Chagigah 25a — La bande de Koutim qui coupe la Galilée du Temple, et la confiance faite à l'am ha-arets au temps des pressoirs

Chagigah 25a

Sougya : La michna a enseigné qu'en Judée l'am ha-arets est cru sur la pureté du vin et de l'huile toute l'année, et qu'au temps des guitot et des badim il est cru même pour la terouma. La guemara demande pourquoi la Galilée est exclue : Reich Lakich répond qu'une bande de territoire koutien, tenue pour terre des nations, coupe la route vers Jérusalem.

Trois tentatives de franchissement sont examinées et écartées — le coffre mobile, car pour Rabbi une tente mobile n'est pas une tente, puis le récipient fermé d'un tsamid patil, car le kodech n'y est pas sauvé — si bien que les 'haverim de Galilée laissent leur vin et leur huile en place jusqu'à la venue d'Eliyahou. La seconde moitié du folio oppose la michna à la baraita du gomer zeitav : Rav Na'hman distingue olives précoces et olives tardives, Rav Yossef renvoie la baraita à la Galilée, et l'objection d'Abaye tirée de la Transjordanie ramène la sougya à la première réponse.

Pourquoi le vin et l'huile de Galilée n'arrivent pas au Temple La route Galilée les haverim y purifient vin et huile témoignage de Oulla Bande de Koutim tenue pour terre des nations les Sages ont décrété sur son air Judée Jérusalem, le Temple, les nessakhim le vin et l'huile doivent y parvenir purs Reich Lakich la bande coupe le passage, donc en Galilée on n'est pas cru Les tentatives de franchissement 1. Chida, teva, migdal (coffre, caisse, armoire) on traverserait enfermé dans une tente mobile Écarte : pour Rabbi, une tente mobile n'est pas une tente 2. Récipient de terre fermé d'un tsamid patil ce qui est scellé échappe à l'impureté de la tente Écarte : le kodech n'est pas sauvé par le tsamid patil 3. Alors pourquoi purifier en Galilée ? Oulla : les haverim y produisent en pureté Réponse : ils laissent sur place, en réserve Jusqu'à la venue d'Eliyahou qui montrera un sentier hors de la terre des nations
La bande de Koutim et les trois tentatives pour l'enjamber.
Quand l'am ha-arets est-il cru sur la pureté ? Reste de l'année 70 jours avant les guitot Guitot et badim guitot : pressoirs à vin — badim : pressoirs à huile Vin et huile de kodech, en Judée cru toute l'année Terouma non cru cru cru Jarres de vin et d'huile en mélange (medouma) non cru cru cru Une fois la saison passée la jarre apportée au kohen n'est pas acceptée, mais elle peut être gardée pour le pressoir suivant question posée à Rav Chechet : et s'il a transgressé et l'a déjà acceptée ?
Le calendrier de la confiance faite à l'am ha-arets selon la catégorie.
La contradiction sur la terouma au temps des pressoirs, et ses deux réponses Notre michna au temps des guitot et des badim, cru même sur la terouma Baraita du gomer zeitav qu'il réserve un panier d'olives et le remette sous les yeux du kohen Comment lever la contradiction ? Rav Na'hman Michna : olives précoces (harfei), on est en pleine saison des pressoirs Baraita : olives tardives (aflei), la saison est déjà passée pour la plupart exemple de Rav Adda : les olives de ton père Rav Yossef La baraita a été enseignée pour la Galilée, où l'on n'est pas cru Objection d'Abaye : une baraita pose que Transjordanie et Galilée valent la Judée pour la terouma, la Galilée n'est pas exclue Alla mehavarta ke-de-chanin meikara la réponse claire reste celle donnée au départ : la distinction entre olives précoces et olives tardives la Galilée est exclue pour le kodech à cause de la bande, non pour la terouma
La contradiction entre la michna et la baraita du gomer zeitav, et ses deux réponses.
1
הַמְדֻומָּעוֹת — נֶאֱמָנִין עֲלֵיהֶם בִּשְׁעַת הַגִּיתּוֹת וְהַבַּדִּים, וְקֹודֶם לַגִּיתּוֹת שִׁבְעִים יוֹם.

Celles qui sont en mélange (medouma) : on leur fait confiance à leur sujet au temps des guitot et des badim, et soixante-dix jours avant les guitot.

📜 Rachi (2)
הַמְדֻומָּעוֹת מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא וְהַשְׁתָּא מַשְׁמַע שֶׁל טֶבֶל תְּרוּמָה וְחֻולִּין מְעֹורָבִין:
Cela est expliqué dans la guemara. Pour l'instant, la formulation laisse entendre du tevel, de la terouma et du 'houlin mélangés.
שִׁבְעִים יוֹם מַקְדִּימִין לְטַהֵר אֶת הַכֵּלִים גִּיתּוֹת שֶׁל יַיִן בַּדִּים שֶׁל שֶׁמֶן:
On s'y prend à l'avance pour purifier les ustensiles. Les guitot sont les pressoirs à vin, les badim les pressoirs à huile.
💡 Explication

Fin de la michna. Les guitot sont les pressoirs à vin, les badim les pressoirs à huile : c'est la saison où l'am ha-arets, pour ses propres besoins, purifie ses ustensiles et se garde de l'impureté, et où l'on peut donc se fier à lui. La michna étend cette confiance à soixante-dix jours avant l'ouverture des pressoirs, période où l'on prépare déjà le matériel.

Le terme medouma désigne un mélange où de la terouma s'est trouvée confondue avec du 'houlin. Rachi signale que la guemara y reviendra, et qu'à ce stade la formulation laisse entendre du tevel, c'est-à-dire de la terouma et du 'houlin mêlés.

2
גְּמ׳ בִּיהוּדָה אִין, וּבַגָּלִיל לָא, מַאי טַעְמָא?

Guemara. En Judée, oui ; en Galilée, non.

Quelle en est la raison ?

💡 Explication

La guemara relève la précision territoriale de la michna. Puisque celle-ci a dit en Judée, c'est qu'ailleurs la règle ne vaut pas. Reste à comprendre pourquoi la Galilée, peuplée elle aussi de 'haverim scrupuleux, serait écartée.

3
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מִפְּנֵי שֶׁרְצוּעָה שֶׁל כּוּתִים מַפְסֶקֶת בֵּינֵיהֶן.

Reich Lakich a dit : parce qu'une bande de territoire koutien s'interpose entre elles.

📜 Rachi (1)
גְּמ' רְצוּעָה שֶׁל אֶרֶץ הָעַמִּים מַפְסֶקֶת בֵּין גָּלִיל לִיהוּדָה וִירוּשָׁלַיִם בִּיהוּדָה הִיא וא"א לַהֲבִיאָן לִירוּשָׁלַיִם בְּטָהֳרָה לְפִי שֶׁגָּזְרוּ חֲכָמִים טֻומְאָה עַל אֶרֶץ הָעַמִּים וַאֲפִילּוּ שֶׁל חֲבֵרִים שֶׁמִּגָּלִיל אֵינוֹ בָּא לִנְסָכִים:
Une bande de terre des nations s'interpose entre la Galilée et la Judée. Or Jérusalem est en Judée, et il est impossible de les y acheminer en état de pureté, puisque les Sages ont décrété l'impureté sur la terre des nations ; ainsi, même ce qui provient des haverim de Galilée ne vient pas pour les nessakhim.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁרְצוּעָה שֶׁל כּוּתִים מַפְסֶקֶת. הִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן הֵיאַךְ הָיוּ מְבִיאִין אֵפֶר פָּרָה לַגָּלִיל דא"א לַעֲשׂוֹת אֶלָּא בִּירוּשָׁלַיִם וא"כ נִטְמָא בַּהֲבָאַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ הָעַמִּים וְשֶׁמָּא דְּבִשְׁבִיל קָטָן אִיכָּא לְהָבִיא דֶּרֶךְ שָׁם אֲבָל לְהָבִיא יַיִן וְשֶׁמֶן לִנְסָכִים בָּעֵי שְׁבִיל גָּדוֹל אֲבָל צ"ע הֵיאַךְ עוֹלִין לָרֶגֶל מִן הַגָּלִיל כֵּיוָן דְּאַפְסְקֵיהּ לֵיהּ רְצוּעָה נִטְמָא וּבָעֵי הַזָּאָה ג' וְז' כִּדְאָמַר פ' כ"ג בְּנָזִיר (דַּף נד.) הִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא אֶרֶץ הָעַמִּים טְמֵאָה מִקְוְואוֹתֶיהָ וּשְׁבִילֵיהֶן טְמֵאִין אֶרֶץ הַכּוּתִים טְהוֹרָה וּמִקְווְאוֹתֵיהֶן טְהוֹרִין וּשְׁבִילֵיהֶן טְהוֹרִים כּוּ' וְנִרְאֶה לְמוֹרִי דְּהָתָם נִשְׁנֵית קֹודֶם שֶׁקִּלְקְלוּ לְדַמּוֹת יוֹנָה כִּדְאִיתָא פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף ו.) וְהָכִי מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דע"ז פ"ב בָּעוּ כּוּתָאֵי קוּמִי רַבִּי אָבָהוּ אֲבוֹתֵיכֶם הָיוּ מִסְתַּפְּקִין מִשֶּׁלָּנוּ מִפְּנֵי מָה אֵין אַתֶּם מִסְתַּפְּקִין מִשֶּׁלָּנוּ אֲמַר לְהוּ אֲבוֹתֵיכֶם לֹא קִלְקְלוּ מַעֲשֵׂיהֶם אַתֶּם קִלְקַלְתֶּם מַעֲשֵׂיכֶם דִּתְנֵינַן תַּמָּן א"י טְהוֹרָה מִקְוְואוֹתֶיהָ טְהוֹרִים כו' וּלְאַחַר שֶׁנִּתְקַלְקְלוּ שֶׁאַף רַבִּי מֵאִיר מָצִינוּ שֶׁגָּזַר עֲלֵיהֶן בפ"ק דְּחֻולִּין:
« Parce qu'une bande de Koutim s'interpose. » Rabbenou El'hanan a demandé : comment apportait-on la cendre de la para [adouma] en Galilée, puisqu'on ne peut la préparer qu'à Jérusalem ? Elle serait rendue impure par le transport à travers la terre des nations. Peut-être qu'un petit sentier permettait de la faire passer par là, tandis que pour acheminer le vin et l'huile des nessakhim il faut une grande voie. Mais cela demande examen : comment montait-on en pèlerinage depuis la Galilée, puisque la bande coupe la route ? On deviendrait impur et il faudrait l'aspersion du troisième et du septième jour, comme il est dit au chapitre Kohen Gadol de Nazir (54a). Rabbenou El'hanan a encore objecté : il est enseigné dans la Tossefta que la terre des nations est impure, que ses mikvaot et ses sentiers sont impurs, tandis que la terre des Koutim est pure, que ses mikvaot sont pures et ses sentiers purs, etc. Il semble à mon maître que cet enseignement a été formulé avant qu'ils ne se corrompent par l'image de la colombe, comme il est rapporté au premier chapitre de 'Houlin (6a). C'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi d'Avoda Zara, chapitre 2 : les Koutim demandèrent devant Rabbi Abbahou : vos pères se fournissaient chez nous, pourquoi ne vous fournissez-vous pas chez nous ? Il leur répondit : vos pères n'avaient pas corrompu leurs actes, vous avez corrompu les vôtres ; car nous avons appris là-bas que leur terre est pure, que ses mikvaot sont pures, etc. C'est donc après leur corruption que la règle a changé, puisque même Rabbi Meir, nous le trouvons, a décrété contre eux au premier chapitre de 'Houlin.
💡 Explication

La raison n'est pas la fiabilité des gens de Galilée mais la géographie. Une bande de terre habitée par des Koutim sépare la Galilée de la Judée, et les Sages ont décrété l'impureté sur la terre des nations : quiconque la traverse, et tout ce qu'il porte, contracte cette impureté. Le vin et l'huile destinés aux nessakhim (libations du Temple) ne peuvent donc arriver purs à Jérusalem depuis la Galilée.

Tossefot soulève aussitôt la difficulté inverse : si la route est ainsi coupée, comment montait-on en pèlerinage depuis la Galilée, et comment acheminait-on la cendre de la para adouma, qui ne se prépare qu'à Jérusalem ? La réponse distingue un petit sentier, praticable à l'occasion, et la grande voie qu'exige un transport régulier de vin et d'huile.

4
וְנֵיתֵיב בְּשִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל? הָא מַנִּי — רַבִּי הִיא, דְּאָמַר: אֹהֶל זָרוּק — לָאו שְׁמֵיהּ אֹהֶל. דְּתַנְיָא: הַנִּכְנָס לְאֶרֶץ הָעַמִּים בְּשִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל, רַבִּי מְטַמֵּא, וְרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה מְטַהֵר.

Et qu'on les transporte dans une chida, une teva ou un migdal (coffre, caisse, armoire) ! Selon qui est notre michna ?

Elle suit Rabbi, qui a dit : une tente mobile (ohel zarouk) ne porte pas le nom de tente. Ainsi est-il enseigné : celui qui entre en terre des nations dans une chida, une teva ou un migdal, Rabbi le déclare impur et Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda le déclare pur.

📜 Rachi (1)
אֹהֶל זָרוּק אֹהֶל הַמִּיטַּלְטֵל וְנִזְרָק לָאו שְׁמֵיהּ אֹהֶל לִהְיוֹת מַפְסִיק בֵּין אֲוִירָהּ שֶׁל אֶרֶץ הָעַמִּים וְהֵם גָּזְרוּ עַל אֲוִירָהּ:
Une tente qui se déplace et que l'on transporte ne porte pas le nom de tente au point de faire écran vis-à-vis de l'air de la terre des nations ; or c'est bien sur son air qu'ils ont décrété.
🗂️ Tossefot (1)
אֹהֶל זָרוּק לָאו שְׁמֵיהּ אֹהֶל. בְּפֶרֶק כ"ג בְּנָזִיר (דַּף נה. וְשָׁם) אָמַר כְּתַנָּאֵי הַנִּכְנָס לְאֶרֶץ הָעַמִּים בְּשִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל רַבִּי מְטַמֵּא וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה מְטַהֵר מַאי לָאו דְּרַבִּי סָבַר מִשּׁוּם אֲוִירָא גָּזְרוּ וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר לָא גָּזְרוּ מִשּׁוּם אֲוִירָא לָא דְּכ"ע מִשּׁוּם גֻּושָּׁא גָּזְרוּ מִשּׁוּם אֲוִירָא לֹא גָּזְרוּ מָר סָבַר אֹהֶל זָרוּק לָא שְׁמֵיהּ אֹהֶל וּמָר סָבַר שְׁמֵיהּ אֹהֶל וְהָתַנְיָא רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר תֵּיבָה מְלֵאָה סְפָרִים וּזְרָקָהּ עַל פְּנֵי הַמֵּת בְּאֹהֶל טְמֵאָה וְכוּ' וְקָשֶׁה מַאי קָאָמַר כֵּיוָן דס"ל שְׁמֵיהּ אֹהֶל אַמַּאי זָרַק עַל פְּנֵי הַמֵּת טְמֵאָה אֹהֶל זָרוּק הוּא וְחוֹצֵץ וי"מ וְהָתַנְיָא לְשׁוֹן קוּשְׁיָא הָוֵי וְהָכִי פָּרִיךְ כִּדְפָרְשִׁינַן וְחוֹצֵץ וְאַחַ"כּ דְּמַסִּיק וְקָאָמַר וְאִי בָּעֵית אֵימָא גָּר' דכ"ע לָא שְׁמֵיהּ אֹהֶל וְגָרַס דכ"ע מִשּׁוּם אַוֵּירָא וּמָר סָבַר דְּלָא שְׁכִיחַ וְלֹא גָּזְרוּ בֵּיהּ רַבָּנָן וְהִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן דְּבִשְׁמַעְתִּין מַשְׁמַע דִּפְלִיגִי אִי שְׁמֵיהּ אֹהֶל בְּזָרוּק אִי לָא וְהָכִי נָמֵי בְּפֶ' בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף ל: וְשָׁם) וְדֹוחַק הוּא לוֹמַר דִּנְקַט הָכָא לִישָּׁנָא דְּאֹהֶל זָרוּק מִשּׁוּם דְּמֵעִיקָּרָא בָּעֵי לְמֵימַר לֵיהּ וּלְפִי הַמַּסְּקָנָא אֵינוֹ וְעוֹד קָשֶׁה להר"י דְּהָתָם נָמֵי צ"ל לְרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה דִּשְׁמֵיהּ אֹהֶל כִּי מוּקֵי פְּלֻוגְתָּא בִּשְׁמָא יוֹצֵא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְלֵית לֵיהּ טַעְמָא דַּאֲוִירָא לָא שְׁכִיחַ וְאַמַּאי מְטַהֵר רַבִּי יוֹסֵי אִם לֹא מִטַּעַם דְּאֹהֶל זָרוּק שְׁמֵיהּ אֹהֶל וְתֶהְדַּר קֻושְׁייַן לְדֻוכְּתָה מִתֵּיבָה מְלֵאָה סְפָרִים אַמַּאי מְטַמֵּא וְתֵירֵץ ר"י דִּלְעוֹלָם אֱמֶת הוּא דִּפְלִיגִי בְּאֹהֶל זָרוּק שְׁמֵיהּ אֹהֶל וְדַוְקָא כְּגוֹן שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל שֶׁהוֹלְכִים אֲבָל זָרַק תֵּיבָה לָא הָוֵי אֹהֶל וְכֵן מַשְׁמַע בְּמַסֶּכֶת אֹהָלוֹת (פ"ח מ"ה) עוֹף הַפּוֹרֵחַ אוֹ הַקּוֹפֵץ וּסְפִינָה הַמַּטְרֶפֶת לָא הָוְיָא אֹהֶל וּמַיְיתִי סִייַּעְתָּא מִזּוֹרֵק תֵּיבָה מְלֵאָה סְפָרִים מִדְּקָאָמַר וְאִם הָיְתָה מֻונַּחַת טְהוֹרָה וְהַייְנוּ שֶׁהוֹלֶכֶת בְּנַחַת וְהַייְנוּ אֹהֶל זָרוּק וְזָרַק דְּרֵישָׁא לָא חֲשִׁיב אֹהֶל זָרוּק דֻּומְיָא דְּעוֹף הַפּוֹרֵחַ:
« Une tente mobile ne porte pas le nom de tente. » Au chapitre Kohen Gadol de Nazir (55a), on dit que cela dépend d'une controverse de tannaim : celui qui entre en terre des nations dans une chida, une teva ou un migdal, Rabbi le déclare impur et Rabbi Yossi bar Yehouda le déclare pur. N'est-ce pas que Rabbi tient qu'ils ont décrété à cause de l'air, et Rabbi Yossi qu'ils n'ont pas décrété à cause de l'air ? Non : pour tous, ils ont décrété à cause de la motte de terre (goucha) et non à cause de l'air ; l'un tient qu'une tente mobile ne porte pas le nom de tente, et l'autre qu'elle le porte. Mais on a enseigné : Rabbi Yossi bar Yehouda dit : une caisse pleine de livres que l'on a jetée par-dessus un mort, elle est impure par la tente, etc. Et cela fait difficulté : que veut-il dire ? Puisqu'il tient qu'elle porte le nom de tente, pourquoi, si on l'a jetée par-dessus le mort, est-elle impure ? C'est une tente mobile et elle fait écran. Certains expliquent que « mais on a enseigné » est une formule d'objection, et que l'objection est celle que nous venons d'exposer : elle devrait faire écran. Puis, dans la conclusion, on dit « et si tu veux, dis », et la leçon est : pour tous une tente mobile ne porte pas le nom de tente ; et l'on lit : pour tous ils ont décrété à cause de l'air, l'un tenant que le cas n'est pas fréquent et que les Sages n'ont pas décrété à son sujet. Rabbenou El'hanan a objecté que dans notre sougya il ressort bien qu'ils divergent sur le point de savoir si une tente mobile porte le nom de tente, et de même au chapitre Be-khol mearvin ('Erouvin 30b) ; et il est forcé de dire qu'on emploie ici le terme de tente mobile seulement parce qu'on voulait le soutenir au départ, alors que selon la conclusion il n'en est rien. Le Ri soulève une autre difficulté : là-bas aussi il faut dire, selon Rabbi Yossi bar Yehouda, qu'elle porte le nom de tente, car lorsqu'on rapporte la divergence à la crainte qu'il ne sorte la tête et la majeure partie du corps, il n'a plus la raison selon laquelle l'air n'est pas fréquent ; pourquoi alors Rabbi Yossi déclare-t-il pur, si ce n'est parce qu'une tente mobile porte le nom de tente ? Et la question revient à sa place : pour la caisse pleine de livres, pourquoi déclare-t-il impur ? Le Ri a répondu qu'en vérité ils divergent bien sur le point de savoir si une tente mobile porte le nom de tente, et que cela vaut précisément pour une chida, une teva et un migdal qui avancent ; mais si l'on a projeté une caisse, ce n'est pas une tente. C'est aussi ce qui ressort du traité Ohalot (8, 5) : un oiseau qui vole ou qui bondit, et un navire ballotté par la tempête, ne constituent pas une tente. Et l'on en tire un appui depuis le cas de la caisse pleine de livres que l'on jette, puisqu'il est dit « et si elle était posée, elle est pure » : c'est-à-dire qu'elle avance doucement, et c'est cela la tente mobile, tandis que le « jetée » du début n'est pas considéré comme une tente mobile, à l'image de l'oiseau qui vole.
💡 Explication

Première tentative de franchissement. Une tente fixe fait écran à l'impureté : ce qui se trouve à l'intérieur n'est pas atteint par ce qui est dehors. La guemara propose donc de traverser la bande enfermé dans un coffre, sans contact avec le sol ni avec l'air du pays.

La réponse est que notre michna suit Rabbi, pour qui une tente qui se déplace, un ohel zarouk, ne porte pas le nom de tente et ne fait donc pas écran. Le décret des Sages ayant porte sur l'air de la terre des nations, et non seulement sur sa terre, le passager du coffre est atteint malgré tout.

🖼️ Schéma
Le coffre qui traverse la terre des nations : ohel zarouk Le cas on entre en terre des nations enfermé dans une chida, une téva ou un migdal, sans toucher le sol Rabbi : impur Une tente mobile ne porte pas le nom de tente elle ne fait donc pas écran Or le décret porte aussi sur l'air du pays celui qui y passe est atteint c'est l'avis de notre michna Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda : pur La tente mobile porte le nom de tente elle fait écran contre l'air Autre lecture donnée dans Nazir : le décret ne vise que la motte de terre, ou bien l'air mais un cas trop rare pour être décrété Précision du Ri : toute mobilité ne se vaut pas un coffre qui avance doucement au sol est une tente mobile et peut faire écran un coffre projeté en l'air ne l'est pas, à l'image de l'oiseau qui vole ou du navire dans la tempête d'où la caisse pleine de livres jetée par-dessus le mort, qui demeure impure
La controverse sur la tente mobile et la précision du Ri sur ce qui avance doucement.
5
וְלַייְתוּהּ בִּכְלִי חֶרֶס הַמֻּוקָּף צָמִיד פָּתִיל! אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, שׁוֹנִין: אֵין הַקֹּדֶשׁ נִיצּוֹל בְּצָמִיד פָּתִיל.

Et qu'on les apporte dans un récipient de terre fermé d'un tsamid patil (couvercle solidement attaché) ! Rabbi Eliezer a dit : on enseigne — le kodech n'est pas sauvé par un tsamid patil.

📜 Rachi (1)
שׁוֹנִין תַּנָּאִים שׁוֹנִין בָּרַיְיתָא שֶׁאֵין הַקֹּודֶשׁ נִיצָּל בְּצָמִיד פָּתִיל:
Les tannaïm enseignent une baraita selon laquelle le kodech n'est pas sauvé par un tsamid patil.
🗂️ Tossefot (1)
שׁוֹנִין אֵין הַקֹּדֶשׁ נִיצּוֹל בְּמֻוקָּף צָמִיד פָּתִיל. צ"ע אַמַּאי לָא חָשֵׁיב לֵיהּ גַּבֵּי מַעֲלוֹת דִּתְרוּמָה מָצִינוּ בְּשִׁילְהֵי הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף סא: וְשָׁם) דְּנִיצֶּלֶת בְּהָא דְּאָמַר מַפְקִידִין תְּרוּמָה אֵצֶל ע"ה בְּמֻוקָּף צָמִיד פָּתִיל הָר"ר אֶלְחָנָן וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת עַל הָא דְּאָמַר בפ"ק דְּנִדָּה (דַּף ה: וְשָׁם) וּמַה כְּלִי חֶרֶס הַמֻּוקָּף צָמִיד פָּתִיל הַנִּיצּוֹל בְּאֹהֶל הַמֵּת אֵינוֹ מַצִּיל בִּמְעַת לְעֵת שֶׁבְּנִדָּה וּמַאי קָאָמַר בְּמַאי מַצִּיל בְּמֵת הַייְנוּ בִּתְרוּמָה וְלֹא בַּקֹּדֶשׁ כִּדְאִיתָא הָכָא בְּהָכִי מַצִּיל נָמֵי בִּמְעַת לְעֵת שֶׁבְּנִדָּה דְּקָאָמַר הָתָם מֵעֵת לְעֵת שֶׁבְּנִדָּה לַקֹּדֶשׁ אֲבָל לֹא לַתְּרוּמָה וי"ל דִּבְהָא לֹא שַׁיָּיךְ הַצָּלָה אִי לֹא מְטַמֵּא לָהּ וה"ק וּמַה כְּלִי חֶרֶס הַמַּצִּיל בְּאֹהֶל הַמֵּת בְּמַאי שֶׁמְּטַמֵּא לָהּ כְּגוֹן לִתְרוּמָה אֵינוֹ מַצִּיל בִּמְעַת לְעֵת בְּמַאי שֶׁמְּטַמֵּא דְּהַיְינוּ לְקַדֵּשׁ דַּוְקָא:
« On enseigne : le kodech n'est pas sauvé dans un récipient fermé d'un tsamid patil. » Cela demande examen : pourquoi ne compte-t-on pas cette règle parmi les maalot, les rigueurs propres au kodech ? Nous trouvons à la fin du chapitre Ha-nizakin (Guittin 61b) que la terouma, elle, y est sauvée, puisqu'il est dit qu'on dépose de la terouma chez un am ha-arets dans un récipient fermé d'un tsamid patil. Ainsi Rabbenou Él'hanan. Et il y a lieu d'objecter sur ce qui est dit au premier chapitre de Nidda (6b) : « et si un récipient de terre fermé d'un tsamid patil, qui est sauvé sous la tente du mort, ne sauve pas à l'égard des vingt-quatre heures rétroactives de la nidda » — que veut-on dire ? Ce en quoi il sauve pour le mort, c'est pour la terouma et non pour le kodech, comme il ressort d'ici ; alors, dans la même mesure, il devrait aussi sauver à l'égard des vingt-quatre heures de la nidda, puisqu'il est dit là-bas que ces vingt-quatre heures valent pour le kodech mais non pour la terouma. On peut répondre que la notion de sauvegarde ne s'applique pas là où il n'y a pas d'impureté à écarter ; et voici ce que l'on veut dire : un récipient de terre qui sauve sous la tente du mort à l'égard de ce que celle-ci rend impur, à savoir la terouma, ne sauve pas à l'égard des vingt-quatre heures à l'égard de ce que celles-ci rendent impur, à savoir précisément le kodech.
💡 Explication

Deuxième tentative. Un récipient de terre hermétiquement fermé protège son contenu de l'impureté de la tente du mort, d'après le verset qui déclare impur « tout récipient ouvert sur lequel il n'y a pas de couvercle attaché ». On propose donc d'acheminer le vin et l'huile scellés de la sorte.

Rabbi Eliezer écarte la solution en invoquant un enseignement tannaitique : le kodech fait exception, il n'est pas sauvé par le tsamid patil. C'est une rigueur propre aux matières consacrées, et le vin et l'huile des nessakhim en relèvent.

6
וְהָתַנְיָא: אֵין חַטָּאת נִיצֹּלֶת בְּצָמִיד פָּתִיל. מַאי לַָאו: הָא קֹדֶשׁ נִיצּוֹל! לֹא: הָא מַיִם שֶׁאֵינָן מְקֻודָּשִׁים נִיצּוֹלִין בְּצָמִיד פָּתִיל.

Mais n'a-t-on pas enseigné : les eaux de la 'hatat ne sont pas sauvées par un tsamid patil ? N'est-ce pas impliquer que le kodech, lui, est sauvé ?

Non : cela implique que des eaux non encore sanctifiées sont sauvées par un tsamid patil.

📜 Rachi (3)
אֵין חַטָּאת מֵי אֵפֶר פָּרָה:
Les eaux de la cendre de la para [adouma].
שֶׁאֵינָן מְקֻודָּשִׁין שֶׁלֹּא נִיתַּן הָאֵפֶר עֲלֵיהֶן עֲדַיִין:
Sur lesquelles on n'a pas encore déposé la cendre.
נִיצּוֹלִין וּכְשֵׁירִין לְקַדְּשָׁן אַחַר כָּךְ:
Et elles demeurent aptes à être sanctifiées ensuite.
💡 Explication

La guemara teste la règle de Rabbi Eliezer par un raisonnement à contrario. Si la baraita prend la peine de dire que les eaux de la 'hatat, mêlées de cendre de la para adouma, ne sont pas sauvées, c'est qu'elles font exception et que le reste, kodech compris, l'est.

La déduction est détournée : ce que la baraita exclut implicitement, ce ne sont pas les matières consacrées mais les eaux qui n'ont pas encore reçu la cendre. Celles-là sont bien sauvées, et demeurent aptes à être sanctifiées ensuite. La règle de Rabbi Eliezer tient donc, et la seconde tentative de franchissement reste écartée.

🖼️ Schéma
Ce que le tsamid patil sauve, et ce qu'il ne sauve pas récipient de terre fermé d'un couvercle solidement attaché, sous la tente du mort Houlin et terouma sauvés — on dépose même la terouma ainsi chez un am ha-arets Kodech non sauvé — les tannaïm enseignent ainsi, dit Rabbi Eliezer Eaux de hatat déjà sanctifiées non sauvées — la cendre de la para y a été déposée Eaux non encore sanctifiées sauvées, et elles restent aptes à être sanctifiées ensuite Le raisonnement de la guemara on veut déduire de la baraita sur la hatat que le kodech, lui, serait sauvé la déduction est détournée vers les eaux non sanctifiées, et la règle de Rabbi Eliezer tient Conséquence pour notre sougya le vin et l'huile des nessakhim sont du kodech, donc le scellement ne les protège pas de la terre des nations
Ce que le scellement protège et ce qu'il ne protège pas, et la portée pour les nessakhim.
7
וְהָאָמַר עֻולָּא: חַבְרַייָּא מִדְּכֵן בְּגָלִילָא! מַנִּיחִין, לִכְשֶׁיָּבֹא אֵלִיָּהוּ וִיטַהֲרֶנָּה.

Mais Oulla n'a-t-il pas dit : les 'haverim purifient en Galilée ! Ils les laissent en place, pour lorsque viendra Eliyahou et qu'il la purifiera.

📜 Rachi (2)
מִדְּכֵן מְטַהֲרִין יֵינָן וְשַׁמְנָן לַמִּזְבֵּחַ וְאִי רְצוּעָה מַפְסֶקֶת לָמָּה מְטַהֲרִין:
Ils purifient leur vin et leur huile pour l'autel ; or, si une bande s'interpose, pourquoi les purifient-ils ?
שֶׁמָּא יָבֹא אֵלִיָּהוּ וְיֵרָאֶה לָהֶן שְׁבִיל בָּהּ שֶׁאֵינוֹ מֵאֶרֶץ הָעַמִּים:
Et il leur montrera dans cette bande un sentier qui ne relève pas de la terre des nations.
💡 Explication

Dernière objection : si rien ne peut sortir de Galilée en état de pureté, à quoi bon que les 'haverim y produisent leur vin et leur huile selon les exigences du kodech ? Le témoignage de Oulla suppose une voie praticable.

La réponse maintient la thèse de Reich Lakich : ils produisent en pureté et conservent sur place, en réserve, dans l'attente qu'Eliyahou vienne et leur indique un sentier qui ne relève pas de la terre des nations, comme l'explique Rachi. La production n'est donc pas vaine, elle est différée.

8
וּבִשְׁעַת הַגִּיתּוֹת נֶאֱמָנִין אַף עַל הַתְּרוּמָה. וּרְמִינְהִי: הַגּוֹמֵר זֵיתָיו — יְשַׁיֵּיר קֻופָּה אַחַת וְיִתְּנֶנָּה לְעָנִי כֹּהֵן!

« Et au temps des guitot ils sont dignes de foi même pour la terouma. » Or l'on objecte : celui qui achève [le pressurage de] ses olives doit en réserver un panier et le donner à un kohen pauvre !

📜 Rachi (3)
הַגּוֹמֵר אֶת זֵיתָיו עַם הָאָרֶץ שֶׁבָּא לִגְמֹור אֶת זֵיתָיו:
Un am ha-arets qui vient achever [le pressurage de] ses olives.
יְשַׁייֵּר קֻופָּה אַחַת לְצֹורֶךְ תְּרוּמוֹתָיו:
Pour les besoins de ses teroumot.
וְיִתְּנֶנָּה לְעָנִי כֹּהֵן וְיַרְאֶנָּה שֶׁלֹּא הֻוכְשְׁרוּ הַזֵּיתִים וְהַכֹּהֵן יַעֲשֶׂנָּה בְּטָהֳרָה אַלְמָא בִּשְׁעַת הַגִּיתּוֹת וְהַבַּדִּים אֵין נֶאֱמָנִים:
Et il la lui montrera, les olives n'ayant pas reçu de hekhcher, et le kohen la traitera en état de pureté. Il ressort donc qu'au temps des guitot et des badim ils ne sont pas dignes de foi.
🗂️ Tossefot (1)
יִתְּנֶנָּה לְעָנִי כֹּהֵן. פרש"י וְיֵרָאֶה שֶׁלֹּא הֻוכְשְׁרוּ הַזֵּיתִים מַשְׁמַע מֵהָכָא דְּבָעֵינַן הֶכְשֵׁר בְּזֵיתִים וְלָא מַכְשַׁר לֵיהּ בִּשְׁעַת מְסִיקָה וּדְלֹא כפר"ת שֶׁפֵּירֵשׁ בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יז.) אִם אַתָּה מַקְנִיטֵנִי גּוֹזְרַנִי עַל הַמְּסִיקָה וְשׁוּב גָּזַר לָהּ וְכֵן מַשְׁמַע בְּכֻולָּהּ תּוֹסֶפְתָּא דִּטְהָרוֹת פֶּרֶק ג' דְּתָנֵי דְּבָעֵינַן בְּזֵיתִים הֶכְשֵׁר וְיֵשׁ טַעַם נָכוֹן לַדָּבָר כִּדְפֵי' ר"י שֶׁמַּשְׁקֶה זֵיתִים אֵינוֹ אֶלָּא מוֹהֵל בְּעָלְמָא וְלָא חֲשִׁיב מַשְׁקֶה. לְעֵינֵי כֹּהֵן גָּר' וְכֵן גָּרַס רַשִׁ"י וְהָכִי אִיתָא בְּסֵדֶר הַמִּשְׁנָה דִּטְהָרוֹת הַגּוֹמֵר זֵיתָיו יִתְּנֶנָּה לְעֵינֵי כֹּהֵן דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר יִמְסֹור לוֹ מַפְתֵּחַ וּמַאן דְּגָרַס לְעָנִי כֹּהֵן שִׁיבּוּשׁ הוּא בְּיָדוֹ:
« Il la donne à un kohen pauvre. » Rachi explique : et il lui montrera que les olives n'ont pas reçu de hekhcher. Il ressort d'ici qu'un hekhcher est requis pour les olives, et que la cueillette (messika) ne les rend pas susceptibles, contrairement à Rabbenou Tam, qui a expliqué au premier chapitre de Chabbat (17a) : « si tu me contraries, je décrète aussi sur la messika », et qui a effectivement décrété ensuite à son sujet. C'est aussi ce qui ressort de toute la Tossefta de Taharot, chapitre 3, qui enseigne que les olives requièrent un hekhcher. Et il y a à cela une bonne raison, comme l'a expliqué le Ri : le liquide des olives n'est que du mohel, un simple suintement, et il n'est pas tenu pour un mashkeh. La leçon est « le-einei kohen », sous les yeux d'un kohen, et c'est ainsi que lit Rachi ; ainsi est-il dans l'ordre de la michna de Taharot : celui qui achève ses olives la donne sous les yeux d'un kohen, paroles de Rabbi Meir ; Rabbi Yehouda dit : il lui remet la clé. Et celui qui lit « le-oni kohen », à un kohen pauvre, tient là une leçon corrompue.
💡 Explication

La guemara quitte le kodech pour la terouma et ouvre une contradiction. Notre michna dit qu'au temps des pressoirs l'am ha-arets est cru même pour la terouma. Une autre source enseigne au contraire que celui qui achève son pressurage doit mettre de côté un panier d'olives non pressées et le remettre au kohen, pour que celui-ci en tire lui-même une huile pure.

Rachi précise la mécanique : l'am ha-arets montre que les olives n'ont pas reçu de hekhcher, c'est-à-dire qu'aucun liquide ne les a rendues susceptibles de contracter l'impureté, et le kohen fait le reste en pureté. Signe qu'au temps même des pressoirs on ne s'en remet pas à lui pour la terouma.

9
אָמַר רַב נַחְמָן, לָא קַשְׁיָא: הָא בְּחָרְפֵי, הָא בְּאַפְלֵי. אֲמַר לֵיהּ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: כְּגוֹן מַאי? כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ.

Rav Na'hman a dit : il n'y a pas de difficulté. Ici il s'agit des [olives] précoces, là des [olives] tardives.

Rav Adda bar Ahava lui a dit : par exemple ? Comme celles de la maison de ton père.

📜 Rachi (2)
בְּאַפְלֵי שֶׁכְּבָר עָבַר זְמַן הַגִּיתּוֹת לְרֻובָּא דְּעָלְמָא קָאָמַר דְּלָא מְהֵימַן:
Le temps des pressoirs est déjà passé pour la plupart des gens : c'est là qu'il enseigne qu'on ne lui fait pas confiance.
כְּשֶׁל בֵּית אָבִיךָ אַפְלֵי הָווּ:
Elles étaient tardives.
💡 Explication

Première réponse. La confiance accordée au temps des pressoirs tient à ce que tout le monde travaille alors en pureté ; elle ne vaut donc que pour les olives 'harfei, pressées dans la pleine saison. Celui qui presse ses aflei, ses olives tardives, le fait après que la saison est passée pour la plupart des gens, et il n'est plus cru.

La remarque de Rav Adda bar Ahava est un exemple pris chez son interlocuteur : la maison du père de Rav Na'hman possédait beaucoup d'olives et les pressait tard.

10
רַב יוֹסֵף אָמַר: בְּגָלִילָא שָׁנוּ. אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: עֵבֶר הַיַּרְדֵּן וְהַגָּלִיל — הֲרֵי הֵן כִּיהוּדָה, נֶאֱמָנִין עַל הַיַּיִן בִּשְׁעַת הַיַּיִן וְעַל הַשֶּׁמֶן בִּשְׁעַת הַשֶּׁמֶן, אֲבָל לֹא עַל הַיַּיִן בִּשְׁעַת הַשֶּׁמֶן וְלֹא עַל הַשֶּׁמֶן בִּשְׁעַת הַיַּיִן.

Rav Yossef a dit : on l'a enseigné pour la Galilée. Abaye lui a objecté : la Transjordanie et la Galilée sont comme la Judée — ils sont dignes de foi pour le vin au temps du vin et pour l'huile au temps de l'huile, mais non pour le vin au temps de l'huile ni pour l'huile au temps du vin.

📜 Rachi (1)
בְּגָלִילָא שָׁנוּ וּמַתְנִי' דְּקָא תָּנֵי דִּמְהֵימְנֵי בִּיהוּדָה קָאֵי דְּקָתָנֵי רֵישָׁא שֶׁבִּיהוּדָה נֶאֱמָנִין עַל טְהָרוֹת יַיִן וְשֶׁמֶן וְעָלָה קָאֵי וּבִשְׁעַת הֲגִיָּתוֹ' וְהַבַּדִּים אַף עַל הַתְּרוּמ':
Et notre michna, qui enseigne qu'ils sont dignes de foi, porte sur la Judée, puisque le début enseigne qu'en Judée ils sont dignes de foi sur la pureté du vin et de l'huile ; c'est sur cela que porte la suite : et au temps des guitot et des badim, même pour la terouma.
🗂️ Tossefot (1)
בְּגָלִילָא שָׁנוּ. שֶׁיֵּשׁ לָהֶם רֹוב שֶׁמֶן וּמְאַחֲרִים בַּבַּדִּים בְּרוֹב שֶׁמֶן שֶׁיֵּשׁ לָהֶם לַעֲשׂוֹת וְהָכִי נָמֵי אָמַר פֶּרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מז. וְשָׁם) גַּבֵּי מְטַלְטְלִין כָּנוּנָא אַגַּב קִיטְמָא כְּלוֹמַר מַחְתָּה אַגַּב קִיטְמָא כְּדִלְעֵיל מִינָּהּ מַחְתָּה אַגַּב אֶפְרָהּ וְכֵן פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ וְעָדִיף טְפֵי מִכַּלְכַּלָּה וְאֶבֶן שֶׁבְּתוֹכָהּ וְאוֹתִיב לֵיהּ וְשָׁוִין שֶׁאִם יֵשׁ בָּהּ שִׁבְרֵי פְּתִילָה שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלָהּ שֶׁבָּטֵל הַכְּלִי וְהַשֶּׁמֶן אַגַּב הַפְּתִילָה וּמוּקֵי לָהּ בְּגָלִילָא שָׁנוּ כְּלוֹמַר שֶׁעֲשִׁירִים הָווּ מֵרֹוב שֶׁמֶן וְלָא קָפְדִי עָלֶיהָ בְּטִיל לֵיהּ אַגַּב פְּתִילָה וְדֻוגְמָא לַדָּבָר הַהוּא דבפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יא:) טֹול אִגַּרְתָּא וּכְתוֹב לַאֲחַנָא בְּנֵי גָּלִילָאה עִילָּאֵי וְתַתָּאֵי כו' לְאַפְרוֹשֵׁי מַעְשְׂרָא מִמָּעֵטְנָא דְּזֵיתָא וּבְנָזִיר פ' ב"ש (נָזִיר דַּף לא:) בְּגָלִילָא שָׁנוּ דְּחַמְרָא עָדִיף מִמִּשְׁחָא וְיַיִן הָיָה מָצוּי לָהֶם הַרְבֵּה וְרֹוב שְׁתִייָּתָן בְּכָךְ כִּדְמַשְׁמַע בְּהַמּוֹצִיא יַיִן (שַׁבָּת דַּף עח.) דְּקָתָנֵי מַיִם כְּדֵי לָשׁוּף אֶת הַקִּילוֹר דַּחֲשִׁיב מִשּׁוּם דִּשְׁכִיחַ לִרְפוּאָה טְפֵי מִשְּׁתִיָּה שֶׁלֹּא הָיוּ שׁוֹתִין רַק יַיִן מִתּוֹךְ עָושְׁרָם בַּגָּלִיל וְאַפֵּ"ה הֲוָה עָדִיף לָהֶם הַיַּיִן מִן הַשֶּׁמֶן מַשְׁמַע שֶׁהָיָה לָהֶם רֹוב שֶׁמֶן בְּזוֹל כִּדְפָרֵי' וּמִיהוּ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בְּגָלִילָא שָׁנוּ דְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מז.) ש עֲנִיִּים וְלֹא הָיוּ לָהֶם פְּתִילוֹת מְצוּיוֹת וּבְהַמּוֹצִיא (שָׁם דַּף עח.) פֵּירֵשׁ מִתּוֹךְ שֶׁהָיוּ עֲנִיִּים לֹא הָיוּ עוֹשִׂין רְפוּאָה רַק מִמַּיִם וְלֹא מִיַּיִן וְלֹא מַשְׁמַע כֵּן דא"כ גַּם שְׁתִייַּת מַיִם שְׁכִיחַ טְפֵי כֵּיוָן שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם יַיִן פּוּרְתָּא לִשְׁפּוֹת הַקִּילוֹר וְהָיָה לָהֶם לְשַׁעֵר בִּשְׁתִיָּה וְעוֹד מָצִינוּ בְּחֻולִּין בְּפֶ' אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ (חֻולִּין דַּף פג.) וְעֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים בַּגָּלִיל מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ עֲשִׁירִים וּמַרְבִּים בִּסְעוּדוֹת וְעוֹד מַה שֶּׁפֵּי' דְּלָא הָיוּ פְּתִילוֹת מְצוּיוֹת הָא אָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי בָּבָא קַמָּא (דַּף קיח:) מְקַבְּלִין מִן הַנָּשִׁים דָּבָר מוּעָט כְּלֵי פִּשְׁתָּן בַּגָּלִיל אַלְמָא שֶׁמָּצוּי פִּשְׁתָּן בֵּינֵיהֶם וְכִי קָאָמַר לִישָּׁנָא דְּאָסוּר לְטַלְטְלָהּ דְּמַשְׁמַע דְּקָאֵי אַפְּתִילָה דְּשַׁייָּךְ בָּהּ לְשׁוֹן נְקֵבָה דְּהָא נֵר לְשׁוֹן זָכָר דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּקָאֵי אַקְּעָרָה דְּמַיְיתִי לָהּ לְעֵיל מוֹתַר הַשֶּׁמֶן שֶׁבַּנֵּר וְשֶׁבַּקְּעָרָה מֻותָּר וְגַם מָצִינוּ לְשׁוֹן נְקֵבָה אַנֵּר נֵר חֲנֻוכָּה כָּבְתָה אֵין זָקוּק לָהּ (שַׁבָּת דַּף כא.) כָּל זֶה פִּי' הר"י וְגַם רַבֵּינוּ מֵאִיר פֵּירֵשׁ כֵּן וְעוֹד הוֹסִיף כִּי מֵרֹוב יַיִן הָיָה לָהֶם כְּאֵב עֵינַיִם וְטוֹב הַמַּיִם לִרְפוּאָה:
« On l'a enseigné pour la Galilée. » Parce qu'ils y ont de l'huile en abondance et qu'ils s'attardent aux pressoirs à huile, vu la quantité qu'ils ont à produire. De même dit-on au chapitre Kira (Chabbat 47a) à propos de « on déplace un kenouna avec la cendre », c'est-à-dire un brasero avec sa cendre, comme plus haut la pelle à braises avec sa cendre ; ainsi l'explique le Aroukh, et le cas est plus fort que celui du panier avec la pierre qui s'y trouve. On lui objecte : « et ils s'accordent que s'il s'y trouve des débris de mèche, il est interdit de le déplacer », car le récipient et l'huile deviennent secondaires par rapport à la mèche ; et l'on explique cela par « on l'a enseigné pour la Galilée », c'est-à-dire qu'ils étaient riches d'une huile abondante et n'y tenaient pas, de sorte qu'elle devient secondaire par rapport à la mèche. Un cas analogue se trouve au premier chapitre de Sanhédrin (11b) : « prends une lettre et écris à nos frères, gens de Galilée supérieure et inférieure, etc., de prélever la dîme sur la cuve d'olives ». Et dans Nazir, chapitre Beit Chammai (31b) : « on l'a enseigné pour la Galilée », car le vin y valait mieux que l'huile ; le vin leur était très accessible et ils en buvaient beaucoup, comme il ressort de Ha-motsi yayin (Chabbat 78a), où l'on enseigne « de l'eau, la quantité nécessaire pour délayer un collyre », mesure retenue parce que l'eau y servait plus souvent au remède qu'à la boisson, leur richesse faisant qu'en Galilée ils ne buvaient que du vin. Et malgré cela le vin leur était préférable à l'huile, ce qui montre qu'ils avaient de l'huile en abondance et à bas prix, comme nous l'avons expliqué. Toutefois Rachi a expliqué le « on l'a enseigné pour la Galilée » du chapitre Kira (Chabbat 47a) par leur pauvreté : ils n'avaient pas de mèches en quantité ; et dans Ha-motsi (ibid. 78a) il explique que, étant pauvres, ils ne préparaient leur remède qu'avec de l'eau et non avec du vin. Cela ne paraît pas exact : s'il en était ainsi, la boisson d'eau serait elle aussi plus fréquente, puisqu'ils n'auraient pas eu même un peu de vin pour délayer le collyre, et l'on aurait dû prendre la mesure d'après la boisson. De plus nous trouvons dans 'Houlin, chapitre Oto ve-et beno (83a) : « et la veille de Yom Kippour en Galilée », ce qui indique qu'ils étaient riches et multipliaient les repas. Enfin, quant à son explication selon laquelle les mèches n'étaient pas répandues, on dit à la fin de Baba Kama (118b) que l'on accepte des femmes un objet de peu de valeur, des ustensiles de lin en Galilée, preuve que le lin était répandu chez eux. Quant à l'expression « il est interdit de le déplacer », au féminin, qui semblerait se rapporter à la mèche puisque ner, la lampe, est masculin, on peut dire qu'elle se rapporte à l'écuelle, mentionnée plus haut : « le reste de l'huile qui est dans la lampe et dans l'écuelle est permis » ; et l'on trouve aussi le féminin applique à la lampe : « la lampe de ''Hanouka qui s'est éteinte, on n'a pas à s'en occuper » (Chabbat 21a). Tout ceci est l'explication du Ri, et Rabbenou Meir a expliqué de même, ajoutant qu'à cause de l'abondance de vin ils souffraient des yeux, et que l'eau était bonne pour ce remède.
💡 Explication

Seconde réponse à la contradiction. Rav Yossef renvoie la baraita du gomer zeitav à la Galilée, là où l'on n'accorde pas sa confiance, et réserve la michna à la Judée.

Abaye oppose une baraita qui range expressément la Transjordanie et la Galilée avec la Judée pour la terouma, avec une seule restriction : la confiance vaut pour chaque produit à sa propre saison, et non pour le vin pendant la saison de l'huile ni l'inverse. La Galilée n'est donc pas écartée en matière de terouma ; son exclusion ne concerne que le kodech, à cause de la bande de Koutim.

🖼️ Schéma
L'objection d'Abaye contre Rav Yossef Rav Yossef la baraita du gomer zeitav vise la Galilée, où l'am ha-arets n'est pas cru même pour la terouma La baraita citée par Abaye Transjordanie et Galilée sont comme la Judée Vin au temps du vin : cru Huile au temps de l'huile : cru Vin au temps de l'huile : non cru Huile au temps du vin : non cru Ce que l'objection établit pour la terouma, la Galilée est traitée comme la Judée ; la réponse de Rav Yossef tombe seul le kodech est écarté en Galilée, à cause de la bande de Koutim
La baraita de la Transjordanie et la chute de la réponse de Rav Yossef.
11
אֶלָּא מְחַווַּרְתָּא כִּדְשַׁנִּין מֵעִיקָּרָא.

Il est donc clair qu'il faut s'en tenir à ce que nous avons répondu au départ.

💡 Explication

La formule mehavarta ke-de-chanin meikara scelle le débat : la réponse de Rav Yossef tombe, et l'on revient à la distinction de Rav Na'hman entre olives précoces et olives tardives.

12
עָבְרוּ הַגִּיתּוֹת וְהַבַּדִּים וְהֵבִיאוּ לוֹ חָבִית שֶׁל יַיִן — לֹא יְקַבְּלֶנָּה הֵימֶנּוּ, אֲבָל מַנִּיחָהּ לַגַּת הַבָּאָה. בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַב שֵׁשֶׁת: עָבַר וְקִיבְּלָהּ, מַהוּ שֶׁיַּנִּיחֶנָּה לַגַּת הַבָּאָה? אֲמַר לְהוּ: תַּנִּיתוּהָ:

« Une fois passés les guitot et les badim, si on lui a apporté une jarre de vin, il ne la recevra pas de lui ; mais il la laisse pour le pressoir suivant. » On a demandé à Rav Chechet : s'il a transgressé et l'a acceptée, peut-il la garder pour le pressoir suivant ? Il leur répondit : vous l'avez appris :

💡 Explication

La guemara revient à la michna. Passée la saison, le kohen 'haver ne peut plus recevoir la jarre de terouma d'un am ha-arets ; mais le donateur peut la conserver jusqu'à la saison suivante, où elle sera acceptée.

La question posée à Rav Chechet porte sur le kohen qui a passé outre et l'a déjà prise : peut-il à son tour la garder jusqu'au prochain pressoir, ou la réception fautive l'a-t-elle définitivement disqualifiée ? Rav Chechet renvoie à une michna de Demai, dont la citation ouvre le folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).