Chagigah 23b — La chafoferet de la 'hatat entre cheretz et mort, puis le récipient qui joint ce qui est en lui

Chagigah 23b

Sougya : Le folio achève la recherche du heker, le signe distinctif opposé aux Tsedoukim dans la préparation de la para adouma. La guemara essaie trois statuts successifs pour la chafoferet, le tube qui contient la cendre de 'hatat : comme un objet impur par un cheretz, puis comme un objet impur par un mort, puis comme un objet impur par un mort parvenu à son septième jour.

Chaque étape est réfutée par une beraita, jusqu'à l'objection de fond : jamais on n'a innové quoi que ce soit dans la para. Abaye répond en délimitant ce qui compte comme innovation : on n'a pas imposé d'impureté à un ustensile qui n'y est pas apte, comme une hache au titre de moshav du zav.

La seconde moitié du folio ouvre la michna suivante : le récipient joint ce qui est en lui pour le kodech et non pour la terouma. Rabbi 'Hanin tire ce tseirouf d'un verset des offrandes des princes, Rav Kahana objecte à partir du témoignage de Rabbi Akiva, et la guemara établit que ce témoignage-là est de rang rabbinique.

Quel statut donner à la chafoferet de la 'hatat ? Trois essais, trois réfutations 1. Comme un objet impur par un cheretz Premier degré seulement : le compte rishon et cheni. Réfutation Elle ne rendrait pas un homme impur. 2. Comme un objet impur par un mort Av hatouma : il rend bien un homme impur. Réfutation Il faudrait l'aspersion du 3e et du 7e jour. 3. Comme un impur par un mort à son septième jour Les aspersions sont déjà faites ; il rend encore impur, et il ne lui reste que la tevila. La beraita est sauve. Objection de fond Jamais on n'a innové quoi que ce soit dans la para. Réponse d'Abaye : ce que veut dire ne pas innover On n'a pas dit qu'une hache devient impure au titre de moshav du zav. Autrement dit : on n'a pas imposé d'impureté à un ustensile qui n'y est pas apte. Mais sur un ustensile apte à l'impureté, on a bien innové : le traiter comme s'il avait touché un mort. Pourquoi tout cela ? Le heker contre les Tsedoukim Rabbi Eliezer n'exige pas en général le hearev chemech pour un ustensile achevé en pureté. Pour la chafoferet il l'exigerait : c'est ce qui rend visible que la para se fait par des tevoulei yom.
La marche de la sougya sur le statut de la chafoferet, des deux essais réfutés jusqu à la réponse d Abaye.
Les trois statuts comparés, et pourquoi seul le troisième tient Impur par un cheretz Impur par un mort Impur par un mort, 7e jour Rang Rishon le-touma Rang Av hatouma Rang Encore impur après les aspersions Rend-il un homme impur ? Non Rend-il un homme impur ? Oui Rend-il un homme impur ? Oui Aspersion 3e et 7e jour Sans objet Aspersion 3e et 7e jour Exigée Aspersion 3e et 7e jour Déjà faite Reste à faire Tevila Reste à faire Aspersions puis tevila Reste à faire La tevila seule Contredit : celui qui la coupe s'immerge. Contredit : la beraita ne parle que de tevila. Accordé avec la beraita.
Les trois statuts d impureté mis en regard, et le point précis où chacun casse ou tient.
Le récipient qui joint ce qui est en lui : deux étages Pour le kodech : le récipient joint Un contact sur une partie atteint le tout, même si les morceaux ne se touchent pas. Pour la terouma : il ne joint pas Seul ce qui est touché devient impur ; le reste demeure en son état. Étage 1 : le verset, selon Rabbi 'Hanin Une coupe d'or de dix, pleine de ketoret (Bamidbar 7,14) : l'Écriture a fait de tout ce qui est dans la coupe une seule chose. Étage 2 : le témoignage de Eidouyot, et l'objection de Rav Kahana Richa : Rabbi Chimon ben Betera sur la cendre de 'hatat — un impur en touche une partie, le tout est impur. Seifa : Rabbi Akiva a ajouté la solet, la ketoret, la levona et les charbons. Le raisonnement : la cendre de para n'est pas un kodech de l'autel, le verset de Rabbi 'Hanin ne peut donc pas l'atteindre ; la richa est forcément rabbinique, et le mot a ajouté rangé la seifa au même rang. D'où la question : de quel tseirouf Rabbi 'Hanin parlait-il, celui de la Tora ou celui des Sages ?
Le tseirouf du récipient : la source de la Tora selon Rabbi 'Hanin et l étage rabbinique du témoignage.
1
עֲשָׂאוּהָ כִּטְמֵא שֶׁרֶץ.

Ils l'ont traitée comme un objet impur par un cheretz.

📜 Rachi (1)
עֲשָׂאוּהָ כִּטְמֵא שֶׁרֶץ לְעוֹלָם בְּעָלְמָא לָא בָּעֵי הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ ר"א לְכֵלִים הַנִּגְמָרִים בְּטָהֳרָה וְאַפֵּ"ה אִיכָּא הֶיכֵּירָא לְפִי שֶׁשְּׁפוֹפֶרֶת שֶׁל חַטָּאת עֲשָׂאָן כְּאִילּוּ נָגְעוּ בְּשֶׁרֶץ לְעִנְיַן מִנְיָן רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי הִלְכָּךְ אִי לָאו דְּפָרָה נַעֲשֵׂית בִּטְבוּלֵי יוֹם זוֹ הָיְתָה צְרִיכָה הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ:
Ils l'ont traitée comme un objet impur par un cheretz — en vérité, de façon générale, Rabbi Eliezer n'exige pas le hearev chemech pour les ustensiles achevés en pureté, et malgré cela il y a bien un signe distinctif : car pour la chafoferet de la 'hatat on les a traités comme s'ils avaient touché un cheretz, pour ce qui est du compte du premier et du second degré. Par conséquent, si la para ne se faisait pas par des tevoulei yom, celle-ci aurait eu besoin du hearev chemech.
💡 Explication

Le folio précédent cherchait un heker, un signe visible destiné à marquer l'opposition aux Tsedoukim, qui refusaient que la para adouma soit préparée par un tevoul yom, un homme immergé dont le soleil n'a pas encore couché. La réponse porte sur la chafoferet, le tube de roseau dans lequel on conserve la cendre de 'hatat.

Selon Rabbi Eliezer, un ustensile achevé en pureté n'a pas besoin d'attendre le coucher du soleil. Pour la chafoferet on a pourtant imposé un statut d'impureté artificiel, comme si elle avait touché un cheretz, un petit animal rampant. Cela suffit à créer le signe voulu : sans la règle voulant que la para se fasse par des tevoulei yom, cette chafoferet aurait exige le hearev chemech.

2
אֶלָּא מֵעַתָּה, לֹא תְּטַמֵּא אָדָם, אַלְּמָה תַּנְיָא: חוֹתְכָהּ וּמַטְבִּילָהּ — טָעוּן טְבִילָה! וְאֶלָּא: עֲשָׂאוּהָ כִּטְמֵא מֵת. אִי הָכִי תִּיבְעֵי הַזָּאַת שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי,

Mais dès lors, elle ne devrait pas rendre un homme impur ! Pourquoi donc a-t-on enseigne : celui qui la coupe et l'immerge requiert lui-même une immersion ?

Dis plutôt : ils l'ont traitée comme un objet impur par un mort. S'il en est ainsi, elle devrait requérir l'aspersion du troisième et du septième jour,

📜 Rachi (3)
אֶלָּא מֵעַתָּה דְּלָא עֲשָׂאוּהָ אֶלָּא כִּטְמֵא שֶׁרֶץ:
Mais dès lors — puisqu'ils ne l'ont traitée que comme un objet impur par un cheretz.
לֹא תְּטַמֵּא אָדָם דְּהָא טְמֵא שֶׁרֶץ לָאו אַב הַטֻּומְאָה הוּא וְאֵינוֹ מְטַמֵּא אָדָם שֶׁלֹּא מָצִינוּ טֻומְאָה לְאָדָם וְכֵלִים הַנּוֹגְעִין בְּטָמֵא שֶׁקִּיבֵּל טֻומְאָה מֵאֲחֵרִים חוּץ מְטַמֵּא מֵת שֶׁנֶּאֱמַר וְהַנֶּפֶשׁ הַנֹּוגַעַת תִּטְמָא עַד הָעָרֶב (בַּמִּדְבָּר י״ט:כ״ב):
Elle ne rendra pas un homme impur — car un objet impur par un cheretz n'est pas un av hatouma et ne rend pas un homme impur. Nous n'avons pas trouvé d'impureté atteignant des hommes ou des ustensiles qui touchent un objet impur ayant lui-même reçu son impureté d'autrui, sauf pour ce qui est impur par un mort, ainsi qu'il est dit : et la personne qui touche sera impure jusqu'au soir (Bamidbar 19,22).
כִּטְמֵא מֵת כְּאִילּוּ נִטְמָא בְּמֵת שֶׁמְּטַמֵּא אָדָם:
Comme un objet impur par un mort — comme s'il avait été rendu impur par un mort, ce qui rend un homme impur.
💡 Explication

L'objection est un raisonnement de degrés. Un objet rendu impur par un cheretz est seulement rishon le-touma, premier degré : il peut transmettre à des aliments, mais il ne rend pas un homme impur. Or une beraita enseigne que celui qui coupe la chafoferet et l'immerge doit lui-même s'immerger, ce qui suppose qu'elle rend les hommes impurs.

La guemara remonte donc d'un cran et propose le statut d'objet impur par un mort, qui est av hatouma, père d'impureté, et qui rend bien un homme impur. Mais un tel statut appelle avec lui les aspersions des troisième et septième jours, l'aspersion des eaux de purification.

3
אַלְּמָה תַּנְיָא: חוֹתְכָהּ וּמַטְבִּילָהּ — טָעוּן טְבִילָה. טְבִילָה אִין, הַזָּאַת שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי לָא! אֶלָּא: עֲשָׂאוּהָ כִּטְמֵא מֵת בִּשְׁבִיעִי שֶׁלּוֹ,

Pourquoi donc a-t-on enseigne : celui qui la coupe et l'immerge requiert une immersion ? Une immersion, oui ; l'aspersion du troisième et du septième jour, non !

Dis plutôt : ils l'ont traitée comme un objet impur par un mort qui se trouve à son septième jour,

💡 Explication

La formulation de la beraita est lue de façon exclusive : elle ne mentionne que la tevila, donc elle exclut les aspersions. Il faut un statut qui rende encore impur sans exiger d'aspersion.

Ce statut existe : celui d'un objet impur par un mort parvenu à son septième jour, après les deux aspersions. Il est encore impur et transmet son impureté, mais tout ce qui lui reste à accomplir est l'immersion. Le décret des Sages a donc placé la chafoferet exactement à ce point du parcours de purification.

4
וְהָתַנְיָא: מֵעוֹלָם לֹא חִידְּשׁוּ דָּבָר בַּפָּרָה.

Mais n'a-t-on pas enseigné : jamais on n'a innové quoi que ce soit dans la para ?

📜 Rachi (1)
לֹא חִידְּשׁוּ דָּבָר בַּפָּרָה אע"פ שֶׁעָשׂוּ בָּהּ מַעֲלוֹת הַרְבֵּה בִּשְׁבִיל הַזִּלְזוּל הַזֶּה שֶׁהָיוּ מְטַמְּאִין כֹּהֵן הַשּׂוֹרְפָהּ לַעֲשׂוֹתוֹ טְבוּל יוֹם לֹא חִידְּשׁוּ בִּגְזֵרוֹת מַעֲלוֹתֶיהָ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מָצוּי בְּשׁוּם מָקוֹם וְאִם כְּשֶׁאָמַרְתָּ שֶׁעָשׂוּ בָּהּ כֵּלִים הַנִּגְמָרִין בְּטָהֳרָה כִּטְמֵא מֵת הֲרֵי אֵין לְךָ חִדּוּשׁ גָּדוֹל מִזֶּה:
On n'a pas innové quoi que ce soit dans la para — bien qu'on ait institué pour elle de nombreuses maalot à cause de ce rabaissement voulu, puisqu'on rendait impur le cohen qui la brûle afin d'en faire un tevoul yom, on n'a pas innové dans ces décrets de rigueur une règle qui ne se rencontre nulle part ailleurs. Et si l'on dit qu'on a traité les ustensiles achevés en pureté comme des objets impurs par un mort, il n'est pas d'innovation plus grande que celle-là.
💡 Explication

L'objection change de nature. Jusqu'ici la guemara vérifiait la cohérence interne du statut choisi ; ici elle attaque le principe même. Les Sages ont multiplié les maalot, les degrés de rigueur, autour de la para adouma, mais une beraita pose une limite : ils n'ont jamais créé pour elle une règle d'impureté introuvable ailleurs.

Or déclarer qu'un ustensile achevé en pureté, qui n'a touché aucun mort, est traité comme s'il en avait touché un, voilà précisément une règle sans équivalent.

5
אָמַר אַבַּיֵּי: שֶׁלֹּא אָמְרוּ קֻורְדֹּום מְטַמֵּא מוֹשָׁב. כִּדְתַנְיָא: ״וְהַיּוֹשֵׁב עַל הַכְּלִי״. יָכוֹל כָּפָה סְאָה וְיָשַׁב עָלֶיהָ, תֵּרָקֵב וְיָשַׁב עָלֶיהָ — יְהֵא טָמֵא,

Abaye dit : [ce que la beraita veut dire, c'est] qu'on n'a pas déclaré qu'une hache devient impure au titre de moshav. Comme il a été enseigné : et celui qui s'assoit sur l'ustensile.

On aurait pu croire que s'il a retourné une mesure de sea et s'est assis dessus, ou un tarkav et s'est assis dessus, [l'ustensile] serait impur ;

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא אָמְרוּ קֻורְדֹּום מְטַמֵּא מוֹשָׁב כְּלוֹמַר לֹא נָתְנוּ טֻומְאָה בְּפָרָה לִכְלִי שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְטֻומְאָה כְּגוֹן לוֹמַר קֻורְדֹּום שֶׁאֵינוֹ מְיֻוחָד לִישִׁיבָה וְאֵינוֹ נַעֲשֶׂה אַב הַטֻּומְאָה בְּמוֹשַׁב הַזָּב בְּפָרָה אֲבָל בִּכְלִי הָרָאוּי לְקַבֵּל טֻומְאָה חִידְּשׁוּ בָּהּ לַעֲשׂוֹת שֶׁאֵינוֹ נוֹגֵעַ בַּמֵּת כְּנוֹגֵעַ בַּמֵּת:
Qu'on n'a pas déclaré qu'une hache devient impure au titre de moshav — c'est-à-dire qu'on n'a pas imposé d'impureté, dans le service de la para, à un ustensile qui n'est pas apte à cette impureté : comme de dire qu'une hache, qui n'est pas destinée à l'assise et ne devient pas av hatouma par le moshav du zav, le deviendrait pour la para. Mais sur un ustensile apte à recevoir l'impureté, on a bien innové à son sujet, en traitant ce qui n'a pas touché un mort comme ce qui a touché un mort.
תֵּרָקֵב חֲצִי סְאָה:
Tarkav — un demi-sea.
💡 Explication

Abaye délimite le sens de l'énoncé. L'innovation interdite porte sur l aptitude d'un objet à recevoir un type d'impureté, non sur l'intensité du décret. On n'a jamais dit qu'une hache, outil de travail, deviendrait un moshav, un siège de zav, alors que la Tora réserve ce statut à ce qui est destiné à l'assise.

Sur un ustensile qui, lui, est apte à recevoir l'impureté, les Sages ont bien pu innover en le traitant comme s'il avait touché un mort. Le tarkav est une mesure de capacité valant un demi-sea.

6
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהַיֹּושֵׁב עַל הַכְּלִי אֲשֶׁר יֵשֵׁב עָלָיו ... יְטַמֵּא״ — מִי שֶׁמְּיֻוחָד לִישִׁיבָה, יָצָא זֶה, שֶׁאוֹמְרִים לוֹ: עֲמוֹד וְנַעֲשֶׂה מְלַאכְתֵּנוּ.

le verset dit donc : et celui qui s'assoit sur l'ustensile sur lequel [le zav] se sera assis ... sera impur — [il s'agit de] ce qui est destiné à l'assise ; est exclu celui-ci, dont on dit à qui s'y assoit : lève-toi, que nous fassions notre travail.

📜 Rachi (1)
אֲשֶׁר יָשַׁב מִדְּלָא קָרֵינַן אֲשֶׁר יָשַׁב לָמַדְנוּ שֶׁאֵינוֹ מְדַבֵּר אֶלָּא בַּאֲשֶׁר מְיֻוחָד לֵישֵׁב שָׁם תָּמִיד:
Sur lequel il s'assoit — du fait que nous ne lisons pas sur lequel il s'est assis, nous apprenons que le verset ne parle que de ce qui est destiné à ce qu'on s'y asseye en permanence.
🗂️ Tossefot (1)
יָצָא זֶה שֶׁאוֹמְרִים לוֹ עֲמֹוד וְנַעֲשֶׂה מְלַאכְתֵּנוּ. בְּפֶרֶק ר"ע (שַׁבָּת דַּף פד: וְשָׁם) עֲבִיד ק"ו וּמַה פַּכִּין קְטַנִּים שֶׁטְּהוֹרִים בְּזָב כו' שֶׁאֵין לָהֶם תּוֹךְ הָרָאוּי לְמַגַּע בָּשָׂר בְּזָב טְמֵאִים בְּמֵת מַפָּץ שֶׁטָּמֵא בְּמִדְרָס אֵינוֹ דִּין שֶׁטָּמֵא בְּמֵת וְהִקְשָׁה הר"ר אַבְרָהָם מִכָּל הַכֵּלִים לֶיעֱבֵד ק"ו שֶׁאֵין בְּנֵי מִדְרָס כִּדְאָמְרִינַן הָכָא עֲמוֹד וְנַעֲשָׂה מְלַאכְתֵּנוּ טְמֵאִים בְּמֵת מַפָּץ כּוּ' וְעוֹד קָשֶׁה לר"י לֶיעֱבֵד ק"ו מִכְּלֵי חֶרֶס גְּדוֹלִים שֶׁטְּהוֹרִים אַפֵּי' פְּתוּחִים בְּמִדְרָס הַזָּב כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק ר"ע (ג"ז שָׁם) [דְּיָלֵיף מִדִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י״ט:ט״ו) וְכֹל כְּלִי פָתוּחַ אֲשֶׁר אֵין] צָמִיד פָּתִיל עָלָיו בְּטֻומְאַת מֵת מִשְׁתַּעֵי קְרָא מַפָּץ כּוּ' וְי"ל דְּלָא דָּמֵי דְּכָל הַכֵּלִים הָא דְּלָא מְטַמְּאוֹ מִדְרָס לָאו מִשּׁוּם דִּכְלִי הֵן אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָאו בְּנֵי מִדְרָס נִינְהוּ דְּלָא שַׁיָּיךְ שָׁם וְכֵן כְּלֵי חֶרֶס גְּדוֹלִים דִּטְהוֹרִים בְּמִדְרָס וּטְמֵאִים בִּשְׁאָר טֻומְאַת הַזָּב הָתָם מִשּׁוּם טֻומְאַת מֵת וְשֶׁרֶץ [בְּתוֹךְ] רַחֲמָנָא תַּלְיָא דְּאִיתַּקַּשׁ לְשַׂק כָּל כְּלִי עֵץ אֲבָל טֻומְאַת מִדְרָס לָאו מִטַּעַם תּוֹךְ הָוֵי אֶלָּא מִטַּעַם מְיֻוחָד לִישִׁיבָה הִלְכָּךְ מַפָּץ שֶׁמְּטַמֵּא מִדְרָס וְהוּא דִּינוֹ לֹא יִטַּמָּא בְּמֵת כֵּיוָן דְּלֵית לֵיהּ תּוֹךְ אֲבָל הַשְׁתָּא עָבְדִינַן ק"ו מִפַּכִּין קְטַנִּים שֶׁטָּהוֹר בָּהֶם מַגָּע וְהֶיסֵּט שֶׁיֶּשְׁנָן בִּכְלַל גְּדוֹלִים וְשַׁיָּיךְ בֵּיהּ מִטַּעַם תּוֹךְ וְהָכָא טָהוֹר מִטַּעַם גְּזֵרַת הַכָּתוּב דְּכֵיוָן דְּלָא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ מַגַּע בָּשָׂר הַזָּב גַּם מַגַּע שְׂעָרוֹ וּמַעְיָינוֹ לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ וְשָׁווּ אַפֵּ"ה הֵן לְטֻומְאַת מֵת כִּגְדוֹלִים כ"ש דְּמַפָּץ שֶׁיֵּשׁ שָׁם גַּם טֻומְאָה דְּזָב כְּגוֹן מִדְרָס שֶׁיְּטַמֵּא בְּמֵת וְתוּ לֹא שַׁיָּיךְ לְחַלֵּק שֶׁכֵּן מְיֻוחָד לִישִׁיבָה דְּהוֹאִיל וּמְהַנֵּי בּוֹ יִחוּד יְשִׁיבָה דְּלָא שַׁייָּךְ לְפַכִּין קְטַנִּים מִטַּעַם תּוֹךְ וְאַפֵּ"ה יְהוּ טְמֵאִים מִדְרַס הַזָּב הָוֵי הק"ו גָּמוּר הוֹאִיל וְלֵית לְהוּ טֻומְאַת תּוֹךְ דְּשַׁייְכָא בְּהוּ. הר"י:
Est exclu celui-ci, dont on dit : lève-toi, que nous fassions notre travail. Au chapitre Rabbi Akiva (Chabat 84b) on fait un kal va-homer : si de petites cruches, qui sont pures à l'égard du zav parce qu'elles n'ont pas d'intérieur apte au contact de la chair du zav, sont néanmoins impures à l'égard d'un mort, une natte qui, elle, est impure par le midras, n'est-il pas juste qu'elle soit impure à l'égard d'un mort ? Rabbi Avraham a objecté : qu'on fasse plutôt le kal va-homer à partir de tous les ustensiles qui ne sont pas sujets au midras, comme nous le disons ici, lève-toi, que nous fassions notre travail, et qui sont pourtant impurs à l'égard d'un mort ; la natte, etc. Et il y a une autre difficulté pour le Ri : qu'on fasse le kal va-homer à partir des grands récipients de terre, qui sont purs à l'égard du midras du zav même lorsqu'ils sont ouverts, comme il est dit au chapitre Rabbi Akiva — on le tire de ce qu'il est écrit (Bamidbar 19,15) et tout récipient ouvert sur lequel il n'y a pas de couvercle bien serré, verset qui parle de l'impureté du mort — la natte, etc. On peut répondre que la comparaison ne tient pas. Si tous ces ustensiles ne contractent pas le midras, ce n'est pas parce qu'ils sont des ustensiles, mais parce qu'ils ne relèvent pas de la catégorie du midras, laquelle ne s'applique pas à eux. De même pour les grands récipients de terre, purs à l'égard du midras et impurs à l'égard des autres impuretés du zav : là, s'agissant de l'impureté du mort et du cheretz, le Miséricordieux a fait dépendre la chose de l'intérieur du récipient, puisqu'ils sont rattachés au sac, tout ustensile de bois. Mais l'impureté du midras ne tient pas à l'intérieur du récipient, elle tient à ce que l'objet est destiné à l'assise. Par conséquent, une natte qui contracte le midras — et c'est là sa loi propre — n'aurait pas été impure à l'égard d'un mort, puisqu'elle n'a pas d'intérieur. Mais à présent nous faisons le kal va-homer à partir des petites cruches, qui sont pures à l'égard du contact et du déplacement du zav, qui appartiennent bien à la catégorie générale des grands récipients et auxquelles la notion d'intérieur s'applique, et qui ici sont pures par décret de l'Écriture : puisque le contact de la chair du zav ne s'applique pas à elles, le contact de son poil et de son écoulement ne s'y applique pas davantage. Malgré cela, pour l'impureté du mort, elles sont au même rang que les grands récipients. À plus forte raison une natte, à laquelle s'attache déjà une impureté du zav, à savoir le midras, doit-elle être impure à l'égard d'un mort. Et l'on ne peut plus objecter qu'elle est différente parce qu'elle est destinée à l'assise : puisque la destination à l'assise lui est opérante, ce qui ne vaut pas pour les petites cruches en raison de l'intérieur, et que malgré cela celles-ci seraient impures par le midras du zav, le kal va-homer est complet, dès lors qu'elles n'ont pas l'impureté liée à l'intérieur qui leur serait applicable. Ha-Ri.
💡 Explication

La derasha repose sur la manière dont le verset désigne l'objet : il ne décrit pas un fait accompli, il décrit une destination. Un objet ne devient moshav du zav que s'il est fait pour qu'on s'y asseye.

Le critère donné est concret : si, quand quelqu un s'y installe, on lui répond lève-toi, que nous fassions notre travail, alors l'objet reste un outil et non un siège. Il ne recevra que l'impureté ordinaire du contact.

🖼️ Schéma
Un zav s'assoit sur un objet : quand y a-t-il moshav ? Le zav s'est assis sur l'objet Le verset : et celui qui s'assoit sur l'ustensile Objet destiné à s'y asseoir Lit, siège, tapis : on y reste assis, personne ne demande de se lever. Objet de travail Hache, mesure de sea renversée, tarkav : lève-toi, que nous fassions notre travail. Moshav : av hatouma Il rend impurs hommes et ustensiles. Pas de moshav Il reste l'impureté ordinaire du contact. Abaye : c'est cette ligne que la para n'a pas franchie. On n'a jamais fait d'une hache un moshav.
Le partage entre ce qui devient moshav du zav et ce qui reste un outil, et le critère pratique qui le décide.
7
הַכְּלִי מְצָרֵף מַה שֶּׁבְּתוֹכוֹ לַקֹּדֶשׁ, אֲבָל לֹא לִתְרוּמָה. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי חֻנַיְן, דְּאָמַר קְרָא: ״כַּף אַחַת עֲשָׂרָה זָהָב מְלֵאָה קְטֹרֶת״, הַכָּתוּב עֲשָׂאוֹ לְכָל מַה שֶּׁבַּכַּף — אַחַת.

Le récipient joint ce qui est en lui pour le kodech, mais non pour la terouma. D'où ces paroles ?

Rabbi 'Hanin a dit : car le verset dit, une coupe d'or de dix, pleine de ketoret — l'Écriture a fait de tout ce qui est dans la coupe une seule chose.

💡 Explication

Nouvelle michna. Le tseirouf est le fait qu'un récipient réunisse son contenu en une seule unité : un contact sur une parcelle atteint alors la totalité. Cette règle vaut pour le kodech, les aliments consacrés, et non pour la terouma. C'est l'une des maalot du kodech sur la terouma.

Rabbi 'Hanin la rattache au verset des offrandes des princes : une coupe d'or de dix sicles, pleine de ketoret. Le verset compte la coupe comme une, alors que les grains d'encens qu'elle contient sont séparés les uns des autres. Le récipient les unifie.

8
מֵתִיב רַב כָּהֲנָא: הוֹסִיף רַבִּי עֲקִיבָא הַסֹּלֶת, וְהַקְּטֹרֶת, וְהַלְּבוֹנָה, וְהַגֶּחָלִים, שֶׁאִם נָגַע טְבוּל יוֹם בְּמִקְצָתוֹ — פָּסַל אֶת כֻּולּוֹ.

Rav Kahana objecte : Rabbi Akiva a ajouté la fleur de farine, la ketoret, la levona et les charbons, car si un tevoul yom en a touché une partie, il a invalidé le tout.

📜 Rachi (3)
הוֹסִיף ר"ע כּוּ' רֵישָׁא קָתָנֵי הֵעִיד ר"ש עַל אֵפֶר חַטָּאת שֶׁנָּגַע טָמֵא בְּמִקְצָתוֹ פָּסַל אֶת כֻּולּוֹ:
Rabbi Akiva a ajouté, etc. — la première clause enseigne : Rabbi Chimon a témoigné au sujet de la cendre de 'hatat que si un homme impur en a touché une partie, il a invalidé le tout.
לְבוֹנָה וְגֶחָלִים אע"ג דְּלָאו אֹוכֶל נִינְהוּ חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ מִכְּשַׁרְתַּן לְטֻומְאָה:
La levona et les charbons — bien qu'ils ne soient pas des aliments, l'attachement du au consacré les rend aptes à l'impureté.
פָּסַל אֶת כֻּולָּן לְפִי שֶׁהַכְּלִי מְצָרְפָן יַחַד וְהַךְ עֵדוּת מִדְּרַבָּנָן הִיא מִדְּקָתָנֵי רֵישָׁא עַל אֵפֶר חַטָּאת כו' וְהַהִיא וַדַּאי עַל כָּרְחָךְ דְּרַבָּנָן הִיא דְּאִי מִקְּרָא דָּר' חֻנַיְן לֵיכָּא לְמֵילַף אֶלָּא קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ אֲבָל אֵפֶר פָּרָה לֹא:
Il a invalidé le tout — parce que le récipient les joint ensemble. Et ce témoignage est de rang rabbinique, comme on le voit de ce que la première clause porte sur la cendre de 'hatat, etc. ; or celle-là est nécessairement rabbinique, car du verset de Rabbi 'Hanin on ne peut déduire que les kodachim de l'autel, mais non la cendre de la para.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאִם נָגַע טְבוּל יוֹם בְּמִקְצָתוֹ. הִקְשָׁה הָר"ר נִסִּים גָּאוֹן דְּמַשְׁמַע הָכָא דְּנִתְקַדְּשׁוּ בִּכְלִי מִדִּמְהַנֵּי בְּהוּ צֵרוּף וְאִילּוּ בְּשִׁילְהֵי פֶּרֶק טָרַף בַּקַּלְפִּי בְּיוֹמָא (דַּף מד: וְשָׁם) נִתְפַּזְּרוּ לוֹ קַב גֶּחָלִים מְכַבְּדָן לָאַמָּה וְהֵיכִי מְכַבְּדָן הָא מַפְסִיד בַּקֹּדֶשׁ וְתֵירֵץ דְּבִירוּשַׁלְמִי דִּמְכִילְתִּין מוֹקְמִי לָהּ בְּשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים הַהִיא דְּהָכָא וְזֶה לְשׁוֹן יְרוּשַׁלְמִי ר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בְּשֵׁם ר' יוֹחָנָן מִפְּנֵי מָה אוֹמְרִים שְׁיָרֵי מְנָחוֹת מְחֻבָּרִין אֶת עַצְמָן מִפְּנֵי שֶׁנִּזְקְקוּ לַכְלְיָין ר' אֲחָא אוֹמֵר בְּשֵׁם ר"ל יוֹדְעִים הָיוּ שֶׁכְּלִי שָׁרֵת מְחַבְּרָן מַה בָּאוּ לְהָעִיד עַל הַסְּלָתוֹת עַל הַלְּבוֹנָה וְעַל הַקְּטֹורֶת וְעַל הַגֶּחָלִים נִיחָא סֹולֶת קְטֹורֶת וּלְבוֹנָה גֶּחָלִים מַאי א"ר בּוֹן תִּיפָּתֵר בְּגֶחָלִים שֶׁל יוה"כ שֶׁבְּמַה שֶׁהָיָה חוֹתֶה הָיָה מַכְנִיס אֲבָל שֶׁל כָּל יוֹם לֹא כְּהַהִיא דִּתְנַן נִתְפַּזֵּר מִמֶּנּוּ קַב גֶּחָלִים מְכַבְּדוֹ לָאַמָּה וּמִיהוּ הר"י הָיָה מְפָרֵשׁ הַיְּרוּשַׁלְמִי הָכִי גֶּחָלִים מַאי כְּלוֹמַר לָמָּה פּוֹסֵל אֶת כֻּולָּם כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ הַרְבֵּה שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ וּמוּקִי לָהּ בְּשֶׁל יוה"כ דְּהַכֹּל צָרִיךְ וה"ה דְּמָצֵי לְאוֹקְמֵי בְּמַחְתָּה שֶׁל כָּל יוֹם אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא פְּסִיק לֵיהּ אִי מַחְתָּה שֶׁל כֶּסֶף שֶׁחוֹתֶה בָּהּ קְדֻושָּׁה אִי לֹא וּכְלִי שָׁרֵת מְחַבְּרָן מַשְׁמַע כָּל כְּלִי שֶׁמַּכְנִיסִין דֻּומְיָא דִּלְבוֹנָה וּקְטֹורֶת וכ"ת הָא אָמְרִינַן בְּסָמוּךְ דְּמִדְּרַבָּנָן מִיהָא אֲפִילּוּ שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לִכְלִי כְּלִי נָמֵי מְצָרֵף אִיכָּא לְמֵימַר הַיְינוּ לָמֶ"ד צֵירוּף דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל לְמ"ד צֵירוּף דְּרַבָּנָן לֹא יוֹעִיל כְּלוּם וְהָשְׁתָּא דְּאָתֵינַן לְהָכִי גַּם מַה שֶׁהִקְשָׁה הָרַב ר' נִסִּים יִתָּכֵן דִּכְלִי אֵינוֹ מְצָרֵף רַק הָרָאוּי לוֹ וּמַה שֶׁאֵין צָרִיךְ לוֹ בּוֹ בַּיּוֹם אֵין בְּכָךְ כְּלוּם אִם מַפְסִידוֹ ור"ת מְתָרֵץ דִּכְלִי שָׁרֵת אֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא לְדַעַת אַךְ קָשֶׁה לְהָר"ר אֶלְחָנָן דִּפְלוּגְתָּא הִיא שִׁילְהֵי לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מט: וְשָׁם) וי"א מְקַדְּשִׁין וּמִיהוּ פּ"ק דִמְנָחוֹת (דַּף ז.) וּבְהַתּוֹדָה (שָׁם דַּף עח: וְשָׁם) אִיכָּא מַאן דְּמוּכָח מִן וְלָקְחוּ אֶת כָּל כְּלֵי הַשָּׁרֵת (בַּמִּדְבָּר ד׳:י״ב) דְּאֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא לְדַעַת וּפְלוּגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי הוּא דְּהָוֵי דְּלָא אַשְׁכְּחַן פְּלֻוגְתָּא דְּתַנָּאֵי וי"מ מַחְתָּה דְּכֶסֶף אֵינָהּ קְדוֹשָׁה כִּי אִם אוֹתָהּ שֶׁמְּעָרֶה בָּהּ וְנִתְפַּזְּרוּ לוֹ קַב גֶּחָלִים דִּמְכַבְּדָן לָאַמָּה אַיְירֵי בְּמַחְתָּה שֶׁל כֶּסֶף וְקָשֶׁה להר"ר אֶלְחָנָן דְּהָא מִזְבֵּחַ מְקַדֵּשׁ אֶת דָּבָר הָרָאוּי לוֹ וְלָא יָדַעְנָא מַאי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּהָא מוֹרִיד גֶּחָלִים מִן הַמִּזְבֵּחַ לָאָרֶץ פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי יוֹחָנָן ור"ל מַשְׁמַע דְּלָא שַׁיָּיךְ בְּגֶחָלִים רָאוּי לַמִּזְבֵּחַ:
Car si un tevoul yom en a touché une partie. Rabbenou Nissim Gaon a objecté : il ressort d'ici que ces matières ont été consacrées dans un ustensile, puisque le tseirouf leur est opérant ; or à la fin du chapitre Taraf be-Kalpi, dans Yoma (44b), s'il s'est répandu un kav de charbons, il les balaie vers le canal — comment peut-il les balayer, puisqu'il détruit ainsi du kodech ? Et il a répondu que dans le Yerouchalmi de notre traité on établit notre enseignement comme portant sur les charbons de Yom Kippour. Voici le texte du Yerouchalmi : Rabbi Yossi bar 'Hanina au nom de Rabbi Yo'hanan : pourquoi dit-on que les restes des minhot se joignent les uns aux autres ? Parce qu'ils ont été liés à leur récipient. Rabbi A'ha dit au nom de Rech Lakich : ils savaient bien qu'un ustensile de service les joint ; que sont-ils donc venus attester au sujet des fleurs de farine, de la levona, de la ketoret et des charbons ? Pour la solet, la ketoret et la levona, cela se comprend ; les charbons, qu'en est-il ? Rabbi Boun a dit : explique-le des charbons de Yom Kippour, car ce avec quoi il puisait, c'est cela même qu'il introduisait ; mais ceux de chaque jour, non, comme dans cet enseignement : s'il s'en est répandu un kav de charbons, il les balaie vers le canal. Toutefois le Ri expliquait ainsi le Yerouchalmi : les charbons, qu'en est-il ? c'est-à-dire pourquoi le contact en invalide-t-il la totalité, alors qu'il y en a beaucoup dont on n'a pas besoin ? Et il l'établit des charbons de Yom Kippour, où tout est nécessaire ; et il en irait de même si on l'établissait de l'encensoir de chaque jour, sauf qu'il n'était pas tranché pour lui si l'encensoir d'argent avec lequel il puise est consacré ou non. Et un ustensile de service les joint signifie tout ustensile avec lequel on les introduit, à l'instar de la levona et de la ketoret. Et si tu dis : n'avons-nous pas dit plus loin que, de rang rabbinique au moins, le récipient joint aussi ce dont on n'a pas besoin dans ce récipient ? On peut répondre que cela vaut pour celui qui tient que le tseirouf est de la Tora ; mais pour celui qui tient que le tseirouf est rabbinique, cela ne servira à rien. Et maintenant que nous en sommes venus là, ce qu'a objecté Rav Nissim se résout aussi : il se peut que le récipient ne joigne que ce qui lui convient, et que pour ce dont on n'a pas besoin ce jour-là il n'y ait rien à redire s'il le détruit. Rabbenou Tam répond que les ustensiles de service ne consacrent qu'à dessein ; mais cela fait difficulté à Rabbi El'hanan, car c'est une controverse à la fin de Loulav ve-Arava (Souca 49b), où certains disent qu'ils consacrent. Toutefois au premier chapitre de Mena'hot (7a) et dans Ha-Toda (78b), il y a qui prouve du verset et ils prendront tous les ustensiles de service (Bamidbar 4,12) qu'ils ne consacrent qu'à dessein ; c'est donc une controverse d'Amoraim, puisque nous ne trouvons pas de controverse de Tanaim là-dessus. D'autres expliquent que l'encensoir d'argent n'est pas consacré, mais seulement celui dans lequel il transvase, et que s'il s'est répandu un kav de charbons, il les balaie vers le canal parle de l'encensoir d'argent. Et cela fait difficulté à Rabbi El'hanan, car l'autel consacré ce qui lui convient ; mais je ne sais pas quelle est son objection, car au sujet de celui qui fait descendre des charbons de l'autel à terre, Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich sont en controverse, ce qui montre que la notion de ce qui convient à l'autel ne s'applique pas aux charbons.
💡 Explication

Rav Kahana tire son objection d'une michna de Eidouyot. Rabbi Akiva y ajoute quatre matières à une liste antérieure : la solet, fleur de farine, la ketoret, l'encens composé, la levona, l'oliban, et les charbons. Toutes sont réunies par leur récipient, de sorte qu'un contact partiel du tevoul yom invalide l'ensemble.

La levona et les charbons ne sont pas des aliments ; c'est là hibat hakodech, l'attachement du au consacré, qui les rend aptes à contracter l'impureté.

9
וְהָא דְּרַבָּנָן הִיא. מִמַּאי, מִדְּקָתָנֵי רֵישָׁא: הֵעִיד רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן בְּתֵירָא עַל אֵפֶר חַטָּאת שֶׁנָּגַע הַטָּמֵא בְּמִקְצָתוֹ — שֶׁטִּימֵּא אֶת כֻּולּוֹ, וְקָתָנֵי: הוֹסִיף רַבִּי עֲקִיבָא!

Or ceci est de rang rabbinique ! D'où le sait-on ?

De ce que la première clause enseigne : Rabbi Chimon ben Betera a témoigné au sujet de la cendre de 'hatat que si un homme impur en a touché une partie, il a rendu le tout impur ; et il est ensuite enseigné : Rabbi Akiva a ajouté.

🗂️ Tossefot (1)
וְהָא דְּרַבָּנָן הוּא. מַשְׁמַע הָא לָאו הָכִי הֲוָה שַׁיָּיךְ שַׁפִּיר צֵירוּף דְּאוֹרָייְתָא מִדְּלָא קָדָייֵק רַק מֵהוֹסִיף וְעוֹד מִדְּקָאָמַר מִמַּאי דְּהַאי צֵירוּף מִדְּרַבָּנָן אַלְמָא דְּאִית לֵיהּ דְּאוֹרָייְתָא וְכֵן בפ"ב דִּפְסָחִים (דַּף לָהּ.) וְהַבָּשָׂר כָּל טָהוֹר יֹאכַל בָּשָׂר לְרַבּוֹת עֵצִים וּלְבוֹנָה וְכֵן בפ"ב דְּחֻולִּין . (דַּף לוֹ:) אֶלָּא חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ מַכְשֶׁרֶת דְּאוֹרָייְתָא מִנָּלַן כו' אֶלָּא מִסֵּיפָא כָּל טָהוֹר יֹאכַל בָּשָׂר לְרַבּוֹת עֵצִים וּלְבוֹנָה וּבְפֶרֶק כָּל הַפְּסוּלִים (זְבָחִים דַּף לד.) טָמֵא שֶׁאָכַל קֹדֶשׁ לִפְנֵי זְרִיקָה חַד אוֹמֵר לוֹקֶה וְחַד אוֹמֵר אֵינוֹ לוֹקֶה אֲבָל בְּטֻומְאַת בָּשָׂר דִּבְרֵי הַכֹּל לוֹקֶה דְּאָמַר קְרָא וְהַבָּשָׂר כו' וְאָמַר מָר לְרַבּוֹת עֵצִים וּלְבוֹנָה אַלְמָא עִיקַּר קְרָא לְהָכִי הוּא דַּאֲתָא וּבְפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כֹּד:) וְהַבָּשָׂר לָמָּה לִי לְרַבּוֹת עֵצִים וּלְבוֹנָה בָּשָׂר לָמָּה לִי לְרַבּוֹת אֵימוּרִין כּוּ' וְהָא דְּקָאָמַר בִּזְבָחִים שִׁילְהֵי ב"ש (זְבָחִים דַּף מו:) וְהָאָמַר מָר וְהַבָּשָׂר לְרַבּוֹת עֵצִים וּלְבוֹנָה וּמְשַׁנֵּי דְּלִפְסוּל בְּעָלְמָא הָתָם מִדְּאוֹרַייְתָּא מִיהָא הָוֵי פָּסוּל לְהַקְרָבָה וְלָא קָאָמַר דְּהָוֵי פָּסוּל אֶלָּא לְאַפּוּקֵי אִיכָּא דְּאָמַר הָתָם לוֹקֶה וְכִי אוֹמְרִים בִּפְסָחִים (דַּף לה.) עֵצִים וּלְבוֹנָה בְּנֵי קַבָּלַת טֻומְאָה נִינְהוּ וְכִי אֳוכָלִין נִינְהוּ אֶלָּא מַעֲלָה דְּאוֹרָיְיתָא מִיהָא הָוֵי וּמַעֲלֶה דְּלָאו אֹוכֶל הוּא וְשָׁוֵי לֵיהּ אֹוכֶל וְכֵן מַייְתֵי הָתָם הֶעֱרִיב שִׁמְשׁוֹ אוֹכֵל בַּתְּרוּמָה כו' הֵבִיא כַּפָּרָתוֹ כּוּ' וְהַאי גַּבְרָא חֲזִי אֶלָּא מַעֲלָה וְהָתָם דְּאוֹרָייְתָא הוּא דְּהָא בְּהֵעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עַד:) מַפִּיק לֵיהּ מִקְּרָא דְּקָאָמַר ג' קְרָאֵי כְּתִיבִי וְהַשְׁתָּא מַשְׁמַע דִּלְעוֹלָם הָוֵי צֵירוּף דְּאוֹרָייְתָא גַּבֵּי עֵצִים וּלְבוֹנָה וְכִי קָאָמַר הַשַּׁ"ס בְּפֶרֶק הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כא.) יָצְאוּ עֵצִים וּלְבוֹנָה שֶׁאֵין מְקַבְּלִין טֻומְאָה י"ל דר"ל בְּלִי הֶכְשֵׁר אע"ג דְּחִיבַּת הֶקְדֵּשׁ מִכְּשֶׁרַתּוּ דְּאוֹרָייְתָא מ"מ לָא פְּסִיק לֵיהּ כֵּיוָן דַּעֲצֵי חֻולִּין לָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא אַפֵּי' בְּהֶכְשֵׁר אִי לָאו יִתּוּרָא דִקְרָא א"כ אִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא מִרַבֵּינַן אֶלָּא בְּהֶכְשֵׁר וְכִי קָאָמַר בִּפְסָחִים (דַּף יט.) אַלְמָא צֵירוּף דְּרַבָּנָן דְּעֵדוּתוֹ דר"ע דְּרַבָּנָן אֲבָל עֵצִים וּלְבוֹנָה לְעוֹלָם דְּאוֹרָיְיתָא וְלֹא כפרש"י דְּקָאָמַר דְּדָיֵיק הָתָם צֵירוּף דְּגַבֵּי מַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן ולר"ע דְּעֵצִים וּלְבוֹנָה לָאו בְּנוֹת קַבּוּלֵי טֻומְאָה נִינְהוּ דְּאוֹרָיְיתָא דְּלָאו אֹוכֶל הוּא לֹא יִתָּכֵן כִּדְפָרֵישִׁית בְּכָל הָנֵי שֶׁהֵבֵאתִי וְגַם מַשְׁמָעוּת דִּשְׁמַעְתִּין לָא מַשְׁמַע הָכִי אֶלָּא דִּיֵּיק דְּצֵירוּף דְּרַבָּנָן מֵהָא דְּקָתָנֵי רֵישָׁא הֵעִיד רַבִּי שִׁמְעוֹן עַל אֵפֶר חַטָּאת וְכוּ' וְאֵפֶר
Or ceci est de rang rabbinique. Cela indique que, sans cela, un tséirouf de la Tora aurait bien été concevable, puisque la guemara ne tire son inférence que du mot a ajouté ; et de plus, du fait qu'elle demande d'où l'on sait que ce tséirouf est rabbinique, il ressort qu'elle admet un tséirouf de la Tora. De même au deuxième chapitre de Pessa'him (35a) : et la chair, tout homme pur mangera de la chair, pour inclure le bois et la levona. De même au deuxième chapitre de 'Houlin (36b) : mais l'attachement dû au consacré rend apte à l'impureté, d'où le savons-nous de la Tora ? etc., mais bien de la fin du verset, tout homme pur mangera de la chair, pour inclure le bois et la levona. Et au chapitre Kol ha-Pessoulim (Zéva'him 34a) : un homme impur qui a mangé du kodech avant l'aspersion, l'un dit qu'il est passible de coups et l'autre qu'il ne l'est pas, mais pour l'impureté de la chair, de l'avis de tous il est passible de coups, car le verset dit et la chair, etc., et le maître a dit : pour inclure le bois et la levona, ce qui montre que le verset est venu principalement pour cela. Et au chapitre Kol Chaâ (Pessa'him 24b) : pourquoi et la chair ? pour inclure le bois et la levona ; pourquoi de la chair ? pour inclure les emourim, etc. Quant à ce qui est dit dans Zéva'him, à la fin de Beit Chamaï (46b) : mais le maître n'a-t-il pas dit, et la chair, pour inclure le bois et la levona, et l'on répond que c'est pour une simple invalidation — là, de la Tora en tout cas, il y a invalidation pour l'offrande, et si l'on dit seulement invalidation, c'est pour exclure l'avis de celui qui dit là-bas qu'il est passible de coups. Et lorsqu'on dit dans Pessa'him (35a) : le bois et la levona sont-ils sujets à recevoir l'impureté, sont-ils donc des aliments ? il s'agit bien d'une maala de la Tora, une maala qui, alors qu'il ne s'agit pas d'un aliment, le traite comme un aliment. De même on apporte là-bas : celui dont le soleil s'est couché mange de la terouma, etc., celui qui a apporté son sacrifice expiatoire, etc., et cet homme-là est apte — il ne s'agit que d'une maala, et là-bas elle est de la Tora, puisque dans Hé-Arel (Yevamot 74b) on la tire d'un verset, en disant que trois versets sont écrits. Et à présent il ressort que, pour le bois et la levona, le tséirouf est toujours de la Tora. Et lorsque la guemara dit au chapitre Ha-Kometz Raba (Mena'hot 21a) : sont exclus le bois et la levona, qui ne reçoivent pas l'impureté, on peut dire qu'elle veut dire sans hekhcher ; car bien que l'attachement dû au consacré les rende aptes selon la Tora, cela ne lui était pas tranché, puisque le bois profane ne reçoit pas l'impureté selon la Tora, même avec hekhcher, sans le surplus du verset ; on peut donc dire qu'on ne les inclut qu'avec hekhcher. Et lorsqu'on dit dans Pessa'him (19a) : il ressort donc que le tséirouf est rabbinique — c'est que le témoignage de Rabbi Akiva est rabbinique, mais pour le bois et la levona il est toujours de la Tora. Et il n'en va pas comme l'explique Rachi, qui dit qu'on y infère que le tséirouf lié aux maalot est rabbinique, et que selon Rabbi Akiva le bois et la levona ne sont pas sujets à recevoir l'impureté selon la Tora puisqu'ils ne sont pas des aliments : cela ne tient pas, comme je l'ai expliqué à partir de toutes les sources que j'ai apportées. Et le sens de notre passage ne va pas non plus dans ce sens ; il infère plutôt que le tséirouf est rabbinique de ce que la première clause enseigne, Rabbi Chimon a témoigné au sujet de la cendre de 'hatat, etc., et la cendre
💡 Explication

L'objection de Rav Kahana ne porte pas sur le contenu mais sur le rang. La première clause de la michna de Eidouyot traite de la cendre de 'hatat, qui n'est ni un aliment ni un kodech de l'autel. Le verset de Rabbi 'Hanin ne peut donc pas la fonder : ce tséirouf-là est nécessairement rabbinique.

Le mot a ajouté range la seconde clause dans le même registre que la première. Si le tséirouf de Rabbi Akiva est rabbinique, on peut demander de quel tséirouf parlait Rabbi 'Hanin lorsqu'il le tirait d'un verset.

🖼️ Schéma
Comment on établit que le témoignage de Rabbi Akiva est rabbinique La richa porte sur la cendre de 'hatat Rabbi Chimon ben Betera : un impur en touche une partie, le tout est impur. Le verset de Rabbi 'Hanin ne peut pas l'atteindre La coupe pleine de ketoret ne vaut que pour les kodachim de l'autel, non pour la cendre de para. Donc la richa est de rang rabbinique Et la michna enchaîne : Rabbi Akiva a ajouté — un ajout se range au rang de ce qu'il prolonge. Le tséirouf de la solet, de la ketoret, de la levona et des charbons est rabbinique
La chaîne d'inférence de Rav Kahana : de la cendre de 'hatat au rang rabbinique de l'ajout de Rabbi Akiva.
10
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא:

Rech Lakich a dit au nom de Bar Kappara :

💡 Explication

Le folio s'achève sur l'ouverture d'un énoncé qui se poursuit au début de 24a. Rech Lakich y transmet au nom de Bar Kappara une précision sur la portée du tséirouf du récipient, et notamment sur le point de savoir dans quelle mesure il relève de la Tora ou du décret des Sages.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).