Sougya : Le folio achève la discussion sur le tséirouf, la jonction opérée par un ustensile entre des matières qui ne se touchent pas. La guemara restreint le témoignage de Rabbi Akiva aux restes de la minha, puis, devant l'objection de l'encens et de la levona qui requièrent un ustensile, Rav Nahman transporte le cas sur un kartavla, un cuir sans espace intérieur.
Rabbi Hanin, qui tenait le tséirouf pour toranique, se trouve ainsi opposé à Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan. Le folio passe ensuite à la michna : Rabbi Yossi tire par un kal va-homer le quatrième degré d'impureté dans le kodech, tandis que le troisième degré vient du verset « et la chair qui touchera quelque chose d'impur ne sera pas mangée ».
La dernière partie traite de la main qui rend sa compagne impure : Rav Chizvi la limite au cas du contact, Abaye lui objecte la baraita de la main sèche, et le folio s'ouvre sur l'avis de Reich Lakich.
Cela n'est requis que pour les restes de la minha (offrande de farine). Selon la Torah, ce qui requiert un ustensile — l'ustensile le joint ; ce qui ne requiert pas d'ustensile — l'ustensile ne le joint pas.
La michna enseignait qu'un ustensile joint ce qu'il contient, de sorte que des grains qui ne se touchent pas deviennent impurs ensemble. La guemara vient de montrer que ce tséirouf figure déjà dans la Torah, a propos de la kaf d'encens du chapitre des offrandes des princes. Elle restreint donc l'apport du témoignage de Rabbi Akiva.
Le partage toranique porte sur un critère précis : une matière qui a besoin d'un ustensile de service pour être consacrée est jointe par lui ; une matière qui n'en a plus besoin ne l'est pas. Les restes de la minha, ce qui subsiste après le prélèvement de la poignée et de la levona, reviennent à la consommation du kohen et n'ont plus besoin d'ustensile : selon la Torah leur tséirouf n'existe pas.
Et les Sages sont venus décréter que même ce qui ne requiert pas d'ustensile — l'ustensile le joint.
Le décret rabbinique élargit le tséirouf aux matières qui n'ont plus besoin d'ustensile. C'est exactement la part que le témoignage de Rabbi Akiva ajoute : la michna, sur ce point, énonce une maala, une mesure de rigueur instituée par les Sages.
Cela se tient pour la semoule ; pour la ketoret (l'encens) et la levona, que peut-on dire ? Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : par exemple lorsqu'il les a amoncelés sur un kartavla.
Selon la Torah, ce qui a un espace intérieur (tokh) joint, ce qui n'a pas d'espace intérieur ne joint pas ; et les Sages sont venus instituer que même ce qui n'a pas d'espace intérieur joint.
L'objection est directe : la ketoret et la levona sont bien des matières qui requièrent un ustensile de service pour être consacrées. Leur tséirouf serait donc toranique, et le témoignage de Rabbi Akiva n'aurait plus rien à ajouter les concernant.
Rav Nahman déplace le critère. Le cas visé n'est plus celui d'une matière posée dans un ustensile creux, mais celui d'une matière étalée sur un kartavla, un cuir bouilli plat. Selon la Torah, seul un récipient pourvu d'un tokh, d'un espace intérieur, joint ce qu'il contient, sur le modèle de la kaf du verset. Un support plat ne joint rien. Les Sages ont institué qu'il joint malgré tout.
Et l'avis de Rabbi Hanin diverge de celui de Rabbi Hiya bar Abba. Car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : cette michna a été enseignée d'après le témoignage de Rabbi Akiva.
Rabbi Hanin, plus haut, tirait le tséirouf d'un verset et le tenait donc pour toranique. Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan rattache la michna au témoignage de Rabbi Akiva, ce qui la range parmi les mesures de rang rabbinique. La guemara enregistre la divergence sans la trancher.
« Le quatrième degré dans le kodech est passoul (invalide). » Il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : d'où sait-on que le quatrième degré dans le kodech est passoul ? Cela relève du raisonnement : si le mehoussar kippourim (celui à qui manque encore son sacrifice d'expiation), qui est permis à la terouma, est pourtant passoul pour le kodech, alors le troisième degré, qui est passoul pour la terouma, ne doit-il pas à plus forte raison engendrer un quatrième degré pour le kodech ?
Nous avons ainsi appris le troisième degré pour le kodech depuis la Torah, et le quatrième par kal va-homer.
La guemara quitte le tseirouf et aborde la clause suivante de la michna. La question porte sur l'origine du quatrième degré d'impureté, propre au kodech, la terouma s'arrêtant au troisième.
Rabbi Yossi procède par kal va-homer. Le terme de comparaison est le mehoussar kippourim : un homme dont la purification est achevée sauf le sacrifice, qui peut déjà manger de la terouma et demeure pourtant écarté du kodech. Si une impureté résiduelle, tolérable pour la terouma, invalide le kodech, alors le troisième degré, qui invalide déjà la terouma, doit à plus forte raison produire un effet au kodech.
Rachi relève la difficulté du principe dayo, qui veut qu'une conclusion tirée par kal va-homer ne dépasse pas son point de départ. Sa réponse : là où le dayo priverait le raisonnement de tout objet, on ne l'applique pas.
Le troisième degré pour le kodech, d'où le tire-t-on de la Torah ? Car il est écrit : « et la chair qui touchera quelque chose d'impur ne sera pas mangée ».
Ne traitons-nous pas aussi du cas où elle a touché un deuxième degré ? Et la Torah déclare pourtant : « elle ne sera pas mangée ».
Le quatrième degré par kal va-homer — c'est ce que nous avons dit.
Le verset de Lévitique 7,19 parle de la chair des chelamim qui touche « quelque chose d'impur ». La force de la lecture tient à l'étendue du mot : l'expression englobe aussi un objet de deuxième degré, que l'Écriture appelle bien « impur » ailleurs. La chair devient alors troisième degré, et le verset l'écarte de la consommation.
Le troisième degré du kodech est ainsi tiré du texte, le quatrième du raisonnement. La michna, en déclarant le quatrième degré passoul, se tient sur cette double base.
« Et pour la terouma, si l'une de ses mains est devenue impure, etc. » Rav Chizvi a dit : ils ont enseigné cela en situation de contact (be-hibbourin), mais hors contact — non.
La michna distinguait la terouma et le kodech : pour la terouma, une main impure laisse l'autre pure ; pour le kodech, il faut immerger les deux. Rav Chizvi encadre cette rigueur.
Le cas visé, selon lui, est celui du hibbour, du contact simultané : la main impure touche la main pure au moment même où celle-ci tient le kodech. Le décret se comprend alors par la crainte que la main impure ne touche directement le kodech. Une fois les mains séparées, la main pure redevient sans effet, et le kodech qu'elle touche demeure intact.
Abaye lui a objecté : une main sèche rend sa compagne impure, au point de rendre impur le kodech, mais non la terouma — paroles de Rabbi. Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda dit : pour invalider, mais non pour rendre impur.
Abaye oppose à Rav Chizvi une baraita qui porte sur la yad neguva, la main sèche, c'est-à-dire une main dépourvue de liquides. Deux avis y figurent : pour Rabbi, la seconde main confère au kodech une impureté effective, letame ; pour Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda, elle se borne à l'invalider, lifsol, sans lui transmettre un rang d'impureté actif.
Si tu dis, soit, que cela vaut hors contact — voilà la nouveauté de la main sèche. Mais si tu dis qu'en situation de contact, oui, et hors contact, non — quelle nouveauté y a-t-il dans la main sèche ?
Le raisonnement d'Abaye tient au choix du mot sèche. Une main humide aurait transmis par ses liquides : tout ce qui invalide la terouma rend les liquides impurs au premier rang, et la seconde main serait devenue deuxième degré par eux. En spécifiant une main sèche, la baraita écarte ce chemin et affirme un décret propre : la main rend sa compagne impure par elle-même.
Cette précision n'a de sens que dans la lecture large. Dans la lecture de Rav Chizvi, le kodech est atteint par la seule crainte que la main impure le touche ; or cette première main est déjà deuxième degré et transmet sans le secours d'aucun liquide. La mention de la main sèche resterait alors sans portée.
Il a été dit de même : Reich Lakich a dit : ils n'ont enseigné cela que pour sa propre main,
Le folio s'achève au seuil d'une nouvelle distinction. Reich Lakich restreint la règle à la main du même homme, par crainte d'une confusion entre sa main pure et sa main impure. La suite de la position, et l'avis opposé qui étend la règle à la main d'autrui, se lisent au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).