Chagigah 6b — L'olah offerte au Sinaï : olat tamid ou olat reiya, et la question de Rav Hisda sur les taureaux

Chagigah 6b

Sougya : Le folio achève le relevé d'Abaye sur une même question : l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert, au pied du Sinaï, était-elle l'olat tamid, le sacrifice perpétuel imposé aux générations, ou l'olat reiya, l'offrande de comparution du pèlerin ? La première moitié du folio donne les sources de chaque camp : la position de Rabbi Yishmael sur les règles générales et les détails, la baraita de Rabbi Elazar et de Rabbi Akiva sur « l'olat tamid faite au mont Sinaï », le verset d'Amos résolu par la tribu de Levi, puis la baraita de Rabbi Yossi HaGlili sur les trois commandements du pèlerinage.

La guemara revient ensuite sur l'argument qui avait fait ranger Rabbi Yishmael du côté de Beit Chamaï, l'argument de l'écorchement et de la découpe, et le retire : Rabbi Yossi HaGlili admet précisément ce changement, donc l'argument ne prouve rien, et il faut retrancher Rabbi Yishmael de la liste. Le folio se ferme sur la question de Rav Hisda concernant la lecture de Chemot 24,5, ses deux conséquences pratiques, teikou, puis sur la michna de Pea qui ouvre la sougya suivante.

Quelle olah les enfants d'Israël ont-ils offerte au pied du Sinaï ? le relevé d'Abaye, et le nom qui en est retranché à la fin du folio Olat reiya offrande de comparution, apportée d'eux-mêmes Beit Chamai Rabbi Elazar : ses modalités ont été dites au Sinaï, mais elle-même n'a pas été offerte Rabbi Yishmael — retranché à la fin du folio son argument : les détails n'ont été dits qu'à la Tente d'assignation Olat tamid le perpétuel, obligation de toutes les générations Beit Hillel Rabbi Akiva : elle a été offerte et n'a plus jamais cessé — Amos 5,25 : la tribu de Levi Rabbi Yossi HaGlili : la haguiga seule est antérieure au Dibbour, donc pas la reiya L'argument pour ranger Rabbi Yishmael du côté de l'olat reiya y a-t-il une chose qui au départ ne requiert ni écorchement ni découpe, et qui en fin de compte les requiert ? La réfutation : la baraita de Rabbi Yossi HaGlili il tient l'olat tamid et admet pourtant que l'écorchement ne vaut qu'à partir de la Tente d'assignation Sami mikan Rabbi Yishmael retranché son nom de la liste : rien ne prouve sa position Le changement d'exigence entre le Sinaï et la Tente d'assignation cesse d'être une impossibilité dès lors qu'un tana l'assume.
Les deux camps sur l olah du Sinaï, l argument qui rangeait Rabbi Yishmael du côté de l olat reiya, et son retrait à la fin du folio.
Les trois commandements du pèlerinage selon Rabbi Yossi HaGlili chacun porte une rigueur que les deux autres n'ont pas Reiya olah de comparution Propre à elle elle monte tout entière vers le Haut rien n'en est mangé hommes seulement après le Dibbour Haguiga chelamim de la fête Propre à elle elle existait déjà avant le Dibbour du Sinaï les chelamim des premiers-nés hommes seulement en partie mangée Simha chelamim de réjouissance Propre à elle elle s'applique aux hommes et aux femmes tu te réjouiras, toi et ta maison après le Dibbour en partie mangée Ce qui est propre à la haguiga sert la sougya : si la reiya avait été offerte au Sinaï, elle aussi serait antérieure au Dibbour. Rabbi Yossi HaGlili tient donc que l'olah du Sinaï était l'olat tamid.
Les trois commandements du pèlerinage selon Rabbi Yossi HaGlili et la rigueur propre à chacun.
La question de Rav Hisda : où couper Chemot 24,5 ? Il envoya les jeunes gens des enfants d'Israël, et ils firent monter des olot, et ils sacrifièrent des sacrifices de chelamim — des taureaux Lecture 1 : deux espèces coupure après « ils firent monter des olot » olot = des agneaux chelamim = des taureaux Lecture 2 : une seule espèce pas de coupure ; « taureaux » porte sur tout olot = des taureaux chelamim = des taureaux Nafka mina de Mar Zoutra le découpage des teamim : etnahta ou zakef katan pour séparer, pachta ou revii sinon Nafka mina de Rav Aha fils de Rava celui qui voue « une olah comme celle que les enfants d'Israël ont offerte au désert » Teikou La question reste sans réponse : on ne sait pas s'il doit apporter des taureaux ou des agneaux.
La question de Rav Hisda sur Chemot 24,5 : deux lectures, deux conséquences pratiques, teikou.
1
וּפְרָטוֹת בְּאֹהֶל מוֹעֵד. וְרַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּלָלוֹת וּפְרָטוֹת נֶאֶמְרוּ בְּסִינַי, וְנִשְׁנוּ בְּאֹהֶל מוֹעֵד, וְנִשְׁתַּלְּשׁוּ בְּעַרְבוֹת מוֹאָב. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ עוֹלָה שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר — עוֹלַת תָּמִיד הֲוַאי,

... et les détails à la Tente d'assignation. Et Rabbi Akiva dit : les règles générales et les détails ont été dits au Sinaï, ils ont été répétés à la Tente d'assignation, et ils ont été redits une troisième fois dans les plaines de Moav.

Or si tu venais à penser que l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert était l'olat tamid (le sacrifice perpétuel),

📜 Rachi (4)
וּפְרָטוֹת בְּאֹהֶל מוֹעֵד מִשֶּׁהוּקַם הַמִּשְׁכָּן וְדִיבֵּר עִמּוֹ מֵעַל הַפָּרֹוכֶת שָׁם פֵּירֵשׁ לוֹ הַכָּתוּב כְּדִכְתִיב וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה וַיְדַבֵּר ה' אֵלָיו מֵאֹהֶל מוֹעֵד לֵאמֹר וּבְסֵפֶר תּוֹרַת כֹּהֲנִים דְּהַיְינוּ וַיִּקְרָא נִתְפָּרְשׁוּ כָּל הִלְכוֹת קָרְבָּן וְכֵן דְּבָרִים הַרְבֵּה:
Dès que le Michkan fut dressé et qu'Il parla avec lui depuis au-dessus du parokhet (le rideau), l'Écriture lui exposa là les détails, comme il est écrit « Il appela Moche, et Hachem lui parla depuis la Tente d'assignation, pour dire » ; et dans le livre de Torat Kohanim, c'est-à-dire le Vayikra, toutes les lois des sacrifices ont été exposées, ainsi que beaucoup d'autres choses.
וְנִשְׁנוּ פַּעַם שֵׁנִית וְכָל מַה שֶׁנֶּאֱמַר כָּאן נֶאֱמַר כָּאן ואע"פ שֶׁלֹּא נִכְתַּב:
Une seconde fois ; et tout ce qui a été dit ici à été dit là, bien que cela n'ait pas été mis par écrit.
וְנִשְׁתַּלְּשׁוּ בְּעַרְבוֹת מוֹאָב מִפִּי מֹשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל שֶׁנֶּאֱמַר בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן בְּאֶרֶץ מוֹאָב הוֹאִיל מֹשֶׁה בֵּאֵר אֶת הַתּוֹרָה וְגוֹ' (דְּבָרִים א׳:ה׳):
De la bouche de Moche à Israël, ainsi qu'il est dit : « au-delà du Yarden, au pays de Moav, Moche entreprit d'expliquer cette Torah, etc. » (Devarim 1,5).
וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ עוֹלַת סִינַי עוֹלַת תָּמִיד הֲוַאי וְחוֹבַת הַדּוֹרוֹת מִפִּי הַגְּבוּרָה:
Elle serait alors une obligation des générations, ordonnée de la bouche de la Gvoura (la Puissance divine).
💡 Explication

Le folio précédent opposait deux façons de décrire la révélation. Pour Rabbi Yishmaël, seules les kelalot (les règles générales) ont été dites au Sinaï, et les peratot (les détails d'exécution) l'ont été plus tard, à la Tente d'assignation. Pour Rabbi Akiva, tout a été dit dès le Sinaï, puis répété deux fois.

De cette position de Rabbi Yishmaël, Abaye avait tiré qu'il tient l'olah du Sinaï pour une olat reiya et non pour l'olat tamid. L'argument commence ici et se termine au segment suivant.

2
מִי אִיכָּא מִידֵּי דְּמֵעִיקָּרָא לָא בָּעֵי הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ, וּלְבַסּוֹף בָּעֵי הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ?!

Y a-t-il une chose qui, au départ, ne requiert ni écorchement ni découpe, et qui, en fin de compte, requiert écorchement et découpe ?!

📜 Rachi (1)
מִי אִיכָּא מִידִי כוּ' אֶלָּא וַדַּאי עוֹלַת רְאִייָּה הֲוַאי וּמֵאֵילֵיהֶם הִקְרִיבוּהָ:
Il faut donc dire à coup sur que c'était une olat reiya, et qu'ils l'ont offerte d'eux-mêmes.
🗂️ Tossefot (1)
מִי אִיכָּא מִידֵּי דְּמֵעִיקָּרָא לָא בָּעֵי הֶפְשֵׁט. דַּוְקָא קָא מִבַּעְיָא לֵיהּ מִשּׁוּם דְּעִיקַּר הַפְּשָׁט כְּתִיב בְּגוּפֵיהּ אֲבָל מֵעוֹלַת רְאִייָּה אע"ג דֶּאֱמֶת הוּא דִּטְעוּנָה הַפְּשָׁט לֹא קָשֶׁה לֵיהּ מִידִי כֵּיוָן דְּלָאו בְּגוּפֵיהּ כְּתִיב:
Il pose la question spécifiquement à partir de l'écorchement, parce que l'obligation de l'écorchement est écrite dans le corps même de la paracha de l'olah ; mais depuis l'olat reiya, bien qu'il soit vrai qu'elle requiert l'écorchement, aucune difficulté ne se pose pour lui, puisque cela n'est pas écrit à son propos même.
💡 Explication

Hefchet ve-nitouah (écorchement et découpe en morceaux) sont des détails du service de l'olah, exposés selon Rabbi Yishmaël seulement à la Tente d'assignation. Si l'olah du Sinaï avait été l'olat tamid, ce sacrifice unique, imposé à toutes les générations, aurait donc été offert d'abord sans écorchement ni découpe, puis avec. Un tel changement d'exigence sur une seule et même obligation est tenu pour impossible.

Il faut donc dire, selon Rachi, que c'était une olat reiya apportée spontanément, à laquelle aucune règle des générations n'était attachée.

🖼️ Schéma
L'argument de l'écorchement et de la découpe Sinaï Tente d'assignation règles générales seules pas d'écorchement ni de découpe les détails sont exposés écorchement et découpe exigés Si c'était l'olat tamid le même sacrifice, obligatoire pour toutes les générations, aurait changé d'exigence Mi ika midi — cela ne se peut pas Si c'était l'olat reiya offrande ponctuelle apportée d'eux-mêmes, sans règle des générations attachée Aucune difficulté Cet argument sera retiré plus bas dans le folio Rabbi Yossi HaGlili tient l'olat tamid et assume pourtant le changement
Pourquoi le changement d'exigence gêne dans l'olat tamid et non dans l'olat reiya.
3
רַבִּי אֶלְעָזָר — דְּתַנְיָא: ״עֹולַת תָּמִיד הָעֲשֻׂויָה בְּהַר סִינַי״, רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: מַעֲשֶׂיהָ נֶאֶמְרוּ בְּסִינַי, וְהִיא עַצְמָהּ לֹא קָרְבָה.

Rabbi Elazar : ainsi qu'il est enseigné dans une baraita — « une olat tamid, celle qui fut faite au mont Sinaï » (Bamidbar 28,6). Rabbi Elazar dit : ses modalités ont été dites au Sinaï, mais elle-même n'a pas été offerte.

📜 Rachi (1)
וְהִיא עַצְמָהּ לֹא קָרְבָה וְהָעוֹלָה שֶׁהִקְרִיבוּ הַבְּכוֹרוֹת עוֹלַת רְאִיָּיה הֲוָה:
Et l'olah que les premiers-nés ont offerte était une olat reiya.
💡 Explication

Le verset de Bamidbar rattache l'olat tamid au mont Sinaï, ce qui demande une explication puisque le service régulier n'a commencé qu'avec le Michkan. Rabbi Elazar lit le verset comme portant sur l'enseignement des modalités : elles ont été dites au Sinaï, sans que le sacrifice lui-même y ait été offert. L'olah effectivement offerte alors était donc une olat reiya, ce qui range Rabbi Elazar dans le premier camp.

4
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: קָרְבָה, וְשׁוּב לֹא פָּסְקָה. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״הַזְּבָחִים וּמִנְחָה הִגַּשְׁתֶּם לִי בַמִּדְבָּר אַרְבָּעִים שָׁנָה בֵּית יִשְׂרָאֵל״ —

Rabbi Akiva dit : elle a été offerte, et elle n'a plus jamais cessé. Mais alors, comment vais-je maintenir « M avez-vous présenté des sacrifices et des offrandes au désert, quarante années, maison d'Israël ? » (Amos 5,25) —

📜 Rachi (1)
וּמָה אֲנִי מְקַייֵּם הַזְּבָחִים וּמִנְחָה הִגַּשְׁתֶּם לִי בַמִּדְבָּר לְשׁוֹן תֵּימַהּ וּמַשְׁמַע שֶׁלֹּא הִקְרִיבוּ לְפִי שֶׁנְּזוּפִין הָיוּ:
C'est une formule d'étonnement, et il en ressort qu'ils n'ont pas offert, parce qu'ils étaient sous la réprimande.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי עֲקִיבָא וְכוּ'. אע"ג דְּבַחֲמִישִׁי בָּנָה מִזְבֵּחַ וְלֹא נִיתְּנָה תּוֹרָה עַד סִינַי דְּרֵישׁ מֵאוֹתָהּ שָׁעָה דְּנֶאֱמַר מַעֲשֶׂיהָ בְּסִינַי כְּדִכְתִיב עֹולַת תָּמִיד הָעֲשֻׂויָה בְּהַר סִינַי וּמַאן דְּלָא דְּרֵישׁ הַאי מוּקֵי לָהּ דְּעוֹלָה טְעוּנָה כְּלִי וְכֵן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בְּנִימּוּקֵי חֻומָּשׁ הָעֲשׂוּיָה בְּהַר סִינַי וּבְסִיפְרֵי דְּרֵישׁ לָהּ שֶׁנַּעֲשֵׂית בְּהַר סִינַי קֹודֶם לַתּוֹרָה וְהַייְנוּ בַּחֲמִישִׁי שֶׁבָּנָה מִזְבֵּחַ:
Bien que ce soit le cinquième jour qu'il bâtit l'autel, et que la Torah n'ait été donnée qu'au Sinaï, il expose que dès ce moment-là ses modalités ont été dites au Sinaï, comme il est écrit « l'olat tamid faite au mont Sinaï » ; et celui qui n'expose pas ainsi ce verset l'explique comme enseignant que l'olah requiert un ustensile. Ainsi a expliqué Rachi dans ses notes sur le Houmach sur « faite au mont Sinaï » ; et dans le Sifri on l'expose au sens où elle fut faite au mont Sinaï avant la Torah, c'est-à-dire le cinquième jour, lorsqu'il bâtit l'autel.
💡 Explication

Rabbi Akiva lit le même verset autrement : l'olat tamid a bien été offerte dès le Sinaï et son service ne s'est jamais interrompu. Le verset d'Amos, formulé comme une interrogation étonnée, semble dire l'inverse ; Rachi explique que le peuple était alors sous la réprimande. La guemara doit donc concilier les deux.

5
שִׁבְטוֹ שֶׁל לֵוִי שֶׁלֹּא עָבְדוּ עֲבוֹדָה זָרָה, הֵן הִקְרִיבוּ אוֹתָהּ.

La tribu de Levi, qui n'a pas servi d'idoles, c'est elle qui l'a offerte.

📜 Rachi (1)
שִׁבְטוֹ שֶׁל לֵוִי הִקְרִיבוּהָ מִשֶּׁלָּהֶם:
Ils l'ont offerte de leurs propres biens.
💡 Explication

La réponse maintient les deux versets : le sacrifice n'a pas cessé, mais il a été financé et offert par la seule tribu de Levi, restée à l'écart du veau d'or. Puisque le reste du peuple n'y a pas contribué, l'Écriture peut lui adresser le reproche d'Amos comme s'il n'avait rien offert.

6
בֵּית הִלֵּל — הָא דַּאֲמָרָן. רַבִּי עֲקִיבָא — הָא נָמֵי דַּאֲמָרָן. רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי — דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ מִצְוֹת נִצְטַוּוּ יִשְׂרָאֵל בַּעֲלוֹתָם לָרֶגֶל: רְאִיָּיה, וַחֲגִיגָה, וְשִׂמְחָה.

Beit Hillel : ce que nous avons dit. Rabbi Akiva : cela aussi, nous l'avons dit.

Rabbi Yossi HaGlili : ainsi qu'il est enseigné dans une baraita — Rabbi Yossi HaGlili dit : les enfants d'Israël ont reçu trois commandements lorsqu'ils montaient pour la fête : la reiya (la comparution), la haguiga (le sacrifice de fête) et la simha (le sacrifice de réjouissance).

📜 Rachi (1)
שִׂמְחָה אַף הֵם שַׁלְמֵי שִׂמְחָה אִם אֵין לוֹ בְּשַׂר שְׁלָמִים שֶׁל נֶדֶר וּנְדָבָה שֶׁהִתְנַדֵּב כָּל הַשָּׁנָה שֶׁמְּבִיאִין בָּרֶגֶל וְלֹא מַעְשַׂר בְּהֵמָה מֵבִיא שְׁלָמִים מִשֶּׁלּוֹ אוֹ מִמְּעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי שֶׁלּוֹ לִהְיוֹת לוֹ בָּשָׂר לָשֹׂובַע שֶׁאֵין שִׂמְחַת הַחַג אֶלָּא בְּבָשָׂר:
Eux aussi, les chelamim de simha : s'il n'a pas de viande provenant de chelamim de neder ou de nedava qu'il aurait voués durant toute l'année et que l'on apporte à la fête, ni de maasser behema (la dîme du bétail), il apporte des chelamim de ses propres biens, ou avec l'argent de son maasser cheni, afin d'avoir de la viande à satiété, car la réjouissance de la fête ne se fait qu'avec de la viande.
💡 Explication

La guemara passe au second camp, celui qui tient que l'olah du Sinaï était l'olat tamid. Pour Beit Hillel et pour Rabbi Akiva, les sources ont déjà été données. Pour Rabbi Yossi HaGlili, la preuve viendra de la baraita qui commence ici et qui compare les trois obligations du pèlerinage.

7
יֵשׁ בָּרְאִייָּה שֶׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן; וְיֵשׁ בַּחֲגִיגָה שֶׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן; יֵשׁ בַּשִּׂמְחָה שֶׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן. יֵשׁ בָּרְאִיָּיה שֶׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן — שֶׁהָרְאִיָּיה עוֹלָה כֻּולָּהּ לַגָּבוֹהַּ, מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּשְׁתֵּיהֶן.

Il y a dans la reiya ce qui ne se trouve pas dans les deux autres ; il y a dans la haguiga ce qui ne se trouve pas dans les deux autres ; il y a dans la simha ce qui ne se trouve pas dans les deux autres. Il y a dans la reiya ce qui ne se trouve pas dans les deux autres : la reiya monte tout entière vers le Haut, ce qui n'est pas le cas des deux autres.

💡 Explication

La baraita procède par comparaison croisée : elle relève pour chacune des trois obligations une rigueur que les deux autres n'ont pas. Pour la reiya, c'est son statut d'olah : elle est entièrement consumée sur l'autel, tandis que la haguiga et la simha sont des chelamim dont la plus grande part est mangée.

8
יֵשׁ בַּחֲגִיגָה מַה שֶּׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן, שֶׁחֲגִיגָה יֶשְׁנָהּ לִפְנֵי הַדִּיבּוּר, מַה שֶׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן. יֵשׁ בַּשִּׂמְחָה מַה שֶּׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן, שֶׁהַשִּׂמְחָה נוֹהֶגֶת בַּאֲנָשִׁים וּבְנָשִׁים, מַה שֶׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן.

Il y a dans la haguiga ce qui ne se trouve pas dans les deux autres : la haguiga existait avant le Dibbour, ce qui n'est pas le cas des deux autres. Il y a dans la simha ce qui ne se trouve pas dans les deux autres : la simha s'applique aux hommes et aux femmes, ce qui n'est pas le cas des deux autres.

📜 Rachi (3)
שֶׁחֲגִיגָה יֶשְׁנָהּ לִפְנֵי הַדִּיבּוּר אוֹתָן שְׁלָמִים שֶׁהִקְרִיבוּ הַבְּכוֹרוֹת אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא בָּרֶגֶל הִקְרִיבוּם חֲגִיגָה נִקְרְאוּ שֶׁבָּהֶן נִתְקַיֵּים וְיָחוֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר (שְׁמוֹת ה) שֶׁנֶּאֱמַר לָהֶם בְּמִצְרַיִם:
Ces chelamim que les premiers-nés ont offerts, bien qu'ils ne les aient pas offerts à la fête, sont appelés haguiga, car par eux s'est accompli « et qu'ils célèbrent pour Moi une fête au désert » (Chemot 5), qui leur avait été dit en Égypte.
הַשִּׂמְחָה נוֹהֶגֶת בַּנָּשִׁים דִּכְתִיב וְשָׂמַחְתָּ אַתָּה וּבֵיתֶךָ (דְּבָרִים יד):
Car il est écrit « tu te réjouiras, toi et ta maison » (Devarim 14).
מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּשְׁתֵּיהֶן דְּמִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא הֵן וְהַכָּתוּב לֹא רִיבָּה אוֹתָן:
Car ce sont des commandements positifs liés au temps, et l'Écriture ne les a pas incluses.
🗂️ Tossefot (1)
יֵשׁ בַּשִּׂמְחָה שֶׁאֵין בִּשְׁתֵּיהֶן. וּבַתּוֹסָפ' גָּרְסִינַן שֶׁהַשִּׂמְחָה יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה וְלֹא בִּשְׁתֵּיהֶן וּשְׁמַעְתָּתָא שֶׁלָּנוּ דְּלָא גָּרֵיס לֵיהּ סְבִירָא לֵיהּ דְּגַם בְּאִינָךְ יֵשׁ לָהֶן תַּשְׁלוּמִין וְלָא קָאָמַר יֵשׁ בִּשְׁתֵּיהֶן שֶׁצְּרִיכִין שִׁיעוּר מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּשִׂמְחָה דְּאֵימָא אַף שִׂמְחָה יֵשׁ לָהּ שִׁיעוּר וּמִיהוּ בְּלָאו הָכִי נִיחָא דְּלָא נְחִית לְמִיתְנֵי הָא כְּלָלָא כִּדְפָרֵישׁ' לְעֵיל (חֲגִיגָה דַּף ב:) רַק חוּמְרָא בְּאַחַת שֶׁאֵין בִּשְׁתַּיִם וּלְהָכֵי לָא חֲשִׁיב שְׁתֵּיהֶן אֵינָן בָּאִין מִכָּל דָּבָר מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּשִׂמְחָה שֶׁבָּאָה מִכָּל דָּבָר דְּהָא חוּמְרֵי דִּשְׁתַּיִם לָא קָא חֲשִׁיב:
Dans la Tossefta nous avons la leçon : la simha a un rattrapage pendant les sept jours, ce qui ne vaut pas pour les deux autres. Notre sougya, qui ne retient pas cette leçon, tient que les deux autres aussi ont un rattrapage. Il n'a pas dit non plus : il y a dans les deux autres qu'elles requièrent une mesure minimale, ce qui ne vaut pas pour la simha, car on pourrait répondre que la simha aussi a une mesure. Quoi qu'il en soit, cela se comprend déjà sans cela, car il n'a pas entrepris d'enseigner cette règle-là, comme nous l'avons expliqué plus haut (Haguiga 2b), mais seulement une rigueur propre à l'une qui manque aux deux autres ; c'est pourquoi il n'a pas relevé que les deux autres ne viennent pas de n'importe quelle espèce, ce qui ne vaut pas pour la simha qui vient de n'importe quelle espèce, puisqu'il ne compte pas les rigueurs communes aux deux.
💡 Explication

C'est ici que la baraita sert la sougya. Avant le Dibbour désigne l'époque antérieure à la parole du Sinaï : la haguiga y existait déjà, sous la forme des chelamim offerts par les premiers-nés. Puisque la baraita réserve ce trait à la haguiga seule, elle tient que la reiya, elle, n'a pas été offerte au Sinaï ; l'olah dont parle Chemot 24 était donc l'olat tamid.

Quant à la simha, elle oblige aussi les femmes, alors que la reiya et la haguiga sont des commandements positifs liés au temps dont les femmes sont exemptes.

🖼️ Schéma
Les trois commandements du pèlerinage selon Rabbi Yossi HaGlili chacun porte une rigueur que les deux autres n'ont pas Reiya olah de comparution Propre à elle elle monte tout entière vers le Haut rien n'en est mangé hommes seulement après le Dibbour Haguiga chelamim de la fête Propre à elle elle existait déjà avant le Dibbour du Sinaï les chelamim des premiers-nés hommes seulement en partie mangée Simha chelamim de réjouissance Propre à elle elle s'applique aux hommes et aux femmes tu te réjouiras, toi et ta maison après le Dibbour en partie mangée Ce qui est propre à la haguiga sert la sougya : si la reiya avait été offerte au Sinaï, elle aussi serait antérieure au Dibbour. Rabbi Yossi HaGlili tient donc que l'olah du Sinaï était l'olat tamid.
Les trois obligations du pèlerinage et la rigueur propre à chacune ; celle de la haguiga porte la preuve.
9
וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל, מַאי טַעְמָא קָא מוֹקְמַתְּ לֵיהּ כְּבֵית שַׁמַּאי? אִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ עוֹלָה שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר עוֹלַת תָּמִיד הֲוַאי, מִי אִיכָּא מִידֵּי דְּמֵעִיקָּרָא לָא בָּעֵי הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ, וּלְבַסּוֹף בָּעֵי הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ?!

Et Rabbi Yishmaël, pour quelle raison l'as-tu établi comme Beit Chamaï ? Parce que, si tu venais à penser que l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert était l'olat tamid, y aurait-il une chose qui, au départ, ne requiert ni écorchement ni découpe, et qui, en fin de compte, requiert écorchement et découpe ?!

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל מַאי טַעְמָא קָא מוֹקְמַתְּ לֵיהּ כְּבֵית שַׁמַּאי אִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ וְכוּ' וְלָא גָּרְסִינַן אָמַר לָךְ וְהָכִי פֵּירוּשָׁא לְאַבַּיֵּי פָּרֵיךְ דְּאָמַר לְעֵיל בֵּית שַׁמַּאי וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל כוּ' מַאי טַעְמָא מוֹקְמַתְּ לַהּ לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּלָא כְּהִלְכְתָא דְּבֵית שַׁמַּאי בִּמְקוֹם בֵּית הִלֵּל אֵינוֹ מִשְׁנָה מִשּׁוּם דִּשְׁמַעְתָּ לֵיהּ דְּאָמַר פְּרָטוֹת לֹא נֶאֶמְרוּ בְּסִינַי וְקַשְׁיָא לָךְ אִי סָלְקָא דַעְתָּךְ עוֹלַת תָּמִיד הֲוַאי וּמִי אִיכָּא מִידִי כוּ' מִשּׁוּם הָכִי לָא הֲוָה לָךְ לְאוֹקְמָה כְּבֵית שַׁמַּאי:
Telle est notre leçon : « et Rabbi Yishmaël, pour quelle raison l'as-tu établi comme Beit Chamaï, si tu venais à penser, etc. », et nous ne lisons pas « il te dira ». Voici le sens : la question s'adresse à Abaye, qui a dit plus haut « Beit Chamaï et Rabbi Yishmaël, etc. » ; pour quelle raison établis-tu Rabbi Yishmaël contre la halakha, alors que Beit Chamaï à la place de Beit Hillel ne fait pas michna ? Parce que tu lui as entendu dire que les détails n'ont pas été dits au Sinaï, et qu'il t était difficile de soutenir que, si tu venais à penser que c'était l'olat tamid, y aurait-il une chose, etc. Pour cette raison tu n'aurais pas dû l'établir comme Beit Chamaï.
💡 Explication

La guemara revient sur le classement d'Abaye. Ranger Rabbi Yishmaël du côté de Beit Chamaï est coûteux, puisque l'opinion de Beit Chamaï face à Beit Hillel ne fait pas loi. Abaye ne l'a fait que contraint par l'argument de l'écorchement. La question reprend donc cet argument pour l'examiner.

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וְהָא רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, דְּאָמַר: עוֹלָה שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר — עוֹלַת תָּמִיד הֲוַאי: מֵעִיקָּרָא לָא בָּעֵי הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ, וּלְבַסּוֹף בָּעֵי הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ.

Or voici Rabbi Yossi HaGlili, qui a dit : l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert était l'olat tamid ; et pourtant, au départ elle ne requérait ni écorchement ni découpe, et en fin de compte elle a requis écorchement et découpe.

📜 Rachi (1)
הָא ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי דִּשְׁמַעְתָּ לֵיהּ בְּהֶדְיָא דְּאָמַר לְעֵיל עוֹלַת תָּמִיד הֲוַאי וַאֲפִילּוּ הָכִי שָׁמְעִינַן בְּעוֹלַת תָּמִיד דְּלֵית בֵּיהּ הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ:
Tu lui as entendu dire explicitement plus haut que c'était l'olat tamid, et malgré cela nous lui entendons dire, au sujet de l'olat tamid, qu'il n'y avait pas en elle d'écorchement ni de découpe.
💡 Explication

La réfutation est directe : un tana tient ensemble les deux termes que l'argument déclarait incompatibles. Rabbi Yossi HaGlili soutient que l'olah du Sinaï était l'olat tamid, et il admet en même temps que l'écorchement et la découpe n'ont été exigés qu'ensuite. Le changement d'exigence cesse donc d'être une impossibilité.

11
דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר: עוֹלָה שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר אֵינָהּ טְעוּנָה הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ, לְפִי שֶׁאֵין הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ אֶלָּא מֵאֹהֶל מוֹעֵד וְאֵילָךְ! סְמִי מִכָּאן רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

Ainsi qu'il est enseigné dans une baraita : Rabbi Yossi HaGlili dit : l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert ne requiert ni écorchement ni découpe, car l'écorchement et la découpe ne s'appliquent qu'à partir de la Tente d'assignation et au-delà. Retranche d'ici Rabbi Yishmaël.

💡 Explication

La baraita fournit la preuve annoncée. La guemara en tire la conséquence : sami mikan, retranche d'ici, c'est-à-dire efface le nom de Rabbi Yishmaël de la liste des tannaïm qui tiennent l'olat reiya. Il n'y avait que l'argument de l'écorchement pour l'y placer ; cet argument tombe, et sa position reste indéterminée. Le prix de l'opération est évité : on n'a plus à établir un tana selon Beit Chamaï contre Beit Hillel.

🖼️ Schéma
Quelle olah les enfants d'Israël ont-ils offerte au pied du Sinaï ? le relevé d'Abaye, et le nom qui en est retranché à la fin du folio Olat reiya offrande de comparution, apportée d'eux-mêmes Beit Chamai Rabbi Elazar : ses modalités ont été dites au Sinaï, mais elle-même n'a pas été offerte Rabbi Yishmaël — retranché à la fin du folio son argument : les détails n'ont été dits qu'à la Tente d'assignation Olat tamid le perpétuel, obligation de toutes les générations Beit Hillel Rabbi Akiva : elle a été offerte et n'a plus jamais cessé — Amos 5,25 : la tribu de Levi Rabbi Yossi HaGlili : la haguiga seule est antérieure au Dibbour, donc pas la reiya L'argument pour ranger Rabbi Yishmaël du côté de l'olat reiya y a-t-il une chose qui au départ ne requiert ni écorchement ni découpe, et qui en fin de compte les requiert ? La réfutation : la baraita de Rabbi Yossi HaGlili il tient l'olat tamid et admet pourtant que l'écorchement ne vaut qu'à partir de la Tente d'assignation Sami mikan Rabbi Yishmaël retranche son nom de la liste : rien ne prouve sa position Le changement d'exigence entre le Sinaï et la Tente d'assignation cesse d'être une impossibilité dès lors qu'un tana l'assume.
État final du relevé d'Abaye après le retrait de Rabbi Yishmaël.
12
בָּעֵי רַב חִסְדָּא: הַאי קְרָא הֵיכִי כְּתִיב? ״וַיִּשְׁלַח אֶת נַעֲרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּעֲלוּ עֹולֹות״ — כְּבָשִׂים, ״וַיִּזְבְּחוּ זְבָחִים שְׁלָמִים לַה׳״ — ״פָּרִים״. אוֹ דִּלְמָא: אִידֵּי וְאִידֵּי פָּרֵים הֲווֹ.

Rav Hisda demanda : ce verset, comment est-il écrit ? « Il envoya les jeunes gens des enfants d'Israël, et ils firent monter des olot » — des agneaux ; « et ils sacrifièrent des sacrifices de chelamim à Hachem » — « des taureaux ».

Ou bien peut-être les uns et les autres étaient-ils des taureaux ?

🗂️ Tossefot (1)
אִידֵּי וְאִידֵּי פָּרֵים הֲווֹ. אַלִּיבָּא דמ"ד עוֹלַת רְאִייָּה הֲוַאי וְאַפֵּי' לָמֶ"ד עוֹלַת תָּמִיד קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה הָיְתָה שֶׁל פָּרִים וַהֲדַר אִישְׁתַּנּוֹ כְּמוֹ שֶׁנִּשְׁתַּנָּה מִן הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי:
Selon celui qui dit que c'était une olat reiya ; et même selon celui qui dit que c'était l'olat tamid, avant le don de la Torah elle était faite de taureaux, puis elle a changé, de même qu'elle a changé quant à l'écorchement et à la découpe selon Rabbi Yossi HaGlili.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּעֵי רַב חִסְדָּא, הַאי קְרָא הֵיכִי כְּתִיב? (שְׁמוֹת כֹּד, ה) וַיִּשְׁלַח אֶת נַעֲרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּעֲלוּ עֹלֹת. הִנֵּה בְּוַדַּאי כַּוָּנַת רַב חִסְדָּא בְּבַעְיָא זוֹ כְּמוֹ שֶׁאָמַר מַר זוּטְרָא דְּשָׁאַל לְעִנְיַן פִּיסּוּק טְעָמִים דִּלְשׁוֹן הֵיכִי כְּתִיב דְּקָאָמַר מַשְׁמַע 'כֵּן' אַךְ עִם כָּל זֶה אֲתָא רַב אֲחָא לַעֲשׂוֹת נַפְקוּתָא אַחֶרֶת שֶׁיּוֹצְאָהּ מִבַּעְיָא זוֹ. וַאֲנָא עָבְדָא נִרְאֶה לִי לַעֲשׂוֹת נַפְקוּתָא אַחֲרִיתִי וְהוּא לְאֶחָד שֶׁכָּתַב בַּשְּׁטָר שֶׁהוּא חַיָּיב לִפְלוֹנִי אוֹ שֶׁכָּתַב בַּצַּווָּאָה שֶׁיִּתְּנוּ לִפְלוֹנִי מֵאָה לירא'ס וּמֵאָה רייא'ל מַטְבֵּעַ 'עתמלי' דְּיֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק אִם מַה שֶׁאָמַר מַטְבֵּעַ עתמלי קָאֵי רַק עַל הרייא'ל וְלָא קָאֵי עַל לִירְא'ס דְּאָז בְּפִי הַדִּין ליראס בִּסְתָם יִתְּנוּ לוֹ מִן ליראס הַקְּטַנָּה בְּעֶרְכָּהּ דְּהַיְינוּ לִירֹא פרנסא'ווי וְלֹא עתמליי אוֹ דִּלְמָא מַה שֶׁאָמַר מַטְבֵּעַ עֶתְמְלִי קָאֵי גַּם עַל לִירָא'ס וְיִתְּנוּ לוֹ לִירָאס עֶתְמְלִי? וְעַייֵּן בַּגְּמָרָא רֹאשׁ הַשָּׁנָה (רֹאשׁ הַשָּׁנָה י:) סְבָרַת רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּפָּסוּק וַיְהִי בְּאַחַת וְשֵׁשׁ מֵאוֹת שָׁנָה בָּרִאשׁוֹן בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ (בְּרֵאשִׁית ח, יג) וְיֵשׁ לַעֲשׂוֹת מִזֶּה נַפְקוּתָא אַחֶרֶת וְדַי בָּזֶה.
Assurément, l'intention de Rav Hisda dans cette question est celle qu'a énoncée Mar Zoutra : il interroge au sujet du découpage des teamim, car la formule « comment est-il écrit » qu'il emploie indique bien cela. Malgré tout, Rav Aha est venu tirer de cette question une autre nafka mina (conséquence pratique). Et moi, le serviteur, il me semble qu'on peut en tirer encore une autre : le cas de celui qui a écrit dans un acte qu'il doit à untel, ou qui a écrit dans un testament que l'on donne à untel, cent liras et cent riyals en monnaie ottomane. Il y a lieu de douter : ce qu'il a dit, « en monnaie ottomane », porte-t-il seulement sur le riyal et non sur les liras — auquel cas, selon la loi, on lui donnera pour des liras énoncées sans précision les liras de moindre valeur, c'est-à-dire la lira française et non l'ottomane — ou bien porte-t-il aussi sur les liras, et on lui donnera des liras ottomanes ? Que l'on se reporte à la guemara de Roch Hachana (10b), au raisonnement de Rabbi Meir et de Rabbi Eliezer sur le verset « et ce fut en l'an six cent un, au premier mois, au premier du mois » (Berechit 8,13) ; on peut en tirer encore une autre nafka mina, et cela suffit.
💡 Explication

Chemot 24,5 se termine par le mot parim, des taureaux. La question porte sur sa portée : le mot qualifie-t-il les seuls chelamim, auquel cas les olot, laissées sans précision, seraient des agneaux, ou bien porte-t-il sur les deux ensemble ? Il s'agit d'une question de découpage du verset, non de son contenu littéral.

13
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? מַר זוּטְרָא אָמַר: לְפִיסּוּק טְעָמִים.

Quelle est la conséquence pratique ? Mar Zoutra dit : le découpage des teamim.

📜 Rachi (1)
לִפְסוּקֵי טְעָמִים בִּנְגִינוֹת אִם תֹּאמַר שְׁנֵי מִינִין צָרִיךְ אַתָּה לִפְסֹוק הַטַּעַם שֶׁל וַיַּעֲלוּ עוֹלוֹת בְּאֶתְנַחְתָּא כְּמוֹ שֶׁאָנוּ קוֹרִין אוֹתוֹ אוֹ בְּזָקֵף קָטָן טַעַם שֶׁמַּפְסִיק הַדִּבּוּר מִמַּה שֶׁלְּאַחֲרָיו וְאִם מִין אֶחָד הָיָה צָרִיךְ אַתָּה לִקְרוֹתוֹ בְּאֶחָד מִשְּׁאָר טְעָמִים שֶׁאֵין מַפְסִיקִין כְּגוֹן פְּשָׁטָא אוֹ רְבִיעַ:
Dans la cantillation : si tu dis qu'il s'agit de deux espèces, tu dois ponctuer le taam de « vayaalou olot » par un etnahta, comme nous le lisons, ou par un zakef katan, taam qui sépare la parole de ce qui la suit ; et s'il s'agissait d'une seule espèce, tu devrais le lire avec l'un des autres teamim qui ne séparent pas, tel un pachta ou un revii.
🗂️ Tossefot (2)
מַאי נָפְקָא מִינָּה. כְּלוֹמַר מַאי דַהֲוָה הֲוָה וְכֵן פָּרֵיךְ בְּפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף ה: וְשָׁם) גַּבֵּי כֵּיצַד הִלְבִּישָׁן וּבִפְסָחִים (צו.) גַּבֵּי אֵימוּרֵי פְּסָחִים וּבְסַנְהֶדְרִין (דַּף טו: וְשָׁם) גַּבֵּי שׁוֹר סִינַי בְּכַמָּה לָא בָּעֵי מִשּׁוּם דִּסְבִירָא לְאַלּוּפֵי דּוֹרוֹת מִשָּׁעָה ובע"ז פֶּרֶק שֵׁנִי (דַּף לד) וּבְתַעֲנִית (דַּף יא.) גַּבֵּי בַּמֶּה שִׁמֵּשׁ מֹשֶׁה כָּל יְמֵי הַמִּלּוּאִים דְּלָא פָּרֵיךְ לֵיהּ הָתָם נָמֵי לְמִיסְבַּר קְרָאֵי לְפִי שֶׁלֹּא מָצִינוּ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה רַק לְאַהֲרֹן וּבָנָיו וְעוֹד דְּאַכַּתִּי לֹא נִתְחַנְּכוּ הַבְּגָדִים דְּבָעֵינַן עֲלַיְיהוּ הַזָּאָה וְנָפְקָא מִינָּהּ לַעֲבֹוד בַּמִּלּוּאִים בְּלֹא הַזָּאַת בְּגָדִים:
C'est-à-dire : ce qui fut, fut. On objecte de même au premier chapitre de Yoma (5b) au sujet de « comment les a-t-il revêtus », dans Pessahim (96a) au sujet des emourim des pessahim, et dans Sanhédrin (15b) au sujet du taureau du Sinaï, où l'on ne demande pas de combien, parce qu'il tient qu'on n'apprend pas les générations à partir de ce moment-là ; ainsi encore dans Avoda Zara, deuxième chapitre (34), et dans Taanit (11a) au sujet de « avec quoi Moche a-t-il officié durant tous les jours des miloouim », où l'on ne pose pas cette objection. Là aussi il s'agit de comprendre les versets, puisque nous ne trouvons de vêtements de kehouna que pour Aharon et ses fils ; et de plus, les vêtements n'avaient pas encore été inaugurés, car il faut sur eux une aspersion, et la nafka mina est d'officier pendant les miloouim sans aspersion des vêtements.
לִפְסוּקֵי טַעְמָא. וְלָא דָּמֵי לָהּ' מִקְרָאוֹת שֶׁאֵין לָהֶן הֶכְרֵעַ (יוֹמָא דַּף נב) וְלָא אָזְלִינַן בָּתַר פְּסוּקֵי טַעְמָא הָתָם לָא מָצֵי קָאֵי רַק לְחַד מִינַּייְהוּ דְּאֵין מַשְׁמָעוּת שְׁתֵּיהֶן שָׁוָה אֲבָל הָכָא מָצֵי קָאֵי לְתַרְוַוייְהוּ:
Et cela ne ressemble pas aux cinq versets qui n'ont pas de trancheature (Yoma 52), où l'on ne suit pas le découpage des teamim : là, le mot ne peut se rattacher qu'à l'un des deux membres, car leurs sens ne sont pas équivalents ; mais ici, il peut se rattacher aux deux.
💡 Explication

Les teamim (signes de cantillation) portent aussi une valeur syntaxique : certains séparent, d'autres relient. Selon la lecture retenue, « vayaalou olot » recevra un taam séparateur, etnahta ou zakef katan, ou bien un taam conjonctif tel que pachta ou revii. La question de Rav Hisda a donc une portée immédiate sur la façon de lire le verset.

14
רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא אָמַר: לְאוֹמֵר ״הֲרֵי עָלַי עוֹלָה כָּעוֹלָה שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר״, מַאי? פָּרִים הָווּ, אוֹ כְּבָשִׂים הָווּ?! תֵּיקוּ.

Rav Aha fils de Rava dit : pour celui qui dit « voici sur moi une olah comme l'olah que les enfants d'Israël ont offerte au désert », qu'en est-il ? Étaient-ce des taureaux, ou étaient-ce des agneaux ?

Teikou.

📜 Rachi (2)
לָאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי עוֹלָה כו' גֵּר' וְלָא גָּרְסִי' כְּאוֹמֵר:
Notre leçon est « pour celui qui dit : voici sur moi une olah, etc. », et nous ne lisons pas « comme celui qui dit ».
נָפְקָא מִינַּהּ לָאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי עוֹלָה כְּאוֹתָהּ עוֹלָה מַה יָבִיא פָּרִים אוֹ כְּבָשִׂים תֵּיקוּ:
Que doit-il apporter, des taureaux ou des agneaux ? Teikou.
💡 Explication

Rav Aha donne à la question une portée halakhique concrète : un homme formule un vœu par référence à l'olah du désert, et il faut savoir quelle espèce il s'est engagé à apporter. La guemara ne tranche pas et conclut par teikou, la question reste debout.

🖼️ Schéma
La question de Rav Hisda : où couper Chemot 24,5 ? Il envoya les jeunes gens des enfants d'Israël, et ils firent monter des olot, et ils sacrifièrent des sacrifices de chelamim — des taureaux Lecture 1 : deux espèces coupure après « ils firent monter des olot » olot = des agneaux chelamim = des taureaux Lecture 2 : une seule espèce pas de coupure ; « taureaux » porte sur tout olot = des taureaux chelamim = des taureaux Nafka mina de Mar Zoutra le découpage des teamim : etnahta ou zakef katan pour séparer, pachta ou revii sinon Nafka mina de Rav Aha fils de Rava celui qui voue « une olah comme celle que les enfants d'Israël ont offerte au désert » Teikou La question reste sans réponse : on ne sait pas s'il doit apporter des taureaux ou des agneaux.
Les deux lectures du verset et les deux conséquences pratiques, jusqu'au teikou.
15
תְּנַן הָתָם, אֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁאֵין לָהֶם שִׁיעוּר:

Nous avons appris là-bas : voici les choses qui n'ont pas de mesure :

📜 Rachi (1)
תְּנַן הָתָם בְּמַסֶּכֶת פֵּאָה:
Dans le traité Pea.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאֵין לָהֶן שִׁיעוּר הַפֵּאָה. דִּכְתִיב לֹא תְכַלֶּה פְּאַת שָׂדְךָ (וַיִּקְרָא י״ט:ט׳) וּמִדְּאוֹרַייְתָּא הִיא דְּאִילּוּ מִדְּרַבָּנָן אָמַר בְּפֶרֶק רֵאשִׁית הַגֵּז (חֻולִּין דַּף קלז: וְשָׁם) אֵין פּוֹחֲתִין (לֶעָנִי בַּגֹּורֶן פָּחוֹת) מִשִּׁשִּׁים וּפְלִיגִי אָמוֹרָאֵי בַּיְּרוּשַׁלְמִי חַד אָמַר אֵין לָהֶם שִׁיעוּר לְמַעְלָה וְלֹא לְמַטָּה כְּלוֹמַר יוּכַל לְפָחוֹת עַד חִטָּה וּלְמַעְלָה כָּל שָׂדֵהוּ וְחַד אָמַר לְמַעְלָה אֵין לָהּ שִׁיעוּר הָא לְמַטָּה יֵשׁ לָהּ וּבָעֵי מַאי בֵינַיְיהוּ כְּלוֹמַר וַדַּאי לְכֻולֵּי עָלְמָא אִיכָּא וּמְשַׁנֵּי אִם פִּיחֵת מִשִּׁשִּׁים לְמַאן דְּאָמַר אֵין לוֹ שִׁיעוּר כְּלָל מַה שֶׁנָּתַן נָתַן וּפָטוּר מִפֵּאָה וְאִם הוֹסִיף חַיָּיב בְּמַעֲשֵׂר וּלְמַאן דְּאָמַר יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר לְמַטָּה מַה שֶׁנָּתַן נָתַן וְאֵינוֹ פָּטוּר מִפֵּאָה וְזָכָה הֶעָנִי וּמְחֻויָּב בְּמַעֲשֵׂר עַד שֶׁיְּשַׁלֵּם שִׁיעוּר שִׁשִּׁים בְּבַת אַחַת דְּלָא הָוֵי פֵּאָה אִם לֹא שִׁילֵּם לוֹ בְּבַת אַחַת כו' וּפָרִיךְ אַמַּאי לָא חֲשִׁיב תְּרוּמָה וּמְשַׁנֵּי תִּפָּתֵר מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת לְשׁוֹן פְּלֻוגְתָּא דֻּומְיָא דְּמַחֲלֹוקֶת בְּשֶׁשְּׁנֵיהֶן אֲדוּקִין בַּתֹּורֶף (בּ"מ דַּף ז:) כְּלוֹמַר שֶׁיֵּשׁ בָּהּ חִילּוּק דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן עוֹשֶׂה אָדָם כָּל שָׂדֵהוּ בִּכּוּרִים וְלֹא אָמַר עוֹשֶׂה כָּל שָׂדֵהוּ תְּרוּמָה דְּהָא בָּעֵינַן רֵאשִׁית שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִים בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין הֲתִיבּוֹן הֲרֵי פֵּאָה דְּאֵין אָדָם עוֹשֶׂה כָּל שָׂדֵהוּ פֵּאָה וּמְשַׁנֵּי עַד שֶׁלֹּא קָצַר שִׁבֹּולֶת לֹא נִתְחַייֵּב שָׂדֵהוּ פֵּאָה כְּלוֹמַר דִּכְתִיב פְּאַת שָׂדְךָ בְּקוֹצְרָךְ תָּלָה רַחֲמָנָא פֵּאָה בַּקָּצִיר וְהָכִי קָאָמַר דְּמִשֶּׁנִּתְחַיֵּיב בְּפֵאָה אֵין לָהּ שִׁיעוּר וְכִי תֵּימָא בִּכּוּרִים נָמֵי הַכְּתִיב רֵאשִׁית וְלִיבְעֵי שִׁירַיִם נִיכָּרִים כְּמוֹ בִּתְרוּמָה דְּמִרַבֵּינַן לֵיהּ הָתָם רֵאשִׁית כֹּל בִּכּוּרֵי כֹּל וַאֲנִי הָיִיתִי מְפָרֵשׁ מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת עַיִן יָפָה עַיִן רָעָה וּבֵינוֹנִית לְאַפּוֹקֵי הַךְ דְּעִנְייָנָם שָׁוֶה וְעוֹד דִּפְלִיגִי בְּמַסֶּכֶת תְּרוּמָה (פֶּרֶק ד מ"ה) הַמַּרְבֶּה בִּתְרוּמָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אֶחָד מֵעֲשָׂרָה יֶתֶר מִכָּאן יַעֲשֶׂה תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר לְמָקוֹם אַחֵר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר מֶחֱצָה חֻולִּין וּמֶחֱצָה תְּרוּמָה ר' עֲקִיבָא אוֹמֵר עַד שֶׁיְּשַׁיֵּיר שָׁם חֻולִּין וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי טַעְמָא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּרֵאשִׁית דְּגָנְךָ דַּיּוֹ לְרֵאשִׁית שֶׁיְּהוּ כַּדָּגָן:
« Qui n'ont pas de mesure : la pea. » Car il est écrit « tu n'achèveras pas le coin de ton champ » (Vayikra 19,9), et c'est une obligation de la Torah ; car du côté des Sages il est dit au chapitre Recheet haGuez (Houlin 137b) que l'on ne donne pas au pauvre, dans l'aire, moins d'un soixantième. Les Amoraim divergent dans le Yerouchalmi : l'un dit qu'elle n'a de mesure ni vers le haut ni vers le bas, c'est-à-dire qu'il peut descendre jusqu'à un seul grain de blé et monter jusqu'à tout son champ ; l'autre dit que vers le haut elle n'a pas de mesure, mais que vers le bas elle en a une. Il demande : quelle est la différence entre eux ? — car il est certain que, pour tous, il y a bien quelque chose. Il répond : s'il a donné moins d'un soixantième, selon celui qui dit qu'elle n'a aucune mesure, ce qu'il a donné est donné, il est quitte de la pea, et s'il ajoute il est tenu au maasser ; et selon celui qui dit qu'elle a une mesure vers le bas, ce qu'il a donné est donné, il n'est pas quitte de la pea, le pauvre l'acquiert et il est tenu au maasser jusqu'à ce qu'il complète la mesure d'un soixantième en une seule fois, car ce n'est pas de la pea s'il ne la lui a pas versée en une seule fois. Il objecte : pourquoi n'a-t-on pas compté la terouma ? Il répond : on l'explique à cause de la divergence — le mot mahloket au sens de divergence, à la manière de « mahloket » lorsque les deux tiennent le bord du document (Baba Metsia 7b) —, c'est-à-dire qu'il y a en elle une distinction, puisque Rabbi Yo'hanan a dit : un homme peut faire de tout son champ des bikourim, et il n'a pas dit qu'il peut faire de tout son champ de la terouma, car nous exigeons un commencement dont le reste soit reconnaissable, au chapitre Bekhol Meravin. On objecte : voici la pea, dont un homme ne peut faire tout son champ ! Il répond : tant qu'il n'a pas moissonné un épi, son champ n'est pas tenu à la pea — car il est écrit « le coin de ton champ, quand tu moissonnes », l'Écriture ayant lié la pea à la moisson ; et voici ce qu'il veut dire : dès lors qu'il est tenu à la pea, elle n'a pas de mesure. Et si tu dis : pour les bikourim aussi il est écrit « commencement », et il faudrait exiger un reste reconnaissable comme pour la terouma, ou nous l'incluons par « le commencement de toutes les prémices de tout » ? Quant à moi, j'expliquais « à cause de la divergence » par l'œil généreux, l'œil avare et l'œil moyen, à l'exclusion de ce cas-ci dont le propos est uniforme ; et de plus, ils divergent dans le traité Teroumot (chapitre 4, michna 5) : celui qui donne beaucoup en terouma, Rabbi Eliezer dit un dixième, au-delà de quoi il en fera terouma du maasser pour un autre lieu ; Rabbi Yishmael dit moitié profane et moitié terouma ; Rabbi Akiva dit jusqu'à ce qu'il reste la du profane. Et le Yerouchalmi explique la raison de Rabbi Yishmael : « le commencement de ton grain » — il suffit au commencement d'être comme le grain.
💡 Explication

Le folio ouvre ici la sougya suivante en citant la première michna du traité Pea, qui énumère les obligations sans mesure fixée. La reiya y figure, et c'est à ce titre que la guemara y revient : il faudra concilier cette michna avec les avis qui assignent une mesure minimale à l'offrande de comparution.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).