Sougya : Le folio achève la liste des exemptés de la reeya, l'obligation de monter au Temple et d'y apporter la ola de reeya. Rava ajoute le délicat, qui ne marche pas sans chaussure, alors que nul n'entre chaussé sur le Har haBayit.
Une baraita exempte ensuite l'incirconcis et l'impur : l'impur par le rapprochement de ouvat chama et vehavetem chama, l'incirconcis par la derasha de ich ich selon Rabbi Akiva, qui l'inclut au titre de l'impur. Rabbi Yo'hanan ben Dehavai exempte enfin l'aveugle d'un seul œil, en lisant yerae et yire l'un par l'autre : on vient être vu comme on vient voir.
Ce même verset ouvre la seconde partie du folio, une suite de récits où Rav Houna, Rabbi Elazar, Rabbi Ami, Rabbi Assi et Rav Yossef pleurent en parvenant à un verset. Le dernier, sur celui qui périt sans jugement, amène l'affaire de Rav Bivi bar Abaye et de l'ange de la mort, où une Miriam est prise pour une autre.
Le délicat, ainsi qu'il est écrit : « Quand vous venez paraître devant Ma face, qui a demandé cela de votre main, de fouler Mes parvis ? »
Le mot conclut la phrase de Rava commencée au bas du folio 4a. La baraita avait énuméré séparément le boiteux, le malade, l'aveugle, le vieillard, puis « celui qui ne peut monter à pied » ; la Guemara demandait ce que cette dernière catégorie ajoutait aux précédentes. Rava répond : le méfounak, l'homme délicat.
Cet homme marche, mais il ne marche pas sans chaussure. Or le Har haBayit se parcourt pieds nus, et le prophète qualifie de foulement l'entrée chaussée dans les parvis. Le délicat se trouve donc dans une situation où la montée lui reste impossible dans les conditions requises, sans qu'il soit pour autant boiteux ni malade.
Il a été enseigné : l'incirconcis et l'impur sont exempts de la réeya (l'obligation de paraître au Temple). Pour l'impur, cela se comprend, car il est écrit « et tu viendras là-bas » puis « et vous apporterez là-bas » : tout ce qui est compris dans le fait de venir est compris dans le fait d'apporter, et tout ce qui n'est pas compris dans le fait de venir n'est pas compris dans le fait d'apporter
La réeya comporte deux volets : la montée elle-même et l'offrande, la ola de réeya, apportée à cette occasion. On pourrait soutenir qu'un homme empêché de monter reste tenu d'envoyer son offrande par un émissaire. La baraita l'écarte : l'exemption porte aussi sur l'offrande.
Le raisonnement rapproche deux versets voisins du Deutéronome, « et tu viendras là-bas » et « et vous apporterez là-bas ». Leur voisinage fait de la biya (l'entrée) la condition de la havaa (l'apport). L'impur, qui ne peut entrer dans le Sanctuaire sous peine de retranchement, se trouve donc hors des deux.
Mais l'incirconcis, d'où le tenons-nous ? Cette baraita, de qui est-elle ?
Elle est de Rabbi Akiva, qui inclut l'incirconcis au titre de l'impur. Car il a été enseigné : Rabbi Akiva dit : « ich ich » (tout homme), pour inclure l'incirconcis.
Le rapprochement précédent vaut pour l'impur, qui est effectivement interdit d'entrée. L'incirconcis, lui, peut entrer dans le Sanctuaire : son exemption demande une autre source.
La Guemara répond en attribuant la baraita à Rabbi Akiva. Dans le verset du Lévitique qui écarte du service et des choses saintes le cohen atteint de tsaraat ou zav, le mot ich est redoublé ; Rabbi Akiva lit ce redoublement comme une inclusion et y range l'incirconcis. Une fois assimilé à l'impur pour cette règle, il l'est aussi pour la reeya. La baraita repose donc sur un avis particulier, ce que Tossefot mettent en tension avec la sougya de Yevamot.
Nos maîtres ont enseigné : l'impur est exempt de la reeya, ainsi qu'il est écrit « et tu viendras là-bas », « et vous apporterez là-bas ». Tout ce qui est compris dans le fait de venir est compris dans le fait d'apporter, et tout ce qui n'est pas compris dans le fait de venir n'est pas compris dans le fait d'apporter.
La Guemara cite maintenant la baraita complète, dont le passage précédent n'avait retenu que la première ligne. Elle sert d'entrée à un enseignement supplémentaire, celui de Rabbi Yo'hanan ben Dehavaï sur l'aveugle d'un seul œil, rapporté dans la même baraita.
Rabbi Yo'hanan ben Dehavaï dit au nom de Rabbi Yehouda : celui qui est aveugle d'un seul de ses yeux est exempt de la reeya, ainsi qu'il est dit « yéraé », « yiré » : de la manière dont il vient voir, ainsi il vient être vu. De même qu'il vient voir avec ses deux yeux, ainsi il vient être vu avec ses deux yeux.
Le verset d'Exode 23,17 s'écrit sans voyelles. La forme peut se lire yéraé, il sera vu, ou yiré, il verra. La tradition retient les deux lectures ensemble et en tire une équivalence : la montée au Temple est un acte où l'homme voit et se donne à voir dans la même mesure.
De là l'exemption : celui qui vient voir d'un seul œil ne remplit pas la mesure de la vue, donc l'obligation d'être vu ne porte pas sur lui. L'avis reste isolé et sert plus loin de point d'appui au récit de Rav Houna, qui pleure sur ce même verset.
Rav Houna, lorsqu'il parvenait à ce verset « yéraé », « yiré », pleurait. Il disait : un serviteur dont le maître attend de le voir, s'éloignerait-il de lui ?
Ainsi qu'il est écrit : « Quand vous venez paraître devant Ma face, qui a demandé cela de votre main, de fouler Mes parvis ? »
Le folio passe ici de la halakha au récit. Le verset qui vient de servir à la derasha devient chez Rav Houna un motif de larmes, par un rapprochement avec Isaie 1,12, où le même verbe paraître revient dans une phrase de rejet.
La lecture repose sur la relation du serviteur et du maître. Le verbe attendre marque l'attente du maître ; le prophète montre le moment où cette attente se retourne en refus. Rachi accentue les deux versants : le maître aspirait à voir son serviteur, puis vint le jour où il ordonna de ne plus paraître devant lui.
Rav Houna, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « et tu sacrifieras des chelamim et tu mangeras là » — un serviteur dont le maître attend de le voir manger à sa table s'éloignerait-il de lui ? Ainsi qu'il est écrit : « pourquoi Me faut-il la multitude de vos sacrifices, dit Hachem ? »
Le même mouvement est repris sur un autre couple de versets. Le Deutéronome décrit le repas des chelamim consommés devant Hachem, image d'une table partagée ; Isaie 1,11 refuse ces mêmes sacrifices.
Les deux récits de Rav Houna forment une paire : le premier porte sur le fait d'être vu, le second sur le fait de manger à la table du maître. Ensemble ils décrivent l'écart entre ce que la Torah instituait et ce que le prophète constate.
Rabbi Elazar, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « et ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient effrayés devant lui ». Et si la réprimande d'un être de chair et de sang produit cela, la réprimande du Saint béni soit-Il, à plus forte raison.
Rabbi Elazar, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « et Chemouel dit à Chaoul : pourquoi m as-tu troublé pour me faire monter ? ». Et si Chemouel le juste craignait le jugement, nous, a plus forte raison !
Le premier verset est celui de la révélation de Yossef à ses frères. La Guemara y lit une réprimande : Yossef n'avait prononcé que son nom, et ses frères restaient sans réponse. L'argument est un kal va-homer : si la parole d'un homme réduit ainsi au silence, la mise en cause devant Hachem le fera davantage.
Le second verset vient de l'épisode de la nécromancienne d'Ein Dor. Chemouel, appelé du monde d'en haut, s'adresse à Chaoul en termes de trouble. Rabbi Elazar en tire que le juste lui-même redoutait le jugement.
De Chemouel, de quoi s'agit-il ? De ce qui est écrit : « et la femme dit à Chaoul : j'ai vu un être divin monter de la terre ».
« Olim », au pluriel, implique deux : l'un est Chemouel, et l'autre, parce que Chemouel alla chercher Moche et l'amena avec lui. Il lui dit : peut-être, à D.ieu ne plaise, suis-je appelé en jugement ; tiens-toi avec moi, car il n'est rien que tu aies écrit dans la Torah que je n'aie accompli.
La Guemara établit d'abord d'où l'on sait que Chemouel craignait : la femme décrit ce qu'elle voit au pluriel, olim, alors qu'un seul avait été appelé. Le second est identifié comme Moche.
La demande de Chemouel porte sur un témoignage. Tossefot précisent son objet : Moche ne pouvait attester de toute la vie de Chemouel, puisqu'il n'était pas de sa génération ; le témoignage porte sur la conformité entre ce que Chemouel a exposé et mis en pratique et ce que Moche a lui-même enseigné.
Rabbi Ami, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « qu'il mette sa bouche dans la poussière, peut-être y a-t-il un espoir ». Il disait : tout cela, et « peut-être » ?!
Rabbi Ami, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « recherchez la justice, recherchez l'humilité, peut-être serez-vous abrités au jour de la colère de Hachem ». Il disait : tout cela, et « peut-être » ?!
Rabbi Assi, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « haïssez le mal et aimez le bien, établissez la justice à la porte, peut-être Hachem, D.ieu des armées, fera-t-Il grâce ». Tout cela, et « peut-être » ?!
Les trois versets ont la même structure : une exigence considérable, suivie du mot oulai, peut-être. La lamentation demande de mettre sa bouche dans la poussière ; Sofonie demande de rechercher la justice et l'humilité ; Amos demande de haïr le mal, d'aimer le bien et d'établir le droit à la porte de la ville.
Rachi explicite ce qui fait pleurer : après avoir accepté toutes ces souffrances et accompli tout cela, l'homme reste dans le doute quant à l'issue. La série prolonge le motif des récits précédents et prépare la question de Rav Yossef sur la mort qui survient hors du jugement.
Rav Yossef, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « et il est tel qui périt sans jugement ». Il disait : y a-t-il quelqu un qui s'en va avant son temps ?
Oui, comme dans cette affaire de Rav Bivi bar Abaye, auprès de qui l'ange de la mort se trouvait. Il dit à son émissaire : va me chercher Miriam, celle qui tresse les cheveux des femmes.
Il alla et lui amena Miriam, celle qui élève les jeunes enfants.
Le verset des Proverbes affirme qu'un homme peut disparaître sans que le jugement l'ait emporté. Rachi le glose : il s'éteint sans avoir de faute en main, et rien ne le condamnait.
Tossefot notent deux points de texte. Le mot « il disait » se retire de la version, car la question vient du Talmud plutôt que de Rav Yossef, qui recevrait sinon une réponse. Et l'ange de la mort rapportait à Rav Bivi bar Abaye des faits déjà advenus, puisque l'affaire des deux Miriam se situe au temps du second Temple.
Les deux noms se ressemblent : megadla sear nechaya, celle qui tresse les cheveux des femmes, et megadla dardekei, celle qui élève les jeunes enfants.
Il lui dit : c'est Miriam, celle qui tresse les cheveux des femmes, que je t avais dite ! Il lui dit : s'il en est ainsi, ramène-la !
Il lui dit : puisque tu l'as amenée, qu'elle soit comptée dans le nombre ! Mais comment as-tu pu l'atteindre ?
Elle tenait un tisonnier à la main et elle attisait
L'ange refuse de revenir sur ce qui a eu lieu et fait entrer la morte dans le compte. La question suivante porte sur la possibilité même de l'acte : puisque son heure n'était pas venue, comment l'émissaire a-t-il pu l'atteindre ?
La réponse commence ici et se poursuit au début du folio 5a. Elle désigne une ouverture laissée par la femme elle-même : elle tenait à la main le metara, le tisonnier du four, que Rachi rend par le mot fergon, et attisait le feu. Le contact avec le feu suffit à donner prise. La réponse de la Guemara au verset de Rav Yossef se dessine ainsi : la mort survenue hors du terme se rattache à une exposition que l'homme a lui-même créée.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).