Sougya : Le folio achève la discussion de la maala de la michna qui interdit d'immerger un ustensile dans un ustensile pour le kodech. Deux motifs s'affrontent : Rabbi Ila y voit une crainte de hatsitsa, le poids de l'ustensile intérieur empêchant l'eau d'atteindre le point de contact, et Rava un décret pris de peur qu'on n'immerge aiguilles et crochets dans un récipient dont l'ouverture est plus étroite que le tuyau d'une outre.
La guemara dégage la conséquence pratique, le panier et la gargoutni, puis montre que ce partage est déjà celui de tanaim avec Abba Chaoul. Une longue chaîne d'objections demande ensuite pourquoi la rigueur vaut pour le seul kodech, et la réponse finit par reposer sur l'hostilité, eva, que susciterait le refus des apports du am haaretz.
Le folio s'ouvre enfin sur la crainte de l'emprunt et sur la michna de Edouyot relative à l'ustensile de terre cuite qui fait barrage devant l'impureté.
Et son creux : deux doigts qui tournent à leur place.
Le folio précédent définissait la mesure de référence des lois de jonction des eaux, le chefoferet ha-nod, le tuyau que l'on fixe au col d'une outre. Sa dimension se prend par son creux : l'espace où deux doigts peuvent tourner sur eux-mêmes.
Cette mesure gouverne deux choses à la fois : la jonction de deux nappes d'eau, dont l'une contient les quarante sea et l'autre non, et le passage de l'eau du mikvé à l'intérieur d'un récipient. Un col plus étroit tient l'eau intérieure pour séparée de celle du mikvé.
Il tient comme ce qu'a dit Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh : onze degrés de rigueur ont été enseignés ici. Les six premiers valent aussi bien pour le kodech que pour le houlin préparé selon la pureté du kodech ; les derniers valent pour le kodech, mais non pour le houlin préparé selon la pureté du kodech.
La michna de ce chapitre énumère les rigueurs qui distinguent le kodech, ce qui relève du Temple, de la terouma. Rabbi Ila en comptait dix, Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh en compte onze, et il les partage en deux groupes.
Les six premières s'étendent au houlin préparé selon la pureté du kodech, c'est-à-dire à la nourriture ordinaire que l'on a voulu tenir au niveau de pureté du Temple. Les dernières restent attachées au kodech lui-même. L'interdiction d'immerger un ustensile dans un ustensile appartient au second groupe.
Quelle différence y a-t-il entre l'avis de Rava et celui de Rabbi Ila ?
La guemara cherche la nafka mina, la conséquence pratique qui sépare les deux explications de la rigueur. Rabbi Ila l'attribuait à la hatsitsa, l'interposition : le poids des ustensiles intérieurs empêche l'eau d'atteindre leurs points de contact. Rava l'attribuait à un décret pris de peur que l'on n'immerge de menus objets dans un récipient dont l'ouverture est plus étroite que le tuyau d'une outre.
Deux motifs peuvent soutenir la même règle et se séparer sur un cas particulier. La guemara va le chercher.
La différence entre eux porte sur un panier et une gargoutni que l'on a remplis d'ustensiles et immergés. Pour celui qui dit que le motif est la hatsitsa, la crainte existe ici.
Pour celui qui dit que le motif est le décret, de peur que l'on n'immerge aiguilles et crochets dans un récipient dont l'ouverture n'a pas la largeur du tuyau d'une outre : un panier et une gargoutni dont l'ouverture n'aurait pas la largeur du tuyau d'une outre, cela n'existe pas.
Le cas d'épreuve est trouvé. Le panier et la gargoutni, cette grande corbeille d'osier qui sert à filtrer le moût, sont ouverts et ajourés.
Pour Rabbi Ila, la matière de la corbeille ne change rien : les ustensiles qu'on y entasse pèsent les uns sur les autres et la hatsitsa demeure. Pour Rava, le décret visait une ouverture étroite, et une corbeille d'osier a toujours une large gueule ; le décret ne l'atteint donc pas.
Et Rava suit ici sa propre ligne, car Rava a dit : un panier et une gargoutni que l'on a remplis d'ustensiles et immergés, ceux-ci sont purs.
La guemara confirme l'attribution par un enseignement indépendant de Rava. Puisqu'il tient le décret pour unique motif, et que ce décret ne vise que les ouvertures étroites, la corbeille reste hors de sa portée et les ustensiles qu'elle contient sont purs même pour le kodech.
Et un mikvé que l'on a partagé au moyen d'un panier ou d'une gargoutni : celui qui s'y immerge n'a pas accompli d'immersion valable. Car la terre entière est poreuse de part en part, et nous exigeons pourtant qu'il y ait quarante sea en un seul lieu.
Second enseignement de Rava sur la corbeille, dans l'autre sens. Un mikvé dont chaque moitié tombe sous les quarante sea reste inapte, même si l'eau circule librement entre les brins d'osier.
La preuve tient à un fait admis : la terre entière est poreuse, et les eaux qui sourdent dans une fosse communiquent par elle avec de grandes nappes. Nous ne comptons pourtant jamais cette communication comme une jonction, puisque la loi exige quarante sea en un seul lieu.
Et cela ne vaut que pour un récipient pur ; mais pour un récipient impur, du moment que l'immersion vaut pour tout le corps du récipient, elle vaut aussi pour les ustensiles qui s'y trouvent.
Restriction décisive. Tout ce qui précède suppose que le récipient extérieur est déjà pur et n'avait aucun besoin d'être immergé : l'eau qui pénètre par son col étroit reste alors tenue pour séparée du mikvé, et les menus objets qu'il contient ne sont pas purifiés.
Si le récipient extérieur est lui-même impur, l'immersion doit agir sur lui, et elle agit par l'eau qui entre en lui, selon le principe que la purification d'un récipient de terre se fait par la voie même où il contracte l'impureté. Cette eau devient donc une eau de mikvé pleinement active, et le migo, l'argument d'entraînement, étend son effet aux ustensiles qui y baignent.
Car nous avons appris : des récipients que l'on a remplis d'ustensiles et immergés, ceux-ci sont purs. Et s'il n'a pas immergé, les eaux mêlées — jusqu'à ce qu'elles soient mêlées sur la largeur du tuyau d'une outre.
Que veut dire « et s'il n'a pas immergé » ? Voici ce qu'elle veut dire : et s'il n'a pas besoin de l'immerger, alors les eaux mêlées ne valent que si elles sont mêlées sur la largeur du tuyau d'une outre.
La michna de Mikvaot sert d'appui. Sa première phrase déclare purs les ustensiles immergés dans un récipient, sans distinguer la largeur du col : elle vise le cas où le récipient extérieur devait lui-même être immergé.
Sa seconde phrase, littéralement « s'il n'a pas immergé », est illisible telle quelle. La guemara la relit : s'il n'a pas besoin de l'immerger, parce que ce récipient était déjà pur. Alors seulement la mesure du tuyau d'une outre redevient exigible pour que l'eau intérieure compte comme mêlée à celle du mikvé.
Et ce différend entre Rava et Rabbi Ila est déjà un différend de tanaim. Car il a été enseigné : un panier et une gargoutni que l'on a remplis d'ustensiles et immergés, tant pour le kodech que pour la terouma, ils sont purs.
Abba Chaoul dit : pour la terouma, mais non pour le kodech.
La baraita offre exactement les deux positions dégagées plus haut, sur le cas d'épreuve lui-même. Le premier tana déclare la corbeille sans danger même pour le kodech, ce qui correspond au motif de Rava. Abba Chaoul maintient la rigueur du kodech jusque dans la corbeille, ce qui correspond au motif de Rabbi Ila.
S'il en est ainsi, pour la terouma aussi ! À qui parlons-nous ?
À des haverim ; et les haverim savent bien ces choses.
Commence ici une chaîne serrée d'objections qui interroge le partage entre kodech et terouma. Si les deux motifs sont réels, ils devraient valoir partout.
Première réponse : cette instruction s'adresse aux haverim, ceux qui prennent sur eux l'observance exacte des lois de pureté. Eux connaissent la mesure de jonction et savent soulever un ustensile qui pèse sur un autre. Pour la terouma, qui reste entre leurs mains, la crainte tombe.
S'il en est ainsi, pour le kodech aussi ! Le am haaretz le voit faire, et il s'en va immerger de la même manière.
Le raisonnement se retourne : si tout repose sur la compétence des haverim, le kodech devrait être permis lui aussi, puisqu'il est manié par ces mêmes haverim.
La réponse introduit le personnage qui va porter tout le reste du passage : le am haaretz, celui qui ne s'astreint pas à ces règles. Il voit le haver immerger un ustensile dans un ustensile, il l'imite, et il néglige les précautions que le haver prenait.
Pour la terouma aussi, le am haaretz le voit faire et s'en va immerger de la même manière ! Nous n'acceptons pas d'eux.
L'objection est symétrique et la réponse déplace le problème : la terouma d'un am haaretz ne parvient de toute façon pas jusqu'au haver, qui ne la reçoit pas de ses mains hors du temps des pressoirs. La manière dont il immerge ses ustensiles reste donc sans effet sur nous.
Pour le kodech aussi, ne recevons rien d'eux ! Il en naîtrait de l'hostilité.
L'objection pousse la réponse précédente à son terme : appliquons au kodech le même refus qu'à la terouma, et la crainte tombera là aussi.
La guemara introduit alors le facteur qui commande la suite du passage : eva, l'hostilité. Écarter le am haaretz du service du Temple créerait une fracture dans le peuple.
Pour la terouma aussi, il en naîtrait de l'hostilité ! Cela lui importe peu, car il s'en va la donner à un cohen am haaretz, son compagnon.
La différence est concrète. Un am haaretz éconduit sur sa terouma dispose d'une autre voie : il la porte à un cohen de son propre milieu, qui la recevra volontiers. Le refus ne le prive de rien et ne le blesse pas.
Le kodech est dans une autre situation : le Temple est unique, et un refus là-bas ferme la seule porte ouverte.
Et quel est le tana qui tient compte de l'hostilité ? C'est Rabbi Yossi.
Car il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : pourquoi tous sont-ils dignes de confiance quant à la pureté du vin et de l'huile durant toute l'année ? Afin que chacun n'aille pas se bâtir un autel privé pour lui-même et brûler une vache rousse pour lui-même.
La guemara rattache le motif de l eva à un tana nommé. Rabbi Yossi explique par la même raison une confiance beaucoup plus large : celle accordée à tous, sans enquête, sur la pureté du vin des libations et de l'huile des offrandes.
Le risque qu'il nomme est la dislocation du culte. L'homme écarté du Temple finirait par se donner un bama, un autel privé, au temps même où les autels privés sont interdits, et par brûler sa propre vache rousse. La confiance accordée est le prix de l'unité du service.
Rav Papa a dit : selon quel avis recevons-nous aujourd hui le témoignage d'un am haaretz ? Selon qui ?
Selon Rabbi Yossi.
Rav Papa tire une conséquence pour son propre temps. La pratique des tribunaux, qui reçoivent le témoignage d'un am haaretz, suppose que la halakha suit Rabbi Yossi et son souci de l eva. Selon les sages qui le contredisent, un tel témoignage serait écarté.
Mais craignons l'emprunt !
Retour au point de départ. La permission d'immerger un ustensile dans un ustensile pour la terouma reposait sur ce que la terouma du am haaretz ne nous parvient pas. L'objection relève une autre voie de contact : nous empruntons leurs ustensiles et nous nous en servons.
Si le am haaretz imite le haver et immerge mal ses récipients, l'ustensile emprunté arrivera chez nous sans purification valable.
Car nous avons appris : un ustensile de terre cuite protège tout, paroles de Beth Hillel. Beth Chamai disent : il ne protège que les aliments, les boissons et les ustensiles de terre cuite.
La preuve que l'emprunt est bien pratiqué vient d'une michna de Edouyot qui suppose que l'on se sert des ustensiles du am haaretz.
Elle traite du pouvoir de barrage du kli heres, l'ustensile de terre cuite. Deux applications : un récipient fermé d'un tsamid patil, couvercle scellé, placé sous la tente d'un mort, et un récipient posé sur la lucarne qui relie la maison à l'étage. Beth Hillel étendent la protection à tout ; Beth Chamai la limitent aux aliments, aux boissons et aux ustensiles de terre cuite.
Beth Hillel dirent à Beth Chamai : pourquoi ? Beth Chamai répondirent : parce que l'ustensile est impur du fait du am haaretz, et un ustensile impur ne fait pas barrage.
Beth Hillel leur dirent : mais n'avez-vous pas déclaré purs les aliments et les boissons qui s'y trouvent ! Beth Chamai leur répondirent : lorsque nous avons déclaré purs les aliments et les boissons qui s'y trouvent —
La réponse de Beth Chamai livre le point qui intéresse notre sougya : le récipient posé sur la lucarne appartient à un am haaretz et se trouve déjà impur par son contact. Voilà l'emprunt supposé acquis par la michna.
Beth Hillel relèvent alors une tension interne : Beth Chamai déclarent purs les aliments et les boissons enfermés dans ce même récipient. Le folio s'interrompt sur le début de leur réponse, qui se poursuit au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).