Sougya : Le folio part de l'affaire de la lanière de sandale : un midras du zav tombe dans l'espace intérieur d'une barrique de kodech et la rend impure, d'où le décret qui permet de porter un midras avec de la terouma et l'interdit avec du kodech. La guemara demande pourquoi la terouma échappe à la rigueur et répond par le principe de Rabbi Hanania ben Akavia : un décret ne s'étend pas au-delà du cas où l'affaire est survenue.
Ce principe est illustré par la baraita des eaux de la hatat portées en barque sur le Jourdain, puis par l'affaire du kazayit de cadavre fiché dans le fond de la barque. Trois questions restent ouvertes sur la portée du décret, et Rabbi Ila s'oppose à Rabbi Zera sur le sort du kodech porte en transgression.
La seconde moitié du folio quitte le midras pour la michna des ustensiles achevés en état de pureté : Chemouel y voit la crainte de la tsinora, la gouttelette de salive d'un am haaretz, et la guemara établit qu'elle doit être tombée avant l'achèvement en restant humide. Le folio se termine sur la michna du tube coupé pour la hatat, le débat de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua, et le signe distinctif que les Sages voulaient donner contre les Sadducéens.
et la lanière de sa sandale se rompit ; il la prit et la posa sur l'ouverture d'une barrique, elle tomba dans l'espace intérieur de la barrique, et celle-ci devint impure. À cette heure-là ils dirent : celui qui porte le midras porte la terouma, mais non le kodech.
La sandale en question est un midras : un objet sur lequel un zav s'est appuyé de tout son poids, ce qui en fait un av hatouma, une source principale d'impureté. La barrique est de terre cuite, et un tel récipient contracte l'impureté dès que la source pénètre dans son avir, son espace intérieur, même sans contact avec la paroi.
L'affaire produit un décret : on ne porte pas ensemble un midras et du kodech, de peur qu'un accident semblable ne se reproduise. La terouma, elle, reste permise. C'est précisément cet écart que la guemara va interroger.
Si c'est ainsi, la terouma aussi ! Selon qui est cet enseignement ?
C'est Rabbi Hanania ben Akavia, qui a dit : ils n'ont interdit que dans le Jourdain et en barque, et dans un cas semblable à l'affaire qui est survenue.
L'objection est directe : si le décret vient de la crainte d'un accident, le même accident menacerait la terouma. La réponse ne discute pas du risque, elle change de plan et porte sur la méthode du décret.
Pour Rabbi Hanania ben Akavia, un décret pris à la suite d'une affaire ne s'étend pas au-delà des circonstances de cette affaire. Or l'affaire de la lanière est survenue avec une barrique de kodech ; le décret reste donc enfermé dans le kodech.
Quelle est cette affaire ? Comme il est enseigné : un homme ne portera pas les eaux de la hatat ni la cendre de la hatat pour les faire passer le Jourdain en barque ; il ne se tiendra pas sur une rive pour les jeter sur l'autre ; il ne les fera pas flotter à la surface de l'eau ; il ne montera pas sur une bête ni sur le dos de son compagnon, à moins que les pieds ne touchent le sol.
Mais il les fait passer sur le pont sans avoir à s'en inquiéter ; et il en va de même pour le Jourdain et pour les autres fleuves. Rabbi Hanania ben Akavia dit : ils n'ont interdit que dans le Jourdain et en barque, et dans un cas semblable à l'affaire qui est survenue.
Les mei hatat, eaux mêlées à la cendre de la vache rousse, et l efer hatat, cette cendre elle-même, servent à purifier de l'impureté du mort. Ils sont eux-mêmes très exposés : une impureté les invalide.
Le tana kama interdit tout transport qui se fait en l'air, sans appui continu sur le sol, et étend la règle à tous les fleuves. Rabbi Hanania ben Akavia applique ici son principe et réduit l'interdiction au seul cas de l'affaire : le Jourdain, en barque.
Quelle est l'affaire qui est survenue ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il arriva qu'un homme fit passer les eaux de la hatat et la cendre de la hatat dans le Jourdain, en barque, et l'on trouva un kazayit de cadavre fiché dans le fond de la barque.
À cette heure-là ils dirent : un homme ne portera pas les eaux de la hatat ni la cendre de la hatat pour les faire passer le Jourdain en barque.
Un kazayit, volume d'une olive, de chair de cadavre suffit à transmettre l'impureté par ohel, par recouvrement : ce qui se trouve au-dessus devient impur sans aucun contact. Les eaux portées au-dessus du plancher de la barque ont donc été invalidées.
Ce récit fixe le cadre du décret. Puisque tout, dans l'affaire, tenait au Jourdain et à la barque, Rabbi Hanania ben Akavia n'en sort pas.
On leur posa la question : une sandale impure, soit ; une sandale pure, qu'en est-il ? Une barrique ouverte, soit ; une barrique fermée, qu'en est-il ?
S'il a transgressé et porte, qu'en est-il ?
Les trois questions sondent la même chose : jusqu'où va un décret né d'une affaire précise. Les deux premières portent sur les circonstances — la sandale devait-elle être impure, la barrique ouverte — et la troisième sur l'effet du décret une fois violé.
La troisième est d'un autre ordre : elle demande si le décret se contente d'interdire un geste ou s'il produit réellement une touma dans le kodech transporté.
Rabbi Ila dit : s'il a transgressé et porte, c'est impur. Rabbi Zera dit : s'il a transgressé et porte, c'est pur.
Pour Rabbi Ila, les Sages ont donné au décret une portée effective : le kodech porte en transgression est traité comme impur. Pour Rabbi Zera, le décret n'interdit qu'un geste ; une fois le geste accompli, le kodech reste pur puisque rien ne l'a réellement touché.
« Les ustensiles achevés en état de pureté, etc. » Qui les a achevés ? Si l'on dit qu'un haver les a achevés, pourquoi leur faut-il une immersion ?
Le folio revient à la michna, qui énumère les rigueurs propres au kodech : un ustensile achevé en état de pureté réclame une immersion pour le kodech, non pour la terouma. La guemara commence par un dilemme sur l'identité de l'artisan.
Un haver est un homme scrupuleux sur les lois de pureté ; s'il a fait l'ustensile, rien ne devrait le rendre suspect.
Mais si c'est un am haaretz qui les a achevés, peut-on les appeler « achevés en état de pureté » ? Rabba bar Chila a dit au nom de Rav Matna au nom de Chemouel : en vérité, c'est un haver qui les a achevés, et c'est à cause de la tsinora d'un am haaretz.
Le dilemme se ferme des deux côtés : un haver ne justifie aucune immersion, un am haaretz ne justifie pas le titre de la michna. Chemouel garde le haver comme artisan et introduit un risque extérieur, la tsinora : une gouttelette de salive projetée par un am haaretz qui passait là.
La salive d'un am haaretz est traitée comme celle d'un zav, dont le crachat est une source d'impureté. Une telle gouttelette suffit à justifier l'immersion du kodech.
Quand serait-elle tombée ? Si l'on dit avant qu'il ne l'achève, ce n'est pas encore un ustensile.
Mais si c'est après qu'il l'a achevé, il y prend garde ! En vérité, avant qu'il ne l'achève ; et peut-être, au moment où il l'a achevé, était-elle encore humide.
Un objet inachevé n'est pas encore un keli et ne contracte pas l'impureté. Une fois achevé, il se trouve entre les mains d'un haver vigilant. Les deux moments semblent exclure le risque.
La solution joue sur la durée : la gouttelette tombée avant l'achèvement ne peut rien tant que l'objet n'est pas un keli, mais si elle est encore humide à l'instant précis où l'objet le devient, elle le rend impur à cet instant. Le zov et la salive ne transmettent l'impureté que tant qu'ils sont humides.
Immersion, oui ; attendre le coucher du soleil, non.
La michna n'a demandé qu'une tevila, une immersion. Elle n'a pas exige le hearev chemech, l'attente du coucher du soleil qui achève normalement la purification. L'ustensile est donc utilisable dès la sortie du mikve, alors même qu'il est tevoul yom, immergé le jour même.
Notre michna ne suit pas Rabbi Eliezer, car nous avons appris : un tube que l'on a coupé pour la hatat — Rabbi Eliezer dit : qu'il l'immerge aussitôt ; Rabbi Yehochoua dit : qu'il le rende impur, puis qu'il l'immerge. Et nous avons discuté cela : qui l'a coupé ?
Si l'on dit qu'un haver l'a coupé, pourquoi faut-il une immersion ? Et si c'est un am haaretz qui l'a coupé, Rabbi Yehochoua dirait-il en pareil cas : qu'il le rende impur puis qu'il l'immerge ?
Il est déjà impur !
Une chefoferet, un tube taillé, sert à conserver la cendre de la vache rousse. Les avis divergent sur la manière de le préparer : Rabbi Eliezer l'immerge aussitôt, Rabbi Yehochoua veut d'abord lui donner une impureté véritable.
L'objection de Rabbi Yehochoua n'a de sens que si le tube est pur au départ : rendre impur ce qui l'est déjà n'aurait aucun objet. La discussion rejoint donc exactement celle des ustensiles achevés en pureté.
Et Rabba bar Chila a dit au nom de Rav Matna au nom de Chemouel : en vérité, c'est un haver qui l'a coupé, et c'est à cause de la tsinora d'un am haaretz. Quand serait-elle tombée ?
Si l'on dit avant qu'il ne le coupe, ce n'est pas encore un ustensile ; et si c'est après qu'il l'a coupé, il y prend garde ! En vérité, avant qu'il ne le coupe ; peut-être, au moment où il l'a coupé, était-elle encore humide.
La guemara transpose mot pour mot la réponse de Chemouel : le tube a été coupé par un haver, la crainte porte sur la tsinora tombée avant l'achèvement et encore humide à l'instant où le tube devient un keli.
Cette impureté est de rang léger, d'ordre rabbinique. Toute la suite du folio va demander si elle réclame, ou non, le hearev chemech.
Soit, selon Rabbi Yehochoua : voilà qu'il y a un signe distinctif contre les Sadducéens.
Le hekker est un geste visible destiné à marquer publiquement le rejet d'une opinion. Selon Rabbi Yehochoua, on donne au tube une impureté pleine, celle qui exigerait normalement le hearev chemech, et l'on s'en sert pourtant aussitôt après l'immersion. Chacun voit ainsi que les Sages tiennent le tevoul yom pour apte au service de la vache rousse.
Car nous avons appris : on rendait impur le kohen qui brûle la vache, afin de chasser l'opinion du cœur des Sadducéens, qui disaient : elle se fait par des gens ayant attendu le coucher du soleil.
Les Sadducéens exigeaient que la vache rousse soit brûlée par des hommes pleinement purs, immergés et ayant attendu le coucher du soleil, meorvei chemech. Les Sages tenaient au contraire le tevoul yom pour apte.
Pour rendre ce désaccord visible, on rendait le kohen impur de propos délibéré, on l'immergeait, et on lui faisait brûler la vache le jour même. Le geste vise moins la pratique que la démonstration publique.
Mais selon Rabbi Eliezer : si tu dis, soit, qu'en général on exige le coucher du soleil, voilà qu'il y a un signe distinctif contre les Sadducéens ; mais si tu dis qu'en général on n'exige pas le coucher du soleil, quel signe distinctif contre les Sadducéens y a-t-il ?
Rabbi Eliezer se contente de l'impureté déjà présente sur le tube, celle de la tsinora. Pour que son avis produise un hekker, il faut que cette impureté légère réclame elle aussi, en principe, le hearev chemech : on verra alors qu'on s'en dispense.
Si au contraire, comme le laisse entendre notre michna, l'immersion seule suffit pour ce genre d'impureté, l'usage immédiat du tube ne montre plus rien. La guemara conclut que notre michna ne peut suivre Rabbi Eliezer.
Rav dit :
Le folio s'interrompt au moment où Rav répond à la difficulté. Sa réponse, donnée au folio suivant, consiste à traiter l'ustensile comme un impur par le mort au cours de ses sept jours, ce qui rend au tube une impureté assez forte pour que le hekker réapparaisse.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).