Sougya : Le daf achève d'abord le débat sur l'interdit englobant (issur kolel) : la braita oppose Rabbi Yossi le Galiléen, qui tient deux fautes lorsque Chabbat et Yom Kippour coïncident, à Rabbi Akiva, qui n'en tient qu'une ; Ravin transmet au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina qu'il faut inverser les attributions, de sorte que c'est Rabbi Yossi le Galiléen qui n'admet aucun cumul, même simultané (bat ahat). Rav Yitzhak bar Yaakov bar Guiori enseigne au nom de Rabbi Yo'hanan que, selon cette lecture inversée, l'erreur portant sur Chabbat rend coupable et l'erreur portant sur Yom Kippour exempte.
Abaye explique par l'antériorité de Chabbat (fixe et stable, tandis que Yom Kippour est fixé par le tribunal), mais Rava réfute : les deux entrent ensemble ; il établit qu'il s'agissait d'un temps de persécution (chemada) où l'on manda de Terre d'Israël que Yom Kippour de cette année-là se ferait un Chabbat. La seconde moitié traite du nerf sciatique (gid hanasheh) : Rabbi Yehouda le tient interdit dès l'époque de Yaakov ; les Sages répondent que 'les fils d'Israël' désigne la génération du Sinaï, le verset n'étant écrit à sa place que pour en faire connaître la raison ; suivent l'objection de Rava ('les fils d'Israël portèrent Yaakov'), celle de Rav Aha fils de Rava, et la réponse de Rav Achi ('la Torah ne fut pas donnée par fragments').
Le daf s'ouvre enfin sur une braita parallèle : le membre arraché au vivant (ever min ha-haï) s'applique-t-il aussi aux espèces impures ?
Or Rabbi Yossi le Galiléen ne tient-il pas [le principe de] l'interdit englobant (issour kolel) ?
Suite du débat ouvert plus haut. La Guemara avait montré, par une michna antérieure, que Rabbi Yossi le Galiléen n'admet pas l'interdit englobant — un interdit nouveau qui englobe davantage de choses ne se pose pas sur un interdit déjà en place. La Guemara s'en étonne et va confronter cela à une braita où Rabbi Yossi le Galiléen semble, au contraire, tenir deux fautes simultanées.
Or n'est-il pas enseigné : Chabbat et Yom Kippour [qui coïncident], [si] l'on a fait par mégarde un travail, d'où [sait-on] que l'on est coupable pour celui-ci en lui-même et pour celui-là en lui-même ? L'enseignement dit : 'c'est Chabbat', 'c'est Yom Kippour' — paroles de Rabbi Yossi le Galiléen.
Rabbi Akiva dit : il n'est tenu que d'une seule [faute].
La braita-objection. Quand Chabbat et Yom Kippour coïncident et que l'on transgresse par mégarde, Rabbi Yossi le Galiléen déduit de la répétition 'c'est Chabbat' / 'c'est Yom Kippour' (chacun considéré à part) qu'on apporte deux sacrifices expiatoires. Rabbi Akiva, lui, n'en tient qu'une seule, car un interdit ne se pose pas là où un autre est déjà en place. La position de Rabbi Yossi le Galiléen ici contredit donc ce qu'on a vu au segment 0.
Ravin a mandé au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : ainsi [est] la disposition (hatza'a) de la michna, mais inverse [les attributions].
La résolution. Ravin transmet, au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina, que la disposition (le contenu) de la braita est exacte, mais qu'il faut inverser les noms : la première opinion (deux fautes) est celle de Rabbi Akiva, la seconde (une seule) celle de Rabbi Yossi le Galiléen. Ce dernier tient donc qu'aucun interdit ne se pose sur un autre, même simultané (bat ahat).
Rav Yitzhak bar Yaakov bar Guiori a mandé au nom de Rabbi Yo'hanan : selon les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen, d'après ce que nous avons inversé — [s']il a transgressé par mégarde à propos de Chabbat et intentionnellement à propos de Yom Kippour, il est coupable ; [s']il a transgressé intentionnellement à propos de Chabbat et par mégarde à propos de Yom Kippour, il est exempt.
Une conséquence surprenante du propos inversé. Selon Rabbi Yossi le Galiléen (lecture inversée : une seule faute), la faute porte spécifiquement sur Chabbat. Donc : mégarde sur Chabbat (et intention sur Yom Kippour) -> coupable (l'expiatoire ne vient que pour la mégarde, et il y a mégarde sur Chabbat). Mais intention sur Chabbat (et mégarde sur Yom Kippour) -> exempt, car on n'apporte pas de sacrifice pour une transgression intentionnelle, et la faute ne 'compte' que sur Chabbat.
Quelle [en est] la raison ? Abaye a dit : Chabbat est fixe et stable (kevi'a ve-kayma) ; Yom Kippour — c'est le tribunal qui le fixe.
Pourquoi la faute porte-t-elle sur Chabbat ? Abaye : Chabbat est fixe et stable (il tombe toujours le septième jour), tandis que Yom Kippour dépend du tribunal qui sanctifie le mois (donc détermine la date). Chabbat est ainsi considéré comme antérieur ; l'interdit de Yom Kippour ne 'prend' pas, le travail étant déjà interdit par Chabbat. Comme l'expiatoire ne vient que pour la mégarde, on n'est tenu que si l'on a transgressé en ignorant que c'était Chabbat.
Rava lui dit : en fin de compte, les deux viennent ensemble. Plutôt, Rava a dit : c'était une persécution (chémada), et l'on a mandé de là-bas [de Terre d'Israël] que Yom Kippour de cette année-là [tombait] un Chabbat.
Et de même, lorsque Ravin vint, ainsi que tous ceux qui descendaient [de Terre d'Israël], ils [le] dirent comme Rava.
Rava réfute Abaye : Chabbat et Yom Kippour entrent ensemble (à la même heure, quand le jour se sanctifie), aucun ne 'précède' réellement. Il propose une autre lecture du propos de Rav Yitzhak : il s'agissait d'un temps de persécution religieuse (chémada) où l'on manda de Terre d'Israël que, cette année-là, on observerait Yom Kippour un jour de Chabbat ordinaire (pour ne pas éveiller les soupçons et ne pas oublier la loi de Kippour). Comme ce n'était pas le vrai Yom Kippour, qui se trompe à son sujet est exempt. Ravin et tous les voyageurs de Terre d'Israël confirment cette lecture.
Rabbi Yehouda a dit : or n'est-ce pas [interdit déjà] aux fils de Yaakov [etc.] ?
Reprise de la michna (au sujet du nerf sciatique, gid hanashéh). Rabbi Yehouda argue : le verset 'c'est pourquoi les fils d'Israël ne mangent pas le nerf sciatique' (Gn 32:33) montre qu'il fut interdit dès l'époque des fils de Yaakov — donc avant le don de la Torah, à une époque où la viande de la bête impure était encore permise à la consommation. L'interdit portait donc aussi sur le nerf de la bête impure, et le demeure aujourd'hui.
Il est enseigné : on dit à Rabbi Yehouda : est-il donc dit 'c'est pourquoi les fils de Yaakov ne mangent pas' ? Or il n'est dit que 'les fils d'Israël' !
Et ils ne furent appelés 'fils d'Israël' qu'à [partir du] Sinaï. Plutôt, [l'interdit] fut dit au Sinaï, mais il fut écrit à sa place [dans le récit du combat] pour [faire] connaître de quelle raison il leur fut interdit.
Réponse des Sages à Rabbi Yehouda. Le verset ne dit pas 'fils de Yaakov' mais 'fils d'Israël', or ce nom collectif ne fut donné au peuple qu'au Sinaï. L'interdit fut donc énoncé au Sinaï ; s'il est écrit à sa place, dans le récit du combat de l'ange, c'est seulement pour en faire connaître la raison (le nerf touché par l'ange). Il n'y a donc aucune preuve qu'il ait jamais porté sur la bête impure.
Rava objecte : 'et les fils d'Israël portèrent Yaakov leur père' (Gn 46:5) — [cela fut dit] après l'événement.
Rava conteste les Sages. Le verset 'et les fils d'Israël portèrent Yaakov leur père' (Gn 46:5) emploie le nom 'fils d'Israël' avant le Sinaï — preuve que ce titre était déjà en usage. La Guemara répond : oui, mais ce verset se situe après l'événement (le combat de l'ange, où Dieu changea le nom de Yaakov en Israël), donc après l'interdiction du nerf, sans rien prouver pour Rabbi Yehouda.
Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : dès cet instant[-là], qu'il [le nerf] soit interdit !
Rav Aha fils de Rava presse l'objection. Puisque le titre 'fils d'Israël' était déjà en usage des Gn 46:5 ('les fils d'Israël portèrent Yaakov'), le nerf aurait dû devenir interdit dès cet instant-là — ce qui irait dans le sens de Rabbi Yehouda (interdit avant le Sinaï) et contre les Sages.
Il lui dit : la Torah fut-elle donnée maintes et maintes fois (fois après fois) ? Cet instant-là ne fut pas l'instant de l'événement, ni l'instant du don de la Torah.
Réponse de Rav Achi. La Torah ne fut pas donnée par fragments, à des instants successifs ; elle fut donnée au Sinaï. L'instant où apparaît pour la première fois 'les fils d'Israël' (Gn 46:5) n'est ni l'instant de l'événement (le combat de l'ange) ni celui du don de la Torah — il n'y a donc aucune raison de faire commencer l'interdit à ce moment-là.
Nos Maîtres ont enseigné : le membre [arraché] au vivant (ever min ha-haï) s'applique à la bête domestique, à la bête sauvage et à l'oiseau, qu'[ils soient] impurs ou purs — paroles de Rabbi Yehouda et de Rabbi Elazar. Et les Sages disent : il ne s'applique qu'aux [espèces] pures.
Une braita parallèle à la mahloket précédente. L'interdit du membre arraché à une bête vivante (ever min ha-haï) : pour Rabbi Yehouda et Rabbi Elazar, il vaut pour tout animal — domestique, sauvage, oiseau — impur comme pur. Pour les Sages, il ne s'applique qu'aux espèces pures (cacheres). C'est le même clivage que pour le nerf sciatique : un interdit peut-il porter sur une espèce déjà interdite à la consommation ?
Rabbi Yo'hanan a dit : et les deux [opinions] ont exposé un seul et même verset : 'seulement, sois ferme à ne pas manger le sang, car le sang, c'est l'âme [la vie]'.
Rabbi Yo'hanan ouvre l'analyse : les deux opinions (Rabbi Yehouda/Rabbi Elazar et les Sages) dérivent leur position d'un même verset — 'seulement, sois ferme à ne pas manger le sang, car le sang, c'est l'âme' (Dt 12:23). La suite (au daf suivant) montrera comment chacun lit le rapprochement entre le sang et le membre arraché au vivant pour en tirer des conclusions opposées quant aux espèces impures.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).