Sougya : Le folio achève la sougya du maala selon lequel une main impure rend l'autre main impure pour le kodech. Deux questions y sont démêlées : jusqu'où va la transmission, la main d'autrui ou seulement l'autre main du même homme, et à quel degré, pour invalider seulement ou pour rendre véritablement impur.
Rech Lakich finit par se ranger à l'avis de Rabbi Yo'hanan, et la guemara cherche à rattacher la question du degré à une controverse de Tanaim, d'abord chez Rabbi Yehochoua et les Sages, puis chez Rabbi et Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda. La suite explique la michna sur les aliments secs : puisque la 'hibat hakodech rend le kodech apte à l'impureté, la clause vise celui qui a du kodech dans la bouche et veut y ajouter du 'houlin de sa main souillée.
Le folio se termine sur l'onen et le me'houssar kippourim, puis ouvre la michna inverse : les sévérités qui pèsent sur la terouma et non sur le kodech, avec la confiance faite en Judée à l'am haarets sur la pureté du vin et de l'huile.
Mais la main d'autrui, non. Et Rabbi Yo'hanan a dit : aussi bien sa propre main que la main d'autrui, par cette même main ; pour invalider, mais non pour rendre impur.
Le folio précédent a posé le maala (sévérité propre au kodech) selon lequel une main impure rend l'autre main impure. Deux questions restent ouvertes. La première porte sur la portée : la transmission atteint-elle seulement l'autre main du même homme, ou aussi la main d'autrui ? La seconde porte sur le degré : la seconde main devient-elle impure au point de rendre le kodech impur, ou seulement au point de l'invalider ?
Rabbi Yo'hanan répond aux deux. Sur la portée, il étend la transmission à la main d'autrui, avec une condition que Rachi précise : le contact doit venir de cette même main, celle qui a touché l'impureté. Sur le degré, il retient lifsol (invalider) et écarte letamé (rendre impur), ce qui revient à dire que la seconde main descend d'un cran par rapport à la première.
D'où cela ? De ce que la clause finale enseigne : car la main rend sa compagne impure pour le kodech, mais non pour la terouma.
Pourquoi ai-je encore besoin de cette clause ? La clause initiale l'a déjà enseigné !
Il faut donc en conclure qu'elle vient inclure la main d'autrui.
La guemara cherche l'appui textuel de Rabbi Yo'hanan dans la michna elle-même. La richa (clause initiale) enseigne déjà que pour le kodech on immerge les deux mains, ce qui suppose que la main touchée par l'autre est atteinte. La seifa (clause finale) revient sur le même point en donnant la raison : car la main rend sa compagne impure pour le kodech.
Un énoncé qui répète ce qui est déjà acquis appelle une explication. Le procédé est courant dans la guemara : la redondance apparente sert d'indice, et l'on cherche ce qu'elle ajoute. La réponse retenue est l'extension à la main d'autrui, cas que la richa, formulée pour un seul homme, ne couvrait pas.
Et Rech Lakich lui aussi s'est rétracté, car Rabbi Yona a dit au nom de Rabbi Ami au nom de Rech Lakich : aussi bien sa propre main que la main d'autrui, par cette même main ; pour invalider, mais non pour rendre impur.
La guemara signale que la controverse s'est résorbée. La tradition rapportée par Rabbi Yona au nom de Rabbi Ami restitue un énoncé de Rech Lakich identique mot pour mot à celui de Rabbi Yo'hanan, ce qui établit la rétractation.
Le procédé mérite d'être noté : la rétractation d'un Amora se démontre par la production d'une seconde tradition à son nom, contraire à la première. La chaîne de transmission fait ici office de preuve.
Et pour invalider mais non pour rendre impur : c'est une controverse de Tanaim. Car nous avons appris : tout ce qui invalide dans la terouma rend les mains impures pour être sheniot, et une main rend sa compagne impure — paroles de Rabbi Yehochoua.
Et les Sages disent : les mains sont sheniot, et un cheni ne fait pas un cheni dans le 'houlin.
La guemara essaie de rattacher la précision de Rabbi Yo'hanan à une controverse ancienne. La michna de Yadayim pose d'abord un principe général : tout ce qui a rang de cheni (deuxième degré d'impureté), donc tout ce qui invalide la terouma, rend les mains sheniot.
Rabbi Yehochoua ajoute qu'une main rend sa compagne impure. Les Sages lui opposent un principe de compte : les mains sont déjà sheniot, et un cheni ne produit pas un cheni dans le 'houlin. Une main ne peut donc pas faire de l'autre son égale.
Rachi tire de la formule des Sages ce que soutient Rabbi Yehochoua : la seconde main devient comme elle, chenia à son tour. Cette position correspond à letamé.
Cela ne veut-il pas dire : un cheni, voilà ce qu'elle ne fait pas, mais un chlichi, elle le fait ?
La guemara lit la formule des Sages comme une négation limitée. Ils refusent que la seconde main devienne chenia, ce qui laisse entendre qu'elle devient chlichi. Dans ce cas, le kodech qu'elle touche devient revi'i, donc passoul (invalide) sans transmettre davantage.
Si cette lecture tient, les deux Tanaim disent exactement les deux positions du folio : Rabbi Yehochoua soutient letamé, les Sages soutiennent lifsol. La précision de Rabbi Yo'hanan se rattacherait alors à l'avis des Sages.
Peut-être ne fait-elle ni un cheni ni un chlichi.
La guemara refuse la lecture précédente. Les Sages peuvent vouloir dire que la main ne transmet rien du tout à l'autre main, ce qui revient à rejeter purement et simplement le maala de notre michna.
Rachi tire de là une répartition différente : celui qui admet ce maala l'admet jusqu'au bout, donc même pour rendre impur. La formule les mains sont toujours sheniot, dans la bouche des Sages, sert alors à exclure toute transmission, et notre michna suivrait Rabbi Yehochoua.
Mais plutôt comme ces Tanaim-ci, car il est enseigné : une main sèche rend sa compagne impure, pour rendre impur dans le kodech, mais non pour la terouma — paroles de Rabbi. Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda dit : cette main-là, pour invalider, mais non pour rendre impur.
La guemara trouve la controverse recherchée dans une beraita déjà citée. Rabbi soutient que la seconde main rend le kodech impur, ce qui est la position letamé. Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda soutient qu'elle l'invalide seulement, ce qui est la position lifsol de Rabbi Yo'hanan et du Rech Lakich rétracté.
La précision sèche a son poids. Une main humide transmettrait par l'intermédiaire des liquides, qui sont richonim, et l'on n'aurait plus besoin du maala. La beraita choisit donc le cas où la transmission repose sur le seul décret.
On mange des aliments secs avec des mains souillées, etc. Il est enseigné : Rabbi 'Hanina ben Antigonos a dit : y a-t-il donc du sec pour le kodech ?
Or la 'hibat hakodech ne les rend-elle pas aptes !
La michna avait permis de manger des aliments secs avec des mains souillées pour la terouma et l'avait interdit pour le kodech. Un aliment devient sensible à l'impureté après avoir été mouillé par l'un des sept liquides : c'est le hekhcher. Un aliment jamais mouillé demeure insensible.
Rabbi 'Hanina ben Antigonos objecte que le kodech échappe à cette règle : la 'hibat hakodech, l'attachement dû au consacré, le rend apte à l'impureté sans aucun contact avec un liquide. Parler d'aliment sec pour le kodech revient donc à parler d'une catégorie vide.
Rachi dégage la réponse : le mot sec porte sur autre chose. Les aliments ont bien été rendus aptes, et ils se trouvent secs en ce moment. La michna vise alors du 'houlin sec que l'homme ajoute dans sa bouche.
Il n'est nécessaire de l'enseigner que dans un cas comme celui-ci : son compagnon le lui a introduit dans la bouche, ou bien il l'y a introduit lui-même avec un kouch ou un kirkar, et il a voulu manger un radis ou un oignon de 'houlin avec eux.
La guemara construit le cas de façon que le kodech parvienne dans la bouche sans passer par les mains souillées. Deux voies suffisent : le compagnon, dont les mains sont pures, ou un instrument qui ne contracte pas l'impureté.
Le kouch (fuseau) et le kirkar (navette de tisserand) sont des peshoutei kelei etz, des ustensiles de bois plats, sans réceptacle. La Tora ne leur attache pas d'impureté, et Tossefot précise que les petits ustensiles plats n'en reçoivent pas davantage de rang rabbinique.
L'homme a donc du kodech pur dans la bouche et des mains souillées. La question devient : peut-il y ajouter de sa main un aliment de 'houlin, que ses mains n'affectent pas ?
Pour le kodech, les Sages ont décrété à leur sujet ; pour la terouma, les Sages n'ont pas décrété à leur sujet.
La réponse tient dans une différence de régime. Le risque redouté est le même dans les deux cas : la main souillée peut toucher ce qui est déjà dans la bouche. Pour le kodech, les Sages ont transformé ce risque en interdit ; pour la terouma, ils ont compté sur l'attention de celui qui mange.
Rachi explique aussi pourquoi la michna précise secs : des aliments humides porteraient des liquides devenus richonim du fait des mains, ces liquides rendraient le 'houlin cheni, et le 'houlin invaliderait la terouma dans la bouche. Le mot sec coupe cette chaîne et laisse la question porter sur le seul contact direct.
Tossefot ajoute un second risque envisagé : la salive, qui compte parmi les liquides. La main souillée qui la touche la rendrait richon, et la chaîne repartirait par là.
L'ônèn et le me'houssar kippourim, etc. Quelle en est la raison ?
Puisque jusqu'à présent ils étaient interdits, les Sages leur ont imposé une tevila.
L ônèn est celui dont un proche vient de mourir et qui n'a pas encore enterré son mort ; le me'houssar kippourim est celui qui a achevé sa purification mais doit encore apporter ses sacrifices. Tous deux peuvent manger la terouma et ne peuvent pas manger le kodech.
La raison de l'immersion exigée tient à leur situation antérieure : pendant la période où le kodech leur était interdit, ils n'avaient pas de motif de se garder avec soin. Les Sages exigent donc une tevila (immersion) avant de les admettre au kodech, sans égard à une impureté constatée.
MICHNA. Sévérité dans la terouma : en Judée, on les croit sur la pureté du vin et de l'huile tous les jours de l'année, et au moment des pressoirs à vin et à huile, même sur la terouma.
Le chapitre a énuméré jusqu'ici les sévérités du kodech sur la terouma. La michna renverse maintenant la comparaison et cherche ce qui pèse sur la terouma plus que sur le kodech.
Le premier point porte sur la confiance faite à l am haarets, celui qui ne garde pas les règles de pureté avec rigueur. En Judée, il est cru toute l'année sur la pureté du vin et de l'huile destinés à l'autel, que Rachi comprend comme consacrés dès la saison des pressoirs. Sur la terouma, il n'est cru que pendant la saison des pressoirs, puisque tous purifient alors leurs ustensiles.
La sévérité apparaît ainsi par contraste : le kodech bénéficie d'une confiance continue, la terouma d'une confiance limitée à quelques semaines.
Une fois passés les pressoirs à vin et à huile, s'ils lui ont apporté une barrique de vin de terouma, il ne la recevra pas de lui ; mais il la laisse pour le pressoir à venir. Et s'il lui a dit : j'ai prélevé dedans un revi'it de kodech, il est cru.
Hors de la saison des pressoirs, la confiance sur la terouma tombe. Le haver, celui qui observe les règles de pureté avec rigueur, refuse donc la barrique. La michna ajoute une voie de sortie : l'am haarets garde la barrique jusqu'à la saison suivante, où elle redevient recevable.
La seconde clause repose sur un migo : puisque l'am haarets est cru sur le kodech en toute saison, sa déclaration portant sur un revi'it de kodech versé dans la barrique entraîne la confiance sur l'ensemble du contenu. La terouma est ici couverte par le kodech auquel elle est mêlée.
Des jarres de vin et des jarres d'huile
Le folio s'achève sur les premiers mots de la clause suivante de la michna, qui se poursuit au début de 25a. Elle traite des jarres de vin et d'huile mélangées à de la terouma, et de la confiance que l'on peut y faire.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).