Sougya : La michna a enseigné qu'en Judée l'am ha-arets est cru sur la pureté du vin et de l'huile toute l'année, et qu'au temps des guitot et des badim il est cru même pour la terouma. La guemara demande pourquoi la Galilée est exclue : Reich Lakich répond qu'une bande de territoire koutien, tenue pour terre des nations, coupe la route vers Jérusalem.
Trois tentatives de franchissement sont examinées et écartées — le coffre mobile, car pour Rabbi une tente mobile n'est pas une tente, puis le récipient fermé d'un tsamid patil, car le kodech n'y est pas sauvé — si bien que les 'haverim de Galilée laissent leur vin et leur huile en place jusqu'à la venue d'Eliyahou. La seconde moitié du folio oppose la michna à la baraita du gomer zeitav : Rav Na'hman distingue olives précoces et olives tardives, Rav Yossef renvoie la baraita à la Galilée, et l'objection d'Abaye tirée de la Transjordanie ramène la sougya à la première réponse.
Celles qui sont en mélange (medouma) : on leur fait confiance à leur sujet au temps des guitot et des badim, et soixante-dix jours avant les guitot.
Fin de la michna. Les guitot sont les pressoirs à vin, les badim les pressoirs à huile : c'est la saison où l'am ha-arets, pour ses propres besoins, purifie ses ustensiles et se garde de l'impureté, et où l'on peut donc se fier à lui. La michna étend cette confiance à soixante-dix jours avant l'ouverture des pressoirs, période où l'on prépare déjà le matériel.
Le terme medouma désigne un mélange où de la terouma s'est trouvée confondue avec du 'houlin. Rachi signale que la guemara y reviendra, et qu'à ce stade la formulation laisse entendre du tevel, c'est-à-dire de la terouma et du 'houlin mêlés.
Guemara. En Judée, oui ; en Galilée, non.
Quelle en est la raison ?
La guemara relève la précision territoriale de la michna. Puisque celle-ci a dit en Judée, c'est qu'ailleurs la règle ne vaut pas. Reste à comprendre pourquoi la Galilée, peuplée elle aussi de 'haverim scrupuleux, serait écartée.
Reich Lakich a dit : parce qu'une bande de territoire koutien s'interpose entre elles.
La raison n'est pas la fiabilité des gens de Galilée mais la géographie. Une bande de terre habitée par des Koutim sépare la Galilée de la Judée, et les Sages ont décrété l'impureté sur la terre des nations : quiconque la traverse, et tout ce qu'il porte, contracte cette impureté. Le vin et l'huile destinés aux nessakhim (libations du Temple) ne peuvent donc arriver purs à Jérusalem depuis la Galilée.
Tossefot soulève aussitôt la difficulté inverse : si la route est ainsi coupée, comment montait-on en pèlerinage depuis la Galilée, et comment acheminait-on la cendre de la para adouma, qui ne se prépare qu'à Jérusalem ? La réponse distingue un petit sentier, praticable à l'occasion, et la grande voie qu'exige un transport régulier de vin et d'huile.
Et qu'on les transporte dans une chida, une teva ou un migdal (coffre, caisse, armoire) ! Selon qui est notre michna ?
Elle suit Rabbi, qui a dit : une tente mobile (ohel zarouk) ne porte pas le nom de tente. Ainsi est-il enseigné : celui qui entre en terre des nations dans une chida, une teva ou un migdal, Rabbi le déclare impur et Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda le déclare pur.
Première tentative de franchissement. Une tente fixe fait écran à l'impureté : ce qui se trouve à l'intérieur n'est pas atteint par ce qui est dehors. La guemara propose donc de traverser la bande enfermé dans un coffre, sans contact avec le sol ni avec l'air du pays.
La réponse est que notre michna suit Rabbi, pour qui une tente qui se déplace, un ohel zarouk, ne porte pas le nom de tente et ne fait donc pas écran. Le décret des Sages ayant porte sur l'air de la terre des nations, et non seulement sur sa terre, le passager du coffre est atteint malgré tout.
Et qu'on les apporte dans un récipient de terre fermé d'un tsamid patil (couvercle solidement attaché) ! Rabbi Eliezer a dit : on enseigne — le kodech n'est pas sauvé par un tsamid patil.
Deuxième tentative. Un récipient de terre hermétiquement fermé protège son contenu de l'impureté de la tente du mort, d'après le verset qui déclare impur « tout récipient ouvert sur lequel il n'y a pas de couvercle attaché ». On propose donc d'acheminer le vin et l'huile scellés de la sorte.
Rabbi Eliezer écarte la solution en invoquant un enseignement tannaitique : le kodech fait exception, il n'est pas sauvé par le tsamid patil. C'est une rigueur propre aux matières consacrées, et le vin et l'huile des nessakhim en relèvent.
Mais n'a-t-on pas enseigné : les eaux de la 'hatat ne sont pas sauvées par un tsamid patil ? N'est-ce pas impliquer que le kodech, lui, est sauvé ?
Non : cela implique que des eaux non encore sanctifiées sont sauvées par un tsamid patil.
La guemara teste la règle de Rabbi Eliezer par un raisonnement à contrario. Si la baraita prend la peine de dire que les eaux de la 'hatat, mêlées de cendre de la para adouma, ne sont pas sauvées, c'est qu'elles font exception et que le reste, kodech compris, l'est.
La déduction est détournée : ce que la baraita exclut implicitement, ce ne sont pas les matières consacrées mais les eaux qui n'ont pas encore reçu la cendre. Celles-là sont bien sauvées, et demeurent aptes à être sanctifiées ensuite. La règle de Rabbi Eliezer tient donc, et la seconde tentative de franchissement reste écartée.
Mais Oulla n'a-t-il pas dit : les 'haverim purifient en Galilée ! Ils les laissent en place, pour lorsque viendra Eliyahou et qu'il la purifiera.
Dernière objection : si rien ne peut sortir de Galilée en état de pureté, à quoi bon que les 'haverim y produisent leur vin et leur huile selon les exigences du kodech ? Le témoignage de Oulla suppose une voie praticable.
La réponse maintient la thèse de Reich Lakich : ils produisent en pureté et conservent sur place, en réserve, dans l'attente qu'Eliyahou vienne et leur indique un sentier qui ne relève pas de la terre des nations, comme l'explique Rachi. La production n'est donc pas vaine, elle est différée.
« Et au temps des guitot ils sont dignes de foi même pour la terouma. » Or l'on objecte : celui qui achève [le pressurage de] ses olives doit en réserver un panier et le donner à un kohen pauvre !
La guemara quitte le kodech pour la terouma et ouvre une contradiction. Notre michna dit qu'au temps des pressoirs l'am ha-arets est cru même pour la terouma. Une autre source enseigne au contraire que celui qui achève son pressurage doit mettre de côté un panier d'olives non pressées et le remettre au kohen, pour que celui-ci en tire lui-même une huile pure.
Rachi précise la mécanique : l'am ha-arets montre que les olives n'ont pas reçu de hekhcher, c'est-à-dire qu'aucun liquide ne les a rendues susceptibles de contracter l'impureté, et le kohen fait le reste en pureté. Signe qu'au temps même des pressoirs on ne s'en remet pas à lui pour la terouma.
Rav Na'hman a dit : il n'y a pas de difficulté. Ici il s'agit des [olives] précoces, là des [olives] tardives.
Rav Adda bar Ahava lui a dit : par exemple ? Comme celles de la maison de ton père.
Première réponse. La confiance accordée au temps des pressoirs tient à ce que tout le monde travaille alors en pureté ; elle ne vaut donc que pour les olives 'harfei, pressées dans la pleine saison. Celui qui presse ses aflei, ses olives tardives, le fait après que la saison est passée pour la plupart des gens, et il n'est plus cru.
La remarque de Rav Adda bar Ahava est un exemple pris chez son interlocuteur : la maison du père de Rav Na'hman possédait beaucoup d'olives et les pressait tard.
Rav Yossef a dit : on l'a enseigné pour la Galilée. Abaye lui a objecté : la Transjordanie et la Galilée sont comme la Judée — ils sont dignes de foi pour le vin au temps du vin et pour l'huile au temps de l'huile, mais non pour le vin au temps de l'huile ni pour l'huile au temps du vin.
Seconde réponse à la contradiction. Rav Yossef renvoie la baraita du gomer zeitav à la Galilée, là où l'on n'accorde pas sa confiance, et réserve la michna à la Judée.
Abaye oppose une baraita qui range expressément la Transjordanie et la Galilée avec la Judée pour la terouma, avec une seule restriction : la confiance vaut pour chaque produit à sa propre saison, et non pour le vin pendant la saison de l'huile ni l'inverse. La Galilée n'est donc pas écartée en matière de terouma ; son exclusion ne concerne que le kodech, à cause de la bande de Koutim.
Il est donc clair qu'il faut s'en tenir à ce que nous avons répondu au départ.
La formule mehavarta ke-de-chanin meikara scelle le débat : la réponse de Rav Yossef tombe, et l'on revient à la distinction de Rav Na'hman entre olives précoces et olives tardives.
« Une fois passés les guitot et les badim, si on lui a apporté une jarre de vin, il ne la recevra pas de lui ; mais il la laisse pour le pressoir suivant. » On a demandé à Rav Chechet : s'il a transgressé et l'a acceptée, peut-il la garder pour le pressoir suivant ? Il leur répondit : vous l'avez appris :
La guemara revient à la michna. Passée la saison, le kohen 'haver ne peut plus recevoir la jarre de terouma d'un am ha-arets ; mais le donateur peut la conserver jusqu'à la saison suivante, où elle sera acceptée.
La question posée à Rav Chechet porte sur le kohen qui a passé outre et l'a déjà prise : peut-il à son tour la garder jusqu'au prochain pressoir, ou la réception fautive l'a-t-elle définitivement disqualifiée ? Rav Chechet renvoie à une michna de Demai, dont la citation ouvre le folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).