Chagigah 5a — Les versets qui faisaient pleurer Rabbi Yohanan : mort avant l'heure, jugement sur ce qui est caché, et le bien qui blesse

Chagigah 5a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du récit de l'ange de la mort qui a pris une femme avant son terme, et sur la question que lui pose Rav Bibi bar Abaye : a-t-il le droit d'agir ainsi ? La réponse ouvre une doctrine complète des années enlevées avant l'heure — l'ange les garde jusqu'à la fin de la génération, puis les remet à Douma, et il peut les transférer à un jeune érudit qui passe sur ses affaires.

Vient ensuite la longue série des versets devant lesquels Rabbi Yo'hanan pleurait, tous construits sur la même formule : un serviteur dont le maître agit ainsi, quel remède lui reste-t-il ? Iyov 2,3 sur le maître que l'on incite ; Iyov 15,15 sur Celui qui ne se fie pas à Ses saints, illustré par le cueilleur de figues qui prend les fruits non mûrs ; Malakhi 3,5 qui met le pressurage du salaire au rang de la sorcellerie ; Kohelet 12,14 sur le jugement de ce qui est caché ; Devarim 31,21 sur les maux qui deviennent rivaux l'un de l'autre.

La Guemara précise chaque fois ce qui est visé : tuer un pou ou cracher devant un autre, donner la tsedaka en public, envoyer de la viande non purgée un vendredi, prêter au pauvre seulement quand il est aux abois. Le folio s'achève sur l'enseignement de Rav au sujet du hester panim, interrompu au milieu de la phrase et repris en 5b.

Les cinq versets devant lesquels Rabbi Yo'hanan pleurait Même formule à chaque fois : un serviteur dont le maître agit ainsi, quel remède lui reste-t-il ? Verset Ce que le verset laisse voir Développement de la Guemara Iyov 2,3 tu M'as incité contre lui pour l'engloutir sans raison le maître se laisse inciter contre son propre serviteur aucune réponse : le cri reste ouvert Iyov 15,15 en Ses saints Il ne se fie pas même le juste n'a pas de garantie de tenir jusqu'au bout le cueilleur de figues : on prend le fruit avant maturité parce qu'il se conserve limite : l'élève de Rabbi Alexandri Malakhi 3,5 Je serai un témoin prompt contre les sorciers... le maître est à la fois juge et témoin, et il se hâte légères pesées comme graves ; faire dévier le jugement du guer ; le regret immédiat Kohelet 12,14 toute œuvre au sujet de toute chose cachée l'involontaire pèse comme le volontaire le pou et le crachat ; la tsedaka en public ; la viande non purgée du vendredi Devarim 31,21 de nombreux maux et détresses le maître fait lui-même trouver le mal au serviteur la guêpe et le scorpion ; le prêt consenti seulement à l'heure de la détresse Le folio enchaîne ensuite sur le hester panim de Devarim 31,17, et s'interrompt en pleine phrase.
Les cinq versets de Rabbi Yohanan, ce qu'il y lit et ce que la Guemara en tire.
Que deviennent les années d'un homme pris avant son terme Un homme est pris avant son terme il reste des années qui lui étaient comptées Objection de Rav Bibi bar Abaye il en est qui périssent sans jugement (Michlei 13,23) contre une génération s'en va et une génération vient (Kohelet 1,4) : la durée d'une génération est fixée Réponse : je les fais paître moi-même l'ange garde ces années jusqu'à ce que la génération soit complète Voie ordinaire au terme de la génération, l'ange remet l'âme à Douma, le gardien des morts Voie du transfert un jeune érudit maavir al midotav reçoit ces années et devient le remplaçant du défunt Tossefot : cela se heurte à Rabbi Akiva, pour qui Hizkiyahou a reçu de son propre lot (Yevamot 50a)
Le sort des années enlevées à un homme pris avant son terme, selon l'ange de la mort.
Kohelet 12,14 décompose : ce qui est caché, et le bien qui blesse al kol neelam — sur toute chose cachée im tov ve-im ra — que ce soit bien ou mal Rav tuer un pou devant un autre, qui en est écœure Chmouel cracher devant un autre, qui en est écœure Maison de Rabbi Yannai donner la tsedaka en public : le pauvre a honte Maison de Rabbi Chila donner à une femme en secret : elle est soupçonnée Rava envoyer à sa femme de la viande non purgée un vendredi : la hâte lui fera manquer le nikour Point commun un geste que l'auteur ne voit pas comme une faute, et dont un autre porte le dommage Objection et réponse sur Rava Rava lui-même envoyait cette viande — la fille de Rav Hisda était experte, et il en était assuré Règle qui se dégage la mesure de la faute se prend au dommage subi par l'autre, pas à l'intention de celui qui agit
Les deux moitiés de Kohelet 12,14 et les cinq cas que la Guemara y range.
1
וּמְחָרְיָא תַּנּוּרָא, שְׁקַלְתָּא וְאַנַּחְתָּא אַגַּבֵּהּ דְּכַרְעַהּ, קִדְחָא וְאִיתְּרַע מַזָּלָהּ, וְאַיְיתִיתֵהּ.

... et elle balayait le four. Elle a pris [le tison] et l'a posé sur le dessus de son pied, elle s'est brûlée, son mazal s'est affaibli, et je l'ai amenée.

📜 Rachi (2)
וְקָא מְחָרְיָא תַּנּוּרָא מְכַבֶּדֶת אֶת הַתַּנּוּר:
« Et elle balayait le four » — elle nettoyait le four.
אוֹתֵיבְתֵּיהּ אַגַּבָּהּ דְּכַרְעָהּ הוֹשִׁיבַתּוּ עַל גַּב רַגְלָהּ וְנִכּוֹת וְהוּרַע מַזָּלָהּ:
« Elle l'a posé sur le dessus de son pied » — elle a posé [le tison] sur le dessus de son pied, elle a été blessée et son mazal s'est affaibli.
💡 Explication

Fin du récit commencé en 4b. L'ange de la mort avait pris la mauvaise Miryam : au lieu de Miryam la coiffeuse, dont le terme était venu, son envoyé avait ramené Miryam la nourrice d'enfants. Il explique ici comment la chose a été possible.

Le mécanisme est celui du mazal : tant que la protection tient, l'ange n'a pas de prise. La brûlure a ouvert une brèche, et il en a profité. L'ange ne crée pas l'occasion, il la saisit.

2
אֲמַר לֵיהּ רַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי: אִית לְכוּ רְשׁוּתָא לְמִיעְבַּד הָכִי? אֲמַר לֵיהּ, וְלָא כְּתִיב: ״וְיֵשׁ נִסְפֶּה בְּלֹא מִשְׁפָּט״? אֲמַר לֵיהּ, וְהָכְתִיב: ״דּוֹר הֹולֵךְ וְדוֹר בָּא״!

Rav Bibi bar Abaye lui dit : avez-vous l'autorisation d'agir ainsi ? Il lui dit : n'est-il pas écrit « et il en est qui périssent sans jugement » (Michlei 13,23) ?

Il lui dit : mais il est écrit « une génération s'en va et une génération vient » (Kohelet 1,4) !

💡 Explication

La question de Rav Bibi porte sur le droit, pas sur le fait : l'ange a-t-il l'autorisation de prendre un homme avant son terme ? Il répond par Michlei 13,23, où le texte admet qu'on peut périr sans jugement, c'est-à-dire hors du compte fixé.

Rav Bibi réplique par Kohelet 1,4 : la durée d'une génération est arrêtée. Si des années sont retranchées à un individu, le compte de la génération ne tombe plus juste. L'objection est comptable, et c'est sur ce terrain que l'ange devra répondre.

3
אֲמַר: דְּרָעֵינָא לְהוּ אֲנָא עַד דְּמָלוּ לְהוּ לְדָרָא, וַהֲדַר מַשְׁלֵימְנָא לֵיהּ לְדוּמָה. אֲמַר לֵיהּ: סוֹף סוֹף, שְׁנִיָּה מַאי עֲבַדְתְּ? אָמַר: אִי אִיכָּא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּמַעְבֵּיר בְּמִילֵּיהּ — מוֹסֵיפְנָא לְהוּ לֵיהּ, וְהָוְיָא חִלּוּפֵיהּ.

Il dit : je les fais paître moi-même jusqu'à ce que les années de la génération soient complètes, et ensuite je la remets à Douma. Il lui dit : en fin de compte, ses années, qu'en fais-tu ?

Il dit : s'il y a un jeune érudit qui passe sur ses affaires, je les lui ajoute, et il devient son remplaçant.

📜 Rachi (2)
דְּרָעֵינָא לְהוּ אֲנָא אֵינִי מוֹסְרָן לְשׁוֹמֵר הַמֵּתִים שֶׁשְּׁמוֹ דּוֹמֶה אֶלָּא מִתְגַּלְגְּלִין עִמִּי וְשָׁטִין בָּעוֹלָם עַד שֶׁיִּתְמַלְּאוּ שְׁנוֹתָיו וְהוּא קָרוּי דּוֹר:
« Je les fais paître moi-même » — je ne les remets pas au gardien des morts, dont le nom est Douma ; elles roulent avec moi et errent dans le monde jusqu'à ce que ses années soient complètes, et c'est cela qui s'appelle une génération.
דְּמַעֲבִיר בְּמִילֵּיהּ מַעֲבִיר עַל מִדּוֹתָיו:
« Qui passe sur ses affaires » — qui passe sur ce qui lui est dû.
🗂️ Tossefot (1)
מוֹסֵיפְנָא לוֹ וַהֲוָה חִלּוּפֵיהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְרַבִּי עֲקִיבָא דְּאִית לֵיהּ בְּשִׁילְהֵי הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף נ. וְשָׁם) מִשֶּׁלּוֹ הוֹסִיפוּ לוֹ לְחִזְקִיָּהוּ וְלֵית לֵיהּ זָכָה מוֹסִיפִין לוֹ הָא מַשְׁמַע הָכָא דְּמוֹסִיפִין לוֹ צ"ע:
« Je les lui ajoute et il devient son remplaçant. » Il y a lieu d'objecter selon Rabbi Akiva, qui tient à la fin du chapitre Ha-holets (Yevamot 50a) que pour Hizkiyahou « on lui a ajouté de son propre lot », et qui ne tient pas que celui qui le mérite reçoit un ajout ; or il ressort ici qu'on lui ajoute. Cela demande examen.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי אִיכָּא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּמַעְבֵּיר בְּמִילֵּיהּ מוֹסְפִינָא לְהוּ לֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד תַּרְתֵּי בָּעֵי חֲדָא עוֹדֶנּוּ בָּחוּר וְקָטָן בִּשְׁנַיִם דְּדָמוּ רוֹתֵחַ וְנָח לִכְעֹוס וּלְהַקְפִּיד וְעוֹד דְּהוּא חָכָם דְּאוֹרָייְתָא מַרְתְּחָא לֵיהּ וְעִם כָּל זֶה מַעֲבִיר בְּמִילֵּיהּ לְכָךְ רָאוּי הוּא לְמַתָּנָה טוֹבָה זוֹ. וְהַתּוֹסָפוֹת הִקְשׁוּ מֵהָא לְרַבִּי עֲקִיבָה דִּסְבִירָא לֵיהּ בְּחִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה מִשֶּׁלּוֹ הוֹסִיפוּ לוֹ וְהִנִּיחוּ בַּקֻּושְׁיָא. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֶלֶךְ שָׁאנֵי דְּדִינוֹ כְּרַבִּים וְלֹא יִתְעָרֵב עִם שְׁנוֹתָיו שָׁנִים שֶׁל הֶדְיוֹט יָחִיד. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד גַּבֵּי מֶלֶךְ לֹא אֶפְשָׁר לְהוֹסִיף לוֹ עַל שָׁנִים הַקְּצוּבִים לוֹ כִּי בָּזֶה נִמְצָא נִכְנָס בִּתְחוּם בְּנוֹ אֲשֶׁר יִמְלֹוךְ אַחֲרָיו אַחַר כְּלוֹת שָׁנִים הַקְּצוּבִים אֵלָיו וְאֵין מַלְכוּת נוֹגַעַת בַּחֲבֶרְתָּהּ דְּהָא מָצִינוּ גַּבֵּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁזְּמַנּוֹ הַקָּצוּב נִשְׁלַם בְּשַׁבָּת וְרָצָה שֶׁיִּפָּטֵר בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת וְאָמַר לוֹ קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא אִי אֶפְשָׁר מִשּׁוּם דְּאֵין מַלְכוּת נוֹגַעַת וְכוּ' (שַׁבָּת ל.) , נִמְצָא אֲפִילּוּ עַל יוֹם אֶחָד בִּלְבַד יֵשׁ קְפִידָא לָכֵן סְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי עֲקִיבָה מִשֶּׁלּוֹ הוֹסִיפוּ לוֹ דְּהַיְינוּ מִשָּׁנָיו הַקְּצוּבִים וְלֹא נִיתַּן לוֹ שְׁנַיִם יוֹתֵר מִן הַקָּצוּב לוֹ.
« S'il y a un jeune érudit qui passe sur ses affaires, je les lui ajoute. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que deux conditions sont requises. D'abord qu'il soit encore jeune et peu avancé en années, car son sang est chaud et il lui est facile de se mettre en colère et de s'offenser ; ensuite qu'il soit un sage, car la Torah l'échauffe ; et malgré tout cela il passe sur ses affaires — il mérite donc ce beau don. Les Tossefot ont objecté de là selon Rabbi Akiva, qui tient au sujet du roi Hizkiyahou, que la paix soit sur lui, qu'on lui a ajouté de son propre lot, et ils ont laissé la difficulté ouverte. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'un roi fait exception : son statut est celui d'une collectivité, et l'on ne mélange pas à ses années les années d'un particulier. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'à l'égard d'un roi il est impossible d'ajouter aux années qui lui sont fixées, car on entrerait alors dans le domaine de son fils, qui doit régner après lui une fois ces années achevées, et une royauté n'empiète pas sur l'autre. Nous le trouvons chez le roi David, que la paix soit sur lui : son temps fixé s'achevait un Chabbat et il voulait être pris le dimanche ; le Saint béni soit-Il lui dit que c'était impossible, parce qu'une royauté n'empiète pas sur l'autre (Chabbat 30a). Il se trouve que même pour un seul jour la rigueur s'applique. C'est pourquoi Rabbi Akiva tient qu'on lui a ajouté de son propre lot, c'est-à-dire de ses années déjà fixées, et qu'on ne lui a pas donné d'années au-delà de ce qui lui était compté.
💡 Explication

Réponse à l'objection comptable. L'ange ne remet pas l'âme à Douma, le gardien des morts, avant que les années de la génération ne soient achevées : le compte du verset reste donc exact, seul le sort de l'individu a changé.

Reste le solde d'années. Il est transférable à un tsourva me-rabbanan, un jeune érudit, à une condition : qu'il soit maavir al midotav, qu'il passe sur ce qui lui est dû et n'exige pas son droit face à ceux qui l'offensent. Celui-là prend la place du défunt dans le compte de la génération.

🖼️ Schéma
Que deviennent les années d'un homme pris avant son terme Un homme est pris avant son terme il reste des années qui lui étaient comptées Objection de Rav Bibi bar Abaye il en est qui périssent sans jugement (Michlei 13,23) contre une génération s'en va et une génération vient (Kohelet 1,4) : la durée d'une génération est fixée Réponse : je les fais paître moi-même l'ange garde ces années jusqu'à ce que la génération soit complète Voie ordinaire au terme de la génération, l'ange remet l'âme à Douma, le gardien des morts Voie du transfert un jeune érudit maavir al midotav reçoit ces années et devient le remplaçant du défunt Tossefot : cela se heurte à Rabbi Akiva, pour qui Hizkiyahou a reçu de son propre lot (Yevamot 50a)
Le trajet des années enlevées, de la garde de l'ange jusqu'au transfert à l'érudit.
4
רַבִּי יוֹחָנָן כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״וַתְּסִיתֵנִי בוֹ לְבַלְּעוֹ חִנָּם״. עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ מְסִיתִין לוֹ וְנִיסָת, תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ?! רַבִּי יוֹחָנָן כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״הֵן בִּקְדֹשָׁיו לֹא יַאֲמִין״, אִי בִּקְדוֹשָׁיו לֹא יַאֲמִין — בְּמֵאֵן יַאֲמִין?

Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il arrivait à ce verset, pleurait : « et tu M'as incité contre lui, pour l'engloutir sans raison » (Iyov 2,3). Un serviteur dont le maître se laisse inciter contre lui, et qui est effectivement incité — quel remède lui reste-t-il ?!

Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il arrivait à ce verset, pleurait : « voici, en Ses saints Il ne se fie pas » (Iyov 15,15) : s'Il ne se fie pas à Ses saints, à qui se fiera-t-Il ?

💡 Explication

Ici commence la série des versets devant lesquels Rabbi Yo'hanan pleurait. Tous suivent la même construction : une image de serviteur et de maître, puis la question takana yech lo, quel remède lui reste-t-il.

Le premier verset est celui qu'a dit Hachem au Satan au sujet d'Iyov. Ce qui arrache les larmes n'est pas la souffrance d'Iyov, c'est le mot hinam, sans raison : le serviteur n'a rien fait et le maître s'est laissé persuader. Aucune conduite ne le mettrait à l'abri.

Le second verset ouvre une autre difficulté : si la sainteté elle-même n'est pas une garantie, sur quoi peut-on compter ? La Guemara va y répondre par le récit du cueilleur de figues.

5
יוֹמָא חַד הֲוָה קָא אָזֵיל בְּאוֹרְחָא, חַזְייֵהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מְנַקֵּיט תֵּאנֵי, שָׁבֵיק הָנָךְ דִּמְטוֹ וְשָׁקֵיל הָנָךְ דְּלָא מְטוֹ. אֲמַר לֵיהּ: לָאו הָנֵי מְעַלָּן טְפֵי? אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי לְאוֹרְחָא בָּעֵינַן לְהוּ, הָנֵי נָטְרָן וְהָנֵי לָא נָטְרָן. אָמַר, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״הֵן בִּקְדֹושָׁיו לֹא יַאֲמִין״.

Un jour il allait en chemin. Il vit un homme qui cueillait des figues : il laissait celles qui étaient mûres et prenait celles qui ne l'étaient pas.

Il lui dit : celles-ci ne sont-elles pas bien meilleures ? Il lui dit : celles-là, j'en ai besoin pour la route ; celles-ci se conservent et celles-là ne se conservent pas.

Il dit : c'est bien ce qui est écrit, « voici, en Ses saints Il ne se fie pas ».

📜 Rachi (3)
דְּמָטוּ נִתְבַּשְּׁלוּ:
« Qui étaient mûres » — arrivées à maturité.
הָנֵי מִינַּטְרָן אוֹתָן שֶׁלֹּא בִּישְּׁלוּ כָּל צָורְכָן אֵין מְמַהֲרוֹת לֵירָקֵב:
« Celles-ci se conservent » — celles qui ne sont pas entièrement mûres ne pourrissent pas vite.
הַייְנוּ דִּכְתִיב כו' הַטּוֹבוֹת יָרֵא פֶּן יֵרָקְבוּ אַף הַבַּחוּרִים הַצַּדִּיקִים נֶאֱחָזִין לְמִיתָה פֶּן יֶחֶטְאוּ:
« C'est bien ce qui est écrit, etc. » — il craint que les bonnes ne pourrissent ; de même, les jeunes gens justes sont saisis par la mort, de peur qu'ils ne viennent à fauter.
💡 Explication

Le récit répond à la question laissée ouverte. Le cueilleur prend le fruit vert parce qu'il doit tenir jusqu'au bout du voyage ; le fruit déjà mûr, meilleur aujourd'hui, ne passerait pas la route.

Rabbi Yo'hanan applique l'image au juste pris jeune : il est retiré tant qu'il est intact, de peur qu'il ne trébuche plus tard. La phrase d'Iyov cesse d'être une accusation et devient une explication, mais elle reste douloureuse, puisque le juste paie de sa vie une faute qu'il n'a pas commise.

🖼️ Schéma
Le cueilleur de figues : pourquoi prendre le fruit qui n'est pas mûr Figue déjà mûre Figue pas encore mûre meilleure au goût aujourd'hui pourrit vite moins bonne aujourd'hui se conserve pour la route le cueilleur la laisse sur l'arbre le cueilleur la prend Lecture de Rabbi Yo'hanan voici, en Ses saints Il ne se fie pas : le juste est pris jeune de peur qu'il ne trébuche plus tard Limite posée par la Guemara : l'élève mort jeune chez Rabbi Alexandri ruait contre ses maîtres
Le raisonnement du cueilleur de figues et son application au juste pris jeune.
6
אֵינִי? וְהָא הָהוּא תַּלְמִידָא דַּהֲוָה בְּשִׁיבָבוּתֵיהּ דְּרַבִּי אֲלֶכְּסַנְדְּרִי וּשְׁכֵיב אַדְּזוּטַר, וַאֲמַר: אִי בָּעֵי הַאי מֵרַבָּנַן, הֲוָה חָיֵי. וְאִם אִיתָא, דִּלְמָא מ״הן בְּקִדּוּשָׁיו לֹא יַאֲמִין״ הֲוָה? הָהוּא מְבַעֵט בְּרַבּוֹתָיו הֲוָה.

Est-ce ainsi ? Mais il y avait cet élève qui vivait dans le voisinage de Rabbi Alexandri et qui mourut jeune, et [Rabbi Alexandri] dit : si ce sage l'avait voulu, il aurait vécu.

Or s'il en est ainsi, peut-être était-il de ceux dont il est dit « voici, en Ses saints Il ne se fie pas » ? Celui-là ruait contre ses maîtres.

📜 Rachi (3)
אַדְּזוּטָר בְּעוֹדוֹ בָּחוּר:
« Jeune » — alors qu'il était encore dans sa jeunesse.
אִי בָּעֵי הַאי מֵרַבָּנַן לִהְיוֹת הוֹלֵךְ בַּדֶּרֶךְ טוֹבִים הָוֵי חַיֵּי:
« Si ce sage l'avait voulu » — marcher dans la voie des bons, il aurait vécu.
מְבַעֵט בְּרַבּוֹתָיו הֲוָה רַבִּי אָלֶכְּסַנְדְּרִי הָיָה מַכִּיר בּוֹ שֶׁלֹּא הָיָה מִן הַקְּדוֹשִׁים וּכְתִיב וְטוֹב לֹא יִהְיֶה לָרָשָׁע וְלֹא יַאֲרִיךְ יָמִים כַּצֵּל אֲשֶׁר אֵינֶנּוּ יָרֵא מִלִּפְנֵי הָאֱ-לֹהִים (קֹהֶלֶת ח׳:י״ג) וְתַנְיָא בְּמַסֶּכֶת קִדּוּשִׁין (דַּף לג:) מוֹרָא זוֹ אֵינִי יוֹדֵעַ מַהוּ כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר וְהָדַרְתָּ פְּנֵי זָקֵן וְיָרֵאתָ מֵּאֱ-לֹהֶיךָ (וַיִּקְרָא י״ט:ל״ב ) הֱוֵי אוֹמֵר מוֹרָא זוֹ כְּבוֹד חֲכָמִים:
« Il ruait contre ses maîtres » — Rabbi Alexandri savait de lui qu'il n'était pas des saints ; et il est écrit « il n'y aura pas de bien pour le méchant, et il ne prolongera pas ses jours comme l'ombre, celui qui ne craint pas D.ieu » (Kohelet 8,13). Et il est enseigné dans le traité Kidouchin (33b) : cette crainte, je ne sais pas ce qu'elle est ; quand il est dit « tu honoreras la face du vieillard et tu craindras ton D.ieu » (Vayikra 19,32), dis donc que cette crainte est l'honneur des sages.
🗂️ Tossefot (1)
מְבַעֵט בְּרַבּוֹתָיו הֲוָה. וְכֵן אִיכָּא לְמֵימַר בְּהַהִיא דפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יג.) בְּאֶחָד שֶׁמֵּת וְהָיְתָה אִשְׁתּוֹ מוֹלֶכֶת תְּפֵילָיו בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ אָמְרָה כְּתִיב כִּי הִיא חַיֶּיךָ וְאֹורֶךְ יָמֶיךָ בַּעֲלִי שֶׁקָּרָא הַרְבֵּה וְשָׁנָה הַרְבֵּה הֵיכִי מֵת בַּחֲצִי יָמָיו וְלֹא הֵשִׁיבוּ לָהּ דָּבָר וְלֹא הָיוּ אוֹמְרִים מְהַנֵּי הֲוָה דִּבְקִדּוּשָׁיו לֹא יַאֲמִין אִי נָמֵי לֹא הָיָה תְּשׁוּבָה נִצַּחַת:
« Il ruait contre ses maîtres. » On peut dire la même chose du récit du premier chapitre de Chabbat (13a) : un homme mourut, et sa femme portait ses tefilin à la maison d'étude en disant : il est écrit « car elle est ta vie et la longueur de tes jours » ; mon mari, qui a tant lu et tant étudié, comment est-il mort au milieu de ses jours ? Et ils ne lui répondirent rien, et ils ne dirent pas qu'il était de ceux dont il est dit « en Ses saints Il ne se fie pas ». Ou bien ce n'aurait pas été une réponse décisive.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דִּילְמָא מ"הן בְּקָדָשָׁיו לֹא יַאֲמִין" הֲוָה. הַתּוֹסָפוֹת הִקְשׁוּ בְּהַךְ עֻובְדָּא דְּאוֹתוֹ תַּלְמִיד לָמָּה לֹא הֵשִׁיבוּ לָהּ דַּהֲוָה מִן 'הֵן בְּקָדָשָׁיו לֹא יַאֲמִין' (אִיּוֹב טו, טו) ? וְתֵרְצוּ דְּלָא הָיְתָה תְּשׁוּבָה נִצַּחַת עַייֵּן שָׁם. וְקָשֶׁה אַמַּאי, וַהֲלֹא הִיא בָּאָה בְּטַעֲנָה מִכֹּחַ פָּסוּק גַּם הֵם יָשִׁיבוּ לָהּ תְּשׁוּבָה מִכֹּחַ פָּסוּק זֶה? וְנִרְאֶה לִי דְּהִיא הִתְחַכְּמָה לְהַקְדִּים קָרָא הַרְבֵּה וְשָׁנָה הַרְבֵּה וְשִׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים הַרְבֵּה לוֹמַר דְּעַל אָדָם כָּזֶה לָא אִתְּמַר 'הֵן בְּקָדָשָׁיו לֹא יַאֲמִין' מֵאַחַר שֶׁכָּל כָּךְ הָיָה אָדוּק בַּתּוֹרָה וַדַּאי הִיא מִשְׁמַרְתּוֹ וּמְגִינָּה עָלָיו שֶׁלֹּא יֶחֱטָא דְּאִם עַל אָדָם כָּזֶה דְּהָיָה אָדוּק בָּהּ כָּל כָּךְ אֵינָהּ מְגִינָּה עַל מִי מְגִינָּה?!
« Peut-être était-il de ceux dont il est dit : voici, en Ses saints Il ne se fie pas. » Les Tossefot ont objecté, dans ce récit de l'élève : pourquoi ne lui ont-ils pas répondu qu'il était de ceux dont il est dit « voici, en Ses saints Il ne se fie pas » (Iyov 15,15) ? Et ils ont répondu que ce n'aurait pas été une réponse décisive, vois-y. Cela fait difficulté : pourquoi donc ? Elle venait avec un argument tiré d'un verset, qu'ils lui répondent eux aussi par la force d'un verset ! Il me semble qu'elle s'est montrée habile en mettant d'abord en avant qu'il avait beaucoup lu, beaucoup étudié et beaucoup servi les sages, pour dire que d'un homme pareil il n'a pas été dit « voici, en Ses saints Il ne se fie pas » : puisqu'il était à ce point attaché à la Torah, elle le garde certainement et le protège de la faute ; car si elle ne protège pas un homme qui lui était si attaché, qui protégera-t-elle ?!
💡 Explication

Objection contre la lecture qui précède. Si toute mort jeune pouvait s'expliquer par Iyov 15,15, Rabbi Alexandri n'aurait pas dû imputer à l'élève sa propre mort.

La réponse ne conteste pas le principe, elle retire ce cas particulier de son champ : cet élève ruait contre ses maîtres, et Rabbi Alexandri le savait. Les deux causes de mort prématurée coexistent donc, et l'on ne peut pas passer de l'une à l'autre sans connaissance des faits.

7
רַבִּי יוֹחָנָן כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״וְקָרַבְתִּי אֲלֵיכֶם לַמִּשְׁפָּט וְהָיִיתִי עֵד מְמַהֵר בַּמְכַשְּׁפִים וּבַמְנָאֲפִים וּבַנִּשְׁבָּעִים לַשָּׁקֶר וּבְעֹושְׁקֵי שְׂכַר שָׂכִיר״. עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ מְקָרְבוֹ לְדוּנוֹ, וּמְמַהֵר לַהֲעִידוֹ — תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ?!

Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il arrivait à ce verset, pleurait : « Je M'approcherai de vous pour le jugement, et Je serai un témoin prompt contre les sorciers, contre les adultères, contre ceux qui jurent faussement et contre ceux qui pressurent le salaire du salarié » (Malakhi 3,5). Un serviteur dont le maître s'approche pour le juger et se hâte de témoigner contre lui — quel remède lui reste-t-il ?!

🪔 Ben Yehoyada (1)
עבד שרבו מקרבו לדונו, וממהר להעידו, תקנה יש לו. קשה אם כן לפי דבריו סובר דאבדה תקוה והלא קיימא לן (בירושלמי פאה א, ה וברמב"ם הלכות תשובה ג, יד) 'אין לך דבר עומד בפני התשובה' וכן יש להקשות באידך דנקיט נמי בהו הכי? ונראה לי בס"ד על פי מה שאמר רבינו האר"י ז"ל בביאור ברכת מלביש ערומים וברכת הנותן ליעף כח, שיש חוטא שהוא מאבד לבוש הנשמה שלו לגמרי ולזה צריך ליתן לו לבוש חדש בחסדו יתברך ויש שמקלקל באופן שיחלש כח קדושת לבוש נשמתו ולזה אין צריך לבוש חדש אלא יתקן לו הלבוש שלו וכנגד זה מברך הנותן ליעף כח עיין שם. ולזה אמר מי שהגיע למדרגה זו כלום תקנה יש לו דודאי אינו מכלל המברכים 'הנותן ליעף כח' אלא הוא בכלל המברכים 'מלביש ערומים' שצריך לו כל יום מלבוש חדש כי נעשה ערום לגמרי. או הכונה דרחמנא אמר בראתי יצר הרע בראתי לו תורה תבלין (קידושין ל:) נמצא יש תקנה לאדם בעסק התורה להטהר מן החטא אך מי שהגיע למדרגה זו דכתיב ביה כך, כלום אותה תקנה שעשה הקדוש ברוך הוא בתורה לחוד די לו? אלא ודאי צריך לעשות סיגופים ותעניות מלבד עסק התורה! או יובן הכונה כלום תקנה יש לו על ידי גלגול ולא ירד לגיהנם דודאי מוכרח לירד לגיהנם עד שיהא נטהר. או יובן ישראל נשפעים מן שלשה שמות אל שהם חסד דכתיב (תהלים נב, ג) חסד א־ל כל היום, בזכות שלשה אבות ובזכות התורה שהיא אוריין תליתאי (שבת פח.) ובזכות קיום המצות שהם שלשה הנקראים 'מצות חוקים ומשפטים' וידוע שלשה שמות א־ל במילואם עולים מספר תקנ"ה ולזה אמר מי שכתוב בו כך שהגיע למדרגה זו כלום תקנה יש לו דודאי אינו זוכה להיות נשפע מן ג' פעמים א־ל מלאים שהם מספר תקנ"ה.
« Un serviteur dont le maître s'approche pour le juger et se hâte de témoigner contre lui, quel remède lui reste-t-il. » Cela fait difficulté : d'après ses paroles, il tiendrait donc que tout espoir est perdu, alors que nous tenons pour établi (Yerouchalmi Pea 1,5 et Rambam, Lois de la techouva 3,14) que rien ne tient devant la techouva ; et la même question se pose pour les autres versets où il emploie la même formule. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut l'expliquer par ce qu'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans son commentaire de la bénédiction malbich aroumim et de la bénédiction ha-noten la-yaef koah : il est un fauteur qui perd entièrement le vêtement de son âme, et celui-là, il faut lui donner un vêtement nouveau par la bonté de D.ieu ; et il en est un autre dont la faute affaiblit seulement la force de sainteté de ce vêtement, et celui-là n'a pas besoin d'un vêtement nouveau, on répare le sien, ce à quoi correspond la bénédiction ha-noten la-yaef koah, vois-y. C'est ce qu'il veut dire : celui qui en est arrivé à ce degré, quel remède lui reste-t-il ? Il n'est certainement pas du nombre de ceux qui disent ha-noten la-yaef koah, il est de ceux qui disent malbich aroumim, car il lui faut chaque jour un vêtement neuf, s'étant trouvé entièrement dénudé. Ou bien le sens est le suivant : le Miséricordieux a dit, j'ai créé le mauvais penchant, j'ai créé pour lui la Torah comme remède (Kidouchin 30b) ; il se trouve donc que l'homme dispose de l'étude de la Torah pour se purifier de la faute. Mais celui qui en est arrivé au degré décrit par ce verset, le seul remède institué par le Saint béni soit-Il dans la Torah lui suffit-il ? Assurément il lui faut, en plus de l'étude, des mortifications et des jeûnes. Ou encore on peut comprendre : a-t-il un remède par le guilgoul (la transmigration), qui lui éviterait de descendre au guehinam ? Assurément il devra y descendre jusqu'à être purifié. Ou encore : Israël reçoit l'influx de trois Noms Kel, qui sont le 'hessed, comme il est écrit « le 'hessed de Kel dure tout le jour » (Tehilim 52,3), par le mérite des trois pères, par le mérite de la Torah qui est triple (Chabbat 88a), et par le mérite de l'accomplissement des commandements, qui sont trois, appelés mitsvot, houkim et michpatim ; et l'on sait que trois Noms Kel dans leur graphie pleine totalisent le nombre 555, takana. C'est ce qu'il dit : celui de qui cela est écrit, qui en est arrivé à ce degré, quelle takana lui reste-t-il ? Assurément il ne mérite plus de recevoir l'influx des trois Noms Kel pleins, qui font le nombre 555.
💡 Explication

Troisième verset de la série. Ce qui est visé ici n'est pas la sentence mais la procédure : le maître s'approche lui-même pour juger, et il est en même temps le témoin. Les deux fonctions que la halakha sépare se trouvent réunies, et le mot memaher, prompt, retire même le délai.

Le verset mélange délibérément des fautes de gravité très inégale, et c'est ce que va relever Rabbi Yo'hanan ben Zakkai dans le segment suivant.

8
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: אוֹי לָנוּ שֶׁשָּׁקַל עָלֵינוּ הַכָּתוּב קַלּוֹת כַּחֲמוּרוֹת.

Rabbi Yo'hanan ben Zakkai dit : malheur à nous, car le verset a pesé pour nous les fautes légères comme les graves.

📜 Rachi (1)
קַלּוֹת כַּחֲמוּרוֹת עוֹשְׁקֵי שְׂכַר שָׂכִיר כִּמְנָאֲפִים וּמְכַשְּׁפִים:
« Les légères comme les graves » — ceux qui pressurent le salaire du salarié, au même rang que les adultères et les sorciers.
💡 Explication

Lecture du verset par sa liste. La sorcellerie et l'adultère sont passibles de mort ; pressurer le salaire d'un ouvrier relève d'un interdit dont l'opinion commune fait une faute mineure. Le verset les met sur la même ligne.

Le cri de Rabbi Yo'hanan ben Zakkai porte sur la hiérarchie que nous croyons connaître : elle ne coïncide pas avec celle du jugement.

9
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כָּל הַמַּטֶּה דִּינוֹ שֶׁל גֵּר — כְּאִילּוּ מַטֶּה דִּינוֹ שֶׁל מַעְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמַטֵּי גֵּר״, ״וּמַטֵּי״ כְּתִיב. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא: כָּל הָעוֹשֶׂה דָּבָר וּמִתְחָרֵט בּוֹ — מוֹחֲלִין לוֹ מִיָּד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא יַרְאוּנִי״. הָא ״יַרְאוּנִי״ — מוֹחֲלִין לָהֶם מִיָּד.

Rech Lakich dit : quiconque fait dévier le jugement d'un guer, c'est comme s'il faisait dévier le jugement d'en haut, car il est dit « oumatei guer » — et le mot est écrit « oumati » (Me faisant dévier). Rabbi Hanina bar Papa dit : quiconque fait une chose et s'en repent, on lui pardonne immédiatement, car il est dit « et ils ne Me craignent pas » : donc s'ils Me craignent, on leur pardonne immédiatement.

📜 Rachi (2)
וּמָטֵי גֵּר בְּהַאי קְרָא כְּתִיב:
« Oumatei guer » — c'est dans ce verset que cela est écrit.
וְלֹא יַרְאוּנִי וּבְהָא קְרָא כְּתִיב:
« Et ils ne Me craignent pas » — c'est dans ce verset que cela est écrit.
🗂️ Tossefot (1)
הָא יַרְאוּנִי מוֹחֲלִין. גַּבֵּי עֹושֶׁק שְׂכַר שָׂכִיר כְּתִיב דַּהֲוָה לֵיהּ לֹא תַעֲשֶׂה וּפְלִיגָא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף פּוֹ.) דְּאָמַר תְּשׁוּבָה תּוֹלָה ויוה"כ מְכַפֵּר וְאִיכָּא בָּרַייְתָא אַחֶרֶת דְּאָמַר עַל עֲשֵׂה וְלֹא תַּעֲשֶׂה תְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת וְעוֹד יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין עִנְיְנֵי תְּשׁוּבָה יֵשׁ שָׁב וּמוֹחֲלִין לוֹ מִיָּד וְיֵשׁ שָׁב דְּמוֹחֲלִין לוֹ אֲבָל לֹא מְחִילָה גְּמוּרָה וַעֲדַיִין יֵשׁ עֹונֶשׁ וְאוֹתוֹ עֹונֶשׁ תּוֹלִין וְהָא דְּאָמְרִינַן בִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יב: וְשָׁם) הָעֻובָּר עַל מִצְוַת עֲשֵׂה וְנִתְחָרֵט לֹא זָז מִשָּׁם עַד שֶׁמּוֹחֲלִין לוֹ הַייְנוּ מְחִילָה גְּמוּרָה וְאִם שָׁב בְּכָל לִבּוֹ ע"י יִסּוּרִין יִתְכַּפְּרוּ לוֹ עֲוֹנֹותָיו:
« Donc s'ils Me craignent, on pardonne. » C'est à propos de celui qui pressure le salaire du salarié que cela est écrit, et il s'agit d'un interdit ; cela s'oppose à Rabbi Yichmael, au dernier chapitre de Yoma (86a), qui dit que pour les interdits la techouva suspend et que Yom Kippour expie ; et il existe une autre baraita selon laquelle, pour un commandement positif comme pour un interdit, la techouva expie. On peut encore distinguer les degrés de la techouva : il est un repentir après lequel on pardonne immédiatement, et un repentir après lequel on pardonne sans que le pardon soit complet, une punition subsistant encore, et cette punition demeure suspendue. Et ce que nous disons dans Chevouot (12b) — celui qui transgresse un commandement positif et s'en repent, on ne bouge pas de là avant qu'on ne lui ait pardonné — vise un pardon complet ; et s'il se repent de tout son cœur, ses fautes lui seront expiées par les souffrances.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹשֶׂה דָּבָר וּמִתְחָרֵט בּוֹ. יֵשׁ לְדַקְדֵּק תֵּיבַת 'בּוֹ' נִרְאֶה לְשׁוֹן יֶתֶר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד יֵשׁ חֲרָטָה דְּבוּקָה דְּהַייְנוּ שֶׁמִּתְחָרֵט מִכֹּחַ גּוּפוֹ שֶׁל אוֹתוֹ דָּבָר שֶׁעָשָׂה שֶׁנִּמְאָס בְּעֵינָיו וְזוֹ חֲרָטָה דְּבוּקָה בְּגוּפוֹ שֶׁל אוֹתוֹ דָּבָר, וְיֵשׁ חֲרָטָה נִפְרֶדֶת שֶׁהוּא לֹא נִתְחָרֵט מִכֹּחַ גּוּף הַדָּבָר שֶׁנִּמְאָס לוֹ אֶלָּא נִתְחָרֵט מִפְּנֵי יִרְאַת הָעֹונֶשׁ דְּחָשׁ פֶּן יַגִּיעַ לוֹ רַע וְעֹונֶשׁ שֶׁאִם לֹא הָיָה מַגִּיעַ לוֹ עֹונֶשׁ לֹא הָיָה נִמְנָע מֵאוֹתוֹ דָּבָר, עַל כֵּן זֶה גָּרוּעַ וְאֵין לוֹ מַעֲלָה זוֹ דְּנִמְחָלִים כָּל עֲוֹנֹותָיו בַּעֲבוּר חֲרָטָה זוֹ דַּוְקָא וְלָזֶה אָמַר וּמִתְחָרֵט 'בּוֹ' דַּייְקָא שֶׁהִיא חֲרָטָה דְּבוּקָה בְּהַחֵטְא אָז רְאוּיָה חֲרָטָה זוֹ שֶׁכָּל עֲוֹנֹותָיו נִמְחָלִים בַּעֲבוּרָהּ. וְהִנֵּה מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֲרָטָה דְּבוּקָה כַּאֲשֶׁר אָמַרְנוּ הִנֵּה זֶה יֵשׁ לוֹ יִרְאַת הָרוֹמְמוּת שֶׁאֵינוֹ יָרֵא בִּשְׁבִיל עֹונֶשׁ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּקוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא רַב וְשַׁלִּיט עַל כּוֹלָּא וְלָכֵן יָלֵיף זֶה מִפָּסוּק יַרְאוּנִי (מַלְאָכִי ג, ה) שֶׁהוּא לְשׁוֹן רְאִיָּה וּלְשׁוֹן מוֹרָא. וּבָזֶה יְתֹורַץ מַה שֶׁאָמַר הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל דִּלְעוֹלָם הָא אָתֵי נָמֵי כְּרַבִּי יוֹחָנָן דִּסְבִירָא לֵיהּ בְּלָאוְיָן תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּיפּוּרִים מְכַפֵּר דְּאַייְרֵי בְּעוֹשֶׂה תְּשׁוּבָה מִיִּרְאַת הָעֹונֶשׁ וּלְכָךְ אֵין בָּהּ כֹּחַ לִמְחֹול מִיָּד. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ מַה שֶׁאָמַר תֵּיבַת בּוֹ לוֹמַר דְּמִתְחָרֵט בְּמַעֲשֶׂה אַחֶרֶת שֶׁדּוֹמֶה לְאוֹתָהּ עֲבֵירָה שֶׁהִיא בְּאוֹתוֹ מָקוֹם בְּאוֹתוֹ פֶּרֶק בְּאוֹתָהּ אִשָּׁה דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (יוֹמָא פו:) בִּכְהַאי גַּוְנָא הָוֵי תְּשׁוּבָה מְעַלְּיָא! עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Quiconque fait une chose et s'en repent. » Il y a lieu d'examiner le mot « en », qui paraît superflu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il existe un regret attaché et un regret séparé. Le regret attaché est celui de l'homme qui se repent à cause de la chose même qu'il a faite, devenue répugnante à ses yeux : ce regret tient au corps même de l'acte. Le regret séparé est celui de l'homme qui ne se repent pas à cause de l'acte, qui ne lui répugne pas, mais par crainte de la punition, redoutant qu'un mal ne l'atteigne ; si aucune punition ne le menaçait, il ne se serait pas abstenu. Celui-là est donc d'un rang inférieur et n'a pas ce mérite de voir toutes ses fautes pardonnées pour ce seul regret. C'est pourquoi il est dit « et s'en repent », précisément : un regret attaché à la faute elle-même, et c'est ce regret-là qui mérite que toutes ses fautes soient pardonnées pour lui. Or celui qui a ce regret attaché possède la crainte de la grandeur : il ne craint pas à cause de la punition, mais parce que le Saint béni soit-Il est grand et maître de tout ; c'est pourquoi on le tire du verset « ils Me craignent » (Malakhi 3,5), qui porte à la fois le sens de voir et le sens de craindre. Par là se résout ce qu'ont dit les Tossefot, de mémoire bénie : en vérité, cela peut se tenir aussi selon Rabbi Yo'hanan, qui tient que pour les interdits la techouva suspend et que Yom Kippour expie, car il parle de celui qui fait techouva par crainte de la punition, et une telle techouva n'a pas la force d'obtenir le pardon immédiat. Et mon cher fils, l'honorable Rav Yaakov, que D.ieu le garde, a expliqué le mot « en » ainsi : il se repent lors d'un autre acte semblable à cette faute, au même endroit, à la même époque, avec la même femme, ce dont la Guemara (Yoma 86b) dit qu'en pareil cas la techouva est parfaite. Fin de ses paroles.
💡 Explication

Deux derachot tirées de la suite du même verset de Malakhi. La première joue sur la graphie : le mot se lit oumatei guer, qui fait dévier le guer, et la graphie du verset permet de le lire oumati, Me faisant dévier. Faire dévier le jugement du converti revient à faire dévier le jugement d'en haut.

La seconde retourne la fin du verset. Puisque le reproche porte sur « ils ne Me craignent pas », c'est que la crainte — ici la honte éprouvée devant la faute — obtient le pardon, et immédiatement. Ce point est discuté par les Tossefot, qui le confrontent aux règles générales de la techouva et du jour de Kippour.

10
רַבִּי יוֹחָנָן כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״כִּי אֶת כָּל מַעֲשֶׂה הָאֱ-לֹהִים יָבִיא בְמִשְׁפָּט עַל כָּל נֶעְלָם״. עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ שׁוֹקֵל לוֹ שְׁגָגוֹת כִּזְדוֹנוֹת, תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ?!

Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il arrivait à ce verset, pleurait : « car D.ieu fera venir en jugement toute œuvre, au sujet de toute chose cachée » (Kohelet 12,14). Un serviteur dont le maître lui pèse les fautes involontaires comme les fautes volontaires — quel remède lui reste-t-il ?!

📜 Rachi (1)
כִּי אֶת כָּל מַעֲשֶׂה הָאֱ-לֹהִים יָבִיא בְמִשְׁפָּט עַל כָּל נֶעְלָם וְאַף עַל הַנֶּעְלָמוֹת מִמֶּנּוּ שֶׁעָשָׂה שׁוֹגֵג הוּא מְבִיאוֹ בַּמִּשְׁפָּט:
« Car D.ieu fera venir en jugement toute œuvre, au sujet de toute chose cachée » — même sur ce qui lui était caché et qu'il a fait par inadvertance, Il le fait venir en jugement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ שׁוֹקֵל לוֹ שְׁגָגוֹת כִּזְדוֹנוֹת, תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ. קַשָּׁא מְנָא לֵיהּ הָא דְּבַכָּתוּב לֹא נִזְכַּר מֵזִיד דְּאָמַר עַל כָּל נֶעְלַם (קֹהֶלֶת יב, יד) דְּמַשְׁמַע שׁוֹגֵג? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב בִּרְכַּת טוֹב דְּאֵין אָדָם חוֹטֵא בְּשׁוֹגֵג אֶלָּא אִם כֵּן חָטָא קֹודֶם זֶה בְּמֵזִיד בְּגִלְגּוּל זֶה אוֹ בְּגִלְגּוּל שֶׁקָּדַם וְלָזֶה אָמַר כִּי כָּשַׁלְתָּ בַּעֲוֹ‍נְךָ (הוֹשֵׁעַ יד, ב) הַמֵּזִיד, עַד כָּאן דְּבָרָיו עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן שׁוֹקֵל שְׁגָגוֹת כִּזְדוֹנוֹת דְּהַשּׁוֹגֵג נוֹלָד מִכֹּחַ הַמֵּזִיד וְכֵיוָן דְּאָמַר עַל כָּל נֶעְלַם שְׁמַע מִינָּה דַּהֲוָה קַמֵּי הָכִי מֵזִיד.
« Un serviteur dont le maître lui pèse les fautes involontaires comme les fautes volontaires, quel remède lui reste-t-il. » On peut demander d'où il tire cela, puisque le verset ne mentionne pas la faute délibérée : il dit « au sujet de toute chose cachée » (Kohelet 12,14), ce qui indique l'inadvertance. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut l'expliquer par ce qu'a écrit le Birkat Tov : l'homme ne faute par inadvertance que s'il a auparavant fauté délibérément, dans cette vie-ci ou dans un guilgoul antérieur ; c'est le sens de « car tu as trébuché par ta faute » (Hochea 14,2), qui vise la faute délibérée. Fin de ses paroles, vois-y. C'est pourquoi Il pèse les fautes involontaires comme les fautes volontaires, l'inadvertance naissant de la faute délibérée ; et puisque le verset dit « au sujet de toute chose cachée », on en déduit qu'il y a eu auparavant faute délibérée.
💡 Explication

Quatrième verset. Neelam, ce qui est caché, désigne ici ce qui a échappé à celui qui agit : la faute commise be-chogueg, par inadvertance.

Rabbi Yo'hanan lit que ce registre entre aussi en jugement, et au même poids que le mezid, la faute délibérée. Le serviteur ne peut pas se protéger de ce qu'il ne voit pas venir.

11
מַאי ״עַל כָּל נֶעְלַם״? אָמַר רַב: זֶה הַהוֹרֵג כִּינָּה בִּפְנֵי חֲבֵרוֹ וְנִמְאָס בָּהּ. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: זֶה הָרָק בִּפְנֵי חֲבֵירוֹ וְנִמְאָס.

Qu'est-ce que « toute chose cachée » ? Rav dit : c'est celui qui tue un pou devant son compagnon et que cela écœure.

Et Chmouel dit : c'est celui qui crache devant son compagnon et que cela écœure.

📜 Rachi (2)
עַל כָּל אַפֵּי' דָּבָר מוּעָט בַּמַּשְׁמָע:
« Toute » — même une chose minime est incluse.
וְנִמְאָס קָצָה דַּעַת חֲבֵירוֹ בַּדָּבָר:
« Et cela écœure » — l'esprit de son compagnon est dégoûté par la chose.
💡 Explication

La Guemara donne un contenu concret au neelam. Les deux exemples sont du même ordre : un geste ordinaire, sans intention de nuire, qui provoque chez un autre un dégoût dont l'auteur ne s'aperçoit pas.

Rachi souligne le mot kol, toute : même une chose minime entre dans le compte. Ce que le jugement retient, c'est le dommage éprouvé par autrui, non la gravité que l'auteur attribue à son geste.

12
מַאי ״אִם טוֹב וְאִם רָע״? אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: זֶה הַנּוֹתֵן צְדָקָה לְעָנִי בְּפַרְהֶסְיָא. כִּי הָא דְּרַבִּי יַנַּאי חַזְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דְּקָא יָהֵיב זוּזָא לְעָנִי בְּפַרְהֶסְיָא, אֲמַר לֵיהּ: מוּטָב דְּלָא יְהַבְתְּ לֵיהּ, מֵהַשְׁתָּא דִּיהַבְתְּ לֵיהּ וְכַסֵּפְתֵּיהּ.

Qu'est-ce que « que ce soit bien ou que ce soit mal » ? On dit dans la maison de Rabbi Yannai : c'est celui qui donne la tsedaka à un pauvre en public.

Comme dans ce cas où Rabbi Yannai vit un homme qui donnait un zouz à un pauvre en public ; il lui dit : mieux valait ne rien lui donner que de lui donner ainsi et de le couvrir de honte.

📜 Rachi (1)
מַאי אִם טוֹב דְּמַשְׁמַע אַף עַל הַטּוֹבָה מְבִיאוֹ בְּמִשְׁפָּט:
« Qu'est-ce que si bien » — il en ressort que même sur le bien Il le fait venir en jugement.
💡 Explication

La seconde moitié du verset annonce un jugement sur le bien lui-même. La maison de Rabbi Yannaï l'applique à la tsédaka donnée au vu de tous : le don est un bien, la honte infligée au pauvre en fait un mal.

La phrase adressée par Rabbi Yannaï au donateur est sévère : dans ce cas précis, l'abstention aurait mieux valu. La mesure du geste se prend chez celui qui le reçoit.

13
דְּבֵי רַבִּי שֵׁילָא אָמְרִי, זֶה הַנּוֹתֵן צְדָקָה לְאִשָּׁה בַּסֵּתֶר, דְּקָא מַייְתֵי לַהּ לִידֵי חֲשָׁדָא. רָבָא אָמַר: זֶה הַמְשַׁגֵּר לְאִשְׁתּוֹ בָּשָׂר שֶׁאֵינוֹ מְחֻותָּךְ בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת.

Dans la maison de Rabbi Chila on dit : c'est celui qui donne la tsédaka à une femme en secret, car il l'expose au soupçon. Rava dit : c'est celui qui envoie à sa femme de la viande non découpée la veille de Chabbat.

📜 Rachi (2)
שֶׁאֵינוֹ מְחֻותָּךְ שֶׁאֵינוֹ מְנֻוקָּר מִן הַחֵלֶב וּמִן הַגִּידִין הָאֲסוּרִים:
« Non découpée » — non purgée du helev et des nerfs interdits.
בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁמְּמַהֲרִין לַעֲשׂוֹת צָורְכֵי שַׁבָּת אֵינָן נוֹתְנִין לֵב אִם מְנֻוקָּר הוּא:
« La veille de Chabbat » — parce qu'on se hâte pour les besoins de Chabbat, on ne prend pas garde à savoir si elle est purgée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
זֶה הַנּוֹתֵן צְדָקָה לְאִשָּׁה בַּסֵּתֶר, דְּקָא מַיְתֵי לַהּ לִידֵי חֲשָׁדָא. קְשָׁא לָמָּה נָקֵיט לָהּ וַהֲלֹא גַּם לְעַצְמוֹ מֵבִיא לִידֵי חֲשָׁד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהוּא נוֹתֵן לָהּ בַּסֵּתֶר בְּמַחְשָׁךְ אוֹ יְשַׁנֶּה עַצְמוֹ שֶׁלֹּא תַּכִּיר אוֹתוֹ לָא הִיא וְלֹא אֲחֵרִים כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתְבַּיֵּישׁ וְזֶה אַף עַל פִּי שֶׁכַּוָּנָתוֹ לְהַסְתִּיר עַצְמוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתְבַּייֵּשׁ עִם כָּל זֶה כֵּיוָן דְּאִשָּׁה הִיא יוֹצֵא לָהּ רָעָה מִזֶּה כִּי יַחְשְׁדוּ אוֹתָהּ שֶׁהֵבִיא לָהּ אֶתְנַן זוֹנָה אַךְ לוֹ אֵין מַכִּירִים אוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁיַּחְשְׁדוּהוּ כֵּיוָן דְּמַסְתִּיר עַצְמוֹ.
« C'est celui qui donne la tsédaka à une femme en secret, car il l'expose au soupçon. » On peut demander pourquoi il ne parle que d'elle, puisqu'il s'expose lui aussi au soupçon. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il lui donne en secret, dans l'obscurité, ou bien en se rendant méconnaissable, de sorte que ni elle ni personne ne le reconnaisse, afin qu'elle n'ait pas honte. Et bien que son intention soit de se cacher pour lui épargner la honte, il lui en vient malgré tout un mal, puisqu'il s'agit d'une femme : on la soupçonnera d'avoir reçu un salaire de prostituée. Lui, en revanche, on ne le reconnaît pas et l'on ne peut donc pas le soupçonner, puisqu'il s'est dissimulé.
💡 Explication

Deux autres formes du bien qui blesse. Donner discrètement à une femme évite de la couvrir de honte, mais expose sa réputation : on croira qu'elle a reçu le salaire d'une faute. Le remède du cas précédent devient ici le dommage.

Rava vise la viande qui n'a pas été ménouker, purgée du helev et du nerf sciatique. L'envoi est un bienfait ; la veille de Chabbat, dans la hâte, la femme risque de cuire une viande interdite. Le bienfaiteur crée la faute d'un autre.

14
וְהָא רָבָא מְשַׁגֵּר! שָׁאנֵי בַּת רַב חִסְדָּא, דְּקִים לֵיהּ בְּגַווַּהּ דִּבְקִיאָה.

Mais Rava en envoyait ! La fille de Rav Hisda est différente, car il était assuré qu'elle était experte.

💡 Explication

Objection tirée de la conduite de Rava lui-même. La réponse ne retire rien à la règle : elle désigne le facteur qui la déclenche, le risque que la femme manque le nikour dans la hâte.

La femme de Rava, fille de Rav Hisda, était experte, et Rava en était assuré. Le danger n'existait pas, donc l'envoi était permis. La règle porte sur le risque, pas sur le geste.

15
רַבִּי יוֹחָנָן כִּי מָטֵי לְהַאי קְרָא, בְּכִי: ״וְהָיָה כִּי תִמְצֶאןָ אֹותוֹ רָעוֹת רַבּוֹת וְצָרוֹת״. עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ מַמְצִיא לוֹ רָעוֹת וְצָרוֹת, תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ?!

Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il arrivait à ce verset, pleurait : « et il arrivera, lorsque de nombreux maux et détresses l'atteindront » (Devarim 31,21). Un serviteur dont le maître lui fait trouver des maux et des détresses — quel remède lui reste-t-il ?!

🪔 Ben Yehoyada (1)
עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ מַמְצִיא לוֹ רָעוֹת, תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ. פֵּירוּשׁ שֶׁאֵינוֹ מְחַלֵּק גְּזֵרַת הָרָעָה לַחֲלָקִים קְטַנִּים כְּדֵי שֶׁיְּכוֹלִים לְסָובְלָהּ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מָשָׁל לְאֶחָד שֶׁנִּשְׁבַּע לְהַשְׁלִיךְ עַל בְּנוֹ קוֹרָה אַחַת וְרָאָה אִם יַשְׁלִיךְ יָמוּת וְאִם לֹא יַשְׁלִיךְ הֲרֵי נִשְׁבַּע מֶה עָשָׂה שִׁיבֵּר אִיתָּה לַחֲלָקִים קְטַנִּים וְהִשְׁלִיכָם עָלָיו הֲרֵי קִייֵּם שְׁבוּעָתוֹ וּבְנוֹ לֹא מֵת. וּמַה שֶׁאָמַר רָעוֹת שֶׁנַּעֲשׂוּ צָרוֹת זוֹ לָזוֹ שֶׁהֵם הַפְכִּיִּים חַד קַר וְחַד חַם כְּגוֹן זִבּוּרָא וְעַקְרַבָּא נִרְאֶה דְּמֵבִיא עֲלֵיהֶם כָּזֹאת בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא עָסְקוּ בַּתּוֹרָה שֶׁנִּמְשְׁלָה לְאֵשׁ שֶׁהוּא חַם וְנִמְשְׁלָה לְמַיִם שֶׁהוּא קַר. וּבָזֶה יוּבָן בָּאנוּ בָּאֵשׁ וּבַמַּיִם (תְּהִלִּים סו, יב) שֶׁהָיוּ רָעוֹת צָרוֹת כְּגוֹן זִבּוּרָא וְעַקְרַבָּא וְעִם כָּל זֶה וְתוֹצִיאֶנּוּ לְרַוְיֵהּ בְּחַסְדְּךָ הַגָּדוֹל שֶׁתּוּכַל עַל שְׁנֵי הַפְכִּיִּים בְּנוֹשֵׂא אֶחָד.
« Un serviteur dont le maître lui fait trouver des maux, quel remède lui reste-t-il. » C'est-à-dire qu'Il ne divise pas le décret de mal en petites parts supportables, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie dans la parabole de celui qui avait juré de jeter une poutre sur son fils : il vit que s'il la jetait l'enfant mourrait, et que s'il ne la jetait pas il manquerait à son serment ; que fit-il ? Il la brisa en petits morceaux qu'il jeta sur lui, accomplissant ainsi son serment sans que son fils en meure. Et ce qui est dit, des maux devenus rivaux l'un de l'autre, opposés, l'un froid et l'autre chaud, comme la guêpe et le scorpion — il semble qu'Il amène cela sur eux parce qu'ils ne se sont pas adonnés à la Torah, qui est comparée au feu, chaud, et comparée à l'eau, froide. Par là se comprend « nous sommes venus dans le feu et dans l'eau » (Tehilim 66,12) : c'étaient des maux rivaux, comme la guêpe et le scorpion, et malgré tout « Tu nous as fait sortir vers l'abondance », par Ta grande bonté, qui peut tenir ensemble les deux contraires dans un même sujet.
💡 Explication

Cinquième et dernier verset de la série. Le verbe timtséna, ils l'atteindront, est lu comme un actif : c'est le maître qui fait trouver le mal au serviteur.

La Guemara va montrer que le mot tsarot ne désigne pas seulement l'abondance des maux, mais leur agencement : des maux disposés de telle sorte que le remède de l'un aggrave l'autre.

16
מַאי ״רָעוֹת וְצָרוֹת״? אָמַר רַב: רָעוֹת שֶׁנַּעֲשׂוֹת צָרוֹת זוֹ לָזוֹ — כְּגוֹן זִיבּוּרָא וְעַקְרַבָּא.

Qu'est-ce que « maux et détresses » ? Rav dit : des maux qui deviennent rivaux l'un de l'autre, comme la guêpe et le scorpion.

📜 Rachi (2)
צָרוֹת סְמוּכוֹת זוֹ לְזוֹ לָשׁוֹן וְכִעֲסַתָּה צָרָתָהּ (שְׁמוּאֵל א א׳:ו׳) שְׁתֵּי נָשִׁים יַחַד:
« Des tsarot proches l'une de l'autre » — au sens de « sa rivale l'irritait » (I Chmouel 1,6), deux femmes ensemble.
זִיבּוּרָא וְעַקְרַבָּא נָקֵיט הָכִי מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת ע"ז בְּפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף כֹּח:) חַמִּימֵי לְעַקְרַבָּא וְקָרִירֵי לְזִיבּוּרָא וְחִילּוּפָא סַכַּנְתָּא הִלְכָּךְ הֵיכָא דְּנַכְתֵיהּ זִיבּוּרָא וְעַקְרַבָּא נַעֲשׂוֹת צָרוֹת זוֹ לָזוֹ דְּלֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא לָא בִּקְרִירֵי דְּקָשֶׁה לְעַקְרָב וְלֹא בְּחַמִּימֵי דְּקָשֶׁה לְזִיבּוּרָא:
« La guêpe et le scorpion » — il prend cet exemple parce que nous disons dans le traité Avoda Zara, au chapitre Ein Maamidin (28b) : du chaud pour le scorpion et du froid pour la guêpe, et l'inverse est dangereux. Dès lors, celui qui a été piqué par une guêpe et par un scorpion se trouve devant des maux rivaux l'un de l'autre, car il n'a de remède ni dans le froid, dur pour le scorpion, ni dans le chaud, dur pour la guêpe.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁנַּעֲשׂוֹת צָרוֹת זוֹ לָזוֹ כְּגוֹן זִיבּוּרָא וְעַקְרַבָּא. פר"ת רְפוּאָה לִנְשִׁיכָה זוֹ קָשֶׁה לִנְשִׁיכָה זוֹ וְכֵן אָמְרִינַן רֵישׁ פֶּרֶק ב' דע"ז (דַּף כֹּח: וְשָׁם) חַמִּימֵי לְעַקְרַבָּא קָרִירֵי לְזִיבּוּרָא:
« Qui deviennent rivaux l'un de l'autre, comme la guêpe et le scorpion. » Rabbenou Tam a expliqué : le remède de l'une des piqûres est dur pour l'autre piqûre ; et de même nous disons au début du deuxième chapitre d'Avoda Zara (28b) : du chaud pour le scorpion, du froid pour la guêpe.
💡 Explication

Rav lit tsarot au sens où le mot désigne les deux épouses d'un même homme, rivales l'une de l'autre. Deux maux sont rivaux quand le traitement de l'un est le poison de l'autre.

L'exemple est médical et précis : d'après Avoda Zara 28b, la piqûre de scorpion se soigne par le chaud et celle de la guêpe par le froid, et l'inversion est dangereuse. Piqué par les deux, l'homme se trouve sans issue.

🖼️ Schéma
Des maux qui deviennent rivaux l'un de l'autre : la guêpe et le scorpion Piqûre de guêpe (zibboura) Piqûre de scorpion (akrabba) remède : le froid (Avoda Zara 28b) remède : le chaud (Avoda Zara 28b) Piqué par les deux, l'homme n'a plus de remède le froid soigne la guêpe et aggrave le scorpion ; le chaud fait l'inverse Sens du mot tsarot chez Rachi comme les deux épouses d'un même homme, rivales l'une de l'autre (I Chmouel 1,6)
Deux remèdes qui s'excluent : la structure exacte de ce que Rav appelle des maux rivaux.
17
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: זֶה הַמַּמְצִיא לוֹ מָעוֹת לֶעָנִי בִּשְׁעַת דָּוחְקוֹ. אָמַר רָבָא, הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: זוּזָא לְעַלְלָא לָא שְׁכִיחָא, לִתְלִיתָא שְׁכִיחַ.

Et Chmouel dit : c'est celui qui fait trouver de l'argent au pauvre à l'heure de sa détresse. Rava dit : c'est ce que les gens disent — un zouz pour le grain, on n'en trouve pas ; pour la pendaison, on en trouve.

📜 Rachi (3)
זֶה הַמַּמְצִיא מָעוֹת לֶעָנִי בִּשְׁעַת דָּוחְקוֹ אַלְּעֵיל קָאֵי אִם טוֹב וְאִם רָע הָרָגִיל לְהַמְצִיא צִדְקָתוֹ לֶעָנִי בִּשְׁעַת דּוֹחֲקוֹ וְלֹא קֹודֶם שְׁעַת הַדְּחָק שֶׁיָּכוֹל לְבַקֵּשׁ מְזוֹנוֹתָיו וְלִקְנוֹתָן בִּשְׁעַת הַזּוֹל:
« C'est celui qui fait trouver de l'argent au pauvre à l'heure de sa détresse » — cela se rapporte à ce qui précède, « que ce soit bien ou que ce soit mal » : il s'agit de celui qui a coutume de faire trouver sa tsédaka au pauvre à l'heure de sa détresse, et non avant l'heure de la détresse, quand il pourrait chercher sa nourriture et l'acheter au moment du bas prix.
לְעַלְלָא לִקְנוֹת הַתְּבוּאָה דִּמְתַרְגֵּם וְעֹלְלֹת אַרְעָא (וַיִּקְרָא כֹּה):
« Le-alela » — pour acheter du grain, comme est traduit « et le produit de la terre » (Vayikra 25).
לִתְלִיתָא לְהֶפְסֵד וּלְאִיבּוּד כָּךְ שָׁמַעְתִּי וְלִי נִרְאֶה לִקְנוֹת בִּשְׁעַת הַדְּחָק מָזוֹן שֶׁהוּא תּוֹלֶה בְּסַלּוֹ כִּדְאָמַר מַר (פְּסָחִים דַּף קיא:) תְּלָא סִילְּתָא תְּלָא מְזוֹנֵי תְּלַאי בְּבֵיתָא קָשֶׁה לְעַנְיוּתָא:
« Le-telita » — pour la perte et la ruine ; ainsi l'ai-je entendu. Et il me semble : pour acheter à l'heure de la détresse la nourriture qu'il suspend à son panier, comme l'a dit le maître (Pessahim 111b) : il a suspendu son panier, il a suspendu sa subsistance ; des objets suspendus dans la maison sont durs pour la pauvreté.
🗂️ Tossefot (1)
זֶה הַמַּמְצִיא מָעוֹת לֶעָנִי בִּשְׁעַת דָּוחְקוֹ. פרש"י דְּקָאֵי אַדִּלְעֵיל אִם טוֹב וְאִם רָע שֶׁמַּמְתִּין לוֹ עַד שְׁעַת הַיֹּוקֶר וְנִמְצָא קוֹנֶה בְּיֹוקֶר . לִתְלִיתָא לִקְנוֹת פַּת לְפִי שָׁעָה כְּמוֹ שֶׁקּוֹנֵהוּ בְּסַלּוֹ כִּדְאָמְרִינַן תְּלָא לְסִילְתֵּי תְּלָא לִמְזוֹנֵיהּ וְקַשְׁיָא לר"ת חֲדָא לָמָּה נְקַט כֻּולֵּי הַאי וְאַפִּסְקֵיהּ בְּאִידָךְ קְרָא וְהָיָה כִּי תִמְצֶאןָ אֹותוֹ רָעוֹת רַבּוֹת וְצָרוֹת וְעוֹד דְּאָמְרִינַן הַמַּלְוֶה לְעָנִי בִּשְׁעַת דָּוחְקוֹ עָלָיו נֶאֱמַר אָז תִּקְרָא וַה' יַעֲנֶה (יְשַׁעְיָהוּ נ״ח:ט׳) בְּפֶרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף סג. וְשָׁם) מִיהוּ הָתָם מְחַלֵּק הריב"ן בֵּין מַלְוֶה לְמַמְצִיא וְעוֹד דִּנְקַט הַשַּׁ"ס מִילְּתָא דְּלָא שְׁכִיחַ לִתְלוֹת הַלֶּחֶם דְּאָמַר בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף קיא: וְשָׁם) תְּלַאי בְּבֵיתָא קְשֵׁי לְעַנְיוּתָא וּמְפָרֵשׁ ר"ת צָרוֹת רַבּוֹת וְרָעוֹת זֶהוּ הַמַּמְצִיא מָעוֹת לֶעָנִי בִּשְׁעַת דָּוחְקוֹ כְּגוֹן שֶׁתְּפָסוֹ הַמּוֹשֵׁל וּבָא זֶה וְאָמַר לוֹ שֶׁיִּלְוֶה לוֹ מָעוֹת עַל קַרְקְעוֹתָיו וְאִם לֹא הָיָה זֶה בָּא הַמּוֹשֵׁל הָיָה מֵיקֵל בְּפִדְיוֹנוֹ לְפִי שֶׁהוּא דָּחוּק וְעָנֵי זוּזֵי לַעֲלַלְתָּא לָא שְׁכִיחַ אִם הָיָה רוֹצֶה לִקְנוֹת תְּבוּאָה לְהַאֲכִילוֹ לְבֵיתוֹ אֵין מוֹצִיאִין לוֹ מָעוֹת לִתְלִיתָא כְּמוֹ תְּלָא וְזַבֵּין (ב"ב דַּף מז:) כְּשֶׁדּוֹחֲקִין אוֹתוֹ לִמְכֹּור מִשֶּׁלּוֹ לִתְלוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁיִּפְדֶּה עַצְמוֹ [וְע"ע תּוֹסְ' סַנְהֶדְרִין דַּף עו: ד"ה וְהַמַּלְוֶה]:
« C'est celui qui fait trouver de l'argent au pauvre à l'heure de sa détresse. » Rachi a expliqué que cela se rapporte à ce qui précède, « que ce soit bien ou que ce soit mal » : il le fait attendre jusqu'à l'heure de la cherté, de sorte qu'il achète au prix fort ; et le-telita, acheter le pain du moment, comme on l'achète pour son panier, ainsi que nous disons : il a suspendu son panier, il a suspendu sa subsistance. Rabbenou Tam fait plusieurs objections. D'abord, pourquoi développer tout cela ici et couper la série par l'autre verset, « et il arrivera, lorsque de nombreux maux et détresses l'atteindront » ? Ensuite, nous disons au chapitre Ha-ba al yevimto (Yevamot 63a) que de celui qui prête au pauvre à l'heure de sa détresse il est dit « alors tu appelleras et Hachem répondra » (Yechayahou 58,9) — là-bas cependant le Rivan distingue entre prêter et faire trouver. Enfin, la Guemara prendrait un cas qui n'est pas courant, celui du pain suspendu, alors qu'il est dit dans Arvei Pessahim (111b) que des objets suspendus dans la maison sont durs pour la pauvreté. Rabbenou Tam explique donc : de nombreux maux et détresses, c'est celui qui fait trouver de l'argent au pauvre à l'heure de sa détresse, par exemple lorsque le gouverneur s'est saisi de lui et que quelqu'un vient lui proposer de lui prêter de l'argent sur ses terres ; si cet homme n'était pas venu, le gouverneur aurait allégé sa rançon, le voyant à l'étroit et pauvre. Un zouz pour le grain, on n'en trouve pas : s'il voulait acheter du grain pour nourrir sa maison, on ne lui sortirait pas d'argent. Le-telita, au sens de « il a été pressé et il a vendu » (Baba Batra 47b), quand on le contraint à vendre son bien pour le mettre sous pression, afin qu'il se rachète lui-même. Vois également les Tossefot de Sanhédrin 76b, s.v. ve-ha-malvé.
🪔 Ben Yehoyada (2)
זֶה הַמַּמְצִיא מָעוֹת לֶעָנִי בִּשְׁעַת דָּחְקוֹ. פֵּירוּשׁ אֵלּוּ הַנּוֹתְנִים מָעוֹת בְּרִיבִּית דַּרְכָּם אִם יִרְאוּ הַלֹּוֶה דָּחוּק רוֹצִים רִיוַּח יוֹתֵר דְּהַייְנוּ שְׁנַיִם לְמֵאָה בְּחֹודֶשׁ וְכַאֲשֶׁר זֶה הֶעֱנִי הוּא צָרִיךְ לְמָעוֹת וְרוֹצֶה לִלְוָת בְּרִבִּית הֵן מִן הַגּוֹי בְּרִבִּית הֵן מִיִּשְׂרָאֵל בְּהֶכְשֵׁר וְהוּא אֵינוֹ יוֹדֵעַ מִי מַלְוֶה בְּרִבִּית אַךְ יֵשׁ סַרְסוּרִים שֶׁעִסְקָם בְּכָךְ לְהַמְצִיא לַלֹּוֶה מָעוֹת מֵאֲחֵרִים שֶׁיִּתְּנוּ לוֹ בְּרִבִּית וְנוֹדַע שֶׁאִם יִרְאֶה הַמַּלְוֶה אֶת הַלֹּוֶה דָּחוּק מְאֹד אָז יִרְצֶה רִבִּית יוֹתֵר וְנִמְצָא זֶה הַסַּרְסוּר שֶׁלֹּא הִמְצִיא לַלֹּוֶה אָדָם שֶׁיִּלְוֶה לוֹ בְּרִבִּית אֶלָּא עַד אַחַר שֶׁנִּתְגַּלָּה וְנוֹדַע דּוֹחֲקוֹ כִּי רַב הוּא גָּרַם לוֹ נֶזֶק בָּזֶה דְּעַל יְדֵי כָּךְ הַמַּלְוֶה יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ רִבִּית מְרֻובָּה כֵּיוָן שֶׁנּוֹדַע לוֹ שֶׁהוּא דָּחוּק מְאֹד דְּמֻוכְרָח לִיתֵּן רִבִּית כַּאֲשֶׁר יְבַקֵּשׁ. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ מַמְצִיא מָעוֹת לֶעָנִי בִּשְׁעַת דָּחְקוֹ הַכַּוָּנָה כְּשֶׁרוֹאֵהוּ דָּחוּק לְמָעוֹת מַמְצִיא לוֹ סְחוֹרָה לִקְנוֹתָהּ בְּהַמְתָּנָה עֶשְׂרִים לְמֵאָה יוֹתֵר מִשָּׁוְויָהּ וְחוֹזֵר וּמוֹכְרָהּ לוֹ בְּמָעוֹת מְדוּדִים בְּפָחוֹת הַרְבֵּה וְיִהְיֶה לוֹ בָּזֶה הֶפְסֵד מְרֻובֶּה וְכֵיוָן שֶׁהוּא דָּחוּק מֻוכְרָח לַעֲשׂוֹת כֵּן אַף עַל פִּי שֶׁרוֹאֶה שֶׁהוּא מַפְסִיד הַרְבֵּה בְּאֹופֶן זֶה וְאִם לֹא הָיָה זֶה מַמְצִיא לוֹ דֶּרֶךְ זֶה וְאֹופֶן זֶה לִקְנוֹת בְּהַמְתָּנָה וְלַחֲזֹור וְלִמְכֹּור בְּמִדּוּדִים בְּפָחוֹת הַרְבֵּה הֲוָה טָרַח לִלְוָת מִזֶּה קִמְעָה וּמִזֶּה קִמְעָה בְּהַלְוָאַת חֵן וָחֶסֶד דְּכֵיוָן שֶׁהוּא לָוָה מְעַט מִזֶּה וּמְעַט מִזֶּה מֵאַרְבַּע וְחָמֵשׁ בְּנֵי אָדָם אֵין לוֹקְחִים מִמֶּנּוּ רִבִּית וְהָיָה פּוֹרֵעַ לְפִי שָׁעָה חוֹב גָּדוֹל שֶׁצָּרִיךְ לִפְרֹועַ אוֹתוֹ עַתָּה שֶׁהִגִּיעַ זְמַן פִּרְעוֹנוֹ וְאַף עַל פִּי שֶׁצָּרִיךְ לוֹ טִרְחָה גְּדוֹלָה לִלְוָת מִכַּמָּה בְּנֵי אָדָם מְעַט מְעַט זֶה עָדִיף מֵאֹופֶן זֶה שֶׁעָשָׂה לוֹ הַסַּרְסוּר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ הֶפְסֵד מְרֻובֶּה, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« C'est celui qui fait trouver de l'argent au pauvre à l'heure de sa détresse. » C'est-à-dire que ceux qui prêtent à intérêt ont pour habitude, s'ils voient l'emprunteur aux abois, d'exiger un profit plus élevé, deux pour cent par mois. Lorsque ce pauvre a besoin d'argent et veut emprunter à intérêt, soit d'un non-Juif, soit d'un Juif selon les formes permises, il ne sait pas qui prête à intérêt ; mais il existe des courtiers dont c'est le métier de trouver pour l'emprunteur de l'argent chez d'autres, qui lui prêteront à intérêt. Or l'on sait que si le prêteur voit l'emprunteur très pressé, il exigera un intérêt plus fort. Il se trouve donc que ce courtier, qui n'a trouvé un prêteur à intérêt qu'une fois la détresse de l'emprunteur devenue visible et connue de tous, lui a cause par là un dommage important, puisque le prêteur lui demandera un intérêt élevé, sachant qu'il est aux abois et contraint d'accepter ce qui lui sera demandé. Et mon cher fils, l'honorable Rav Yaakov, que D.ieu le garde, a expliqué ainsi : faire trouver de l'argent au pauvre à l'heure de sa détresse, cela signifie que, le voyant à court d'argent, on lui fait trouver une marchandise à acheter à crédit vingt pour cent au-dessus de sa valeur, puis on la lui rachète au comptant bien au-dessous, ce qui lui fait une perte considérable ; et comme il est aux abois il est contraint d'accepter, tout en voyant qu'il y perd beaucoup. Si on ne lui avait pas fait trouver ce moyen — acheter à crédit puis revendre au comptant bien moins cher — il se serait donné la peine d'emprunter un peu ici et un peu là, par prêt gracieux ; empruntant un peu à quatre ou cinq personnes, on ne lui aurait pris aucun intérêt, et il aurait payé sur le moment la dette importante dont l'échéance était arrivée. Et bien qu'il lui faille beaucoup de peine pour emprunter peu à peu à plusieurs personnes, cela vaut mieux que le moyen que le courtier lui a procuré, où la perte est considérable. Fin de ses paroles.
זוּזֵי לְעַלְלָא, לָא שְׁכִיחַ, לִתְלִיתָא, שְׁכִיחַ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל לְעַלְלָא לִקְנוֹת תְּבוּאָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה יֵשׁ אָדָם שֶׁקּוֹנֶה תְּבוּאָה בִּשְׁבִיל מַאֲכַל בֵּיתוֹ בְּכָל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ וְאֵינוֹ קוֹנֶה דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ אַךְ אֵינוֹ מֻוכְרָח לְכָךְ דְּאִם נִמְצָא לוֹ מָעוֹת בְּנָקֵל יִקְנֶה וְאִם לָאו אֵינוֹ לוֹקֵחַ מָעוֹת בְּרִבִּית כְּדֵי לִקְנוֹת תְּבוּאָה לְצֹורֶךְ הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ עַל כֵּן אִם לִלְווֹת מֵחֲבֵירוֹ מָעוֹת כְּדֵי לִקְנוֹת לְצֹורֶךְ הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ יֹאמַר לוֹ אֵין לִי מָעוֹת כִּי יוֹדֵעַ שֶׁאֵין זֶה דָּבָר הֶכְרֵחִי וְאִם יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ רִיוַּח הַרְבֵּה בִּשְׁבִיל מָעוֹת שֶׁמַּלְוֶה לֹא יִרְצֶה לִיתֵּן לָכֵן מֻוכְרָח שֶׁיֹּאמַר לוֹ אֵין לִי מָעוֹת תַּחַת יָדִי וְזֶהוּ לְעַלְלָא לָא שְׁכִיחַ אֲבָל אִם יַרְאֵהוּ דָּחוּק הַרְבֵּה כְּאָדָם הַתָּלוּי בִּשְׂעָרוֹת עֵינָיו שֶׁהוּא מֻוכְרָח לִלְוָת מָעוֹת לִפְדּוֹת עַצְמוֹ אוֹמֵר לוֹ יֵשׁ לִי מָעוֹת תַּחַת יָדִי לְהַלְווֹת כִּי יוֹדֵעַ שֶׁזֶּה מֻוכְרָח לִיתֵּן לוֹ רִיוַּח עַל מְעוֹתָיו כַּאֲשֶׁר יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ אֲפִילּוּ שְׁלֹשָׁה לְמֵאָה לְחֹודֶשׁ וְזֶהוּ לִתְלִיתָא שְׁכִיחַ לְשׁוֹן מָשָׁל הוּא זֶה שֶׁאוֹמְרִים הָעוֹלָם עַל אָדָם שֶׁהוּא דָּחוּק וְנִצְרָךְ לְמָעוֹת הַרְבֵּה 'זֶה תָּלוּי בִּשְׂעָרוֹת עֵינָיו'. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁאִם יַעֲלִילוּ עַל אָדָם עֲלִילָה שֶׁל דָּם אוֹ שֶׁל גְּנֵיבָה וְכַיּוֹצֵא קֹודֶם שֶׁנִּידּוֹן דְּאָז הַתְּבִיעָה הִיא בְּסוּג עֲלִילָה הוּא יָכוֹל לְהִמָּלֵט מִמֶּנָּה בִּמְעַט שֹׁוחַד מָמוֹן וְכַאֲשֶׁר יְבַקֵּשׁ מֵחֲבֵרָיו לִלְוָת לוֹ מָמוֹן לְפִי שָׁעָה כְּדֵי לְהַצִּיל עַצְמוֹ מִן הָעֲלִילָה בְּשֹׁוחַד מָמוֹן לֹא יִמָּצֵא מִי שֶׁיִּלְוֶה לוֹ וְזֶהוּ לְעַלְלָא לָא שְׁכִיחַ אַךְ אַחַר שֶׁהָעֲלִילָה נַעֲשֵׂית מִשְׁפָּט שֶׁנִּידּוֹן וְיָצָא חַייָּב הִנֵּה לְהַצָּלָתוֹ צָרִיךְ שֹׁוחַד מָמוֹן הַרְבֵּה שֶׁכְּבָר נִגְמַר דִּינוֹ לִצְלִיבָה וְאֵיךְ יִנָּצֵל בְּלִי תַּרְקַבָּא דְּדִינָרֵי וּבְעֵת זוֹ שֶׁצָּרִיךְ לוֹ מָמוֹן הַרְבֵּה יִמְצָא לוֹ בְּנֵי אָדָם לְהַלְווֹת לוֹ.
« Un zouz pour le grain, on n'en trouve pas ; pour la pendaison, on en trouve. » Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : le-alela, pour acheter du grain. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sens est le suivant. Il est des hommes qui achètent le grain pour la nourriture de leur maison pour toute l'année, sans acheter au jour le jour ; mais ils n'y sont pas contraints : si l'argent se trouve aisément, ils achètent, sinon ils ne prennent pas d'argent à intérêt pour acheter le grain de l'année. Aussi, quand un tel homme vient emprunter à son compagnon de quoi acheter pour l'année, celui-ci lui dira : je n'ai pas d'argent, sachant que la chose n'est pas indispensable et que, s'il lui demandait un profit important pour l'argent prêté, l'autre refuserait ; il est donc contraint de lui dire qu'il n'a pas d'argent sous la main. Voilà : pour le grain, on n'en trouve pas. Mais s'il le voit très pressé, comme un homme suspendu par les cils, contraint d'emprunter pour se racheter, il lui dit : j'ai de l'argent à prêter, sachant que celui-là est forcé de lui donner le profit qu'il demandera, fut-il de trois pour cent par mois. Voilà : pour la pendaison, on en trouve. C'est une image, celle qu'emploient les gens au sujet d'un homme aux abois et ayant grand besoin d'argent : celui-là est suspendu par les cils. Et l'on peut encore comprendre autrement, avec l'aide du Ciel : si l'on porte contre un homme une accusation de meurtre, de vol ou autre, tant qu'il n'a pas été jugé et que la poursuite reste au rang de l'accusation, il peut s'en tirer avec un peu d'argent ; or lorsqu'il demande à ses compagnons de lui prêter sur le moment de quoi se sauver de l'accusation par un présent, il ne trouve personne pour lui prêter — voilà : pour le grain, on n'en trouve pas. Mais une fois l'accusation devenue un jugement rendu et lui déclaré coupable, il lui faut pour se sauver beaucoup d'argent, sa sentence étant déjà prononcée, et comment échapperait-il sans un boisseau de dinars ? Et c'est à ce moment, où il lui faut beaucoup d'argent, qu'il trouve des gens pour lui prêter.
💡 Explication

Chmouel revient à la moitié « que ce soit bien ou que ce soit mal » : prêter ou donner seulement quand le pauvre est aux abois. D'après Rachi, celui qui attend l'heure de la détresse laisse le pauvre acheter au prix fort ce qu'il aurait obtenu à bas prix en saison. Le don arrive, mais trop tard pour le servir.

Le proverbe de Rava résume la situation : personne ne prête pour acheter le grain de l'année, tout le monde prête quand l'homme est pendu à sa nécessité. Les Tossefot rapportent la lecture de Rabbenou Tam, qui y voit le cas du pauvre saisi par le gouverneur : l'offre de prêt sur ses terres fait monter le prix de sa libération.

🖼️ Schéma
Un zouz pour le grain, un zouz pour la pendaison : deux lectures Lecture de Rachi Lecture de Rabbenou Tam le riche attend l'heure du prix fort pour donner sa tsédaka le pauvre achète cher ce qu'il aurait acheté à bas prix en saison le gouverneur a saisi le pauvre ; un tiers lui offre un prêt sur ses terres sans cette offre, le gouverneur aurait allège la rançon d'un homme sans moyens le-alela / le-telita acheter du grain / acheter le pain du jour suspendu au panier (Pessahim 111b) le-alela / le-telita pour nourrir sa maison, personne ne prête pour se racheter sous la contrainte, on prête Objections de Rabbenou Tam à Rachi 1. pourquoi couper la série des versets par ce développement 2. Yevamot 63a loue celui qui prête au pauvre à l'heure de sa détresse
Les deux lectures du proverbe, chez Rachi et chez Rabbenou Tam, et les objections du second.
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״וְחָרָה אַפִּי בוֹ בַיּוֹם הַהוּא וַעֲזַבְתִּים וְהִסְתַּרְתִּי פָנַי מֵהֶם״, אָמַר רַב בַּרְדְּלָא בַּר טַבְיוֹמֵי אָמַר רַב: כָּל שֶׁאֵינוֹ בְּהֶסְתֵּר פָּנִים — אֵינוֹ מֵהֶם, כֹּל שֶׁאֵינוֹ בְּ״וְהָיָה לֶאֱכֹול״ —

« Ma colère s'enflammera contre lui en ce jour, Je les abandonnerai et Je cacherai Ma face d'eux » (Devarim 31,17). Rav Bardela bar Tavyoumi dit au nom de Rav : quiconque n'est pas dans l'occultation de la face n'est pas des leurs ; quiconque n'est pas dans « et il sera dévoré » —

🪔 Ben Yehoyada (1)
כֹּל שֶׁאֵינוֹ בְּ"הֶסְתֵּר פָּנִים" אֵינוֹ מֵהֶם. כָּל שֶׁאֵינוֹ בְּ"וְהָיָה לֶאֱכֹל" אֵינוֹ מֵהֶם. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לִכְלַל אוֹתָם יַחַד וְלָמָּה חִלְּקָם לִשְׁתֵּי חֲלוּקוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָא מַשְׁמַע לָן אִם הוּא אֵינוֹ בְּהֶסְתֵּר פָּנִים אַף עַל פִּי שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּ'וְהָיָה לֶאֱכֹל' (דְּבָרִים לֹא, יז) אֵינוֹ בִּכְלַל גְּזֵרָה זוֹ וְכֵן כֹּל שֶׁאֵינוֹ בְּ'וְהָיָה לֶאֱכֹל' אַף עַל פִּי שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּהֶסְתֵּר פָּנִים אֵינוֹ בִּכְלַל גְּזֵרָה זוֹ. וְהִנֵּה לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ אֵינוֹ מֵהֶם רוֹצֶה לוֹמַר אֵינוֹ מִזֶּרַע יִשְׂרָאֵל, קַשָּׁא אֵיךְ אָמְרוּ רַבָּנַן לְרָבָא מָר לָא בְּ'הַסֵּתֶר פָּנִים' אִיתֵיהּ וְלֹא בְּ'וְהָיָה לֶאֱכֹל' אִיתֵיהּ? אַךְ לְפִי דְּבָרֵינוּ שֶׁפֵּרַשְׁנוּ אֵינוֹ בִּכְלַל בַּעֲלֵי גְּזֵירָה זוֹ נִיחָא. מִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר בס"ד פֵּירוּשׁ אַחֵר הָא דְּאָמַר אֵינוֹ קָאֵי עַל אוֹתָם הַדּוֹרוֹת שֶׁחָטְאוּ בַּעֲבוֹדָה זָרָה וְגָלוּ וְקָאָמַר רַב עַל דּוֹרוֹת אֵלּוּ אַף עַל פִּי שֶׁיִּמָּצֵא בְּנֵי אָדָם עַתָּה שֶׁהֵם ב'הַסֵּתֶר פָּנִים' וְגַם בְּ'וְהָיָה לֶאֱכֹל' מִפְּנֵי כִּי אֵלּוּ הֵם גִּלְגּוּל אוֹתָם הַדּוֹרוֹת שֶׁעָבְרוּ עֲבוֹדָה זָרָה וְנִגְזַר עֲלֵיהֶם כָּךְ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּאִיּוֹב שֶׁהָיָה צַדִּיק וְלָקָה מְאֹד בַּעֲבוּר שֶׁהָיָה גִּלְגּוּל תֶּרַח מִכָּל מָקוֹם הִנֵּה כָּל אָדָם שֶׁאֵינוֹ בְּהֶסְתֵּר פָּנִים וַדַּאי אֵינוֹ מְגֻולְגָּל מֵאוֹתָם הַדּוֹרוֹת שֶׁעָבְדוּ עֲבוֹדָה זָרָה וְנִגְזַר עֲלֵיהֶם כָּךְ.
« Quiconque n'est pas dans l'occultation de la face n'est pas des leurs ; quiconque n'est pas dans et il sera dévoré n'est pas des leurs. » On peut demander pourquoi il ne les a pas réunis ensemble, et pourquoi il en a fait deux énoncés distincts. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il nous enseigne ceci : si un homme n'est pas dans l'occultation de la face, même s'il est dans « et il sera dévoré » (Devarim 31,17), il n'entre pas dans ce décret ; et de même, quiconque n'est pas dans « et il sera dévoré », même s'il est dans l'occultation de la face, n'entre pas dans ce décret. Or, selon l'explication de Rachi, de mémoire bénie, qui explique « n'est pas des leurs » au sens de : il n'est pas de la descendance d'Israël, on peut demander comment les sages ont pu dire à Rava que le maître n'était ni dans l'occultation de la face ni dans « et il sera dévoré ». Selon notre explication — il n'entre pas dans ce décret — la chose se comprend. On peut toutefois proposer une autre explication, avec l'aide du Ciel : ce « n'est pas » se rapporte à ces générations qui ont fauté par l'idolâtrie et qui ont été exilées, et Rav dit à leur sujet que, même si l'on trouve aujourd'hui des hommes qui sont dans l'occultation de la face et aussi dans « et il sera dévoré », c'est parce qu'ils sont le guilgoul de ces générations qui ont servi l'idolâtrie et sur lesquelles ce décret a été porte — comme il a été dit d'Iyov, qui était juste et fut pourtant très frappé parce qu'il était le guilgoul de Térah. En tout état de cause, tout homme qui n'est pas dans l'occultation de la face n'est certainement pas un guilgoul de ces générations qui ont servi l'idolâtrie et sur lesquelles ce décret a été porte.
💡 Explication

Le folio s'achève sur un enseignement qui renverse la perspective. Le hester panim, l'occultation de la face, est annoncé comme un châtiment ; Rav en fait un signe d'appartenance : celui qui n'en fait jamais l'expérience, dont les prières sont toujours exaucées, n'est pas compté parmi eux.

La phrase s'interrompt ici et se poursuit en 5b, où le même raisonnement sera applique à « et il sera dévoré », puis mis à l'épreuve par les sages devant Rava.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).