Sougya : Le folio achève le relevé d'Abaye sur une même question : l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert, au pied du Sinaï, était-elle l'olat tamid, le sacrifice perpétuel imposé aux générations, ou l'olat reiya, l'offrande de comparution du pèlerin ? La première moitié du folio donne les sources de chaque camp : la position de Rabbi Yishmael sur les règles générales et les détails, la baraita de Rabbi Elazar et de Rabbi Akiva sur « l'olat tamid faite au mont Sinaï », le verset d'Amos résolu par la tribu de Levi, puis la baraita de Rabbi Yossi HaGlili sur les trois commandements du pèlerinage.
La guemara revient ensuite sur l'argument qui avait fait ranger Rabbi Yishmael du côté de Beit Chamaï, l'argument de l'écorchement et de la découpe, et le retire : Rabbi Yossi HaGlili admet précisément ce changement, donc l'argument ne prouve rien, et il faut retrancher Rabbi Yishmael de la liste. Le folio se ferme sur la question de Rav Hisda concernant la lecture de Chemot 24,5, ses deux conséquences pratiques, teikou, puis sur la michna de Pea qui ouvre la sougya suivante.
... et les détails à la Tente d'assignation. Et Rabbi Akiva dit : les règles générales et les détails ont été dits au Sinaï, ils ont été répétés à la Tente d'assignation, et ils ont été redits une troisième fois dans les plaines de Moav.
Or si tu venais à penser que l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert était l'olat tamid (le sacrifice perpétuel),
Le folio précédent opposait deux façons de décrire la révélation. Pour Rabbi Yishmaël, seules les kelalot (les règles générales) ont été dites au Sinaï, et les peratot (les détails d'exécution) l'ont été plus tard, à la Tente d'assignation. Pour Rabbi Akiva, tout a été dit dès le Sinaï, puis répété deux fois.
De cette position de Rabbi Yishmaël, Abaye avait tiré qu'il tient l'olah du Sinaï pour une olat reiya et non pour l'olat tamid. L'argument commence ici et se termine au segment suivant.
Y a-t-il une chose qui, au départ, ne requiert ni écorchement ni découpe, et qui, en fin de compte, requiert écorchement et découpe ?!
Hefchet ve-nitouah (écorchement et découpe en morceaux) sont des détails du service de l'olah, exposés selon Rabbi Yishmaël seulement à la Tente d'assignation. Si l'olah du Sinaï avait été l'olat tamid, ce sacrifice unique, imposé à toutes les générations, aurait donc été offert d'abord sans écorchement ni découpe, puis avec. Un tel changement d'exigence sur une seule et même obligation est tenu pour impossible.
Il faut donc dire, selon Rachi, que c'était une olat reiya apportée spontanément, à laquelle aucune règle des générations n'était attachée.
Rabbi Elazar : ainsi qu'il est enseigné dans une baraita — « une olat tamid, celle qui fut faite au mont Sinaï » (Bamidbar 28,6). Rabbi Elazar dit : ses modalités ont été dites au Sinaï, mais elle-même n'a pas été offerte.
Le verset de Bamidbar rattache l'olat tamid au mont Sinaï, ce qui demande une explication puisque le service régulier n'a commencé qu'avec le Michkan. Rabbi Elazar lit le verset comme portant sur l'enseignement des modalités : elles ont été dites au Sinaï, sans que le sacrifice lui-même y ait été offert. L'olah effectivement offerte alors était donc une olat reiya, ce qui range Rabbi Elazar dans le premier camp.
Rabbi Akiva dit : elle a été offerte, et elle n'a plus jamais cessé. Mais alors, comment vais-je maintenir « M avez-vous présenté des sacrifices et des offrandes au désert, quarante années, maison d'Israël ? » (Amos 5,25) —
Rabbi Akiva lit le même verset autrement : l'olat tamid a bien été offerte dès le Sinaï et son service ne s'est jamais interrompu. Le verset d'Amos, formulé comme une interrogation étonnée, semble dire l'inverse ; Rachi explique que le peuple était alors sous la réprimande. La guemara doit donc concilier les deux.
La tribu de Levi, qui n'a pas servi d'idoles, c'est elle qui l'a offerte.
La réponse maintient les deux versets : le sacrifice n'a pas cessé, mais il a été financé et offert par la seule tribu de Levi, restée à l'écart du veau d'or. Puisque le reste du peuple n'y a pas contribué, l'Écriture peut lui adresser le reproche d'Amos comme s'il n'avait rien offert.
Beit Hillel : ce que nous avons dit. Rabbi Akiva : cela aussi, nous l'avons dit.
Rabbi Yossi HaGlili : ainsi qu'il est enseigné dans une baraita — Rabbi Yossi HaGlili dit : les enfants d'Israël ont reçu trois commandements lorsqu'ils montaient pour la fête : la reiya (la comparution), la haguiga (le sacrifice de fête) et la simha (le sacrifice de réjouissance).
La guemara passe au second camp, celui qui tient que l'olah du Sinaï était l'olat tamid. Pour Beit Hillel et pour Rabbi Akiva, les sources ont déjà été données. Pour Rabbi Yossi HaGlili, la preuve viendra de la baraita qui commence ici et qui compare les trois obligations du pèlerinage.
Il y a dans la reiya ce qui ne se trouve pas dans les deux autres ; il y a dans la haguiga ce qui ne se trouve pas dans les deux autres ; il y a dans la simha ce qui ne se trouve pas dans les deux autres. Il y a dans la reiya ce qui ne se trouve pas dans les deux autres : la reiya monte tout entière vers le Haut, ce qui n'est pas le cas des deux autres.
La baraita procède par comparaison croisée : elle relève pour chacune des trois obligations une rigueur que les deux autres n'ont pas. Pour la reiya, c'est son statut d'olah : elle est entièrement consumée sur l'autel, tandis que la haguiga et la simha sont des chelamim dont la plus grande part est mangée.
Il y a dans la haguiga ce qui ne se trouve pas dans les deux autres : la haguiga existait avant le Dibbour, ce qui n'est pas le cas des deux autres. Il y a dans la simha ce qui ne se trouve pas dans les deux autres : la simha s'applique aux hommes et aux femmes, ce qui n'est pas le cas des deux autres.
C'est ici que la baraita sert la sougya. Avant le Dibbour désigne l'époque antérieure à la parole du Sinaï : la haguiga y existait déjà, sous la forme des chelamim offerts par les premiers-nés. Puisque la baraita réserve ce trait à la haguiga seule, elle tient que la reiya, elle, n'a pas été offerte au Sinaï ; l'olah dont parle Chemot 24 était donc l'olat tamid.
Quant à la simha, elle oblige aussi les femmes, alors que la reiya et la haguiga sont des commandements positifs liés au temps dont les femmes sont exemptes.
Et Rabbi Yishmaël, pour quelle raison l'as-tu établi comme Beit Chamaï ? Parce que, si tu venais à penser que l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert était l'olat tamid, y aurait-il une chose qui, au départ, ne requiert ni écorchement ni découpe, et qui, en fin de compte, requiert écorchement et découpe ?!
La guemara revient sur le classement d'Abaye. Ranger Rabbi Yishmaël du côté de Beit Chamaï est coûteux, puisque l'opinion de Beit Chamaï face à Beit Hillel ne fait pas loi. Abaye ne l'a fait que contraint par l'argument de l'écorchement. La question reprend donc cet argument pour l'examiner.
Or voici Rabbi Yossi HaGlili, qui a dit : l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert était l'olat tamid ; et pourtant, au départ elle ne requérait ni écorchement ni découpe, et en fin de compte elle a requis écorchement et découpe.
La réfutation est directe : un tana tient ensemble les deux termes que l'argument déclarait incompatibles. Rabbi Yossi HaGlili soutient que l'olah du Sinaï était l'olat tamid, et il admet en même temps que l'écorchement et la découpe n'ont été exigés qu'ensuite. Le changement d'exigence cesse donc d'être une impossibilité.
Ainsi qu'il est enseigné dans une baraita : Rabbi Yossi HaGlili dit : l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert ne requiert ni écorchement ni découpe, car l'écorchement et la découpe ne s'appliquent qu'à partir de la Tente d'assignation et au-delà. Retranche d'ici Rabbi Yishmaël.
La baraita fournit la preuve annoncée. La guemara en tire la conséquence : sami mikan, retranche d'ici, c'est-à-dire efface le nom de Rabbi Yishmaël de la liste des tannaïm qui tiennent l'olat reiya. Il n'y avait que l'argument de l'écorchement pour l'y placer ; cet argument tombe, et sa position reste indéterminée. Le prix de l'opération est évité : on n'a plus à établir un tana selon Beit Chamaï contre Beit Hillel.
Rav Hisda demanda : ce verset, comment est-il écrit ? « Il envoya les jeunes gens des enfants d'Israël, et ils firent monter des olot » — des agneaux ; « et ils sacrifièrent des sacrifices de chelamim à Hachem » — « des taureaux ».
Ou bien peut-être les uns et les autres étaient-ils des taureaux ?
Chemot 24,5 se termine par le mot parim, des taureaux. La question porte sur sa portée : le mot qualifie-t-il les seuls chelamim, auquel cas les olot, laissées sans précision, seraient des agneaux, ou bien porte-t-il sur les deux ensemble ? Il s'agit d'une question de découpage du verset, non de son contenu littéral.
Quelle est la conséquence pratique ? Mar Zoutra dit : le découpage des teamim.
Les teamim (signes de cantillation) portent aussi une valeur syntaxique : certains séparent, d'autres relient. Selon la lecture retenue, « vayaalou olot » recevra un taam séparateur, etnahta ou zakef katan, ou bien un taam conjonctif tel que pachta ou revii. La question de Rav Hisda a donc une portée immédiate sur la façon de lire le verset.
Rav Aha fils de Rava dit : pour celui qui dit « voici sur moi une olah comme l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert », qu'en est-il ? Étaient-ce des taureaux, ou étaient-ce des agneaux ?
Teikou.
Rav Aha donne à la question une portée halakhique concrète : un homme formule un vœu par référence à l'olah du désert, et il faut savoir quelle espèce il s'est engagé à apporter. La guemara ne tranche pas et conclut par teikou, la question reste debout.
Nous avons appris là-bas : voici les choses qui n'ont pas de mesure :
Le folio ouvre ici la sougya suivante en citant la première michna du traité Pea, qui énumère les obligations sans mesure fixée. La reiya y figure, et c'est à ce titre que la guemara y revient : il faudra concilier cette michna avec les avis qui assignent une mesure minimale à l'offrande de comparution.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).