Chagigah 5b — Le visage caché, les larmes des chambres intérieures et le poids de chaque parole

Chagigah 5b

Sougya : Le folio poursuit la sougya du hester panim, le visage caché annoncé en Deutéronome 31. Rava y est pris à partie par les maîtres, qui ne voient chez lui ni prière inexaucée ni spoliation ; sa réponse sur les présents versés en secret à la cour de Chapour n'empêche pas qu'ils posent les yeux sur lui, et la baraita de Rabban Chimon ben Gamliel se vérifie.

Viennent ensuite les lectures qui maintiennent un lien malgré la face cachée : le songe selon Rava, la main étendue selon Rav Yossef, dont Rabbi Yehochoua ben Hanania fait un signe devant César. La seconde moitié du folio porte sur ce qui est compté à l'homme, jusqu'au propos léger échangé avec sa femme, puis sur les larmes attribuées en haut : Mistarim, la contradiction de Rav Papa, la distinction des chambres intérieures et extérieures, les trois larmes de Jérémie et les trois motifs quotidiens.

Le folio se ferme sur la valeur de la rencontre des sages, sur le principe qu'un seul jour compte pour l'année entière en bien comme en mal, et revient à la michna sur le mineur.

Le fil du folio : du visage caché au jour qui vaut une année 1. Rava mis en cause ni hester panim ni spoliation chez lui ; les maîtres posent les yeux sur lui, et la cour de Châpour le dépouille 2. Ce qui subsiste malgré la face cachée Rava : le songe (Nombres 12,6) — Rav Yossef : la main étendue (Isaie 51,16) 3. Les signes devant César le min montre la face détournée, R. Yehochoua répond par la main étendue ; puis sa réponse aux maîtres avant sa mort 4. Ce qui est compté à l'homme mah siho : même le propos léger entre un homme et sa femme ; la conduite de Rav et sa résolution 5. Les larmes attribuées en haut Mistarim, la contradiction de Rav Papa, chambres intérieures et extérieures, les trois larmes, les trois motifs quotidiens 6. Recevoir la face des sages Rabbi et Rabbi Hiya chez l'aveugle, la bénédiction reçue, R. Yaakov de Kfar Hitaya, Rav Idi et le jour unique 7. Retour à la michna : quel est le mineur exempté, et l'objection de Rabbi Zeira
Les sept mouvements du folio, du procès fait à Rava jusqu au retour à la michna sur le mineur.
Y a-t-il des pleurs en haut ? Deux objections, deux réponses Rav Chmouel bar Inia au nom de Rav il y a un lieu nommé Mistarim, où se tiennent les pleurs Objection 1 : Rav Papa force et allégresse en Son lieu (I Chroniques 16,27) : point de tristesse Batei gavai, chambres intérieures là où il est écrit bemistarim : les pleurs Batei barai, chambres extérieures la parole de Rav Papa : allégresse Objection 2 : Isaie 22,12 Il appela aux pleurs et au deuil — or tout appel se fait entendre au-dehors La destruction du Sanctuaire fait exception même les anges de paix pleurent amèrement (Isaie 33,7) La distinction intérieur / extérieur répond à la première objection ; le hurban est traité comme un cas hors norme.
La sougya des pleurs en haut : une affirmation, deux objections tirées de versets, deux réponses.
Un seul jour compte pour l'année entière, dans les deux sens la deracha de Rabbi Yo'hanan, faite pour Rav Idi, et sa contrepartie dans la mesure du châtiment Mesure de la récompense Verset : Isaie 58,2 yom yom yidrechoun, jour après jour Difficulté : le jour on Le recherche et la nuit non ? Conclusion : qui étudie un seul jour dans l'année, il lui est compté comme l'année entière Occasion : le surnom donné à Rav Idi Mesure du châtiment Verset : Nombres 14,34 selon le nombre des jours de l'exploration Difficulté : ils ont fauté quarante jours, non quarante années Conclusion : qui transgresse un seul jour dans l'année, il lui est compté comme l'année entière Les explorateurs : quarante jours, quarante ans Le même rapport du jour à l'année sert dans les deux directions le Ben Yehoyada précise que le jour visé est un jour entier, pris tout du long
La deracha de Rabbi Yohanan et sa contrepartie : le même calcul du jour à l année sert au mérite et à la faute.
1
אֵינוֹ מֵהֶם. אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרָבָא: מָר לָא בְּהֶסְתֵּר פָּנִים אִיתֵיהּ, וְלֹא בְּ״וְהָיָה לֶאֱכֹול״ אִיתֵיהּ! אֲמַר לְהוּ: מִי יָדְעִיתוּ כַּמָּה מְשַׁדַּרְנָא בְּצִנְעָא בֵּי שַׁבּוּר מַלְכָּא? אֲפִילּוּ הָכֵי, יְהַבוּ בֵּיהּ רַבָּנַן עֵינַייְהוּ. אַדְּהָכִי שַׁדּוּר דְּבֵי שַׁבּוּר מַלְכָּא וְגַרְבוּהוּ. אָמַר: הַיְינוּ דְּתַנְיָא, אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: כָּל מָקוֹם שֶׁ״נָתְנוּ חֲכָמִים עֵינֵיהֶם״ — אוֹ מִיתָה אוֹ עֹונִי.

il n'en est pas. Les maîtres dirent à Rava : notre maître ne se trouve pas dans le hester panim (le visage caché), et notre maître ne se trouve pas non plus dans « et il sera livré à la dévoration » !

Il leur dit : savez-vous combien j'envoie en secret à la maison du roi Châpour ? Malgré cela, les maîtres posèrent les yeux sur lui.

Sur ces entrefaites, on envoya de la maison du roi Châpour et on le dépouilla. Il dit : voilà ce qui a été enseigné, Rabban Chimon ben Gamliel dit : partout où les sages ont posé les yeux, il y eut ou la mort ou la pauvreté.

📜 Rachi (3)
אֵינוֹ מֵהֶן מִזֶּרַע יִשְׂרָאֵל דִּכְתִיב וְהִסְתַּרְתִּי פָּנַי מֵהֶם (דְּבָרִים ל״א:י״ז) שֶׁצּוֹעֵק מִצָּרוֹת הַבָּאוֹת עָלָיו וְאֵינוֹ נַעֲנֶה שֶׁלֹּא יָבוֹאוּ:
Il n'en est pas. De la semence d'Israël, car il est écrit « et Je cacherai Ma face d'eux » (Deutéronome 31,17) : il crie à cause des malheurs qui viennent sur lui, et il n'est pas exaucé pour que ces malheurs ne viennent pas.
וְהָיָה לֶאֱכֹול שֶׁהָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים שׁוֹלְלִין מָמוֹנוֹ:
Et il sera livré à la dévoration. Car les idolâtres prennent son bien.
וְגַרְבוּהוּ שְׁלָלוּהוּ:
Vegarbouhou. Ils l'ont dépouillé.
🗂️ Tossefot (1)
שַׁדּוּר בֵּי שָׁבוּר מַלְכָּא וְגַרְבוּהוּ. אוֹמֵר הָרִ"י דְּהַייְנוּ הַהוּא דִּבְפֶרֶק בָּתְרָא דִּבְרָכוֹת (דַּף נו.) גַּבֵּי פִּשְׁרֵיהּ דְּבַר הֲדָיָא שֶׁפָּתַר לוֹ שֶׁתָּמוּת אִשְׁתּוֹ וִיאַבֵּד כָּל אֲשֶׁר לוֹ מֵאֵת הַמֶּלֶךְ:
« On envoya de la maison du roi Châpour et on le dépouilla. » Le Ri dit qu'il s'agit de ce qui est rapporté au dernier chapitre de Berakhot (56a), à propos de l'interprétation de Bar Hedya, qui interpréta pour Rava que sa femme mourrait et qu'il perdrait tout ce qu'il possédait du fait du roi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל מָקוֹם שֶׁנָּתְנוּ בּוֹ חֲכָמִים עֵינֵיהֶם; אוֹ עָנִי, אוֹ מִיתָה. נִרְאֶה לִי הַטַּעַם לִשְׁתַּיִם אֵלּוּ שֶׁיִּהְיוּ עַל יְדֵי חֲכָמִים בַּעֲלֵי תּוֹרָה מִשּׁוּם דְּבַתּוֹרָה כְּתִיב אֹרֶךְ יָמִים בִּימִינָהּ בִּשְׂמֹאולָהּ עֹשֶׁר וְכָבוֹד (מִשְׁלֵי ג, טז) וְלָכֵן נוֹתֶנֶת כֹּחַ לְלוֹמְדֶיהָ לְהַעֲנִישׁ בְּמִיתָה מִצַּד כֹּחַ הַיָּמִין וּבְעוֹנִי מִצַּד כֹּחַ הַשְּׂמֹאל. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מַה שֶׁאָמַר אֱלִיעֶזֶר לְלָבָן וּבְתוּאֵל וְאִם לֹא הַגִּידוּ לִי וְאֶפְנֶה עַל יָמִין אוֹ עַל שְׂמֹאל (בְּרֵאשִׁית כד, מט) כִּי אֱלִיעֶזֶר הָיָה בַּעַל תּוֹרָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (יוֹמָא כח:) עַל פָּסוּק 'הוּא דַּמֶּשֶׂק אֱלִיעֶזֶר' (בְּרֵאשִׁית טו, ב) שֶׁדּוֹלֶה וּמַשְׁקֶה מִתּוֹרַת רַבּוֹ לַאֲחֵרִים וְעַל כֵּן יֵשׁ לוֹ שְׁנֵי כּוֹחוֹת לְהַעֲנִישׁ בָּמוֹת מִצַּד יָמִין וּבְעוֹנִי מִצַּד שְׂמֹאל וְלָזֶה אָמַר בְּרֶמֶז שֶׁאִם לֹא תִּתְּנוּ, הִגִּידוּ לִי וְאָז אֶפְנֶה עַל יָמִין לְהַעֲנִישׁ אֶתְכֶם בְּמִיתָה אוֹ עַל שְׂמֹאל לְהַעֲנִישׁ אֶתְכֶם בְּעוֹנִי! וְסוֹף דָּבָר בְּאוֹתוֹ הַלַּיְלָה הֶעֱנִישָׁם בְּמִיתָה שֶׁמֵּת בְּתוּאֵל מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הָיָה לִבָּם שָׁלֵם בְּדָבָר זֶה שֶׁחָשְׁבוּ לְהַעֲרִים. וְהָא דְּקָאָמַר ' יְהַבוּ בֵּיהּ רַבָּנַן עֵינַיְהוּ ' אֵין הַכַּוָּנָה שֶׁהָיָה בְּרַבָּנָן קַוִּין שֶׁל עַיִן הָרַע כְּדֶרֶךְ בְּנֵי אָדָם הַמַּטִּילִים עַיִן הָרַע אֶלָּא מִכֹּחַ דִּיבּוּרָם זֶה נִתְקַנְּאוּ הַקְּלִיפּוֹת וְהַחִיצוֹנִים וְהֵם הֵטִילוּ עַיִן הָרַע אַךְ מֵחֲמַת דְּהֵטִילוּ עַיִן הָרַע מִכֹּחַ דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁדִּבְּרוּ רַבָּנָן לְרָבָא לְכָךְ מְיַיחֵס הַטָּלַת הָעַיִן לָהֶם וְאָמַר יְהַבוּ בֵּיהּ רַבָּנַן עֵינַיְהוּ וְכָךְ הָעִנְיָן בְּכָל מָקוֹם שֶׁתִּמְצָא בַּתַּלְמוּד דְּבָרִים כַּיּוֹצֵא כְּאִלּוּ.
Partout où les sages ont posé les yeux : ou la pauvreté, ou la mort. Il me semble que la raison pour laquelle ces deux effets viennent par les sages, maîtres de Torah, tient à ce qui est écrit de la Torah : « longueur de jours est dans sa droite, dans sa gauche richesse et honneur » (Proverbes 3,16). Elle donne donc à ceux qui l'étudient le pouvoir de punir par la mort du côté de la force de la droite, et par la pauvreté du côté de la force de la gauche. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, ce qu'Eliezer dit à Lavan et à Bétouel : « et si vous ne me le dites pas, je me tournerai à droite ou à gauche » (Genèse 24,49). Car Eliezer était maître de Torah, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Yoma 28b) sur le verset « c'est Damessek Eliezer » (Genèse 15,2), qu'il puisait et faisait boire aux autres de la Torah de son maître. Il disposait donc de deux forces : punir par la mort du côté droit et par la pauvreté du côté gauche. Il dit ainsi par allusion : si vous ne donnez pas, dites-le-moi, et alors je me tournerai à droite pour vous punir par la mort, ou à gauche pour vous punir par la pauvreté. Et de fait, cette nuit-là il les punit par la mort, puisque Bétouel mourut, parce que leur cœur n'était pas entier dans cette affaire et qu'ils pensaient user de ruse. Quant à ce qui est dit, « les maîtres posèrent les yeux sur lui », l'intention n'est pas qu'il y eût chez les maîtres des traits de mauvais œil, à la manière des gens qui jettent le mauvais œil ; mais par la force de cette parole les kelipot (écorces) et les forces extérieures furent saisies de jalousie, et ce sont elles qui jetèrent le mauvais œil. Comme elles l'ont jeté par la force des paroles que les maîtres avaient adressées à Rava, on leur attribue à eux le jet de l'œil, et il est dit : les maîtres posèrent les yeux sur lui. Il en va de même partout où tu trouves dans le Talmud des expressions semblables.
💡 Explication

La sougya venue du folio précédent avait posé deux marques de l'appartenance à Israël dans le temps de l'exil : subir le hester panim, ou la prière monte sans que le malheur soit écarté, et subir le verset « et il sera livré à la dévoration », où les nations prennent le bien. Les maîtres relèvent que Rava ne présente ni l'une ni l'autre.

Rava répond que la seconde marque est bien présente chez lui, mais invisible : les sommes qu'il verse en secret à la cour de Châpour tiennent lieu de spoliation. La réponse ne les convainc pas, et ils posent les yeux sur lui. La suite vérifie aussitôt la baraita de Rabban Chimon ben Gamliel : le regard des sages produit la mort ou la pauvreté.

2
״וְאָנֹכִי הַסְתֵּר אַסְתִּיר פָּנַי בַּיּוֹם הַהוּא״, אָמַר רָבָא, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אַף עַל פִּי שֶׁהִסְתַּרְתִּי פָּנַי מֵהֶם — ״בַּחֲלוֹם אֲדַבֵּר בּוֹ״. רַב יוֹסֵף אָמַר: יָדוֹ נְטוּיָה עָלֵינוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְצֵל יָדִי כְּסִיתִיךְ״.

« Et Moi, Je cacherai, Je cacherai Ma face en ce jour-là. » Rava dit : le Saint béni soit-Il a dit : bien que J'aie caché Ma face d'eux, « c'est dans un songe que Je lui parlerai ». Rav Yossef dit : Sa main est étendue sur nous, ainsi qu'il est dit : « et à l'ombre de Ma main Je t ai couvert ».

📜 Rachi (2)
בַּחֲלוֹם אֲדַבֵּר בּוֹ בַּיּוֹם הַהוּא קָא דָּייֵק בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה שֶׁמַּרְאִין לוֹ חֲלוֹם כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַל הַדָּבָר:
« C'est dans un songe que Je lui parlerai. » Il tire cela de « en ce jour-là » : le jour et non la nuit, car on lui montre un songe afin qu'il prie sur la chose.
יָדוֹ נְטוּיָה לְהָגֵן עָלָיו:
Sa main est étendue. Pour le protéger.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רב יוסף אמר: ידו נטויה עלינו. נראה לי בס"ד השפעה מן שלשה ראשונות שהם חב"ד [חכמה בינה דעת] נקראת בשם פנים כי הם בראש אך השפעה מן חסד וגבורה נקראת בשם ידים כי חסד דרועא ימינא גבורה דרועא שמאלא. וקאמר רב יוסף אף על פי שלפעמים נסתרה מאתנו הארה זו של פנים שהיא מן שלשה ראשונות ועם כל זה ידו נטויה עלינו דהיינו מן חסד ולמטה שהוא יד דאין להשפעה זו הפסק וזהו ענין הרמז שרמז רבי יהושע בן חנניה לאותו המין. ונראה לי בס"ד אומרו ידו נטויה עלינו כי שלשה ראשונות הם בסוד אותיות י־ה וחג"ת [חסד גבורה תפארת] מקבלים שפע מן ג' ראשונות ומשפיעים לנו וזהו שאמר ידו שהם חסד וגבורה נטו י ־ ה רוצה לומר נטו לקבל מן י־ה ו' עלינו ' רוצה לומר בשבילינו כדי להשפיע לנו.
Rav Yossef dit : Sa main est étendue sur nous. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'influx venu des trois premières sefirot, qui sont HaBaD ('hokhma, bina, daat), est appelé du nom de face, car elles se tiennent dans la tête ; tandis que l'influx venu de 'hessed et de guevoura est appelé du nom de mains, car 'hessed est le bras droit et guevoura le bras gauche. Rav Yossef dit donc : bien que cet éclairement de la face, qui vient des trois premières, nous soit parfois caché, malgré tout Sa main est étendue sur nous, c'est-à-dire depuis 'hessed et au-dessous, qui est la main, car cet influx-là ne connaît pas d'interruption. Et tel est le sens de l'allusion que Rabbi Yehochoua ben Hanania fit à ce min (hérétique). Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que dans « Sa main est étendue sur nous », les trois premières sont dans le secret des lettres youd-hé, et HaGaT ('hessed, guevoura, tiferet) reçoivent l'influx des trois premières et nous le transmettent. C'est ce que dit « Sa main », qui sont 'hessed et guevoura, « natou youd-hé », c'est-à-dire qu'elles penchent pour recevoir de youd-hé ; et « alenou », c'est-à-dire pour nous, afin de nous faire parvenir l'influx.
💡 Explication

Le verset redouble le verbe, hasteir astir, ce qui ouvre la voie à une lecture restrictive : la face est cachée, sans que tout lien soit rompu. Rava tire parti de la précision « en ce jour-là » : le retrait vaut pour le jour, et la nuit demeure le canal du songe, par lequel un homme est averti et peut prier sur ce qui le menace, comme l'explique Rachi.

Rav Yossef propose une autre voie, tirée d'Isaie 51,16 : ce qui subsiste est une protection, la main étendue au-dessus. La suite du folio va donner à cette formule la forme d'un signe échangé devant César.

3
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה הֲוָה קָאֵי בֵּי קֵיסָר, אַחְוִי לֵיהּ הָהוּא מִינָא: עַמָּא דְּאַהְדְּרִינְהוּ מָרֵיהּ לְאַפֵּיהּ מִינֵּיהּ. אַחְוִי לֵיהּ: יָדוֹ נְטוּיָה עָלֵינוּ. אֲמַר לֵיהּ קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: מַאי אַחְוִי לָךְ? עַמָּא דְּאַהְדְּרִינְהוּ מָרֵיהּ לְאַפֵּיהּ מִינֵּיהּ, וַאֲנָא מַחְוֵינָא לֵיהּ יָדוֹ נְטוּיָה עָלֵינוּ.

Rabbi Yehochoua ben Hanania se tenait dans la maison de César. Un certain min (hérétique) lui fit un signe : le peuple dont le Maître a détourné de lui Sa face.

Il lui fit signe en retour : Sa main est étendue sur nous. César dit à Rabbi Yehochoua : quel signe t a-t-il fait ?

Le peuple dont le Maître a détourné de lui Sa face ; et moi je lui ai fait signe : Sa main est étendue sur nous.

📜 Rachi (2)
אֶפִּיקוֹרְסִים שֶׁאֵינָם מַאֲמִינִים לְדִבְרֵי רז"ל כְּגוֹן צָדוֹקִים:
Apikorsim. Ceux qui ne croient pas aux paroles de nos maîtres de mémoire bénie, tels les sadducéens.
אַחְוִי לֵיהּ עַל יְדֵי סִימָן רָמַז לוֹ הֶחֱזִיר פָּנָיו:
Il lui fit signe. Par un geste il lui fit allusion : Il a détourné Sa face.
💡 Explication

La formule de Rav Yossef devient ici un geste. Le min attaque par un signe muet, hors du contexte d'une dispute ouverte : le peuple d'Israël est celui dont le Maître s'est détourné. Rabbi Yehochoua répond par le geste correspondant, la main étendue, qui reprend exactement le verset d'Isaie cité plus haut.

4
אֲמַרוּ לֵיהּ לְהָהוּא מִינָא: מַאי אַחֲוָייַת לֵיהּ? עַמָּא דְּאַהְדְּרִינְהוּ מָרֵיהּ מִינֵּיהּ. וּמַאי אַחְוִי לָךְ? לָא יָדַעְנָא. אָמְרוּ: גַּבְרָא דְּלָא יָדַע מַאי מַחְווּ לֵיהּ, בְּמָחוֹג יַחְוֵי קַמֵּי מַלְכָּא?! אַפְּקוּהוּ וְקַטְלוּהוּ.

Ils dirent à ce min : quel signe lui as-tu fait ? Le peuple dont le Maître s'est détourné de lui.

Et quel signe t a-t-il fait ? Je ne sais pas.

Ils dirent : un homme qui ne sait pas ce qu'on lui fait comme signe se permettrait de faire des signes devant le roi ?! Ils le sortirent et le tuèrent.

📜 Rachi (1)
בְּמָחוֹג בְּרֶמֶז:
Bemahog. Par allusion.
💡 Explication

Le dénouement tient au registre choisi par le min. Le signe muet suppose que les deux parties comprennent ; celui qui engage un tel échange devant le souverain sans savoir lire la réponse se disqualifie à la cour. Rabbi Yehochoua n'a pas eu à réfuter son propos.

5
כִּי קָא נִיחָא נַפְשֵׁיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה, אָמְרוּ לֵיהּ רַבָּנָן: מַאי תֶּיהְוֵי עֲלַן מִמִּינָאֵי? אָמַר לָהֶם: ״אָבְדָה עֵצָה מִבָּנִים נִסְרְחָה חָכְמָתָם״. כֵּיוָן שֶׁאָבְדָה עֵצָה מִבָּנִים — נִסְרְחָה חָכְמָתָן שֶׁל אֻומּוֹת הָעוֹלָם.

Lorsque Rabbi Yehochoua ben Hanania s'en allait mourir, les maîtres lui dirent : qu'adviendra-t-il de nous du fait des minim (hérétiques) ? Il leur dit : « le conseil a disparu des fils, leur sagesse s'est corrompue ».

Dès lors que le conseil a disparu des fils, la sagesse des nations du monde s'est corrompue.

📜 Rachi (1)
נִסְרְחָה חָכְמָתָם בֶּאֱדֹום כְּתִיב הַאֵין עוֹד חָכְמָה בְּתֵימָן אָבְדָה עֵצָה מִבָּנִים מִיִּשְׂרָאֵל:
Leur sagesse s'est corrompue. Le verset est écrit au sujet d'Edom : n'y a-t-il plus de sagesse en Teiman ? « Le conseil a disparu des fils », d'entre Israël.
💡 Explication

La crainte des maîtres porte sur la disparition de celui qui savait répondre. La réponse s'appuie sur Jérémie 49,7, verset adressé à Edom : la sagesse des nations s'y trouve liée au conseil retiré aux fils, c'est-à-dire à Israël. Les deux termes baissent ensemble, de sorte que l'affaiblissement des maîtres ne laisse pas l'adversaire en position de force.

6
וְאִי בָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא: ״וַיֹּאמֶר נִסְעָה וְנֵלֵכָה וְאֵלְכָה לְנֶגְדֶּךָ״.

Et si tu veux, dis plutôt d'ici : « et il dit : partons, allons, et j'irai à ta hauteur ».

📜 Rachi (1)
לְנֶגְדְּךָ בְּשָׁוֶה:
À ta hauteur. À égalité.
💡 Explication

Le verset est la parole d'Essav à Yaakov en Genèse 33,12. Rachi glose lenegdekha par « à égalité » : la marche des deux se fait de front. Le même rapport s'applique aux deux lignées, qui montent et descendent ensemble.

7
רַבִּי אִילָא הֲוָה סָלֵיק בְּדַרְגָּא דְּבֵי רַבָּה בַּר שֵׁילָא. שַׁמְעֵיהּ לְיָנוֹקָא דַּהֲוָה קָא קָרֵי: ״כִּי הִנֵּה יוֹצֵר הָרִים וּבֹורֵא רוּחַ וּמַגִּיד לְאָדָם מַה שִּׂיחוֹ״. אָמַר: עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ מַגִּיד לוֹ מַה שִּׂיחוֹ תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ?! מַאי ״מַה שִׂיחוֹ״? אָמַר רַב: אֲפִילּוּ שִׂיחָה יְתֵירָה שֶׁבֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ מַגִּידִים לוֹ לְאָדָם בִּשְׁעַת מִיתָה.

Rabbi Ila montait l'escalier de la maison de Rabba bar Chila. Il entendit un enfant qui lisait : « car voici Celui qui forme les montagnes et crée le vent, et qui annonce à l'homme quel est son propos ».

Il dit : un serviteur dont le maître lui annonce quel est son propos, y a-t-il pour lui un remède ?! Que signifie « quel est son propos » ?

Rav dit : même le propos superflu qui a lieu entre un homme et sa femme, on l'annonce à l'homme à l'heure de sa mort.

📜 Rachi (1)
שִׂיחָה יְתֵירָה דִּבְרֵי שְׂחוֹק שֶׁלִּפְנֵי תַּשְׁמִישׁ:
Un propos superflu. Des paroles de plaisanterie qui précèdent le rapport conjugal.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַבִּי אִילָא הֲוָה סָלֵיק וְאָזֵל בְּדַרְגָּא דְּבֵי (רָבָא) [רַבָּה] בַּר שִׁילָא. קָשֶׁה לְמַאי הֻוצְרַךְ בַּעַל הַמַּאֲמָר לְפָרֵשׁ דַּהֲוָה סָלֵיק בְּדַרְגָּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְהוֹדִיעֵנוּ שִׁבְחָן שֶׁל חֲכָמִים כִּי בִּזְמַנָּם לֹא הָיָה לָהֶם מַדְרֵגוֹת בְּבִנְיָן כְּמוֹ שֶׁלָּנוּ אֶלָּא הָיוּ עוֹלִין בַּסֻּולָּם וְיָדוּעַ כִּי הָעוֹלֶה בַּסֻּולָּם צָרִיךְ לָתֵת דַּעְתּוֹ הֵיטֵב בַּעֲלִייָּתוֹ שֶׁלֹּא יִפְנֶה לִבּוֹ לְדָבָר אַחֵר פֶּן יִפֹּול אַךְ רַבִּי אֵילָא אַף עַל פִּי שֶׁלִּבּוֹ טָרוּד בַּעֲלִיָּיתוֹ בַּסֻּולָּם עִם כָּל זֶה פָּנָה לְבָבוֹ לִשְׁמוֹעַ וּלְהָבִין דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁיָּצְאוּ מִפִּי הַתִּינוֹק וַנִּתְפַּעֵל מֵאֵלּוּ הַדְּבָרִים שֶׁלָּקַח מֵהֶם מוּסַר הַשְׂכֵּל.
Rabbi Ila montait l'escalier de la maison de Rabba bar Chila. On peut demander : pourquoi l'auteur de ce propos a-t-il eu besoin de préciser qu'il montait un escalier ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour nous faire connaître la louange des sages. De leur temps ils n'avaient pas dans leurs bâtiments des escaliers comme les nôtres, mais montaient par une échelle. Or on sait que celui qui monte à l'échelle doit appliquer son esprit avec soin à sa montée et ne pas tourner son cœur vers autre chose, de peur de tomber. Pourtant Rabbi Ila, bien que son esprit fut occupé par sa montée à l'échelle, tourna néanmoins son cœur pour entendre et comprendre les paroles de Torah sorties de la bouche de l'enfant ; il fut saisi par ces paroles, dont il tira une leçon pour l'intelligence.
אָמַר: עֶבֶד שֶׁרַבּוֹ מַגִּיד לוֹ מַה שָׂחוּ, תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ. מַקְשִׁים וְכִי רַבִּי אֵילָא עֲדַייִן לֹא קָרָא פָּסוּק זֶה וּמַה נִתְחַדֵּשׁ לוֹ עַתָּה עַל יְדֵי קְרִיאַת הַתִּינוֹק? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי אֵילָא לָא הֲוָה מְפָרֵשׁ הַכָּתוּב הַזֶּה עַל דִּין וְחֶשְׁבּוֹן אֶלָּא מְפָרְשׁוֹ עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי טז, א) 'לְאָדָם מַעַרְכֵי לֵב וּמֵה' מַעֲנֵה לָשׁוֹן' וְהָכִי קָאָמַר הִיא יִתְבָּרֵךְ מַגִּיד לָאָדָם מַה יִהְיֶה שִׂיחוֹ שֶׁיָּשִׂים בְּלִבּוֹ הַדְּבָרִים אֲשֶׁר יָשִׂיחַ בְּפִיו. אוֹ מְפָרְשׁוֹ עַל פִּי מַה שֶׁתִּרְגֵּם הַתַּרְגּוּם 'לְחַזָּאָהּ לַאֲנָשָׁא מָה עוֹבָדוֹהִי' דִּלְפִי זֶה קָאֵי עַל הַמַּעֲשִׂים וְלֹא עַל הַדְּבָרִים אַךְ הַתִּינוֹק הָיָה לוֹ פֵּירוּשׁ אַחֵר בְּפָסוּק זֶה שֶׁשָּׁמְעוּ מֵרַבּוֹ אוֹ חִדְּשׁוֹ מֵעַצְמוֹ דִּמְפָרֵשׁ כַּוָּנַת הַכָּתוּב לוֹמַר אֲפִילּוּ עַל שִׂיחָה קַלָּה עוֹשִׂין חֶשְׁבּוֹן בַּדִּין לְאָדָם דִּמְפָרֵשׁ תֵּיבַת מַה לְשׁוֹן קַלּוּת וְגֵרָעוֹן וְחֶסְרוֹן כְּמוֹ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב וְאַהֲרֹן מַה (בַּמִּדְבָּר טז, יא) , וְנַחְנוּ מָה כִּי תַלִּינוּ עָלֵינוּ (שְׁמוֹת טז, ז) וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל לְכָךְ נִתְחַכֵּם הַתִּינוֹק לְפָרֵשׁ בִּקְרִיאָתוֹ מַשְׁמָעוּת זוֹ וּבֵיאוּר זֶה שֶׁלֹּא חִיבֵּר תֵּיבַת מָה עִם תֵּיבַת שָׂחוּ כְּפִי מַה שֶׁרָשׁוּם בַּנְּבִיאִים אֶלָּא עָשָׂה תְּנוּעָה בִּקְרִיאָתוֹ לְהַפְרִיד תֵּיבַת מַה מִן תֵּיבַת שָׂחוּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה מַשְׁמָעוּתָהּ לוֹמַר 'מַהוּ שִׂיחוֹ' שֶׁשִּׁינָּה בִּקְרִיאָתוֹ וְלֹא קְרָאָהּ דְּבוּקָה עִם שִׂיחוֹ וּבָזֶה נִרְגָּשׁ רַבִּי אֵילָא בְּבֵיאוּר זֶה הַחֹדֶשׁ שֶׁל הַתִּינוֹק אֲשֶׁר מִקַּדְמַת דְּנָא לֹא בָּא עַל דַּעְתּוֹ וּמִזֶּה הַבֵּיאוּר לָקַח מוּסָר אִם מַגִּיד לוֹ וְעוֹשֶׂה עִמּוֹ חֶשְׁבּוֹן עַל שִׂיחָה קַלָּה שֶׁהוּא שִׂיחָה שֶׁל מַה תַּקָּנָה יֵשׁ לוֹ דְּמַאן פְּלִיט מֵהָא.
Il dit : un serviteur dont le maître lui annonce quel est son propos, y a-t-il pour lui un remède ? On objecte : Rabbi Ila n'avait-il donc pas déjà lu ce verset, et qu'y avait-il de nouveau pour lui à présent par la lecture de l'enfant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Ila n'expliquait pas ce verset au sujet du jugement et du compte, mais à la manière de ce que dit le verset « à l'homme les dispositions du cœur, et de Hachem la réponse de la langue » (Proverbes 16,1) ; et voici ce qu'il disait : Lui, béni soit-Il, annonce à l'homme ce que sera son propos, en mettant dans son cœur les paroles qu'il prononcera de sa bouche. Ou bien il l'expliquait selon le Targoum, qui rend « pour montrer à l'homme quelles sont ses actions » : selon cette lecture, le verset porte sur les actes et non sur les paroles. Mais l'enfant avait une autre explication de ce verset, qu'il avait entendue de son maître ou innovée de lui-même : il expliquait l'intention du verset comme disant que même sur un propos léger on fait le compte au jugement de l'homme, en prenant le mot « ma » au sens de légèreté, de moindre et de manque, comme dans « et Aharon, qu'est-il ? » (Nombres 16,11), et « et nous, que sommes-nous, pour que vous murmuriez contre nous ? » (Exode 16,7), ainsi que l'a écrit le Maharcha de mémoire bénie. L'enfant eut donc l'habileté de faire entendre dans sa lecture ce sens et cette explication : il ne joignit pas le mot « ma » au mot « siho » comme c'est noté dans les Prophètes, mais fit dans sa lecture une inflexion séparant le mot « ma » du mot « siho », afin que le sens ne soit pas « quel est son propos » ; il modifia ainsi sa lecture et ne la lut pas liée à « siho ». Rabbi Ila fut frappé par cette explication nouvelle de l'enfant, qui ne lui était jamais venue à l'esprit auparavant ; et de cette explication il tira une leçon : si on lui annonce et si on fait avec lui le compte sur un propos léger, qui est un propos de rien, quel remède a-t-il, car qui échappe à cela ?
💡 Explication

Le folio passe de ce qui est caché d'en haut à ce qui est mis à découvert d'en bas. Le verset d'Amos 4,13 place l'annonce de mah siho à côté de la formation des montagnes et de la création du vent, ce qui donne à cette annonce le poids d'un acte de gouvernement.

Rav en tire la mesure la plus fine : la chiha yetera, la parole légère échangée avant le rapport conjugal, entre dans le compte présenté à l'homme à l'heure de sa mort. Le mot de Rabbi Ila porte sur l'impossibilité de se dérober à un compte tenu à ce degré de détail.

🖼️ Schéma
La chiha yetera : une distinction selon la situation Paroles légères entre un homme et sa femme Il a besoin de l'apaiser la conduite de Rav devant Rav Kahana Il n'a pas besoin de l'apaiser la parole de Rav sur ce qui est annoncé Ces paroles ont leur place Elles sont comptées à l'heure de la mort La réponse de la Guemara porte sur la situation, la même parole changeant de statut selon le besoin.
La distinction que la Guemara établira deux segments plus loin entre les deux situations.
8
אֵינִי? וְהָא רַב כָּהֲנָא הֲוָה גָּנֵי תּוּתֵי פֻּורְייֵהּ דְּרַב, וְשַׁמְעֵיהּ דְּסָח וְצָחַק וְעָשָׂה צְרָכָיו. אָמַר: דָּמֵי פֻּומֵּיהּ דְּרַב כְּמַאן דְּלָא טְעִים לֵיהּ תַּבְשִׁילָא. אֲמַר לֵיהּ: כָּהֲנָא, פּוּק! לָאו אוֹרַח אַרְעָא!

Est-ce ainsi ? Mais Rav Kahana était couché sous le lit de Rav, et il l'entendit qui parlait, riait et accomplissait son besoin.

Il dit : la bouche de Rav ressemble à celle de qui n'a jamais goûté un mets ! Il lui dit : Kahana, sors !

Ce n'est pas la conduite convenable !

📜 Rachi (1)
כִּדְלָא טְעִים תַּבְשִׁילָא שֶׁרָעָב לֶאֱכֹול כְּלוֹמַר מִתְאַוֶּה לְתַשְׁמִישׁ:
Comme qui n'a pas goûté un mets. Qui a faim de manger, c'est-à-dire qui désire le rapport conjugal.
💡 Explication

L'objection est tirée d'un fait rapporté : Rav lui-même parlait et riait avant le rapport conjugal. Rav Kahana, caché sous le lit pour apprendre la conduite de son maître, commente à voix haute par une image d'appétit, et Rav le renvoie en qualifiant sa présence de conduite qui ne se fait pas.

9
לָא קַשְׁיָא: כָּאן דְּצָרִיךְ לִרְצוּיָה, הָא דְּלָא צְרִיךְ לְרַצּוֹיַהּ.

Cela ne fait pas difficulté : ici, là où il faut l'apaiser ; là, là où il n'est pas besoin de l'apaiser.

💡 Explication

La réponse distingue deux situations. Quand la femme doit être apaisée, ces paroles remplissent une fonction et trouvent leur place. Quand elles sont sans emploi, elles tombent sous la parole de Rav et entrent dans le compte. Le statut de la parole se décide donc par la situation dans laquelle elle est prononcée.

10
״וְאִם לֹא תִשְׁמָעוּהָ בְּמִסְתָּרִים תִּבְכֶּה נַפְשִׁי מִפְּנֵי גֵוָה״, אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר אִינְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: מָקוֹם יֵשׁ לוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּמִסְתָּרִים שְׁמוֹ. מַאי ״מִפְּנֵי גֵּוָה״? אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: מִפְּנֵי גַּאֲוָותָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּיטְּלָה מֵהֶם וְנִתְּנָה לַגּוֹיִם. רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: מִפְּנֵי גַּאֲוָותָהּ שֶׁל מַלְכוּת שָׁמַיִם.

« Et si vous ne l'écoutez pas, mon âme pleurera dans les lieux cachés à cause de votre orgueil. » Rav Chmouel bar Inia dit au nom de Rav : le Saint béni soit-Il a un lieu, et Mistarim est son nom. Que signifie « à cause de gava » ?

Rav Chmouel bar Yitshak dit : à cause de l'orgueil d'Israël, qui leur a été retiré et donné aux nations. Rabbi Chmouel bar Nahmani dit : à cause de l'orgueil du royaume des cieux.

🪔 Ben Yehoyada (2)
מקום יש לו להקדוש ברוך הוא, שבוכה בו ו'מסתרים' שמו. הנה כל משכיל יבין שדברים אלו אינם כפשוטן! ונראה לי בס"ד סוד הענין הקרוב לפשט על פי מה שאמר רבינו האר"י ז"ל בשער מאמרי רשב"י בסוד מאמר שערי דמעה לא ננעלו (בבא מציעא נט.) כי הדמעות הם רמז לשורש הדינין וכאשר יבכה האדם ויוריד דמעות צריך לכוין למתק הדינין דעל ידי זה יתבסמו ויתמתקו הדינין ואין שטן ואין פגע רע והרחמים מתרבים! דהאדם הוא צורת אור הקדושה העליונה וכאשר יתעורר למטה כן יהיה התעוררות בקדושה למעלה והנצח והוד שבחכמה הם הנקראים שערי דמעה ועל ידי דמעות האדם התחתון אז יורדין אורות מנצח והוד שבחכמה למתק הדינין, עד כאן דבריו והרחיב רבינו ז"ל הדברים בזה יותר יעוין שם. נמצא ענין הבכיה הוא מיתוק הדינין ולכן בכל צרה יש תועלת בבכיה דהצרה תהיה על ידי תגבורת הדינין ובבכיה יתמתקו הדינין ויתבסמו להיות רחמים ולכן מאחר שירידת הדמעות מעיני האדם התחתון נקראת בשם בכיה כן הפעולה שתהיה למעלה במיתוק הדינין גם היא נקראת בשם בכיה והוא לשון מושאל מן הבכיה של אדם התחתון ולפי זה כל מה שתראה בלשון חז"ל שם בכיה למעלה אפילו על המלאכים קאי על פועל של מיתוק הדינין ובסומן מפני כי על ידי הבכיה המעשית של אדם התחתון היו יהיה למעלה מיתוק הדינין לכן הפעולה הזאת של מיתוק הדינין אשר תהיה למעלה נקראת בשם בכיה בלשון מושאל. ומה שאמר המאמר הזה מקום יש לו להקדוש ברוך הוא, שבוכה בו ו'מסתרים' שמו, הכונה ששערי דמעה הם בעשר ספירות של חכמה כמו שאמר רבינו האר"י ז"ל וידוע דחכמה נקראת מסתרים בסוד הנסתרת לה' אלקינו (דברים כט, כח) . ואם תשאל איך יהיה בבכית האדם התחתון מיתוק וביסום הנה מלבד הסוד הנעלם שיש בדבר זה? אשכילך ואורך שגם בגשמיות יש דוגמה זו כי הלא תראה כל מי שיש לו צער גדול מחמת איזה דבר אז אם יבכה ירווח לו והצער שבלבבו יתמתק דלכן התירו חז"ל לבכות בשבת לאדם שיש לו צער גדול כדי שירווח לו ונמצא גם בגשמיות עושה הבכיה מיתוק וביסום והוא מעין דוגמה לפעולה הנעשית ברוחניות למעלה שהיא פעולת המיתוק וביסום הדינין. והנה מקשי הש"ס והא אמר רב פפא ' אין עצבות לפני המקום ' פירוש הנה המיתוק הנקרא בשם בכיה למעלה יאמר על מיתוק הדינין הקשים ביותר הנקראים בשם עצבות מפני ששם נאחזים הקליפות הנקראים בשם עצב בסוד ולא יוסף עצב עמה (משלי י, כב) ובמקום דאין אחיזה לקליפות אין שם תגבורת דינין כדי שיהיו צריכין למיתוק המכונה בשם בכיה בלשון מושאל? ומשני הא בבתי גואי הא בבתי בראי פירוש בבתי גוואי שהם חג"ת [חסד גבורה תפארת] שנקראים גוואי לגבי נה"י [נצח הוד יסוד] אין אחיזה לקליפות אבל בבתי בראי שהם נה"י יש אחיזה לקליפות וכמו שאמר רבינו האר"י ז"ל דתפילת העמידה בלחש וחזרה בקול רם מפני דהחזרה היא בחג"ת [חסד גבורה תפארת] ואין שם אחיזה לקליפות לכן אין לנו פחד מהם אם נאמר אותה בקול רם. והדד מקשי והא כתיב : ויקרא אדנ־י אלקים צבקות ביום ההוא לבכי ולמספד ולקרחה ולחגר שק (ישעיהו כב, יב) וכיון דזכר בבכיה שם הוי־ה גם כן משמע דקאי גם על מקום התפארת שהוא בבתי גוואי הנקרא בשם הוי־ה בסתם ואם כן כיון דנקיט לשון בכיה המורה על מיתוק הדינין בבתי גוואי משמע דמגיע אחיזה לקליפות שם גם כן? ומשני חרבן בית המקדש שאני שנעשה בו שינוי זה דהיה אחיזה לקליפות בעונותינו הרבים גם במקום שלא היו יכולין להתאחז מקמי הכי. ומייתי סייעתא לדבריו דבחרבן בית המקדש נעשה שינוי טפי דהא מצינו אפלו מלאכי שלום נאמר בהם בכיה אף על גב דאין דרכם בכך ולכן כיון דהוה בחרבן שינוי בעונותינו הרבים שנעשה לפי שעה אחיזה לקליפות גם במקצת בתי גוואי לכך נאמר שם לשון בכיה המורה על מיתוק הדינין כי כיון דהוה אחיזה לקליפות נעשה תגבורת הדינין דהא תליא בהא וכיון דנעשה תגבורת הוצרך שם פעולת המיתוק והביסום המכונה בשם בכיה בלשון מושאל. ודע דכל זה אני מפרש לפי גרסת תלמוד כתיבת יד שהביאו בספר דקדוקי סופרים דגריס ובבתי גוואי לא והכתיב וכו' וכתב שם דכן היא הגרסה בילקוט אבל לפי גרסה של רש"י יש לפרש בתי גוואי ובתי בראי בענין אחר ואין להאריך כאן יותר.
Le Saint béni soit-Il a un lieu où Il pleure, et Mistarim est son nom. Tout homme d'intelligence comprendra que ces propos ne sont pas selon leur sens littéral. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sod (secret) de la chose, proche du sens simple, se comprend d'après ce qu'a dit notre maître le Ari de mémoire bénie dans le Chaar maamarei Rachbi, au sujet du propos « les portes des larmes n'ont pas été fermées » (Baba Metsia 59a) : les larmes sont une allusion à la racine des dinim (rigueurs), et lorsque l'homme pleure et fait descendre des larmes, il doit avoir l'intention d'adoucir les dinim ; par cela ils sont adoucis et tempérés, il n'y a plus ni accusateur ni mauvaise rencontre, et les miséricordes se multiplient. Car l'homme est la forme de la lumière de la sainteté d'en haut, et selon l'éveil produit en bas, tel sera l'éveil dans la sainteté d'en haut. Netsa'h et hod de 'hokhma sont ce qu'on nomme les portes des larmes, et par les larmes de l'homme d'en bas descendent les lumières de netsa'h et hod de 'hokhma pour adoucir les dinim. Telles sont ses paroles, et notre maître de mémoire bénie a développé ce sujet davantage : que l'on s'y reporte. Il ressort que le sens des pleurs est l'adoucissement des dinim ; c'est pourquoi, dans toute détresse, il y a une utilité aux pleurs, car la détresse vient par le renforcement des dinim, et par les pleurs les dinim sont adoucis et deviennent miséricorde. Puisque la descente des larmes des yeux de l'homme d'en bas s'appelle du nom de pleurs, l'action qui se produit en haut dans l'adoucissement des dinim est appelée elle aussi du nom de pleurs, terme emprunté aux pleurs de l'homme d'en bas. Selon cela, chaque fois que tu verras dans le langage de nos sages de mémoire bénie le terme de pleurs applique en haut, même au sujet des anges, il porte sur l'action d'adoucir les dinim et de les tempérer, parce que c'est par les pleurs effectifs de l'homme d'en bas que se produit en haut l'adoucissement des dinim ; c'est pourquoi cette action d'adoucissement qui se fait en haut est appelée du nom de pleurs, par emprunt. Et ce que dit ce propos, que le Saint béni soit-Il a un lieu où Il pleure et que Mistarim est son nom, signifie que les portes des larmes sont dans les dix séfirot de 'hokhma, comme l'a dit notre maître le Ari de mémoire bénie, et l'on sait que 'hokhma est appelée mistarim, dans le secret de « les choses cachées sont à Hachem notre D.ieu » (Deutéronome 29,28). Et si tu demandes comment les pleurs de l'homme d'en bas produisent adoucissement et tempérance, outre le sod caché qui est dans cette chose, je te ferai comprendre et t enseignerai que même dans le domaine matériel il en existe une image. Ne vois-tu pas que quiconque éprouve une grande peine à cause de quelque chose se sent soulagé s'il pleure, et que la peine de son cœur en est adoucie ? C'est pourquoi nos sages de mémoire bénie ont permis de pleurer le chabbat à celui qui a une grande peine, afin qu'il soit soulagé. Il se trouve que, même dans le matériel, les pleurs produisent adoucissement et tempérance, ce qui est à l'image de l'action accomplie en haut dans le spirituel, laquelle est l'action d'adoucir et de tempérer les dinim. Puis le Talmud objecte : Rav Papa n'a-t-il pas dit qu'il n'y a pas de tristesse devant le Lieu ? Voici l'explication : l'adoucissement appelé en haut du nom de pleurs porte sur l'adoucissement des dinim les plus durs, appelés du nom de tristesse, parce que c'est là que les kelipot (écorces) prennent prise, elles qui sont appelées du nom d'atsev, dans le secret de « et Il n'y ajoute pas de peine » (Proverbes 10,22) ; or à l'endroit où les kelipot n'ont pas de prise, il n'y a pas de renforcement des dinim tel qu'il faille l'adoucissement désigné par emprunt du nom de pleurs. La réponse est : ceci dans les chambres intérieures, cela dans les chambres extérieures. Dans les chambres intérieures, qui sont HaGaT ('hessed, guevoura, tiféret), appelées intérieures par rapport à NeHi (netsa'h, hod, yessod), les kelipot n'ont pas de prise ; mais dans les chambres extérieures, qui sont NeHi, les kelipot ont prise. Ainsi l'a dit notre maître le Ari de mémoire bénie : la prière de la amida se dit à voix basse et sa répétition à voix haute, parce que la répétition se tient dans HaGaT, où les kelipot n'ont pas de prise, de sorte que nous n'avons pas à les craindre si nous la disons à voix haute. On objecte encore : mais il est écrit « et le Maître, Hachem des armées, appela en ce jour-là aux pleurs, au deuil, à la tonsure et à la ceinture de sac » (Isaie 22,12) ; et puisque le verset mentionne, à propos des pleurs, le Nom en quatre lettres, il en ressort que cela porte aussi sur le lieu de tiféret, qui est des chambres intérieures et qui est appelé du Nom en quatre lettres sans autre précision. S'il emploie donc le terme de pleurs, qui indique l'adoucissement des dinim dans les chambres intérieures, il en ressort que les kelipot y ont prise elles aussi. La réponse est : la destruction du Sanctuaire est différente, car ce changement s'y est produit, les kelipot ayant eu prise, par nos nombreuses fautes, même en un lieu où elles ne pouvaient prendre prise auparavant. On apporte un appui à ces paroles, à savoir que lors de la destruction du Sanctuaire un changement plus grand encore s'est produit, puisque nous trouvons que des pleurs sont dits même des anges de paix, alors que ce n'est pas leur manière. Puisqu'il y eut lors de la destruction, par nos nombreuses fautes, ce changement momentané par lequel les kelipot ont pris prise jusque dans une partie des chambres intérieures, le terme de pleurs y est employé, qui indique l'adoucissement des dinim : car du moment qu'il y eut prise des kelipot, il y eut renforcement des dinim, l'un dépendant de l'autre ; et du moment qu'il y eut renforcement, il fallut là l'action d'adoucir et de tempérer, désignée par emprunt du nom de pleurs. Sache que tout ceci, je l'explique selon la version du Talmud manuscrit rapportée dans le Dikdoukei Soferim, qui lit « et dans les chambres intérieures, il n'y en a pas ? Mais il est écrit », etc., et il y est écrit que telle est la version du Yalkout ; mais selon la version de Rachi, il faut expliquer les chambres intérieures et extérieures d'une autre manière, et il n'y a pas lieu de s'étendre ici davantage.
וּמַאי, 'מִפְּנֵי גֵּוָהּ'? אָמַר רַב [שְׁמוּאֵל בַּר] יִצְחָק: מִפְּנֵי גַּאֲוָתָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּטְּלָה מֵהֶם וְנִתְּנָה לְאַמּוֹת הָעוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרֵישׁ תֵּיבַת 'גֵּוָה' לִשְׁתֵּי חֲלוּקוֹת 'ג' וָהּ' דְּהַייְנוּ 'וָהּ' לְשׁוֹן שִׂמְחָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (אֵיכָה רַבָּתִי א, לב) בֵּין וַי לֹוֶה נִיצּוֹל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי. וּבִזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם הָיָה לְיִשְׂרָאֵל שְׁלֹשָׁה שְׂמָחוֹת בִּשְׁלֹשָׁה מוֹעֲדִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם עֲלִיָּה לָרֶגֶל שֶׁהֵם פֶּסַח וּשְׁבוּעוֹת וְסֻוכּוֹת וְעַתָּה נִיטְּלוּ שְׁלֹשָׁה שְׂמָחוֹת שֶׁל עוֹלֵי רְגָלִים וְנִתְּנָה הַשִּׂמְחָה לְאוּמוֹת הָעוֹלָם שֶׁכָּל יְמֵיהֶם שִׂמְחַת חַגִּים וּמוֹעֲדִים. וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי מִפְּנֵי גַּאֲוָתָהּ שֶׁל מַלְכוּת שָׁמַיִם שֶׁנָּטְלָה נִרְאֶה לִי גַּאֲוָתָהּ שֶׁל מַלְכוּת הוּא שְׁלֹשָׁה אוֹרוֹת הַמֹּוחִין לְצֹורֶךְ חִיבּוּר וָא"ו עִם הַ'א וּדְרֵישׁ גֵּוָה 'ג' וָהּ' כְּלוֹמַר ג' אוֹרוֹת שֶׁל חִיבּוּר 'וָהּ'.
Et que signifie « à cause de gava » ? Rav Chmouel bar Yitshak dit : à cause de l'orgueil d'Israël, qui leur a été retiré et donné aux nations du monde. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il lit le mot gava en deux parties, guimel et vav-hé : vav-hé au sens de réjouissance, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Eikha Rabba 1,32), entre le vay et le vah Rabban Yo'hanan ben Zakaï fut sauvé. Or au temps où le Sanctuaire était debout, Israël avait trois réjouissances aux trois fêtes où l'on monte au Temple, qui sont Pessa'h, Chavouot et Souccot ; et à présent les trois réjouissances de ceux qui montaient aux fêtes leur ont été retirées, et la réjouissance a été donnée aux nations du monde, dont tous les jours sont réjouissance de fêtes et de célébrations. Et ce que dit Rabbi Chmouel bar Nahmani, à cause de l'orgueil du royaume des cieux qui a été retiré, il me semble que l'orgueil du royaume désigne les trois lumières des mohin nécessaires à l'union du vav avec le hé ; il lit gava comme guimel et vav-hé, c'est-à-dire les trois lumières de l'union du vav et du hé.
💡 Explication

Le verset de Jérémie 13,17 parle de larmes versées bemistarim, dans les lieux cachés. Rav en fait le nom d'un lieu. La suite de la sougya va soulever la difficulté que ce langage produit, et le Ben Yehoyada précise d'entrée que ces propos ne se prennent pas au sens littéral.

Les deux amoraim divergent ensuite sur le mot gava : l'orgueil d'Israël, passé aux nations, ou l'orgueil du royaume des cieux, retiré du monde.

11
וּמִי אִיכָּא בְּכִיָּה קַמֵּיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא? וְהָאָמַר רַב פָּפָּא: אֵין עֲצִיבוּת לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הוֹד וְהָדָר לְפָנָיו עֹוז וְחֶדְוָה בִּמְקֹומוֹ״! לָא קַשְׁיָא: הָא בְּבָתֵּי גַּוָּאֵי, הָא בְּבָתֵּי בָּרָאֵי.

Y a-t-il donc des pleurs devant le Saint béni soit-Il ? Mais Rav Papa a dit : il n'y a pas de tristesse devant le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « splendeur et majesté sont devant Lui, force et allégresse en Son lieu » !

Cela ne fait pas difficulté : ceci dans les chambres intérieures, cela dans les chambres extérieures.

📜 Rachi (1)
בְּבָתֵּי גַּוָּאֵי אִיכָּא דִּכְתִיב בַּמִּסְתָּרִים:
Dans les chambres intérieures. Il y en a, comme il est écrit « dans les lieux cachés ».
💡 Explication

L'objection oppose au propos de Rav un verset des Chroniques qui place l'allégresse dans le lieu même. La réponse distingue deux registres, les batei gavai, chambres intérieures, et les batei barai, chambres extérieures. Le verset de Jérémie parlait justement de mistarim, ce qui oriente vers l'intérieur, tandis que la parole de Rav Papa vaut pour l'extérieur.

12
וּבְבָתֵּי בָּרָאֵי לֹא? וְהָא כְּתִיב: ״וַיִּקְרָא אֲדֹנָי ה׳ צְבָאוֹת בַּיּוֹם הַהוּא לִבְכִי וּלְמִסְפֵּד וּלְקָרְחָה וְלַחֲגֹור שָׂק״! שָׁאנֵי חֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, דַּאֲפִילּוּ מַלְאֲכֵי שָׁלוֹם בְּכוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֵן אֶרְאֶלָּם צָעֲקוּ חֻוצָה מַלְאֲכֵי שָׁלוֹם מַר יִבְכָּיוּן״.

Et dans les chambres extérieures, il n'y en a pas ? Mais il est écrit : « et le Maître, Hachem des armées, appela en ce jour-là aux pleurs, au deuil, à la tonsure et à la ceinture de sac » !

La destruction de la maison du Sanctuaire est différente, car même les anges de paix pleurèrent, ainsi qu'il est dit : « voici, leurs vaillants crient au-dehors, les anges de paix pleurent amèrement ».

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן וּבְבָתֵּי בָּרָאֵי לֵיכָּא וְהָכְתִיב וַיִּקְרָא וְכָל קְרִיאָה הַשְׁמָעַת קוֹל הִיא:
Voici la leçon : « et dans les chambres extérieures, il n'y en a pas ? Mais il est écrit : et il appela ». Or tout appel est un fait de faire entendre une voix.
🗂️ Tossefot (1)
הֵן אֶרְאֶלָּם צָעֲקוּ חֻוצָה. פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בִּישַׁעְיָה כְּתִיב עַל הַמִּזְבֵּחַ וּכְתִיב הָוֵי אֲרִיאֵל (יְשַׁעְיָהוּ כט):
« Voici, leurs vaillants crient au-dehors. » Le sens simple du verset, dans Isaie, est écrit au sujet de l'autel, car il y est écrit « malheur, Ariel » (Isaie 29).
💡 Explication

La seconde objection se fonde sur le verbe vayikra, il appela : un appel se fait entendre au-dehors, donc dans les chambres extérieures. La réponse traite la destruction du Sanctuaire comme un cas hors norme, et l'appuie sur Isaie 33,7 : les anges de paix eux-mêmes y pleurent, ce qui n'est pas leur manière.

13
״וְדָמֹעַ תִּדְמַע וְתֵרַד עֵינִי דִּמְעָה כִּי נִשְׁבָּה עֵדֶר ה׳״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שָׁלֹשׁ דְּמָעוֹת הַלָּלוּ לָמָּה? אַחַת עַל מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, וְאַחַת עַל מִקְדָּשׁ שֵׁנִי, וְאַחַת עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁגָּלוּ מִמְּקוֹמָן. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: אַחַת עַל בִּיטּוּל תּוֹרָה.

« Et mon œil pleurera abondamment et se fondra en larmes, car le troupeau de Hachem est emmené captif. » Rabbi Elazar dit : pourquoi ces trois larmes ? Une sur le premier Sanctuaire, une sur le second Sanctuaire, et une sur Israël exilé de son lieu.

Et certains disent : une sur l'annulation de l'étude de la Torah.

💡 Explication

Rabbi Elazar compte trois expressions de larmes dans la suite du même verset de Jérémie et attribue à chacune un objet. La variante remplace le troisième objet par le bitoul Torah, l'étude interrompue.

🖼️ Schéma
Les trois larmes de Jérémie 13,17 selon Rabbi Elazar vedamo tidma vetered eini dima : trois mentions de larmes dans un seul verset Premier Sanctuaire première mention Second Sanctuaire deuxième mention Israël exilé troisième mention Variante : ikha deamri sur l'annulation de la Torah La fin du verset, ki nichba eder Hachem, appuie directement la première lecture. Pour la variante, la Guemara répond que l'exil est lui-même la plus grande annulation.
Les trois mentions de larmes et les deux répartitions proposées.
14
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁגָּלוּ, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״כִּי נִשְׁבָּה עֵדֶר ה׳״, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר עַל בִּיטּוּל תּוֹרָה — מַאי ״כִּי נִשְׁבָּה עֵדֶר ה׳״? כֵּיוָן שֶׁגָּלוּ יִשְׂרָאֵל מִמְּקוֹמָן — אֵין לְךָ בִּיטּוּל תּוֹרָה גָּדוֹל מִזֶּה.

Certes, selon celui qui dit : sur Israël exilé, c'est bien ce qui est écrit « car le troupeau de Hachem est emmené captif ». Mais selon celui qui dit : sur l'annulation de la Torah, que signifie « car le troupeau de Hachem est emmené captif » ?

Dès lors qu'Israël a été exilé de son lieu, tu n'as pas de plus grande annulation de la Torah que celle-là.

💡 Explication

La fin du verset mentionne la captivité, ce qui appuie directement la première répartition. La seconde doit donc montrer que la captivité vaut pour l'annulation de l'étude : l'exil lui-même produit l'interruption la plus large, de sorte que le même mot couvre les deux lectures.

15
תָּנוּ רַבָּנַן, שְׁלֹשָׁה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בּוֹכֶה עֲלֵיהֶן בְּכָל יוֹם: עַל שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה וְאֵינוֹ עוֹסֵק, וְעַל שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲסֹוק בְּתוֹרָה וְעוֹסֵק, וְעַל פַּרְנָס הַמִּתְגָּאֶה עַל הַצִּבּוּר.

Nos maîtres ont enseigné : il en est trois sur lesquels le Saint béni soit-Il pleure chaque jour : sur celui qui peut s'adonner à la Torah et ne s'y adonne pas, sur celui qui ne peut pas s'adonner à la Torah et s'y adonne, et sur le dirigeant qui s'enorgueillit sur la communauté.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה, דְּבָרִים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בּוֹכֶה עֲלֵיהֶם בְּכָל יוֹם. פֵּירוּשׁ מֵחֲמַת שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ מִתְעוֹרְרִין כּוֹחוֹת הַדִּינִין וְעַל יָדוֹ יִתְבָּרֵךְ נַעֲשֶׂה לָהֶם מִיתּוּק הַמְכֻונֶּה בְּשֵׁם בְּכִיָּה בְּלָשׁוֹן מֻושְׁאָל כְּמוֹ שֶׁבֵּיאַרְנוּ לְעֵיל וְאִם לֹא הָיָה נַעֲשֶׂה עַל יָדוֹ יִתְבָּרֵךְ מִיתּוּק וּבִיסּוּם לְתִגְבֹּורֶת הַדִּינִים שֶׁמִּתְגַּבְּרִין מֵחֲמַת שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים הָהֵם לֹא הָיָה מִתְקַייֵּם הָעוֹלָם מֵחֲמַת הַקִּטְרוּגִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁדְּבָרִים אֵלּוּ הֵם קָשִׁים לְעִנְיָן זֶה דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ וְזֶה לְשׁוֹנוֹ: עִיּוּן הַהֲלָכָה הוּא שֶׁיְּכַוֵּין הָאָדָם שֶׁיֵּשׁ קְלִיפַּת הָאֱגוֹז הַחוֹפֶפֶת עַל הַמּוֹחַ שֶׁהוּא עִנְיַן הַקְּדֻושָּׁה וְזוֹ הַקְּלִיפָּה הִיא עִנְיַן הַקֻּושְׁיָא שֶׁיֵּשׁ בַּהֲלָכָה הַהִיא כִּי הַקְּלִיפָּה חוֹפֶפֶת עַל הַהֲלָכָה וְאֵינָהּ מַנִּיחָה אֶל הָאָדָם שֶׁיָּבִין אוֹתָהּ וְכַאֲשֶׁר הָאָדָם מְתָרֵץ הַקֻּושְׁיָא הַהִיא יְכַוֵּין לְשַׁבֵּר כֹּחַ הַקְּלִיפָּה וְלַהֲסִירָהּ מֵעַל גַּבֵּי הַקְּדֻושָּׁה וְאָז יִתְגַּלֶּה הַמּוֹחַ שֶׁהוּא הַהֲלָכָה וְאִם אֵין הָאָדָם מַתְמִיד לְעַיֵּין וּלְשַׁבֵּר הַקְּלִיפּוֹת אֵיךְ יִתְגַּלֶּה לוֹ הַמּוֹחַ וְכוּ' עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ עַיֵּין שָׁם. וּלְפִי זֶה מִי שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה בְּחָכְמַת הָעִיּוּן שֶׁל הַתּוֹרָה לְתָרֵץ הַקֻּושְׁיוֹת וְאֵינוֹ עוֹסֵק גּוֹרֵם בָּזֶה תִּגְבֹּורֶת לַקְּלִיפּוֹת וּמִמֵּילָא יִתְעוֹרְרוּ כּוֹחוֹת הַדִּינִין וְיִרְבּוּ הַקִּטְרוּגִים בַּעֲבוּר עוֹנוֹת הַדּוֹר וּלְכָךְ צָרִיךְ לִהְיוֹת פְּעֻולַּת הַמִּיתּוּק וְהַבִּיסּוּם לְכוֹחוֹת הַדִּין כְּדֵי שֶׁיִּכָּנְעוּ הַקְּלִיפּוֹת וְיִשָּׁבְתוּ הַקִּטְרוּגִים. וְכֵן מִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה וְעוֹסֵק דְּהַייְנוּ שֶׁאֵין לוֹ לֵב מֵבִין לְתָרֵץ הַקֻּושְׁיוֹת וְהוּא עוֹסֵק בַּתּוֹרָה בְּדֶרֶךְ הָעִיּוּן לְבַדּוֹ שֶׁאָז יִשָּׁאֵר בְּקֻושְׁיוֹת בִּלְבַד שֶׁמִּתְרַבִּים אֶצְלוֹ וְאֵין מוֹצֵא לָהֶם תֵּירוּץ אֲפִילּוּ לְקֻושְׁיָא אַחַת כִּי הוּא אֵינוֹ בַּר הָכֵי וְגַם אֵינוֹ לוֹמֵד לִפְנֵי רַב וְחָכָם כְּדֵי שֶׁהוּא יְתָרֵץ לוֹ קֻשְׁיוֹתָיו דְּנִמְצָא נִשְׁאַר זֶה נָבוֹךְ תָּמִיד בְּרִבּוּי הַקֻּשְׁיוֹת הִנֵּה גַּם זֶה גּוֹרֵם תִּגְבֹּורֶת לִקְלִיפּוֹת מֵאַחַר דְּאֵינוֹ מוֹצֵא תֵּירוּץ לְשַׁבֵּר הַקְּלִיפּוֹת וְאָז מִמֵּילָא יִתְגַּבְּרוּ כּוֹחוֹת הַדִּינִין וְצָרִיךְ לְתַקֵּן הַדָּבָר עַל יְדֵי מִיתּוּק וּבִיסּוּם לְכוֹחוֹת הַדִּינִין כְּדֵי לְהַכְנִיעַ הַקְּלִיפּוֹת. וּמִי שֶׁהוּא פַּרְנָס הַמִּתְגָּאֶה עַל הַצִּיבּוּר בְּחִנָּם גַּם זֶה גּוֹרֵם תִּגְבֹּורֶת הַקְּלִיפָּה כִּי טִבְעָהּ כְּמוֹ הַקּוֹף שֶׁמִּתְאַוֶּה לַעֲשׂוֹת כְּאָדָם וְלָכֵן כְּשֶׁרוֹאֶה זֶה מִתְגָּאֶה בְּחִנָּם גַּם הִיא מִתְגַּאֵית בְּחִנָּם שֶׁתִּרְצֶה לִיכָּנֵס בִּתְחוּם שֶׁאֵינוֹ שֶׁלָּהּ וּלְהִתְאַחֵז בְּמָקוֹם שֶׁאֵין לָהּ רְשׁוּת לָבֹא שָׁם וְחוֹשֶׁבֶת שִׁפְחָה כִּי תִּירַשׁ גְּבִרְתָּהּ חַס וְשָׁלוֹם עַל כֵּן שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים קָשִׁים מֵחֲמַת טְעָמִים אֵלּוּ דְּאִית בְּהוּ וְלָאו מִשּׁוּם חֹומֶר עַצְמָן וּלְכָךְ בַּעֲבוּר דִּשְׁלֹשָׁה אֵלֶּה גּוֹרְמִין תִּגְבֹּורֶת הַקְּלִיפָּה אֲשֶׁר מֵחֲמַת כֵּן מִמֵּילָא יִהְיֶה תִּגְבֹּורֶת הַדִּינִין מִשּׁוּם הָכִי צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת פְּעֻולַּת הַמִּיתּוּק וְהַבִּיסּוּם הַמְכֻונֶּה בְּשֵׁם בְּכִיָּה כַּאֲשֶׁר בֵּיאַרְנוּ בס"ד.
Il en est trois sur lesquels le Saint béni soit-Il pleure chaque jour. L'explication en est que, du fait de ces trois choses, les forces des dinim (rigueurs) s'éveillent, et par Lui, béni soit-Il, se fait pour elles l'adoucissement désigné par emprunt du nom de pleurs, comme nous l'avons expliqué plus haut ; et si ne se faisait pas par Lui, béni soit-Il, l'adoucissement et la tempérance du renforcement des dinim qui s'accroissent du fait de ces trois choses, le monde ne subsisterait pas à cause des accusations. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle ces choses sont graves sur ce point tient à ce qu'a dit notre maître le Ari dans le Chaar roua'h hakodech, en ces termes : l'étude approfondie de la halakha consiste en ce que l'homme ait l'intention de considérer qu'il y a une écorce de noix recouvrant le cerveau, lequel est la sainteté ; cette écorce est la difficulté qui se trouve dans cette halakha, car l'écorce recouvre la halakha et ne permet pas à l'homme de la comprendre ; et lorsque l'homme résout cette difficulté, qu'il ait l'intention de briser la force de l'écorce et de l'ôter de dessus la sainteté, et alors se découvre le cerveau, qui est la halakha ; et si l'homme n'est pas assidu à approfondir et à briser les écorces, comment le cerveau se découvrirait-il à lui, etc. ; telles sont ses paroles, que l'on s'y reporte. Selon cela, celui qui peut s'adonner à la Torah dans la sagesse de l'approfondissement, pour résoudre les difficultés, et ne s'y adonne pas, cause par là un renforcement des kelipot (écorces) ; dès lors les forces des dinim s'éveillent et les accusations se multiplient à cause des fautes de la génération, et il faut donc l'action d'adoucir et de tempérer les forces du din, afin que les kelipot soient soumises et que les accusations cessent. De même celui qui ne peut pas s'adonner à la Torah et s'y adonne, c'est-à-dire qui n'a pas un cœur capable de résoudre les difficultés et qui s'adonne à la Torah par la seule voie de l'approfondissement : il en restera aux seules difficultés, qui se multiplient chez lui sans qu'il trouve de résolution, fut-ce à une seule d'entre elles, car il n'en est pas capable et il n'étudie pas non plus devant un maître et un sage qui lui résoudrait ses difficultés ; il demeure ainsi constamment embarrassé par la multitude des difficultés, et lui aussi cause un renforcement des kelipot, puisqu'il ne trouve pas de résolution pour briser les écorces ; dès lors les forces des dinim se renforcent, et il faut réparer la chose par l'adoucissement et la tempérance des forces des dinim afin de soumettre les kelipot. Et celui qui est un dirigeant s'enorgueillissant sur la communauté sans motif, lui aussi cause un renforcement de la kelipa, car sa nature est comme celle du singe, qui désire faire comme l'homme : lorsqu'elle voit celui-ci s'enorgueillir sans motif, elle s'enorgueillit elle aussi sans motif, voulant entrer dans un domaine qui n'est pas le sien et prendre prise en un lieu où elle n'a pas permission de venir, pensant que la servante hériterait de sa maîtresse, à D.ieu ne plaise. Ces trois choses sont donc graves pour ces raisons qui leur sont propres, et non par leur seule gravité intrinsèque ; et puisque ces trois-là causent un renforcement de la kelipa, d'où résulte un renforcement des dinim, il faut accomplir l'action d'adoucir et de tempérer, désignée du nom de pleurs, comme nous l'avons expliqué avec l'aide du Ciel.
💡 Explication

La baraita réunit trois figures : celui qui dispose des moyens de l'étude et les laisse sans emploi, celui qui s'y engage sans en avoir les moyens, et le parnass qui tire de sa charge un motif d'orgueil. Le Ben Yehoyada explique ce qui rapproche ces trois cas, en les rattachant à la difficulté qui reste sans résolution dans l'étude.

16
רַבִּי הֲוָה נָקֵיט סֵפֶר קִינוֹת וְקָא קָרֵי בְּגַוֵּיהּ, כִּי מְטָא לְהַאי פְּסוּקָא ״הִשְׁלִיךְ מִשָּׁמַיִם אֶרֶץ״ — נָפַל מִן יָדֶיהָ, אָמַר: מֵאִיגָּרָא רָם לְבֵירָא עַמִּיקְתָּא.

Rabbi tenait le livre des Lamentations et y lisait. Quand il parvint à ce verset, « Il a jeté du ciel à terre », le livre tomba de sa main.

Il dit : d'un toit élevé vers une fosse profonde.

📜 Rachi (1)
מֵאִיגָּרָא רָם לְבֵירָא עַמִּיקְתָּא כַּמָּה גְּדוֹלָה נְפִילָה זוֹ אֵין לְךָ גָּבוֹהַּ וּבוּר עָמֹוק כְּמַשְׁמִים לָאָרֶץ:
D'un toit élevé vers une fosse profonde. Combien cette chute est grande : tu n'as pas de hauteur ni de fosse profonde comme du ciel à la terre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מֵאִיגָּרָא רָם לְבֵירָא עַמִּיקְתָּא. קַשָּׁא שִׁיעוּר נְפִילָה הַמְפֹורָשׁ בַּכָּתוּב גָּדוֹל אֲלָפִים וּרְבָבוֹת עַל שִׁיעוּר דְּנָקֵיט רַבִּי שֶׁהוּא מֵאַגְרָא לְבֵירָא, וּמְנָא לֵיהּ לְהַקְטִין הַשִּׁיעוּר כָּל כָּךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַפָּסוּק אָמַר 'הִשְׁלִיךְ מִשָּׁמַיִם אָרֶץ' (אֵיכָה ב, א) וְהַאי אֶרֶץ שֶׁהִיא מְקוֹם הַנְּפִילָה דְּנָקֵיט קְרָא יֵשׁ לְפָרְשׁוֹ בִּשְׁנֵי אוֹפַנִּים הָאַחַת הַאי אֶרֶץ קָאֵי עַל קַרְקַע הַקְּדוֹשָׁה שֶׁהִיא בְּחִינַת סוֹפָא דְּכָל דַּרְגִין שֶׁמְּכֻונֵּית בְּשֵׁם אֶרֶץ, וְזֶה הַפֵּירוּשׁ הוּא חֲצִי נֶחָמָה דְּנִמְצָא הַנְּפִילָה בְּמָדוֹר הַקְּדֻושָּׁה הַנִּקְרָא רְשׁוּת הַיָּחִיד וְרַק הוּא מְקוֹם סוֹף הַקְּדֻושָּׁה. וְהַפֵּירוּשׁ הַשֵּׁנִי הוּא הַאי אָרֶץ הִיא אֶרֶץ אַחֶרֶת שֶׁהִיא מְדוֹר הַקְּלִיפָּה הַנִּקְרֵאת רְשׁוּת הָרַבִּים וְדָבָר זֶה קָשֶׁה מְאֹד. עַל כֵּן עַתָּה כְּשֶׁהָיָה רַבִּי יוֹשֵׁב בְּמָקוֹם אֶחָד גָּבוֹהַּ כְּמוֹ כֹּותֶל דְּצִידּוֹ אֶחָד הָיָה רְשׁוּת הָרַבִּים וְצִידּוֹ אֶחָד הָיָה רְשׁוּת הַיָּחִיד וְהָיָה קוֹרֵא שָׁם בִּמְגִילַּת אֵיכָה וּכְשֶׁהִגִּיעַ לְפָסוּק זֶה שֶׁל 'הִשְׁלִיךְ מִשָּׁמַיִם אָרֶץ' נָפַל הַסֵּפֶר מִיָּדוֹ אַךְ לֹא נָפַל לִרְשׁוּת הָרַבִּים אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה קָרוֹב לִיפֹּול שָׁם יוֹתֵר כִּי קָרוֹב הוּא אֶלָּא נִתְגַּלְגֵּל בְּהַשְׁגָּחָה פְּרָטִית וְנָפַל לִרְשׁוּת הַיָּחִיד אָמַר וַדַּאי מִן הַשָּׁמַיִם הוֹדִיעוּ לִי כַּוָּנַת הַכָּתוּב דְּהַאי אֶרֶץ לָא קָאֵי עַל אֶרֶץ אַחֶרֶת שֶׁהִיא רְשׁוּת הָרַבִּים מְדוֹר הַקְּלִיפּוֹת אֶלָּא הַאי אֶרֶץ קָאֵי עַל מְדוֹר הַקְּדֻושָּׁה שֶׁהִיא רְשׁוּת הַיָּחִיד אַךְ הִיא מַדְרֵגָה הַתַּחְתּוֹנָה דִּקְדֻושָּׁה שֶׁהִיא סוֹפָא דְּכָל דַּרְגִין, וְלָכֵן אָמַר נְפִילָה זוֹ הָאֲמוּרָה בַּכָּתוּב הַזֶּה הִיא מֵאַגְרָא רָמָה לְבֵירָא עֲמִיקְתָּא דְּהַבִּירָא הוּא בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד וּמָקוֹם שֶׁהָיָה בּוֹ הַסֵּפֶר הוּא רְשׁוּת הַיָּחִיד וְכֵן הַאי אֶרֶץ קָאֵי עַל מָדוֹר הַקְּדוֹשָׁה וּמֵעוֹלָם לֹא יָצְאָה בִּנְפִילָה זוֹ מִמָּדוֹר הַקָּדוֹשׁ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁרָמַז רַבִּי בָּזֶה עַל סֵדֶר מַדְרֵגוֹת הַסְּפִירוֹת שֶׁיָּרְדוּ יִשְׂרָאֵל מֵהֶן דְּיָדוּעַ יִשְׂרָאֵל בִּגְדֻולָּתָם יִהְיֶה לָהֶם הַשְׁגָּחָה מִצַּד הַתִּפְאֶרֶת אַךְ בִּירִידָתָם תִּהְיֶה הַשְׁגָּחָתָם שֶׁלָּהֶם מִצַּד הַמַּלְכוּת וְכַמְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בִּדְרוּשׁ הַפּוּרִים עַל מַה שֶּׁאָמַר הַמָּן 'יָשַׁן הֶאָלֹוק שֶׁלָּהֶם' יְעֻויַּן שָׁם וְנִמְצָא כְּשֶׁתִּהְיֶה הַשְׁגָּחָתָם מִצַּד הוֹד הַמַּלְכוּת יָרְדוּ בָּזֶה אַרְבָּעָה מַדְרֵגוֹת שֶׁהֵם תִּפְאֶרֶת נֶצַח הוֹד יְסוֹד לָכֵן עָשָׂה דִּמְיוֹן בָּזֶה מֵאַגְרָא רְמָא לְבֵירָא עֲמִיקְתָּא וְלֹא אָמַר מֵאַגְרָא לְבֵירָא כְּדֵי לַעֲשׂוֹת בָּזֶה יְרִידָה בְּאַרְבָּעָה מַדְרֵגוֹת כִּי הַבּוֹר הוּא מַדְרֵגָה תַּחְתּוֹנָה תַּחַת מַדְרֵגַת הֶחָצֵר דִּלְמַעְלָה מִמֶּנּוּ הִיא מַדְרֵגַת הֶחָצֵר וְזוֹ אַחַת וּלְמַעְלָה מִן הֶחָצֵר הוּא גַּג הַבַּיִת שֶׁבֶּחָצֵר וְזוֹ שְׁנִיָּה וּלְמַעְלָה מִגַּג הַבַּיִת הוּא גַּג הָעֲלִיָּה וְזוֹ שְׁלִישִׁית וּלְמַעְלָה מִן גַּג הָעֲלִיָּה הוּא גַּג עֲלִיָּה אַחֶרֶת שֶׁקּוֹרִין כְּבַשְׁכָּא'ן וְזוֹ רְבִיעִית כִּי יֵשׁ דַּרְכָּם לִבְנוֹת עֲלִיָּה עַל גַּבֵּי עֲלִיָּה וְגַג שֶׁל זוֹ הָעֲלִיָּה הַשֵּׁנִית נִקְרָא אַגְרָא רְמָא לְכָךְ דִּקְדֵּק לוֹמַר מֵאַגְרָא רְמָא עַד בֵּירָא עֲמִיקְתָּא כִּי כֵן הוּא עִנְיַן יִשְׂרָאֵל שֶׁהָיְתָה הַשְׁגָּחָתָם מִצַּד הַתִּפְאֶרֶת וְעַתָּה הִיא מִצַּד הַמַּלְכוּת דְּיָרְדוּ אַרְבָּעָה מַדְרֵגוֹת שֶׁהֵם תִּפְאֶרֶת וְנֶצַח וְהוֹד וִיסוֹד.
D'un toit élevé vers une fosse profonde. Il y a une difficulté : la mesure de la chute exposée dans le verset est plus grande de milliers et de myriades que la mesure prise par Rabbi, qui est d'un toit à une fosse ; d'où lui vient de réduire ainsi la mesure ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset dit « Il a jeté du ciel à terre » (Eikha 2,1), et que ce mot de terre, qui est le lieu de la chute mentionné par le verset, se peut expliquer de deux manières. La première : cette terre désigne le sol de la sainteté, qui est l'aspect de la fin de tous les degrés et qui est appelé du nom de terre ; cette explication est une demi-consolation, puisque la chute a lieu dans la demeure de la sainteté, appelée domaine privé, et seulement à l'endroit où la sainteté s'achève. La seconde explication est que cette terre est une autre terre, qui est la demeure de la kelipa, appelée domaine public, et cela est très grave. Or à présent, Rabbi était assis en un endroit élevé, comme un mur dont un côté donnait sur le domaine public et l'autre sur le domaine privé, et il lisait là dans le rouleau d'Eikha ; lorsqu'il parvint à ce verset, « Il a jeté du ciel à terre », le livre tomba de sa main, mais il ne tomba pas dans le domaine public, bien qu'il fut plus proche d'y tomber, car il en était proche : il roula au contraire par une providence particulière et tomba dans le domaine privé. Il dit : assurément du Ciel on m a fait connaître l'intention du verset, à savoir que cette terre ne désigne pas une autre terre, qui est le domaine public et la demeure des kelipot, mais qu'elle désigne la demeure de la sainteté, qui est le domaine privé, bien qu'elle en soit le degré inférieur, la fin de tous les degrés. C'est pourquoi il dit que cette chute énoncée dans ce verset est d'un toit élevé vers une fosse profonde, la fosse étant dans le domaine privé, et le lieu où se trouvait le livre étant lui aussi domaine privé ; de même cette terre désigne la demeure de la sainteté, et jamais par cette chute elle n'est sortie de la demeure sainte. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi a fait ici allusion à l'ordre des degrés des séfirot dont Israël est descendu. On sait qu'Israël, dans sa grandeur, est conduit par une providence venue du côté de tiféret, tandis que dans sa descente sa providence lui vient du côté de malkhout, comme cela est exposé dans les paroles de notre maître le Ari de mémoire bénie, dans le Chaar hakavanot, au dracha de Pourim, à propos de ce que dit Haman, « leur D.ieu dort » : que l'on s'y reporte. Il se trouve que, lorsque leur providence vient du côté de hod de malkhout, ils sont descendus de quatre degrés, qui sont tiféret, netsa'h, hod, yessod. Il en a donc fait une image, d'un toit élevé vers une fosse profonde, et n'a pas dit d'un toit à une fosse, afin de marquer par là une descente de quatre degrés. Car la fosse est le degré inférieur, sous le degré de la cour, au-dessus de laquelle se tient le degré de la cour, et cela fait un ; au-dessus de la cour se tient le toit de la maison qui est dans la cour, et cela fait deux ; au-dessus du toit de la maison se tient le toit de l'étage, et cela fait trois ; au-dessus du toit de l'étage se tient le toit d'un autre étage, que l'on appelle kebechkan, et cela fait quatre, car ils ont coutume de bâtir un étage sur un étage, et le toit de ce second étage est appelé toit élevé. Il a donc pris soin de dire d'un toit élevé jusqu'à une fosse profonde, car il en va ainsi d'Israël, dont la providence venait du côté de tiféret et vient à présent du côté de malkhout, étant descendus de quatre degrés, qui sont tiféret, netsa'h, hod et yessod.
💡 Explication

La chute du livre accompagne le verset lu. L'expression araméenne meigra rama levira amikta mesure l'écart entre les deux termes du verset, du ciel à la terre. Le Ben Yehoyada tire de l'incident un enseignement supplémentaire sur le lieu où le livre est tombé.

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רַבִּי וְרַבִּי חִייָּא הֲווֹ שָׁקְלִי וְאָזְלִי בְּאוֹרְחָא, כִּי מְטוֹ לְהָהוּא מָתָא, אָמְרִי: אִיכָּא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן הָכָא? נַזֵּיל וְנִיקַבֵּיל אַפֵּיהּ. אָמְרִי: אִיכָּא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן הָכָא, וּמְאוֹר עֵינַיִם הוּא. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חִייָּא לְרַבִּי: תִּיב אַתְּ, לֹא תְּזַלְזֵל בִּנְשִׂיאוּתְךָ. אֵיזִיל אֲנָא וְאַקְבֵּיל אַפֵּיהּ.

Rabbi et Rabbi Hiya cheminaient sur la route. Quand ils arrivèrent dans une certaine ville, ils dirent : y a-t-il ici un jeune maître ?

Allons et recevons sa face. On leur dit : il y a ici un jeune maître, et il est aveugle.

Rabbi Hiya dit à Rabbi : toi, reste assis, ne rabaisse pas ta charge de nassi. J'irai, moi, et je recevrai sa face.

🪔 Ben Yehoyada (2)
אִי אִיכָּא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן הָכָא, נִיזֵּיל וּנְקַבֵּל אַפֵּיהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת תֵּיבַת נִיזֵּיל לְשׁוֹן יֶתֶר הוּא וְדַי לוֹמַר 'נְקַבֵּל אַפֵּיהּ' שֶׁאִם לֹא יֵלְכוּ אֵיךְ יְקַבְּלוּ אַפֵּיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בְּשַׁבָּת (שַׁבָּת קנב.) דְּאָמַר לוֹ רַבִּי לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן חֲלַפְתָּא: מִפְּנֵי מַה לֹא הִקְבַּלְנוּ פָּנֶיךָ בָּרֶגֶל וְכוּ' וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל דֶּרֶךְ עֲנָוָה קָאָמַר לוֹ בְּלָשׁוֹן זֶה וּרְצוֹנוֹ לוֹמַר לָמָּה לֹא הַקְבָּלַת פָּנַי? עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא הַגָּדוֹל מְדַבֵּר בִּלְשׁוֹן עֲנָוָה בָּזֶה לְהֵפֶךְ הַדְּבָרִים וְכֵן כָּאן אִם לֹא הָיוּ אוֹמְרִים נִיזֵּיל אֶלָּא אוֹמְרִים נְקַבֵּל אַפֵּיהּ דַּוְקָא הָיוּ חוֹשְׁבִים כַּוָּנָתָם לוֹמַר שֶׁהוּא יָבֹא אֶצְלָם לְהַקְבִּיל פְּנֵיהֶם וּבִלְשׁוֹן עֲנָוָה דִּבְּרוּ לְהֵפֶךְ וְאָמְרוּ נְקַבֵּל וְכַאֲשֶׁר אָמַר רַבִּי לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן חֲלַפְתָּא לָמָּה לֹא הִקְבַּלְנוּ פָּנֶיךָ, לְכָךְ אָמְרוּ בְּפֵירוּשׁ נִיזֵּיל וּנְקַבֵּל אַפֵּיהּ שֶׁאֲנַחְנוּ נֵלֵךְ אֶצְלוֹ וְלֹא יָבֹא הוּא אֶצְלֵינוּ. וּמַה שֶׁאָמַר הָווּ שָׁקְלִי וְאָזְלִי נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּחֻולִּין (חֻולִּין צה:) רַב הֲוָה בָּדֵיק בְּמַבָּרָא וּשְׁמוּאֵל בָּדֵיק בְּסִפְרָא וְרַבִּי יוֹחָנָן בְּדִיק בְּיָנוֹקָא כְּשֶׁהָיוּ יוֹצְאִין לַדֶּרֶךְ לָדַעַת אִם יֵשׁ רָצוֹן מִן הַשָּׁמַיִם בְּדֶרֶךְ זֶה שֶׁהוֹלְכִים בּוֹ עַייֵּן שָׁם. וְלָזֶה אָמַר הָווּ שָׁקְלִי יְדִיעָה וְסִימָן מִפִּי תִּינוֹקוֹת אוֹ מִן פְּתִיחַת סְפָרִים. אוֹ יוּבָן כִּי הַצַּדִּיק שֶׁהוֹלֵךְ בַּדֶּרֶךְ הוֹלְכִים זְכִיּוֹתָיו עִמּוֹ לְלַוּוֹתוֹ וּלְשָׁמְרוּ דִּכְתִיב וְהָלַךְ לְפָנֶיךָ צִדְקֶךָ (יְשַׁעְיָהוּ נח, ח) כִּי זֶהוּ טַעַם שֶׁל לְוָיָה שֶׁיִּקַּח הַמִּתְלַוֶּה עֵזֶר וּשְׁמִירָה מִן מִצְוֹת שֶׁיַּעֲשׂוּ הַמַּלְוִים אוֹתוֹ וְזֶהוּ שִׁקְלֵי זְכִיּוֹת מִשֶּׁלָּהֶם וּמִשֶּׁל אֲחֵרִים הַמַּלְוִוים אוֹתָם דְּמִסְּתָמָא הָיוּ מַלְוִים אוֹתָם אֲנָשִׁים גְּדוֹלִים חֲכָמִים וְצַדִּיקִים. אוֹ קָרוֹב לָזֶה שָׁקְלִי מַלְאָכִים עִמָּהֶם לְשָׁומְרָם דִּכְתִיב כִּי מַלְאָכָיו יְצַוֶּה לָּךְ לִשְׁמָרְךָ בְּכָל דְּרָכֶיךָ (תְּהִלִּים צא, יא) . וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר'ו פֵּירֵשׁ שֶׁהָיוּ שׁוֹקְלִים בְּדַעְתָּם שְׂכַר מִצְוָה כְּנֶגֶד הֶפְסֵדָהּ דְּהַיּוֹצֵא לַדֶּרֶךְ אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִהְיֶה לוֹ בִּיטּוּל תּוֹרָה לָכֵן צָרִיךְ לִשְׁקֹול זֶה בְּמֹאזְנֵי מִשְׁפָּט עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
Y a-t-il ici un jeune maître ? Allons et recevons sa face. On peut objecter que le mot « allons » est de trop, et qu'il suffisait de dire « recevons sa face », car s'ils n'y vont pas, comment recevraient-ils sa face ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est enseigné dans Chabbat (152a) que Rabbi dit à Rabbi Chimon ben Halafta : pourquoi n'avons-nous pas reçu ta face à la fête, etc. ; et Rachi de mémoire bénie a expliqué qu'il lui parlait ainsi par humilité, voulant dire : pourquoi n'as-tu pas reçu ma face ? Que l'on s'y reporte. Il ressort que le grand parle en ce cas par humilité en inversant les termes ; de même ici, s'ils n'avaient pas dit « allons » mais seulement « recevons sa face », on aurait pensé que leur intention était qu'il vienne, lui, recevoir leur face, et qu'ils parlaient par humilité en inversant les termes, comme Rabbi disant à Rabbi Chimon ben Halafta pourquoi n'avons-nous pas reçu ta face. C'est pourquoi ils ont dit expressément « allons et recevons sa face », c'est-à-dire que nous irons chez lui et qu'il ne viendra pas chez nous. Et ce qui est dit, ils cheminaient, il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela se comprend d'après ce qui est dit dans la Guemara de Houlin (95b) : Rav examinait par le bac, Chmouel par un livre, et Rabbi Yo'hanan par un enfant, lorsqu'ils sortaient en chemin, pour savoir s'il y avait agrément du Ciel à la route qu'ils prenaient : que l'on s'y reporte. C'est pourquoi il est dit qu'ils prenaient une indication et un signe de la bouche des enfants ou de l'ouverture des livres. On peut aussi le comprendre ainsi : le juste qui va en chemin, ses mérites vont avec lui pour l'accompagner et le garder, ainsi qu'il est écrit « et ta justice marchera devant toi » (Isaie 58,8) ; car telle est la raison de l'accompagnement, que celui qui est accompagné reçoive secours et protection des mitsvot accomplies par ceux qui l'accompagnent ; et c'est ce que veut dire « ils prenaient » : des mérites, les leurs et ceux d'autrui, de ceux qui les accompagnaient, car il est vraisemblable que les accompagnaient des hommes grands, sages et justes. Ou bien, ce qui en est proche : ils prenaient des anges avec eux pour les garder, ainsi qu'il est écrit « car Il ordonnera pour toi à Ses anges de te garder en toutes tes voies » (Psaumes 91,11). Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il soit garde, a expliqué qu'ils pesaient dans leur esprit la récompense de la mitsva contre sa perte, car celui qui sort en chemin ne peut éviter une interruption de son étude, et il faut donc peser cela dans la balance du jugement ; telles sont ses paroles, qu'il soit garde.
תִּיב אַתְּ הָכָא, וְלֹא תְּזַלְזֵל בִּנְשִׂיאוּתְךָ. הִקְשָׁה הַגָּאוֹן יְהוֹנָתָן זַ"ל בְּיַעֲרַת דְּבַשׁ הֲלֹא נִרְאֶה דְּמִתְּחִלָּה הִסְכִּימוּ לָלֶכֶת שְׁנֵיהֶם וְלֹא אָמַר לוֹ רַבִּי חִיָּיא 'תִּיב וְלֹא תְּזַלְזֵל' וְלָמָּה אַחַר שֶׁשָּׁמַע שֶׁהוּא מְאוֹר עֵינַיִם אָמַר לוֹ כֵּן? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבַתְּחִלָּה חָשַׁב לֵיכָּא זִלְזוּל מִשּׁוּם דְּוַדַּאי יָרוּצוּ הַשּׁוֹמְעִין וְיַגִּידוּ לְאוֹתוֹ חָכָם דְּרַבִּי אַתִּיה לְבֵיתֵיהּ וְהֶחָכָם יְמַהֵר לָצֵאת חוּצָה מִבֵּיתוֹ לְקַבֵּל פָּנָיו וְגַם אַחַר שֶׁיִּכָּנֵס רַבִּי לְבֵיתוֹ יַעֲמוֹד לְפָנָיו וִישַׁמֵּשׁ מִשּׁוּם כְּבוֹד תּוֹרָתוֹ וּכְבוֹד נְשִׂיאוּתוֹ וְאִם כֵּן לֵיכָּא בָּזֶה זִלְזוּל אַךְ אַחַר שֶׁשָּׁמַע שֶׁהוּא מְאוֹר עֵינַיִם אָמַר וַדַּאי זֶה לֹא יָצָא לַחוּץ לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבִּי וְלֹא יָזוּז מִמְּקוֹמוֹ וְלֹא יְשַׁמְּשֶׁנּוּ אַחַר שֶׁיָּבֹא לְבֵיתוֹ וּלְהָכִי חָשׁ לְזִלְזוּל נְשִׂיאוּת מִפְּנֵי הָרוֹאִין. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ כִּי תְּחִלָּה אָמַר אִם יִרְאוּ בְּנֵי אָדָם דְּרַבִּי נִכְנַס לְבֵיתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ חָכָם חוֹשְׁבִים שֶׁאוֹתוֹ חָכָם כְּבָר הָלַךְ אֵצֶל רַבִּי וְהִקְבִּיל פָּנָיו וְעַתָּה רַבִּי חָזַר וּבָא לְבֵיתוֹ לְהַחֲזִיר לוֹ וזית'א [בִּיקּוּר גּוֹמְלִין] וְאֵין בָּזֶה זִלְזוּל כִּי כֵן דֶּרֶךְ הַגְּדוֹלִים מַחֲזִירִים וזית'א לִקְטַנִּים אַךְ אַחַר שֶׁשָּׁמַע שֶׁהוּא מְאוֹר עֵינַיִם אָמַר וַדַּאי הָרוֹאִין לֹא יַעֲלֶה עַל לִבָּם לוֹמַר שֶׁזֶּה הֶחָכָם כְּבָר הִקְדִּים לָבֹא אֵצֶל רַבִּי וְלָכֵן חָשׁ בָּזֶה עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
Reste assis ici, toi, et ne rabaisse pas ta charge de nassi. Le gaon Yehonatan de mémoire bénie a objecté, dans le Yaarot devach, qu'il apparaît qu'ils avaient d'abord convenu d'aller tous les deux, sans que Rabbi Hiya lui dise « reste assis et ne rabaisse pas » ; pourquoi, après avoir entendu qu'il était aveugle, lui a-t-il parlé ainsi ? Que l'on s'y reporte. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il pensait d'abord qu'il n'y avait pas d'abaissement, car assurément ceux qui l'entendraient courraient dire à ce sage que Rabbi venait chez lui, et le sage se hâterait de sortir de sa maison pour recevoir sa face ; et même après que Rabbi serait entré chez lui, il se tiendrait devant lui et le servirait, en l'honneur de sa Torah et en l'honneur de sa charge de nassi ; il n'y aurait donc là aucun abaissement. Mais après avoir entendu qu'il était aveugle, il dit : assurément celui-ci ne sortira pas au-dehors pour recevoir la face de Rabbi, ne bougera pas de sa place et ne le servira pas lorsqu'il viendra chez lui ; il a donc craint un abaissement de la charge de nassi aux yeux de ceux qui regardent. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il soit garde, a expliqué que Rabbi Hiya disait d'abord : si les gens voient Rabbi entrer dans la maison de ce sage, ils penseront que ce sage était déjà allé chez Rabbi et avait reçu sa face, et que Rabbi vient à présent chez lui pour lui rendre sa visite ; il n'y a là aucun abaissement, car telle est la manière des grands, qui rendent leur visite aux petits. Mais après avoir entendu qu'il était aveugle, il dit : assurément ceux qui regardent ne penseront pas que ce sage est venu le premier chez Rabbi, et c'est pourquoi il a craint sur ce point ; telles sont ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

La coutume rapportée ici est celle de la hakbalat panim, la visite faite à un maître du lieu où l'on se trouve. La difficulté soulevée par Rabbi Hiya porte sur la dignité du nassi : rendre visite à un homme qui ne pourra ni sortir à sa rencontre ni se tenir devant lui donne, aux yeux de ceux qui regardent, l'apparence d'un abaissement de la charge.

18
תַּקְפֵיהּ וַאֲזַל בַּהֲדֵיהּ. כִּי הֲווֹ מִיפַּטְרִי מִינֵּיהּ, אֲמַר לְהוּ: אַתֶּם הִקְבַּלְתֶּם פָּנִים הַנִּרְאִים וְאֵינָן רוֹאִין — תִּזְכּוּ לְהַקְבִּיל פָּנִים הָרוֹאִים וְאֵינָן נִרְאִין. אֲמַר לֵיהּ: אִיכוּ הַשְׁתָּא מְנַעְתַּן מֵהַאי בִּירְכְּתָא.

Il le saisit et alla avec lui. Quand ils prirent congé de lui, il leur dit : vous avez reçu une face qui est vue et qui ne voit pas ; puissiez-vous mériter de recevoir la face de Celui qui voit et n'est pas vu.

Il lui dit : si les choses s'étaient passées ainsi, tu m aurais privé de cette bénédiction.

📜 Rachi (3)
תַּקְפֵיהּ רַבִּי לֵר' חַיָּיא וְאָזֵיל רַבִּי בַּהֲדֵיהּ:
Il le saisit. Rabbi saisit Rabbi Hiya, et Rabbi alla avec lui.
כִּי הָווּ מִיפַּטְרִי מִקַּמֵּיהּ שֶׁנָּטְלוּ מִמֶּנּוּ רְשׁוּת:
Quand ils prirent congé de devant lui. Lorsqu'ils reçurent de lui la permission de partir.
אִיכּוּ הַשְׁתָּא אִם לֹא בָּאתִי עִמְּךָ וְהֶאֱמַנְתִּי לְךָ מְנַעְתַּנִי מִבְּרָכָה זוֹ:
Ikhou hachta. Si je n'étais pas venu avec toi et que je t avais suivi, tu m aurais privé de cette bénédiction.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תַּקְפֵיהּ וְאָזֵיל בַּהֲדֵיהּ. פֵּירוּשׁ תַּקְפֵיהּ בִּטְעָנוֹת בְּדִבְרֵי תּוֹרָה דְּאֶפְשָׁר דְּרַבִּי חַיָּיא סְבִירָא לֵיהּ נָשִׂיא שֶׁמָּחַל עַל כְּבוֹדוֹ אֵין כְּבוֹדוֹ מָחוּל וְרַבִּי סְבִירָא לֵיהּ מָחוּל וְהֵבִיא לוֹ רְאָיוֹת לִסְבָרָתוֹ עַד שֶׁהוֹדָה לוֹ בְּעִיקַּר הַדִּין. אִי נָמֵי רַבִּי חַיָּיא סְבִירָא לֵיהּ דָּבָר זֶה חֲשִׁיב זִלְזוּל בַּעֲבוּר הַנְּשִׂיאוּת וְרַבִּי לָא סְבִירָא לֵיהּ כֵּן וְתַקְפֵיהּ בִּרְאָיוֹת שֶׁהוֹדָה לוֹ בָּהֶם.
Il le saisit et alla avec lui. L'explication en est qu'il le saisit par des arguments tirés des paroles de Torah. Il se peut que Rabbi Hiya tînt qu'un nassi qui renonce à son honneur, son honneur n'est pas remis, et que Rabbi tînt qu'il est remis, et qu'il lui apporta des preuves à l'appui de son avis jusqu'à ce que l'autre lui concède le fond du din. Ou bien Rabbi Hiya tenait que cette démarche était un abaissement au regard de la charge de nassi, tandis que Rabbi ne le tenait pas ainsi, et il le saisit par des preuves auxquelles l'autre se rendit.
💡 Explication

Rabbi entraîne Rabbi Hiya et va lui aussi. La bénédiction reçue au moment du congé construit un rapport entre deux manières d'être face à face : celle de l'aveugle, vu sans voir, et celle qui est promise, voir la face de Celui qui voit sans être vu.

La remarque de Rabbi tire la conclusion pratique : la réserve de Rabbi Hiya, suivie jusqu'au bout, lui aurait fait perdre cette bénédiction.

🖼️ Schéma
La bénédiction de l'aveugle : deux faces, deux manières Ce que vous avez fait recevoir une face qui est vue et qui ne voit pas Ce que vous mériterez recevoir la face de Celui qui voit et qui n'est pas vu La source donnée ensuite : Rabbi Yaakov de Kfar Hitaya recevait la face de son maître chaque jour, et tirait son kal va-homer de Psaumes 49,10-11 : qui voit les sages dans leur mort vivra, donc à plus forte raison celui qui les voit de leur vivant.
Les deux termes de la bénédiction et la source rapportée ensuite par l'aveugle.
19
אָמְרוּ לֵיהּ: מְמָאֵן שְׁמִיעָא לָךְ? מִפִּרְקֵיהּ דְּרַבִּי יַעֲקֹב שְׁמִיעַ לִי, דְּרַבִּי יַעֲקֹב אִישׁ כְּפַר חִיטַּייָּא הֲוָה מְקַבֵּיל אַפֵּיהּ דְּרַבֵּיהּ כָּל יוֹמָא. כִּי קַשׁ, אֲמַר לֵיהּ: לֹא נִצְטַעֵר מַר, דְּלָא יְכִיל מַר.

Ils lui dirent : de qui l'as-tu entendu ? Je l'ai entendu de l'enseignement de Rabbi Yaakov, car Rabbi Yaakov, l'homme du village de Hitaya, recevait la face de son maître chaque jour.

Quand il vieillit, son maître lui dit : que mon maître ne se donne pas cette peine, car mon maître ne le peut pas.

📜 Rachi (2)
מְנָא לָךְ שֶׁכָּל כָּךְ גְּדוֹלָה הַקְבָּלַת פָּנִים:
D'où le tiens-tu ? Que la réception de la face soit à ce point grande.
כִּדְקַשׁ כְּשֶׁהִזְקִין רַבִּי יַעֲקֹב:
Quand il vieillit. Lorsque Rabbi Yaakov devint vieux.
💡 Explication

La question porte sur la source : d'où tient-il que la hakbalat panim mérite une telle bénédiction ? La réponse remonte à l'enseignement de Rabbi Yaakov de Kfar Hitaya, dont la pratique quotidienne pose la question au moment où la vieillesse la rend pénible.

20
אֲמַר לֵיהּ, מִי זוּטַר מַאי דִּכְתִיב בְּהוּ בְּרַבָּנַן: ״וִיחִי עוֹד לָנֶצַח לֹא יִרְאֶה הַשָּׁחַת כִּי יִרְאֶה חֲכָמִים יָמוּתוּ״. וּמֶה הָרוֹאֶה חֲכָמִים בְּמִיתָתָן יִחְיֶה — בְּחַיֵּיהֶן עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Il lui dit : est-ce peu de chose, ce qui est écrit au sujet des sages : « qu'il vive encore à jamais, qu'il ne voie pas la fosse, car il voit que les sages meurent » ? Or si celui qui voit les sages dans leur mort vit, dans leur vie à plus forte raison.

🗂️ Tossefot (1)
וִיחִי עוֹד לָנֶצַח לֹא יִרְאֶה הַשָּׁחַת. פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בִּתְמִיהַּ הוּא וְכִי הָרָשָׁע לֹא יָמוּת כְּמוֹ שֶׁהַחֲכָמִים יָמוּתוּ:
« Qu'il vive encore à jamais, qu'il ne voie pas la fosse. » Le sens simple du verset est une interrogation d'étonnement : le méchant ne mourra-t-il donc pas comme meurent les sages ?
💡 Explication

Rabbi Yaakov lit le verset des Psaumes 49,10-11 comme une promesse attachée au fait de voir les sages, jusque dans leur mort. De là il tire un kal va-homer (raisonnement à plus forte raison) : si voir les sages morts porte cette promesse, les voir de leur vivant la porte davantage encore. Tossefot rappelle que le sens simple du verset va dans une autre direction.

21
רַב אִידִי אֲבוּהּ דְּרַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי הֲוָה רְגִיל דַּהֲוָה אָזֵיל תְּלָתָא יַרְחֵי בְּאוֹרְחָא וְחַד יוֹמָא בְּבֵי רַב, וַהֲווֹ קָרוּ לֵיהּ רַבָּנַן ״בַּר בֵּי רַב דְּחַד יוֹמָא״. חַלָּשׁ דַּעְתֵּיהּ, קָרֵי אַנַּפְשֵׁיהּ: ״שְׂחוֹק לְרֵעֵהוּ אֶהְיֶה וְגוֹ׳״. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: בְּמָטוּתָא מִינָּךְ, לָא תַּעְנֵישׁ לְהוּ רַבָּנַן.

Rav Idi, père de Rabbi Yaakov bar Idi, avait coutume de faire trois mois de route et de passer un seul jour à la maison d'étude de Rav ; et les maîtres l'appelaient « fils de maison d'étude d'un seul jour ». Son esprit en fut affaibli, et il appliqua sur lui-même le verset : « je suis une risée pour mon prochain », etc.

Rabbi Yo'hanan lui dit : de grâce, ne fais pas punir les maîtres.

📜 Rachi (1)
הָיָה רָגִיל כו' מְהַלֵּךְ שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים הָיָה מִבֵּיתוֹ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְנוֹסֵעַ מִבֵּיתוֹ אַחַר הַפֶּסַח וְלוֹמֵד יוֹם אֶחָד וְחוֹזֵר לְבֵיתוֹ לְשַׂמֵּחַ אֶת אִשְׁתּוֹ בְּחַג הַסֻּוכּוֹת:
Il avait coutume, etc. Il y avait trois mois de marche de sa maison à la maison d'étude ; il partait de chez lui après Pessa'h, étudiait un jour, et revenait chez lui pour réjouir sa femme à la fête de Souccot.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וַהֲוָה יָתֵיב חַד יוֹמָא בְּאַשְׁפִּיזֵיהּ וְחַד יוֹמָא בְּבֵי רַב. מִדִּבְרֵי רַשִׁ"י זַ"ל נִרְאֶה דְּהָיְתָה עִירוֹ רְחוֹקָה שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים, וְדָבָר זֶה רָחוֹק מְאֹד מִכַּמָּה טְעָמִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְעוֹלָם עִירוֹ הָיְתָה קְרוֹבָה לְבֵי רַב מַהֲלַךְ עֶשְׂרִים יוֹם אוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם אַךְ הוּא הָיָה בַּעַל מְלָאכָה שֶׁל צוֹרֵף אוֹ מְלָאכָה אַחֶרֶת וְלֹא הָיָה עוֹסֵק בָּהּ בְּעִירוֹ מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ הַרְבֵּה אֲנָשִׁים עִסְקָם בְּכָךְ וְהָיָה הוֹלֵךְ לַעֲיָירוֹת קְטַנּוֹת לַעֲסֹוק שָׁם וּבִשְׁבִיל שֶׁאַנְשֵׁי הַכְּפָרִים מוּעָטִים הָיָה דַּי לָהֶם עֵסֶק בְּכָל מָקוֹם מֶשֶׁךְ חֹודֶשׁ אֶחָד בַּקַּיִץ וְחֹודֶשׁ אֶחָד בַּחֹורֶף וְהוּא הָיָה הוֹלֵךְ בְּאֵלּוּ הַמְּקוֹמוֹת שֶׁבֵּין עִירוֹ לְעִיר בֵּי רַב וְיוֹשֵׁב בְּכָל מָקוֹם חֹודֶשׁ אֶחָד מִכָּל מָקוֹם וְעוֹסֵק בִּמְלַאכְתּוֹ בִּשְׁבִיל פַּרְנָסַת אֱנָשֵׁי בֵיתוֹ וּכְשֶׁהָיָה מַגִּיעַ לָעִיר דְּבֵי רַב הָיָה נִכְנָס לְבֵי רַב יוֹם אֶחָד וְחוֹזֵר לְעִירוֹ וּבַחֲזָרָתוֹ גַּם כֵּן הָיָה עוֹסֵק בִּמְלַאכְתּוֹ בְּאוֹתָם הַמְּקוֹמוֹת שֶׁלֹּא עָסַק בָּהֶם בְּהוֹלָכָה וְהָיָה מַגִּיעַ לְבֵיתוֹ בַּמּוֹעֵד וְנִמְצָא הֲלִיכָתוֹ עִיקָּרָהּ כְּדֵי לַעֲסֹוק בַּמְּלָאכָה בְּאוֹתָם הַמְּקוֹמוֹת אַךְ כֵּיוָן שֶׁמְּקוֹמוֹת אֵלּוּ שֶׁמַּכִּירִים אוֹתוֹ וּמְבִיאִים לוֹ עֵסֶק שֶׁלָּהֶם הֵם מַגִּיעִים עַד אוֹתָהּ הָעִיר שֶׁל בֵּי רַב הָיָה נִכְנָס לְאוֹתָהּ עִיר שֶׁל בֵּי רַב לִלְמֹוד וְלֹא יָכוֹל לְהִתְעַכֵּב שָׁם יוֹתֵר כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לְבֵיתוֹ בַּמּוֹעֵד.
Il se tenait un jour à son logement et un jour à la maison d'étude de Rav. Des paroles de Rachi de mémoire bénie il ressort que sa ville était éloignée de trois mois, ce qui est fort peu vraisemblable pour plusieurs raisons. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité sa ville était proche de la maison d'étude de Rav, à vingt ou trente jours de marche ; mais il exerçait un métier d'orfèvre ou un autre métier, et il ne l'exerçait pas dans sa ville, parce que beaucoup d'hommes y avaient cette même occupation. Il allait donc dans de petites villes pour y travailler, et comme les gens des villages sont peu nombreux, il y avait assez de travail pour lui en chaque endroit durant un mois en été et un mois en hiver. Il parcourait ces endroits situés entre sa ville et la ville de la maison d'étude de Rav, demeurait un mois en chaque endroit et y exerçait son métier pour la subsistance des siens ; et lorsqu'il parvenait à la ville de la maison d'étude de Rav, il y entrait un jour et revenait vers sa ville. À son retour il exerçait également son métier dans les endroits où il n'avait pas travaillé à l'aller, et il arrivait chez lui pour la fête. Il se trouve que le but principal de son voyage était d'exercer son métier dans ces endroits ; mais puisque ces endroits, où on le connaissait et où on lui confiait du travail, s'étendaient jusqu'à cette ville de la maison d'étude de Rav, il entrait dans cette ville pour y étudier, sans pouvoir s'y attarder davantage afin d'arriver chez lui pour la fête.
💡 Explication

Le surnom vise un homme qui consacre six mois de route à une seule journée d'étude. La demande de Rabbi Yo'hanan porte sur la réaction : la peine d'un homme offensé expose ceux qui l'ont offensé à une sanction venue d'en haut, et il lui demande de ne pas laisser cet effet se produire.

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נְפַק רַבִּי יוֹחָנָן לְבֵי מִדְרְשָׁא וּדְרַשׁ: ״וְאוֹתִי יוֹם יוֹם יִדְרֹשׁוּן וְדַעַת דְּרָכַי יֶחְפָּצוּן״. וְכִי בַּיּוֹם דּוֹרְשִׁין אוֹתוֹ וּבַלַּיְלָה אֵין דּוֹרְשִׁין אוֹתוֹ?! אֶלָּא לוֹמַר לָךְ: כָּל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה — מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ עָסַק כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ.

Rabbi Yo'hanan sortit vers la maison d'étude et exposa : « et Moi, jour après jour ils Me recherchent et désirent connaître Mes voies ». Est-ce que le jour on Le recherche et la nuit on ne Le recherche pas ?!

Cela vient plutôt te dire : quiconque s'adonne à la Torah ne serait-ce qu'un seul jour dans l'année, l'Écriture le lui compte comme s'il s'y était adonné l'année entière.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כל העוסק בתורה, אפלו יום אחד בשנה, מעלה עליו הכתוב כאלו עסק כל השנה כלה. הקשה הרב עיון יעקב ז"ל מנא ליה דיום אחד חשוב שנה דילמא חשוב חודש דתפסת מועט תפסת? עיין שם. ואני אוסיף על דבריו דטפי משמע לומר חשוב חודש מפני שהחודש אינו נמנה אלא לימים וקרא יום יום קתני אך השנה נמנית לחודשים גם כן וכמו שכתב רש"י ז"ל בראש השנה דף יו־ד ע"ב. ומה שתירץ הרב בשם כלי פז יש לגמגם דימים לחוד ויום לחוד דימים נאמר על שנה כתרגומו עידן בעידן וכמו שאמרו על פסוק תשב הנער אתנו ימים או עשור (בראשית כד, נה) . ומה שתירץ הרב עצמו גם כן דוחק דאם כן למה הביא דרשה זו דיום יום ידרשון ונקוט דרשה דמרגלים בלבד? ונראה לי בס"ד דהכא רבי יוחנן אזיל בתר סברת רבי מאיר בראש השנה (ראש השנה י:) דאיתא התם אמר רבי יוחנן ושניהם מקרא אחד דרשו ויהי באחת ושש מאות שנה בראשון באחד לחדש (בראשית ח, יג) רבי מאיר סבר מדאכתי יום אחד הוא דעייל בשנה וקא קרי ליה שנה שמע מינה יום אחד בשנה חשיב שנה, עיין שם. וכיון דסבירא ליה דאיכא ילפותא מן הכתוב דיום אחד בשנה חשוב שנה לכך דרש כאן בפשיטות על יום דהכא שהוא שנה.
Quiconque s'adonne à la Torah, fut-ce un seul jour dans l'année, l'Écriture le lui compte comme s'il s'y était adonné l'année entière. Le Rav Iyoun Yaakov de mémoire bénie a objecté : d'où lui vient qu'un jour compte pour une année ? Peut-être compte-t-il pour un mois, puisque si tu as pris le moindre, tu as pris. Que l'on s'y reporte. J'ajoute à ses paroles qu'il serait plus vraisemblable de dire qu'il compte pour un mois, parce que le mois ne se compte qu'en jours, et que le verset énonce « jour jour » ; tandis que l'année se compte aussi en mois, comme l'a écrit Rachi de mémoire bénie dans Roch Hachana 10b. Quant à la réponse que le Rav donne au nom du Keli Paz, elle prête à discussion, car les jours au pluriel sont une chose et le jour au singulier une autre : le pluriel « yamim » se dit d'une année, comme le rend le Targoum par « idan beidan », et comme on l'a dit sur le verset « que la jeune fille demeure avec nous des jours ou une dizaine » (Genèse 24,55). Et la réponse que le Rav donne de lui-même est également forcée, car s'il en était ainsi, pourquoi apporter cette deracha de « jour jour ils Me recherchent », et ne pas se contenter de la deracha des explorateurs ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ici Rabbi Yo'hanan suit l'avis de Rabbi Meir dans Roch Hachana (10b), où il est enseigné : Rabbi Yo'hanan dit, tous deux ont exposé un même verset, « et ce fut en l'an six cent un, au premier mois, au premier du mois » (Genèse 8,13) ; Rabbi Meir tient que, puisqu'un seul jour de l'année était alors entré et que l'Écriture l'appelle déjà une année, il faut en conclure qu'un jour dans l'année compte pour une année. Que l'on s'y reporte. Et puisqu'il tient qu'il existe une source scripturaire selon laquelle un jour dans l'année compte pour une année, il expose ici sans plus le jour dont il est question comme valant une année.
💡 Explication

La difficulté porte sur le redoublement yom yom, jour après jour, qui ne peut désigner une recherche limitée aux heures du jour. Rabbi Yo'hanan en tire un rapport du jour à l'année : un jour d'étude est compté pour l'année. La deracha est faite en public, ce qui répare le surnom donné à Rav Idi.

🖼️ Schéma
Un seul jour compté pour l'année entière, dans les deux sens la deracha de Rabbi Yo'hanan, faite pour Rav Idi, et sa contrepartie dans la mesure du châtiment Mesure de la récompense Verset : Isaie 58,2 yom yom yidrechoun, jour après jour Difficulté : le jour on Le recherche et la nuit non ? Conclusion : qui étudie un seul jour dans l'année, il lui est compté comme l'année entière Occasion : le surnom donné à Rav Idi Mesure du châtiment Verset : Nombres 14,34 selon le nombre des jours de l'exploration Difficulté : ils ont fauté quarante jours, non quarante années Conclusion : qui transgresse un seul jour dans l'année, il lui est compté comme l'année entière Les explorateurs : quarante jours, quarante ans Le même rapport du jour à l'année sert dans les deux directions le Ben Yehoyada précise que le jour visé est un jour entier, pris tout du long
La deracha de Rabbi Yo'hanan et sa contrepartie dans le segment suivant.
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וְכֵן בְּמִדַּת פּוּרְעָנוּת, דִּכְתִיב: ״בְּמִסְפַּר הַיָּמִים אֲשֶׁר תַּרְתֶּם אֶת הָאָרֶץ״. וְכִי אַרְבָּעִים שָׁנָה חָטְאוּ? וַהֲלֹא אַרְבָּעִים יוֹם חָטְאוּ! אֶלָּא לוֹמַר לָךְ: כָּל הָעוֹבֵר עֲבֵירָה אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה — מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ עָבַר כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ.

Et de même pour la mesure du châtiment, car il est écrit : « selon le nombre des jours où vous avez exploré le pays ». Ont-ils donc fauté quarante ans ?

Ils ont fauté quarante jours ! Cela vient plutôt te dire : quiconque transgresse une faute ne serait-ce qu'un seul jour dans l'année, l'Écriture le lui compte comme s'il avait transgressé l'année entière.

🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הָעֻובָּר עֲבֵרָה אַחַת, אֲפִלּוּ יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ עָבַר כָּל הַשָּׁנָה כֻּלָּהּ. פֵּירוּשׁ שֶׁנִּשְׁתַּקַּע בַּעֲבֵירָה יוֹם אֶחָד כְּגוֹן שֶׁלָּבַשׁ כִּלְאַיִם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה וּלְהָכִי שַׁפִּיר יָלֵיף מִינָּהּ עַל עֵסֶק הַתּוֹרָה דְּקָאֵי עַל כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ.
Quiconque transgresse une faute, fut-ce un seul jour dans l'année, l'Écriture le lui compte comme s'il avait transgressé l'année entière. L'explication en est qu'il s'est enfoncé dans la faute un jour durant, comme celui qui a porte du chaatnez tout le jour, et ce qui y ressemble ; et de là on tire à bon droit, pour l'étude de la Torah, qu'il s'agit du jour tout entier.
וְכֵן הוּא אוֹמֵר בְּמִדַּת פּוּרְעָנוּת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא הֵבִיא הוֹכָחָה מִפָּסוּק יְחֶזְקֵאל (יְחֶזְקֵאל ד, ו) לַשָּׁנָה יוֹם לַשָּׁנָה נְתַתִּיו לָךְ? וְנִרְאֶה לִי עַל כַּפָּרָה קָאָמַר לוֹ דְּצַעַר שֶׁל יוֹם אֶחָד יְכַפֵּר עַל שָׁנָה אַחַת דְּחָטְאוּ יִשְׂרָאֵל וְאֵין כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר אֶחְשֹׁוב לְךָ כְּאִלּוּ נִצְטַעַרְתָּ שָׁנָה אַחַת. וּמַה שֶׁהֵבִיא הוֹכָחָה מִן מְרַגְּלִים הַייְנוּ דְּיָלֵיף יִתּוּרָא דִקְרָא דִּכְתִיב בְּמִסְפַּר הַיָּמִים אֲשֶׁר תַּרְתֶּם אֶת הָאָרֶץ אַרְבָּעִים יוֹם יוֹם לַשָּׁנָה יוֹם לַשָּׁנָה תִּשְׂאוּ אֶת עֲוֹ‍נֹתֵיכֶם אַרְבָּעִים שָׁנָה (בַּמִּדְבָּר יד, לד) וְקַשְׁיָא לֵיהּ לָמָּה אָמַר 'יוֹם לְשָׁנָה' מֵאַחַר דְּאָמַר אֲשֶׁר תַּרְתֶּם אֶת הָאָרֶץ אַרְבָּעִים יוֹם תִּשְׂאוּ אֶת עֲוֹ‍נֹתֵיכֶם אַרְבָּעִים שָׁנָה? אֶלָּא וַדַּאי נָקֵיט נָמֵי 'יוֹם לְשָׁנָה' לְלַמְּדֵינוּ לְמִנְיָן בְּעָלְמָא דְּיוֹם בְּשָׁנָה חָשׁוּב שָׁנָה. וְהִנֵּה לְדַעַת רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁדָּרַשׁ יוֹם אֶחָד בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה חָשׁוּב שָׁנָה בָּזֶה מוּבָן הַכָּתוּב אַשְׁרֵי אָדָם שֹׁמֵעַ לִי לִשְׁקֹד עַל דַּלְתֹתַי יוֹם יוֹם (מִשְׁלֵי ח, לד) כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ בִּכְהַאי גַּוְנָא נָמֵי אַשְׁרָיו.
Et de même il est dit pour la mesure du châtiment. On peut objecter : pourquoi n'a-t-il pas apporté la preuve du verset d'Ezechiel (4,6), « une année pour un jour, une année pour un jour Je te l'ai donnée » ? Il me semble que ce verset parle d'expiation : la peine d'un seul jour expie pour une année où Israël a fauté, et son intention n'est pas de dire qu'il lui compte comme s'il avait souffert une année entière. Et s'il a apporté la preuve des explorateurs, c'est qu'il la tire de la redondance du verset, où il est écrit « selon le nombre des jours où vous avez exploré le pays, quarante jours, un jour pour une année, un jour pour une année, vous porterez vos fautes, quarante ans » (Nombres 14,34) ; il lui est difficile de comprendre pourquoi le verset dit « un jour pour une année », alors qu'il a déjà dit « où vous avez exploré le pays quarante jours, vous porterez vos fautes quarante ans ». Il faut donc dire qu'il emploie également « un jour pour une année » pour nous enseigner, pour le compte en général, qu'un jour dans une année compte pour une année. Et selon l'avis de Rabbi Yo'hanan, qui a exposé qu'un jour occupé à l'étude de la Torah compte pour une année, on comprend le verset « heureux l'homme qui M écoute, pour veiller à Mes portes jour après jour » (Proverbes 8,34), c'est-à-dire que même dans ce cas-là aussi il est heureux.
💡 Explication

Le verset des explorateurs convertit quarante jours en quarante années, ce qui fournit la contrepartie du principe précédent dans l'ordre du châtiment. Le Ben Yehoyada précise la portée du principe : le jour visé est un jour occupé tout du long, et c'est de là que le raisonnement peut passer à l'étude.

24
אֵי זֶהוּ קָטָן — כֹּל שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִרְכֹּוב עַל כְּתֵפוֹ שֶׁל אָבִיו. מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא:

« Quel est le mineur ? Tout enfant qui ne peut pas monter sur les épaules de son père. » Rabbi Zeira objecte fortement :

💡 Explication

Le folio se ferme sur le retour au texte de la michna, qui définissait le mineur exempté de la réeya par sa capacité à être porte sur les épaules de son père pour monter de Jérusalem au Har haBayit. L'objection de Rabbi Zeira, dont l'énoncé commence ici, se poursuit au début du folio 6a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).