Chagigah 4a — Qui est tenu de la reiya : zakhor, zekhourekha, kol zekhourekha, et l'exemption des esclaves

Chagigah 4a

Sougya : Le folio ferme d'abord la discussion sur les signes du choté : Rav Papa enseigne que Rav Houna se serait rétracté s'il avait connu la baraita qui définit le choté comme celui qui détruit tout ce qu'on lui donne, et la Guemara laisse en teikou la question de l'étendue de cette rétractation. Il passe ensuite à la michna sur le toumtoum et l'androguinos, et expose la baraita qui lit trois degrés dans le verset de Chemot 23,17 : zakhor exclut les femmes, zekhourekha exclut le toumtoum et l'androguinos, kol zekhourekha inclut les enfants.

Chaque degré est mis en question : pourquoi un verset pour les femmes, déjà exemptes de toute mitsva positive liée au temps ? pourquoi un verset pour un cas de doute comme le toumtoum ? comment un verset peut-il inclure l'enfant que la michna exempte ? Les réponses font apparaître la guezera chava reiya-reiya avec le hakhel, le statut de créature à part de l'androguinos, le cas d'Abaye où les testicules sont au-dehors, et l'enseignement d'Aherim sur ceux dont le métier rend l'odeur insupportable.

Le folio traite enfin l'exemption des esclaves : le principe de la guezera chava lah-lah rend le verset superflu, et Ravina le rapporte à celui qui est à moitié esclave et à moitié homme libre. Il s'achève sur la derasha de regalim qui exempte le boiteux, l'aveugle, le malade et le vieillard, interrompue au milieu de la réponse de Rava.

Chemot 23,17 : les trois degrés du verset et les trois objections Trois fois l'an, tous tes mâles (kol zekhourekha) apparaîtront devant le Maître, Hachem zakhor — mâle exclut les femmes zekhourekha — tes mâles exclut toumtoum et androguinos kol zekhourekha inclut les enfants Objection mitsva positive liée au temps : les femmes en sont déjà exemptes partout Objection le toumtoum est un safek : faut-il un verset pour exclure un doute ? Objection la michna exempte l'enfant avec le sourd-muet et le choté Réponse sans le verset on aurait tiré reiya-reiya du hakhel, où les femmes sont tenues malgré le temps fixé Réponse androguinos : créature à part (beriya bifnei atsmo) toumtoum (Abaye) : testicules au-dehors, mâle certain Réponse Abaye : enfant parvenu au hinoukh, obligation de-rabbanan le verset n'est qu'asmakhta et sert en propre à Aherim Ce que le verset retient en propre kol zekhourekha : celui qui peut monter avec tous tes mâles le mekametz, l'affineur de cuivre et le tanneur en sont donc exemptés
Les trois degrés de la derasha, l'objection que chacun soulève et la réponse de la Guemara.
Les exemptés de la reiya et la source de chaque exemption Qui est exempté Source et raison Les femmes zakhor ; sinon on aurait tiré reiya-reiya du hakhel Le toumtoum zekhourekha, même quand ses testicules sont au-dehors L'androguinos zekhourekha ; il forme une créature à part entière L'enfant non parvenu au hinoukh michna ; l'enfant au hinoukh est tenu de-rabbanan Mekametz, affineur de cuivre, tanneur Aherim : kol zekhourekha, ils ne peuvent monter avec tous Les esclaves non affranchis el penei ha-adon : ils ont un autre maître Les baalei kabin (jambes artificielles) regalim, ou peamim selon la première derasha Boiteux, aveugle, malade, vieillard regalim : monter sur ses propres pieds Règle commune : l'obligation suppose un homme, libre, entier et capable de monter avec la communauté
Tableau de synthèse : chaque catégorie exemptée de la reiya et le mot du verset qui l'exclut.
L'esclave : pourquoi un verset alors que la guezera chava suffit Principe général : guezera chava lah-lah l'esclave est tenu de ce dont la femme est tenue, et exempté de ce dont elle est exempte La femme est exempte de la reiya, donc l'esclave l'est aussi pourquoi alors le verset el penei ha-adon ? Ravina : pour celui qui est à moitié esclave, à moitié homme libre il a un autre maître, donc il est exempté Appui dans la michna : femmes et esclaves qui ne sont pas affranchis si elle visait l'esclave entier, elle dirait esclaves sans autre précision Michna première le demi-esclave reste partagé entre deux maîtres exempté de la reiya Michna postérieure (Rachi) on contraint le maître à l'affranchir : il est comme libre tenu de la reiya
Le trajet du raisonnement sur l'esclave, jusqu'au cas du demi-esclave de Ravina.
1
כְּמִי שֶׁנָּגַח שׁוֹר חֲמוֹר וְגָמָל, וְנַעֲשָׂה מוּעָד לַכֹּל. אָמַר רַב פָּפָּא: אִי שְׁמִיעַ לֵיהּ לְרַב הוּנָא הָא דְּתַנְיָא: אֵי זֶהוּ שׁוֹטֶה — זֶה הַמְאַבֵּד כָּל מַה שֶּׁנּוֹתְנִים לוֹ, הֲוָה הָדַר בֵּיהּ.

comme celui qui a encorné un bœuf, un âne et un chameau, et qui devient moued (averti, récidiviste établi) pour toute espèce. Rav Papa a dit : si Rav Houna avait entendu ce qui est enseigné dans une baraita : quel est le choté (l'insensé) ?

Celui qui détruit tout ce qu'on lui donne — il se serait rétracté.

📜 Rachi (2)
כְּמוֹ שֶׁנָּגַח שׁוֹר חֲמוֹר וְגָמָל דְּבָבָא קַמָּא (דַּף לז.) דְּנַעֲשָׂה מוּעָד לְכָל וְלָא אָמְרִינַן עַד שֶׁיְּהֵא מוּעָד בִּשְׁלֹשָׁה בְּכָל מִין וּמִין דְּהוֹאִיל וְהוּעַד שְׁלֹשָׁה נְגִיחוֹתָיו בִּשְׁלֹשָׁה מִינִין אֵין זֶה מַקְפִּיד עַל מִין אַחֵר אַף כָּאן לֹא בָּאוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים לְיָדוֹ בְּבַת אַחַת אֶלָּא כֻּולָּן מִשּׁוּם שְׁטוּת:
Comme celui qui a encorné un bœuf, un âne et un chameau. C'est ce qui figure dans Bava Kama (37a) : il devient moued pour toute espèce, et nous ne disons pas qu'il faille qu'il soit averti par trois coups dans chaque espèce ; car puisqu'il a été averti par ses trois coups portés sur trois espèces, il ne fait plus de différence entre les espèces. Ici de même : ces trois choses ne lui sont pas arrivées en une seule fois, mais toutes viennent de la folie.
אִי שְׁמִיעָא לֵיהּ הָא דְּתַנְיָא דְּמַשְׁמַע בְּדָבָר אֶחָד מַחֲזִיקִין אוֹתוֹ בְּשׁוֹטֶה הֲוָה הָדַר בֵּיהּ:
S'il avait entendu. Cette baraita, dont il résulte que par une seule chose on l'établit comme choté, il se serait rétracté.
💡 Explication

La Guemara achevait, en 3b, le débat sur le nombre de signes exigés pour établir quelqu'un comme choté. Rav Houna exigeait le cumul des trois signes, et le folio vient d'en donner la comparaison : le bœuf devenu moued après avoir encorné trois espèces différentes. Trois actes de nature différente ne se laissent plus expliquer un par un, ils révèlent une disposition.

Rav Papa limite cette position : la baraita qui définit le choté par un seul comportement, détruire ce qu'on lui remet, aurait fait reculer Rav Houna. Un acte purement destructeur ne laisse place à aucune explication ordinaire.

2
אִיבַּעְיָא לְהוּ: כִּי הֲוָה הָדַר בֵּיהּ — מִמְּקָרֵע כְּסוּתוֹ הוּא דַּהֲוָה הָדַר בֵּיהּ, דְּדָמְיָא לְהָא, אוֹ דִּלְמָא: מְכֻולֵּהוּ הֲוָה הָדַר? תֵּיקוּ.

On leur a demandé : lorsqu'il se serait rétracté, est-ce seulement au sujet de celui qui déchire son vêtement qu'il se serait rétracté, parce que ce cas ressemble à celui-là (celui qui détruit tout ce qu'on lui donne), ou bien se serait-il rétracté au sujet de tous les signes ? Teikou (la question reste sans réponse).

🗂️ Tossefot (1)
אוֹ דִּלְמָא מְכֻולֵּהוּ. מִי אָמְרִינַן דְּכֵיוָן דְּמִקְּרַע דְּדָמֵי לְהַאי הָדַר בֵּיהּ גַּם לְאִינָךְ דְּחָשֵׁיב בַּהֲדֵי מִקְּרַע הָדַר בֵּיהּ אוֹ דִלְמָא מֵהַאי לְחוּדֵיהּ:
Ou bien au sujet de tous. Disons-nous que, puisqu'il se rétracte au sujet de celui qui déchire, lequel ressemble à ce cas, il se rétracte aussi au sujet des autres signes énumérés à côté de celui qui déchire ; ou bien seulement au sujet de celui-là seul ?
💡 Explication

La rétractation attribuée à Rav Houna admet deux étendues. Déchirer son vêtement est un acte de destruction : il tombe exactement sous la définition de la baraita, et sur ce signe isolé Rav Houna aurait cède. Les deux autres signes, sortir seul la nuit et passer la nuit au cimetière, gardent une explication possible.

La Guemara conclut par teikou : la question demeure ouverte, sans trancher entre la rétractation restreinte et la rétractation générale.

3
וְטֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס כו׳. תָּנוּ רַבָּנַן: ״זָכוּר״ לְהוֹצִיא אֶת הַנָּשִׁים. ״זְכוּרְךָ״, לְהוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס. ״כָּל זְכוּרְךָ״, לְרַבּוֹת אֶת הַקְּטַנִּים.

« Et le toumtoum et l'androguinos, etc. » Nos maîtres ont enseigné : « zakhor » (mâle) — pour exclure les femmes ; « zekhourekha » (tes mâles) — pour exclure le toumtoum et l'androguinos ; « kol zekhourekha » (tous tes mâles) — pour inclure les enfants.

📜 Rachi (1)
זְכוֹר אִם נֶאֱמַר זָכוּר אֵין לְךָ לְהוֹצִיא אֶלָּא אֶת הַנָּשִׁים עַכְשָׁיו שֶׁנֶּאֱמַר זְכוּרְךָ בָּא לְהוֹצִיא אַף טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס עִם הַנָּשִׁים:
« Zakhor ». S'il avait été dit « zakhor » seulement, tu n'aurais eu à exclure que les femmes ; maintenant qu'il est dit « zekhourekha », le verset vient exclure aussi le toumtoum et l'androguinos avec les femmes.
🗂️ Tossefot (1)
זְכוּרְךָ. לְהוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס. בִּירוּשַׁלְמִי בָּעֵי מֶה אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בְּאַנְדְּרוֹגִינוֹס דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּמַתִּיר דִּמְחַלְּלִין עָלָיו שַׁבָּת נִשְׁמְעִנָּא מִן הָדָא רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן דַּהֲבַאי בְּשֵׁם רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אַף הַסּוּמָא וְלֵית בַּר נַשׁ אָמַר אַף אֶלָּא דַּהֲוָה מוֹדֶה עַל קַדְמָיְיתָא כּוּ' וּמוֹקֵי טַעְמָא דְּהָתָם גַּבֵּי שַׁבָּת דְּרֵישׁ זָכָר מַה תַּלְמוּד לוֹמַר עָרֵל אֲפִילּוּ מִקְצָת עָרֵל וְהָכָא כָּל זְכוּרְךָ פְּרָט לְטֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס:
« Zekhourekha » — pour exclure le toumtoum et l'androguinos. Dans le Yerouchalmi on demande : qu'a dit Rabbi Yehouda au sujet de l'androguinos, puisque nous avons entendu de lui qu'il permet de profaner le Chabbat pour lui ? Apprenons-le de ceci : Rabbi Yo'hanan ben Dahavaï, au nom de Rabbi Yehouda, dit : même l'aveugle. Or personne ne dit « même » sinon parce qu'il concède le premier enseignement, etc. Et le Yerouchalmi établit la raison de là-bas, à propos du Chabbat, où l'on expose : « mâle » — que vient alors enseigner « arel » (incirconcis) ? Même un incirconcis partiel. Tandis qu'ici « kol zekhourekha » exclut le toumtoum et l'androguinos.
💡 Explication

La Guemara passe à la suite de la michna. Le verset de Chemot 23,17 est lu en trois degrés, chaque ajout du texte produisant une exclusion ou une inclusion nouvelle. Le toumtoum a les organes recouverts et son sexe reste indécis ; l'androguinos porte les signes des deux sexes.

La forme de la derasha vaut d'être notée : le mot nu exclut les femmes, le suffixe possessif élargit l'exclusion, et le mot kol ouvre une inclusion. La Guemara va ensuite interroger chacun de ces trois degrés.

4
אָמַר מָר: ״זָכוּר״, לְהוֹצִיא אֶת הַנָּשִׁים. הָא לָמָּה לִי קְרָא? מִכְּדִי מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא הוּא, וְכָל מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא נָשִׁים פְּטוּרוֹת!

Le Maître a dit : « zakhor » — pour exclure les femmes. Mais pourquoi me faut-il un verset pour cela ?

Puisqu'il s'agit d'une mitsva positive dont le temps est la cause (mitsvat assé che-ha-zeman gerama), et que de toute mitsva positive dont le temps est la cause les femmes sont exemptes !

📜 Rachi (1)
נָשִׁים פְּטוּרוֹת בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לד:) יָלְפִינַן לָהּ:
Les femmes sont exemptes. Nous l'apprenons au premier chapitre de Kidouchin (34b).
💡 Explication

Première objection. La reiya, l'obligation de se présenter au Temple, est liée aux trois fêtes : son temps la commande, donc elle entre dans la catégorie des mitsvot positives liées au temps, dont les femmes sont exemptes par une règle générale apprise dans Kidouchin. Un verset propre paraît superflu.

5
אִצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: נֵילַף ״רְאִיָּיה״ ״רְאִיָּיה״ מֵהַקְהֵל; מַה לְהַלָּן נָשִׁים חַיָּיבוֹת, אַף כָּאן נָשִׁים חַיָּיבוֹת, קָא מַשְׁמָע לַן.

Le verset était nécessaire, car il te serait venu à l'esprit de dire : apprenons « reiya » de « reiya » énoncé à propos du hakhel (l'assemblée) ; de même que là-bas les femmes sont tenues, ici aussi les femmes seraient tenues. C'est pourquoi il nous enseigne (qu'elles sont exemptes).

📜 Rachi (1)
מֵהַקָּהָל דְּהָוֵי נָמֵי מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא וְנָשִׁים חַיָּיבוֹת:
Du hakhel. Qui est lui aussi une mitsva positive dont le temps est la cause, et où les femmes sont pourtant tenues.
💡 Explication

Réponse par une guezera chava. Le mot reiya figure aussi dans le commandement du hakhel, l'assemblée de la fin de l'année de chemita, où le verset appelle expressément les femmes. Le hakhel est lui aussi une mitsva positive liée au temps, et les femmes y sont pourtant tenues.

Le rapprochement des deux mots aurait donc pu renverser la règle générale pour notre cas. Le mot zakhor bloque cette lecture.

6
אָמַר מַר: ״זְכוּרְךָ״, לְהוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס. בִּשְׁלָמָא אַנְדְּרוֹגִינוֹס — אִצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וְאִית לֵיהּ צַד זַכְרוּת — לִיחַייֵּב, קָא מַשְׁמַע לַן דִּבְרִיָּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא.

Le Maître a dit : « zekhourekha » — pour exclure le toumtoum et l'androguinos. Pour l'androguinos, soit, le verset était nécessaire : il te serait venu à l'esprit de dire que, puisqu'il possède un côté de masculinité, il devrait être tenu ; c'est pourquoi le verset nous enseigne qu'il est une créature à part entière (beriya bifnei atsmo).

💡 Explication

Deuxième degré du verset. L'exclusion de l'androguinos demandait un énoncé, car son côté mâle donnait un motif positif de l'obliger. Le verset tranche autrement et lui reconnaît un statut propre : une beriya bifnei atsmo, une créature à part, qui ne se range ni parmi les mâles ni parmi les femelles.

7
אֶלָּא טֻומְטוּם, סְפֵיקָא הוּא — מִי אִצְטְרִיךְ קְרָא לְמַעוֹטֵי סְפֵיקָא? אָמַר אַבַּיֵּי: כְּשֶׁבֵּיצָיו מִבַּחוּץ.

Mais le toumtoum, c'est un cas de doute (safek) : faut-il un verset pour exclure un doute ? Abaye a dit : lorsque ses testicules sont à l'extérieur.

📜 Rachi (2)
אֲתָא קְרָא לְמַעוּטֵי סְפֵיקָא בִּתְמִיהַּ לָמָּה לִי קְרָא מֵהֵיכָא תֵּיתֵי לָן לְחִיּוּבֵיהּ:
Le verset vient exclure un doute ? La question est posée avec étonnement : pourquoi me faut-il un verset ? D'où aurions-nous tiré de quoi le rendre tenu ?
כְּשֶׁבֵּיצָיו מִבַּחוּץ אֶלָּא שֶׁהַגִּיד טָמוּן דְּהָא וַדַּאי זָכָר הוּא הִלְכָּךְ אִיצְטְרִיךְ קְרָא לִמְעוּטֵי:
Lorsque ses testicules sont à l'extérieur. Seul le membre est caché ; celui-là est certainement un mâle, et c'est pourquoi le verset devient nécessaire pour l'exclure.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא טֻומְטוּם סְפֵיקָא הוּא. ואע"ג דְּאַנְדְּרוֹגִינוֹס נָמֵי סְפֵיקָא הוּא [אַפֵּ"ה מְחַיְּיבִי] מִטַּעַם מִקְצָת זְכוּרְךָ כִּדְאָמַר הַשַּׁ"ס אֶלָּא טֻומְטוּם הוֹאִיל וְנָשִׁים פְּטוּרוֹת וְהַאי אֵימָא אִשָּׁה הֲוָה מִמֵּילָא הֲוָה פָּטְרִינַן לֵיהּ כִּי הֵיכִי דְּלָא לַיְיתֵי חֻולִּין לָעֲזָרָה וא"ת בְּנִדָּה פֶּרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כֹּח: וְשָׁם) מַפְּקִינַן מִזָּכָר [עַד נְקֵבָה תְּשַׁלְּחוּ] (בַּמִּדְבָּר ה׳:ג׳) [זָכָר] וַדַּאי נְקֵבָה וַדָּאִית וְלֹא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס וְלָא פָּרִיךְ מִידִי אוֹמֵר הָרִ"י דְּהָתָם אִיכָּא תְּרֵי קְרָאֵי וּמַפִּיק לֵיהּ מִייִּתּוּרָא דִּקְרָא אֲבָל הָכָא לֵיכָּא אֶלָּא חַד קְרָא הִלְכָּךְ יֵשׁ לְאוֹקוּמָא בְּאַנְדְּרוֹגִינוֹס מִטַּעַם דְּקָאָמַר וּלְהָכִי פָּרֵיךְ לֵיהּ בִּבְכוֹרוֹת בְּפֶ' עַל אֵלּוּ מוּמִין (בְּכוֹרוֹת דַּף מא: וְשָׁם) בַּגְּמָרָא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל אֵין לְךָ מוּם גָּדוֹל מִזֶּה אַנְדְּרוֹגִינוֹס סְפֵיקָא הוּא אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמַעוֹטֵי סְפֵיקָא וְכֵן בְּפֶרֶק דַּם שְׁחִיטָה (כְּרִיתוֹת כא.) גַּבֵּי כּוֹי וּבְרֵישׁ פֶּרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עַד.) דִּבְכָל הָנֵי לֵיכָּא רַק מֵחֲדָא קְרָא וּבְהָכִי יִתָּכֵן הַהִיא דְּשִׁילְהֵי הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף פֹּא.) קָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן אַנְדְּרוֹגִינוֹס זָכָר מַאֲכִיל בִּתְרוּמָה וְאִלּוּ בְּפֶרֶק עַל אֵלּוּ מוּמִין (בְּכוֹרוֹת דַּף מב.) אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה בְּשֵׁם רַבִּי שִׁמְעוֹן הֲרֵי הוּא אוֹמֵר הַזָּכָר לְהוֹצִיא טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס אֶלָּא וַדַּאי הָתָם קְרָא יַתִּירָא הַזָּכָר וּבְפֶרֶק קַמָּא דב"מ (דַּף ז.) הָעֲשִׂירִי וַדַּאי אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא סָפֵק וְלָא פָּרִיךְ אִצְטְרִיךְ קְרָא לְמַעוּטֵי סָפֵק דְּכוֹלָּא קְרָא יַתִּירָא לְהָכִי וּבְשִׁילְהֵי פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף כב: וְשָׁם) גַּבֵּי תְּחִילַּת הַצִּיהוּב שֶׁבָּזֶה וְשֶׁבָּזֶה שֶׁפָּסוּל פָּרִיךְ לֵיהּ אִצְטְרִיךְ קְרָא לְמַעוֹטֵי סְפֵיקָא מִתּוֹרִים וּבְנֵי יוֹנָה מִמַּה נַפְשָׁךְ אוֹ קָטָן אוֹ גָּדוֹל הָוֵי וְכָשֵׁר לַחֲדָא מִינַּייְהוּ וְקַמֵּי שְׁמַיָּא גַּלְיָא הִיא וְלָא לִמְעוּטֵי רַק אֶחָד וְלִיתַּכְשַׁר גַּבֵּי אִידָךְ בְּשֵׁם רַבִּי יִצְחָק בֶּן בָּרוּךְ צ"ע וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לַיְיתֵי עַל תְּנַאי וְאִם הוּא אִשָּׁה לֶיהֱוֵי נְדָבָה וַאֲפִילּוּ לָמֶ"ד נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֵין קְרֵיבִין ביו"ט לִיקְרְבוּ לְמָחָר דְּשַׁפִּיר עָדִיף אֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן כִּדְפֵי' לְעֵיל (חֲגִיגָה דַּף ב.) וי"ל דִּמְבַטֵּל לֵיהּ מִסְּמִיכָה ואע"ג דִּסְמִיכָה לָא מִיעַכְּבָא כִּדְאִיתָא בְּיוֹמָא (דַּף ה.) מִכָּל מָקוֹם לְכַתְּחִילָּה אֵין לָנוּ לְתַקֵּן קָרְבָּן כְּדֵי לְבַטְּלוֹ מִסְּמִיכָה דְּהָכִי קָאָמַר הַשַּׁ"ס פֶּרֶק הָאִשָּׁה בִּפְסָחִים (דַּף פט.) גַּבֵּי ה' שֶׁנִּתְעָרְבוּ פִּסְחֵיהֶן וְנִמְצָא יַבֶּלֶת בְּאֶחָד מֵהֶן וְלָא דָּמֵי לְעָרֵל וְטָמֵא מְשַׁלְּחִין קָרְבְּנוֹתֵיהֶן וְגַם לְקַמָּן מְמַעֲטִינַן לֵיהּ מִשּׁוּם דְּכֹל שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּבִיאָה יֶשְׁנוֹ בַּהֲבָאָה וְלֹא מִשּׁוּם סְמִיכָה דְּהָתָם גַּבְרָא בַּר חִיּוּבָא וְאַרְיָא הוּא דִּרְבִיעָא עָלֶיהָ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִסְמֹוךְ אֲבָל הַאי לָאו בַּר חִיּוּבָא הָוֵי דְּאֵימָא אִיתְּתָא הוּא אֲבָל הָא ק"ל דְּתִיפְשֹׁוט מֵהָכָא דִּסְמִיכָה בְּכָל כֹּחוֹ בָּעֵינַן דְּאִי בְּאַקְפּוֹיֵי יָדָיו לַיְיתִי וְלִיתְנֵי וְלִסְמֹוךְ דְּהָכִי פָּרִיךְ לְקַמָּן פֶּרֶק שֵׁנִי (חֲגִיגָה דַּף טז:) וְאִיכָּא לְמֵימַר דִּבְכָל עִנְיָן מְמַעֵט לֵיהּ קְרָא:
« Mais le toumtoum, c'est un doute. » Et bien que l'androguinos soit lui aussi un doute, on l'aurait pourtant rendu tenu au titre d'« une partie de tes mâles », comme le dit le Talmud ; mais le toumtoum, puisque les femmes sont exemptes et que, pour celui-ci, dis qu'il est une femme, nous l'aurions exempté de soi-même, pour qu'il n'amène pas un animal profane (hol) dans la azara. Et si tu dis : dans Nidda, chapitre Ha-mappelet (28b), nous tirons de « depuis le mâle jusqu'à la femelle vous renverrez » (Bamidbar 5,3) un mâle certain et une femelle certaine, à l'exclusion du toumtoum et de l'androguinos, et l'on n'y objecte rien — le Ri répond que là-bas il y a deux versets et qu'on le tire du surplus du verset, tandis qu'ici il n'y a qu'un seul verset ; c'est pourquoi il faut l'appliquer à l'androguinos, pour la raison qui a été dite. Et c'est pourquoi l'on objecte ainsi dans Bekhorot, chapitre Al élou moumin (41b), dans la guemara de Rabbi Yichmael « tu n'as pas de défaut plus grand que celui-là » : l'androguinos est un doute, faut-il un verset pour exclure un doute ? De même au chapitre Dam chehita (Keritot 21a) à propos du koy, et au début du dernier chapitre de Yoma (74a) : dans tous ces passages il n'y a qu'un seul verset. Et ainsi s'explique le passage de la fin du chapitre Ha-arel (Yevamot 81a), où Rabbi Chimon dit que l'androguinos est un mâle qui fait manger la terouma, alors qu'au chapitre Al élou moumin (Bekhorot 42a) Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : voici qu'il est dit « ha-zakhar », pour exclure le toumtoum et l'androguinos. Mais en vérité, là-bas « ha-zakhar » est un mot surabondant du verset. Et au premier chapitre de Bava Metsia (7a) : « le dixième certain », a dit le Miséricordieux, et non un doute — et l'on n'y objecte pas « faut-il un verset pour exclure un doute ? », car tout le verset y est surabondant et sert précisément à cela. Et à la fin du premier chapitre de Houlin (22b), à propos du début du jaunissement, chez celui-ci et chez celui-là, qui est passoul (invalide), on objecte bien : faut-il un verset pour exclure un doute à propos des tourterelles et des pigeonneaux ? De toute façon, l'oiseau est soit petit soit grand, et il est kacher pour l'une des deux espèces, et cela est révélé devant le Ciel ; le verset ne devrait donc exclure que pour l'une et le rendre valide pour l'autre. Au nom de Rabbi Itshak ben Baroukh : cela demande examen. Et il y a lieu d'objecter : qu'il apporte son offrande sous condition, et si c'est une femme, que ce soit une nedava (offrande volontaire) ; et même selon celui qui dit que les nedarim et les nedavot ne sont pas offerts un jour de fête, qu'ils soient offerts le lendemain, car cela vaut bien mieux, même selon celui qui dit qu'il s'agit des tachloumin (le rattrapage) du premier jour, comme il a été expliqué plus haut (Haguiga 2a). Et l'on peut répondre qu'il le priverait de la semikha (l'imposition des mains) ; et bien que la semikha n'invalide pas, comme il est dit dans Yoma (5a), en tout état de cause nous n'avons pas, à priori, à préparer un sacrifice de telle manière qu'il en soit privé. Car ainsi parle le Talmud au chapitre Ha-icha dans Pessahim (89a), à propos de cinq personnes dont les agneaux pascals se sont mélangés et où l'on a trouvé une verrue sur l'un d'eux. Et cela ne ressemble pas à l'incirconcis et à l'impur, qui envoient leurs offrandes ; de plus, plus loin, nous l'excluons parce que quiconque est tenu de venir est tenu d'apporter, et non à cause de la semikha — car là-bas l'homme est tenu de l'obligation, et un lion est couché sur lui, c'est-à-dire un empêchement extérieur qui lui interdit de poser les mains, tandis que celui-ci n'est pas tenu de l'obligation, puisque peut-être est-il une femme. Mais ceci reste difficile pour nous : on pourrait résoudre d'ici que la semikha exige toute la force de l'homme, car s'il suffisait de poser légèrement les mains, qu'il apporte, qu'il stipule sa condition et qu'il pose les mains — c'est ainsi qu'on objecte plus loin, au deuxième chapitre (Haguiga 16b). Et l'on peut dire que le verset l'exclut de toute manière.
💡 Explication

Le cas du toumtoum résiste. Un statut douteux se règle par les règles du doute, et l'obligation d'apporter des sacrifices de fête aurait été écartée d'elle-même, pour ne pas risquer d'amener dans la azara un animal profane.

Abaye restreint donc l'enseignement à une situation précise : les testicules sont au-dehors et seul le membre reste recouvert. Ce toumtoum est un mâle certain, et sans le verset il aurait été tenu. La question du safek disparaît avec cette lecture.

🖼️ Schéma
Toumtoum et androguinos : deux doutes de nature différente Androguinos porte les deux signes à la fois hava amina : il a un côté mâle, donc il devrait être tenu réponse : créature à part entière Toumtoum organes recouverts, statut indécis objection : un doute n'a pas besoin d'un verset pour être exclu rien ne permettait de le rendre tenu Abaye : quand ses testicules sont au-dehors seul le membre reste caché : il est un mâle certain, et le verset devient nécessaire pour l'exclure Sans le verset : le toumtoum serait déjà écarté par le doute, pour ne pas amener un animal profane dans la azara ; l'androguinos, lui, serait entré par son côté mâle (Tossefot)
Les deux doutes et la précision d'Abaye qui rend le verset nécessaire.
8
אָמַר מַר: ״כָּל זְכוּרְךָ״, לְרַבּוֹת אֶת הַקְּטַנִּים. וְהִתְנָן: חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן! אָמַר אַבַּיֵּי, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ, כָּאן בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ. קָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ — דְּרַבָּנָן הִיא! אִין הָכִי נָמֵי, וּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא.

Le Maître a dit : « kol zekhourekha » — pour inclure les enfants. Mais n'avons-nous pas enseigné dans la michna : sauf le sourd-muet, le choté et l'enfant ?

Abaye a dit : ce n'est pas difficile — ici il s'agit d'un enfant parvenu à l'âge du hinoukh (l'éducation), là il s'agit d'un enfant qui n'est pas parvenu à l'âge du hinoukh. Mais l'enfant parvenu à l'âge du hinoukh, son obligation est de-rabbanan (d'institution rabbinique) !

Oui, il en est bien ainsi, et le verset n'est qu'une asmakhta (un simple appui scripturaire).

💡 Explication

Troisième degré du verset, et contradiction avec la michna qui exempte l'enfant. Abaye partage la catégorie : l'enfant parvenu à l'âge du hinoukh, où son père l'accoutume aux mitsvot, relève de la baraita ; le plus jeune relève de la michna.

Une difficulté subsiste : cette obligation d'éducation vient des sages, non de la Torah. La Guemara l'admet et qualifie la derasha d'asmakhta, un appui donné au texte à une institution rabbinique. La question suivante en découle : que reste-t-il alors au verset en propre ?

9
וְאֶלָּא קְרָא לְמַאי אֲתָא? לִכְדַאֲחֵרִים. דִּתְנַן, אֲחֵרִים אוֹמְרִים: הַמְקַמֵּץ, וְהַמְצָרֵף נְחֹשֶׁת, וְהַבֻּורְסִי — פְּטוּרִין מִן הָרְאִיָּיה, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל זְכוּרְךָ״, מִי שֶׁיָּכוֹל לַעֲלוֹת עִם כָּל זְכוּרְךָ. יָצְאוּ אֵלּוּ, שֶׁאֵינָן רְאוּיִין לַעֲלוֹת עִם כָּל זְכוּרְךָ.

Alors, pour quoi le verset est-il venu ? Pour l'enseignement d'Aherim (« d'autres »).

Car nous avons appris dans une baraita : Aherim disent : le mekametz (celui qui ramasse les excréments de chiens), celui qui affine le cuivre et le tanneur sont exemptés de la reiya, puisqu'il est dit « kol zekhourekha » — celui qui peut monter avec tous tes mâles. Sont exclus ceux-là, qui ne sont pas aptes à monter avec tous tes mâles.

📜 Rachi (2)
הַמְקַמֵּץ מְפָרֵשׁ בְּמַסֶּכֶת כְּתֻובּוֹת (דַּף עז.) הַמְקַמֵּץ בְּיָדוֹ צוֹאַת כְּלָבִים וְאוֹמֵר אֲנִי כִּי לְתַקֵּן בָּהֶן עוֹרוֹת שֶׁקּוֹרִין קורדוו"ן שֶׁמֵּעֲבָדִים אוֹתָן בְּצוֹאַת כְּלָבִים:
Le mekametz. Il est expliqué dans le traité Ketoubot (77a) : celui qui ramasse à la main les excréments de chiens ; et je dis que c'est pour en préparer les peaux qu'on appelle cordouan, que l'on tanne avec des excréments de chiens.
וְהַמְצָרֵף נְחֹשֶׁת שֶׁמְּצָרְפוֹ בְּמָקוֹם שֶׁחוֹפְרִין אוֹתוֹ מִן הַקַּרְקַע כְּדִמְפָרֵשׁ בְּמַסֶּכֶת כְּתֻובּוֹת (שָׁם) וְכָל אֵלּוּ רֵיחָן רַע וְאֵין יְכוֹלִין לַעֲלוֹת עִם חֲבֵירֵיהֶם:
Et celui qui affine le cuivre. Il l'affine à l'endroit même où on le creuse hors du sol, comme il est expliqué dans le traité Ketoubot (au même endroit). Tous ceux-là ont une mauvaise odeur et ne peuvent pas monter avec leurs compagnons.
💡 Explication

Le verset garde donc un enseignement qui lui est propre, celui d'Aherim. Trois métiers laissent sur l'homme une odeur que ses compagnons ne supportent pas : ramasser les excréments de chiens destinés au tannage, affiner le cuivre sur le lieu de son extraction, travailler les peaux.

Le mot kol est lu comme une condition de la montée : l'obligation suppose de pouvoir monter avec l'ensemble des mâles d'Israël. Celui que son métier tient à l'écart de la compagnie des autres sort de l'obligation.

10
נָשִׁים וַעֲבָדִים שֶׁאֵינָן מְשֻׁוחְרָרִים וְכוּ׳. בִּשְׁלָמָא נָשִׁים כְּדַאֲמָרָן, אֶלָּא עֲבָדִים מִנָּלַן? אָמַר רַב הוּנָא, אֲמַר קְרָא: ״אֶל פְּנֵי הָאָדֹון ה׳״ — מִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא אָדוֹן אֶחָד, יָצָא זֶה שֶׁיֵּשׁ לוֹ אָדוֹן אַחֵר.

« Les femmes et les esclaves qui ne sont pas affranchis, etc. » Pour les femmes, soit, comme nous l'avons dit ; mais les esclaves, d'où le savons-nous ? Rav Houna a dit : le verset dit « devant le Maître, ה' » — celui qui n'a qu'un seul maître ; est exclu celui-là, qui a un autre maître.

📜 Rachi (1)
כְּדַאֲמָרָן זְכוּר לְהוֹצִיא אֶת הַנָּשִׁים:
Comme nous l'avons dit. « Zakhor », pour exclure les femmes.
💡 Explication

La Guemara aborde la clause suivante de la michna. Pour les femmes, la source a déjà été donnée par zakhor. Pour l'esclave, Rav Houna lit la fin du verset : la présentation se fait devant le Adon, le Maître, et l'expression suppose un homme qui n'en a pas d'autre.

L'esclave cananéen appartient à son maître pour ses actes et son temps : un second maître l'exclut de cette rencontre.

11
הָא לָמָּה לִי קְרָא? מִכְּדֵי כָּל מִצְוָה שֶׁהָאִשָּׁה חַיֶּיבֶת בָּהּ — עֶבֶד חַייָּב בָּהּ, כָּל מִצְוָה שֶׁאֵין הָאִשָּׁה חַיֶּיבֶת בֵּהּ — אֵין הָעֶבֶד חַיָּיב בָּהּ, דְּגָמַר ״לָהּ״ ״לָהּ״ מֵאִשָּׁה!

Mais pourquoi me faut-il un verset ? Puisque toute mitsva à laquelle la femme est tenue, l'esclave y est tenu, et toute mitsva à laquelle la femme n'est pas tenue, l'esclave n'y est pas tenu, car on l'apprend par une guezera chava entre « la » et « la » depuis la femme !

📜 Rachi (1)
לָהּ לָהּ מֵאִשָּׁה כְּתִיב הָכָא וְכָתַב לָהּ (דְּבָרִים כֹּד) וּכְתִיב הָתָם אוֹ חֻפְשָׁה לֹא נִתַּן לָהּ (וַיִּקְרָא י״ט:כ׳):
« La », « la », depuis la femme. Il est écrit ici « et il lui écrira (le-la) » (Devarim 24), et il est écrit là-bas « ou la liberté ne lui a pas été donnée (le-la) » (Vayikra 19,20).
💡 Explication

Objection symétrique de celle des femmes. Un principe général aligne le statut de l'esclave sur celui de la femme, tiré d'une guezera chava sur le mot la (« à elle ») présent dans le verset de la servante désignée et dans celui de la femme divorcée.

La femme étant exempte de la reiya, l'esclave en est exempté par ce principe, et le verset de Rav Houna paraît à nouveau superflu.

12
אָמַר רָבִינָא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְמִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין. דִּיקָא נָמֵי דְּקָתָנֵי: נָשִׁים וַעֲבָדִים שֶׁאֵינָן מְשֻׁוחְרָרִין. מַאי שֶׁאֵינָן מְשֻׁוחְרָרִין? אִילֵּימָא שֶׁאֵינָן מְשֻׁוחְרָרִין כְּלָל — לִיתְנֵי ״עֲבָדִים״ סְתָמָא! אֶלָּא לָאו, שֶׁאֵינָן מְשֻׁוחְרָרִין לְגַמְרֵי, וּמַאי נִינְהוּ — מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין. שְׁמַע מִינָּה.

Ravina a dit : le verset n'était nécessaire que pour celui qui est à moitié esclave et à moitié homme libre. Le langage de la michna est précis en ce sens, puisqu'elle enseigne : « les femmes et les esclaves qui ne sont pas affranchis ».

Que signifie « qui ne sont pas affranchis » ? Si l'on dit qu'ils ne sont pas affranchis du tout, qu'elle enseigne simplement « les esclaves » !

Mais non : « qui ne sont pas entièrement affranchis ». Et qui sont-ils ?

Celui qui est à moitié esclave et à moitié homme libre. Apprends-le d'ici.

📜 Rachi (1)
לֹא נִצְרְכָה כּוּ' מִיהוּ לְמִשְׁנָה אַחֲרוֹנָה הוֹאִיל וּבְיָדֵינוּ לָכֹוף אֶת רַבּוֹ חַייָּב דְּאֵין לוֹ אֶלָּא אָדוֹן אֶחָד:
« Le verset n'était nécessaire, etc. » Toutefois, selon la michna postérieure, puisqu'il est en notre pouvoir de contraindre son maître, il est tenu, car il n'a plus qu'un seul Maître.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין. וְלָא תֵּימָא דְּקָאֵי עָלֶיהָ ג"ש דְּלָה לָהּ מֵאִשָּׁה וְקָשֶׁה דַּעֲלֵיהּ כְּתִיב אוֹ חֻופְשָׁה לֹא נִיתַּן לָהּ וּמוּקֵי לָהּ רַבִּי עֲקִיבָא בְּהַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף מא: וְשָׁם) וּבִכְרִיתוֹת (דַּף יא.) בְּחֶצְיָהּ שִׁפְחָה וְחֶצְיָהּ בַּת חוֹרִין וי"ל מִכָּל מָקוֹם אַצַּד עַבְדוּת כְּתִיב כִּדְמוֹכַח קְרָא אוֹ חֻופְשָׁה לֹא נִיתַּן לָהּ אַךְ קָשֶׁה הָכָא מַשְׁמַע בְּחֶצְיוֹ עֶבֶד לְפִי מִשְׁנָה אַחֲרוֹנָה חַיָּיב דִּלְפִי מִשְׁנָה רִאשׁוֹנָה קַייְמָא הָכָא כִּדְאִיתָא לְעֵיל רֵישׁ מְכִילְתִּין וְאִלּוּ בְּגִיטִּין רֵישׁ הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף מב:) מִיבְּעֵי לֵיהּ מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד אִם יֵשׁ לוֹ קְנָס אוֹ לֹא שְׁלֹשִׁים שְׁקָלִים יִתֵּן לַאדֹנָיו אָמַר רַחֲמָנָא וְהַאי אָדוֹן הוּא וּלְפִי מִשְׁנָה אַחֲרוֹנָה קָאֵי דְּקָאָמַר הָתָם מַאי לַָאו לְפִי מִשְׁנָה אַחֲרוֹנָה וְאִילּוּ הָכָא פְּשִׁיטָא לָן דְּאֵין לוֹ אֶלָּא אָדוֹן אֶחָד וְיֵשׁ לִדְחוֹת דְּעַד כָּאן לָא מְחַיְּיבִי לֵיהּ הָכָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּעוֹמֵד לָכֹוף אֶת רַבּוֹ כְּמַאן דְּשִׁיחְרֵר דָּמֵי. אֲבָל הָתָם כֵּיוָן דְּמִית אִגַּלַּיָא מִילְּתָא דְּלָא הֲוָה עוֹמֵד לְשִׁחְרוּר וְהָתָם בִּכְרִיתוֹת (דַּף יא.) מְתָרֵץ הר"י בְּעִנְיָן אַחֵר:
« Le verset n'était nécessaire que pour celui qui est à moitié esclave et à moitié homme libre. » Et ne dis pas que la guezera chava de « la, la » depuis la femme porte sur lui. Cela fait difficulté, car c'est à son sujet qu'il est écrit « ou la liberté ne lui a pas été donnée », et Rabbi Akiva l'applique, dans Ha-choleah (Guitin 41b) et dans Keritot (11a), à celle qui est à moitié servante et à moitié fille libre. Et l'on peut répondre qu'en tout état de cause le verset est écrit du côté de l'esclavage, comme le prouve l'expression « ou la liberté ne lui a pas été donnée ». Mais il reste une difficulté : ici il résulte que le demi-esclave est tenu selon la michna postérieure, car notre passage se tient selon la michna première, comme il est dit plus haut au début du traité ; alors que dans Guitin, au début de Ha-choleah (42b), on demande si celui qui est à moitié esclave a droit à l'amende ou non — « il donnera trente sicles à son maître », a dit le Miséricordieux, et celui-ci est un maître — et ce passage se tient selon la michna postérieure, puisqu'il y est dit : « n'est-ce pas selon la michna postérieure ? » ; alors qu'ici il nous est évident qu'il n'a qu'un seul Maître. Et l'on peut repousser cela : ici on ne le rend tenu que parce qu'il se tient en position de contraindre son maître, ce qui équivaut à un affranchissement déjà fait ; mais là-bas, puisqu'il est mort, il est apparu qu'il ne se tenait pas en voie d'affranchissement. Et là-bas, dans Keritot (11a), le Ri répond d'une autre manière.
💡 Explication

Ravina attribue au verset un cas que le principe général n'atteint pas : le demi-esclave, celui dont un maître a affranchi la moitié. Sa moitié libre lui donne un motif d'obligation, et le verset tranche pourtant l'exemption, puisqu'un maître subsiste.

La formulation de la michna fournit l'appui : préciser « qui ne sont pas affranchis » n'aurait aucun sens pour un esclave entier, et vise donc l'affranchissement partiel. Rachi ajoute la limite : selon la michna postérieure, où l'on contraint le maître à achever l'affranchissement, ce demi-esclave se trouve tenu.

🖼️ Schéma
L'esclave : pourquoi un verset alors que la guezera chava suffit Principe général : guezera chava lah-lah l'esclave est tenu de ce dont la femme est tenue, et exempté de ce dont elle est exempte La femme est exempte de la reiya, donc l'esclave l'est aussi pourquoi alors le verset el penei ha-adon ? Ravina : pour celui qui est à moitié esclave, à moitié homme libre il a un autre maître, donc il est exempté Appui dans la michna : femmes et esclaves qui ne sont pas affranchis si elle visait l'esclave entier, elle dirait esclaves sans autre précision Michna première le demi-esclave reste partagé entre deux maîtres exempté de la reiya Michna postérieure (Rachi) on contraint le maître à l'affranchir : il est comme libre tenu de la reiya
Du principe général au cas du demi-esclave, avec la limite apportée par Rachi.
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וְהַחִיגֵּר וְהַסּוֹמֵא וְחוֹלֶה וְהַזָּקֵן. תָּנוּ רַבָּנַן: ״רְגָלִים״, פְּרָט לְבַעֲלֵי קַבִּין! דָּבָר אַחֵר: ״רְגָלִים״, פְּרָט לְחִיגֵּר וּלְחוֹלֶה וּלְסוֹמֵא וּלְזָקֵן וּלְשֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לַעֲלוֹת בְּרַגְלָיו. וְשֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לַעֲלוֹת בְּרַגְלָיו לְאֵתוֹיֵי מַאי? אָמַר רָבָא: לַאֲתוּיֵי

« Et le boiteux, l'aveugle, le malade et le vieillard. » Nos maîtres ont enseigné : « regalim » — à l'exclusion des baalei kabin (ceux qui marchent sur des jambes artificielles). Autre explication : « regalim » — à l'exclusion du boiteux, du malade, de l'aveugle, du vieillard et de celui qui ne peut pas monter sur ses pieds.

Et « celui qui ne peut pas monter sur ses pieds », qu'est-ce que cela vient ajouter ? Rava a dit : cela vient ajouter

📜 Rachi (1)
דָּבָר אַחֵר כו' פְּרָט לְבַעֲלֵי קַבִּין מִפְעָמִים נָפְקָא כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל הִלְכָּךְ רַגְלַיִם לִמְעוּטֵי מִי שֶׁצָּרִיךְ מִשְׁעֶנֶת אַחֶרֶת לְבַד מֵרַגְלָיו:
« Autre explication, etc. » L'exclusion des baalei kabin se déduit déjà de « peamim » (fois), comme nous l'avons dit plus haut ; dès lors « regalim » sert à exclure celui qui a besoin d'un autre appui en dehors de ses pieds.
💡 Explication

Dernière clause de la michna, et dernière derasha. Le mot regalim désigne les fêtes et porte en même temps le sens de raglayim, les pieds : la montée au Temple se fait à pied, et qui ne dispose pas de ses pieds sort de l'obligation.

Deux lectures sont données. La première exclut les baalei kabin, qui se déplacent sur des jambes artificielles. La seconde étend l'exclusion au boiteux, au malade, à l'aveugle et au vieillard, et ajoute une clause générale dont la Guemara demande l'utilité. La réponse de Rava commence ici et se poursuit en 4b.

🖼️ Schéma
Deux derachot sur regalim et ce que chacune exclut chaloch regalim tahog li — regalim veut dire les fêtes et aussi les pieds Première derasha regalim exclut les baalei kabin : ils marchent, mais sur des jambes artificielles, non sur leurs pieds Autre derasha regalim exclut le boiteux, le malade, l'aveugle, le vieillard et celui qui ne peut pas monter sur ses pieds Rachi : selon la seconde lecture, les baalei kabin sortent déjà de peamim regalim sert alors à exclure celui qui a besoin d'un appui autre que ses pieds Question de la Guemara : que vient ajouter celui qui ne peut pas monter sur ses pieds ? Rava répond en 4b
Les deux lectures de regalim et la question laissée ouverte à la fin du folio.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).