Chagigah 3b — Les paroles des sages comme aiguillons et comme clous, l'affaire de Rabbi Yossi ben Dormaskit, et les signes du choté

Chagigah 3b

Sougya : Le folio poursuit le compte rendu de la journée d'étude de Yavné devant Rabbi Yehochoua. Rabbi Elazar ben Azarya y expose le verset de Kohelet qui compare les paroles des sages à des aiguillons, à des clous et à des plantations, et la Guemara suit pas à pas la chaîne des objections que chaque image soulève et que le mot suivant corrige.

La conclusion porte sur l'unité de la Torah malgré les avis opposés : toutes les positions viennent d'un seul berger, et l'élève doit faire de son oreille un entonnoir. La Guemara demande ensuite pourquoi les deux élèves avaient hésité à rapporter la chose directement, et répond par l'affaire de Rabbi Yossi ben Dormaskit, puni par Rabbi Eliezer pour avoir rapporté comme une nouveauté le vote sur le maasser ani d'Ammon et de Moab pendant la septième année, alors qu'il s'agissait d'une halakha le-Moche mi-Sinaï.

Le folio s'achève sur une baraita qui énumère les signes du choté et sur le désaccord entre Rav Houna et Rabbi Yo'hanan, résolu en montrant que chaque signe isolé admet une explication ordinaire.

Kohelet 12,11 : chaque mot corrige l'image précédente 1. darvan — l'aiguillon dirige l'homme des voies de mort vers les voies de vie Objection : l'aiguillon se déplace, la Torah serait mobile 2. michmarot — les clous la Torah est fixée, elle ne change pas de génération Objection : le clou s'use, la Torah diminuerait 3. netouim — plantés la Torah fructifie et se multiplie 4. baalei assoufot — les maîtres d'assemblées les sages siègent par groupes : les uns déclarent impur, les autres pur ; les uns interdisent, les autres permettent Crainte de l'élève : comment apprendre la Torah, avec tant d'avis opposés ? 5. nitnou me-roe ehad — donnés par un seul berger
La chaîne du drach : chaque image soulève une objection que le mot suivant du verset corrige.
Pourquoi Ammon et Moab prélèvent le maasser ani la septième année Montants d'Égypte (Yehochoua) ont conquis de nombreuses villes fortes, dont ces territoires : première sanctification de la Terre. Montants de Babylone (Ezra) n'ont pas conquis ces villes et les ont laissées de côté volontairement. La première sanctification vaut pour son temps, non pour l'avenir. Aucune sanctification nouvelle ne les atteint. Ces terres restent hors de la sainteté de la Terre on y sème et on y moissonne pendant la septième année Takana : on y prélève le maasser ani afin que les pauvres de la Terre d'Israël s'appuient sur cette récolte pendant la septième année, où la Terre ne produit rien pour eux
Les deux conquêtes et la takana du maasser ani dans les territoires laissés de côté.
Combien de signes font le choté ? Rav Houna contre Rabbi Yo'hanan Baraita : trois signes sortir seul la nuit — passer la nuit au cimetière — déchirer son vêtement Rav Houna Il faut les trois signes ensemble. Raison : chaque acte pris isolément admet une explication ordinaire. Le cumul seul établit la hazaka, comme le bœuf devenu moued. Rabbi Yo'hanan Un seul signe suffit. Raison : l'acte accompli de manière insensée révèle déjà l'absence de daat. Tossefot : celui qui est choté sur un point l'est pour toute matière. Nafka mina Le statut de choté emporte dispense de toutes les mitsvot, exemption de peine, nullité de ses achats et de ses ventes. Pour Rav Houna, l'homme qui ne présente qu'un seul signe reste pleinement tenu et ses actes juridiques tiennent.
Les deux positions sur le nombre de signes requis pour établir le statut de choté.
1
״וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ״.

« Et qui est comme Ton peuple Israël, une nation unique sur la terre ? »

🗂️ Tossefot (1)
וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ. אָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ שְׁלֹשָׁה מְעִידִין זֶה עַל זֶה יִשְׂרָאֵל וְשַׁבָּת וְהַקָּדוֹשׁ ב"ה יִשְׂרָאֵל וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְעִידִים עַל הַשַּׁבָּת שֶׁהוּא יוֹם מְנוּחָה יִשְׂרָאֵל וְשַׁבָּת עַל הַקָּדוֹשׁ ב"ה שֶׁהוּא אֶחָד הקב"ה וְשַׁבָּת עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם יְחִידִים בְּאֻומּוֹת וְעַל זֶה סָמְכִינַן לוֹמַר אַתָּה אֶחָד בְּמִנְחָה בְּשַׁבָּת אע"פ שֶׁאֵינוֹ מְדַבֵּר מֵעִנְיָינָא דְּיוֹמָא דְּשַׁבָּת כְּמוֹ תְּפִלַּת עַרְבִית וְשַׁחֲרִית:
Nous disons dans le Midrach que trois témoignent l'un sur l'autre : Israël, le Chabbat et le Saint béni soit-Il. Israël et le Saint béni soit-Il témoignent sur le Chabbat qu'il est jour de repos ; Israël et le Chabbat témoignent sur le Saint béni soit-Il qu'Il est un ; le Saint béni soit-Il et le Chabbat témoignent sur Israël qu'ils sont uniques parmi les nations. C'est sur cela que nous nous appuyons pour dire Ata Ehad à la minha du Chabbat, bien que ce texte ne traite pas du sujet du jour du Chabbat, comme le font les prières du soir et du matin.
💡 Explication

Le verset des Divrei ha-Yamim achève le drach commencé à la page précédente sur la réciprocité entre Israël et Hachem. Tossefot y rattache un midrach sur le triple témoignage, qui justifie la formule Ata Ehad récitée à la minha du Chabbat.

2
וְאַף הוּא פָּתַח וְדָרַשׁ: ״דִּבְרֵי חֲכָמִים כַּדָּרְבֹנוֹת וּכְמַשְׂמְרוֹת נְטוּעִים בַּעֲלֵי אֲסֻפּוֹת נִתְּנוּ מֵרֹועֶה אֶחָד״, לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה לְדָרְבָן? לוֹמַר לְךָ: מַה דָּרְבָן זֶה מְכַוֵּין אֶת הַפָּרָה לִתְלָמֶיהָ לְהוֹצִיא חַיִּים לְעוֹלָם — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה מְכַווְּנִין אֶת לוֹמְדֵיהֶן מִדַּרְכֵי מִיתָה לְדַרְכֵי חַיִּים. אִי מַה דָּרְבָן זֶה מִטַּלְטֵל — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה מִטַּלְטְלִין, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מִשְׁמָרוֹת״.

Et lui aussi ouvrit et exposa : « Les paroles des sages sont comme des aiguillons, et comme des clous plantés les maîtres d'assemblées ; ils ont été donnés par un seul berger. » Pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à un aiguillon ? Pour te dire : de même que cet aiguillon dirige la vache vers son sillon afin de faire sortir de la vie pour le monde, ainsi les paroles de Torah dirigent ceux qui les étudient, des voies de mort vers les voies de vie.

Si c'est ainsi : de même que cet aiguillon se déplace, les paroles de Torah se déplaceraient-elles aussi ? Le verset dit donc : « des clous ».

📜 Rachi (2)
וְאַף הוּא רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה:
Et lui aussi. Rabbi Elazar ben Azarya.
לִתְלָמֶיהָ שׁוּרוֹת הַמַּעֲנָה:
Vers son sillon. Les rangées du terrain labouré.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאַף הוּא פָּתַח וְדָרַשׁ: (קֹהֶלֶת יב, יא) "דִּבְרֵי חֲכָמִים כְּדָרְבָּנוֹת, וּכְמַשְׂמְרוֹת נְטוּעִים בַּעֲלֵי אֲסֻפּוֹת, נָתְנוּ מִרְעֶה אֶחָד" וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט אַרְבָּעָה דְּבָרִים: (1) דָּרְבֹנוֹת (2) מִשְׁמָרוֹת וּנְטִיעוֹת (4) וַאֲסֻופּוֹת כְּנֶגֶד ד' חֲלָקִים פַּרְדֵּ"ס [פְּשַׁט רֶמֶז דְּרָשׁ סוֹד] שֶׁיֵּשׁ בַּתּוֹרָה. אוֹ יוּבָן כְּנֶגֶד אַרְבָּעָה חֲלוּקוֹת שֶׁהָאָדָם מִתְחַכֵּם מִצִּדָּם הָאַחַת מֵרַבּוֹ וְהַשְּׁנִיָּה מֵחֲבֵירָיו וְהַשְּׁלִישִׁית מִתַּלְמִידָיו וְהָרְבִיעִית מִפְּאַת עַצְמוֹ מִנֵּיהּ וּבֵיהּ כַּאֲשֶׁר חוֹזֵר עַל תַּלְמוּדוֹ לְשַׁנּוֹתוֹ כַּמָּה פְּעָמִים בָּזֶה אֶת זֶה, וְכָל אֵלּוּ הַלִּימּוּדִים נָתְנוּ מֵרוֹעֶה אֶחָד. וּמַה שֶׁאָמַר אִי מַה דָּרְבָן זֶה מִטַּלְטֵל אַף דִּבְרֵי תוֹרָה מִטַּלְטְלִין? פֵּירֵשׁ בְּנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו הַכַּוָּנָה שֶׁמָּא תַּחְשֹׁוב דִבְרֵי תוֹרָה הֵם כַּתּוֹרָה שֶׁל פלסופיא שֶׁכָּל דּוֹר סוֹתֵר דִּבְרֵי דּוֹר שֶׁקָּדַם לוֹ וְעוֹשֶׂה לוֹ תּוֹרָה חֲדָשָׁה וְנִמְצָא שֶׁחָכְמָה מִטַּלְטֶלֶת מֵאֶחָד לְאֶחָד תְּחִלָּה הָיְתָה שֶׁל אָרֶסְטוֹ וְנִדְחוּ דְּבָרָיו וְנִקְרֵאת עַל שֵׁם אֲחֵרִים וְגַם אֵלּוּ נִדַּח דִּבְרֵיהֶם וְנִקְרֵאת עַל שֵׁם דּוֹר שֶׁאַחֲרֵיהֶם וּכְעָל זֶה הַדֶּרֶךְ וְשֶׁמָּא תַּחְשֹׁוד גַּם הַתּוֹרָה כָּךְ שֶׁכָּל דּוֹר דּוֹחֶה דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁנֶּאֶמְרוּ בַּדּוֹר שֶׁקָּדַם וְנִקְרֵאת הַחָכְמָה עַל שֵׁם הַשֵּׁנִי וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ? תַּלְמוּד לוֹמַר ' וּכְמַשְׂמְרוֹת ' שֶׁהִיא קְבוּעָה עַל שֵׁם הָאוֹמְרָהּ לְדוֹרֵי דּוֹרוֹת. עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Et lui aussi ouvrit et exposa : Les paroles des sages sont comme des aiguillons, et comme des clous plantés les maîtres d'assemblées, ils ont été donnés par un seul berger. » Il me semble avec l'aide du Ciel qu'il retient quatre choses : (1) les aiguillons, (2) les clous, (3) les plantations, (4) les assemblées, en face des quatre parties du PaRDeS (pchat, remez, drach, sod) qui se trouvent dans la Torah. On peut aussi les comprendre en face des quatre voies par lesquelles l'homme s'instruit : la première depuis son maître, la deuxième depuis ses compagnons, la troisième depuis ses élèves, la quatrième depuis lui-même, par lui et en lui, lorsqu'il revient sur son étude et la répète plusieurs fois, un passage éclairant l'autre ; et toutes ces études ont été données par un seul berger. Quant à ce qui est dit : si cet aiguillon se déplace, les paroles de Torah se déplaceraient-elles aussi ? Mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il soit garde, a expliqué ainsi : peut-être penseras-tu que les paroles de Torah sont comme la doctrine des philosophes, où chaque génération contredit les paroles de celle qui l'a précédée et se fait une doctrine nouvelle, de sorte que la sagesse se déplace d'un homme à l'autre : elle fut d'abord celle d'Aristote, puis ses paroles furent écartées et elle porta le nom d'autres, et ceux-là aussi furent écartés et elle porta le nom de la génération suivante, et ainsi de suite ; peut-être soupçonneras-tu qu'il en aille de même pour la Torah, chaque génération repoussant les paroles dites dans la précédente, la sagesse portant alors le nom du second ? Le verset dit donc « et comme des clous », car elle demeure fixée au nom de celui qui l'a dite, pour les générations des générations. Fin de ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

Le verset de Kohelet 12,11 aligne quatre expressions, et le drach les lit comme une suite où chaque mot corrige ce que le précédent laisse entendre de faux. Première image : l'aiguillon (darvan), le bâton dont le laboureur pique la bête pour la maintenir dans le sillon. La Torah joue le même rôle pour celui qui l'étudie, en le maintenant dans la direction qui produit la vie.

Toute image porte plus qu'on ne veut lui faire dire. L'aiguillon se transporte d'un champ à l'autre : l'image suggère alors une Torah mobile, qu'on déplace à volonté. Le mot suivant du verset, michmarot (les clous), corrige ce point en introduisant l'idée de fixité.

🖼️ Schéma
Kohelet 12,11 : chaque mot corrige l'image précédente 1. darvan — l'aiguillon dirige l'homme des voies de mort vers les voies de vie Objection : l'aiguillon se déplace, la Torah serait mobile 2. michmarot — les clous la Torah est fixée, elle ne change pas de génération Objection : le clou s'use, la Torah diminuerait 3. netouim — plantés la Torah fructifie et se multiplie 4. baalei assoufot — les maîtres d'assemblées les sages siègent par groupes : les uns déclarent impur, les autres pur ; les uns interdisent, les autres permettent Crainte de l'élève : comment apprendre la Torah, avec tant d'avis opposés ? 5. nitnou me-roe ehad — donnés par un seul berger
La suite des images du verset et l'objection que chacune appelle.
3
אִי מַה מַסְמֵר זֶה חָסֵר וְלֹא יָתֵר — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה חֲסֵירִין וְלֹא יְתֵירִין, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״נְטוּעִים״, מַה נְטִיעָה זוֹ פָּרָה וְרָבָה — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה פָּרִין וְרָבִין. ״בַּעֲלֵי אֲסֻפּוֹת״ — אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, שֶׁיּוֹשְׁבִין אֲסֻופּוֹת אֲסֻופּוֹת וְעוֹסְקִין בַּתּוֹרָה. הַלָּלוּ מְטַמְּאִין וְהַלָּלוּ מְטַהֲרִין, הַלָּלוּ אוֹסְרִין וְהַלָּלוּ מַתִּירִין, הַלָּלוּ פּוֹסְלִין וְהַלָּלוּ מַכְשִׁירִין,

Si c'est ainsi : de même que ce clou diminue et n'augmente pas, les paroles de Torah diminueraient-elles et n'augmenteraient-elles pas ? Le verset dit donc : « plantés ».

De même que cette plantation fructifie et se multiplie, ainsi les paroles de Torah fructifient et se multiplient. « Les maîtres d'assemblées » : ce sont les talmidei hachamim, qui siègent par groupes et par groupes et s'occupent de Torah.

Ceux-ci déclarent impur et ceux-là déclarent pur, ceux-ci interdisent et ceux-là permettent, ceux-ci invalident et ceux-là valident,

📜 Rachi (2)
מַה מַסְמֵר זֶה כְּשֶׁנּוֹעֲצִין אוֹתוֹ בַּכֹּותֶל הוּא מְחַסְּרוֹ יָכוֹל אַף זֶה כֵּן תַּלְמוּד לוֹמַר נְטוּעִים כִּנְטִיעָה שֶׁדַּרְכָּהּ לִפְרוֹת וְלִרְבּוֹת:
De même que ce clou. Lorsqu'on l'enfonce dans le mur il le diminue ; on pourrait croire qu'il en va de même ici, le verset dit donc « plantés », comme la plantation dont la nature est de fructifier et de se multiplier.
פּוֹסְלִין וּמַכְשִׁירִין שַׁייָּךְ לוֹמַר לְעִנְיַן פְּסוּל עֵדוּת וּפְסוּל כְּהֻונָּה:
Invalident et valident. Cela se dit à propos de l'invalidation d'un témoignage et de l'invalidation d'une kehouna.
💡 Explication

L'image du clou, prise à son tour au sérieux, donne une Torah qui s'use : le clou enfoncé dans le mur se ronge et perd de sa matière. Le mot netouïm (plantés) corrige ce défaut, puisque la plantation est une chose fixée au sol qui pourtant croît et se multiplie. La fixité et la croissance se tiennent ensemble dans la même image.

Vient alors la quatrième expression, baalei assoufot, lue comme une allusion aux sages réunis en assemblées d'étude. Le drach en tire le tableau des avis opposés, sur trois couples : impur et pur, interdit et permis, invalide et valide. Rachi précise que le troisième couple vise l'invalidation d'un témoin et l'invalidation d'un cohen.

4
שֶׁמָּא יֹאמַר אָדָם: הֵיאַךְ אֲנִי לָמֵד תּוֹרָה מֵעַתָּה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כֻּולָּם נִתְּנוּ מֵרוֹעֶה אֶחָד״. אֵל אֶחָד נְתָנָן, פַּרְנָס אֶחָד אֲמָרָן, מִפִּי אֲדוֹן כָּל הַמַּעֲשִׂים בָּרוּךְ הוּא, דִּכְתִיב: ״וַיְדַבֵּר אֱ-לֹהִים אֵת כָּל הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״.

Peut-être un homme dira-t-il : comment donc vais-je apprendre la Torah, dès lors qu'il en va ainsi ? Le verset dit donc : « tous ont été donnés par un seul berger ».

Une seule D.ieu les a donnés, un seul dirigeant les a dits, de la bouche du Maître de toutes les œuvres, béni soit-Il, comme il est écrit : « Et D.ieu prononça toutes ces paroles. »

📜 Rachi (2)
כֻּולָּן אֶל אֶחָד אֲמָרָן אֵין לְךָ מִבְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת מֵבִיא רְאָיָה מִתּוֹרַת אֱלוֹהַּ אַחֵר אֶלָּא מִתּוֹרַת אֱ-לֹהֵינוּ:
Tous, une seule D.ieu les a dits. Aucun des partis du désaccord n'apporte de preuve depuis la doctrine d'une autre divinité, mais seulement depuis la Torah de notre D.ieu.
פַּרְנָס אֶחָד אֲמָרָן אֵין לְךָ מֵבִיא רְאָייָה מִדִּבְרֵי נָבִיא הַבָּא לַחֲלֹוק עַל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ:
Un seul dirigeant les a dits. Aucun n'apporte de preuve depuis les paroles d'un prophète qui viendrait contredire Moche notre maître.
💡 Explication

La question de l'élève est pratique : devant des avis qui se contredisent, il ne sait plus quoi apprendre. La réponse porte sur l'origine des positions, non sur leur contenu. Toutes se rattachent à une source unique, et le verset l'exprime par deux formules que Rachi distingue : un seul D.ieu. vise la Torah écrite d'où chacun tire sa preuve, un seul dirigeant vise Moche, qu'aucun prophète ne vient contredire.

Le verset de Chemot 20,1 est cité pour son pluriel, « toutes ces paroles » : la révélation contient d'emblée l'ensemble des développements que les sages en tireront.

🖼️ Schéma
Les avis opposés et leur source unique Un seul berger une seule D.ieu les a donnés impur / pur tame / tahor interdit / permis assour / moutar invalide / valide passoul / kacher Aucun des partis n'argumente depuis une autre doctrine : tous tirent leur preuve de la même Torah, et aucun prophète ne vient contredire Moche. Le désaccord se tient à l'intérieur d'une source unique.
Les avis opposés se déploient à l'intérieur d'une source unique.
5
אַף אַתָּה, עֲשֵׂה אֲזֵנֶיךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת, וּקְנֵה לְךָ לֵב מֵבִין לִשְׁמֹועַ אֶת דִּבְרֵי מְטַמְּאִים וְאֶת דִּבְרֵי מְטַהֲרִים, אֶת דִּבְרֵי אוֹסְרִין וְאֶת דִּבְרֵי מַתִּירִין, אֶת דִּבְרֵי פּוֹסְלִין וְאֶת דִּבְרֵי מַכְשִׁירִין. בַּלָּשׁוֹן הַזֶּה אָמַר לָהֶם: אֵין דּוֹר יָתוֹם שֶׁרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה שָׁרוּי בְּתוֹכוֹ.

Toi aussi, fais de tes oreilles un entonnoir, et acquiers-toi un cœur qui comprend, pour entendre les paroles de ceux qui déclarent impur et les paroles de ceux qui déclarent pur, les paroles de ceux qui interdisent et les paroles de ceux qui permettent, les paroles de ceux qui invalident et les paroles de ceux qui valident. En ces termes il leur dit : aucune génération n'est orpheline lorsque Rabbi Elazar ben Azarya réside en son sein.

📜 Rachi (2)
עֲשֵׂה אֲזֵנֶיךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת מֵאַחַר שֶׁכֻּולָּן לָבָן לַשָּׁמַיִם עֲשֵׂה אָזְנְךָ שׁוֹמַעַת וְלִמּוּד וְדַע דִּבְרֵי כֻּולָּן וּכְשֶׁתֵּדַע לְהַבְחִין אֵי זֶה יִכְשַׁר קָבַע הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ:
Fais de tes oreilles un entonnoir. Dès lors que le cœur de tous est tourné vers le Ciel, fais que ton oreille entende, apprends et connais les paroles de tous ; et lorsque tu sauras discerner laquelle est juste, fixe la halakha comme elle.
אֲפַרְכֶּסֶת טירמויי"א שֶׁעַל הָרֵיחַיִם:
Apparkesset. Tirmuya, ce qui se trouve au-dessus de la meule.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אַף אַתָּה עֲשֵׂה אָזְנְךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת. הִנֵּה נוֹדַע דַּאֲפַרְכֶּסֶת הוּא כְּלִי הַשַּׁייָּךְ לִטְחִינָה שֶׁקּוֹרִין אוֹתוֹ בִּלְשׁוֹן עַרְבִי דל"ו מֵאֵל טוואחי"ן וְדַרְכּוֹ לִהְיוֹת רָחָב מִלְמַעְלָה וְצַר מִלְּמַטָּה וּתְכוּנַת זֶה הַכְּלִי רֶמֶז לְלִימּוּד שֶׁהוּא שְׁנֵי לִימּוּדִים שֶׁהֵם גִּרְסָא וְסָבְרָה וְהַגִּרְסָא אֵין לִלְמֹוד אוֹתָהּ אֶלָּא מִן רַב אֶחָד וְלֹא יַרְחִיב הַלִּימּוּד הַזֶּה לְלַמְּדוֹ מִכַּמָּה רַבָּנִים כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁתַּבֵּשׁ וְלָזֶה רוֹמֵז צַד אֶחָד שֶׁל הַכְּלִי שֶׁהוּא צַר מִלְּמַטָּה וְלִימּוּד הַסְּבָרָה נָכוֹן לְלַמְּדוֹ מִן כַּמָּה רַבָּנִים כְּדֵי שֶׁיִּתְחַכֵּם יוֹתֵר וְלָזֶה יִרְמֹוז צַד אֶחָד שֶׁל הַכְּלִי שֶׁהוּא רָחָב מִלְמַעְלָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז בְּשֵׁם הָאֲפַרְכֶּסֶת שְׁנֵי דְּבָרִים שֶׁהֵם תּוֹעֶלֶת לְהַשָּׂגַת הַלִּימּוּד שֶׁהֵם עֲנָוָה וּנְנִיעוּת וְהַיְינוּ אֲפַרְכֶּסֶת הִיא מִלָּה מֻורְכֶּבֶת שֶׁהוּא 'אֵפֶר כֶּסֶת' דְּהַייְנוּ אֵפֶר עֲנָוָה דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית יח, כז) וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר, וְכֶסֶת כִּסּוּי וּצְנִיעוּת דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי יא, ב) וְאֶת צְנוּעִים חָכְמָה, וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מוֹעֵד קָטָן טז:) מַה יָרֵךְ בַּסֵּתֶר אַף דִּבְרֵי תוֹרָה בַּסֵּתֶר וְהַיְינוּ עַל לִימּוּד הַנִּסְתָּר.
« Toi aussi, fais de ton oreille un entonnoir. » Il est connu que l'apparkesset est un ustensile de la mouture, que l'on appelle en arabe dalou min al-tawahin, et dont la forme est large en haut et étroite en bas. La disposition de cet ustensile fait allusion à l'étude, qui comprend deux études, la guirsa (le texte appris et répété) et la sevara (le raisonnement). La guirsa, on ne doit l'apprendre que d'un seul maître et on n'élargira pas cette étude en la recevant de plusieurs maîtres, afin de ne pas s'embrouiller : voilà ce que désigne le côté étroit du bas. L'étude de la sevara, il convient de l'apprendre de plusieurs maîtres afin de s'affiner davantage : voilà ce que désigne le côté large du haut. Et il me semble avec l'aide du Ciel que le nom apparkesset fait allusion à deux choses utiles à l'acquisition de l'étude, l'humilité et la discrétion. Apparkesset est un mot composé, éfer-kesset : éfer, la cendre, qui est l'humilité, comme il est écrit « je suis poussière et cendre » ; kesset, le recouvrement et la discrétion, comme il est écrit « la sagesse est avec les discrets ». De même nos maîtres de mémoire bénie ont dit : de même que la cuisse est cachée, ainsi les paroles de Torah sont cachées, ce qui vise l'étude du nistar (la part cachée de la Torah).
אשרי הדור שרבי אלעזר בן עזריה שרוי בתוכו, שאין דורו יתום. נראה לי בס"ד יש חכם דורש ברבים דברים פשוטים והמון העם שהם עמי ארצות יהיה אצלם דרוש זה חידוש ונהנים ממנו כי אלו גם דברים הפשוטים אין להם ידיעה בהם וכשידרשו אותם להם יבינו אותם מחמת שהם פשוטים אך החכמים היושבים גם כן שם לשמוע נעשו יתומים מאותה דרשה כי דברים הפשוטים מה חידוש מוצאים בהם דידועים הם להם ונחשב להם כאלו הדרשן קרא לפניהם אל־ף בי־ת גימ־ל דל־ת דמה חידוש יש להם בקריאה זו? ונמצא נעשו יתומים מאותה הדרשה שלא למדו ולא קבלו ממנה כלום! ויש חכם שדורש ברבים דברים עמוקים וחריפים ופלפול וסברות רבות ומזאת הדרשה נהנים החכמים מביני מדע כי לומדים חידושי תורה וסברות וחילוקים ועניינים וביאורים נחמדים בדרשה זו אך המון העם שהם עמי ארצות היושבים שם נעשו יתומים מאותה דרשה דאינם מבינים מדברים אלו כלום וכאלו החכם הזה דורש להם בלשון אחרת שאינם מבינים אותו ואין מכירין בו דאין יודעים 'חכם מה הוא אומר'! ברם יש חכם שהוא יוכל לדבר דברים עמוקים וחריפים והקדמות יקרות ומלביש אותם בדברים פשוטים אשר יבינום העמי ארצות אך תוכם רצוף אהבה דברים יקרים הנה זה אין שום אדם נעשה יתום מן הדרשה שלו שדרש אותה ברבים כי נהנים ממנה החכמים וגם עמי ארצות דכל אחד לוקח כפי השגתו. ובזה שיבח רבי יהושע בן חנניה את רבי אלעזר בן עזריה בשמעו הדרשה הזאת אשר אמרו משמו דלפי הגלוי הם דברים פשוטים אשר יבינום כל עמי ארצות אך הוא ראה שיש בהם דקדוקים המורים על עניינים עמוקים והקדמות יקרות דנמצא גם החכמים אין נעשים יתומים מדרשה שלו שידרוש בה דברים שנראין פשוטים מאד ולכך אמר אשרי הדור שראב"ע שרוי בתוכו שאין דורו הבאים לדרשתו נעשה יתום מן הדרשה שהוא דורש כי הכל מקבלים ממנו כפי השגתם.
« Heureuse la génération au sein de laquelle réside Rabbi Elazar ben Azarya, car sa génération n'est pas orpheline. » Il me semble avec l'aide du Ciel qu'il y a un sage qui expose en public des choses simples : le peuple, qui est fait de amei ha-arets, tient cet exposé pour une nouveauté et en tire du plaisir, car même ces choses simples lui sont inconnues, et lorsqu'on les lui expose il les comprend parce qu'elles sont simples ; mais les sages assis là pour écouter deviennent orphelins de cet exposé, car quelle nouveauté trouveraient-ils dans des choses simples qui leur sont déjà connues ? C'est pour eux comme si l'orateur leur lisait alef, beit, guimel, dalet : quelle nouveauté une telle lecture leur apporte-t-elle ? Ils se trouvent donc orphelins de cet exposé, dont ils n'ont rien appris ni rien reçu. Et il y a un sage qui expose en public des choses profondes et aiguës, du pilpoul et de nombreux raisonnements : de cet exposé les sages, qui ont l'intelligence du savoir, tirent du plaisir, car ils y apprennent des hidouchei Torah, des raisonnements, des distinctions et de belles explications ; mais le peuple, fait de amei ha-arets assis là, devient orphelin de cet exposé, car il n'y comprend rien, comme si ce sage leur exposait dans une autre langue qu'ils ne comprennent pas, et ils ne savent pas ce que le sage dit. Il y a enfin un sage capable de dire des choses profondes et aiguës et des prémisses précieuses, en les revêtant de paroles simples que les amei ha-arets comprennent, alors que l'intérieur en est rempli de choses précieuses : de celui-là personne ne devient orphelin de l'exposé qu'il a donné en public, car les sages en tirent du plaisir et les amei ha-arets aussi, chacun prenant selon sa capacité de comprendre. C'est par là que Rabbi Yehochoua ben Hanania a loué Rabbi Elazar ben Azarya en entendant cet exposé rapporté en son nom : au regard de ce qui paraît, ce sont des choses simples que tous les amei ha-arets comprennent, mais lui y a vu des précisions qui indiquent des sujets profonds et des prémisses précieuses. Les sages non plus ne deviennent donc pas orphelins de son exposé, alors même qu'il y traite de choses qui paraissent très simples. C'est pourquoi il a dit : heureuse la génération au sein de laquelle réside Rabbi Elazar ben Azarya, car ceux qui viennent à son exposé ne deviennent pas orphelins de ce qu'il expose, tous recevant de lui selon leur capacité de comprendre.
💡 Explication

La conséquence pratique du drach : l'élève doit tout recueillir avant de trancher. L'apparkesset est la trémie posée sur la meule, large en haut pour recevoir et étroite en bas pour laisser passer. Rachi tire l'ordre des opérations : d'abord entendre et connaître les avis de tous, ensuite seulement discerner lequel est juste et fixer la halakha comme lui.

La dernière phrase est la réaction de Rabbi Yehochoua à ce qu'on vient de lui rapporter. La formule dor yatom, génération orpheline, désigne une génération privée de maître.

6
וְלֵימְרוּ לֵיהּ בְּהֶדְיָא? מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה. דְּתַנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן דּוֹרְמַסְקִית שֶׁהָלַךְ לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבִּי (אֶלְעָזָר) [אֱלִיעֶזֶר] בְּלוֹד, אָמַר לוֹ: מָה חִידּוּשׁ הָיָה בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ הַיּוֹם?

Mais qu'ils le lui disent donc explicitement ! À cause d'une affaire qui eut lieu.

Car il a été enseigné : une affaire eut lieu avec Rabbi Yossi ben Dormaskit, qui alla saluer Rabbi Eliezer à Lod. Il lui dit : quelle nouveauté y a-t-il eu aujourd'hui au beit hamidrach ?

📜 Rachi (1)
וְלֵימְרוּ לֵיהּ בְּהֶדְיָא מִיָּד לָמָּה הֻוזְקְקוּ לוֹמַר תַּלְמִידֶיךָ אָנוּ:
Mais qu'ils le lui disent donc explicitement. Immédiatement ; pourquoi ont-ils eu besoin de dire d'abord : nous sommes tes élèves ?
💡 Explication

La Guemara revient sur le récit de la page précédente : les deux élèves avaient d'abord répondu par une formule d'humilité avant de rapporter l'exposé. La question porte sur ce détour. La réponse renvoie à un précédent qui explique leur prudence.

Rabbi Yossi ben Dormaskit se rend à Lod pour hakbalat panim, la visite de déférence que l'on rend à son maître. La question de Rabbi Eliezer porte sur le hidouch, la nouveauté enseignée ce jour-là.

🖼️ Schéma
L'affaire de Rabbi Yossi ben Dormaskit à Lod 1. Rabbi Eliezer demande : quelle nouveauté a-t-on enseignée aujourd'hui au beit hamidrach ? 2. Réponse : on a compté les voix et conclu au maasser ani d'Ammon et Moab la septième année. 3. Punition : Yossi, étends tes mains et reçois tes yeux. Le vote a été présenté comme une nouveauté. 4. Rabbi Eliezer pleure : le secret de Hachem est pour ceux qui Le craignent. Ils ont vu juste sans le savoir. 5. Transmission de la halakha le-Moche mi-Sinaï, puis prière pour la guérison : les yeux reviennent.
Les cinq temps du récit, du salut à Lod jusqu'à la guérison.
7
אֲמַר לֵיהּ, נִמְנוּ וְגָמְרוּ: עַמּוֹן וּמוֹאָב מְעַשְּׂרִין מַעְשַׂר עָנִי בַּשְּׁבִיעִית.

Il lui dit : ils ont compté les voix et conclu qu'Ammon et Moab prélèvent le maasser ani pendant la septième année.

📜 Rachi (2)
נִמְנוּ וְגָמְרוּ וְהִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ יִשְׂרָאֵל הַדָּרִין בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן בְּמַה שֶׁכָּבְשׁוּ מִסִּיחוֹן וְעוֹג אֶרֶץ עַמּוֹן וּמוֹאָב:
Ils ont compté les voix et conclu. Ils ont institué que les Israélites demeurant au-delà du Jourdain, sur ce qui fut conquis de Si'hon et Og, la terre d'Ammon et de Moab,
מְעַשְּׂרִין עַכְשָׁיו מַעְשַׂר עָנִי בִּשְׁבִיעִית שֶׁהֵן הָיוּ זוֹרְעִין בִּשְׁבִיעִית כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שֶׁלֹּא קִידְּשׁוּהָ עוֹלֵי גּוֹלָה כִּקְדֻושַּׁת הָאָרֶץ:
Prélèvent. Désormais le maasser ani pendant la septième année, car ils semaient pendant la septième année, comme nous le dirons plus loin, puisque les montants de l'exil ne l'ont pas sanctifiée de la sainteté de la Terre.
💡 Explication

Le maasser ani, la dîme du pauvre, se prélève la troisième et la sixième année du cycle de sept. Pendant la chemita, la septième année, la terre d'Israël reste en friche et rien ne se prélève. Les territoires dits d'Ammon et de Moab, à l'est du Jourdain, se trouvent hors du régime strict de la Terre : on y sème et on y moissonne la septième année, et les sages y ont institué le prélèvement du maasser ani.

La formule nimnou ve-gamrou désigne une décision prise au vote, procédure réservée aux questions non tranchées par une tradition reçue.

8
אָמַר לוֹ: יוֹסֵי, פְּשֹׁוט יָדֶיךָ וְקַבֵּל עֵינֶיךָ. פָּשַׁט יָדָיו וְקִבֵּל עֵינָיו. בָּכָה רַבִּי אֶלְעָזָר וְאָמַר: ״סוֹד ה׳ לִירֵאָיו וּבְרִיתוֹ לְהוֹדִיעָם״.

Il lui dit : Yossi, étends tes mains et reçois tes yeux. Il étendit ses mains et reçut ses yeux.

Rabbi Elazar pleura et dit : « Le secret de Hachem est pour ceux qui Le craignent, et Son alliance pour les leur faire connaître. »

📜 Rachi (1)
פְּשֹׁוט יָדֶיךָ וְקַבֵּל עֵינֶיךָ הֻוקְשָׁה בְּעֵינָיו שֶׁנָּתַן עֲטָרָה לְאוֹתוֹ דּוֹרֵשׁ וַהֲלֹא מֵימוֹת אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה הָיְתָה תַּקָּנָה זוֹ:
Étends tes mains et reçois tes yeux. Il lui parut pénible qu'on donnât une couronne à cet orateur, alors que cette institution existait depuis les jours des hommes de la Grande Assemblée.
🪔 Ben Yehoyada (2)
פְּשַׁט יָדֶיךָ וְקַבֵּל אֶת עֵינֶיךָ. יֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁגָּזַר שֶׁיִּהְיוּ נֶעֱקָרִים מִמְּקוֹמָם וִיקַבֵּל אוֹתָם מַמָּשׁ בְּיָדוֹ וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים קִבֵּל לְשׁוֹן חֹושֶׁךְ שֶׁגָּזַר שֶׁיֶּחְשְׁכוּ עֵינָיו בְּהַנָּחַת יָדוֹ עֲלֵיהֶם שֶׁיִּמָּשֵׁךְ וְיֵצֵא אוֹר הָעֵינַיִם מֵהֶם כְּשֶׁיַּנִּיחַ יָדוֹ שָׁם וּפֵירוּשׁ זֶה קָרוֹב יוֹתֵר בְּרַם יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֶעֱנִישׁוּ בְּעֵינָיו? אַדְּרַבָּא יוֹתֵר נָכוֹן לְהַעֲנִישׁוֹ בְּפִיו וּלְשׁוֹנוֹ שֶׁיִּתְאַלֵּם אוֹ יִתְעַקֵּם! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ הֶעֱנִישׁוּ עַל אֲשֶׁר נָתַן עֲטָרָה לְאוֹתוֹ עִנְיָן שֶׁשִּׁבְחָם בְּדָבָר שֶׁכְּבָר הוּא פָּסוּק וְעוֹמֵד מֵאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ דְּהַסַּנְהֶדְרִין נִקְרָאִים עֵינַיִם כַּנִּזְכָּר בַּמִּדְרָשׁ (שִׁיר הַשִּׁירִים רַבָּה ד, א) עַל כֵּן כֵּיוָן שֶׁנָּגַע בְּדָבָר זֶה בִּכְבוֹד הָרִאשׁוֹנִים שֶׁנִּקְרָאִים עֵינַיִם לְכָךְ הֶעֱנִישׁוּ בְּעֵינָיו. וּמַה שְׂבָכָה עַתָּה רַבִּי אֶלְעָזָר? מִפְּנֵי שֶׁהִרְגִּישׁ שֶׁגָּבְרָה מִדַּת הַגְּבוּרָה בְּאוֹתָהּ שָׁעָה בִּרְאוֹתוֹ שֶׁהֶעֱנִישׁוּ בְּעֹונֶשׁ קָשֶׁה וּמַר לְכָךְ רָצָה לְמַתֵּק מִדַּת הַגְּבוּרָה כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לְהִתְפַּלֵּל עָלָיו לִרְפוּאָתוֹ וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י דְּהַבְּכִיָּה מַמְתֶּקֶת הַדִּינִין וְהַגְּבוּרוֹת.
« Étends tes mains et reçois tes yeux. » Certains expliquent qu'il décréta que ses yeux seraient arrachés de leur place et qu'il les recevrait réellement dans sa main. D'autres expliquent que kabel a le sens d'obscurcissement : il décréta que ses yeux s'obscurcissent lorsqu'il poserait ses mains sur eux, la lumière des yeux se retirant à ce moment ; cette explication est plus proche du sens. Mais il y a lieu de demander : pourquoi le punir dans ses yeux ? Il serait plus juste de le punir dans sa bouche et dans sa langue, qu'il devienne muet ou que sa bouche se torde. Il me semble avec l'aide du Ciel que, selon Rachi de mémoire bénie, il l'a puni pour avoir donné une couronne à cette affaire, en louant les sages pour une chose déjà tranchée et établie depuis les hommes de la Grande Assemblée, vois-y. Or il est connu que les membres du Sanhédrin sont appelés yeux, comme il est rappelé dans le Midrach. Puisqu'il avait touché par là à l'honneur des premiers, qui sont appelés yeux, il fut puni dans ses yeux. Et pourquoi Rabbi Elazar a-t-il pleuré alors ? Parce qu'il sentit que la mesure de guevoura (la rigueur) l'avait emporté à cet instant, en voyant qu'il l'avait puni d'une punition dure et amère. Il voulut donc adoucir la mesure de guevoura afin de pouvoir prier pour sa guérison. Il est connu ce qu'a dit notre maître le Ari de mémoire bénie dans le Chaar Maamerei Rachbi : les pleurs adoucissent les dinim et les guevourot.
בָּכָה רַבִּי אֶלְעָזָר וְאָמַר: (תְּהִלִּים כה, יד) "סוֹד ה' לִירֵאָיו וּבְרִיתוֹ לְהוֹדִיעָם". הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל כֵּיוָן דְּהִקְפִּיד כָּל כָּךְ עַל רַבִּי יוֹסֵי אֵיךְ בְּאוֹתוֹ רֶגַע אָמַר לְשׁוֹן שֶׁבַח עַל הַחֲכָמִים וְשָׁלַח לָהֶם דְּבָרִים בְּדֶרֶךְ חִיבָּה בְּאוֹמְרוֹ אַל תָּחוּשׁוּ לְמִנְיַנְכֶם וְכוּ'? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עֲלֵיהֶם אֵין לוֹ תְּלוּנָה כִּי הֵם לֹא קִבְּלוּ דָּבָר זֶה וְכֵיוָן שֶׁנִּפְתַּח הָעִנְיָן לִפְנֵיהֶם צְרִיכִין לְהָשִׁיב וּצְרִיכִין לַעֲמֹוד לְמִנְיָן וְאִם הָיָה רַבִּי אֶלְעָזָר יוֹשֵׁב עִמָּהֶם וַדַּאי הָיוּ שׁוֹאֲלִין אוֹתוֹ אִם יֵשׁ לוֹ קַבָּלָה בְּדָבָר זֶה מֵרַבּוֹ וְאִם הָיָה אוֹמֵר קִבַּלְתִּי לֹא הָיוּ צְרִיכִין לְמִנְיָן אֶלָּא הָיוּ פּוֹסְקִים הַהֲלָכָה עַל פִּי עֵדוּתוֹ כְּהָנָךְ דְּבָרִים דְּמַסֶּכֶת עִדִּיּוֹת. אַךְ עַל רַבִּי יוֹסֵי הִקְפִּיד שֶׁיּוֹדֵעַ בְּרַבּוֹ שֶׁהוּא גְּדוֹל הַדּוֹר וְקִבֵּל מִן רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְכֵיוָן שֶׁבָּא לְפָנָיו לֹא הָיָה לוֹ לוֹמַר תְּחִלָּה מַה שֶּׁפָּסְקוּ עַל פִּי מִנְיָינָם אֶלָּא הָיָה צָרִיךְ לִשְׁאוֹל מִמֶּנּוּ תְּחִלָּה עַל הַדָּבָר הַזֶּה לֵידַע אִם יֵשׁ לוֹ קַבָּלָה בְּדָבָר זֶה, וְכֵיוָן דְּלָא שְׁאָלוֹ תְּחִלָּה נִרְאֶה דְּלָא הֶחֱשִׁיבוּ וְלֹא הֶחֱשִׁיב קַבָּלָתוֹ חַס וְשָׁלוֹם וּלְכָךְ הֶעֱנִישׁוּ אַךְ כֵּיוָן דְּיָדַע שֶׁבֶּאֱמֶת רַבִּי יוֹסֵי לְפִי תֻּומּוֹ דִּבֵּר חָזַר וְהִתְפַּלֵּל עָלָיו. וּבָזֶה נִיחָא מַה שֶׁהֶעֱנִישׁוּ בְּעֵינָיו כִּי בְּתַלְמִיד כָּתוּב (יְשַׁעְיָה ל, כ) וְהָיוּ עֵינֶיךָ רֹאוֹת אֶת מוֹרֶיךָ כְּדֵי שֶׁיָּשִׂים כְּבוֹד רַבּוֹ וּגְדֻולָּתוֹ עַל לִבּוֹ תָּמִיד וְהוּא שֶׁלֹּא פָּנָה לִבּוֹ לְהִסְתַּכֵּל בִּכְבוֹד רַבּוֹ לְכָךְ הִלְקָהוּ בְּעֵינָיו.
« Rabbi Elazar pleura et dit : le secret de Hachem est pour ceux qui Le craignent, et Son alliance pour les leur faire connaître. » Le Rif de mémoire bénie a demandé : puisqu'il s'était tellement fâché contre Rabbi Yossi, comment a-t-il prononcé au même instant une parole de louange sur les sages et leur a-t-il envoyé des paroles d'affection en disant : ne vous inquiétez pas de votre compte ? Vois-y. Il me semble avec l'aide du Ciel qu'il n'avait contre eux aucune plainte : ils n'avaient pas reçu cette tradition, et dès lors que la question s'était ouverte devant eux, ils devaient répondre et devaient procéder à un vote. Si Rabbi Elazar avait siégé avec eux, ils lui auraient certainement demandé s'il avait sur ce point une tradition de son maître, et s'il avait dit : j'ai reçu, ils n'auraient pas eu besoin d'un vote, mais auraient tranché la halakha sur la foi de son témoignage, comme ces choses du traité Edouyot. Mais contre Rabbi Yossi il s'est fâché, car celui-ci savait de son maître qu'il était le plus grand de la génération et qu'il avait reçu de Rabban Yo'hanan ben Zakkai ; dès lors qu'il venait devant lui, il ne devait pas dire d'abord ce qu'ils avaient tranché par leur vote, mais devait d'abord l'interroger sur cette chose afin de savoir s'il en avait une tradition. Puisqu'il ne l'a pas interrogé d'abord, il apparaît qu'il ne l'a pas tenu pour important et n'a pas tenu sa tradition pour importante, à D.ieu ne plaise, et c'est pourquoi il l'a puni. Mais puisqu'il savait qu'en vérité Rabbi Yossi avait parlé en toute simplicité, il revint et pria pour lui. Par là s'explique bien qu'il l'ait puni dans ses yeux, car il est écrit au sujet de l'élève « tes yeux verront ton maître », afin qu'il place toujours sur son cœur l'honneur et la grandeur de son maître ; comme il n'avait pas tourné son cœur à considérer l'honneur de son maître, il fut frappé dans ses yeux.
💡 Explication

Rachi donne la raison de la sévérité : Rabbi Eliezer supporte mal qu'on couronne d'une nouveauté une décision déjà fixée depuis les hommes de la Grande Assemblée. Les commentateurs se partagent sur la nature exacte de la punition, arrachement effectif ou obscurcissement de la vue.

Le nom de Rabbi Elazar dans la dernière phrase renvoie au même maître que le récit appelle Rabbi Eliezer, la source Sefaria portant ici les deux formes. Le verset de Tehilim 25,14 exprime que les sages ont atteint la bonne conclusion sans connaître la tradition qui la fonde.

9
אָמַר לוֹ, לֵךְ אֱמֹור לָהֶם: אַל תָּחוּשׁוּ לְמִנְיַינְכֶם, כָּךְ מְקֻּובְּלַנִי מֵרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, שֶׁשָּׁמַע מֵרַבּוֹ וְרַבּוֹ מֵרַבּוֹ: הִלְכְתָא לְמֹשֶׁה מִסִּינַי, עַמּוֹן וּמוֹאָב מְעַשְּׂרִין מַעְשַׂר עָנִי בַּשְּׁבִיעִית. מַה טַעַם — הַרְבֵּה כְּרַכִּים כָּבְשׁוּ עוֹלֵי מִצְרַיִם וְלֹא כְּבָשׁוּם עוֹלֵי בָּבֶל,

Il lui dit : va et dis-leur, ne vous inquiétez pas de votre compte. Ainsi ai-je reçu de Rabban Yo'hanan ben Zakkai, qui l'entendit de son maître, et son maître de son maître : c'est une halakha le-Moche mi-Sinaï, Ammon et Moab prélèvent le maasser ani pendant la septième année.

Quelle en est la raison ? Les montants d'Égypte conquirent de nombreuses villes fortes que les montants de Babylone ne conquirent pas,

📜 Rachi (2)
אַל תָּחוּשׁוּ לְמִנְיַינְכֶם אַל יְהִי לָכֶם שׁוּם חֲשָׁשׁ וְגִמְגּוּם בְּמַה שֶׁמִּינִּיתֶם וְתִיקַּנְתֶּם שֶׁהֲרֵי הִסְכַּמְתֶּם לַהֲלָכָה:
Ne vous inquiétez pas de votre compte. N'ayez aucune inquiétude ni hésitation sur ce que vous avez voté et institué, puisque vous vous êtes accordés sur la halakha.
כָּךְ מִקּוֹבְלָנִי שֶׁקְּדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה שֶׁקִּידְּשָׁהּ יְהוֹשֻׁעַ לִשְׁעָתָהּ לֹא קִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבֹא אֲבָל קְדֻושָּׁה שְׁנִיָּה נִתְקַדְּשָׁה לְעוֹלָם כִּדְתַנְיָא בִּיבָמוֹת (דַּף פב:) קְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה יֵשׁ לָהֶן שְׁלִישִׁית אֵין לָהֶן לְפִיכָךְ בִּשְׁאָר אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֵין זְרִיעָה בַּשְּׁבִיעִית אֲבָל עַמּוֹן וּמוֹאָב הִנִּיחוּ מִלְּקַדְּשָׁן כְּדֵי שֶׁיִּסְמְכוּ עֲלֵיהֶן עֲנִיִּים בַּשְּׁבִיעִית בְּלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה וּבְמַעְשַׂר עָנִי לְכָךְ תִּקְּנוּ לָהֶן שֶׁיְּהוּ מְעַשְּׂרִין מַעְשַׂר עָנִי וּבִרְשׁוּת הַחֲכָמִים הָיָה לְהַטִּיל עֲלֵיהֶן אֵיזֶה מַעֲשֵׂר שֶׁיִּרְצוּ לְפִי שֶׁאֵינָן חַיָּיבִין מִן הַתּוֹרָה:
Ainsi ai-je reçu. Que la première sanctification, celle par laquelle Yehochoua a sanctifié, valait pour son temps et ne valait pas pour l'avenir, tandis que la seconde sanctification a été sanctifiée pour toujours, comme il est enseigné dans Yevamot (82b) : la première et la seconde sanctification, ils les ont ; une troisième, ils ne l'ont pas. C'est pourquoi, dans le reste de la Terre d'Israël, on ne sème pas pendant la septième année. Mais Ammon et Moab, ils ont renoncé à les sanctifier afin que les pauvres puissent s'y appuyer pendant la septième année, par le leket, la chikheha et la pea et par le maasser ani. Ils ont donc institué pour eux qu'ils prélèvent le maasser ani, et il était au pouvoir des sages de leur imposer le maasser qu'ils voulaient, puisqu'ils n'y sont pas tenus par la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
עַמּוֹן וּמוֹאָב מְעַשְּׂרִין מַעְשַׂר עָנִי בַּשְּׁבִיעִית. לְפִי סֵדֶר הַשָּׁנִים הָיָה לָהֶם לְהַפְרִישׁ מַעֲשֵׂר שֵׁנִי שֶׁהוּא שָׁנָה רִאשׁוֹנָה וּמַעְשַׂר עָנִי נוֹהֵג בְּשִׁשִּׁית וְלֹא מָצִינוּ מַעְשַׂר עָנִי שְׁתֵּי שָׁנִים רְצוּפִים אֶלָּא תַּקָּנָה תִּקְּנוּ בָּהּ כְּדֵי שֶׁיִּסְמְכוּ עֲלֵיהֶם עֲנִיִּים בַּשְּׁבִיעִית וּבְדִין הוּא דְּאַפֵּי' תְּרוּמָה גְּדוֹלָה לֹא נִיתְקַן אֶלָּא יְהֵא הַכֹּל מַעְשַׂר עָנִי אֶלָּא שֶׁלֹּא רָצוּ לְחַלֵּק כָּל כָּךְ מִשְּׁאָר שָׁנִים פרש"י דְּהַיְינוּ אֶרֶץ סִיחוֹן וְעוֹג כִּדְאָמְרִינַן בְּחֻולִּין (דַּף ס:) עַמּוֹן וּמוֹאָב טָהֲרוּ בְּסִיחוֹן כְּלוֹמַר עַל יְדֵי כִּבּוּשׁ סִיחוֹן וְעוֹג הֻותַּר לְיִשְׂרָאֵל לִיכָּבֵשׁ וְהִקְשָׁה ר"ת דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נב: וְשָׁם) שָׁלֹשׁ אֲרָצוֹת לְבִיעוּר יְהוּדָה וְעֵבֶר הַיַּרְדֵּן וְהַגָּלִיל וְעֵבֶר הַיַּרְדֵּן הַיְינוּ אֶרֶץ סִיחוֹן וְעוֹג וכ"ת דִּקְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה לֹא קִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבֹא אִם כֵּן תִּיפְשֹׁוט מִינֵּיהּ דִּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לֹא קִידְּשָׁהּ אַלְּמָה מִיבְּעֵי' לָן בְּפ"ק דִּמְגִילָּה (דַּף י. וְשָׁם) וּבִשְׁבוּעוֹת (דַּף טז. וְשָׁם) מַאי סְבִירָא לֵיהּ אִי קִידְּשָׁהּ אִי לֹא קִידְּשָׁהּ וְתֵירֵץ ר"ת דְּיֵשׁ לְחַלֵּק דְּהָכָא בְּעַמּוֹן וּמוֹאָב דְּלָא כָּבְשׁוּ סִיחוֹן וְעוֹג וְלֹא נִתְקַדְּשׁוּ כְּלָל בִּקְדֻושַּׁת הָאָרֶץ וְעוֹד מְתָרֵץ דְּלָא קִידְּשָׁהּ עֵבֶר הַיַּרְדֵּן רַק לְאֶרֶץ סִיחוֹן מַמָּשׁ אֲבָל מַה שֶׁכָּבַשׁ מֵעַמּוֹן לֹא נִתְקַדְּשָׁה:
Selon l'ordre des années, ils auraient dû prélever le maasser cheni, puisqu'il s'agit de la première année du cycle, tandis que le maasser ani se pratique la sixième, et nous ne trouvons pas de maasser ani deux années consécutives. Il s'agit donc d'une takana établie pour que les pauvres puissent s'appuyer sur eux pendant la septième année. En stricte logique, même la terouma guedola n'aurait pas dû y être instituée et tout aurait dû être maasser ani, mais ils n'ont pas voulu distinguer à ce point ces terres du régime des autres années. Rachi a expliqué qu'il s'agit de la terre de Si'hon et Og, comme nous disons dans Houlin (60b) : Ammon et Moab ont été rendus purs par Si'hon, c'est-à-dire que par la conquête de Si'hon et Og il fut permis à Israël de les conquérir. Rabbenou Tam a objecté : nous disons au chapitre Makom che-nahagou (Pessahim 52b) qu'il y a trois terres pour le biour, la Judée, l'au-delà du Jourdain et la Galilée, et l'au-delà du Jourdain désigne la terre de Si'hon et Og. Et si tu réponds que la première sanctification n'a pas valu pour l'avenir, tu résoudrais alors de là que, selon Rabbi Eliezer, elle n'a pas valu ; or on s'interroge là-dessus au premier chapitre de Meguila (10a) et dans Chevouot (16a) : que tient-il, qu'elle a valu ou qu'elle n'a pas valu ? Rabbenou Tam a répondu qu'il y a lieu de distinguer : ici il s'agit d'Ammon et de Moab que Si'hon et Og n'avaient pas conquis et qui n'ont donc jamais reçu la sainteté de la Terre. Il répond encore que l'au-delà du Jourdain n'a été sanctifié que pour la terre de Si'hon proprement dite, tandis que ce qui fut conquis d'Ammon n'a pas été sanctifié.
💡 Explication

La décision prise au vote se révèle identique à une tradition remontant au Sinaï : les sages ont vu juste, et leur vote n'a rien institué de nouveau. La chaîne de transmission est donnée explicitement, de Rabban Yo'hanan ben Zakkai à ses maîtres.

La raison repose sur la différence entre les deux entrées en Terre d'Israël. Yehochoua et les montants d'Égypte ont conquis des territoires que Ezra et les montants de Babylone n'ont pas repris. Rachi ajoute que la seconde sanctification, elle, vaut pour toujours, et que les sages disposaient du choix du prélèvement puisque l'obligation dans ces terres n'est pas de la Torah.

🖼️ Schéma
Pourquoi Ammon et Moab prélèvent le maasser ani la septième année Montants d'Égypte (Yehochoua) ont conquis de nombreuses villes fortes, dont ces territoires : première sanctification de la Terre. Montants de Babylone (Ezra) n'ont pas conquis ces villes et les ont laissées de côté volontairement. La première sanctification vaut pour son temps, non pour l'avenir. Aucune sanctification nouvelle ne les atteint. Ces terres restent hors de la sainteté de la Terre on y sème et on y moissonne pendant la septième année Takana : on y prélève le maasser ani afin que les pauvres de la Terre d'Israël s'appuient sur cette récolte pendant la septième année, où la Terre ne produit rien pour eux
Les deux conquêtes, la sainteté qui en résulte et la takana du maasser ani.
10
מִפְּנֵי שֶׁקְּדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִדְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְלֹא קִדְּשָׁה לֶעָתִיד לָבֹא, וְהִנִּיחוּם כְּדֵי שֶׁיִּסְמְכוּ עֲלֵיהֶן עֲנִיִּים בַּשְּׁבִיעִית.

parce que la première sanctification a sanctifié pour son temps et n'a pas sanctifié pour l'avenir à venir ; et ils les ont laissées de côté afin que les pauvres s'appuient sur elles pendant la septième année.

💡 Explication

Deux propositions se combinent ici. La première est un principe général : la sanctification opérée par Yehochoua a cessé avec l'exil, de sorte que ces territoires n'étaient plus tenus par elle. La seconde est une intention délibérée : les montants de Babylone ont choisi de ne pas les réintégrer, afin de conserver une réserve de récolte accessible pendant la chemita.

11
תַּנָּא: לְאַחַר שֶׁנִּתְייַשְּׁבָה דַּעְתּוֹ, אָמַר: יְהִי רָצוֹן שֶׁיַּחְזְרוּ עֵינֵי יוֹסֵי לִמְקוֹמָן, וְחָזְרוּ.

Il a été enseigné : après que son esprit se fut apaisé, il dit : que ce soit Ta volonté que les yeux de Yossi reviennent à leur place. Et ils revinrent.

💡 Explication

La baraita clôt le récit. L'apaisement précède la prière, ce qui rejoint la lecture du Ben Yehoyada sur les pleurs du maître. Pour la Guemara, ce précédent suffit à expliquer la prudence des deux élèves devant Rabbi Yehochoua.

12
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵיזֶהוּ שׁוֹטֶה? הַיּוֹצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה, וְהַלָּן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת, וְהַמִּקְּרַע אֶת כְּסוּתוֹ. אִיתְּמַר, רַב הוּנָא אָמַר: עַד שֶׁיְּהוּ כֻּולָּן בְּבַת אַחַת, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ בְּאַחַת מֵהֶן.

Nos maîtres ont enseigné : quel est celui qu'on appelle choté ? Celui qui sort seul la nuit, celui qui passe la nuit au cimetière, et celui qui déchire son vêtement.

Il a été dit : Rav Houna dit, jusqu'à ce qu'ils soient tous ensemble en même temps. Rabbi Yo'hanan dit, même avec l'un d'entre eux.

📜 Rachi (2)
אֵיזֶהוּ שׁוֹטֶה הָאָמוּר בְּכָל מָקוֹם שֶׁפָּטוּר מִן הַמִּצְוֹת וּמִן הָעֹונֶשׁ וְאֵין קִנְיָנוֹ קִנְיָן וְאֵין מִמְכָּרוֹ מִמְכָּר:
Quel est celui qu'on appelle choté. Celui dont il est question partout, qui est dispensé des mitsvot et de la peine, dont l'acquisition n'est pas une acquisition et dont la vente n'est pas une vente.
וְהַלָּן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת בַּלַּיְלָה:
Et celui qui passe la nuit au cimetière. La nuit.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna du début du traité, qui dispense le choté de la reiya. Elle demande maintenant ce qui définit ce statut. La baraita répond par trois signes de comportement.

Rachi rappelle la portée du terme : le choté dont parlent les sources est dispensé des mitsvot et des peines, et ses actes juridiques, achat comme vente, sont sans effet. Le désaccord entre Rav Houna et Rabbi Yo'hanan porte sur le nombre de signes requis pour établir ce statut.

🖼️ Schéma
Combien de signes font le choté ? Rav Houna contre Rabbi Yo'hanan Baraita : trois signes sortir seul la nuit — passer la nuit au cimetière — déchirer son vêtement Rav Houna Il faut les trois signes ensemble. Raison : chaque acte pris isolément admet une explication ordinaire. Le cumul seul établit la hazaka, comme le bœuf devenu moued. Rabbi Yo'hanan Un seul signe suffit. Raison : l'acte accompli de manière insensée révèle déjà l'absence de daat. Tossefot : celui qui est choté sur un point l'est pour toute matière. Nafka mina Le statut de choté emporte dispense de toutes les mitsvot, exemption de peine, nullité de ses achats et de ses ventes. Pour Rav Houna, l'homme qui ne présente qu'un seul signe reste pleinement tenu et ses actes juridiques tiennent.
Les deux positions et ce qui dépend pratiquement du statut de choté.
13
הֵיכִי דָמֵי? אִי דְּעָבֵיד לְהוּ דֶּרֶךְ שְׁטוּת — אֲפִילּוּ בַּחֲדָא נָמֵי, אִי דְּלָא עָבֵיד לְהוּ דֶּרֶךְ שְׁטוּת — אֲפִילּוּ כֻּולְּהוּ נָמֵי לָא.

De quoi s'agit-il ? Si c'est qu'il les accomplit de manière insensée, même avec un seul cela devrait suffire.

Si c'est qu'il ne les accomplit pas de manière insensée, même avec tous cela ne devrait pas suffire.

🗂️ Tossefot (1)
דֶּרֶךְ שְׁטוּת אֲפִילּוּ בְּחַד נָמֵי. וְכִי תֵּימָא דְּלָא הָיָה מוּעָד לִשְׁטוּת רַק לְאוֹתוֹ דָּבָר וּבָעֵינַן תְּלָתָא כְּדֵי לְהַחֲזִיקוֹ כְּשׁוֹטֶה לְכָל מִילֵּי כְּמוֹ נָגַח שׁוֹר וַחֲמוֹר וְגָמָל נַעֲשָׂה מוּעָד לַכֹּל דְּהָכָא לָא דָּמֵי דְּהָכָא כֵּיוָן שֶׁהוּא שׁוֹטֶה בְּאַחַת וַדַּאי יֵשׁ לְהַחֲזִיקוֹ בְּחֶזְקַת שׁוֹטֶה לְכָל דָּבָר בַּיְּרוּשַׁלְמִי בפ"ק דִּתְרוּמוֹת אוֹמֵר סִימָנֵי שׁוֹטֶה הַיּוֹצֵא בַּלַּיְלָה וְהַלָּן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת וְהַמְקָרֵעַ כְּסוּתוֹ וְהוּא מְאַבֵּד מַה שֶׁנּוֹתְנִים לוֹ א"ר הוּנָא וְהוּא שֶׁיְּהוּ כֻּולָּן בּוֹ דְּלָא כֵּן אוֹמֵר אֲנִי הַיּוֹצֵא בַּלַּיְלָה יְחִידִי אֵימוֹר גַּנְדְּרִיפַס אָחֲדֵיהּ וְהַלָּן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת לַשֵּׁדִים וְהַמִּקְּרַע כְּסוּתוֹ אֵימַר בַּעַל מַחְשָׁבוֹת מְאַבֵּד מַה שֶׁנּוֹתְנִים לוֹ קוּבְיָקוּס רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אֲפִילּוּ אַחַת מֵהֶן אָמַר ר' אָבִין מִסְתַּבְּרָא כַּר' יוֹחָנָן בִּלְבַד מִמְּאַבֵּד מַה שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ דַּאֲפִילּוּ שׁוֹטֶה שֶׁבַּשּׁוֹטִים אֵינוֹ מְאַבֵּד מַה שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ קוּבְיָקוּס אֵין בּוֹ אַחַת מִכָּל אֵלּוּ:
Et si tu dis qu'il n'était établi comme insensé que pour cette chose-là, et qu'il en faut trois pour le tenir pour choté en toute matière, à la manière du bœuf qui a encorné un bœuf, un âne et un chameau et devient moued pour tout : ici ce n'est pas comparable, car dès lors qu'il est choté sur un point, il faut certainement le tenir pour choté en toute chose. Dans le Yerouchalmi, au premier chapitre de Teroumot, il est dit : les signes du choté sont celui qui sort la nuit, celui qui passe la nuit au cimetière, celui qui déchire son vêtement, et celui qui perd ce qu'on lui donne. Rav Houna a dit : à condition qu'ils soient tous en lui, sinon je dis : celui qui sort seul la nuit, dis qu'un gandripas l'a saisi ; celui qui passe la nuit au cimetière, c'est pour les chedim ; celui qui déchire son vêtement, dis que c'est un homme de pensées ; celui qui perd ce qu'on lui donne, c'est un koubikous. Rabbi Yo'hanan a dit : même avec l'un d'entre eux. Rabbi Avin a dit : il est raisonnable de suivre Rabbi Yo'hanan pour le seul cas de celui qui perd ce qu'on lui donne, car même le plus insensé des insensés ne perd pas ce qu'on lui donne ; et le koubikous ne présente aucun de tous ces signes.
💡 Explication

La question serre les deux positions. Le critère décisif est la manière dont l'acte est accompli : s'il porte déjà la marque de l'égarement, un seul acte devrait trancher, et Rav Houna n'aurait pas besoin des trois ; s'il ne la porte pas, aucun nombre d'actes ne devrait suffire, et Rabbi Yo'hanan n'aurait rien sur quoi s'appuyer.

Tossefot écarte d'avance une réponse possible, celle qui ferait du choté un statut partiel établi acte par acte, sur le modèle du bœuf moued. Il cite le Yerouchalmi, qui ajoute un quatrième signe, celui qui perd ce qu'on lui donne.

14
לְעוֹלָם דְּקָא עָבֵיד לְהוּ דֶּרֶךְ שְׁטוּת, וְהַלָּן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת — אֵימוֹר כְּדֵי שֶׁתִּשְׁרֶה עָלָיו רוּחַ טֻומְאָה הוּא דְּקָא עָבֵיד. וְהַיּוֹצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה — אֵימוֹר גַּנְדְּרִיפַס אָחֲדֵיהּ, וְהַמִּקְּרַע אֶת כְּסוּתוֹ — אֵימוֹר בַּעַל מַחְשָׁבוֹת הוּא, כֵּיוָן דְּעַבְדִינְהוּ לְכוּלְּהוּ, הֲוָה לְהוּ

En vérité, il s'agit de celui qui les accomplit de manière insensée. Et celui qui passe la nuit au cimetière, dis qu'il le fait afin qu'un esprit d'impureté repose sur lui.

Et celui qui sort seul la nuit, dis qu'un gandripas l'a saisi. Et celui qui déchire son vêtement, dis que c'est un homme de pensées.

Dès lors qu'il les a tous accomplis, ils deviennent pour lui

📜 Rachi (2)
לְעוֹלָם דְּקָא עָבֵיד לְהוּ דֶּרֶךְ שְׁטוּת וַאֲפִילּוּ הָכֵי לָא מַחְזְקִינַן לֵיהּ בַּחֲדָא דְּהַיּוֹצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה אֵימוֹר גַּנְדְּרִיפַס אַחְדֵּיהּ אֲנִי שָׁמַעְתִּי חֹולִי הָאוֹחֵז מִתּוֹךְ דְּאָגָה וְלִי נִרְאֶה שֶׁנִּתְחַמֵּם גּוּפוֹ וְיוֹצֵא לִמְקוֹם הָאֲוִיר:
En vérité, il s'agit de celui qui les accomplit de manière insensée. Et malgré cela nous ne l'établissons pas comme choté sur un seul acte, car celui qui sort seul la nuit, dis qu'un gandripas l'a saisi. J'ai entendu qu'il s'agit d'une maladie qui saisit l'homme à cause de l'inquiétude ; et il me semble que son corps s'est échauffé et qu'il sort vers un lieu aéré.
שֶׁתִּשְׁרֶה עָלָיו רוּחַ טֻומְאָה רוּחַ שֵׁדִים שֶׁיְּסַייְּעוּהוּ לִהְיוֹת מְכַשֵּׁף:
Qu'un esprit d'impureté repose sur lui. Un esprit de chedim qui l'aiderait à devenir sorcier.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דְּעַבְדִינְהוּ לְכוּלְּהוּ נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁנָּגַח כו'. וּמֵחַד בִּשְׁלֹשָׁה זִימְנָא לָא אִיתַּחְזַק דְּתָלֵינַן בְּהַךְ דְּקָאָמַר הַשַּׁ"ס אֵימָא בַּעַל מַחְשָׁבוֹת אוֹ אִינָךְ:
Et par une seule sorte d'acte répétée trois fois, il n'est pas établi comme choté, car nous rattachons l'acte à l'explication que la Guemara donne : dis que c'est un homme de pensées, ou l'une des autres.
💡 Explication

La réponse maintient que les actes sont accomplis de manière insensée, tout en montrant que chacun, pris isolément, admet une explication ordinaire qui empêche de conclure. Passer la nuit au cimetière se comprend par une pratique de sorcellerie, condamnable mais raisonnée ; sortir seul la nuit se comprend par un accès de fièvre, le gandripas, que Rachi rapporte selon deux explications ; déchirer son vêtement se comprend par la distraction d'un homme absorbé.

Le cumul des trois retire toute explication de ce genre et établit la hazaka. La phrase reste ouverte au bas du folio : la comparaison avec le bœuf devenu moued se lit au début de 4a.

🖼️ Schéma
Chaque signe isolé admet une explication ordinaire Le signe L'explication qui l'innocente Passer la nuit au cimetière Pour qu'un esprit d'impureté repose sur lui acte interdit, mais raisonné Sortir seul la nuit Un gandripas, un accès de fièvre, l'a saisi il cherche l'air du dehors Déchirer son vêtement C'est un homme absorbé dans ses pensées il déchire sans y prendre garde Les trois ensemble : aucune explication ordinaire ne couvre plus l'ensemble. Le cumul établit la hazaka, comme le bœuf qui a encorné trois fois et devient moued.
Ce qui innocente chaque signe pris à part et ce que le cumul établit.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).