Chagigah 4b — Les derniers exemptés de la reeya, puis les maîtres qui pleuraient sur un verset

Chagigah 4b

Sougya : Le folio achève la liste des exemptés de la reeya, l'obligation de monter au Temple et d'y apporter la ola de reeya. Rava ajoute le délicat, qui ne marche pas sans chaussure, alors que nul n'entre chaussé sur le Har haBayit.

Une baraita exempte ensuite l'incirconcis et l'impur : l'impur par le rapprochement de ouvat chama et vehavetem chama, l'incirconcis par la derasha de ich ich selon Rabbi Akiva, qui l'inclut au titre de l'impur. Rabbi Yo'hanan ben Dehavai exempte enfin l'aveugle d'un seul œil, en lisant yerae et yire l'un par l'autre : on vient être vu comme on vient voir.

Ce même verset ouvre la seconde partie du folio, une suite de récits où Rav Houna, Rabbi Elazar, Rabbi Ami, Rabbi Assi et Rav Yossef pleurent en parvenant à un verset. Le dernier, sur celui qui périt sans jugement, amène l'affaire de Rav Bivi bar Abaye et de l'ange de la mort, où une Miriam est prise pour une autre.

Qui est exempt de la reeya, et par quel motif reeya = monter au Temple à la fête et y apporter la ola de reeya Qui Source de l'exemption Boiteux, aveugle, malade, vieillard déjà dans la michna regalim : le verset réclame des pieds qui montent (folio 4a) Celui qui ne peut monter à pied catégorie ajoutée par la baraita même derasha de regalim ; Rava demande ce qu'elle ajoute Le délicat (mefounak) réponse de Rava, début du folio il ne marche pas sans chaussure, et nul n'entre chaussé sur le Har haBayit : qui a demandé de fouler Mes parvis L'impur (tame) baraita du folio ouvat chama / vehavetem chama : qui est hors de la biya est hors de la havaa L'incirconcis (arel) baraita du folio ich ich, selon Rabbi Akiva seul : l'incirconcis est inclus au titre de l'impur Aveugle d'un seul œil R. Yo'hanan ben Dehavai, avis isolé yerae lu yire : on vient être vu comme on vient voir, donc avec deux yeux
La liste complète des exemptés de la reeya telle qu elle se ferme sur ce folio, avec la source de chaque exemption.
Trois exemptions, trois mécanismes de derasha différents Deux versets rapprochés ouvat chama (Dt 12,5) vehavetem chama (Dt 12,6) qui est dans le venir est dans l'apporter, et réciproquement L'impur est exempt Un mot redoublé ich ich (Lv 22,4) lu par Rabbi Akiva seul le redoublement inclut, au titre de l'impur, une personne de plus L'incirconcis est exempt Un mot sans voyelles yerae / yire (Ex 23,17) R. Yo'hanan ben Dehavai la même forme dit voir et être vu : la mesure est la même L'aveugle d'un œil est exempt Le premier mécanisme rapproche deux versets, le deuxième exploite une répétition, le troisième une lecture du même mot dans les deux sens.
Les trois exemptions propres au folio reposent sur trois procédés de derasha distincts.
Les maîtres qui pleuraient en parvenant à un verset quatre motifs se succèdent : l'amour retiré, la réprimande, l'incertitude, la mort hors du temps L'amour retiré Rav Houna deux versets yerae / yire, puis Isaie 1,12 : qui a demandé de fouler Mes parvis le serviteur que le maître attendait de voir, et dont il s'éloigne Dt 27,7 : tu sacrifieras des chelamim et tu mangeras la le serviteur attendu à la table du maître, et Isaie 1,11 repousse ses sacrifices La réprimande Rabbi Elazar deux versets Gn 45,3 : ses frères ne purent lui répondre, tant ils étaient effrayés si la réprimande d'un homme fait cela, celle du Saint béni soit-Il à plus forte raison I Samuel 28,15 : pourquoi m as-tu troublé pour me faire monter si Chemouel le juste craignait le jugement, nous a plus forte raison L'incertitude Rabbi Ami, Rabbi Assi trois versets en oulaï Lam 3,29 et Sof 2,3 : peut-être y a-t-il un espoir, peut-être serez-vous abrités Rabbi Ami : tout cela, et seulement peut-être Amos 5,15 : peut-être Hachem fera-t-Il grâce Rabbi Assi : tout cela, et seulement peut-être La mort hors du temps Rav Yossef Pr 13,23 : et il est tel qui périt sans jugement y a-t-il quelqu un qui s'en va avant son temps ? Oui l'affaire de Rav Bivi bar Abaye et de l'ange de la mort le montre Le verset de la réeya ouvre la série : le même mot qui exempte l'aveugle d'un œil fait pleurer Rav Houna.
La seconde moitié du folio : quatre motifs de larmes, huit versets, une conclusion narrative.
1
מְפַנְּקִי, דִּכְתִיב: ״כִּי תָבֹאוּ לֵרָאוֹת פָּנָי מִי בִקֵּשׁ זֹאת מִיֶּדְכֶם רְמֹוס חֲצֵרָי״.

Le délicat, ainsi qu'il est écrit : « Quand vous venez paraître devant Ma face, qui a demandé cela de votre main, de fouler Mes parvis ? »

📜 Rachi (1)
מְפַנְּקִי שֶׁאֵין הוֹלְכִין בְּלֹא מִנְעָל דְּאֵין אָדָם נִכְנָס לְהַר הַבַּיִת בְּמִנְעָלוֹ דִּכְתִיב מִי בִקֵּשׁ זֹאת מִיֶּדְכֶם רְמֹוס חֲצֵרָי:
Le délicat. Qui ne marche pas sans chaussure, car nul n'entre sur le Har haBayit avec sa chaussure, ainsi qu'il est écrit : qui a demandé cela de votre main, de fouler Mes parvis.
🗂️ Tossefot (1)
כִּי תָבֹואוּ לֵרָאוֹת פָּנָי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּנָפְקָא לֵיהּ מִדִּכְתִיב רְמוֹס חֲצֵרִי דְּמַשְׁמַע דְּהוֹלֵךְ בְּמִנְעָלָיו וְתֵימַהּ הוּא דִּבְפֶרֶק הָרוֹאֶה (בְּרָכוֹת דַּף סב:) מַפִּיק לֵיהּ מִדִּכְתִיב שֶׁל נַעַלְךָ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם עִיקָּר אֲבָל הָכָא נִיחָא לֵיהּ לְאֵתוּיֵי רְאִיָּיה כְּדִכְתִיב כִּי תָבֹאוּ לִרְאוֹת וְכוּ':
« Quand vous venez paraître devant Ma face. » Rachi a expliqué qu'il le tire de ce qui est écrit « fouler Mes parvis », ce qui implique que l'on y marche avec ses chaussures. Cela étonne, car au chapitre haRoé (Berakhot 62b) on le tire de ce qui est écrit « ôte ta chaussure ». On peut dire que là-bas se trouve la source principale, mais qu'ici il convenait d'amener un verset parlant de la réeya, comme il est écrit « quand vous venez paraître », etc.
💡 Explication

Le mot conclut la phrase de Rava commencée au bas du folio 4a. La baraita avait énuméré séparément le boiteux, le malade, l'aveugle, le vieillard, puis « celui qui ne peut monter à pied » ; la Guemara demandait ce que cette dernière catégorie ajoutait aux précédentes. Rava répond : le méfounak, l'homme délicat.

Cet homme marche, mais il ne marche pas sans chaussure. Or le Har haBayit se parcourt pieds nus, et le prophète qualifie de foulement l'entrée chaussée dans les parvis. Le délicat se trouve donc dans une situation où la montée lui reste impossible dans les conditions requises, sans qu'il soit pour autant boiteux ni malade.

2
תְּנָא: הֶעָרֵל וְהַטָּמֵא פְּטוּרִין מִן הָרְאִיָּיה. בִּשְׁלָמָא טָמֵא — דִּכְתִיב: ״וּבָאתָ שָׁמָּה״ ״וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה״, כֹּל שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּבִיאָה — יֶשְׁנוֹ בַּהֲבָאָה, וְכָל שֶׁאֵינוֹ בְּבִיאָה — אֵינוֹ בַּהֲבָאָה

Il a été enseigné : l'incirconcis et l'impur sont exempts de la réeya (l'obligation de paraître au Temple). Pour l'impur, cela se comprend, car il est écrit « et tu viendras là-bas » puis « et vous apporterez là-bas » : tout ce qui est compris dans le fait de venir est compris dans le fait d'apporter, et tout ce qui n'est pas compris dans le fait de venir n'est pas compris dans le fait d'apporter

📜 Rachi (2)
פְּטוּרִים מִן הָרְאָיָה אֵין חַייָּבִין לִשְׁלֹוחַ עוֹלוֹת רְאִיּוֹתֵיהֶן עַל יְדֵי שָׁלִיחַ:
Exempts de la réeya. Ils ne sont pas tenus d'envoyer par un émissaire les holocaustes de leur réeya.
טָמֵא אֵינוֹ (חַייָּב) בְּבִיאָה שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִיכָּנֵס לַמִּקְדָּשׁ דִּכְתִיב (כִּי מְקַדֵּשׁ) ה' טָמֵא וְנִכְרְתָה (בַּמִּדְבָּר י״ט:י״ג):
L'impur n'est pas compris dans le fait de venir, car il ne peut pas entrer dans le Sanctuaire, ainsi qu'il est écrit : celui qui rend impur le sanctuaire de Hachem sera retranché (Nombres 19,13).
🗂️ Tossefot (1)
דִּכְתִיב וּבָאתָ שָּׁמָּה וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה. וְהָא דְּאָמְרִינַן (פְּסָחִים דַּף סב.) עָרֵל וְטָמֵא מְשַׁלְּחִין קָרְבְּנוֹתֵיהֶן דאע"ג דְּלֵיתַנְהוּ בְּבִיאָה הָתָם מַיְירֵי בִּנְדָרִים וּנְדָבוֹת שֶׁאֵין קִבּוּעִין זְמַן בַּהֲבָאַת רְגָלִים וְהַאי קְרָא לָא מִשְׁתַּעֵי אֶלָּא בְּעוֹלַת רְאִייָּה דְּבָעֵינַן בִּיאָה אַךְ קָשֶׁה לְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר פֶּרֶק בָּתְרָא דְמו"ק (דַּף טז. וְשָׁם) וּבַיּוֹם בָּאוּ יַקְרִיב (יְחֶזְקֵאל מ״ד:כ״ז) בִּזְמַן שֶׁהוּא רָאוּי לְבִיאָה יַקְרִיב בִּזְמַן שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְבִיאָה לֹא יַקְרִיב וּפְשִׁיט מֵהָתָם דִּמְצוֹרָע לֹא יִשְׁלַח קָרְבְּנוֹתָיו וְכִי לֵית לֵיהּ הַהוּא דִּלְעֵיל דְּעָרֵל וְטָמֵא דְּמַשְׁמַע דְּלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג וְלֹא מִסְתַּבֵּר לְחַלֵּק דְּהָתָם בִּמְצוֹרָע לְחוּד וְהַהִיא בִּשְׁאָר טְמֵאִים דְּהַאי קְרָא בִּסְתָמָא כְּתִיב מַשְׁמַע דְּאָכַל טְמֵאִים קָאֵי וְכִי תֵּימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב לְעֵיל מִינָּהּ שִׁבְעַת יָמִים יִסְפְּרוּ לוֹ (שָׁם) דְּמַשְׁמַע בִּימֵי סִיפּוּרוֹ דְּקָאֵי דַּוְקָא אַמְּצֹורָע הָא אַפְסְקֵיהּ לְמִילְּתֵיהּ וּבְיוֹם בֹּאוֹ אֶל הַקֹּודֶשׁ אֶל הֶחָצֵר הַפְּנִימִית דְּדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ זוֹ עֲשִׂירִית הָאֵיפָה וְעוֹד הָתָם הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי לְהַהוּא עָרֵל וְטָמֵא לְמִיפְשַׁט מִינָּהּ דִּמְשַׁלֵּחַ שַׁפִּיר וְנִרְאֶה בְּעֵינַי דְּהָתָם בְּקָרְבְּנוֹת מְצֹורָע מִצָּרַעְתּוֹ מַייְרֵי וּבַשְּׁמִינִי לִרְפוּאָה כִּי בָּעֵי לַאֲתוּיֵי קָרְבְּנוֹתָיו חָזַר וְנִצְטָרַע הִלְכָּךְ הַאי קָרְבָּן דִּמְחֻוייָּב לָא מָצֵי מַייְתֵי כֵּיוָן דְּלָאו בַּר בִּיאָה הוּא אֲבָל בִּנְדָרִים וּנְדָבוֹת מֵבִיא שַׁפִּיר אַף מְצֹורָע כְּמוֹ שְׁאָר טְמֵאִים וְהָתָם הֶאֱרַכְתִּי בַּדָּבָר לְפָרֵשׁ מֵהַהִיא דְּעָרֵל וְטָמֵא מְשַׁלְּחִין קָרְבְּנוֹתֵיהֶן וְלָא בָּעֵינַן סְמִיכָה כְּמוֹ בְּהַהִיא דְּהַשּׁוֹלֵחַ חַטָּאתוֹ מִמְּדִינַת הַיָּם דְּכָל הַגֵּט (גִּיטִּין דַּף כֹּח: וְשָׁם) דְּפָרִיךְ לָהּ וְהָא בָּעֵי סְמִיכָה וּמוּקֵי לָהּ בְּקָרְבַּן נָשִׁים אוֹ בְּחַטַּאת הָעוֹף דְּהָתָם בְּעָרֵל שֶׁמֵּתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָה וְטָמֵא כְּמוֹ מְצֹורָע אוֹ זָב דְּאֵין טָהֳרָתוֹ תְּלוּיָה רַק בִּרְפוּאָה וְאֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִתְרַפֵּא לְעוֹלָם וַהֲוָה לֵיהּ מְחֻוייָּב קָרְבָּן הִלְכָּךְ טוֹב לָנוּ שֶׁיָּבִיא בְּלֹא סְמִיכָה אֲבָל הָתָם בְּגִיטִּין יֵשׁ לָנוּ לְהַמְתִּין עַד שֶׁיָּבִיא עוֹד הֶאֱרַכְתִּי הָתָם בְּפֶרֶק ג' דְּגִיטִּין (שָׁם):
« Car il est écrit : et tu viendras là-bas, et vous apporterez là-bas. » Quant à ce que nous disons (Pessahim 62a), que l'incirconcis et l'impur envoient leurs offrandes bien qu'ils ne soient pas compris dans le fait de venir : là-bas il s'agit de nedarim et de nedavot (vœux et dons volontaires), dont l'apport n'est pas fixé au temps des fêtes, alors que notre verset ne parle que de la ola de réeya, pour laquelle nous exigeons la biya. Il reste une difficulté selon Rabbi Chimon, qui dit au dernier chapitre de Moed Katan (16a) : « et le jour où il entrera il offrira » (Ezechiel 44,27) — au moment où il est apte à entrer il offre, au moment où il n'est pas apte à entrer il n'offre pas ; et l'on tranche de là que le metsora n'envoie pas ses offrandes. Ne tient-il donc pas l'enseignement précédent sur l'incirconcis et l'impur, dont il ressort que personne ne le conteste ? Il n'est pas raisonnable de distinguer en disant que là-bas il s'agit du seul metsora et ici des autres impurs, car ce verset est écrit sans précision, ce qui indique qu'il vise tous les impurs. Et si tu dis que la raison en est qu'il est écrit juste avant « on lui comptera sept jours » (ibid.), ce qui viserait les jours de son décompte et donc le seul metsora, la phrase est déjà interrompue par « et le jour où il entrera au sanctuaire, dans le parvis intérieur », dont nous dérivons le dixième de l'épha. De plus, il aurait fallu là-bas invoquer l'enseignement sur l'incirconcis et l'impur pour en trancher qu'il envoie bien ses offrandes. Il me semble que là-bas il s'agit des offrandes du metsora pour sa tsaraat, et qu'au huitième jour, après sa guérison, au moment où il devait apporter ses offrandes, il fut de nouveau frappé de tsaraat ; dès lors cette offrande à laquelle il est tenu, il ne peut pas l'apporter, puisqu'il n'est pas apte à entrer. Mais pour les nedarim et les nedavot, le metsora apporte comme les autres impurs. J'ai développé là-bas la question, afin d'expliquer, à partir de l'enseignement selon lequel l'incirconcis et l'impur envoient leurs offrandes, que nous n'exigeons pas la semikha (l'imposition des mains), à la différence du cas de celui qui envoie son hatat depuis outre-mer, au chapitre Kol haGuet (Guitin 28b), où l'on objecte qu'il faudrait la semikha et où l'on établit le cas dans une offrande de femme où dans un hatat d'oiseau. Car là-bas il s'agit d'un incirconcis dont les frères sont morts des suites de la circoncision, et d'un impur tel que le metsora ou le zav, dont la purification dépend seulement de la guérison et qui pourrait ne jamais guérir : il est donc tenu d'une offrande, et il vaut mieux pour nous qu'il l'apporte sans semikha. Mais là-bas, dans Guitin, nous pouvons attendre jusqu'à ce qu'il l'apporte lui-même. J'ai encore développé cela là-bas, au chapitre trois de Guitin.
💡 Explication

La réeya comporte deux volets : la montée elle-même et l'offrande, la ola de réeya, apportée à cette occasion. On pourrait soutenir qu'un homme empêché de monter reste tenu d'envoyer son offrande par un émissaire. La baraita l'écarte : l'exemption porte aussi sur l'offrande.

Le raisonnement rapproche deux versets voisins du Deutéronome, « et tu viendras là-bas » et « et vous apporterez là-bas ». Leur voisinage fait de la biya (l'entrée) la condition de la havaa (l'apport). L'impur, qui ne peut entrer dans le Sanctuaire sous peine de retranchement, se trouve donc hors des deux.

🖼️ Schéma
Trois exemptions, trois mécanismes de derasha différents Deux versets rapprochés ouvat chama (Dt 12,5) vehavétem chama (Dt 12,6) qui est dans le venir est dans l'apporter, et réciproquement L'impur est exempt Un mot redoublé ich ich (Lv 22,4) lu par Rabbi Akiva seul le redoublement inclut, au titre de l'impur, une personne de plus L'incirconcis est exempt Un mot sans voyelles yéraé / yiré (Ex 23,17) R. Yo'hanan ben Dehavaï la même forme dit voir et être vu : la mesure est la même L'aveugle d'un œil est exempt Le premier mécanisme rapproche deux versets, le deuxième exploite une répétition, le troisième une lecture du même mot dans les deux sens.
Le rapprochement de ouvat chama et de vehavétem chama, premier des trois mécanismes du folio.
3
אֶלָּא עָרֵל מִנָּלַן? הָא מַנִּי רַבִּי עֲקִיבָא הִיא, דִּמְרַבֵּי לְעָרֵל כְּטָמֵא. דְּתַנְיָא, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״אִישׁ אִישׁ״, לְרַבּוֹת אֶת הֶעָרֵל.

Mais l'incirconcis, d'où le tenons-nous ? Cette baraita, de qui est-elle ?

Elle est de Rabbi Akiva, qui inclut l'incirconcis au titre de l'impur. Car il a été enseigné : Rabbi Akiva dit : « ich ich » (tout homme), pour inclure l'incirconcis.

📜 Rachi (4)
עָרֵל יִשְׂרָאֵל שֶׁמֵּתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָה:
L'incirconcis. Un Juif dont les frères sont morts des suites de la circoncision.
הָכִי גָּרְסִינַן דִּמְרַבֵּי לֵיהּ עָרֵל כְּטָמֵא:
Telle est notre version : qu'il inclut l'incirconcis au titre de l'impur.
אִישׁ אִישׁ מִזֶּרַע אַהֲרֹן וְהוּא צָרוּעַ אוֹ זָב:
« Ich ich. » Le verset poursuit : de la descendance d'Aharon, atteint de tsaraat ou zav.
לְרַבּוֹת אֶת הֶעָרֵל שֶׁהוּא כְּטָמֵא שֶׁלֹּא יֹאכַל תְּרוּמָה אִם כֹּהֵן הוּא:
Pour inclure l'incirconcis. Qu'il soit comme l'impur et ne mange pas la terouma s'il est cohen.
🗂️ Tossefot (1)
דִּמְרַבֶּה עָרֵל כִּי טָמֵא. אָמַר הָרַב ר' אֶלְחָנָן דְּהָא דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא דִּלְעֵיל לִמְעוּטֵי לֵיהּ טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס וְלָא לִמְעוּטֵי מִסָּפֵק עָרֵל הָתָם אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן הוּא דִּלְרַבִּי עֲקִיבָא לֹא צָרִיךְ וּמִיהוּ אַךְ קָשֶׁה אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ מִיעוּט לְעָרֵל גַּבֵּי פֶּסַח תִּיפּוֹק לֵיהּ מִטָּמֵא וְי"ל דְּהָתָם מְמַעֲטִינַן עָרֵל שֶׁמֵּתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָה דְּלָאו כְּטָמֵא וּמִיהוּ זֶהוּ דַּוְקָא לפרש"י דִּמְפָרֵשׁ הָתָם עָרֵל שֶׁמֵּתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָה יֵשׁ לְהַעֲמִיד הָכִי אֲבָל לפר"ת דִּמְפָרֵשׁ שֶׁדּוֹאֵג מֵחֲמַת הַצַּעַר אֲבָל מֵתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָּה הָוֵי אָנוּס יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְרַבִּי עֲקִיבָא דִּמְרַבֶּה עָרֵל כִּי טָמֵא אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְעָרֵל דְּפֶסַח תִּיפּוֹק לֵיהּ מִטָּמֵא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמֵהָתָם יָדְעִינַן לֵיהּ בְּעָלְמָא כֵּיוָן דִּמְדַמֶּה עָרֵל לְטָמֵא בְּפֶסַח דָּרְשִׁינַן נַמֵּי מֵאִישׁ אִישׁ לְרַבּוֹת עָרֵל כְּטָמֵא אֲבָל לֵיכָּא לְמֵימַר דְּאִי לֵיכָּא קְרָא אֶלָּא דְּעָרֵל כְּטָמֵא הָיִיתִי אוֹמֵר דְּפֶסַח בָּא בַּעֲרֵלוּת דְּאִי הֲוָה רֻובָּן עֲרֵלִים כְּמוֹ בְּטֻומְאָה דְּהָא מְנָא יָדְעִינַן לְרַבּוֹת עָרֵל כִּי טָמֵא מֵאִישׁ אִישׁ כִּי יִהְיֶה צָרוּעַ אוֹ זָב וְהָתָם לָא כְּתִיב רַק טֻומְאַת צָרַעַת וְזִיבוּת וַאֲנַן אָמְרִינַן בְּרֵישׁ אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף סז.) דְּלָא דָחֵי רַק טֻומְאַת מֵת בִּלְבַד וְהַשְׁתָּא סֻוגְיָא דְּהָכָא פְּלִיגָא אַרָבָא דְּרֵישׁ הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עב:) דְּקָאָמַר דְּלָא לִישְׁתְּמִיט תַּנָּא דִּמְרַבֶּה עָרֵל כִּי טָמֵא וְנוֹקְמָא כְּרַבִּי עֲקִיבָא וּפָרִיךְ לֵיהּ מֵהָכָא דְּעָרֵל וְטָמֵא פְּטוּרִין מִן הָרְאִייָּה וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי הָתָם מִשּׁוּם דִּמְאִיס וּמַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ רַבָּנָן מוֹדוּ כְּלוֹמַר לָאו מִשּׁוּם דִּמְרַבֶּה לֵיהּ כִּי טָמֵא אֶלָּא מִשּׁוּם דִּמְאִיס וּמִיהוּ י"ל דה"פ שָׁאנֵי הָתָם מִשּׁוּם דִּמְאִיס לְהָכִי מְרַבֶּה עָרֵל כִּי טָמֵא אַלִּיבָּא דְּרַבִּי עֲקִיבָא אֲבָל לֹא שֶׁיְּהֵא עָרֵל מְטַמֵּא בִּנְגִיעָה כְּטָמֵא לְהָכִי לָא תְּנִינְהוּ גַּבֵּי הֲדָדֵי:
« Qu'il inclut l'incirconcis au titre de l'impur. » Le Rav Rabbi Elhanan a dit : si un verset a été nécessaire plus haut pour exclure le toumtoum et l'androgynos, et non pour exclure l'incirconcis au titre du doute, cela relève de l'avis des Sages ; selon Rabbi Akiva ce verset ne serait pas nécessaire. Il reste toutefois une difficulté : pourquoi un verset d'exclusion est-il nécessaire pour l'incirconcis à propos du korban Pessa'h ? Qu'on le tire de l'impur ! On peut dire que là-bas nous excluons l'incirconcis dont les frères sont morts des suites de la circoncision, lequel ne se compare pas à l'impur. Cela vaut selon l'explication de Rachi, qui entend là-bas l'incirconcis dont les frères sont morts des suites de la circoncision : on peut alors l'établir ainsi. Selon l'explication de Rabbenou Tam, pour qui il s'agit de celui qui craint à cause de la douleur, tandis que celui dont les frères sont morts des suites de la circoncision est un anous (contraint), il faut objecter : selon Rabbi Akiva, qui inclut l'incirconcis au titre de l'impur, pourquoi un verset est-il nécessaire pour l'incirconcis à propos du Pessa'h ? Qu'on le tire de l'impur ! On peut dire que c'est précisément de là que nous le savons de manière générale : puisque l'Écriture assimile l'incirconcis à l'impur à propos du Pessa'h, nous dérivons aussi de « ich ich » l'inclusion de l'incirconcis au titre de l'impur. On ne peut pas dire que, sans ce verset et avec le seul principe que l'incirconcis est comme l'impur, j'aurais conclu que le Pessa'h se fait en état d'incirconcision lorsque la majorité est incirconcise, comme il se fait en état d'impureté. Car d'où saurions-nous inclure l'incirconcis au titre de l'impur à partir de « tout homme de la descendance d'Aharon atteint de tsaraat ou zav » ? Là-bas ne sont écrites que l'impureté de la tsaraat et celle de la ziva, alors que nous disons au début du chapitre Elou Devarim (Pessahim 67a) que seule l'impureté du mort est repoussée. Et alors, la sougya d'ici s'oppose à celle du chapitre haArel (Yevamot 72b), où l'on dit qu'aucun tana ne devrait manquer d'inclure l'incirconcis au titre de l'impur et qu'il faudrait établir la baraita selon Rabbi Akiva ; on objecte de notre passage, où l'incirconcis et l'impur sont exempts de la reeya, et l'on répond qu'ici il en va autrement parce qu'il est répugnant, ce qui indique que même les Sages l'admettent, c'est-à-dire que la raison tient à la répugnance plutôt qu'à l'inclusion au titre de l'impur. On peut toutefois dire que le sens est le suivant : ici il en va autrement parce qu'il est répugnant, et c'est pour cela que Rabbi Akiva l'inclut au titre de l'impur ; mais l'incirconcis ne rend pas impur par contact comme l'impur, et c'est pourquoi les deux ne sont pas enseignés ensemble.
💡 Explication

Le rapprochement précédent vaut pour l'impur, qui est effectivement interdit d'entrée. L'incirconcis, lui, peut entrer dans le Sanctuaire : son exemption demande une autre source.

La Guemara répond en attribuant la baraita à Rabbi Akiva. Dans le verset du Lévitique qui écarte du service et des choses saintes le cohen atteint de tsaraat ou zav, le mot ich est redoublé ; Rabbi Akiva lit ce redoublement comme une inclusion et y range l'incirconcis. Une fois assimilé à l'impur pour cette règle, il l'est aussi pour la reeya. La baraita repose donc sur un avis particulier, ce que Tossefot mettent en tension avec la sougya de Yevamot.

🖼️ Schéma
L'incirconcis est-il assimilé à l'impur ? Rabbi Akiva ich ich, dans le verset sur le cohen atteint de tsaraat ou zav, inclut l'incirconcis au titre de l'impur il ne mange pas les choses saintes et il est exempt de la reeya Les Sages ils ne tirent pas cette inclusion de ich ich ; pour le korban Pessa'h un verset spécial exclut l'incirconcis l'exemption de la reeya demande alors un autre motif Nafka mina relevée par Tossefot la baraita d'ici ne tient que selon Rabbi Akiva dans Yevamot 72b on répond plutôt que l'incirconcis est répugnant
La baraita ne tient que selon Rabbi Akiva, et Tossefot confrontent cette solution à la sougya de Yevamot.
4
תָּנוּ רַבָּנַן: טָמֵא פָּטוּר מִן הָרְאִיָּיה, דִּכְתִיב: ״וּבָאתָ שָׁמָּה״ ״וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה״. כֹּל שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּבִיאָה — יֶשְׁנוֹ בַּהֲבָאָה, וְכָל שֶׁאֵינוֹ בְּבִיאָה — אֵינוֹ בַּהֲבָאָה.

Nos maîtres ont enseigné : l'impur est exempt de la reeya, ainsi qu'il est écrit « et tu viendras là-bas », « et vous apporterez là-bas ». Tout ce qui est compris dans le fait de venir est compris dans le fait d'apporter, et tout ce qui n'est pas compris dans le fait de venir n'est pas compris dans le fait d'apporter.

💡 Explication

La Guemara cite maintenant la baraita complète, dont le passage précédent n'avait retenu que la première ligne. Elle sert d'entrée à un enseignement supplémentaire, celui de Rabbi Yo'hanan ben Dehavaï sur l'aveugle d'un seul œil, rapporté dans la même baraita.

5
רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן דַּהֲבַאי אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה: סוּמָא בְּאַחַת מֵעֵינָיו פָּטוּר מִן הָרְאִיָּיה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יֵרָאֶה״ ״יֵרָאֶה״, כְּדֶרֶךְ שֶׁבָּא לִרְאוֹת כָּךְ בָּא לֵירָאוֹת. מַה בָּא לִרְאוֹת — בִּשְׁתֵּי עֵינָיו, אַף לֵירָאוֹת — בִּשְׁתֵּי עֵינָיו.

Rabbi Yo'hanan ben Dehavaï dit au nom de Rabbi Yehouda : celui qui est aveugle d'un seul de ses yeux est exempt de la reeya, ainsi qu'il est dit « yéraé », « yiré » : de la manière dont il vient voir, ainsi il vient être vu. De même qu'il vient voir avec ses deux yeux, ainsi il vient être vu avec ses deux yeux.

💡 Explication

Le verset d'Exode 23,17 s'écrit sans voyelles. La forme peut se lire yéraé, il sera vu, ou yiré, il verra. La tradition retient les deux lectures ensemble et en tire une équivalence : la montée au Temple est un acte où l'homme voit et se donne à voir dans la même mesure.

De là l'exemption : celui qui vient voir d'un seul œil ne remplit pas la mesure de la vue, donc l'obligation d'être vu ne porte pas sur lui. L'avis reste isolé et sert plus loin de point d'appui au récit de Rav Houna, qui pleure sur ce même verset.

🖼️ Schéma
Le même mot lu dans les deux sens Exode 23,17 : יראה le texte non vocalisé autorise deux lectures yiré : il vient voir l'homme monte contempler la Présence il voit avec ses deux yeux yéraé : il vient être vu l'homme se présente devant le Maître il est vu de la même manière Celui qui est aveugle d'un seul œil est exempt il ne voit pas des deux yeux, donc il n'est pas tenu de venir être vu
La double lecture du même mot, et l'exemption qui en découle.
6
רַב הוּנָא כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא ״יֵרָאֶה״ ״יֵרָאֶה״, בְּכִי. אָמַר: עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ מְצַפֶּה לוֹ לִרְאוֹתוֹ יִתְרַחֵק מִמֶּנּוּ, דִּכְתִיב: ״כִּי תָּבֹואוּ לֵרָאוֹת פָּנָי מִי בִקֵּשׁ זֹאת מִיֶּדְכֶם רְמֹוס חֲצֵרָי״.

Rav Houna, lorsqu'il parvenait à ce verset « yéraé », « yiré », pleurait. Il disait : un serviteur dont le maître attend de le voir, s'éloignerait-il de lui ?

Ainsi qu'il est écrit : « Quand vous venez paraître devant Ma face, qui a demandé cela de votre main, de fouler Mes parvis ? »

📜 Rachi (2)
עֶבֶד שֶׁהוּא חָבִיב לְרַבּוֹ עַד שֶׁרַבּוֹ מְצַפֶּה וְשׁוֹאֵף מָתַי יַרְאֵהוּ יִתְרַחֵק מֵעָלָיו:
Un serviteur. Qui est si cher à son maître que celui-ci attend et aspire au moment où il le verra — et voici qu'il s'éloigne de lui.
יִתְרַחֵק מֵעָלָיו אֵיךְ הִגִּיעַ יוֹם שֶׁנֶּהְפַּךְ לוֹ לְשׂוֹנֵא וְרִחֲקוֹ וְצִוָּה שֶׁלֹּא יַרְאֵהוּ שֶׁנֶּאֱמַר כִּי תָבֹאוּ וְגוֹ':
Il s'éloigne de lui. Comment est venu le jour où il est devenu pour lui un ennemi, où il l'a éloigné et a ordonné qu'il ne le voie plus, ainsi qu'il est dit « quand vous venez », etc.
💡 Explication

Le folio passe ici de la halakha au récit. Le verset qui vient de servir à la derasha devient chez Rav Houna un motif de larmes, par un rapprochement avec Isaie 1,12, où le même verbe paraître revient dans une phrase de rejet.

La lecture repose sur la relation du serviteur et du maître. Le verbe attendre marque l'attente du maître ; le prophète montre le moment où cette attente se retourne en refus. Rachi accentue les deux versants : le maître aspirait à voir son serviteur, puis vint le jour où il ordonna de ne plus paraître devant lui.

7
רַב הוּנָא כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״וְזָבַחְתָּ שְׁלָמִים וְאָכַלְתָּ שָּׁם״, עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ מְצַפֶּה לֶאֱכֹול עַל שֻׁלְחָנוֹ יִתְרַחֵק מִמֶּנּוּ? דִּכְתִיב: ״לָמָּה לִּי רֹוב זִבְחֵיכֶם יֹאמַר ה׳״.

Rav Houna, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « et tu sacrifieras des chelamim et tu mangeras là » — un serviteur dont le maître attend de le voir manger à sa table s'éloignerait-il de lui ? Ainsi qu'il est écrit : « pourquoi Me faut-il la multitude de vos sacrifices, dit Hachem ? »

💡 Explication

Le même mouvement est repris sur un autre couple de versets. Le Deutéronome décrit le repas des chelamim consommés devant Hachem, image d'une table partagée ; Isaie 1,11 refuse ces mêmes sacrifices.

Les deux récits de Rav Houna forment une paire : le premier porte sur le fait d'être vu, le second sur le fait de manger à la table du maître. Ensemble ils décrivent l'écart entre ce que la Torah instituait et ce que le prophète constate.

8
רַבִּי אֶלְעָזָר כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״וְלֹא יָכְלוּ אֶחָיו לַעֲנוֹת אֹתוֹ כִּי נִבְהֲלוּ מִפָּנָיו״, וּמֶה תּוֹכֵחָה שֶׁל בָּשָׂר וָדָם כָּךְ, תּוֹכֵחָה שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. רַבִּי אֶלְעָזָר כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֶל שָׁאוּל לָמָּה הִרְגַּזְתַּנִי לְהַעֲלוֹת אֹותִי״, וּמַה שְׁמוּאֵל הַצַּדִּיק הָיָה מִתְייָרֵא מִן הַדִּין, אָנוּ — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!

Rabbi Elazar, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « et ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient effrayés devant lui ». Et si la réprimande d'un être de chair et de sang produit cela, la réprimande du Saint béni soit-Il, à plus forte raison.

Rabbi Elazar, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « et Chemouel dit à Chaoul : pourquoi m as-tu troublé pour me faire monter ? ». Et si Chemouel le juste craignait le jugement, nous, a plus forte raison !

📜 Rachi (1)
תּוֹכָחָה שֶׁמּוֹכִיחַ פִּשְׁעוֹ בְּפָנָיו:
La réprimande. Lorsqu'on lui reproche sa faute en face.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. שֶׁלֹּא יוּכַל לְהָשִׁיב תְּשׁוּבָה מְעַלַּיְיתָא לְהִיפָּטֵר לְגַמְרֵי דְּמִכַּמָּה דְּבָרִים מָצֵי לִפְטוֹר עַצְמוֹ קְצָת כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הֲדַר (עֵירוּבִין דַּף סה.) יָכוְלֵנִי לִפְטוֹר כָּל הָעוֹלָם מִדִּין שֶׁל תְּפִלָּה:
« Celle du Saint béni soit-Il, à plus forte raison. » Il ne pourra pas fournir une réponse valable pour se libérer entièrement, alors que sur plusieurs points il peut se dégager en partie, comme il est rapporté au chapitre haDar (Erouvin 65a) : je pourrais exempter le monde entier du jugement de la prière.
🪔 Ben Yehoyada (1)
ומה תוכחה של בשר־ודם כך, של הקדוש ברוך הוא לא כל שכן. קשא דהכתוב לא אמר נבהלו 'מתוכחתו' אלא נבהלו 'מפניו' (בראשית מה, ג) ? ונראה לי בס"ד דרמז בתיבת מפניו על תוכחתו שהיא הטענה שיש לו לטעון עליהם והיינו לפני אותיות 'יוסף' יש אותיות 'טענה' ולזה אמר ומה תוכחה של בשר־ודם שהיא הטענה שיש לו על חבירו כך נבהלו ממנה של הקדוש ברוך הוא על אחת כמה וכמה!
« Et si la réprimande d'un être de chair et de sang produit cela, celle du Saint béni soit-Il, à plus forte raison. » Difficulté : le verset ne dit pas qu'ils furent effrayés par sa réprimande, mais qu'ils furent effrayés devant sa face, mipanav (Genèse 45,3). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot mipanav fait allusion à sa réprimande, c'est-à-dire au grief qu'il avait à leur opposer : les lettres qui précèdent (lifné) les lettres de Yossef forment les lettres de taana, le grief. C'est pourquoi il dit : si la réprimande d'un être de chair et de sang, qui est le grief qu'il a contre son prochain, les a effrayés à ce point, celle du Saint béni soit-Il, à plus forte raison !
💡 Explication

Le premier verset est celui de la révélation de Yossef à ses frères. La Guemara y lit une réprimande : Yossef n'avait prononcé que son nom, et ses frères restaient sans réponse. L'argument est un kal va-homer : si la parole d'un homme réduit ainsi au silence, la mise en cause devant Hachem le fera davantage.

Le second verset vient de l'épisode de la nécromancienne d'Ein Dor. Chemouel, appelé du monde d'en haut, s'adresse à Chaoul en termes de trouble. Rabbi Elazar en tire que le juste lui-même redoutait le jugement.

9
שְׁמוּאֵל מַאי הִיא — דִּכְתִיב: ״וַתֹּאמֶר הָאִשָּׁה אֶל שָׁאוּל אֱ-לֹהִים רָאִיתִי עֹולִים״. ״עוֹלִים״ — תְּרֵי מַשְׁמַע: חַד שְׁמוּאֵל, וְאִידָךְ — דַּאֲזַל שְׁמוּאֵל וְאַתְיֵיהּ לְמֹשֶׁה בַּהֲדֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: דִּלְמָא חַס וְשָׁלוֹם לְדִינָא מִתְבְּעֵינָא, קוּם בַּהֲדַאי, דְּלֵיכָּא מִילְּתָא דִּכְתַבְתְּ בְּאוֹרָיְיתָא דְּלָא קַיֵּימְתַּיהּ.

De Chemouel, de quoi s'agit-il ? De ce qui est écrit : « et la femme dit à Chaoul : j'ai vu un être divin monter de la terre ».

« Olim », au pluriel, implique deux : l'un est Chemouel, et l'autre, parce que Chemouel alla chercher Moche et l'amena avec lui. Il lui dit : peut-être, à D.ieu ne plaise, suis-je appelé en jugement ; tiens-toi avec moi, car il n'est rien que tu aies écrit dans la Torah que je n'aie accompli.

📜 Rachi (1)
מַאי הִיא מְנָא לַן דְּמִתְיָירֵא:
De quoi s'agit-il. D'où savons-nous qu'il craignait.
🗂️ Tossefot (1)
דְּלֵיכָּא מִילְּתָא דִּכְתִיב בְּאוֹרָיְיתָא דְּלָא קִייַּמְתִּיהָ. לָא בָּעֵי לְמֵימַר שֶׁיָּעִיד לוֹ שֶׁקִּייֵּם הַכֹּל דִּמְנָא יָדַע וְהָא לֹא הָיָה בְּדוֹרוֹ אֶלָּא הָיָה אוֹמֵר כָּךְ וְכָךְ דָּרַשְׁתִּי וְעָשִׂיתִי מַעֲשֶׂה בּוֹא וְהַעִידֵנִי שֶׁכֵּן לָמַדְתָּ גַּם אַתָּה:
« Qu'il n'est rien d'écrit dans la Torah que je n'aie accompli. » Il ne veut pas dire que Moche témoignerait qu'il a tout accompli, car d'où le saurait-il, puisqu'il n'était pas de sa génération ; il lui disait plutôt : voici ce que j'ai exposé et ce que j'ai mis en pratique, viens témoigner pour moi que tu as enseigné de même.
🪔 Ben Yehoyada (2)
דִּשְׁמוּאֵל, מַאי הִיא. הִנֵּה רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ דְּבַעֲלַת אוֹב לֹא יָכְלָה לְהַעֲלוֹת אֶלָּא חֵלֶק נֶפֶשׁ הַקְּטַנּוֹת דַּעֲשִׂיָּה הַנִּשְׁאֶרֶת בִּגְרָמֵי שֶׁבַּקֶּבֶר וְהִיא הַנִּקְרֵאת הַבְלָא דְּגָרְמִי וְזוֹ הָיָה מִבְּחִינַת שֵׁם אֱלֹקִים וּלְכָךְ אָמְרָה אֱלֹקִים רָאִיתִי עֹלִים מִן הָאָרֶץ (שְׁמוּאֵל א' כח, יג) , עַד כָּאן דְּבָרָיו בש"ה עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה יָשַׁבְתִּי בס"ד חֲקִירָה אַחַת אֵיךְ הָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה נִכְנַס לְבֵית פַּרְעֹה שֶׁכֻּולּוֹ מָלֵא עֲבוֹדָה זָרָה וְגַם הָיָה עוֹשֶׂה עַצְמוֹ עֲבוֹדָה זָרָה וַהֲלֹא אֶסְתֵּר כֵּיוָן שֶׁנִּכְנְסָה לְבֵית צְלָמִים נִסְתַּלְּקָה מִמֶּנָּה שְׁכִינָה? וְתֵרַצְתִּי כְּשֶׁהָיָה נִכְנָס שָׁם הָיְתָה מִתְעַלֶּמֶת הַנְּשָׁמָה הַגְּדוֹלָה שֶׁהָיְתָה בְּקִרְבּוֹ וְהָיָה נִשְׁאַר בּוֹ רַק חֵלֶק נֶפֶשׁ מִבְּחִינַת שֵׁם אֱלֹקִים דְּקַטְנוּת וּכְשֶׁהָיָה יוֹצֵא מִבֵּית פַּרְעֹה חוֹזֶרֶת אֵלָיו. וּלְפִי זֶה מוּבָן שַׁפִּיר מַה שֶּׁאָמַר לוֹ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ רְאֵה נְתַתִּיךָ אֱלֹקִים לְפַרְעֹה (שְׁמוֹת ז, א) , אֱלֹקִים דַּיְיקָא שֶׁאָשִׂים בְּךָ רַק חֵלֶק נֶפֶשׁ מִבְּחִינַת שֵׁם אֱלֹקִים דְּקַטְנוּת. וּבָזֶה מוּבָן שַׁפִּיר הַמִּדְרָשׁ (וַיִּקְרָא רַבָּה כו, ז) שֶׁהָיָה שְׁמוּאֵל מִתְיָירֵא וְהֶעֱלָה לְמֹשֶׁה עִמּוֹ דְּאֵין אֱלֹקִים אֶלָּא מֹשֶׁה שֶׁנֶּאֱמַר רְאֵה נְתַתִּיךָ אֱלֹקִים לְפַרְעֹה עַד כָּאן. וְהַיְינוּ רוֹצֶה לוֹמַר מַה שֶׁאָמַר אִיתַי לְמֹשֶׁה רוֹצֶה לוֹמַר אַייְּתִי מִמֶּנּוּ נִיצוֹץ נֶפֶשׁ דִּבְחִינַת אֱלֹקִים דְּקַטְנוּת דַּעֲלֵהּ אִתְּמַר רְאֵה נְתַתִּיךָ אֱלֹקִים לְפַרְעֹה.
« De Chemouel, de quoi s'agit-il. » Notre maître le Ari, que sa mémoire soit bénie, a expliqué que la maîtresse de l'ov ne pouvait faire monter que la part de nefech de katnout (état de petitesse) du monde d'Assiya demeurant dans les ossements au tombeau, appelée hevla de-garmei, le souffle des os, laquelle relevait de l'aspect du Nom E-lokim ; c'est pourquoi elle dit : j'ai vu E-lokim monter de la terre (I Samuel 28,13). Ainsi ses paroles dans le Chaar haGuilgoulim, vois-y. Par là j'ai résolu, avec l'aide du Ciel, une question : comment Moche notre maître, que la paix soit sur lui, entrait-il dans la maison de Pharaon, toute remplie d'idolâtrie, alors que Pharaon se faisait lui-même idole, tandis qu'Esther, dès lors qu'elle entra dans une maison de statues, vit la Chekhina se retirer d'elle ? J'ai répondu : lorsqu'il y entrait, la grande nechama qui était en lui se retirait, et il ne demeurait en lui qu'une part de nefech relevant de l'aspect du Nom E-lokim de katnout, qui lui revenait à sa sortie de la maison de Pharaon. Selon cela se comprend bien ce que Hachem lui dit : « vois, Je t ai donné comme E-lokim pour Pharaon » (Exode 7,1) — E-lokim précisément, c'est-à-dire : Je ne placerai en toi qu'une part de nefech relevant de l'aspect du Nom E-lokim de katnout. Ainsi se comprend également le midrach (Vayikra Rabba 26,7) selon lequel Chemouel craignait et fit monter Moche avec lui, car E-lokim désigne Moche, ainsi qu'il est dit : vois, Je t ai donné comme E-lokim pour Pharaon. Autrement dit, lorsqu'il est dit qu'il amena Moche, cela signifie qu'il en amena l'étincelle de nefech relevant de l'aspect E-lokim de katnout, dont il est dit : vois, Je t ai donné comme E-lokim pour Pharaon.
דילמא חס־ושלום לדינא קא מתבעינא. קשא איך נעלם משמואל הנביא ע"ה דבר זה שלא ידע מי קורא אותו ואיך חשב שמא מן השמים קראוהו לדון אותו? ונראה לי בס"ד דודאי ידע ששאול קורא אותו והעלהו על ידי אוב וידע כי עתה שאול עומד בצרה שבא זמן הפורענות שגזרו עליו לפרוע ממנו בשביל עמלק שדבר זה היה גלוי וידוע לשמואל הנביא ע"ה בחייו ורק עתה ידע שבא זמן הפרעון וחשש פן עתה יהיה נתבע גם הוא לדין מצד מחיית עמלק שהיתה מוטלת גם עליו מפני ששמואל היה טוב של קין ועמלק רע של קין דלכן היה הצווי של מחיית עמלק לשאול ולישראל על יד שמואל וכמו שאמר רבינו האר"י ז"ל בפסוק אוי מי יחיה משמו אל (במדבר כד, כג) שנאמר בנבואת בלעם על קין דקרינן ביה 'משמואל' שהוא היה הטוב של קין ולכך הוא צוה לשאול ולישראל למחוק זכר עמלק שהיה רע של קין וגם הוא בידו הרג את אגג ועל זה אומר אוי מי יחיה את הרע שהוא עמלק מיד שמואל עד כאן דבריו זלה"ה [זכרונו לחיי העולם הבא] בשער הפסוקים יעוין שם. על כן חשש פן עתה שדנים את שאול בעבור חסרון שעשה במחיית עמלק אולי יעלה קטרוג גם עליו בזה לומר שהיה לו ללכת עם שאול וישראל ביחד כשהלכו להלחם בעמלק מפני דמחיית עמלק שייכת לו יותר מכולם ואם היה הולך עמהם לא היתה יוצאה תקלה זו שעשו שארית לעמלק ועל דין זה היה חושש, לכך הביא את משה רבינו ע"ה עמו שהוא כתב התורה וכתב פסוק זה של אוי מי יחיה 'משמואל' וידע מה הוא החיוב המוטל על שמואל לעשות בדבר זה של מחיית עמלק כי לפי דעתו של שמואל הנביא ע"ה לא היה מוטל עליו לעשות יותר מזה הצווי שצוה את שאול וישראל ולא היה חייב ללכת עמהם למלחמה.
« Peut-être, à D.ieu ne plaise, suis-je appelé en jugement. » Difficulté : comment cette chose est-elle restée cachée à Chemouel le prophète, que la paix soit sur lui, au point qu'il ignorait qui l'appelait et qu'il a pu penser qu'on l'appelait du Ciel pour le juger ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il savait certainement que Chaoul l'appelait et le faisait monter par l'ov, et qu'il savait que Chaoul se trouvait alors dans la détresse, le temps du châtiment étant venu de lui réclamer compte au sujet d'Amalek — chose dévoilée et connue de Chemouel le prophète de son vivant, dont il apprenait seulement maintenant que le temps du paiement était arrivé. Il craignit alors d'être lui aussi appelé en jugement du fait de l'effacement d'Amalek, qui lui incombait également, car Chemouel était le bien de Kayin et Amalek le mal de Kayin ; c'est pourquoi l'ordre d'effacer Amalek fut donné à Chaoul et à Israël par l'intermédiaire de Chemouel. Ainsi l'a dit notre maître le Ari, que sa mémoire soit bénie, sur le verset « malheur, qui vivra lorsque D.ieu l'aura établi » (Nombres 24,23), prononcé dans la prophétie de Bilam au sujet de Kayin, où l'on lit mi-Chemouel, car Chemouel était le bien de Kayin ; c'est pourquoi il ordonna à Chaoul et à Israël d'effacer le souvenir d'Amalek, qui était le mal de Kayin, et c'est de sa propre main qu'il tua Agag. Sur cela il est dit : malheur, qui fera vivre le mal, c'est-à-dire Amalek, échappé à la main de Chemouel. Ainsi ses paroles, que son souvenir soit pour la vie du monde à venir, dans le Chaar haPessoukim, vois-y. Il craignit donc que, maintenant que l'on juge Chaoul pour le manquement commis dans l'effacement d'Amalek, une accusation ne s'élève aussi contre lui, en disant qu'il aurait dû aller avec Chaoul et Israël lorsqu'ils partirent combattre Amalek, puisque l'effacement d'Amalek le concernait plus que tous, et que s'il était allé avec eux cette faute de laisser un reste à Amalek ne se serait pas produite. Telle était la crainte qu'il nourrissait sur ce jugement. C'est pourquoi il amena avec lui Moche notre maître, que la paix soit sur lui, qui a écrit la Torah et a écrit ce verset de « malheur, qui vivra mi-Chemouel », et qui savait quelle obligation incombait à Chemouel dans cette affaire de l'effacement d'Amalek ; car selon l'avis de Chemouel le prophète, que la paix soit sur lui, il ne lui incombait rien de plus que l'ordre qu'il donna à Chaoul et à Israël, et il n'était pas tenu d'aller avec eux à la guerre.
💡 Explication

La Guemara établit d'abord d'où l'on sait que Chemouel craignait : la femme décrit ce qu'elle voit au pluriel, olim, alors qu'un seul avait été appelé. Le second est identifié comme Moche.

La demande de Chemouel porte sur un témoignage. Tossefot précisent son objet : Moche ne pouvait attester de toute la vie de Chemouel, puisqu'il n'était pas de sa génération ; le témoignage porte sur la conformité entre ce que Chemouel a exposé et mis en pratique et ce que Moche a lui-même enseigné.

10
רַבִּי אַמֵּי כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״יִתֵּן בֶּעָפָר פִּיהוּ אוּלַי יֵשׁ תִּקְוָה״, אָמַר: כֻּולֵּי הַאי ו״אוּלַי״?! רַבִּי אַמֵּי כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״בַּקְּשׁוּ צֶדֶק בַּקְּשׁוּ עֲנָוָה אוּלַי תִּסָּתְרוּ בְּיוֹם אַף ה׳״, אָמַר: כֻּולֵּי הַאי ו״אוּלַי״?! רַבִּי אַסִּי כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״שִׂנְאוּ רָע וְאֶהֱבוּ טוֹב וְהַצִּיגוּ בַשַּׁעַר מִשְׁפָּט אוּלַי יֶחֱנַן ה׳ [אֱ-לֹהֵי] צְבָאוֹת״, כֻּולֵּי הַאי וּ״אוּלַי״?!

Rabbi Ami, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « qu'il mette sa bouche dans la poussière, peut-être y a-t-il un espoir ». Il disait : tout cela, et « peut-être » ?!

Rabbi Ami, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « recherchez la justice, recherchez l'humilité, peut-être serez-vous abrités au jour de la colère de Hachem ». Il disait : tout cela, et « peut-être » ?!

Rabbi Assi, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « haïssez le mal et aimez le bien, établissez la justice à la porte, peut-être Hachem, D.ieu des armées, fera-t-Il grâce ». Tout cela, et « peut-être » ?!

📜 Rachi (1)
כֻּולֵּי הַאי וְאוּלַי כָּל הַיִּסּוּרִין הַלָּלוּ יְקַבֵּל וְעוֹדֶנּוּ בְּסָפֵק אִם תִּהְיֶה לוֹ תִּקְוָה:
Tout cela, et « peut-être ». Il recevra toutes ces souffrances et il demeure encore dans le doute quant à savoir s'il aura un espoir.
💡 Explication

Les trois versets ont la même structure : une exigence considérable, suivie du mot oulai, peut-être. La lamentation demande de mettre sa bouche dans la poussière ; Sofonie demande de rechercher la justice et l'humilité ; Amos demande de haïr le mal, d'aimer le bien et d'établir le droit à la porte de la ville.

Rachi explicite ce qui fait pleurer : après avoir accepté toutes ces souffrances et accompli tout cela, l'homme reste dans le doute quant à l'issue. La série prolonge le motif des récits précédents et prépare la question de Rav Yossef sur la mort qui survient hors du jugement.

11
רַב יוֹסֵף כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״וְיֵשׁ נִסְפֶּה בְּלֹא מִשְׁפָּט״, אָמַר: מִי אִיכָּא דְּאָזֵיל בְּלָא זִמְנֵיהּ? אִין, כִּי הָא דְּרַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי הֲוָה שְׁכִיחַ גַּבֵּיהּ מַלְאַךְ הַמָּוֶת. אֲמַר לֵיהּ לִשְׁלוּחֵיהּ: זִיל אַייְתִי לִי מִרְיָם מְגַדְּלָא שְׂיעַר נְשַׁייָּא. אֲזַל, אַיְיתִי לֵיהּ מִרְיָם מְגַדְּלָא דַּרְדְּקֵי.

Rav Yossef, lorsqu'il parvenait à ce verset, pleurait : « et il est tel qui périt sans jugement ». Il disait : y a-t-il quelqu un qui s'en va avant son temps ?

Oui, comme dans cette affaire de Rav Bivi bar Abaye, auprès de qui l'ange de la mort se trouvait. Il dit à son émissaire : va me chercher Miriam, celle qui tresse les cheveux des femmes.

Il alla et lui amena Miriam, celle qui élève les jeunes enfants.

📜 Rachi (4)
וְיֵשׁ נִסְפֶּה בְּלֹא מִשְׁפָּט יֵשׁ כָּלֶה וְאֵין עָוֹן בְּיָדוֹ וְלֹא הָיָה מִשְׁפָּט לִסְפּוֹת:
« Et il est tel qui périt sans jugement. » Il en est qui s'éteint sans avoir de faute en main, et il n'y avait pas de jugement pour le faire périr.
וּמִי אִיכָּא דְּאָזֵיל כו' הַשַּׁ"ס קָא בָּעֵי לָהּ:
« Y a-t-il quelqu un qui s'en va », etc. C'est le Talmud qui pose la question.
אֲמַר לֵיהּ מַלְאָךְ לִשְׁלוּחוֹ:
Il lui dit. L'ange à son émissaire.
אַייְתִי לִי מִרְיָם מְגַדְּלָא נְשַׁיָּיא הָרוּג אֶת מִרְיָם הַמְקַלַּעַת שֵׂיעָר הַנָּשִׁים:
« Amène-moi Miriam megadla nechaya. » Tue Miriam, celle qui tresse les cheveux des femmes.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר מִי אִיכָּא אִינִישׁ דְּאָזֵיל בְּלָא זִימְנֵיהּ. ל"ג אָמַר שֶׁהֲרֵי רַב יוֹסֵף לֹא הָיָה שׁוֹאֵל כָּךְ שֶׁעַל זֶה לֹא מְתָרֵץ לוֹ הַשַּׁ"ס כְּלוּם אֶלָּא הַשַּׁ"ס קָא פָּרֵיךְ לֵיהּ:
« Il dit : y a-t-il un homme qui s'en va avant son temps ? » Nous ne lisons pas « il dit », car Rav Yossef ne posait pas cette question, sur laquelle le Talmud ne lui répond rien ; c'est le Talmud qui objecte.
הֲוָה שְׁכִיחַ גַּבֵּיהּ מַלְאַךְ הַמָּוֶת. דִּמְסַפֵּר מַה שֶׁאֵירַע לוֹ כְּבָר דְּהַאי עֻובְדָּא דְּמִרְיָם מְגַדְּלָא נְשַׁייָּא בְּבַיִת שֵׁנִי הָיָה דְּהָיְתָה אִמּוֹ שֶׁל פְּלוֹנִי כִּדְאִיתָא בְּשַׁבָּת (דַּף קד: וְשָׁם):
« L'ange de la mort se trouvait auprès de lui. » Il lui racontait ce qui était déjà advenu, car cette affaire de Miriam megadla nechaya se situe au temps du second Temple : elle était la mère d'un tel, comme il est rapporté dans Chabbat (104b).
💡 Explication

Le verset des Proverbes affirme qu'un homme peut disparaître sans que le jugement l'ait emporté. Rachi le glose : il s'éteint sans avoir de faute en main, et rien ne le condamnait.

Tossefot notent deux points de texte. Le mot « il disait » se retire de la version, car la question vient du Talmud plutôt que de Rav Yossef, qui recevrait sinon une réponse. Et l'ange de la mort rapportait à Rav Bivi bar Abaye des faits déjà advenus, puisque l'affaire des deux Miriam se situe au temps du second Temple.

Les deux noms se ressemblent : megadla sear nechaya, celle qui tresse les cheveux des femmes, et megadla dardekei, celle qui élève les jeunes enfants.

🖼️ Schéma
Comment une mort survient hors du temps Ordre donné Miriam megadla sear nechaya, la tresseuse Ordre exécuté Miriam megadla dardekei, la nourrice Objection de l'ange : ce n'est pas celle que j'avais nommée. Réponse : ramène-la donc. Refus : puisqu'elle a été amenée, qu'elle soit comptée dans le nombre. Question de fond : comment l'atteindre avant l'heure fixée ? Réponse : elle tenait le tisonnier et attisait le four, donc elle s'exposait d'elle-même. Ce que le récit répond à Rav Yossef Le verset disait : il est tel qui périt sans jugement. Une ouverture laissée par l'homme suffit à devancer le terme fixé.
L'enchaînement du récit, depuis l'ordre donné jusqu'à la réponse sur le terme devancé.
12
אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא מִרְיָם מְגַדְּלָא שֵׂיעָר נְשַׁייָּא אֲמַרִי לָךְ! אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי, אַהְדְּרָה! אֲמַר לֵיהּ: הוֹאִיל וְאַיְיתִיתַהּ — לֶיהֱוֵי לְמִנְייָנָא! אֶלָּא הֵיכִי יְכֵלְתְּ לַהּ? הֲוָת נְקִיטָא מְתָארָא בִּידַהּ וַהֲוָת קָא שָׁגְרָא

Il lui dit : c'est Miriam, celle qui tresse les cheveux des femmes, que je t avais dite ! Il lui dit : s'il en est ainsi, ramène-la !

Il lui dit : puisque tu l'as amenée, qu'elle soit comptée dans le nombre ! Mais comment as-tu pu l'atteindre ?

Elle tenait un tisonnier à la main et elle attisait

📜 Rachi (2)
הֵיכִי יְכֵלְתָּ לָהּ מֵאַחַר שֶׁלֹּא הִגִּיעַ זְמַנָּהּ:
Comment as-tu pu l'atteindre. Puisque son temps n'était pas venu.
הֲוָת נְקִיטָא מְתָארָא בִּידַהּ הָיְתָה אוֹחֶזֶת בְּיָדָהּ הָאוּד שֶׁל תַּנּוּר שֶׁקּוֹרִין פרגו"ן:
Elle tenait un metara à la main. Elle tenait en main le tisonnier du four, que l'on appelle fergon.
💡 Explication

L'ange refuse de revenir sur ce qui a eu lieu et fait entrer la morte dans le compte. La question suivante porte sur la possibilité même de l'acte : puisque son heure n'était pas venue, comment l'émissaire a-t-il pu l'atteindre ?

La réponse commence ici et se poursuit au début du folio 5a. Elle désigne une ouverture laissée par la femme elle-même : elle tenait à la main le metara, le tisonnier du four, que Rachi rend par le mot fergon, et attisait le feu. Le contact avec le feu suffit à donner prise. La réponse de la Guemara au verset de Rav Yossef se dessine ainsi : la mort survenue hors du terme se rattache à une exposition que l'homme a lui-même créée.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).