Sougya : Le folio achève la controverse sur le récipient de terre fermé d'un tsamid patil dans la tente d'un mort. Rabbi Yehochoua raillait Beit Chammai, qui déclarent purs les aliments et les kelei heres tout en déclarant impurs les récipients de métal.
Un disciple de Beit Chammai lui dévoile la raison : le récipient appartient à un am haarets, il est déjà impur, et un récipient impur ne fait pas écran ; en droit tout devrait être impur, mais on ne déclare impur que ce qu'un haver risque d'emprunter. Rabbi Yehochoua se prosterne alors sur les tombes de Beit Chammai.
La guemara en tire que l'on emprunte bien des récipients à l'am haarets et qu'on les immerge, ce qui ouvre la question de sa créance : Abaye partage entre son corps et ses récipients, Rava entre une déclaration globale et une déclaration de détail, et Abaye se reprend par la règle de la rigueur au commencement qui autorise l'indulgence à la fin. La seconde moitié revient à la michna des ma'alot : le dos et l'intérieur du récipient, le beit hatsevita, et le compte de onze degrés de Rabba bar Avouh, six pour les houlin faits en pureté de kodech et cinq pour le kodech seul.
C'est pour lui-même que nous avons déclaré pur.
Le folio précédent avait posé la difficulté : si le récipient de terre appartenant à un am haarets est déjà impur, il ne fait pas écran, et rien de ce qu'il contient ne devrait être protégé de l'impureté de la tente. Pourquoi alors Beit Chammaï déclarent-ils purs les aliments, les boissons et les récipients de terre qui s'y trouvent ?
La réponse commence ici : cette pureté ne vaut que pour l'am haarets. Lui seul mangera ces aliments, car un haver se tient à distance de sa nourriture en toute hypothèse. Déclarer cette nourriture impure ne changerait donc rien pour personne.
Mais déclarerons-nous pur le récipient, dont la pureté vaut pour toi comme pour lui ?
Le partage est ainsi tracé : lekha velo, pour toi et pour lui. Un récipient de métal ou de bois, un keli chetef, se purifie par une simple immersion. Un haver peut donc l'emprunter à l'am haarets, l'immerger et s'en servir pour ses aliments purs.
S'il ignore que ce récipient a séjourné dans une tente de mort, il le croira purifié par la tevila, alors qu'il lui faudrait une haza'a, l'aspersion de l'eau mêlée des cendres de la vache rousse, au troisième et au septième jour. C'est pourquoi Beit Chammaï le déclarent impur : ici la déclaration porte à conséquence.
Il est enseigné : Rabbi Yehochoua a dit : j'ai honte de vos paroles, Beit Chammaï ! Se peut-il qu'une femme pétrisse dans un pétrin — la femme et le pétrin impurs sept jours, et la pâte pure ?
Un login plein de liquides — le login impur d'une impureté de sept jours, et les liquides purs ?
Rabbi Yehochoua prend Beit Chammaï au mot et déroule la scène : un mort à l'étage inférieur, un récipient de terre scellé bouchant l'ouverture, et à l'étage une femme qui pétrit dans un pétrin de métal. Selon Beit Chammaï le pétrin contracte l'impureté du mort pour sept jours, tandis que la pâte qu'il contient reste pure.
Le même absurde apparaît avec le login, un pichet de métal plein de liquide : le pichet impur sept jours et son contenu pur. Rabbi Yehochoua tient cette dissociation entre le contenant et le contenu pour inconcevable, parce qu'il lit la position de Beit Chammaï comme une thèse de droit sur ce que le tsamid patil protège.
Un disciple d'entre les disciples de Beit Chammaï s'attacha à lui et lui dit : je vais te dire la raison de Beit Chammaï. Il lui dit : parle.
Il lui dit : un récipient impur fait-il écran ou ne fait-il pas écran ? Il lui dit : il ne fait pas écran.
Le récipient d'un am haarets est-il impur ou pur ? Il lui dit : impur.
Et si tu lui dis qu'il est impur, fait-il seulement cas de toi ? Bien plus : si tu lui dis impur, il te dira : le mien est pur et le tien est impur.
Le disciple ne défend pas la thèse que Rabbi Yehochoua avait prêtée à Beit Chammaï. Il montre que leur partage est d'un autre ordre. Trois questions suffisent : un récipient impur ne fait pas écran ; le récipient de l'am haarets est impur ; donc en droit strict rien n'est protégé, et tout ce qui se trouve dans le récipient scellé est impur.
Reste à savoir ce qu'il sert de proclamer. L'am haarets ne tient pas ses propres objets pour impurs ; il retournera l'accusation. Beit Chammaï n'ont donc déclaré impur que ce qui concerne le haver, c'est-à-dire les kelei chetef qu'il pourrait emprunter. Le reste, aliments, boissons et kelei heres qui ne se purifient qu'en les brisant, ils l'ont laissé à sa pureté nominale.
Et telle est la raison de Beit Chammaï.
La guemara clôt l'explication du disciple. La position de Beit Chammaï se lit désormais comme une mesure rabbinique ajustée à son effet : on ne prononce l'impureté que là où elle sera entendue et suivie.
Aussitôt Rabbi Yehochoua alla se prosterner sur les tombes de Beit Chammaï et dit : je me soumets à vous, ossements de Beit Chammaï ! Si vos paroles restées obscures sont telles, vos paroles explicites, à plus forte raison.
On a dit : tous ses jours ses dents furent noircies par ses jeûnes.
Rabbi Yehochoua avait dit j'ai honte de vos paroles. Ayant reçu la raison d'un simple disciple, il se rétracte par un geste : il se rend sur les tombes et reconnaît sa dette envers ceux qu'il avait raillies.
Le raisonnement de sa rétractation est un kal va-homer : si une position laissée sans explication recélait une telle justesse, que dire de celles que Beit Chammaï ont pris soin d'expliciter. La mention de ses dents noircies indique la durée des jeûnes qu'il s'imposa, la parole prononcée contre une école de Torah exigeant réparation.
Il est enseigné en tout cas : pour toi et pour lui. Il apparaît donc que nous leur empruntons ! — Lorsque nous leur empruntons, nous les immergeons.
La guemara revient à son propos antérieur. La formule lekha velo suppose qu'un haver emprunte effectivement des récipients à un am haarets. La question devenait alors : pourquoi ne craint-on pas qu'il les ait immergés d'une manière invalide, par exemple un récipient à l'intérieur d'un autre dont l'ouverture est trop étroite ?
La réponse est simple : sa tevila ne nous concerne pas, car nous immergeons nous-mêmes le récipient emprunté avant de nous en servir. La question de sa compétence est ainsi contournée.
S'il en est ainsi, que Beit Hillel répondent à Beit Chammaï : lorsque nous leur empruntons, nous les immergeons ! — Ce qui est impur par un mort requiert l'aspersion au troisième et au septième jour, et un récipient pour sept jours, les gens n'en prêtent pas.
Si l'immersion que le haver pratique lui-même suffit à tout régler, Beit Hillel auraient pu opposer cet argument à Beit Chammaï et défendre par là la pureté des kelei chetef. La guemara écarte cette possibilité.
La solution de la tevila ne vaut que pour les impuretés légères, celles qui s'achèvent au coucher du soleil. L'impureté du mort demande sept jours et deux aspersions, au troisième et au septième. Or nul ne prête un récipient pour une semaine entière : le haver ne pourrait donc pas mener ce parcours à son terme sur un objet emprunté.
Et pour l'immersion, ne sont-ils pas crus ? Or il est enseigné : les amei haarets sont crus sur la pureté de l'immersion de celui qui est impur par un mort !
La guemara vient de poser que le haver immerge lui-même le récipient emprunté, ce qui suppose que l'am haarets n'est pas cru sur la tevila. Une baraita dit le contraire : les amei haarets sont crus sur l'immersion qui achève la purification de l'impureté du mort, celle du septième jour.
Abaye dit : il n'y a pas de difficulté — ici il s'agit de son corps, là de ses récipients. Rava dit : l'un et l'autre traitent de ses récipients, et il n'y a pas de difficulté — ici il s'agit de celui qui dit : jamais je n'ai immergé un récipient dans un récipient ; là de celui qui dit : j'ai immergé, mais je n'ai pas immergé dans un récipient dont l'ouverture n'a pas la largeur du goulot d'une outre.
Deux résolutions. Abaye partage selon l'objet de la déclaration : l'am haarets est cru quand il atteste avoir immergé son propre corps, il ne l'est pas quand il atteste avoir immergé ses récipients.
Rava refuse ce partage et place la ligne ailleurs. Les deux enseignements traitent des récipients ; ce qui change est la teneur de la déclaration. Une déclaration globale et négative, jamais je n'ai immergé un récipient dans un récipient, ne demande aucun savoir technique : il est cru. Une déclaration de détail, qui suppose de connaître le chiour de la chefoferet hanod, le goulot d'une outre, et d'y avoir veillé, excède ce que l'on prête à un am haarets.
Et il est enseigné : un am haarets est cru pour dire que des fruits n'ont pas été rendus aptes à l'impureté, mais il n'est pas cru pour dire que les fruits ont été rendus aptes et ne sont cependant pas devenus impurs.
Cette baraita est citée en appui de Rava. Un fruit ne reçoit l'impureté qu'après avoir été mouillé par l'un des sept liquides : c'est le hekhcher. Dire que ses fruits n'ont jamais reçu d'eau est une donnée brute, dont l'am haarets a connaissance : on le croit.
Dire qu'ils ont été mouillés et qu'il les a néanmoins préservés de toute impureté suppose une vigilance de chaque instant, celle que le haver s'impose et que l'am haarets ne pratique pas : on ne le croit pas. Le même critère départage ses déclarations sur la tevila.
Et pour son corps, est-il cru ? Or il est enseigné : un haver qui vient pour l'aspersion, on asperge sur lui immédiatement ; un am haarets qui vient pour l'aspersion, on n'asperge pas sur lui tant qu'il n'a pas accompli devant nous le troisième et le septième jour !
La guemara attaque maintenant la réponse d'Abaye. Si l'am haarets était cru sur la pureté de son corps, on devrait l'asperger sur sa seule déclaration qu'il en est au troisième jour de son impureté, comme on le fait pour un haver.
Or la baraita exige qu'il accomplisse le compte entier sous nos yeux. Il n'est donc pas cru non plus sur son corps, et le partage entre le corps et les récipients ne tient pas.
Abaye dit plutôt : en raison de la rigueur dont tu as usé envers lui à son commencement, tu as été indulgent envers lui à sa fin.
Abaye abandonne le partage entre le corps et les récipients et propose un principe de procédure. Au début du parcours de purification, on ne l'a pas cru : il a dû accomplir le troisième et le septième jour devant nous. Cette rigueur initiale fonde l'indulgence finale.
Rachi en donne le ressort : ayant subi cette contrainte, l'am haarets prend garde à son immersion pour n'avoir pas à recommencer les sept jours. La créance ne repose donc pas sur sa science, mais sur l'intérêt qu'il a désormais à bien faire.
Le dos et l'intérieur. Qu'est-ce que le dos et l'intérieur ?
La guemara quitte la question de la créance et reprend la michna des ma'alot. Le deuxième degré énonce que le dos du récipient et son intérieur valent pour la terouma et non pour le kodech. La guemara demande d'abord ce que désigne cette distinction.
Comme nous l'avons appris : un récipient dont le dos a été rendu impur par des liquides — son dos est impur ; son intérieur, son rebord, son anse et ses manches sont purs. Si son intérieur a été rendu impur — il est impur tout entier.
La réponse vient d'une michna du traité Keilim. Selon la Torah, un aliment ou une boisson ne rend pas impur un récipient : seul un av hatoum'a le peut. Les Sages ont pourtant décrété que les liquides rendent le récipient impur, à cause des liquides du zav et de la zava, qui sont, eux, des pères d'impureté.
Pour signaler que cette impureté est d'origine rabbinique, ils l'ont limitée à la partie touchée : le dos rendu impur par un liquide laisse purs l'intérieur, l ogen qui est la lèvre repliée, l ozen qui est l'anse, et les yadayim qui sont les manches. Ce signe distinctif évite que l'on brûle terouma et kodachim pour une impureté qui n'est pas de la Torah. L'intérieur rendu impur, en revanche, emporte le récipient entier.
Et le beit hatsevita, etc. Qu'est-ce que le beit hatsevita ?
Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : l'endroit par lequel on le saisit, et de même il est dit : et il lui tendit du grain grillé. Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : l'endroit où les gens délicats trempent.
La michna avait ajouté une troisième partie au dos et à l'intérieur : le beit hatsevita. Deux lectures s'affrontent. Pour Chemouel, la racine tsavat signifie saisir et tendre, comme dans le verset de Routh où Boaz lui tend du grain grillé ; le beit hatsevita est alors la prise, l'endroit creusé par lequel on tient le récipient pour le passer à autrui.
Pour Rabbi Yo'hanan, il s'agit du petit creux aménagé au fond du plat, avec un rebord tout autour, où les nekiyei hadaat, les gens délicats, mettent du vinaigre ou de la moutarde pour y tremper leurs aliments. Tossefot relève la difficulté de cette seconde lecture : un creux qui appartient à l'intérieur devrait entraîner tout le récipient.
Rav Beivai enseigna devant Rav Nahman : tous les récipients n'ont pas de dos et d'intérieur, aussi bien pour les kodachim du Temple que pour les kodachim de la frontière. Il lui dit : les kodachim de la frontière, qu'est-ce donc ?
La terouma. Or nous avons appris : le dos, l'intérieur et le beit hatsevita valent pour la terouma !
Rav Beivai récite devant Rav Nahman une baraita qui supprime le découpage du récipient dans tous les cas : dès qu'une partie est rendue impure, tout l'est, pour les kodchei hamikdach comme pour les kodchei hagvoul.
Rav Nahman objecte que l'expression kodachim de la frontière désigne d'ordinaire la terouma, qui se mange dans toute l'étendue de la terre d'Israël. La baraita contredirait alors frontalement notre michna, qui maintient le découpage précisément pour la terouma.
Peut-être veux-tu parler des houlin préparés selon la pureté du kodech.
Rav Nahman résout lui-même sa difficulté en déplaçant le sens de l'expression. Les kodchei hagvoul de la baraita ne sont pas la terouma mais les houlin faits en pureté de kodech, ces aliments ordinaires qu'un homme habitué aux kodachim traite avec la rigueur du kodech.
Le nom leur convient, puisque ce degré de pureté peut s'observer hors du Temple. La baraita cesse alors de contredire la michna : elle étend la rigueur du kodech à ces houlin, sans toucher à la terouma.
Tu m as rappelé une chose qu'a dite Rabba bar Avouh : onze ma'alot ont été enseignées ici ; les six premières valent aussi bien pour le kodech que pour les houlin préparés selon la pureté du kodech ; les dernières valent pour le kodech, mais non pour les houlin préparés selon la pureté du kodech.
La lecture de Rav Nahman reçoit ici son appui. Rabba bar Avouh compte onze ma'alot dans la michna et les coupe en deux : les six premières s'étendent aux houlin faits en pureté de kodech, les cinq dernières restent propres au kodech.
Le critère du partage avait été donné au folio précédent : les six premières comportent une derara de-toum'a, une attache à une impureté de la Torah, et les Sages les ont donc étendues. Le deuxième degré, celui du dos et de l'intérieur, se trouve dans ce premier groupe : la baraita de Rav Beivai, qui supprime le découpage pour les houlin faits en pureté de kodech, s'accorde ainsi avec la michna.
Celui qui porte le midras porte la terouma, mais non le kodech. Le kodech, quelle en est la raison ?
À cause d'un fait qui eut lieu. Car Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : il arriva qu'un homme transportait une jarre de vin de kodech d'un endroit à un autre,
La guemara passe au troisième degré de la michna. Un objet foulé par un zav est un midras, un père d'impureté ; celui qui le porte peut porter en même temps de la terouma, à condition qu'il n'y ait aucun contact, mais il ne peut pas porter du kodech.
La question se pose : si le contact est exclu, pourquoi interdire aussi le kodech ? La réponse n'est pas tirée d'un raisonnement mais d'un incident, un maasse chehaya, que Chemouel rapporte au nom de Rav Yehouda. Le récit commence au dernier mot du folio, avec un homme qui transporte une jarre de vin consacré, et s'achève au début de 23a : la courroie de sa sandale se rompit, il prit la jarre pour la poser, elle se brisa, et les Sages décrétèrent à partir de la.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).