Chagigah 23a — Le décret ne dépasse pas l'affaire qui l'a produit, et la gouttelette de salive du am haaretz

Chagigah 23a

Sougya : Le folio part de l'affaire de la lanière de sandale : un midras du zav tombe dans l'espace intérieur d'une barrique de kodech et la rend impure, d'où le décret qui permet de porter un midras avec de la terouma et l'interdit avec du kodech. La guemara demande pourquoi la terouma échappe à la rigueur et répond par le principe de Rabbi Hanania ben Akavia : un décret ne s'étend pas au-delà du cas où l'affaire est survenue.

Ce principe est illustré par la baraita des eaux de la hatat portées en barque sur le Jourdain, puis par l'affaire du kazayit de cadavre fiché dans le fond de la barque. Trois questions restent ouvertes sur la portée du décret, et Rabbi Ila s'oppose à Rabbi Zera sur le sort du kodech porte en transgression.

La seconde moitié du folio quitte le midras pour la michna des ustensiles achevés en état de pureté : Chemouel y voit la crainte de la tsinora, la gouttelette de salive d'un am haaretz, et la guemara établit qu'elle doit être tombée avant l'achèvement en restant humide. Le folio se termine sur la michna du tube coupé pour la hatat, le débat de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua, et le signe distinctif que les Sages voulaient donner contre les Sadducéens.

L'affaire de la lanière, puis le décret qui en sort 1. Ce qui est arrivé Sandale = midras du zav (av hatouma) v La lanière se rompt, il la pose sur la barrique v Elle tombe dans l'avir, l'espace intérieur La barrique de kodech est impure 2. Le décret qui en sort Porter un midras + de la terouma PERMIS Porter un midras + du kodech INTERDIT La barrique de l'affaire contenait du kodech Objection : pourquoi pas la terouma aussi ? Réponse : la michna suit Rabbi Hanania ben Akavia Principe de Rabbi Hanania ben Akavia Un décret pris à cause d'une affaire ne vaut que pour un cas semblable à cette affaire
De l affaire de la lanière au décret, et le principe qui en limite la portée.
La tsinora du am haaretz : quand est-elle tombée ? Un haver fabrique l'ustensile ; une gouttelette de salive a pu gicler sur lui Achèvement de l'ustensile AVANT l'achèvement Objection : ce n'est pas encore un keli donc il ne contracte pas l'impureté APRÈS l'achèvement Objection : le haver y prend garde il ne laisserait rien gicler dessus Conclusion de la guemara Elle est tombée AVANT, quand le haver ne surveillait pas encore et elle était peut-être ENCORE HUMIDE au moment de l'achèvement
Pourquoi un ustensile achevé par un haver réclame malgré tout une immersion pour le kodech.
Le tube coupé pour la hatat : deux avis, un signe contre les Sadducéens Rabbi Yehochoua Qu'on le rende impur, puis qu'on l'immerge Impureté pleine, qui exigerait normalement le hearev chemech, le coucher du soleil On s'en sert pourtant alors qu'il est tevoul yom Le hekker existe Même geste que pour le kohen qui brûle la vache : on le rendait impur exprès le huitième jour Rabbi Eliezer Qu'il l'immerge aussitôt La seule impureté est celle de la tsinora du am haaretz, déjà présente sur le tube Le hekker ne tient que si, en général, cette impureté exige le hearev chemech Sinon, s'en servir aussitôt après l'immersion ne montre rien de particulier Conséquence pour notre michna Notre michna dit : immersion oui, hearev chemech non Rabbi Eliezer, lui, a besoin que le hearev chemech soit exige en général Donc notre michna ne suit pas Rabbi Eliezer
Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua sur le tube, et le signe distinctif contre les Sadducéens.
1
וְנִפְסְקָה רְצוּעָה שֶׁל סַנְדָּלוֹ, וּנְטָלָהּ וְהִנִּיחָהּ עַל פִּי חָבִית, וְנָפְלָה לַאֲוִיר הֶחָבִית, וְנִטְמֵאת. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה אָמְרוּ: הַנּוֹשֵׂא אֶת הַמִּדְרָס — נוֹשֵׂא אֶת הַתְּרוּמָה, אֲבָל לֹא אֶת הַקֹּדֶשׁ.

et la lanière de sa sandale se rompit ; il la prit et la posa sur l'ouverture d'une barrique, elle tomba dans l'espace intérieur de la barrique, et celle-ci devint impure. À cette heure-là ils dirent : celui qui porte le midras porte la terouma, mais non le kodech.

📜 Rachi (1)
וְנִפְסְקָה רְצוּעָה שֶׁל סַנְדָּלוֹ מִדְרַס הַזָּב הָיְתָה וּנְטָלָהּ בְּיָדוֹ וּמִתּוֹךְ כָּךְ נָפְלָה לַאֲוִיר הֶחָבִית:
C'était un midras du zav ; il la prit en main, et c'est ainsi qu'elle tomba dans l'espace intérieur de la barrique.
🗂️ Tossefot (1)
וְנִפְסְקָה רְצוּעָה שֶׁל סַנְדָּלוֹ. אע"ג דְּגַבֵּי טֻומְאָה כְּתִיב כְּלִי וְהַאי רְצוּעָה לָאו כְּלִי הוּא מִדְּלָא שָׁרֵינַן לֵיהּ לְטַלְטֵל בְּפֶרֶק אֵלּוּ קְשָׁרִים (שַׁבָּת דַּף קיב.) אַבַּיֵּי קָא אָזֵיל בָּתַר רַב יוֹסֵף אִיפְּסִיק לֵיהּ רְצוּעָה דְּסַנְדָּלָא וּמוֹכְחָא דְּאָסוּר לְטַלְטְלָהּ אַלְמָא לָאו מָנָא הוּא צָרִיךְ לְמֵימַר כְּגוֹן דְּנִשְׁתַּייֵּר בְּהַךְ רְצוּעָה דְּאִיכָּא מָנָא דְּהֶדְיוֹט יָכוֹל לְהַחֲזִירוֹ וּמִיהוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי מָצִינוּ וְנִפְסְקָה סַנְדָּלוֹ:
« Et la lanière de sa sandale se rompit. » Bien qu'à propos de l'impureté l'Écriture écrive « ustensile », et que cette lanière ne soit pas un ustensile — puisqu'on ne permet pas de la déplacer, au chapitre Elou kecharim (Chabbat 112a) : Abaye marchait derrière Rav Yossef, la lanière de sa sandale se rompit, et il en ressort qu'il est interdit de la déplacer, donc elle n'est pas un ustensile — il faut dire qu'il restait de cette lanière de quoi former encore un ustensile qu'un profane peut remettre en place. Toutefois, dans le Yerouchalmi, nous trouvons là leçon : « et sa sandale se rompit ».
💡 Explication

La sandale en question est un midras : un objet sur lequel un zav s'est appuyé de tout son poids, ce qui en fait un av hatouma, une source principale d'impureté. La barrique est de terre cuite, et un tel récipient contracte l'impureté dès que la source pénètre dans son avir, son espace intérieur, même sans contact avec la paroi.

L'affaire produit un décret : on ne porte pas ensemble un midras et du kodech, de peur qu'un accident semblable ne se reproduise. La terouma, elle, reste permise. C'est précisément cet écart que la guemara va interroger.

🖼️ Schéma
L'affaire de la lanière, puis le décret qui en sort 1. Ce qui est arrivé Sandale = midras du zav (av hatouma) v La lanière se rompt, il la pose sur la barrique v Elle tombe dans l'avir, l'espace intérieur La barrique de kodech est impure 2. Le décret qui en sort Porter un midras + de la terouma PERMIS Porter un midras + du kodech INTERDIT La barrique de l'affaire contenait du kodech Objection : pourquoi pas la terouma aussi ? Réponse : la michna suit Rabbi Hanania ben Akavia Principe de Rabbi Hanania ben Akavia Un décret pris à cause d'une affaire ne vaut que pour un cas semblable à cette affaire
L'enchaînement de l'accident et le décret qui en sort.
2
אִי הָכִי, תְּרוּמָה נָמֵי! הָא מַנִּי — רַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא הִיא, דְּאָמַר: לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בַּיַּרְדֵּן וּבִסְפִינָה, וּכְמַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה.

Si c'est ainsi, la terouma aussi ! Selon qui est cet enseignement ?

C'est Rabbi Hanania ben Akavia, qui a dit : ils n'ont interdit que dans le Jourdain et en barque, et dans un cas semblable à l'affaire qui est survenue.

📜 Rachi (1)
ר' חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא דְּאָמַר כָּל מָקוֹם שֶׁגָּזְרוּ חֲכָמִים עַל דָּבָר עַל מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה לֹא גָּזְרוּ אֶלָּא כְּדֻוגְמַת הַמַּעֲשֶׂה וּכְאוֹתוֹ דָּבָר הִלְכָּךְ בַּקֹּודֶשׁ הָיָה מַעֲשֶׂה וּבְקוֹדֶשׁ גָּזְרוּ:
Qui a dit : partout où les Sages ont décrété sur une chose à la suite d'une affaire survenue, ils n'ont décrété que sur le modèle de cette affaire et sur cette chose même. Dès lors, l'affaire s'est produite avec du kodech, et c'est sur le kodech qu'ils ont décrété.
💡 Explication

L'objection est directe : si le décret vient de la crainte d'un accident, le même accident menacerait la terouma. La réponse ne discute pas du risque, elle change de plan et porte sur la méthode du décret.

Pour Rabbi Hanania ben Akavia, un décret pris à la suite d'une affaire ne s'étend pas au-delà des circonstances de cette affaire. Or l'affaire de la lanière est survenue avec une barrique de kodech ; le décret reste donc enfermé dans le kodech.

3
מַאי הִיא? דְּתַנְיָא: לֹא יִשָּׂא אָדָם מֵי חַטָּאת וְאֵפֶר חַטָּאת וְיַעֲבִירֵם בַּיַּרְדֵּן וּבִסְפִינָה, וְלֹא יַעֲמוֹד בְּצַד זֶה וְיִזְרְקֵם לְצַד אַחֵר, וְלֹא יְשִׁיטֵם עַל פְּנֵי הַמַּיִם, וְלֹא יִרְכַּב עַל גַּבֵּי בְּהֵמָה, וְלֹא עַל גַּבֵּי חֲבֵירוֹ, אֶלָּא אִם כֵּן הָיוּ רַגְלָיו נוֹגְעוֹת בַּקַּרְקַע. אֲבָל מַעֲבִירָן עַל גַּבֵּי הַגֶּשֶׁר וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ; אֶחָד הַיַּרְדֵּן וְאֶחָד שְׁאָר הַנְּהָרוֹת. רַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא אוֹמֵר: לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בַּיַּרְדֵּן וּבִסְפִינָה, וּכְמַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה.

Quelle est cette affaire ? Comme il est enseigné : un homme ne portera pas les eaux de la hatat ni la cendre de la hatat pour les faire passer le Jourdain en barque ; il ne se tiendra pas sur une rive pour les jeter sur l'autre ; il ne les fera pas flotter à la surface de l'eau ; il ne montera pas sur une bête ni sur le dos de son compagnon, à moins que les pieds ne touchent le sol.

Mais il les fait passer sur le pont sans avoir à s'en inquiéter ; et il en va de même pour le Jourdain et pour les autres fleuves. Rabbi Hanania ben Akavia dit : ils n'ont interdit que dans le Jourdain et en barque, et dans un cas semblable à l'affaire qui est survenue.

📜 Rachi (4)
וְלֹא יַעֲמוֹד בְּצַד זֶה שֶׁל נָהָר:
Du fleuve.
אא"כ רַגְלָיו נוֹגְעוֹת בַּקַּרְקַע מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה בִּסְפִינָה כְּדִלְקַמָּן וְכָל סְפִינָה מְהַלֶּכֶת בָּאֲוִיר וְגָזְרוּ עַל הָאֲוִירוֹת כֻּולָּן:
En raison de l'affaire survenue dans une barque, rapportée plus loin ; et toute barque avance dans l'air, de sorte qu'ils ont décrété sur tous les passages qui se font en l'air.
אֲבָל מַעֲבִירָן עַל הַגֶּשֶׁר הוֹאִיל וְרַגְלָיו נוֹגְעוֹת בּוֹ:
Puisque ses pieds le touchent.
אֶלָּא בַּיַּרְדֵּן וְלֹא בִּשְׁאָר נְהָרוֹת אֲבָל מְשִׁיטָן עַל פָּנָיו וְעוֹמֵד בְּצַד זֶה וְיִזְרְקֵם לְצַד אַחֵר:
Et non dans les autres fleuves. En revanche, il peut les faire flotter à la surface, ou se tenir sur une rive et les jeter sur l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא יִשָּׂא אָדָם מֵי חַטָּאת. וַאֲפִילּוּ רַבָּנָן דְּלָא בָּעוּ כַּמַּעֲשֶׂה שֶׁהָיָה מ"מ לָא אַחְמוּר מִיהָא לְקַדֵּשׁ רַק לְחַטָּאת:
« Un homme ne portera pas les eaux de la hatat. » Même les Sages, qui n'exigent pas un cas semblable à l'affaire survenue, n'ont pas pour autant étendu la rigueur à tout le kodech : ils ne l'ont posée que pour la hatat.
💡 Explication

Les mei hatat, eaux mêlées à la cendre de la vache rousse, et l efer hatat, cette cendre elle-même, servent à purifier de l'impureté du mort. Ils sont eux-mêmes très exposés : une impureté les invalide.

Le tana kama interdit tout transport qui se fait en l'air, sans appui continu sur le sol, et étend la règle à tous les fleuves. Rabbi Hanania ben Akavia applique ici son principe et réduit l'interdiction au seul cas de l'affaire : le Jourdain, en barque.

🖼️ Schéma
Faire passer les eaux et la cendre de la hatat d'une rive à l'autre Mode de passage Tana kama R. Hanania b. Akavia En barque, sur le Jourdain interdit interdit En barque, sur un autre fleuve interdit permis Les jeter d'une rive à l'autre interdit permis Les faire flotter sur l'eau interdit permis À dos de bête ou d'un compagnon interdit, sauf pieds au sol permis Sur le pont permis permis Le fil conducteur du tana kama : tout passage qui se fait en l'air, sans appui au sol
Les modes de passage, selon le tana kama et selon Rabbi Hanania ben Akavia.
4
מַאי מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה? דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁהָיָה מַעֲבִיר מֵי חַטָּאת וְאֵפֶר חַטָּאת בַּיַּרְדֵּן וּבִסְפִינָה וְנִמְצָא כְּזַיִת מֵת תָּחוּב בְּקַרְקָעִיתָהּ שֶׁל סְפִינָה. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה אָמְרוּ: לֹא יִשָּׂא אָדָם מֵי חַטָּאת וְאֵפֶר חַטָּאת וְיַעֲבִירֵם בַּיַּרְדֵּן בִּסְפִינָה.

Quelle est l'affaire qui est survenue ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il arriva qu'un homme fit passer les eaux de la hatat et la cendre de la hatat dans le Jourdain, en barque, et l'on trouva un kazayit de cadavre fiché dans le fond de la barque.

À cette heure-là ils dirent : un homme ne portera pas les eaux de la hatat ni la cendre de la hatat pour les faire passer le Jourdain en barque.

📜 Rachi (1)
כַּזַּיִת מֵת תָּחוּב וְהֶאֱהִילוּ עָלָיו וְנִטְמְאוּ:
On a fait ohel, tente, au-dessus de lui, et les eaux sont devenues impures.
🗂️ Tossefot (1)
מֵת תָּחוּב בְּקַרְקָעִיתָהּ שֶׁל סְפִינָה. וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צג.) מֵי חַטָּאת שֶׁנִּטְמְאוּ מְטַהֲרִין שֶׁכֵּן נִדָּה מְקַבֶּלֶת הַזָּאָה הַיְינוּ בִּשְׁאָר טֻומְאוֹת אֲבָל בְּטֻומְאַת מֵת נִפְסְלוּ:
« Un cadavre fiché dans le fond de la barque. » Ce qui est dit au chapitre Dam hatat (Zevahim 93a), que des eaux de hatat devenues impures purifient encore, puisque la nida reçoit l'aspersion, vaut pour les autres impuretés ; mais s'agissant de l'impureté du mort, elles sont invalidées.
💡 Explication

Un kazayit, volume d'une olive, de chair de cadavre suffit à transmettre l'impureté par ohel, par recouvrement : ce qui se trouve au-dessus devient impur sans aucun contact. Les eaux portées au-dessus du plancher de la barque ont donc été invalidées.

Ce récit fixe le cadre du décret. Puisque tout, dans l'affaire, tenait au Jourdain et à la barque, Rabbi Hanania ben Akavia n'en sort pas.

5
אִיבַּעְיָא לְהוּ: סַנְדָּל טָמֵא, סַנְדָּל טָהוֹר מַהוּ? חָבִית פְּתוּחָה, חָבִית סְתוּמָה מַהוּ? עָבַר וְנָשָׂא מַהוּ?

On leur posa la question : une sandale impure, soit ; une sandale pure, qu'en est-il ? Une barrique ouverte, soit ; une barrique fermée, qu'en est-il ?

S'il a transgressé et porte, qu'en est-il ?

📜 Rachi (3)
אִיבַּעְיָא לְהוּ סַנְדָּל טָמֵא הָא דַּאֲמַרְתְּ דְּגָזְרוּ עָלָיו שֶׁלֹּא יִשָּׂא קוֹדֶשׁ עִמּוֹ:
Ce dont tu as parlé, au sujet de quoi ils ont décrété qu'on ne porte pas de kodech avec elle.
סַנְדָּל טָהוֹר מַאי מִי גְּזוּר סַנְדָּל טָהוֹר אַטּוּ טָמֵא אוֹ לָא:
Ont-ils décrété sur la sandale pure à cause de la sandale impure, ou non ?
חָבִית פְּתוּחָה וַדַּאי גְּזוּר עָלָיו חָבִית סְתוּמָה מַאי:
Sur celle-là ils ont certainement décrété ; mais une barrique fermée, qu'en est-il ?
💡 Explication

Les trois questions sondent la même chose : jusqu'où va un décret né d'une affaire précise. Les deux premières portent sur les circonstances — la sandale devait-elle être impure, la barrique ouverte — et la troisième sur l'effet du décret une fois violé.

La troisième est d'un autre ordre : elle demande si le décret se contente d'interdire un geste ou s'il produit réellement une touma dans le kodech transporté.

🖼️ Schéma
Trois questions sur la portée du décret 1. Quelle sandale ? Sandale impure : interdit, certain Sandale pure : décret étendu ? A-t-on décrété sur la pure à cause de l'impure ? 2. Quelle barrique ? Barrique ouverte : interdit, certain Barrique fermée : décret étendu ? Fermée, rien ne peut tomber dans l'avir de la barrique 3. Et s'il transgresse ? Il porte quand même le kodech Le kodech est-il rendu impur ? Le décret va-t-il jusqu'à produire une impureté effective ? Seule la troisième question reçoit une réponse Rabbi Ila : impur | Rabbi Zera : pur Les deux premières restent en teikou, sans tranchement
Les trois questions, et la seule qui reçoit une réponse.
6
רַבִּי אֵילָא אָמַר: אִם עָבַר וְנָשָׂא — טָמֵא. רַבִּי זֵירָא אָמַר: עָבַר וְנָשָׂא — טָהוֹר.

Rabbi Ila dit : s'il a transgressé et porte, c'est impur. Rabbi Zera dit : s'il a transgressé et porte, c'est pur.

💡 Explication

Pour Rabbi Ila, les Sages ont donné au décret une portée effective : le kodech porte en transgression est traité comme impur. Pour Rabbi Zera, le décret n'interdit qu'un geste ; une fois le geste accompli, le kodech reste pur puisque rien ne l'a réellement touché.

7
כֵּלִים הַנִּגְמָרִים בְּטָהֳרָה כּוּ׳. דְּגַמְרִינְהוּ מַאן? אִילֵּימָא דְּגַמְרִינְהוּ חָבֵר, לָמָּה לְהוּ טְבִילָה?

« Les ustensiles achevés en état de pureté, etc. » Qui les a achevés ? Si l'on dit qu'un haver les a achevés, pourquoi leur faut-il une immersion ?

💡 Explication

Le folio revient à la michna, qui énumère les rigueurs propres au kodech : un ustensile achevé en état de pureté réclame une immersion pour le kodech, non pour la terouma. La guemara commence par un dilemme sur l'identité de l'artisan.

Un haver est un homme scrupuleux sur les lois de pureté ; s'il a fait l'ustensile, rien ne devrait le rendre suspect.

8
אֶלָּא דְּגַמְרִינְהוּ עַם הָאָרֶץ — נִגְמָרִין בְּטָהֳרָה קָרֵי לְהוּ? אָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב מַתְנָה אָמַר שְׁמוּאֵל: לְעוֹלָם דְּגַמְרִינְהוּ חָבֵר, וּמִשּׁוּם צִינּוֹרָא דְּעַם הָאָרֶץ.

Mais si c'est un am haaretz qui les a achevés, peut-on les appeler « achevés en état de pureté » ? Rabba bar Chila a dit au nom de Rav Matna au nom de Chemouel : en vérité, c'est un haver qui les a achevés, et c'est à cause de la tsinora d'un am haaretz.

📜 Rachi (1)
וּמִשּׁוּם צִינּוֹרָא דְּעַם הָאָרֶץ שֶׁמָּא נִיתַּז עָלֶיהָ רוֹק מִפִּי עַם הָאָרֶץ כְּשֶׁחָבֵר אוֹחֵז בּוֹ:
De crainte qu'une salive jaillie de la bouche d'un am haaretz n'ait giclé sur l'ustensile pendant que le haver le tenait.
🗂️ Tossefot (1)
לְעוֹלָם דְּגַמְרִינְהוּ חָבֵר. הַנּוֹהֵג לֶאֱכֹול עַל טָהֳרַת קוֹדֶשׁ מִשּׁוּם צִינּוֹרָא דְע"ה אִיכָּא שֶׁאֵינוֹ אוֹכֵל עַל טָהֳרַת הַקֹּדֶשׁ רַק עַל טָהֳרַת תְּרוּמָה שֶׁטָּהֳרָתָהּ טֻומְאָה הִיא אֵצֶל הַקֹּדֶשׁ וְאִי אֵין צִינּוֹרָא דְּחָבֵר טָמֵא מוֹקְמִינַן לֵיהּ בע"ה מַמָּשׁ וְהָיָה קָשֶׁה לְמוֹרִי אַמַּאי מוֹקְמִינַן הָכִי לוֹקְמֵי אַפֵּי' בְּחָבֵר עַצְמוֹ וְנִיטְמָא מֵחֲמַת הַצִּינּוֹרָא דְּמַשְׁקֶה נִינְהוּ וְנִיטְמָא הַכֹּל מֵחֲמַת הַיָּדַיִם דִּשְׁנִיּוֹת הֵן וְנִרְאֶה לוֹ דְּיָדַיִם שְׁנִיּוֹת הֵן אֵין לָהֶם דְּרָרָא דְּאוֹרָיְיתָא רַק דְּרַבָּנָן וְיָדַיִם מְטַמֵּא כְּלִי וּמַשְׁקֶה דְּרַבָּנָן וַהֲוָה לֵיהּ מַעֲלוֹת בָּתְרָיְיתָא וְלָא קַמַּיְיתָא:
« En vérité, c'est un haver qui les a achevés. » Il s'agit de celui qui a coutume de manger selon la pureté du kodech, et la crainte de la tsinora d'un am haaretz demeure : il existe un haver qui ne mange que selon la pureté de la terouma, et sa pureté compte pour impureté à l'égard du kodech. Et si la tsinora d'un haver n'est pas impure, on établit le cas avec un am haaretz au sens propre. Mon maître trouvait cela difficile : pourquoi établir ainsi le cas ? Qu'on l'établisse même avec le haver lui-même : l'ustensile deviendrait impur par la tsinora, qui est un liquide, et tout deviendrait impur par les mains, qui sont chenyot, secondes. Il lui a paru répondre que les mains, étant chenyot, n'ont aucune assise dans la Torah écrite et ne relèvent que des Sages ; et que les mains rendent impurs un ustensile et un liquide est pareillement d'ordre rabbinique, de sorte que l'on se trouve dans les dernières maalot et non dans les premières.
💡 Explication

Le dilemme se ferme des deux côtés : un haver ne justifie aucune immersion, un am haaretz ne justifie pas le titre de la michna. Chemouel garde le haver comme artisan et introduit un risque extérieur, la tsinora : une gouttelette de salive projetée par un am haaretz qui passait là.

La salive d'un am haaretz est traitée comme celle d'un zav, dont le crachat est une source d'impureté. Une telle gouttelette suffit à justifier l'immersion du kodech.

9
דְּנָפַל אֵימַת? אִילֵּימָא מִקַּמֵּי דְּלִיגְמְרֵיהּ — הָא לָאו מָנָא הוּא. אֶלָּא בָּתַר דְּגַמְרֵיהּ — מִיזְהָר זָהִיר בְּהוּ! לְעוֹלָם מִקַּמֵּיהּ דְּגַמְרֵיהּ, וְדִלְמָא בְּעִידָּנָא דְּגַמְרֵיהּ עֲדַייִן לַחָה הִיא.

Quand serait-elle tombée ? Si l'on dit avant qu'il ne l'achève, ce n'est pas encore un ustensile.

Mais si c'est après qu'il l'a achevé, il y prend garde ! En vérité, avant qu'il ne l'achève ; et peut-être, au moment où il l'a achevé, était-elle encore humide.

📜 Rachi (2)
הָא לָאו מָנָא הוּא וְלֹא לִיטָּמֵא בְּכָךְ:
Et il ne devient pas impur par la.
עֲדַייִן לַחָה הִיא וּמְטַמְּאָה מִשּׁוּם שֶׁמָּא זָב הוּא וּבְמַסֶּכֶת נִדָּה (דַּף נד:) תְּנַן הַזּוֹב וְהָרוֹק מְטַמְּאִין לַחִין וְאֵין מְטַמְּאִין יְבֵשִׁין:
Et elle rend impur, de crainte que cet homme ne soit un zav. Au traité Nida (54b), nous avons appris : le zov et la salive rendent impurs lorsqu'ils sont humides, et ne rendent pas impurs lorsqu'ils sont secs.
💡 Explication

Un objet inachevé n'est pas encore un keli et ne contracte pas l'impureté. Une fois achevé, il se trouve entre les mains d'un haver vigilant. Les deux moments semblent exclure le risque.

La solution joue sur la durée : la gouttelette tombée avant l'achèvement ne peut rien tant que l'objet n'est pas un keli, mais si elle est encore humide à l'instant précis où l'objet le devient, elle le rend impur à cet instant. Le zov et la salive ne transmettent l'impureté que tant qu'ils sont humides.

🖼️ Schéma
La tsinora du am haaretz : quand est-elle tombée ? Un haver fabrique l'ustensile ; une gouttelette de salive a pu gicler sur lui Achèvement de l'ustensile AVANT l'achèvement Objection : ce n'est pas encore un keli donc il ne contracte pas l'impureté APRÈS l'achèvement Objection : le haver y prend garde il ne laisserait rien gicler dessus Conclusion de la guemara Elle est tombée AVANT, quand le haver ne surveillait pas encore et elle était peut-être ENCORE HUMIDE au moment de l'achèvement
Les deux moments écartés, et la solution par l'humidité persistante.
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טְבִילָה אִין, הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ לָא.

Immersion, oui ; attendre le coucher du soleil, non.

💡 Explication

La michna n'a demandé qu'une tevila, une immersion. Elle n'a pas exige le hearev chemech, l'attente du coucher du soleil qui achève normalement la purification. L'ustensile est donc utilisable dès la sortie du mikve, alors même qu'il est tevoul yom, immergé le jour même.

11
מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דִּתְנַן: שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁחֲתָכָהּ לְחַטָּאת, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: יִטְבֹּול מִיָּד. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: יְטַמֵּא וְאַחַר כָּךְ יִטְבֹּול. וְהָוֵינַן בָּהּ: דְּחַתְּכָהּ מַאן? אִילֵּימָא דְּחַתְּכָהּ חָבֵר — לָמָּה לִי טְבִילָה? וְאֶלָּא דְּחַתְכַהּ עַם הָאָרֶץ, בְּהָא לֵימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ יְטַמֵּא וְיִטְבֹּול? הָא טָמֵא וְקָאֵי!

Notre michna ne suit pas Rabbi Eliezer, car nous avons appris : un tube que l'on a coupé pour la hatat — Rabbi Eliezer dit : qu'il l'immerge aussitôt ; Rabbi Yehochoua dit : qu'il le rende impur, puis qu'il l'immerge. Et nous avons discuté cela : qui l'a coupé ?

Si l'on dit qu'un haver l'a coupé, pourquoi faut-il une immersion ? Et si c'est un am haaretz qui l'a coupé, Rabbi Yehochoua dirait-il en pareil cas : qu'il le rende impur puis qu'il l'immerge ?

Il est déjà impur !

📜 Rachi (4)
לְחַטָּאת לָתֵת בְּתוֹכוֹ אֵפֶר פָּרָה:
Pour y mettre la cendre de la vache rousse.
יִטְבֹּול מִיָּד שֶׁכָּל תַּשְׁמִישֵׁי פָּרָה הָעֲשׂוּיִין בִּכְלִי הַמְקַבֵּל טֻומְאָה טְעוּנִין טְבִילָה וְקֹודֶם שֶׁיַּעֲרִיב שִׁמְשׁוֹ יִשְׁתַּמְּשׁוּ בָּהֶן לְפָרָה כְּדִלְקַמָּן:
Car tous les objets servant à la vache rousse, faits d'un ustensile susceptible de contracter l'impureté, réclament une immersion ; et avant que son soleil ne se couche, on s'en sert pour la vache, comme il est dit plus loin.
יִטְבֹּול מִיָּד וְאֵין צָרִיךְ לְטַמְּאָהּ טֻומְאָה אַחֶרֶת שֶׁהֲרֵי טְמֵאָה וְעוֹמֶדֶת כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Et il n'est pas besoin de lui donner une autre impureté, puisqu'il est déjà impur, comme la guemara l'explique ensuite.
לָמָּה לוֹ טְבִילָה וְכֵיוָן דְּאֵין לָהּ טֻומְאָה אֵין הֶיכֵּר לַצָּדוֹקִים בִּטְבוּל יוֹם שֶׁבָּהּ:
Et puisqu'il ne porte aucune impureté, il n'y a plus de signe distinctif contre les Sadducéens dans le fait de s'en servir alors qu'il est tevoul yom.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁחֲתָכָהּ לְחַטָּאת. וְהָא דְּאָמְרִי' (יוֹמָא ב.) כָּל מַעֲשֶׂיהָ הָיוּ נַעֲשִׂין בִּכְלִי גְּלָלִים כְּלֵי אֲבָנִים כְּלֵי אֲדָמָה וְהָכָא שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁל עֵץ הָוְיָא וְכֵן תְּנַן צְלוֹחִית שֶׁהִנִּיחָהּ מְגֻולֶּה וּמָצְאָה מְכֻוסָּה וּסְתָם צְלוֹחִית שֶׁל חֶרֶס הָתָם דַּוְקָא בִּשְׁעַת עֲשִׂיָּיה בְּתוֹךְ ז' יָמִים לְפִי שֶׁהָיוּ מְקִילִּים לַעֲשׂוֹתָהּ בִּמְעֹורְבֵי שֶׁמֶשׁ הָיוּ מַחְמִירִין בָּהּ שְׁאָר חֻומְרוֹת דְּלָא לְזַלְזְלוֹ בָּהּ אֲבָל בִּשְׁאָר יָמִים אֵין לָחוּשׁ:
« Un tube que l'on a coupé pour la hatat. » Il est dit (Yoma 2a) que tous les travaux de la vache se faisaient dans des ustensiles de bouse, de pierre ou de terre, alors qu'ici le tube est de bois ; et de même nous avons appris : une fiole qu'on avait laissée découverte et qu'on a retrouvée couverte, une fiole étant ordinairement de terre cuite. Cela vaut précisément au moment de la préparation, pendant les sept jours : puisqu'on allégeait sur le point du coucher du soleil, en n'exigeant pas des officiants qu'ils soient meorvei chemech, on renforçait sur elle toutes les autres rigueurs, afin qu'on ne la traite pas avec légèreté ; mais pour les autres jours, il n'y a pas lieu de craindre.
💡 Explication

Une chefoferet, un tube taillé, sert à conserver la cendre de la vache rousse. Les avis divergent sur la manière de le préparer : Rabbi Eliezer l'immerge aussitôt, Rabbi Yehochoua veut d'abord lui donner une impureté véritable.

L'objection de Rabbi Yehochoua n'a de sens que si le tube est pur au départ : rendre impur ce qui l'est déjà n'aurait aucun objet. La discussion rejoint donc exactement celle des ustensiles achevés en pureté.

🖼️ Schéma
Le tube coupé pour la hatat : deux avis, un signe contre les Sadducéens Rabbi Yehochoua Qu'on le rende impur, puis qu'on l'immerge Impureté pleine, qui exigerait normalement le hearev chemech, le coucher du soleil On s'en sert pourtant alors qu'il est tevoul yom Le hekker existe Même geste que pour le kohen qui brûle la vache : on le rendait impur exprès le huitième jour Rabbi Eliezer Qu'il l'immerge aussitôt La seule impureté est celle de la tsinora du am haaretz, déjà présente sur le tube Le hekker ne tient que si, en général, cette impureté exige le hearev chemech Sinon, s'en servir aussitôt après l'immersion ne montre rien de particulier Conséquence pour notre michna Notre michna dit : immersion oui, hearev chemech non Rabbi Eliezer, lui, a besoin que le hearev chemech soit exige en général Donc notre michna ne suit pas Rabbi Eliezer
Les deux avis sur le tube et l'enjeu du signe contre les Sadducéens.
12
וְאָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב מַתְנָה אָמַר שְׁמוּאֵל: לְעוֹלָם דְּחַתְּכָהּ חָבֵר, וּמִשּׁוּם צִינּוֹרָא דְּעַם הָאָרֶץ. דְּנָפַל אֵימַת? אִילֵּימָא מִקַּמֵּי דְּלִיחְתְּכָה — הָא לָאו מָנָא הוּא, וְאֶלָּא בָּתַר דְּחַתְּכָהּ — מִיזְהָר זָהִיר בָּהּ! לְעוֹלָם מִקַּמֵּי דְּלִיחְתְּכָה, דִּלְמָא בְּעִידָּנָא דְּחַתְכַהּ עֲדַיִין לַחָה הִיא.

Et Rabba bar Chila a dit au nom de Rav Matna au nom de Chemouel : en vérité, c'est un haver qui l'a coupé, et c'est à cause de la tsinora d'un am haaretz. Quand serait-elle tombée ?

Si l'on dit avant qu'il ne le coupe, ce n'est pas encore un ustensile ; et si c'est après qu'il l'a coupé, il y prend garde ! En vérité, avant qu'il ne le coupe ; peut-être, au moment où il l'a coupé, était-elle encore humide.

💡 Explication

La guemara transpose mot pour mot la réponse de Chemouel : le tube a été coupé par un haver, la crainte porte sur la tsinora tombée avant l'achèvement et encore humide à l'instant où le tube devient un keli.

Cette impureté est de rang léger, d'ordre rabbinique. Toute la suite du folio va demander si elle réclame, ou non, le hearev chemech.

13
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, הַיְינוּ דְּאִיכָּא הֶיכֵּירָא לְצַדּוּקִין.

Soit, selon Rabbi Yehochoua : voilà qu'il y a un signe distinctif contre les Sadducéens.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא לְר' יְהוֹשֻׁעַ הַמַּצְרִיכָהּ לְטַמֵּא הַיְינוּ דְּאִיכָּא הֶיכֵּר לַצָּדוֹקִין שֶׁהֲרֵי טִימְּאוּהוּ טֻומְאָה גְּמוּרָה הַצְּרִיכָה הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ וְכָאן יִשְׁתַּמְּשׁוּ בָּהּ טְבוּלַת יוֹם הָוֵי הֶיכֵּר:
Qui exige qu'on le rende impur : voilà qu'il y a un signe contre les Sadducéens, puisqu'on lui a donné une impureté pleine, qui réclame le coucher du soleil, et qu'ici on s'en sert alors qu'il est tevoul yom — c'est là un signe.
💡 Explication

Le hekker est un geste visible destiné à marquer publiquement le rejet d'une opinion. Selon Rabbi Yehochoua, on donne au tube une impureté pleine, celle qui exigerait normalement le hearev chemech, et l'on s'en sert pourtant aussitôt après l'immersion. Chacun voit ainsi que les Sages tiennent le tevoul yom pour apte au service de la vache rousse.

14
דִּתְנַן: מְטַמְּאִין הָיוּ אֶת הַכֹּהֵן הַשּׂוֹרֵף אֶת הַפָּרָה, לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִין. שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים: בִּמְעֹורְבֵי שֶׁמֶשׁ הָיְתָה נַעֲשֵׂית.

Car nous avons appris : on rendait impur le kohen qui brûle la vache, afin de chasser l'opinion du cœur des Sadducéens, qui disaient : elle se fait par des gens ayant attendu le coucher du soleil.

📜 Rachi (2)
[מְטַמְּאִין הָיוּ כו' נוֹגְעִין הָיוּ בּוֹ שֶׁרֶץ]:
On le mettait en contact avec un cherets, un reptile impur.
לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִין שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים בִּמְעֹורְבֵי שֶׁמֶשׁ הָיְתָה נַעֲשֵׂית וּלְרַבָּנָן טְבוּל יוֹם כָּשֵׁר בָּהּ דְּנָפְקָא לְהוּ מֵרִיבּוּיָא דִּקְרָא וְהִזָּה הַטָּהֹור עַל הַטָּמֵא טָהוֹר מִכְּלָל שֶׁהוּא טָמֵא לִימֵּד עַל טְבוּל יוֹם שֶׁכָּשֵׁר בְּפָרָה מִכְּדֵי בְּטָהוֹר עָסְקִינַן וְאָתֵי דִּכְתִיב לְעֵיל מִינֵּיהּ וְלָקַח אֵזוֹב וְטָבַל בַּמַּיִם אִישׁ טָהוֹר (בַּמִּדְבָּר יט) לָמָּה לִי לְמִיהְדַּר וּלְמִיכְתַּב וְהִזָּה הַטָּהוֹר לִיכְתֹּוב וְהִזָּה עַל הַטָּמֵא אֶלָּא טָהוֹר כָּל דְּהוּ וְאַשְׁכְּחַן טְבוּל יוֹם דְּאִיקְרֵי טָהוֹר דִּכְתִיב וְרָחַץ בַּמַּיִם וְטָהַר:
Pour les Sages, un tevoul yom est apte à l'accomplir, ce qu'ils tirent du surplus du verset : « et l'homme pur aspergera sur l'impur » — « pur » alors qu'il reste, par ailleurs, impur, ce qui enseigne que le tevoul yom est apte pour la vache. En effet, il est déjà question d'un homme pur, puisqu'il est écrit plus haut : « un homme pur prendra de l'hysope et la trempera dans l'eau » (Bamidbar 19) ; pourquoi donc revenir écrire « et l'homme pur aspergera » ? Qu'il écrive seulement « et il aspergera sur l'impur » ! Il faut donc dire : pur en un sens quelconque. Et nous trouvons qu'un tevoul yom est appelé pur, comme il est écrit : « il lavera son corps dans l'eau et il sera pur ».
🗂️ Tossefot (1)
מְטַמְּאִין הָיוּ אֶת הַכֹּהֵן הַשּׂוֹרֵף אֶת הַפָּרָה. פרש"י נוֹגְעִים הָיוּ בּוֹ שֶׁרֶץ אַךְ בַּתּוֹסֶפְתָּא לָא מַשְׁמַע לֵיהּ רַק בְּמַגָּע עַצְמוֹ לְחוּד וְהָכִי תַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא כָּל ז' יָמִים הָיוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים רְגִילִין לִפְרֹושׁ הֵימֶנּוּ וּבַיּוֹם הַשְּׁמִינִי הָיוּ נוֹגְעִים בּוֹ וּמְטַמְּאִין אוֹתוֹ וְחוֹזְרִין וּמַטְבִּילִין אוֹתוֹ וְנַעֲשֵׂית בִּטְבוּל יוֹם וְזַ"ל הַתּוֹסֶפְתָּא מַעֲשֶׂה בְּצָדוֹקִי הַכֹּהֵן שֶׁבִּיקֵּשׁ לִשְׂרֹוף אֶת הַפָּרָה וְהָיָה רוֹצֶה לְשָׂורְפָהּ בִּמְעֹורְבֵי שֶׁמֶשׁ וְשָׁמַע רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְסָמַךְ יָדָיו עָלָיו וְאָמַר לוֹ אִישִׁי כ"ג כַּמָּה נָאֶה לְךָ לִהְיוֹת כֹּהֵן גָּדוֹל יָרַד וְטָבַל כו' נְהִי שֶׁאֵין הַצָּדוֹקִין חוֹשְׁשִׁין אוֹתָהּ טֻומְאָה מַה שֶׁנּוֹגְעִין בּוֹ עַכְשָׁיו וְלֹא מַעֲלָה שֶׁל פָּרָה מַה שֶׁלֹּא נָגְעוּ בּוֹ כָּל ז' מ"מ הַכֹּל רוֹאִין לְדִבְרֵי חֲכָמִים שֶׁמַּגַּע ע"ה מְטַמֵּא וְנָגְעוּ בּוֹ בַּיּוֹם ח' שֶׁיֵּשׁ לַעֲשׂוֹתָהּ בִּטְבוּל יוֹם:
« On rendait impur le kohen qui brûle la vache. » Rachi explique qu'on le mettait en contact avec un cherets. Mais de la Tossefta il ne ressort qu'un simple contact ; ainsi est-il enseigné dans la Tossefta : pendant les sept jours, ses frères les kohanim avaient coutume de se tenir à l'écart de lui, et le huitième jour ils le touchaient et le rendaient impur, puis on le faisait de nouveau s'immerger, et la vache était accomplie par un tevoul yom. Voici le texte de la Tossefta : il arriva qu'un kohen sadducéen voulut brûler la vache et souhaita l'accomplir en étant meorav chemech ; Rabban Yo'hanan ben Zakai l'apprit, posa les mains sur lui et lui dit : monsieur le kohen gadol, comme il te sied d'être kohen gadol ! Descends et immerge-toi, etc. Certes, les Sadducéens ne tiennent pour rien l'impureté qu'on lui donne maintenant, ni la rigueur de la vache dont ils ne se sont pas souciés pendant les sept jours ; il reste que tous voient la position des Sages, selon laquelle le contact d'un am haaretz rend impur, et qu'on l'a touché le huitième jour afin qu'elle soit accomplie par un tevoul yom.
💡 Explication

Les Sadducéens exigeaient que la vache rousse soit brûlée par des hommes pleinement purs, immergés et ayant attendu le coucher du soleil, meorvei chemech. Les Sages tenaient au contraire le tevoul yom pour apte.

Pour rendre ce désaccord visible, on rendait le kohen impur de propos délibéré, on l'immergeait, et on lui faisait brûler la vache le jour même. Le geste vise moins la pratique que la démonstration publique.

15
אֶלָּא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בְּעָלְמָא בָּעֵינַן הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ, הַיְינוּ דְּאִיכָּא הֶיכֵּירָא לְצַדּוּקִין. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ בְּעָלְמָא לָא בָּעֵינַן הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ — מַאי הֶיכֵּירָא לְצַדּוּקִין אִיכָּא?

Mais selon Rabbi Eliezer : si tu dis, soit, qu'en général on exige le coucher du soleil, voilà qu'il y a un signe distinctif contre les Sadducéens ; mais si tu dis qu'en général on n'exige pas le coucher du soleil, quel signe distinctif contre les Sadducéens y a-t-il ?

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁאֵינוֹ מַצְרִיכָהּ אֶלָּא טֻומְאָה זוֹ:
Qui ne lui impose pas d'autre impureté que celle-là.
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בְּעָלְמָא הִצְרִיכוּ חֲכָמִים הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ בְּעָלְמָא בִּטְבִילַת כֵּלִים הַנִּגְמָרִים בְּטָהֳרָה וּדְלֹא כְּמַתְנִי' הַיְינוּ דְּהָכָא לָא מַצְרְכִינַן לָהּ אִיכָּא הֶיכֵּירָא:
« En général » vise l'immersion des ustensiles achevés en état de pureté, et cela à l'encontre de notre michna : c'est alors parce qu'ici on ne l'exige pas qu'il y a un signe distinctif.
💡 Explication

Rabbi Eliezer se contente de l'impureté déjà présente sur le tube, celle de la tsinora. Pour que son avis produise un hekker, il faut que cette impureté légère réclame elle aussi, en principe, le hearev chemech : on verra alors qu'on s'en dispense.

Si au contraire, comme le laisse entendre notre michna, l'immersion seule suffit pour ce genre d'impureté, l'usage immédiat du tube ne montre plus rien. La guemara conclut que notre michna ne peut suivre Rabbi Eliezer.

16
אָמַר רַב:

Rav dit :

🗂️ Tossefot (1)
עֲשָׂאוּהָ כִּטְמֵא מֵת בַּז' שֶׁלּוֹ. כְּלוֹמַר לְבָתַר הַזָּאָה וְכִי תֵּימָא א"כ טְבִילָה לָא לִבְעֵי אִיכָּא לְמֵימַר דְּאַף לְאַחַר הַזָּאָה בָּעֵי טְבִילָה כְּדִמְפָרֵשׁ [ר"ת] בפ"ג דִּמְגִילָּה דִּשְׁתֵּי טְבִילוֹת יֵשׁ אַחַת לִפְנֵי הַזָּאָה וְאַחַת לְאַחַר הַזָּאָה:
« Ils l'ont rendu semblable à un impur par le mort au cours de ses sept jours. » C'est-à-dire après l'aspersion. Et si tu dis : en ce cas, aucune immersion ne devrait être requise — on peut répondre que même après l'aspersion une immersion est nécessaire, comme l'explique Rabbenou Tam au troisième chapitre de Meguila : il y a deux immersions, l'une avant l'aspersion et l'autre après.
💡 Explication

Le folio s'interrompt au moment où Rav répond à la difficulté. Sa réponse, donnée au folio suivant, consiste à traiter l'ustensile comme un impur par le mort au cours de ses sept jours, ce qui rend au tube une impureté assez forte pour que le hekker réapparaisse.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).