Chagigah 24a — Ce que l'ustensile joint, le quatrième degré du kodech, et la main qui rend sa compagne impure

Chagigah 24a

Sougya : Le folio achève la discussion sur le tséirouf, la jonction opérée par un ustensile entre des matières qui ne se touchent pas. La guemara restreint le témoignage de Rabbi Akiva aux restes de la minha, puis, devant l'objection de l'encens et de la levona qui requièrent un ustensile, Rav Nahman transporte le cas sur un kartavla, un cuir sans espace intérieur.

Rabbi Hanin, qui tenait le tséirouf pour toranique, se trouve ainsi opposé à Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan. Le folio passe ensuite à la michna : Rabbi Yossi tire par un kal va-homer le quatrième degré d'impureté dans le kodech, tandis que le troisième degré vient du verset « et la chair qui touchera quelque chose d'impur ne sera pas mangée ».

La dernière partie traite de la main qui rend sa compagne impure : Rav Chizvi la limite au cas du contact, Abaye lui objecte la baraita de la main sèche, et le folio s'ouvre sur l'avis de Reich Lakich.

Le tséirouf : quand un ustensile joint ce qui ne se touche pas Din Torah Gzera des Sages Premier critère : la matière requiert-elle un ustensile ? Requiert un ustensile (ketoret dans la kaf) : l'ustensile joint Ne requiert pas d'ustensile (restes de minha) : l'ustensile ne joint pas Même ce qui ne requiert pas d'ustensile, l'ustensile le joint d'où le témoignage de Rabbi Akiva sur la semoule Second critère : l'ustensile a-t-il un espace intérieur, un tokh ? Ustensile avec tokh : il joint Kartavla, cuir bouilli sans tokh : il ne joint pas Même sans tokh, le support joint réponse de Rav Nahman pour la ketoret et la levona Conséquence : de quel rang relève le tséirouf de la michna ? Rabbi Hanin : le tséirouf est toranique Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : la michna suit le témoignage de Rabbi Akiva, donc rabbinique les deux avis divergent
Les deux critères toraniques du tséirouf et les deux décrets rabbiniques qui les élargissent.
Jusqu'où vont les degrés d'impureté selon la catégorie d'aliment Houlin Terouma Kodech Premier degré : impur Premier degré : impur Premier degré : impur Deuxième degré : impur Deuxième degré : impur Deuxième degré : impur Troisième degré : pur Troisième degré : passoul Troisième degré : passoul Quatrième degré : pur Quatrième degré : passoul Troisième degré du kodech : le verset et la chair qui touchera quelque chose d'impur ne sera pas mangée — le deuxième degré est bien appelé impur Quatrième degré du kodech : kal va-homer de Rabbi Yossi, appuyé sur le mehoussar kippourim permis à la terouma et pourtant passoul au kodech Le kal va-homer de Rabbi Yossi Le mehoussar kippourim est permis à la terouma et pourtant passoul au kodech. Le troisième degré, lui, est déjà passoul pour la terouma : il engendre donc un quatrième degré au kodech.
Jusqu où courent les degrés d impureté pour les houlin, la terouma et le kodech, et d où chacun est tiré.
La main qui rend sa compagne impure : la limite proposée par Rav Chizvi Michna : pour le kodech, si une main est devenue impure, il immerge les deux Be-hibbourin : en situation de contact La main impure touche la main pure pendant que celle-ci touche le kodech. Rav Chizvi : c'est le seul cas enseigné. Motif : la crainte que la main impure touche Chelo be-hibbourin : hors contact La main pure touche le kodech après que la main impure s'en est séparée. Rav Chizvi : le kodech reste pur. Rachi : pas même un troisième degré invalidant Objection d'Abaye : la baraita de la main sèche, yad neguva Une main sèche rend sa compagne impure pour le kodech, sans l'aide d'aucun liquide. Si la règle valait seulement en situation de contact, la main sèche n'apporterait aucune nouveauté. Rabbi La seconde main rend le kodech impur, elle en fait un quatrième degré, mais elle laisse la terouma indemne. Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda La seconde main invalide seulement, lifsol, sans conférer d'impureté transmissible, letame.
La main qui rend sa compagne impure : la restriction de Rav Chizvi, l objection d Abaye, les deux avis de la baraita.
1
לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לִשְׁיָרֵי מִנְחָה. דְּאוֹרָייְתָא, צָרִיךְ לַכְּלִי — הַכְּלִי מְצָרְפוֹ, שֶׁאֵין צָרִיךְ לַכְּלִי — אֵין כְּלִי מְצָרְפוֹ.

Cela n'est requis que pour les restes de la minha (offrande de farine). Selon la Torah, ce qui requiert un ustensile — l'ustensile le joint ; ce qui ne requiert pas d'ustensile — l'ustensile ne le joint pas.

📜 Rachi (2)
לָא נִצְרְכָא לְהַאי עֵדוּת דְּר' עֲקִיבָא דְּמִדְּרַבָּנָן אֶלָּא לְסֹולֶת שֶׁל שְׁיָרֵי מִנְחָה:
Ce témoignage de Rabbi Akiva, qui relève du rang rabbinique, n'est requis que pour la semoule des restes de la minha.
דְּאִלּוּ מִדְּאוֹרַייְתָּא הַצָּרִיךְ לַכְּלִי דֻּומְיָא דִּקְטֹורֶת שֶׁבְּכַף דְּאַיְירֵי בָּהּ קְרָא כְּלִי מְצָרְפוֹ וְשֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לַכְּלִי כְּגוֹן שְׁיָרֵי מִנְחָה שֶׁהֵן אֲכִילַת כֹּהֵן אֵין הַכְּלִי מְצָרְפָן:
À l'instar de la ketoret placée dans la kaf, cas dont traite le verset, l'ustensile la joint ; ce qui ne requiert pas d'ustensile, comme les restes de la minha qui reviennent à la consommation du kohen, l'ustensile ne le joint pas.
🗂️ Tossefot (1)
חַטָּאת מִדְּרַבָּנָן דְּאֵינוֹ קוֹדֶשׁ אֶלָּא חוֹל כִּדְמוֹכַח בְּהַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף נב. וְשָׁם) שֶׁאֵין מוֹעֲלִין בְּאֵפֶר פָּרָה וְקָתָנֵי הוֹסִיף ר"ע דְּמַשְׁמַע דְּהָוֵי דְּרַבָּנָן כְּמוֹ רֵישָׁא כִּדְדָיֵיק הָכָא וְהַשְׁתָּא מִתּוֹקְמָא דְּרָשָׁה דְּמַייְתִי בְּכוּלֵּי הַשַּׁ"ס וְהַבָּשָׂר לְרַבּוֹת עֵצִים וּלְבוֹנָה כר"י דְּפֶרֶק הַמְּנָחוֹת וְהַנְּסָכִים (מְנָחוֹת דַּף קב: וְשָׁם) דְּאִי לְרַבָּנָן הָא מַשְׁמַע אַף בָּשָׂר בָּתַר שְׁחִיטָה יֵשׁ לָהּ פִּדְיוֹן וּמִיהוּ יָכֵילְנָא לְאוֹקוֹמֵי כְּרַבָּנָן וּבְהֻוקְדְּשׁוּ בִּכְלִי וְכִדְמוֹקְמִינַן לָהּ בְּפִסְחֵי אַךְ אִיכָּא לִדְחוֹת דְּלָא קָאֵי רַק אַלְּבוֹנָה וְלֹא אַעֵצִים וְכֵן בְּרֵישׁ הַמְּנָחוֹת וְהַנְּסָכִים פִּי' בְּשֵׁם הר"י דְּעִיקַּר קְרָא לָא קָאֵי רַק אַלְּבוֹנָה אֲבָל אַעֵצִים לָא הָוֵי רַק אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא וְהָתָם הֶאֱרַכְתִּי וְלֹא שַׁייָּךְ הָכָא וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה מֵהָא דְּלָא חֲשִׁיב עֵצִים בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּמְעִילָה (דַּף ט.) כִּי חֲשִׁיב אִינָךְ הֻוכְשַׁר לִיפָּסֵל בִּטְבוּל יוֹם וּבִמְחֻוסְּרֵי כַּפָּרָה מִשּׁוּם דְּלָא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ פִּיגּוּל אַף בְּהוֹלָכָה וּבְהַקְטָרָה דְּלָא קָרְבָּן גָּמוּר הוּא:
Les eaux de la hatat relèvent du houlin et non du kodech, ce qui est de rang rabbinique, comme le prouve le chapitre haTekhelet (Menahot 52a) : on ne commet pas de meïla avec la cendre de la para (la vache rousse). Et la michna enseigne « Rabbi Akiva a ajouté », formule qui indique un rang rabbinique comme dans la première partie, ainsi que la guemara le déduit ici. Dès lors tient la derasha citée dans tout le Talmud — « et la chair » vient inclure le bois et la levona — selon Rabbi Yehouda du chapitre haMenahot vehaNessakhim (Menahot 102b) ; car selon les Sages il ressortirait que même la chair, après la chehita (abattage), peut encore être rachetée. Je pourrais toutefois établir le cas selon les Sages également, lorsque le bois et la levona ont été consacrés dans un ustensile, comme nous l'établissons dans Pessahim. On peut cependant repousser cela, car le verset porte sur la levona seule et laisse le bois de côté. De même, au début de haMenahot vehaNessakhim, il a expliqué au nom du Ri que le fond du verset porte sur la levona seule, tandis que pour le bois il s'agit d'un simple asmakhta (appui scripturaire) ; je m y suis étendu là-bas et cela n'a pas sa place ici. Et l'on ne saurait tirer preuve de ce que le bois n'est pas compté au deuxième chapitre de Meïla (9a), lorsque la michna énumère les autres choses devenues aptes à être invalidées par le tevoul yom et par les mehousserei kappara, car le pigoul ne s'applique pas au bois, même pour la holakha (le transport du sang) et la haktara (la combustion), le bois n'étant pas un sacrifice à part entière.
💡 Explication

La michna enseignait qu'un ustensile joint ce qu'il contient, de sorte que des grains qui ne se touchent pas deviennent impurs ensemble. La guemara vient de montrer que ce tséirouf figure déjà dans la Torah, a propos de la kaf d'encens du chapitre des offrandes des princes. Elle restreint donc l'apport du témoignage de Rabbi Akiva.

Le partage toranique porte sur un critère précis : une matière qui a besoin d'un ustensile de service pour être consacrée est jointe par lui ; une matière qui n'en a plus besoin ne l'est pas. Les restes de la minha, ce qui subsiste après le prélèvement de la poignée et de la levona, reviennent à la consommation du kohen et n'ont plus besoin d'ustensile : selon la Torah leur tséirouf n'existe pas.

2
וַאֲתוֹ רַבָּנַן וּגְזַרוּ דְּאַף עַל גַּב דְּאֵינוֹ צָרִיךְ לִכְלִי — כְּלִי מְצָרְפוֹ.

Et les Sages sont venus décréter que même ce qui ne requiert pas d'ustensile — l'ustensile le joint.

💡 Explication

Le décret rabbinique élargit le tséirouf aux matières qui n'ont plus besoin d'ustensile. C'est exactement la part que le témoignage de Rabbi Akiva ajoute : la michna, sur ce point, énonce une maala, une mesure de rigueur instituée par les Sages.

3
תִּינַח סֹלֶת, קְטֹורֶת וּלְבוֹנָה מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: כְּגוֹן שֶׁצְּבָרָן עַל גַּבֵּי קַרְטְבֻלָא. דְּאוֹרָייְתָא, יֵשׁ לוֹ תּוֹךְ — מְצָרֵף, אֵין לוֹ תּוֹךְ — אֵינוֹ מְצָרֵף, וַאֲתוֹ רַבָּנַן וְתַקִּינוּ דְּאַף עַל גַּב דְּאֵין לוֹ תּוֹךְ — מְצָרֵף.

Cela se tient pour la semoule ; pour la ketoret (l'encens) et la levona, que peut-on dire ? Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : par exemple lorsqu'il les a amoncelés sur un kartavla.

Selon la Torah, ce qui a un espace intérieur (tokh) joint, ce qui n'a pas d'espace intérieur ne joint pas ; et les Sages sont venus instituer que même ce qui n'a pas d'espace intérieur joint.

📜 Rachi (2)
מַאי אִיכָּא לְמֵימַר הֲרֵי צְרִיכִין לִכְלִי:
Ils requièrent bien un ustensile.
קַרְטַבְּלָא עוֹר שָׁלוּק:
Un cuir bouilli.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאוֹרָייְתָא יֵשׁ לוֹ תּוֹךְ מְצָרֵף. הִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן אַמַּאי לָא קָאָמַר כְּגוֹן שֶׁצְּבָרוֹ בִּכְלִי חוֹל דְּאוֹרָיְיתָא כְּלִי שָׁרֵת מְצָרֵף וְלֹא שֶׁל חוֹל דְּבָעֵינַן דֻּומְיָא דְּכַף ואע"פ שֶׁיֵּשׁ לוֹ תּוֹךְ וצ"ע:
« Selon la Torah, ce qui a un espace intérieur joint. » Rabbenou Elhanan a demandé : pourquoi ne dit-on pas plutôt qu'il les a amoncelés dans un ustensile profane ? Selon la Torah, un ustensile de service (kli charet) joint, et un ustensile profane ne joint pas, puisqu'il faut un cas semblable à la kaf du verset, et cela alors même que l'ustensile profane possède un espace intérieur. La question demande examen.
💡 Explication

L'objection est directe : la ketoret et la levona sont bien des matières qui requièrent un ustensile de service pour être consacrées. Leur tséirouf serait donc toranique, et le témoignage de Rabbi Akiva n'aurait plus rien à ajouter les concernant.

Rav Nahman déplace le critère. Le cas visé n'est plus celui d'une matière posée dans un ustensile creux, mais celui d'une matière étalée sur un kartavla, un cuir bouilli plat. Selon la Torah, seul un récipient pourvu d'un tokh, d'un espace intérieur, joint ce qu'il contient, sur le modèle de la kaf du verset. Un support plat ne joint rien. Les Sages ont institué qu'il joint malgré tout.

🖼️ Schéma
Avec tokh, sans tokh : la réponse de Rav Nahman Ustensile creux, il a un tokh Les grains ne se touchent pas, l'ustensile les joint déjà selon la Torah modèle : la kaf de ketoret du verset Kartavla, cuir plat sans tokh Selon la Torah, rien ne les joint ; les Sages ont institué qu'il les joint voilà la part rabbinique du témoignage
Le critère du tokh : ce que la Torah joint déjà, et ce que les Sages ont ajouté.
4
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי חָנִין אַדְּרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא. דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֵעֵדוּתוֹ שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָא נִשְׁנֵית מִשְׁנָה זוֹ.

Et l'avis de Rabbi Hanin diverge de celui de Rabbi Hiya bar Abba. Car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : cette michna a été enseignée d'après le témoignage de Rabbi Akiva.

📜 Rachi (1)
וּפְלִיגָא הָא דר' חֻנַיְן דְּאָמַר לְעֵיל צֵירוּף דְּאוֹרָייְתָא אֶדֶר' חַיָּיא בַּר אַבָּא:
Rabbi Hanin, qui a dit plus haut que le tséirouf relève de la Torah, diverge de Rabbi Hiya bar Abba.
💡 Explication

Rabbi Hanin, plus haut, tirait le tséirouf d'un verset et le tenait donc pour toranique. Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan rattache la michna au témoignage de Rabbi Akiva, ce qui la range parmi les mesures de rang rabbinique. La guemara enregistre la divergence sans la trancher.

5
הָרְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ פָּסוּל. תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִנַּיִן לָרְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ שֶׁהוּא פָּסוּל — וְדִין הוּא: וּמַה מְחֻוסַּר כִּפּוּרִים שֶׁמֻּותָּר בִּתְרוּמָה — פָּסוּל בַּקֹּדֶשׁ, שְׁלִישִׁי שֶׁפָּסוּל בִּתְרוּמָה — אֵינוֹ דִּין שֶׁיַּעֲשֶׂה רְבִיעִי לַקֹּדֶשׁ? וְלָמַדְנוּ שְׁלִישִׁי לַקֹּדֶשׁ מִן הַתּוֹרָה, וּרְבִיעִי בְּקַל וָחֹומֶר.

« Le quatrième degré dans le kodech est passoul (invalide). » Il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : d'où sait-on que le quatrième degré dans le kodech est passoul ? Cela relève du raisonnement : si le mehoussar kippourim (celui à qui manque encore son sacrifice d'expiation), qui est permis à la terouma, est pourtant passoul pour le kodech, alors le troisième degré, qui est passoul pour la terouma, ne doit-il pas à plus forte raison engendrer un quatrième degré pour le kodech ?

Nous avons ainsi appris le troisième degré pour le kodech depuis la Torah, et le quatrième par kal va-homer.

📜 Rachi (3)
מְחֻוסַּר כִּפּוּרִים כָּשֵׁר לִתְרוּמָה וּפָסוּל לְקַדֵּשׁ בִּיבָמוֹת יָלְפִינַן לָהּ מִקְּרָאֵי בְּפֶרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עַד:):
Dans Yevamot nous l'apprenons de versets, au chapitre haArel (Yevamot 74b).
שְׁלִישִׁי שֶׁפָּסוּל בִּתְרוּמָה כִּדְנָפְקָא לָן ק"ו בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף כט.) וּמַה טְבוּל יוֹם שֶׁמֻּותָּר בְּמַעֲשֵׂר אָסוּר בִּתְרוּמָה שֵׁנִי שֶׁפָּסוּל בְּמַעֲשֵׂר אֵינוֹ דִּין שֶׁיַּעֲשֶׂה שְׁלִישִׁי בִּתְרוּמָה:
Comme nous le tirons d'un kal va-homer dans le traité Sota (29a) : si le tevoul yom, celui qui s'est immergé et attend le coucher du soleil, est permis au maasser et pourtant interdit à la terouma, alors le deuxième degré, qui est passoul pour le maasser, ne doit-il pas à plus forte raison engendrer un troisième degré dans la terouma ?
אֵינוֹ דִּין שֶׁיַּעֲשֶׂה רְבִיעִי לַקֹּדֶשׁ וא"ת דַּיּוֹ לַבָּא מִן הַדִּין לִהְיוֹת כַּנִּדּוֹן א"כ ק"ו לֹא צָרִיךְ שֶׁהֲרֵי לָמַדְנוּ שְׁלִישִׁי לַקֹּדֶשׁ מִן הַתּוֹרָה וְהֵיכָא דְּמִיפְּרִיךְ ק"ו לָא אָמְרִינַן דַּיּוֹ לַבָּא מִן הַדִּין לִהְיוֹת כַּנִּדּוֹן כִּדְאָמְרִינַן בְּבָבָא קַמָּא (דַּף כֹּה.) וְלָמֶ"ד נָמֵי אָמְרִינַן דַּיּוֹ הָנֵי מַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן נִינְהוּ וְלָאו דְּאוֹרָיְיתָא וְהַאי דִּנְקַט וְלָמַדְנוּ שְׁלִישִׁי לְקַדֵּשׁ מִלְּתָא בְּעָלְמָא הִיא דְּאַשְׁמְעִינַן דִּשְׁלִישִׁי לְקַדֵּשׁ מִן הַתּוֹרָה הוּא:
Si tu objectes le principe dayo — il suffit à ce qui provient d'un raisonnement d'être comme ce dont il provient — le kal va-homer serait alors inutile, puisque nous avons déjà appris le troisième degré pour le kodech depuis la Torah. La réponse : là où le dayo briserait le kal va-homer, on ne dit pas dayo, ainsi qu'il est enseigné dans Baba Kama (25a). Et même pour celui qui applique ici le dayo, ces mealot (mesures de rigueur) relèvent du rang rabbinique et non de la Torah ; quant à la formule « nous avons appris le troisième degré pour le kodech », elle est une remarque incidente, qui nous enseigne que le troisième degré pour le kodech relève de la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
מִנַּיִן לָרְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ שֶׁהוּא פָּסוּל. פרש"י וְלָמֶ"ד דַּיּוֹ הָנֵי מַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן נִינְהוּ וְלֹא דְּאוֹרָיְיתָא וְהַאי דְּקָאָמַר וְלָמַדְנוּ שְׁלִישִׁי מִן הַתּוֹרָה מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא וְלָא קָאָמַר נָמֵי מק"ו אֶלָּא מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא ובפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף יט.) פֵּי' רַשִׁ"י גַּבֵּי הַהִיא דְּר' יוֹסֵי וְר' שִׁמְעוֹן דְּאֵין מַשְׁקֶה מְטַמֵּא בְּאֹוכֶל וְאֵין טֻומְאָה עוֹשָׂה כַּיּוֹצֵא בָּהּ הֵיכִי אַשְׁכְּחַן רְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ אַלְמָא וַדַּאי דְּרַבָּנָן הוּא וּמֵבִיא רְאָיָה דִּמְכִילְתִּין חֲשִׁיב גַּבֵּי מַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן בָּתְרָיְיתָא וְקָשֶׁה לר"י לֵר' חָנֲין דְּאִית לֵיהּ צֵירוּף כְּלִי דְּאוֹרָייְתָא וְקָחֲשִׁיב לֵיהּ גַּבֵּי מַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן וְלֵר' יוֹחָנָן דְּאִית. לֵיהּ צֵירוּף דְּרַבָּנָן הוּא הָא מוֹקֵי לָהּ כְּר' עֲקִיבָא ור"ע סָבַר שְׁלִישִׁי בְּחֻולִּין דְּאוֹרָייְתָא וא"כ רְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ נָמֵי דְּאוֹרָייְתָא קְרִי כָּאן וְהַבָּשָׂר אֲשֶׁר יִגַּע בְּכָל טָמֵא לֹא יֵאָכֵל דְּמִי לָא עָסְקִינַן דְּנָגַע וְכוּ' וְתֵירֵץ הר"י דְּקָרֵי לְהוּ דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם דְּלָא מַשְׁכַּח לָהּ לְחֻולִּין שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל טָהֳרַת הַקֹּדֶשׁ [דְּהָוֵי דְּאוֹרָייְתָא] וְכֵן אר"ת דְּמַשְׁכַּחַת לָהּ לִרְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ [דְּאוֹרָיְיתָא] ע"י עֵצִים וּלְבוֹנָה דִּטְמֵאִין ע"י חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ וְכִי מִיבְּעֵי לֵיהּ לר"ל בְּצָרִיד שֶׁל מְנָחוֹת (מְנָחוֹת דַּף קב:) אִי מוֹנִין בּוֹ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי אִי לֹא דְּאִי מְהַנֵּי חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ לִמְנוֹת בּוֹ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי לָמֶ"ד אֵין אֹוכֶל מְטַמֵּא אֹוכֶל פְּשִׁיטָא לֵיהּ הַאי וְהָיָה קָשֶׁה לְהָר"ר אֶלְחָנָן לפר"ת דְּמוּקֵי לָהּ ע"י עֵצִים וּלְבוֹנָה וְכִי עֲדִיפָא מֵאֹוכֶל גָּמוּר דְּלָא אַהֲנֵי חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ לְמִימְנֵי בֵּיהּ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי:
« D'où sait-on que le quatrième degré dans le kodech est passoul ? » Rachi a expliqué : même pour celui qui applique le dayo, ces mealot relèvent du rang rabbinique et non de la Torah, et la formule « nous avons appris le troisième degré depuis la Torah » est une remarque incidente ; la mention du kal va-homer elle aussi est incidente. Au premier chapitre de Pessahim (19a), Rachi a expliqué, à propos de l'avis de Rabbi Yossi et Rabbi Chimon selon lequel un liquide ne devient pas impur par un aliment et une impureté n'engendre pas sa semblable, la question « où trouve-t-on un quatrième degré dans le kodech ? », signe qu'il relève assurément du rang rabbinique ; et il en apporte la preuve depuis notre traité, qui le compte parmi les dernières mealot rabbiniques. Le Ri objecte : selon Rabbi Hanin, qui tient le tseirouf par l'ustensile pour toranique et qui le compte pourtant parmi les mealot rabbiniques ; et selon Rabbi Yo'hanan, qui tient le tseirouf pour rabbinique, la michna est établie selon Rabbi Akiva, or Rabbi Akiva tient le troisième degré dans les houlin pour toranique, de sorte que le quatrième degré dans le kodech serait toranique lui aussi, et l'on applique ici « et la chair qui touchera quelque chose d'impur ne sera pas mangée », puisque le verset traite bien du cas où elle a touché, etc. Le Ri a répondu qu'on les appelle rabbiniques parce que le cas des houlin faits dans la pureté du kodech ne se rencontre pas [comme toranique]. De même Rabbenou Tam a dit qu'on trouve un quatrième degré [toranique] dans le kodech par le bois et la levona, qui deviennent impurs par la hibbat hakodech, l'attachement du kodech. Or Reich Lakich s'interroge à propos du tserid des menahot (Menahot 102b) : y compte-t-on un premier et un deuxième degré ou non ? Car si la hibbat hakodech suffisait à y compter un premier et un deuxième degré, alors pour celui qui tient qu'un aliment ne rend pas un aliment impur, la chose lui serait évidente. Et Rabbenou Elhanan trouvait difficile l'explication de Rabbenou Tam, qui établit le cas par le bois et la levona : seraient-ils supérieurs à un aliment à part entière, pour lequel la hibbat hakodech ne suffit pas à y compter un premier et un deuxième degré ?
💡 Explication

La guemara quitte le tseirouf et aborde la clause suivante de la michna. La question porte sur l'origine du quatrième degré d'impureté, propre au kodech, la terouma s'arrêtant au troisième.

Rabbi Yossi procède par kal va-homer. Le terme de comparaison est le mehoussar kippourim : un homme dont la purification est achevée sauf le sacrifice, qui peut déjà manger de la terouma et demeure pourtant écarté du kodech. Si une impureté résiduelle, tolérable pour la terouma, invalide le kodech, alors le troisième degré, qui invalide déjà la terouma, doit à plus forte raison produire un effet au kodech.

Rachi relève la difficulté du principe dayo, qui veut qu'une conclusion tirée par kal va-homer ne dépasse pas son point de départ. Sa réponse : là où le dayo priverait le raisonnement de tout objet, on ne l'applique pas.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de Rabbi Yossi, terme à terme Cas léger : mehoussar kippourim Permis à la terouma et pourtant passoul au kodech source : Yevamot 74b Cas lourd : le troisième degré Déjà passoul pour la terouma donc il engendre un quatrième au kodech conclusion de la baraita L'objection du dayo, relevée par Rachi Le principe dayo veut que le cas déduit ne dépasse pas le cas source : on obtiendrait alors un troisième degré, déjà connu par le verset, et le kal va-homer serait sans objet. Réponse : là où le dayo briserait le raisonnement, on ne l'applique pas (Baba Kama 25a) ; et pour qui l'applique ici, ces mealot relèvent du rang rabbinique.
Les deux termes du kal va-homer de Rabbi Yossi et l'objection du dayo.
6
שְׁלִישִׁי לַקֹּדֶשׁ מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן? דִּכְתִיב: ״וְהַבָּשָׂר אֲשֶׁר יִגַּע בְּכָל טָמֵא לֹא יֵאָכֵל״, מִי לָא עָסְקִינַן דְּנָגַע בַּשֵּׁנִי, וְקָאָמַר רַחֲמָנָא ״לֹא יֹאכַל״. רְבִיעִי מִקַּל וָחֹומֶר — הָא דַּאֲמָרָן.

Le troisième degré pour le kodech, d'où le tire-t-on de la Torah ? Car il est écrit : « et la chair qui touchera quelque chose d'impur ne sera pas mangée ».

Ne traitons-nous pas aussi du cas où elle a touché un deuxième degré ? Et la Torah déclare pourtant : « elle ne sera pas mangée ».

Le quatrième degré par kal va-homer — c'est ce que nous avons dit.

📜 Rachi (2)
מִי לָא עָסְקִינַן כּוּ' מִי לָא מִשְׁתְּמַע (כו') נַמֵּי מֵהַאי קְרָא:
Ce cas ne ressort-il pas lui aussi de ce verset ?
דְּנָגַע בַּשֵּׁנִי דְּהָא אַשְׁכְּחַן דְּאִיקְרֵי שֵׁנִי טָמֵא דִּכְתִיב כֹּל אֲשֶׁר בְּתוֹכוֹ יִטְמָא וה"ל הַכְּלִי רִאשׁוֹן וּמַה שֶׁבְּתוֹכוֹ שֵׁנִי וְקָרֵי לֵיהּ טָמֵא וְקָאָמַר רַחֲמָנָא וְהַבָּשָׂר אֲשֶׁר יִגַּע בְּכָל טָמֵא בִּשְׁנֵי וה"ל שְׁלִישִׁי לֹא יֵאָכֵל וְהַאי קְרָא בִּבְשַׂר שְׁלָמִים כְּתִיב:
Nous trouvons en effet qu'un deuxième degré est appelé « impur », puisqu'il est écrit « tout ce qui est en son intérieur deviendra impur » : l'ustensile est alors premier degré, ce qui se trouve en lui est deuxième, et le verset le nomme « impur ». Et la Torah déclare « et la chair qui touchera quelque chose d'impur », c'est-à-dire un deuxième degré ; la chair est alors troisième degré, et « elle ne sera pas mangée ». Ce verset est écrit à propos de la chair des chelamim.
💡 Explication

Le verset de Lévitique 7,19 parle de la chair des chelamim qui touche « quelque chose d'impur ». La force de la lecture tient à l'étendue du mot : l'expression englobe aussi un objet de deuxième degré, que l'Écriture appelle bien « impur » ailleurs. La chair devient alors troisième degré, et le verset l'écarte de la consommation.

Le troisième degré du kodech est ainsi tiré du texte, le quatrième du raisonnement. La michna, en déclarant le quatrième degré passoul, se tient sur cette double base.

7
וּבַתְּרוּמָה אִם נִטְמֵאת כּוּ׳. אָמַר רַב שֵׁיזְבִי: בְּחִיבּוּרִין שָׁנוּ, אֲבָל שֶׁלֹּא בְּחִיבּוּרִין — לֹא.

« Et pour la terouma, si l'une de ses mains est devenue impure, etc. » Rav Chizvi a dit : ils ont enseigné cela en situation de contact (be-hibbourin), mais hors contact — non.

📜 Rachi (2)
בְּחִיבּוּרִין שָׁנוּ מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי יָד מְטַמְּאָה אֶת חֲבִירְתֵּהּ לְקַדֵּשׁ כְּגוֹן שֶׁבְּעוֹד שֶׁהַיָּד הַטְּמֵאָה נוֹגַעַת לִטְהוֹרָה הָיְתָה טְהוֹרָה נוֹגַעַת בַּקֹּדֶשׁ דִּגְזוּר רַבָּנָן דִּלְמָא אָתֵי לְמִינַּגַּע טְמֵאָה בַּקֹּדֶשׁ וְלָמֶ"ד פָּסוּל לְקַמָּן לִפְסוֹל דְּמַעֲלָה בְּעָלְמָא הִיא:
Notre michna, qui enseigne qu'une main rend sa compagne impure pour le kodech, vise le cas où, pendant que la main impure touche la main pure, celle-ci touche le kodech ; les Sages l'ont décrété de crainte que la main impure n'en vienne à toucher le kodech. Et pour l'avis qui parle plus loin de passoul, il s'agit seulement d'invalider, puisqu'il y a là une simple maala, une mesure de rigueur rabbinique.
אֲבָל שֶׁלֹּא בְּחִיבּוּרִין שֶׁלְּאַחַר שֶׁפֵּירְשָׁה מִן הַטְּהוֹרָה חָזְרָה טְהוֹרָה וְנָגְעָה בַּקֹּדֶשׁ טָהוֹר וְאֵין יָד מְטַמְּאָה חֲבִירְתֵּהּ לַעֲשׂוֹתָהּ אַפֵּי' שְׁלִישִׁית לִפְסוֹל:
Lorsque, après que la main impure s'est séparée de la main pure, celle-ci touche le kodech, le kodech reste pur : une main ne rend pas sa compagne impure au point d'en faire même un troisième degré invalidant.
🗂️ Tossefot (1)
בְּחִיבּוּרִין שָׁנוּ. פרש"י שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁהַיָּד טְמֵאָה נוֹגַעַת לִטְהוֹרָה הָיְתָה טְהוֹרָה נוֹגַעַת לַקֹּדֶשׁ וְקָשֶׁה לְפִי' דא"כ הַשְּׁנִיָּה אֵינָהּ טְמֵאָה כְּלָל וְהֶקְדֵּשׁ טָמֵא מֵחֲמַת גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִגַּע בָּרִאשׁוֹנָה הַטְּמֵאָה וְאַמַּאי קָאָמַר וּבְקֹדֶשׁ יִטְבֹּול שְׁתֵּיהֶן יִטְבֹּול טְמֵאָה וְיֵשׁ לְייַשְּׁבוֹ דה"ק הָא נִטְמְאָה יָדוֹ אַחַת חֲבִירְתֵּהּ טְהוֹרָה וּבְקֹדֶשׁ בִּתְחִילָּתוֹ הִצְרִיכוּ חֲכָמִים לְהַטְבִּיל שְׁתֵּיהֶן שֶׁמָּא נִטְמְאוּ שְׁתֵּיהֶן ועי"ל בְּחִיבּוּרִין שָׁנוּ דְּיָד אַחַת נוֹגַעַת בַּסֵּפֶר הַפּוֹסְלָהּ וְיַד הָאַחֶרֶת הַנּוֹגַעַת בָּהּ תָּדוּן כְּאִילּוּ נָגְעָה בַּסֵּפֶר דְּגָזְרִינַן לָהּ שֶׁמָּא תִּגַּע וְכֵן הָא דִּתְנַן לְקַמָּן יָד מְטַמְּאָה חֲבֶרְתָּהּ וְעוֹשֶׂה אוֹתָהּ שְׁנִיָּה בַּקֹּדֶשׁ מוֹקְמִינַן לָהּ בִּשְׁמַעְתִּין הָכִי לְפִי מַאי דס"ד לְדִבְרֵי ר' יְהוֹשֻׁעַ דְּיָד מְטַמְּאָה חֲבֶרְתָּהּ לִהְיוֹת שְׁנִיָּה וּמֵאֵיזֶה טַעַם לֹא תִּהְיֶה שְׁלִישִׁית אֶלָּא וַדַּאי דְּגָזְרִינַן שֶׁמָּא נָגְעָה בַּסֵּפֶר עַצְמָהּ וְאַפֵּי' לֹא נָגַע בַּיָּד הַשְּׁנִיָּה טְמֵאָה שֶׁמָּא נָגְעָה בַּסֵּפֶר וְתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא הַמַּטְבִּיל אֶת יָדוֹ אַחַת מֵהֶן כָּל טְהָרוֹת שֶׁעָשָׂה בִּטְהוֹרָה עַד שֶׁלֹּא הִטְבִּיל אֶת הַטְּמֵאָה טְמֵאוֹת שֶׁהַיָּד מְטַמֵּא חֲבֶרְתָּהּ לַקֹּדֶשׁ מַשְׁמַע דִּבְלֹא נְגִיעָה מְטַמֵּאת לָהּ וְהַשְׁתָּא יִתָּכֵן דְּהָוֵי מַעֲלָה לְר' יוֹסֵי שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא בִּכְלַל רְבִיעִי לִיפְסֹול בַּקֹּדֶשׁ אֲבָל לֹא לַתְּרוּמָה דְּבִתְרוּמָה אֵין יוֹתֵר מִשְּׁלִישִׁי לָכֵן אֵינָהּ מְטַמְּאָה רַק קֹדֶשׁ דְּעוֹשֶׂה רְבִיעִי וְלֵית לֵיהּ יָד מְטַמְּאָה אֶת חֲבֶרְתָּהּ לִהְיוֹת שְׁנִיָּה אֶלָּא מְטַמְּאָה לִהְיוֹת שְׁלִישִׁית וְהִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן אַמַּאי חֲשִׁיב הַאי מַעֲלָה בְּמָתְנֵי' הָא הָוְיָא בִּכְלַל רְבִיעִי בַּקֹּדֶשׁ וְתֵירֵץ דמ"מ מַעֲלָה אַחֶרֶת הִיא דְּיָד מְטַמְּאָה אֶת חֲבֶרְתָּהּ דס"ד כֵּיוָן דְּאֵין גּוּפוֹ נִטְמָא אֶלָּא מֵאַב הַטֻּומְאָה גַּם יָדָיו נָמֵי לָא קמ"ל:
« Ils ont enseigné cela en situation de contact. » Rachi a expliqué qu'au moment où la main impure touche la main pure, celle-ci touche le kodech. Cette explication fait difficulté : dans ce cas la seconde main demeure entièrement pure, et le kodech est atteint par le seul décret pris de crainte qu'on ne le touche avec la première main, l'impure ; pourquoi alors la michna dit-elle « et pour le kodech il immergera les deux » ? Qu'il immerge donc la main impure. On peut y répondre : la michna veut dire que si l'une de ses mains est devenue impure, sa compagne reste pure, et que pour le kodech les Sages ont exige d'emblée l'immersion des deux, de crainte que les deux ne soient devenues impures. On peut encore expliquer « ils ont enseigné cela en situation de contact » ainsi : une main touche le rouleau, ce qui l'invalide, et l'autre main qui la touche est traitée comme si elle avait touché le rouleau elle-même, car on décrète par crainte qu'elle ne le touche. De même, l'enseignement rapporté plus loin — une main rend sa compagne impure et en fait un deuxième degré pour le kodech — est établi ainsi dans notre passage, suivant la pensée première attribuée aux paroles de Rabbi Yehochoua, pour qui une main rend sa compagne impure au point d'en faire un deuxième degré. Pour quelle raison ne serait-elle pas troisième degré ? Assurément parce qu'on décrète par crainte qu'elle ait touché le rouleau elle-même. Et même sans qu'elle ait touché la seconde main, celle-ci est impure, par crainte qu'elle ait touché le rouleau. Il est enseigné dans la Tossefta : celui qui immerge une seule de ses mains, toutes les taharot qu'il a faites avec la main pure avant d'avoir immergé l'impure sont impures, car la main rend sa compagne impure pour le kodech — ce qui indique qu'elle la rend impure même sans contact. Dès lors il se comprend qu'il y ait là une maala selon Rabbi Yossi, qui ne relève que du quatrième degré invalidant pour le kodech et laisse la terouma de côté, puisque dans la terouma on ne va pas au-delà du troisième degré ; c'est pourquoi elle ne rend impur que le kodech, dont elle fait un quatrième degré. Rabbi Yossi ne tient pas qu'une main rende sa compagne impure au point d'en faire un deuxième degré ; elle la rend impure au rang de troisième degré. Rabbenou Elhanan a demandé : pourquoi la michna compte-t-elle cette maala, alors qu'elle est déjà comprise dans celle du quatrième degré pour le kodech ? Il a répondu qu'il s'agit malgré tout d'une autre maala, celle qu'une main rende sa compagne impure : on aurait pu penser que, le corps ne devenant impur que par un av hatouma, un père d'impureté, ses mains non plus ne le deviendraient pas ; la michna nous enseigne qu'il en va autrement.
💡 Explication

La michna distinguait la terouma et le kodech : pour la terouma, une main impure laisse l'autre pure ; pour le kodech, il faut immerger les deux. Rav Chizvi encadre cette rigueur.

Le cas visé, selon lui, est celui du hibbour, du contact simultané : la main impure touche la main pure au moment même où celle-ci tient le kodech. Le décret se comprend alors par la crainte que la main impure ne touche directement le kodech. Une fois les mains séparées, la main pure redevient sans effet, et le kodech qu'elle touche demeure intact.

8
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: יָד נְגוּבָה מְטַמָּא חֲבֶירְתָּהּ לְטַמֵּא לַקֹּדֶשׁ, אֲבָל לֹא לִתְרוּמָה, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לִפְסֹול, אֲבָל לֹא לְטַמֵּא.

Abaye lui a objecté : une main sèche rend sa compagne impure, au point de rendre impur le kodech, mais non la terouma — paroles de Rabbi. Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda dit : pour invalider, mais non pour rendre impur.

📜 Rachi (3)
יָד נְגוּבָה אע"פ שֶׁאֵין בָּהּ מַשְׁקִין:
Bien qu'il n'y ait pas de liquides sur elle.
לְטַמֵּא אֶת הַקֹּדֶשׁ לַעֲשׂוֹת רְבִיעִי:
En faire un quatrième degré.
ר' יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה אוֹמֵר חֲבִירְתֵּהּ פּוֹסֶלֶת אֶת הַקֹּדֶשׁ אֲבָל לֹא מְטַמְּאָה:
Sa compagne invalide le kodech, sans le rendre impur.
💡 Explication

Abaye oppose à Rav Chizvi une baraita qui porte sur la yad neguva, la main sèche, c'est-à-dire une main dépourvue de liquides. Deux avis y figurent : pour Rabbi, la seconde main confère au kodech une impureté effective, letame ; pour Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda, elle se borne à l'invalider, lifsol, sans lui transmettre un rang d'impureté actif.

9
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא שֶׁלֹּא בְּחִיבּוּרִין — הַיְינוּ רְבוּתֵיהּ דִּנְגוּבָה. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ בְּחִיבּוּרִין — אִין, שֶׁלֹּא בְּחִיבּוּרִין — לֹא, מַאי רְבוּתָה דִּנְגוּבָה?

Si tu dis, soit, que cela vaut hors contact — voilà la nouveauté de la main sèche. Mais si tu dis qu'en situation de contact, oui, et hors contact, non — quelle nouveauté y a-t-il dans la main sèche ?

📜 Rachi (1)
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא שֶׁלֹּא בְּחִיבּוּרִין קָאָמַר דִּמְטַמְּאָה הַייְנוּ רְבוּתָא דִּנְגוּבָה ואע"ג דִּנְגוּבָה הִיא כְּשֶׁנָּגְעָה בְּזוֹ וְאֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא נָגְעָה הַיָּד הַטְּהוֹרָה בְּמַשְׁקִין שֶׁבַּטְּמֵאָה שֶׁהֵן רִאשׁוֹנִים דְּכָל הַפּוֹסֵל אֶת הַתְּרוּמָה מְטַמֵּא מַשְׁקִין לִהְיוֹת תְּחִילָּה וְהָוְיָא לָהּ הַךְ יָד נָמֵי שְׁנִיָּה מֵחֲמַת הַמַּשְׁקִין כְּמוֹ חֲבִירְתֵּהּ אֲפִילּוּ הָכֵי מְטַמְּאָה דְּמַעֲלָה דְּרַבָּנָן הִיא שֶׁהַיָּד מְטַמְּאָה אֶת חֲבִירְתֵּהּ לְהֵעָשׂוֹת שְׁנִיָּה כְּמוֹתָהּ לְקַדֵּשׁ אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לָא אָמְרִינַן אֶלָּא בְּחִיבּוּרִין וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דִּלְמָא נָגַע טָמֵא לַקֹּדֶשׁ מַאי רְבוּתָא דִּנְגוּבָה אַטּוּ יָד קַמַּיְיתָא לָא מְטַמְּיָא לָהּ לְקַדֵּשׁ בְּלֹא מַשְׁקִין הֲלֹא שְׁנִיָּה הִיא:
Si tu dis qu'il parle d'un cas hors contact, on comprend la nouveauté de la main sèche : bien qu'elle ait été sèche lorsqu'elle a touché l'autre, de sorte qu'il n'y a pas à craindre que la main pure ait touché des liquides présents sur la main impure — liquides qui seraient premier degré, car tout ce qui invalide la terouma rend les liquides impurs au premier rang, et cette main serait alors elle aussi deuxième degré à cause des liquides, comme sa compagne — malgré cela elle rend impur, car il y a là une maala rabbinique : la main rend sa compagne impure pour en faire un deuxième degré comme elle-même à l'égard du kodech. Mais si tu dis qu'on ne l'énonce qu'en situation de contact, la raison en étant la crainte que la main impure ne touche le kodech, quelle nouveauté y a-t-il dans la main sèche ? La première main ne rendrait-elle donc pas le kodech impur sans liquides ? Elle est bien deuxième degré.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ בְּחִיבּוּרִין אִין וְכוּ' מַאי רְבוּתָא. וְאִי מִשּׁוּם תְּרוּמָה דְּלָא מְטַמְּאָה אַף בְּחִיבּוּרִין לָא נְחִית לְהוּ רְבוּתָא אֶלָּא רְבוּתָא דְּקֹדֶשׁ:
« Mais si tu dis qu'en situation de contact, oui, etc., quelle nouveauté ? » Et si l'on voulait attribuer la nouveauté à la terouma, que la main ne rend pas impure même en situation de contact — la baraita ne s'attache pas à cette nouveauté-là ; elle s'attache à celle du kodech.
💡 Explication

Le raisonnement d'Abaye tient au choix du mot sèche. Une main humide aurait transmis par ses liquides : tout ce qui invalide la terouma rend les liquides impurs au premier rang, et la seconde main serait devenue deuxième degré par eux. En spécifiant une main sèche, la baraita écarte ce chemin et affirme un décret propre : la main rend sa compagne impure par elle-même.

Cette précision n'a de sens que dans la lecture large. Dans la lecture de Rav Chizvi, le kodech est atteint par la seule crainte que la main impure le touche ; or cette première main est déjà deuxième degré et transmet sans le secours d'aucun liquide. La mention de la main sèche resterait alors sans portée.

🖼️ Schéma
Pourquoi la main sèche décide entre les deux lectures Une main humide transmettrait par ses liquides : tout ce qui invalide la terouma rend les liquides premier degré, et la seconde main deviendrait deuxième degré par eux, comme la première. La baraita écarte ce chemin en parlant d'une main sèche. Lecture hors contact La seconde main devient elle-même deuxième degré par décret rabbinique. La main sèche apporte une nouveauté : même sans liquides, le décret tient. Lecture en situation de contact Le kodech est atteint par la crainte que la main impure elle-même le touche. La main sèche n'apporte rien : la première main est déjà deuxième degré. Abaye conclut contre la restriction de Rav Chizvi. La suite du folio ouvre la position de Reich Lakich sur la main du prochain.
Le rôle décisif de la main sèche dans l'objection d'Abaye.
10
אִיתְּמַר נָמֵי, אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא יָדוֹ,

Il a été dit de même : Reich Lakich a dit : ils n'ont enseigné cela que pour sa propre main,

🗂️ Tossefot (1)
אֶחָד יָדוֹ וְאֶחָד יַד חֲבֵרוֹ לִפְסֹול. דְּהוֹאִיל וּמְטַמֵּא יַד חֲבֵרוֹ דַּי לָנוּ בְּכָךְ. אִם יִפָּסֵל אֲבָל לְרֵישׁ לָקִישׁ דְּאָמַר דַּוְקָא יָדוֹ מוּקֵי טַעְמָא מִשּׁוּם אִיחַלּוּפֵי יָד טְהוֹרָה בְּיַד טְמֵאָה לְפִיכָךְ כִּי הֵיכִי דְּיָדוֹ טְמֵאָה מְטַמְּאָה קֹדֶשׁ דִּשְׁנִיָּה הִיא אַף טְהוֹרָה נָמֵי וְכֵן מַשְׁמַע בְּסָמוּךְ כִּי הָדַר בֵּיהּ רֵישׁ לָקִישׁ פֵּירֵשׁ לִדְבָרָיו לִפְסֹול אֲבָל לֹא לְטַמֵּא מַשְׁמַע דְּמֵעִיקָּרָא סְבִירָא לֵיהּ לְטַמֵּא בְּשֵׁם רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל:
« Aussi bien sa main que la main de son compagnon, pour invalider. » Puisqu'elle rend impure la main de son compagnon, il nous suffit qu'elle invalide. Mais pour Reich Lakich, qui dit qu'il s'agit précisément de sa propre main, la raison tient à la confusion possible entre la main pure et la main impure ; dès lors, de même que sa main impure rend le kodech impur, puisqu'elle est deuxième degré, la main pure le fait également. C'est aussi ce qui ressort de la suite : lorsque Reich Lakich s'est rétracté, il a précisé sa position — pour invalider, mais non pour rendre impur — ce qui indique qu'au départ il tenait qu'elle rendait impur. Au nom de Rabbenou Chmouel.
💡 Explication

Le folio s'achève au seuil d'une nouvelle distinction. Reich Lakich restreint la règle à la main du même homme, par crainte d'une confusion entre sa main pure et sa main impure. La suite de la position, et l'avis opposé qui étend la règle à la main d'autrui, se lisent au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).