon la loi, ce serait déjà permis sans ce principe. Il faut donc comprendre que les sages et Rabbi Yehouda s'accordent à les tenir pour purs durant les seuls jours de la fête. C'est aussi ce qui ressort du Talmud plus loin (Haguiga 26a) : « tout Israël comme un seul homme, des haverim » — tous deviennent haverim au temps de la fête. Et c'est ce qui ressort de la Tossefta dans sa fin.
💡 Explication

L'objection est symétrique et la réponse déplace le problème : la terouma d'un am haaretz ne parvient de toute façon pas jusqu'au haver, qui ne la reçoit pas de ses mains hors du temps des pressoirs. La manière dont il immerge ses ustensiles reste donc sans effet sur nous.

13
קוֹדֶשׁ נָמֵי, לָא נַקְבֵּיל מִינַּייְהוּ! הָוְיָא לֵיהּ אֵיבָה.

Pour le kodech aussi, ne recevons rien d'eux ! Il en naîtrait de l'hostilité.

💡 Explication

L'objection pousse la réponse précédente à son terme : appliquons au kodech le même refus qu'à la terouma, et la crainte tombera là aussi.

La guemara introduit alors le facteur qui commande la suite du passage : eva, l'hostilité. Écarter le am haaretz du service du Temple créerait une fracture dans le peuple.

14
תְּרוּמָה נָמֵי, הָוְיָא לֵיהּ אֵיבָה! לֹא אִיכְפַּת לֵיהּ, דְּאָזֵיל יָהֵיב לֵיהּ לְכֹהֵן עַם הָאָרֶץ חַבְרֵיהּ.

Pour la terouma aussi, il en naîtrait de l'hostilité ! Cela lui importe peu, car il s'en va la donner à un cohen am haaretz, son compagnon.

💡 Explication

La différence est concrète. Un am haaretz éconduit sur sa terouma dispose d'une autre voie : il la porte à un cohen de son propre milieu, qui la recevra volontiers. Le refus ne le prive de rien et ne le blesse pas.

Le kodech est dans une autre situation : le Temple est unique, et un refus là-bas ferme la seule porte ouverte.

15
וּמַאן תַּנָּא דְּחָייֵשׁ לְאֵיבָה — רַבִּי יוֹסֵי הִיא. דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִפְּנֵי מָה הַכֹּל נֶאֱמָנִין עַל טָהֳרַת יַיִן וָשֶׁמֶן כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה — כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא כָּל אֶחָד וְאֶחָד הוֹלֵךְ וּבוֹנֶה בָּמָה לְעַצְמוֹ, וְשׂוֹרֵף פָּרָה אֲדֻומָּה לְעַצְמוֹ.

Et quel est le tana qui tient compte de l'hostilité ? C'est Rabbi Yossi.

Car il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : pourquoi tous sont-ils dignes de confiance quant à la pureté du vin et de l'huile durant toute l'année ? Afin que chacun n'aille pas se bâtir un autel privé pour lui-même et brûler une vache rousse pour lui-même.

📜 Rachi (2)
עַל טָהֳרַת יַיִן וָשֶׁמֶן לְקַבֵּל מִיָּדָם יַיִן לִנְסָכִים וְשֶׁמֶן לִמְנָחוֹת כְּדִתְנַן בְּמַתְנִיתִין (לְקַמָּן חֲגִיגָה דַּף כֹּד:) חֹומֶר בַּתְּרוּמָה שֶׁבִּיהוּדָה נֶאֱמָנִין עַל טָהֳרַת יַיִן וָשֶׁמֶן:
Pour recevoir de leurs mains le vin des libations et l'huile des offrandes, comme il est enseigné plus loin (Haguiga 24b) : une rigueur propre à la terouma, qu'en Judée ils sont dignes de confiance quant à la pureté du vin et de l'huile.
וּבוֹנֶה בָּמָה בִּשְׁעַת אִיסּוּר הַבָּמוֹת וּמַקְטִיר לַשָּׁמַיִם:
Au temps où les autels privés sont interdits, et il y ferait monter l'encens vers le Ciel.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁלֹּא יְהֵא בּוֹנֶה בָּמָה לְעַצְמוֹ וְשׂוֹרֵף פָּרָה לְעַצְמוֹ. דְּהָא לְכָךְ נֶאֱמָנִין ע"ה עַל שְׁמִירָתָהּ וְהָכִי תַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דַּחֲגִיגָה ר' יוֹסֵי אוֹמֵר הַכֹּל נֶאֱמָנִין עַל שְׁמִירָתָהּ:
« Qu'il n'aille pas se bâtir un autel pour lui-même et brûler une vache pour lui-même. » Car c'est pour cette raison même que les amei haaretz sont dignes de confiance quant à sa garde. Ainsi est-il enseigné dans la Tossefta de Haguiga : Rabbi Yossi dit, tous sont dignes de confiance quant à sa garde.
💡 Explication

La guemara rattache le motif de l eva à un tana nommé. Rabbi Yossi explique par la même raison une confiance beaucoup plus large : celle accordée à tous, sans enquête, sur la pureté du vin des libations et de l'huile des offrandes.

Le risque qu'il nomme est la dislocation du culte. L'homme écarté du Temple finirait par se donner un bama, un autel privé, au temps même où les autels privés sont interdits, et par brûler sa propre vache rousse. La confiance accordée est le prix de l'unité du service.

16
אָמַר רַב פָּפָּא: כְּמַאן מְקַבְּלִינַן הָאִידָּנָא סָהֲדוּתָא מֵעַם הָאָרֶץ — כְּמַאן כְּרַבִּי יוֹסֵי.

Rav Papa a dit : selon quel avis recevons-nous aujourd hui le témoignage d'un am haaretz ? Selon qui ?

Selon Rabbi Yossi.

📜 Rachi (1)
כְּר' יוֹסֵי דְּאִילּוּ לְרַבָּנָן לָא מְקַבְּלִינַן כִּדְאָמַר בִּפְסָחִים בְּפֶ' אֵלּוּ עוֹבְרִין (פְּסָחִים דַּף מט:):
Car selon les sages nous ne le recevrions pas, comme il est dit dans Pessahim, au chapitre Elou Ovrin (49b).
🗂️ Tossefot (1)
כְּמַאן מְקַבְּלִין סָהֲדוּתָא מע"ה כְּרַבִּי יוֹסֵי. הָר"ר אֶלְחָנָן אוֹמֵר דְּקַיְימָא לָן כְּרַבִּי יוֹסֵי וְחָייְשִׁינַן לְאֵיבָה לְפִיכָךְ מְזַמְּנִינַן עַכְשָׁיו בְּכָל ע"ה אַף עַל גַּב דְּאָמְרִינַן בִּבְרָכוֹת (דַּף מז:) אֵין מְזַמְּנִים עַל ע"ה וְגַם רַב מְנַשְּׁיָא בַּר תַּחְלִיפָא לֹא רָצָה לְזַמֵּן עֲלֵיהֶם והר"י מְפָרֵשׁ דְּלָא כָּל הָרוֹצֶה לִיטֹּול אֶת הַשֵּׁם לְהַחְזִיק לְעַצְמוֹ כְּתַלְמִיד חָכָם שֶׁלֹּא לְזַמֵּן עַל ע"ה בְּיָדוֹ לִיטֹּול וְאֵין אָנוּ מַחֲזִיקִים עַצְמֵנוּ כְּתַלְמִיד חָכָם לְעִנְיָן זֶה:
« Selon quel avis recevons-nous le témoignage d'un am haaretz ? Selon Rabbi Yossi. » Rabbi Elhanan dit que la halakha suit Rabbi Yossi et que nous tenons compte de l'hostilité ; c'est pourquoi nous faisons aujourd hui le zimoun avec tout am haaretz, bien qu'il soit dit dans Berakhot (47b) que l'on ne fait pas le zimoun sur un am haaretz, et que Rav Menachia bar Tahlifa lui-même refusait de le faire avec eux. Le Ri explique que celui qui veut se donner ce titre, se tenir pour un talmid 'hakham afin de ne pas faire le zimoun avec un am haaretz, n'est pas libre de le prendre ; et sur ce point nous ne nous tenons pas pour des talmidei hakhamim.
💡 Explication

Rav Papa tire une conséquence pour son propre temps. La pratique des tribunaux, qui reçoivent le témoignage d'un am haaretz, suppose que la halakha suit Rabbi Yossi et son souci de l eva. Selon les sages qui le contredisent, un tel témoignage serait écarté.

17
וְנִיחוּשׁ לִשְׁאֵלָה.

Mais craignons l'emprunt !

📜 Rachi (1)
וְנִיחוּשׁ לִשְׁאֵלָה לֹא נִטְבּוֹל כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי לִתְרוּמָה דִּלְמָא חָזֵי עַם הָאָרֶץ וַעֲבִיד הָכִי וְאָנוּ שׁוֹאֲלִין אֶת כְּלֵיהֶן וּמְשַׁמְּשִׁין בָּהֶן:
N'immergeons pas un ustensile dans un ustensile pour la terouma, de peur que le am haaretz ne le voie et n'en fasse autant, alors que nous empruntons leurs ustensiles et nous en servons.
🗂️ Tossefot (1)
נִיחוּשׁ לִשְׁאֵלָה. צ"ע מַאי סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּהַאי מַקְשֶׁה פְּשִׁיטָא דְּבָעֵי טְבִילָה מִשּׁוּם מַגַּע עַם הָאָרֶץ:
« Craignons l'emprunt. » Cela demande examen : que pensait donc celui qui soulève l'objection ? Il va de soi que l'ustensile requiert immersion, du fait du contact du am haaretz.
💡 Explication

Retour au point de départ. La permission d'immerger un ustensile dans un ustensile pour la terouma reposait sur ce que la terouma du am haaretz ne nous parvient pas. L'objection relève une autre voie de contact : nous empruntons leurs ustensiles et nous nous en servons.

Si le am haaretz imite le haver et immerge mal ses récipients, l'ustensile emprunté arrivera chez nous sans purification valable.

18
דִּתְנַן: כְּלִי חֶרֶס מַצִּיל עַל הַכֹּל, דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל. בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵינוֹ מַצִּיל אֶלָּא עַל אֳוכָלִים וְעַל הַמַּשְׁקִים וְעַל כְּלֵי חֶרֶס.

Car nous avons appris : un ustensile de terre cuite protège tout, paroles de Beth Hillel. Beth Chamai disent : il ne protège que les aliments, les boissons et les ustensiles de terre cuite.

📜 Rachi (2)
דִּתְנַן בְּמָתְנֵי' דְּשָׁיְילִינַן מִנַּיְיהוּ:
Dans une michna d'où il ressort que nous leur empruntons leurs ustensiles.
כְּלִי חֶרֶס מַצִּיל עַל הַכֹּל אִם מֻוקָּף צָמִיד פָּתִיל בְּאֹהֶל הַמֵּת א"נ הַמֵּת בַּבַּיִת וּטְהָרוֹת בַּעֲלִיָּיה וַאֲרֻובָּה פְּתוּחָה מִן הַבַּיִת לָעֲלִייָּה וְהֵשִׁיבוּ כְּלִי חֶרֶס בְּפִתְחָהּ וּכְלִי חֶרֶס חוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה דְּאֵינוֹ מְטַמֵּא מִגַּבּוֹ וּמַצִּיל עַל כָּל מַה שֶּׁבָּעֲלִיָּיה:
S'il est fermé d'un couvercle scellé sous la tente d'un mort ; ou bien si le mort est dans la maison et les objets purs à l'étage, avec une lucarne ouverte de la maison vers l'étage, et que l'on a placé un ustensile de terre cuite dans cette ouverture. L'ustensile de terre cuite fait barrage devant l'impureté, car il ne contracte pas l'impureté par son dos, et il protège tout ce qui se trouve à l'étage.
💡 Explication

La preuve que l'emprunt est bien pratiqué vient d'une michna de Edouyot qui suppose que l'on se sert des ustensiles du am haaretz.

Elle traite du pouvoir de barrage du kli heres, l'ustensile de terre cuite. Deux applications : un récipient fermé d'un tsamid patil, couvercle scellé, placé sous la tente d'un mort, et un récipient posé sur la lucarne qui relie la maison à l'étage. Beth Hillel étendent la protection à tout ; Beth Chamai la limitent aux aliments, aux boissons et aux ustensiles de terre cuite.

🖼️ Schéma
L'ustensile de terre cuite posé sur la lucarne fait barrage à l'impureté du mort Étage : aliments et ustensiles purs lucarne (arouba) ustensile de terre cuite Maison : un mort s'y trouve l'impureté remplit la tente et monte vers l'ouverture Beth Hillel : il protège tout. Beth Chamai : les aliments, les boissons et la terre cuite seulement.
L'ustensile de terre cuite posé sur la lucarne : la portée du barrage selon Beth Hillel et Beth Chamai.
19
אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: מִפְּנֵי מָה? אָמְרוּ בֵּית שַׁמַּאי: מִפְּנֵי שֶׁהוּא טָמֵא עַל גַּבֵּי עַם הָאָרֶץ, וְאֵין כְּלִי טָמֵא חוֹצֵץ. אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל: וַהֲלֹא טִיהַרְתֶּם אֳוכָלִין וּמַשְׁקִין שֶׁבְּתוֹכוֹ! אָמְרוּ לָהֶם בֵּית שַׁמַּאי: כְּשֶׁטִּיהַרְנוּ אֳוכָלִין וּמַשְׁקִין שֶׁבְּתוֹכוֹ —

Beth Hillel dirent à Beth Chamai : pourquoi ? Beth Chamai répondirent : parce que l'ustensile est impur du fait du am haaretz, et un ustensile impur ne fait pas barrage.

Beth Hillel leur dirent : mais n'avez-vous pas déclaré purs les aliments et les boissons qui s'y trouvent ! Beth Chamai leur répondirent : lorsque nous avons déclaré purs les aliments et les boissons qui s'y trouvent —

📜 Rachi (2)
שֶׁהוּא טָמֵא כוּ' הַכְּלִי הַזֶּה הָיָה טָמֵא מִתְּחִילָּתוֹ קֹודֶם שֶׁנְּתָנוֹ ע"ה עַל פִּי הָאֲרֻובָּה:
Ce récipient était impur dès le départ, avant que le am haaretz ne le place sur l'ouverture de la lucarne.
וַהֲלֹא טִיהַרְתֶּם אֳוכָלִים וּמַשְׁקִין שֶׁבְּתוֹכוֹ אִם הָיָה מֻוקָּף צָמִיד פָּתִיל בְּאֹהֶל הַמֵּת וְהִיא הִיא:
S'il était fermé d'un couvercle scellé sous la tente d'un mort ; et c'est exactement le même cas.
💡 Explication

La réponse de Beth Chamai livre le point qui intéresse notre sougya : le récipient posé sur la lucarne appartient à un am haaretz et se trouve déjà impur par son contact. Voilà l'emprunt supposé acquis par la michna.

Beth Hillel relèvent alors une tension interne : Beth Chamai déclarent purs les aliments et les boissons enfermés dans ce même récipient. Le folio s'interrompt sur le début de leur réponse, qui se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).