Chagigah 7a — Le reayon sans mesure : comparaître au Temple, avec ou sans sacrifice, et combien de fois

Chagigah 7a

Sougya : Le folio part de la fin de la michna de Pea, qui range le reayon parmi les choses sans mesure. Rabbi Yo'hanan rapporte que l'on croyait lire cette michna comme visant seulement le plafond, un minimum d'une ma'a d'argent restant de la Torah, jusqu'à ce que Rabbi Ochaya beRabbi enseigne qu'il n'y a ni plafond ni plancher min haTorah, la ma'a d'argent et les deux pièces d'argent étant une mesure des Sages.

Vient alors la grande mahloket entre Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich sur le sens du mot reayon : la comparution du visage dans la Azara, ou la comparution accompagnée d'un sacrifice. Rech Lakich objecte trois fois depuis « on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides », et Rabbi Yo'hanan répond chaque fois que ce verset vise le premier jour de la fête.

Rabbi Yo'hanan renverse l'objection par la lecture yir'eh / yera'eh, et la Guemara reformule alors le désaccord : il porte sur celui qui vient et apporte, le sacrifice ayant ou non une mesure. Le folio s'achève sur la contradiction de Rabbi Levi entre « espace tes pas de la maison de ton ami » et « je viendrai dans Ta maison avec des holocaustes », puis sur la question de Rav Yossef : peut-on faire monter ses fils par moitiés ?

Le reayon a-t-il une mesure ? Les deux michnayot mises d'accord Michna de Pea : ces choses n'ont pas de mesure pea, bikkourim, reayon, gemilout hassadim, étude de la Torah Hava amina : ce que l'on croyait lire pas de plafond : il donne autant qu'il veut mais un plancher : au moins une ma'a d'argent et ce plancher serait min haTorah Enseignement de Rabbi Ochaya beRabbi ni plafond ni plancher min haTorah la michna de Pea est prise à la lettre toute valeur suffit de par la Torah Mais les Sages ont dit : une mesure mi-derabbanan ré'iyah, holocauste offert entièrement en haut : une ma'a d'argent haguiga, chelamim consommés par l'homme : deux pièces d'argent Ce que cela résout la michna de Pea parle du plan de la Torah, la michna de Haguiga du plan des Sages les deux énoncés tiennent ensemble sans se contredire
La mesure du reayon : ce que la Torah laisse ouvert et ce que les Sages ont fixé.
Rabbi Yo'hanan contre Rech Lakich : que veut dire reayon ? Rabbi Yo'hanan ré'iyat panim ba'azara : montrer son visage Rech Lakich ré'iyat panim bekorban : visage et sacrifice Accord de départ le premier jour de la fête, la comparution se fait avec un sacrifice ; le débat porte sur la suite Premier lachon : le cas discuté est celui qui vient les mains vides chaque venue est libre aucun sacrifice n'est dû chaque venue oblige un sacrifice l'accompagne trois objections de Rech Lakich depuis "on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides" réponse constante de Rabbi Yo'hanan : ce verset vise le cœur de la fête, le premier jour puis Rabbi Yo'hanan renverse : yir'eh lu yera'eh, de même que Moi gratuitement, de même vous Second lachon : le cas discuté est celui qui vient et apporte le visage n'a pas de mesure le sacrifice, lui, en a une un seul olat ré'iyah par fête même le sacrifice est sans mesure il en apporte autant qu'il veut chaque venue en porte un nouveau accord des deux : celui qui vient les mains vides entre, comparaît et sort sans rien devoir objection de Rabbi Yo'hanan : "espace tes pas de la maison de ton ami" Réponse : ce verset vise les hattaot et les achamot, jamais les holocaustes et les chelamim
La mahloket Rabbi Yohanan / Rech Lakich selon les deux lechonot de la Guemara.
Que faut-il apporter ? L'échelle de la baraita "on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides" le verset exige un apport, sans dire lequel Première marche : des animaux, ou bien oiseaux et offrandes de farine ? la haguiga est dite pour l'homme, la ré'iyah est dite pour gavoha, le Très-Haut la haguiga de l'homme consiste en zevahim, bétail égorgé au couteau donc la ré'iyah aussi : du bétail, et non l'oiseau dont on fait la melika Seconde marche : holocaustes, ou bien chelamim ? même comparaison, appliquée cette fois à ce qui convient au destinataire l'homme reçoit ce qu'il mange : des chelamim, dont il consomme la chair le Très-Haut reçoit ce qui Lui convient : l'olah, brûlée entièrement sur l'autel Conclusion : un olat ré'iyah, holocauste de bétail et la haguiga à côté de lui, chelamim de bétail pour la table de l'homme Appui de bon sens que ta table ne soit pas pleine quand la table de ton Maître est vide
La baraita déduit par étapes ce que le pèlerin doit apporter : du bétail, et en holocauste.
1
הַפֵּאָה, וְהַבִּכּוּרִים, וְהָרֵאָיוֹן, וּגְמִילוּת חֲסָדִים, וְתַלְמוּד תּוֹרָה.

la pea, les bikkourim (prémices), le reayon (la comparution au Temple), la gemilout hassadim (la bienfaisance) et l'étude de la Torah.

📜 Rachi (3)
הַפֵּאָה לֹא נָתְנָה בוֹ תּוֹרָה שִׁיעוּר ואע"פ שֶׁאֵין לַפֵּאָה שִׁיעוּר נָתְנוּ בּוֹ חֲכָמִים שִׁיעוּר אַחַת מִשִּׁשִּׁים:
« La pea » — la Torah n'y a pas fixé de mesure ; et bien que la pea n'ait pas de mesure, les Sages lui ont fixé une mesure : un soixantième.
וְכֵן הַבְּכוֹרִים וְלָקַחְתָּ מֵרֵאשִׁית כָּל פְּרִי הָאֲדָמָה (דְּבָרִים כ״ו:ב׳) וְלֹא נֶאֱמַר כַּמָּה:
« Et de même les bikkourim » — « tu prendras des prémices de tous les fruits du sol » (Devarim 26,2), sans qu'il soit dit combien.
וְהָרֵאָיוֹן לְקַמָּן מְפָרֵשׁ:
« Et le reayon » — la Guemara l'explique plus bas.
🗂️ Tossefot (2)
וְהַבִּכּוּרִים אֵין לוֹ שִׁיעוּר לֹא לְמַעְלָה וְלֹא לְמַטָּה. הֲדַר פָּרֵיךְ בַּיְּרוּשַׁלְמִי רַבִּי בֶּרֶכְיָה בָּעֵי לָמָּה לֹא תָּנֵינַן עָפָר לְסוֹטָה אֵפֶר פָּרָה רוֹק יְבָמָה דַּם צִפּוֹר שֶׁל מְצֹורָע א"ר יוֹסֵי לָא אַייְתִינַן בְּמָתְנֵי' אֶלָּא דְּבָרִים שֶׁהוּא מוֹסִיף עֲלֵיהֶן וְיֵשׁ בַּעֲשִׂיָּיתָן מִצְוָה וְאֵלּוּ אע"פ שֶׁמּוֹסִיף עֲלֵיהֶן אֵין בַּעֲשִׂיָּיתָן מִצְוָה:
« Et les bikkourim n'ont pas de mesure, ni vers le haut ni vers le bas. » Le Yerouchalmi objecte ensuite : Rabbi Berakhia demande pourquoi nous n'avons pas enseigné aussi la poussière de la sota, la cendre de la vache rousse, le crachat de la yevama et le sang de l'oiseau du metsora, qui n'ont pas non plus de mesure. Rabbi Yossi répond : nous n'avons fait figurer dans la michna que des choses auxquelles on peut ajouter et dont l'accomplissement est une mitsva ; celles-là, même si l'on peut y ajouter, leur accomplissement n'est pas une mitsva.
גְּמִילוּת חֲסָדִים. בַּיְּרוּשַׁלְמִי הָדָא תֵּימָא בְּגוּפוֹ אֲבָל בְּמָמוֹנוֹ יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר וּבִיקּוּר חוֹלִים דְּאֵין לוֹ שִׁיעוּר כִּדְאִיתָא בִּנְדָרִים (דַּף לט:) הָוֵי בִּכְלַל גְּמִילוּת חֲסָדִים:
« La gemilout hassadim. » Dans le Yerouchalmi : cela se dit de la bienfaisance faite de sa personne, tandis que celle que l'on fait de son argent a bien une mesure. Et la visite des malades, qui n'a pas de mesure comme il est dit dans Nedarim 39b, entre dans la catégorie de la gemilout hassadim.
💡 Explication

Fin de la liste de la michna de Pea, reprise ici par le traité : ces cinq choses n'ont pas de mesure. Le mot qui intéresse notre traité est le reayon, la comparution du pèlerin au Temple aux trois fêtes.

La difficulté est immédiate : notre michna de Haguiga, elle, fixe bien des montants, une ma'a d'argent pour la ré'iyah et deux pièces d'argent pour la haguiga. Toute la première partie du folio travaille à articuler ces deux enseignements.

2
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּסִבּוּרִין אָנוּ לוֹמַר, הָרֵאָיוֹן אֵין לוֹ שִׁיעוּר — לְמַעְלָה, אֲבָל יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר — לְמַטָּה, עַד שֶׁבָּא רַבִּי אוֹשַׁעְיָא בְּרַבִּי, וְלִימֵּד: הָרֵאָיוֹן אֵין לוֹ שִׁיעוּר לֹא לְמַעְלָה וְלֹא לְמַטָּה. אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: הָרְאִיָּיה מָעָה כֶּסֶף, וְהַחֲגִיגָה שְׁתֵּי כֶּסֶף.

Rabbi Yo'hanan dit : nous pensions dire que le reayon n'a pas de mesure vers le haut, mais qu'il a une mesure vers le bas — jusqu'à ce que vienne Rabbi Ochaya beRabbi et enseigne : le reayon n'a de mesure ni vers le haut ni vers le bas. Mais les Sages disent : la ré'iyah est d'une ma'a d'argent, et la haguiga de deux pièces d'argent.

📜 Rachi (6)
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כִּסְבוּרִין הָיִינוּ לְפָרֵשׁ הַאי אֵין לוֹ שִׁיעוּר דְּקָתָנֵי הָכָא:
« Rabbi Yo'hanan dit : nous pensions expliquer » — ce « il n'a pas de mesure » que la michna enseigne ici.
אֵין לָהֶן שִׁיעוּר לְמַעְלָה שֶׁיָּבִיא כַּמָּה שֶׁיִּרְצֶה:
« Ils n'ont pas de mesure vers le haut » — il apporte autant qu'il veut.
אֲבָל לְמַטָּה יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר שֶׁלֹּא לְפָחוֹת מִמָּעָה כֶּסֶף כְּמוֹ שֶׁשָּׁנִינוּ בְּמִשְׁנָתֵינוּ וְהָיִינוּ סִבּוּרִין דְּשִׁיעוּר דְּאוֹרָיְיתָא הוּא:
« Mais vers le bas il a une mesure » — ne pas descendre en dessous d'une ma'a d'argent, comme nous l'avons enseigné dans notre michna ; et nous pensions que cette mesure était de la Torah.
עַד שֶׁבָּא ר' אוֹשַׁעְיָא בְּרַבִּי וְלִימֵּד בְּרַבִּי גָּדוֹל בְּדוֹרוֹ:
« Jusqu'à ce que vienne Rabbi Ochaya beRabbi et enseigne » — « beRabbi » désigne le grand de sa génération.
וְלִימֵּד שֶׁאֵין לוֹ שִׁיעוּר לֹא לְמַטָּה וְלֹא לְמַעְלָה מִן הַתּוֹרָה:
« Et il enseigna qu'il n'a de mesure ni vers le bas ni vers le haut » — de par la Torah.
אֲבָל חֲכָמִים כו' כְּלוֹמַר שִׁיעוּר מָעָה כֶסֶף וּשְׁתֵּי כָסֶף הָאָמוּר בְּמִשְׁנָתֵינוּ בִּרְאִייָּה וּבַחֲגִיגָה מִדִּבְרֵי חֲכָמִים הוּא אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים גָּרְסִינַן:
« Mais les Sages, etc. » — c'est-à-dire : la mesure d'une ma'a d'argent et de deux pièces d'argent énoncée dans notre michna pour la ré'iyah et pour la haguiga relève des paroles des Sages ; et l'on doit lire « mais les Sages ont dit ».
🗂️ Tossefot (1)
כְּסִבּוּרִין אָנוּ לוֹמַר דְּיֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר לְמַטָּה. וּסְבִירָא לֵיהּ כְּאִידָךְ תַּנָּא בִּירוּשַׁלְמִי דְּחָשֵׁיב פֵּאָה דְּיֵשׁ לָהּ שִׁיעוּר לְמַטָּה:
« Nous pensions dire qu'il a une mesure vers le bas. » Et il tient comme l'autre tana du Yerouchalmi, qui compte la pea parmi les choses ayant une mesure vers le bas.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan rapporte l'état antérieur de la lecture. On tenait que « sans mesure » visait uniquement le plafond : le pèlerin peut dépenser autant qu'il veut. Un plancher subsistait, la ma'a d'argent de notre michna, et on le croyait min haTorah.

Rabbi Ochaya beRabbi enseigne que la Torah ne fixe aucune des deux bornes : toute valeur acquitte l'obligation biblique. Les montants de notre michna deviennent alors une institution des Sages. Rachi note d'ailleurs qu'il faut lire « mais les Sages ont dit », une précision de version qui inscrit ces chiffres au plan rabbinique.

🖼️ Schéma
Le reayon a-t-il une mesure ? Les deux michnayot mises d'accord Michna de Pea : ces choses n'ont pas de mesure pea, bikkourim, reayon, gemilout hassadim, étude de la Torah Hava amina : ce que l'on croyait lire pas de plafond : il donne autant qu'il veut mais un plancher : au moins une ma'a d'argent et ce plancher serait min haTorah Enseignement de Rabbi Ochaya beRabbi ni plafond ni plancher min haTorah la michna de Pea est prise à la lettre toute valeur suffit de par la Torah Mais les Sages ont dit : une mesure mi-derabbanan ré'iyah, holocauste offert entièrement en haut : une ma'a d'argent haguiga, chelamim consommés par l'homme : deux pièces d'argent Ce que cela résout la michna de Pea parle du plan de la Torah, la michna de Haguiga du plan des Sages les deux énoncés tiennent ensemble sans se contredire
Le plafond, le plancher, et le partage entre la Torah et les Sages.
3
מַאי הָרֵאָיוֹן? רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: רְאִייַּת פָּנִים בָּעֲזָרָה, וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: רְאִיַּית פָּנִים בְּקָרְבָּן.

Qu'est-ce que le reayon ? Rabbi Yo'hanan dit : la comparution du visage dans la Azara.

Et Rech Lakich dit : la comparution du visage avec un sacrifice.

📜 Rachi (3)
מַאי הָרֵאָיוֹן וְלָא תְּנָא הָרְאִיָּיה דְּלֶיהֱוֵי מַשְׁמַע דְּמֵי עוֹלָה דְּאִלּוּ הַשְׁתָּא לָאו בְּדָמִים מַשְׁמַע אֶלָּא בְּמִצְוַת רְאִיַּית פָּנִים:
« Qu'est-ce que le reayon » — la michna n'a pas enseigné « la ré'iyah », ce qui aurait désigné la valeur de l'holocauste ; sous cette forme, il s'agit de la mitsva de comparaître et non d'une somme.
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר רְאִיַּית פָּנִים בַּעֲזָרָה כַּמָּה פְּעָמִים שֶׁהוּא חֵפֶץ בָּא וּמַרְאֶה עַצְמוֹ בָּעֲזָרָה וְאֵין צָרִיךְ לְהָבִיא קָרְבָּן בְּכָל רְאִיָּיה וּרְאִיָּיה:
« Rabbi Yo'hanan dit : la comparution du visage dans la Azara » — autant de fois qu'il le désire, il vient et se montre dans la Azara, sans avoir à apporter un sacrifice à chaque comparution.
רְאִייַּת פָּנִים בְּקָרְבָּן וְצָרִיךְ לְהָבִיא קָרְבָּן עַל כָּל פַּעַם וּפַעַם:
« La comparution du visage avec un sacrifice » — il doit apporter un sacrifice à chaque fois.
💡 Explication

La michna de Pea emploie la forme reayon et non ré'iyah. Rachi tire de cette forme une indication : elle désigne l'acte de comparaître, sans renvoyer d'emblée à la valeur d'un sacrifice.

Deux lectures s'ouvrent alors. Pour Rabbi Yo'hanan, le reayon sans mesure est la présence du pèlerin dans la Azara : il s'y montre autant de fois qu'il le souhaite. Pour Rech Lakich, le reayon est la comparution accompagnée d'un sacrifice : chaque venue appelle son korban, et c'est cela qui est sans mesure.

4
בְּעִיקַּר הָרֶגֶל, כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּרְאִייַּת פָּנִים בְּקָרְבָּן. כִּי פְּלִיגִי בִּשְׁאָר יְמוֹת הָרֶגֶל: כָּל הֵיכָא דַּאֲתָא וְאַיְיתִי — כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּמְקַבְּלִינַן מִינֵּיהּ, כִּי פְּלִיגִי דַּאֲתָא וְלָא אַיְיתִי.

Au cœur de la fête, tout le monde s'accorde que la comparution se fait avec un sacrifice. Leur désaccord porte sur les autres jours de la fête.

Et partout où il est venu et a apporté, tout le monde s'accorde que l'on reçoit de lui ; leur désaccord porte sur le cas où il est venu sans apporter.

📜 Rachi (1)
בְּעִיקַּר רֶגֶל ביו"ט רִאשׁוֹן:
« Au cœur de la fête » — le premier jour de fête.
💡 Explication

La Guemara circonscrit le terrain du débat en deux temps. D'abord dans le temps : le premier jour de fête est hors discussion, la comparution s'y fait avec un sacrifice ; le débat concerne les jours suivants, le hol hamoed.

Ensuite dans les cas de figure : celui qui apporte volontairement est reçu par les deux maîtres. Le cas discuté est celui du pèlerin qui vient les mains vides : a-t-il accompli quelque chose, ou reste-t-il débiteur d'un sacrifice ?

5
דְּרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר: רְאִייַּת פָּנִים בָּעֲזָרָה, דְּכָל אֵימַת דְּאָתֵי לָא צָרִיךְ לְאֵתוֹיֵי, רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: רְאִיַּית פָּנִים בְּקָרְבָּן, דְּכָל אֵימַת דְּאָתֵי צָרִיךְ לְאֵתוֹיֵי.

Car Rabbi Yo'hanan tient : la comparution du visage dans la Azara, de sorte que chaque fois qu'il vient il n'a pas besoin d'apporter. Rech Lakich dit : la comparution du visage avec un sacrifice, de sorte que chaque fois qu'il vient il doit apporter.

💡 Explication

Application directe des deux définitions au cas retenu. Chez Rabbi Yo'hanan, la venue vaut par elle-même et se suffit ; chez Rech Lakich, la venue est un acte sacrificiel, donc chaque entrée dans la Azara engage un korban.

6
אֵיתִיבֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: ״וְלֹא יֵרָאוּ פָנַי רֵיקָם״! אֲמַר לֵיהּ: בְּעִיקַּר הָרֶגֶל.

Rech Lakich objecta à Rabbi Yo'hanan : « on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides » (Chemot 23,15) ! Il lui répondit : au cœur de la fête.

💡 Explication

Première des trois objections bâtie sur le même verset. Sa force tient à sa généralité : le verset lie la comparution à l'apport, sans distinguer les jours.

La réponse de Rabbi Yo'hanan sera constante, et elle définit sa position : le verset vise le premier jour, où l'obligation de sacrifice existe ; au-delà, le pèlerin entre librement.

7
אַיְּתִיבֶיהָ: ״וְלֹא יֵרָאוּ פָנַי רֵיקָם״ — בִּזְבָחִים. אַתָּה אוֹמֵר בִּזְבָחִים, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא בְּעוֹפוֹת וּמְנָחוֹת? וְדִין הוּא: נֶאֶמְרָה חֲגִיגָה לְהֶדְיוֹט, וְנֶאֶמְרָה רְאִיָּיה לַגָּבוֹהַּ. מָה חֲגִיגָה הָאֲמוּרָה לַהֶדְיוֹט — זְבָחִים, אַף רְאִיָּיה הָאֲמוּרָה לַגָּבוֹהַּ — זְבָחִים.

Il objecta : « on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides » — avec des zevahim. Tu dis : avec des zevahim ; ou peut-être seulement avec des oiseaux et des offrandes de farine ?

C'est un raisonnement : il a été dit une haguiga pour l'homme, et il a été dite une ré'iyah pour le Très-Haut. De même que la haguiga dite pour l'homme consiste en zevahim, de même la ré'iyah dite pour le Très-Haut consiste en zevahim.

📜 Rachi (4)
בִּזְבָחִים צָרִיךְ לְהָבִיא קָרְבַּן בְּהֵמָה הַזְּבוּחִים בְּסַכִּין וְלֹא עוֹלַת הָעוֹף שֶׁהִיא נִמְלֶקֶת:
« Avec des zevahim » — il doit apporter un sacrifice d'animal, que l'on égorge au couteau, et non un holocauste d'oiseau, dont on fait la melika.
נֶאֶמְרָה חֲגִיגָה בָּרֶגֶל לְמַאֲכַל הֶדְיוֹט:
« Il a été dite une haguiga pour la fête » — destinée à la consommation de l'homme.
וְנֶאֶמְרָה רְאִיָּיה לְגָבוֹהַּ דְּהָא לֹא יֵרָאוּ פָנַי דִּכְתִיב מַשְׁמַע לְצָורְכֵי אֲנִי שׁוֹאֵל:
« Et il a été dite une ré'iyah pour le Très-Haut » — car « on ne paraîtra pas devant Moi », qui est écrit, signifie : c'est pour Mon propre usage que Je demande.
מָה חֲגִיגָה הָאֲמוּרָה לַהֶדְיוֹט זְבָחִים שֶׁל בְּהֵמָה דִּכְתִיב לֹא יָלִין חֵלֶב חַגִּי עַד בֹּקֶר (שְׁמוֹת כ״ג:י״ח) בְּמִידִי דְּאִית לֵיהּ חֵלֶב הַקָּרֵב לְגָבוֹהַּ קָאָמַר:
« De même que la haguiga dite pour l'homme consiste en zevahim » — de bétail, car il est écrit « la graisse de Ma fête ne passera pas la nuit jusqu'au matin » (Chemot 23,18) : le verset parle d'une chose qui a de la graisse offerte en haut.
💡 Explication

La baraita construit une comparaison entre deux obligations du pèlerinage : la haguiga, chelamim dont l'homme mange, et la ré'iyah, offrande destinée à l'autel. Le terme zevahim désigne techniquement le bétail, égorgé au couteau, par opposition à l'oiseau dont on fait la melika, la nuque tranchée à l'ongle du cohen.

Rachi fonde le membre connu de la comparaison sur « la graisse de Ma fête ne passera pas la nuit » (Chemot 23,18) : un verset qui parle de graisse offerte parle de bétail. L'objection contre Rabbi Yo'hanan tient à ce que la baraita lit le verset comme une exigence de fond, sans le restreindre à un jour.

🖼️ Schéma
Que faut-il apporter ? L'échelle de la baraita "on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides" le verset exige un apport, sans dire lequel Première marche : des animaux, ou bien oiseaux et offrandes de farine ? la haguiga est dite pour l'homme, la ré'iyah est dite pour gavoha, le Très-Haut la haguiga de l'homme consiste en zevahim, bétail égorgé au couteau donc la ré'iyah aussi : du bétail, et non l'oiseau dont on fait la melika Seconde marche : holocaustes, ou bien chelamim ? même comparaison, appliquée cette fois à ce qui convient au destinataire l'homme reçoit ce qu'il mange : des chelamim, dont il consomme la chair le Très-Haut reçoit ce qui Lui convient : l'olah, brûlée entièrement sur l'autel Conclusion : un olat ré'iyah, holocauste de bétail et la haguiga à côté de lui, chelamim de bétail pour la table de l'homme Appui de bon sens que ta table ne soit pas pleine quand la table de ton Maître est vide
Les deux marches du raisonnement de la baraita, du bétail à l'holocauste.
8
וּמֶה הֵן זְבָחִים — עוֹלוֹת. אַתָּה אוֹמֵר עוֹלוֹת, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא שְׁלָמִים? וְדִין הוּא: נֶאֶמְרָה חֲגִיגָה לְהֶדְיוֹט, וְנֶאֶמְרָה רְאִיָּיה לַגָּבוֹהַּ. מָה חֲגִיגָה הָאֲמוּרָה לַהֶדְיוֹט — בְּרָאוּי לוֹ, אַף רְאִיָּיה הָאֲמוּרָה לַגָּבוֹהַּ — בְּרָאוּי לוֹ.

Et quels sont ces zevahim ? Des holocaustes.

Tu dis : des holocaustes ; ou peut-être seulement des chelamim ? C'est un raisonnement : il a été dit une haguiga pour l'homme, et il a été dite une ré'iyah pour le Très-Haut.

De même que la haguiga dite pour l'homme consiste en ce qui lui convient, de même la ré'iyah dite pour le Très-Haut consiste en ce qui Lui convient.

💡 Explication

Seconde marche, avec la même comparaison mais un autre point de comparaison : ce qui convient au destinataire. L'homme reçoit ce dont il se nourrit, donc des chelamim, dont la chair lui revient. Ce qui convient à l'autel est l'olah, brûlée en entier, dont rien ne revient à l'offrant.

D'où le nom du sacrifice : olat ré'iyah, l'holocauste de la comparution, à côté des chalmei haguiga que le pèlerin consomme.

9
וְכֵן בְּדִין: שֶׁלֹּא יְהֵא שֻׁולְחָנְךָ מָלֵא, וְשֻׁולְחָן רַבְּךָ רֵיקָם. אָמַר לֵיהּ: בְּעִיקַּר הָרֶגֶל.

Et il en va de même en toute logique : que ta table ne soit pas pleine quand la table de ton Maître est vide. Il lui répondit : au cœur de la fête.

💡 Explication

Appui de bon sens ajouté à la déduction. Le pèlerin mange la haguiga ; il serait incongru que sa propre table soit garnie tandis que l'autel reste vide. Cet argument renforce l'exigence d'une olah à côté des chelamim.

Rabbi Yo'hanan reprend sa réponse habituelle : tout cela décrit le premier jour de la fête.

10
אַיְּתִיבֶיהָ, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ רְגָלִים בַּשָּׁנָה נִצְטַוּוּ יִשְׂרָאֵל לַעֲלוֹת בָּרֶגֶל: בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבְחַג הַשָּׁבֻועוֹת וּבְחַג הַסֻּוכּוֹת. וְאֵין נִרְאִין חֲצָאִין, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל זְכוּרְךָ״, וְאֵין נִרְאִין רֵיקָנִים, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא יֵרָאוּ פָנַי רֵיקָם״! אֲמַר לֵיהּ: בְּעִיקַּר הָרֶגֶל.

Il objecta : Rabbi Yossi beRabbi Yehouda dit : trois fois l'an Israël a reçu l'ordre de monter pour la fête : à la fête des Matsot, à la fête de Chavouot et à la fête de Soukkot. Et l'on ne comparaît pas par moitiés, car il est dit « tous tes mâles » (Chemot 23,17) ; et l'on ne comparaît pas les mains vides, car il est dit « on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides ».

Il lui répondit : au cœur de la fête.

📜 Rachi (1)
וְאֵין נִרְאִין חֲצָאִין מְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
« Et l'on ne comparaît pas par moitiés » — la Guemara l'explique plus bas.
💡 Explication

Troisième objection, tirée d'une baraita qui pose deux règles parallèles pour la montée : elle est entière quant aux personnes et non vide quant aux mains. Rech Lakich lit cette seconde règle comme une condition de toute comparution.

La première règle, « on ne comparaît pas par moitiés », sera reprise à la fin du folio, où Rav Yossef en cherchera la portée exacte.

11
אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרֵישׁ לָקִישׁ: ״יֵרָאֶה״ ״יֵרָאֶה״ — מָה אֲנִי בְּחִנָּם, אַף אַתֶּם בְּחִנָּם.

Rabbi Yo'hanan objecta à Rech Lakich : « yir'eh », « yera'eh » — de même que Moi, gratuitement, de même vous, gratuitement.

💡 Explication

Renversement de la charge. Le verset « yera'eh kol zekhourkha » s'écrit sans vav et se laisse donc lire aussi yir'eh, « il verra ». Les deux lectures sont tenues ensemble : la rencontre est réciproque, elle est vue et vision.

De là, la déduction : la venue d'en haut se fait sans contrepartie, donc la venue du pèlerin peut se faire de même, behinam, gratuitement. Cet enseignement retire à Rech Lakich la possibilité d'exiger un sacrifice à chaque comparution, et la Guemara reprend alors tout le débat sur une autre base.

12
אֶלָּא: כֹּל הֵיכָא דַּאֲתָא וְלָא אַיְיתִי — דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּעָיֵיל וּמִתְחֲזֵי וְנָפֵיק, כִּי פְּלִיגִי דַּאֲתָא וְאַיְיתִי.

Plutôt : partout où il est venu sans apporter, tout le monde s'accorde qu'il entre, comparaît et sort. Leur désaccord porte sur le cas où il est venu et a apporté.

💡 Explication

Nouvelle délimitation du débat, inverse de la première. Le pèlerin venu les mains vides est désormais hors discussion : il entre, comparaît et sort sans rien devoir, conformément au « gratuitement » du verset.

Le cas litigieux devient celui du pèlerin qui apporte spontanément un second sacrifice : le Temple le reçoit-il ?

🖼️ Schéma
Rabbi Yo'hanan contre Rech Lakich : que veut dire reayon ? Rabbi Yo'hanan ré'iyat panim ba'azara : montrer son visage Rech Lakich ré'iyat panim bekorban : visage et sacrifice Accord de départ le premier jour de la fête, la comparution se fait avec un sacrifice ; le débat porte sur la suite Premier lachon : le cas discuté est celui qui vient les mains vides chaque venue est libre aucun sacrifice n'est dû chaque venue oblige un sacrifice l'accompagne trois objections de Rech Lakich depuis "on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides" réponse constante de Rabbi Yo'hanan : ce verset vise le cœur de la fête, le premier jour puis Rabbi Yo'hanan renverse : yir'eh lu yera'eh, de même que Moi gratuitement, de même vous Second lachon : le cas discuté est celui qui vient et apporte le visage n'a pas de mesure le sacrifice, lui, en a une un seul olat ré'iyah par fête même le sacrifice est sans mesure il en apporte autant qu'il veut chaque venue en porte un nouveau accord des deux : celui qui vient les mains vides entre, comparaît et sort sans rien devoir objection de Rabbi Yo'hanan : "espace tes pas de la maison de ton ami" Réponse : ce verset vise les hattaot et les achamot, jamais les holocaustes et les chelamim
Les deux lechonot de la Guemara : ce que chaque maître soutient, et sur quoi.
13
רַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר: רְאִיַּית פָּנִים בָּעֲזָרָה — רְאִייַּת פָּנִים הוּא דְּאֵין לָהּ שִׁיעוּר, הָא לְקָרְבָּן — יֵשׁ לָהּ שִׁיעוּר. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: רְאִיַּית פָּנִים — בְּקָרְבָּן, דַּאֲפִילּוּ קָרְבָּן נָמֵי אֵין לוֹ שִׁיעוּר.

Rabbi Yo'hanan, qui dit : la comparution du visage dans la Azara — c'est la comparution du visage qui n'a pas de mesure, tandis que le sacrifice, lui, a une mesure. Et Rech Lakich dit : la comparution du visage avec un sacrifice, de sorte que même le sacrifice n'a pas de mesure.

🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר רְאִייַּת פָּנִים בַּעֲזָרָה. דְּכֵיוָן דְּאַיְּיתִי בִּרְאִייָּה חֲדָא זִימְנָא מִיפְטָר בְּכָךְ אִם יִרְצֶה אוֹ יָבִיא כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה אֲבָל רְאִיַּית פָּנִים בְּקָרְבָּן יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר דִּסְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן מָעָה כֶסֶף וּשְׁתֵּי כָסֶף דְּאוֹרָיְיתָא וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי דְּמַסֶּכֶת פֵּאָה מַתְנֵי' בִּרְאִיָּיה אֲבָל בְּקָרְבָּן יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר דְּא"ר יוֹחָנָן מָעָה כֶּסֶף שְׁתֵּי כֶּסֶף דְּאוֹרָיְיתָא וְעוֹד אָמַר בִּמְכִילְתִּין רַבִּי יוֹחָנָן כְּדַעְתֵּיהּ דְּאָמַר כָּל הַשִּׁיעוּרִים הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי וְאָמַר מָעָה כֶסֶף וּשְׁתֵּי כָסֶף דְּאוֹרָיְיתָא וְרֵישׁ לָקִישׁ דְּמוּקֵי לָהּ בִּרְאִיַּית פָּנִים בְּקָרְבָּן סְבִירָא לֵיהּ כַּר' (יְהוֹשֻׁעַ) דְּאָמַר מָעָה כֶּסֶף שְׁתֵּי כֶּסֶף דְּרַבָּנָן וְכֵן אָמַר הָתָם לֹא יֵרָאוּ פָנַי כָּל שֶׁהוּא אֲבָל חֲכָמִים נָתְנוּ לָהֶם שִׁיעוּר מָעָה כֶּסֶף שְׁתֵּי כֶּסֶף וּמִיהוּ הַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ לָא נְחִית לְהָכִי אֶלָּא לְהַךְ לִישָּׁנָא קַמָּא מַשְׁמַע דְּבָעֵי לְמֵימַר דְּמַתְנִיתִין מַייְרֵי אַף בַּמּוֹעֵד הִלְכָּךְ לָא מָצֵי לְאוֹקְמֵי בִּרְאִיַּית קָרְבָּן דְּאָז לָא מִיחַייַּב כְּלָל לְהָבִיא אֲבָל בִּרְאִיַּית פָּנִים מִיחַייַּב לָבוֹא חֲדָא זִימְנָא וּמִשָּׁם (זֶה) וָהָלְאָה אֵין לוֹ שִׁיעוּר וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר דְּמַתְנִי' נָמֵי בִּרְאִיַּית פָּנִים בְּקָרְבָּן דְּמִיחַייַּב לְהָבִיא ומ"מ צָרִיךְ לוֹמַר דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כִּדְפֵירַשְׁתִּי כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא שִׁיעוּר כְּלָל וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא דַּאֲתָא וְאַייְּתִי בּוֹ בַּיּוֹם קָאָמַר דְּלָא מְקַבְּלִינַן מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף כֵּיוָן דִּכְבָר נָפֵיק אֲבָל לְמָחָר וּלְיוֹמָא אוֹחֲרָא מָצֵי לְהָבִיא אִם יִרְצֶה וְהָא לֹא פָּטַר לֵיהּ קְרָא מָה אֲנִי בְּחִנָּם רַק בְּחִיּוּבָא אֲבָל אִי מַיְיתֵי שַׁפִּיר מְקַבְּלִינַן וְכֵן מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּלְעֵיל דַּאֲתָא וְלָא אַייְּתִי בִּשְׁאָר יוֹמֵי וְלָא פְּלִיג רַבִּי יוֹחָנָן רַק דְּלָא מִיחַייַּב לַאֲתוּיֵי אֲבָל אִי מַיְיתֵי מְקַבְּלִינַן שַׁפִּיר וְרֵישׁ לָקִישׁ לָא אִיתּוֹתַב אֶלָּא מִשּׁוּם דְּמִיחַייַּב וְלָא מִחַייַּב לֵיהּ קְרָא וְלָא דָּמֵי הַאי יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר לְהַהִיא דִּירוּשַׁלְמִי דְּהָתָם מִלְּמַטָּה מַיְירֵי (וְדָחֵי) הַקָּרְבָּן אֲבָל הָכָא קָיְימִינַן שִׁיעוּר בַּהֲבָאָתוֹ וְאִם נָבוֹא לְהַשְׁווֹתָם יַחַד הָא לְקָרְבָּן יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר לְמַטָּה כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי וה"נ דִּין הוּא שֶׁיֵּשׁ לוֹ שִׁיעוּר בַּהֲבָאָתוֹ אִי בָּעֵי מַיְיתֵי אִי מְקַבְּלִינַן מִינֵּיהּ אוֹ לָא וּמִיהוּ לְפִי לְשׁוֹן הַיְּרוּשַׁלְמִי לָא יָדַעְנָא הֵיכִי מוֹקֵי לָהּ מַתְנֵי' בִּרְאִיַּית פָּנִים בָּעֲזָרָה וְלֹא בְּקָרְבָּן מִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ לָהּ שִׁיעוּר כְּרַבִּי יוֹחָנָן וְהָא חֲשִׁיב פֵּאָה שֶׁיֵּשׁ לָהּ שִׁיעוּר לְמַטָּה וְשֶׁמָּא דְּאִיבְּעִי לְייַשְּׁבוֹ לְמִתְנֵי' כְּדִבְרֵי הַכֹּל אַף כְּתַנָּא דְּאָמַר פֵּאָה אֵין לָהּ שִׁיעוּר לֹא לְמַעְלָה וְלֹא לְמַטָּה וּמִתּוֹקְמָא בִּרְאִייַּת פָּנִים לְחוּד לְרַבִּי יוֹחָנָן כֵּן נִרְאֶה לִי הַפֵּירוּשׁ דְּהַךְ שְׁמַעְתָּתָא:
« Rabbi Yo'hanan dit : la comparution du visage dans la Azara. » Puisqu'il a apporté une fois pour la ré'iyah, il s'acquitte par là ; et s'il le veut, il apportera autant qu'il voudra. Mais la comparution avec un sacrifice, elle, a une mesure, car Rabbi Yo'hanan tient que la ma'a d'argent et les deux pièces d'argent sont de la Torah. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi du traité Pea : notre michna parle de la comparution, mais le sacrifice a bien une mesure, car Rabbi Yo'hanan a dit : la ma'a d'argent et les deux pièces d'argent sont de la Torah. Et il est dit encore dans notre traité que Rabbi Yo'hanan suit sa propre opinion, lui qui dit que toutes les mesures sont halakha transmise à Moche au Sinaï, et qui dit que la ma'a d'argent et les deux pièces d'argent sont de la Torah. Et Rech Lakich, qui explique la michna de la comparution avec un sacrifice, tient comme Rabbi (Yehochoua), qui dit que la ma'a d'argent et les deux pièces d'argent sont derabbanan ; et ainsi est-il dit là-bas : « on ne paraîtra pas devant Moi » — avec n'importe quelle valeur, mais les Sages leur ont donné une mesure, une ma'a d'argent et deux pièces d'argent. Toutefois, notre Talmud n'est pas entré dans cette voie. Selon ce premier lachon, il ressort qu'il veut dire que la michna parle aussi des jours intermédiaires de la fête ; dès lors il ne peut pas l'expliquer de la comparution avec un sacrifice, puisqu'alors il n'y aurait aucune obligation d'apporter, tandis que dans la comparution du visage il est tenu de venir une fois, et au-delà il n'y a plus de mesure. Rech Lakich dit que la michna parle elle aussi de la comparution avec un sacrifice, puisqu'il est tenu d'apporter ; et il faut malgré tout dire qu'il tient comme Rabbi Yehochoua, comme je l'ai expliqué, afin qu'il n'y ait aucune mesure du tout. Selon l'autre lachon, celui qui est venu et a apporté le jour même — la Guemara dit qu'on ne reçoit pas de lui, à cause de bal tossif, puisqu'il est déjà sorti ; mais le lendemain ou un autre jour il peut apporter s'il le veut, car le verset « de même que Moi, gratuitement » ne l'a dispensé que de l'obligation, alors que s'il apporte, on reçoit bien de lui. C'est aussi ce qui ressort du lachon précédent, où il est venu sans apporter les autres jours : Rabbi Yo'hanan ne conteste que l'obligation d'apporter, tandis que s'il apporte, on reçoit bien de lui ; et Rech Lakich n'a été réfuté que parce qu'il oblige, alors que le verset ne l'oblige pas. Et ce « il a une mesure » diffère de celui du Yerouchalmi : là-bas il s'agit d'une mesure vers le bas dans la valeur du sacrifice, alors qu'ici la mesure porte sur le fait même de l'apporter. Et si nous venions à les accorder ensemble : le sacrifice a bien une mesure vers le bas comme il est dit dans le Yerouchalmi, et il est logique de même qu'il ait une mesure quant à son apport, à savoir s'il veut apporter, reçoit-on de lui ou non. Cependant, d'après le lachon du Yerouchalmi, je ne sais pas comment il explique notre michna de la comparution du visage dans la Azara et non du sacrifice au motif que celui-ci a une mesure, selon Rabbi Yo'hanan : or il compte la pea parmi ce qui a une mesure vers le bas. Peut-être a-t-il voulu accorder notre michna avec tous les avis, y compris le tana qui dit que la pea n'a de mesure ni vers le haut ni vers le bas, et elle s'explique alors de la seule comparution du visage selon Rabbi Yo'hanan. Telle me paraît l'explication de cette sougya.
💡 Explication

Le mot « mesure » change de sens dans ce second lachon : il porte sur le nombre de sacrifices, et non sur leur valeur. Pour Rabbi Yo'hanan, la présence dans la Azara est illimitée, tandis qu'un seul olat ré'iyah est prévu par fête ; au-delà, l'apport bute sur bal tossif, l'interdit d'ajouter aux mitsvot.

Pour Rech Lakich, l'absence de mesure vaut aussi pour le sacrifice : chaque nouvelle comparution peut porter son korban. Tossefot ajoute une pièce décisive : selon le Yerouchalmi, Rabbi Yo'hanan tient que la ma'a d'argent est deoraita, ce qui lui donne une raison de plus de dire que le korban a une mesure, alors que Rech Lakich suit l'avis qui la tient pour derabbanan.

14
אַיְּתִיבֶיהָ: ״הֹקַר רַגְלְךָ מִבֵּית רֵעֶךָ״. הָתָם בְּחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת.

Il objecta : « espace tes pas de la maison de ton ami » (Michlei 25,17) ! — Là-bas, il s'agit des hattaot et des achamot.

📜 Rachi (1)
בְּחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת שֶׁלֹּא תֶּחֱטָא וְתִזָּקֵק לְהָבִיא חַטָּאת וְאָשָׁם:
« Des hattaot et des achamot » — que tu ne fautes pas et ne sois contraint d'apporter un hattat et un acham.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan objecte à Rech Lakich depuis un verset de Michlei qui recommande de ne pas trop fréquenter une maison. Appliqué au Temple, il s'opposerait à la multiplication des sacrifices.

La réponse distingue les genres de korbanot : le verset vise les hattaot et les achamot, sacrifices d'expiation. Rachi en donne le motif : y revenir souvent signifie que l'on a fauté souvent.

15
כִּדְרַבִּי לֵוִי. דְּרַבִּי לֵוִי רָמֵי, כְּתִיב: ״הֹקַר רַגְלְךָ מִבֵּית רֵעֶךָ״, וּכְתִיב: ״אָבוֹא בֵּיתֶךָ בְּעוֹלוֹת״! לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת, כָּאן בְּעוֹלוֹת וּשְׁלָמִים.

Comme Rabbi Levi. Car Rabbi Levi opposait deux versets : il est écrit « espace tes pas de la maison de ton ami », et il est écrit « je viendrai dans Ta maison avec des holocaustes » (Tehilim 66,13) !

Ce n'est pas une difficulté : ici, il s'agit des hattaot et des achamot ; là, des holocaustes et des chelamim.

📜 Rachi (1)
מִבֵּית רֵעֶךָ מִבֵּית אוֹהַבְךָ הקב"ה שֶׁקָּרָא יִשְׂרָאֵל רָעִים שֶׁנֶּאֱמַר לְמַעַן אֲחִי וְרֵעָי (תְּהִילִּים קכ״ב:ח׳):
« De la maison de ton ami » — de la maison de Celui qui t'aime, le Saint béni soit-Il, qui a appelé Israël « amis », comme il est dit « pour mes frères et mes amis » (Tehilim 122,8).
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי לֵוִי רָמֵי, כְּתִיב: (מִשְׁלֵי כה, יז) "הֹקַר רַגְלְךָ מִבֵּית רֵעֶךָ", וּכְתִיב: (תְּהִלִּים סו, יג) "אָבוֹא בֵּיתֶךָ בְּעוּלוֹת". הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּרֵישָׁא כְּתִיב 'אָבוֹא בֵּיתֶךָ בְּעוֹלוֹת' דִּתְהִילִּים קֹודֶם מִשֶּׁלִּי עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הִקְדִּים קְרָא דְּמִשְׁלֵי מִפְּנֵי שֶׁהוּא בְּלָאו הָכִי מֻוקְשֶׁה מֵעַצְמוֹ כֵּיוָן דְּקָרְבָּנוֹת הֵם מִצְוָה וּכְבוֹד שָׁמַיִם אַמַּאי קָאָמַר 'הַקֹּר רַגְלֶךָ' וְלֹא הֵבִיא קְרָא דִּתְהִלִּים? אֶלָּא כְּדֵי לְהַגְדִּיל הַקֻּושְׁיָא דְּמָצִינוּ בְּהַאי קְרָא דְּמִשְׁתַּבֵּחַ בְּקָרְבָּנוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּמֵעִיקָּרָא לֵיכָּא קֻושְׁיָא מִקְּרָא אַקְּרָא דִּמְנָא לֵיהּ לְפָרוּשֵׁי קְרָא דְּ'הַקֹּר' בְּקָרְבָּנוֹת אַדְּרַבָּה פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בְּבֵית רֵעֵהוּ וַחֲבֵירוֹ מִשְׁתַּעֵי וְכֵן מוּכָח מִסֵּיפֵיהּ דִּקְרָא אַךְ מַה שֶׁנִּתְעוֹרֵר רַבִּי לֵוִי בְּקֻושְׁיָא זוֹ הוּא מִשּׁוּם דְּהוּא הֲוָה יָתֵיב וּדְרֵישׁ בְּהַאי קְרָא דְּ'הֵקֵר' וּפֵירֵשׁ אוֹתוֹ בִּדְרָשָׁתוֹ דְּקָאֵי עַל הַקָּרְבָּנוֹת וּלְכָךְ עַל פִּי דְּרָשָׁתוֹ נִתְעוֹרֵר לְהַקְשׁוֹת מִפָּסוּק דִּתְהִלִּים וּלְכָךְ נָקֵיט קְרָא דְּ'הַקַּר' בְּרֵישָׁא דְּבֵיהּ הֲוָה מִשְׁתַּעֵי וּבִדְרָשָׁה דַּהֲבָאַת קָרְבָּנוֹת אוֹקֵים לֵיהּ וּבָא לְהַקְשׁוֹת עָלָיו מִקְּרָא דִּתְהִלִּים לְיַישֵּׁב הַדְּרָשָׁה שֶׁלּוֹ דְּאוֹקֵים לֵיהּ בְּקָרְבָּנוֹת.
Rabbi Levi opposait : il est écrit (Michlei 25,17) « espace tes pas de la maison de ton ami », et il est écrit (Tehilim 66,13) « je viendrai dans Ta maison avec des holocaustes ». Le Rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a demandé : il aurait fallu citer d'abord « je viendrai dans Ta maison avec des holocaustes », puisque Tehilim précède Michlei — voir là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a placé en tête le verset de Michlei parce que ce verset fait déjà difficulté par lui-même : puisque les sacrifices sont une mitsva et un honneur pour le Ciel, pourquoi dit-il « espace tes pas » ? Et s'il n'a pas commencé par le verset de Tehilim, c'est pour grandir la question, car nous trouvons dans ce verset une louange des sacrifices. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'à l'origine il n'y a pas de contradiction d'un verset à l'autre : d'où saurait-on expliquer le verset « espace » des sacrifices ? Au contraire, le sens simple du verset parle de la maison de son prochain et de son compagnon, et cela ressort aussi de la fin du verset. Mais ce qui a conduit Rabbi Levi à poser cette question, c'est qu'il était assis et exposait ce verset « espace », et qu'il l'avait expliqué dans sa deracha comme portant sur les sacrifices ; c'est donc d'après sa propre deracha qu'il s'est trouvé conduit à objecter depuis le verset de Tehilim. Voilà pourquoi il a pris d'abord le verset « espace », dont il traitait et qu'il avait rapporté à l'apport des sacrifices, et il vient objecter contre lui depuis le verset de Tehilim afin d'établir sa propre deracha.
💡 Explication

La distinction vient d'une contradiction posée par Rabbi Levi entre deux versets qui évaluent en sens contraire la fréquence des visites. Rachi identifie « ton ami » à Celui qui aime Israël, en s'appuyant sur « pour mes frères et mes amis » (Tehilim 122,8) : les deux versets parlent donc bien de la même maison.

La résolution tient au type d'offrande : ce qui répare une faute vaut mieux rare, ce qui est donné librement honore celui qui l'apporte.

🖼️ Schéma
La contradiction de Rabbi Levi et sa résolution Michlei 25,17 "espace tes pas de la maison de ton ami" venir souvent finit par lasser Tehilim 66,13 "je viendrai dans Ta maison avec des holocaustes" venir souvent est une louange Les deux versets parlent de la même maison, celle de Hachem Rachi : "ton ami" désigne Celui qui aime Israël et appelle Israël Ses amis Hattaot et achamot on les apporte pour une faute y revenir souvent signale la récidive c'est là que vaut "espace tes pas" Olot et chelamim on les apporte par don volontaire y revenir souvent honore le donateur c'est là que vaut "je viendrai dans Ta maison"
Deux versets, une seule maison : le partage passe par le genre du sacrifice.
16
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״הֹקַר רַגְלְךָ מִבֵּית רֵעֶךָ״ — בְּחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת הַכָּתוּב מְדַבֵּר. אַתָּה אוֹמֵר בְּחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא בְּעוֹלוֹת וּשְׁלָמִים? כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר: ״אָבוֹא בֵיתְךָ בְעוֹלוֹת אֲשַׁלֵּם לְךָ נְדָרָי״ — הֲרֵי עוֹלוֹת וּשְׁלָמִים אָמוּר, הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״הֹקַר רַגְלְךָ מִבֵּית רֵעֶךָ״ — בְּחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת הַכָּתוּב מְדַבֵּר.

C'est aussi ce qui est enseigné dans une baraita : « espace tes pas de la maison de ton ami » — le verset parle des hattaot et des achamot. Tu dis : des hattaot et des achamot ; ou peut-être seulement des holocaustes et des chelamim ?

Lorsqu'il dit : « je viendrai dans Ta maison avec des holocaustes, j'acquitterai envers Toi mes vœux », voilà que les holocaustes et les chelamim sont dits ; comment alors maintenir « espace tes pas de la maison de ton ami » ? Le verset parle des hattaot et des achamot.

💡 Explication

Une baraita confirme la lecture de Rabbi Levi et la construit en forme de yakhol / talmoud lomar : puisqu'un verset explicite loue la venue avec des holocaustes, la mise en garde de Michlei doit porter sur l'autre catégorie, celle des sacrifices d'expiation.

17
וְאֵין נִרְאִין חֲצָאִין כּוּ׳. סָבַר רַב יוֹסֵף לְמֵימַר: מַאן דְּאִית לֵיהּ עֲשָׂרָה בָּנִים, לָא לִיסְּקוּ הָאִידָּנָא חַמְשָׁה וּלְמָחָר חַמְשָׁה.

« Et l'on ne comparaît pas par moitiés, etc. » Rav Yossef pensait dire : celui qui a dix fils ne doit pas en faire monter cinq aujourd'hui et cinq demain.

📜 Rachi (1)
סָבַר רַב יוֹסֵף לְמֵימַר כּוּ' דְּאִי לָאו הָכִי מַאי אֵין נִרְאִין חֲצָאִין דְּיָלֵיף מִבְּכָל זְכוּרְךָ אִי שֶׁלֹּא יִהְיוּ חֶצְיָין עוֹלִין מִזְּכוּרְךָ נָפְקָא שֶׁהֲרֵי כָּל הַזְּכָרִים בִּכְלַל זְכוּרְךָ:
« Rav Yossef pensait dire, etc. » — car sans cela, que signifierait « l'on ne comparaît pas par moitiés », qu'il déduit de « tous tes mâles » ? S'il s'agissait de dire que la moitié d'entre eux ne monte pas, cela se déduirait déjà de « tes mâles », puisque tous les mâles sont compris dans « tes mâles ».
💡 Explication

Retour à la première règle de la baraita de Rabbi Yossi beRabbi Yehouda. Rav Yossef veut lui donner une portée forte : la montée doit se faire d'un seul tenant, sans étaler la maisonnée sur plusieurs jours.

Rachi explique pourquoi cette lecture s'impose à Rav Yossef : si la règle disait seulement que la moitié des fils ne peut rester à la maison, le mot « tous tes mâles » l'énonce déjà. Pour que la déduction apprenne quelque chose de neuf, il faut qu'elle vise le fractionnement dans le temps. La Guemara discutera cette thèse en 7b.

🖼️ Schéma
"On ne comparaît pas par moitiés" : l'hypothèse de Rav Yossef Un père a dix fils, tous tenus de monter le verset dit "tous tes mâles" : la Guemara cherche ce que ce mot ajoute Lecture écartée par Rachi cinq montent, cinq restent à la maison "tous tes mâles" le dit déjà ce mot n'apprendrait rien de neuf Hypothèse de Rav Yossef cinq montent aujourd'hui et les cinq autres demain même cela serait interdit L'exigence qui en résulte la maison entière comparaît en une seule fois, et la suite du folio discutera cette thèse
Pourquoi Rav Yossef lit la règle comme une interdiction d'étaler la montée.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).