Sougya : Le folio achève la recherche du heker, le signe distinctif opposé aux Tsedoukim dans la préparation de la para adouma. La guemara essaie trois statuts successifs pour la chafoferet, le tube qui contient la cendre de 'hatat : comme un objet impur par un cheretz, puis comme un objet impur par un mort, puis comme un objet impur par un mort parvenu à son septième jour.
Chaque étape est réfutée par une beraita, jusqu'à l'objection de fond : jamais on n'a innové quoi que ce soit dans la para. Abaye répond en délimitant ce qui compte comme innovation : on n'a pas imposé d'impureté à un ustensile qui n'y est pas apte, comme une hache au titre de moshav du zav.
La seconde moitié du folio ouvre la michna suivante : le récipient joint ce qui est en lui pour le kodech et non pour la terouma. Rabbi 'Hanin tire ce tseirouf d'un verset des offrandes des princes, Rav Kahana objecte à partir du témoignage de Rabbi Akiva, et la guemara établit que ce témoignage-là est de rang rabbinique.
Ils l'ont traitée comme un objet impur par un cheretz.
Le folio précédent cherchait un heker, un signe visible destiné à marquer l'opposition aux Tsedoukim, qui refusaient que la para adouma soit préparée par un tevoul yom, un homme immergé dont le soleil n'a pas encore couché. La réponse porte sur la chafoferet, le tube de roseau dans lequel on conserve la cendre de 'hatat.
Selon Rabbi Eliezer, un ustensile achevé en pureté n'a pas besoin d'attendre le coucher du soleil. Pour la chafoferet on a pourtant imposé un statut d'impureté artificiel, comme si elle avait touché un cheretz, un petit animal rampant. Cela suffit à créer le signe voulu : sans la règle voulant que la para se fasse par des tevoulei yom, cette chafoferet aurait exige le hearev chemech.
Mais dès lors, elle ne devrait pas rendre un homme impur ! Pourquoi donc a-t-on enseigne : celui qui la coupe et l'immerge requiert lui-même une immersion ?
Dis plutôt : ils l'ont traitée comme un objet impur par un mort. S'il en est ainsi, elle devrait requérir l'aspersion du troisième et du septième jour,
L'objection est un raisonnement de degrés. Un objet rendu impur par un cheretz est seulement rishon le-touma, premier degré : il peut transmettre à des aliments, mais il ne rend pas un homme impur. Or une beraita enseigne que celui qui coupe la chafoferet et l'immerge doit lui-même s'immerger, ce qui suppose qu'elle rend les hommes impurs.
La guemara remonte donc d'un cran et propose le statut d'objet impur par un mort, qui est av hatouma, père d'impureté, et qui rend bien un homme impur. Mais un tel statut appelle avec lui les aspersions des troisième et septième jours, l'aspersion des eaux de purification.
Pourquoi donc a-t-on enseigne : celui qui la coupe et l'immerge requiert une immersion ? Une immersion, oui ; l'aspersion du troisième et du septième jour, non !
Dis plutôt : ils l'ont traitée comme un objet impur par un mort qui se trouve à son septième jour,
La formulation de la beraita est lue de façon exclusive : elle ne mentionne que la tevila, donc elle exclut les aspersions. Il faut un statut qui rende encore impur sans exiger d'aspersion.
Ce statut existe : celui d'un objet impur par un mort parvenu à son septième jour, après les deux aspersions. Il est encore impur et transmet son impureté, mais tout ce qui lui reste à accomplir est l'immersion. Le décret des Sages a donc placé la chafoferet exactement à ce point du parcours de purification.
Mais n'a-t-on pas enseigné : jamais on n'a innové quoi que ce soit dans la para ?
L'objection change de nature. Jusqu'ici la guemara vérifiait la cohérence interne du statut choisi ; ici elle attaque le principe même. Les Sages ont multiplié les maalot, les degrés de rigueur, autour de la para adouma, mais une beraita pose une limite : ils n'ont jamais créé pour elle une règle d'impureté introuvable ailleurs.
Or déclarer qu'un ustensile achevé en pureté, qui n'a touché aucun mort, est traité comme s'il en avait touché un, voilà précisément une règle sans équivalent.
Abaye dit : [ce que la beraita veut dire, c'est] qu'on n'a pas déclaré qu'une hache devient impure au titre de moshav. Comme il a été enseigné : et celui qui s'assoit sur l'ustensile.
On aurait pu croire que s'il a retourné une mesure de sea et s'est assis dessus, ou un tarkav et s'est assis dessus, [l'ustensile] serait impur ;
Abaye délimite le sens de l'énoncé. L'innovation interdite porte sur l aptitude d'un objet à recevoir un type d'impureté, non sur l'intensité du décret. On n'a jamais dit qu'une hache, outil de travail, deviendrait un moshav, un siège de zav, alors que la Tora réserve ce statut à ce qui est destiné à l'assise.
Sur un ustensile qui, lui, est apte à recevoir l'impureté, les Sages ont bien pu innover en le traitant comme s'il avait touché un mort. Le tarkav est une mesure de capacité valant un demi-sea.
le verset dit donc : et celui qui s'assoit sur l'ustensile sur lequel [le zav] se sera assis ... sera impur — [il s'agit de] ce qui est destiné à l'assise ; est exclu celui-ci, dont on dit à qui s'y assoit : lève-toi, que nous fassions notre travail.
La derasha repose sur la manière dont le verset désigne l'objet : il ne décrit pas un fait accompli, il décrit une destination. Un objet ne devient moshav du zav que s'il est fait pour qu'on s'y asseye.
Le critère donné est concret : si, quand quelqu un s'y installe, on lui répond lève-toi, que nous fassions notre travail, alors l'objet reste un outil et non un siège. Il ne recevra que l'impureté ordinaire du contact.
Le récipient joint ce qui est en lui pour le kodech, mais non pour la terouma. D'où ces paroles ?
Rabbi 'Hanin a dit : car le verset dit, une coupe d'or de dix, pleine de ketoret — l'Écriture a fait de tout ce qui est dans la coupe une seule chose.
Nouvelle michna. Le tseirouf est le fait qu'un récipient réunisse son contenu en une seule unité : un contact sur une parcelle atteint alors la totalité. Cette règle vaut pour le kodech, les aliments consacrés, et non pour la terouma. C'est l'une des maalot du kodech sur la terouma.
Rabbi 'Hanin la rattache au verset des offrandes des princes : une coupe d'or de dix sicles, pleine de ketoret. Le verset compte la coupe comme une, alors que les grains d'encens qu'elle contient sont séparés les uns des autres. Le récipient les unifie.
Rav Kahana objecte : Rabbi Akiva a ajouté la fleur de farine, la ketoret, la levona et les charbons, car si un tevoul yom en a touché une partie, il a invalidé le tout.
Rav Kahana tire son objection d'une michna de Eidouyot. Rabbi Akiva y ajoute quatre matières à une liste antérieure : la solet, fleur de farine, la ketoret, l'encens composé, la levona, l'oliban, et les charbons. Toutes sont réunies par leur récipient, de sorte qu'un contact partiel du tevoul yom invalide l'ensemble.
La levona et les charbons ne sont pas des aliments ; c'est là hibat hakodech, l'attachement du au consacré, qui les rend aptes à contracter l'impureté.
Or ceci est de rang rabbinique ! D'où le sait-on ?
De ce que la première clause enseigne : Rabbi Chimon ben Betera a témoigné au sujet de la cendre de 'hatat que si un homme impur en a touché une partie, il a rendu le tout impur ; et il est ensuite enseigné : Rabbi Akiva a ajouté.
L'objection de Rav Kahana ne porte pas sur le contenu mais sur le rang. La première clause de la michna de Eidouyot traite de la cendre de 'hatat, qui n'est ni un aliment ni un kodech de l'autel. Le verset de Rabbi 'Hanin ne peut donc pas la fonder : ce tséirouf-là est nécessairement rabbinique.
Le mot a ajouté range la seconde clause dans le même registre que la première. Si le tséirouf de Rabbi Akiva est rabbinique, on peut demander de quel tséirouf parlait Rabbi 'Hanin lorsqu'il le tirait d'un verset.
Rech Lakich a dit au nom de Bar Kappara :
Le folio s'achève sur l'ouverture d'un énoncé qui se poursuit au début de 24a. Rech Lakich y transmet au nom de Bar Kappara une précision sur la portée du tséirouf du récipient, et notamment sur le point de savoir dans quelle mesure il relève de la Tora ou du décret des Sages.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).