Chullin 101b — un interdit se pose-t-il sur un interdit (Chabbat et Yom Kippour) et la date de l'interdiction du nerf sciatique

Chullin 101b

Sougya : Le daf achève d'abord le débat sur l'interdit englobant (issur kolel) : la braita oppose Rabbi Yossi le Galiléen, qui tient deux fautes lorsque Chabbat et Yom Kippour coïncident, à Rabbi Akiva, qui n'en tient qu'une ; Ravin transmet au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina qu'il faut inverser les attributions, de sorte que c'est Rabbi Yossi le Galiléen qui n'admet aucun cumul, même simultané (bat ahat). Rav Yitzhak bar Yaakov bar Guiori enseigne au nom de Rabbi Yo'hanan que, selon cette lecture inversée, l'erreur portant sur Chabbat rend coupable et l'erreur portant sur Yom Kippour exempte.

Abaye explique par l'antériorité de Chabbat (fixe et stable, tandis que Yom Kippour est fixé par le tribunal), mais Rava réfute : les deux entrent ensemble ; il établit qu'il s'agissait d'un temps de persécution (chemada) où l'on manda de Terre d'Israël que Yom Kippour de cette année-là se ferait un Chabbat. La seconde moitié traite du nerf sciatique (gid hanasheh) : Rabbi Yehouda le tient interdit dès l'époque de Yaakov ; les Sages répondent que 'les fils d'Israël' désigne la génération du Sinaï, le verset n'étant écrit à sa place que pour en faire connaître la raison ; suivent l'objection de Rava ('les fils d'Israël portèrent Yaakov'), celle de Rav Aha fils de Rava, et la réponse de Rav Achi ('la Torah ne fut pas donnée par fragments').

Le daf s'ouvre enfin sur une braita parallèle : le membre arraché au vivant (ever min ha-haï) s'applique-t-il aussi aux espèces impures ?

Un interdit s'ajoute-t-il à un interdit déjà là ? les trois types Kolel (englobant) le nouvel interdit s'étend à plus de choses ex : Yom Kippour ajoute le manger à l'interdit du faire (déjà là par Chabbat) Mossif (aggravant) le nouvel interdit alourdit la peine ex : Chabbat ajoute la mort du tribunal à Yom Kippour (déjà passible de karet) Bat ahat (simultané) les deux interdits arrivent ensemble ex : Chabbat et Yom Kippour entrent à la même heure (le jour se sanctifie) L'enjeu de la sougya R. Yossi le Galiléen (après inversion) : aucun interdit ne se pose sur un autre, même bat ahat -> une seule faute. R. Akiva (après inversion) : 'il n'est tenu que d'une seule' -> même position selon Rabba puis Rava.
Les trois types de cumul d'interdits (segments 0-2) : englobant, aggravant, simultané ; et la position de chaque Tana après inversion.
Pourquoi 'erreur sur Chabbat = tenu ; erreur sur Yom Kippour = exempt' ? Abaye : Chabbat précède Chabbat est fixe et stable Yom Kippour fixé par le tribunal -> la faute porte sur Chabbat Rava réfute : les deux entrent ensemble, aucun ne 'précède' Rava : c'était une persécution temps de chemada (décret) on manda de là-bas : 'Yom Kippour de cette année tombe un Chabbat' on le fit un Chabbat ordinaire -> ce n'était pas le vrai jour
L'explication du propos de Rav Yitzhak (segments 4-5) : Abaye par l'antériorité de Chabbat, réfuté par Rava qui retient la persécution.
Quand le nerf sciatique (gid hanasheh) à-t-il été interdit ? Rabbi Yehouda interdit déjà du vivant de Yaakov (après le combat de l'ange) 'les fils d'Israël ne mangent pas' conséquence : il portait aussi sur la bête impure (la bête impure était alors encore permise à la consommation) Les Sages interdit seulement au Sinaï 'les fils d'Israël' = après le don de la Torah, pas avant le verset est écrit à sa place (le combat) pour en dire la raison conséquence : pas de preuve qu'il porte sur la bête impure
La mahloket sur la date de l'interdiction du nerf sciatique (segments 6-10) : Rabbi Yehouda contre les Sages.
1
וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי לֵית לֵיהּ אִיסּוּר כּוֹלֵל?

Or Rabbi Yossi le Galiléen ne tient-il pas [le principe de] l'interdit englobant (issour kolel) ?

📜 Rachi (1)
וְר' יוֹסֵי לֵית לֵיהּ [אִיסּוּר] כּוֹלֵל וְלָא חָיֵיל אִיסּוּר טֻומְאַת גּוּף עַל אִיסּוּר טֻומְאַת בָּשָׂר וְאֵין כָּאן כָּרֵת אַלְמָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּלֵית לֵיהּ כּוֹלֵל הִלְכָּךְ תַּנָּא דִּלְעֵיל דְּלֵית לֵיהּ כּוֹלֵל ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי הִיא וְאַשְׁמוֹעִינַן תַּנָּא דִּלְעֵיל דִּבְאִיסּוּר חָמוּר אִית לֵיהּ כּוֹלֵל. וּפָרְכִינַן יָבֹא אִיסּוּר חָמוּר דְּכָרֵת וְיָחוּל עָלֶיהָ דְּהָא אֲמַרְתְּ דְּמוֹדֶה הוּא בְּאִיסּוּר חָמוּר וְהָכָא אִיתּוֹסַף בֵּיהּ כָּרֵת. וּמְשַׁנֵּי דִּילְמָא הָא חֲמִירָא דְּלֵית לֵיהּ טָהֳרָה בְּמִקְוֶה וְהַהִיא דִּלְעֵיל אִיכָּא לְאוֹקוֹמֵהּ אַלִּיבֵּיהּ דְּלָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ בְּאִיסּוּר חָמוּר דְּלֵית לֵיהּ כּוֹלֵל. ואע"ג דִּלְרַבִּי שִׁמְעוֹן נַמֵּי שָׁמְעִינַן בְּעָלְמָא דְּלֵית לֵיהּ כּוֹלֵל דְּתַנְיָא רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר הָאוֹכֵל נְבֵלָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים פָּטוּר מֵחַטָּאת שֶׁאֵין יוה"כ חָל עַל אִיסּוּר נְבֵלָה ואע"ג דְּאִיסּוּרוֹ אִיסּוּר כּוֹלֵל הוּא שֶׁכּוֹלֵל אִיסּוּר וְהֶיתֵּר לְאָוסְרָן יַחַד אַפֵּ"ה אַלִּיבֵּיהּ לֹא מָצִינוּ לְאוֹקוֹמֵהּ מִשּׁוּם דְּהָא אַף בְּאִיסּוּר חָמוּר אִית לֵיהּ דְּלָא חָייֵל דְּהָא יוֹם הַכִּפּוּרִים כָּרֵת וּנְבֵלָה לָאו בְּעָלְמָא הוּא וַאֲפִילּוּ הָכֵי לָא חָייֵל וְתַנָּא דִּלְעֵיל סָבַר דִּבְאִיסּוּר חָמוּר אָמְרִינַן כּוֹלֵל:
Et Rabbi Yossi ne tient-il pas l'interdit [englobant] — [si bien que] l'interdit de l'impureté du corps ne se pose pas sur l'interdit de l'impureté de la chair, et il n'y a pas là de karet ; nous en déduisons donc qu'il ne tient pas [le principe de] l'englobant. Dès lors, le Tana cité plus haut, qui ne tient pas l'englobant, c'est [bien] Rabbi Yossi le Galiléen ; et le Tana cité plus haut nous enseigne que, dans un interdit plus grave, il tient [le principe de] l'englobant. Et nous objectons : que vienne donc l'interdit plus grave, [celui] du karet, et qu'il se pose sur lui — car tu as dit qu'il admet [l'englobant] dans un interdit plus grave, et ici le karet s'y est ajouté. Et l'on répond : peut-être ceci [l'impureté du corps] est-il plus grave, du fait qu'il n'a pas de purification au bain rituel (mikveh), tandis que ce [cas] de plus haut, on peut l'établir selon lui [Rabbi Yossi le Galiléen, sans] que nous ayons entendu de lui, dans un interdit plus grave, qu'il ne tient pas [le principe de] l'englobant. Et bien que, pour Rabbi Chimon aussi, nous ayons entendu de manière générale qu'il ne tient pas l'englobant — car il est enseigné : Rabbi Chimon dit, celui qui mange une charogne (nevela) le jour de Kippour est exempt du sacrifice expiatoire (hatat), car Yom Kippour ne se pose pas sur l'interdit de la charogne, et bien que son interdit soit un interdit englobant, qui englobe [l']interdit et [le] permis pour les interdire ensemble — néanmoins, selon lui [Rabbi Chimon], nous ne pouvons l'établir, parce qu'il tient, même dans un interdit plus grave, qu'il ne se pose pas : car Yom Kippour [emporte] le karet, et la charogne n'est pas [un simple] interdit ordinaire, et néanmoins il ne se pose pas. Le Tana cité plus haut, lui, tient que dans un interdit plus grave on dit [le principe de] l'englobant.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִיסּוּר כּוֹלֵל לֵית לֵיהּ וְהַתַּנְיָא כּוּ' פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס ואע"ג דְּאִיסּוּר בַּת אַחַת הוּא מַאן דְּלֵית לֵיהּ אִיסּוּר כּוֹלֵל לֵית לֵיהּ אִיסּוּר בַּת אַחַת וְאֵין נִרְאֶה לְרִ"י דְּהָא בְּפֶרֶק אַרְבָּעָה אַחִים (יְבָמוֹת לג:) פָּרִיךְ הַשְׁתָּא בְּאִיסּוּר כּוֹלֵל מִחַיַּיב תַּרְתֵּי בְּאִיסּוּר בַּת אַחַת מִבַּעְיָא אַלְמָא אֲפִילּוּ מַאן דְּלֵית לֵיהּ אִיסּוּר כּוֹלֵל מָצֵי סָבַר אִיסּוּר בַּת אַחַת לְכָךְ נִרְאֶה לר"י דְּהַשְׁתָּא ס"ד דְּלָאו אִיסּוּר בַּת אַחַת הוּא אֶלָּא חֲשִׁיב שַׁבָּת קָדִים מִשּׁוּם דִּקְבִיעָא וְקַיְימָא אֲבָל קָשֶׁה דְּאִי לֹא אִיסּוּר בַּת אַחַת הוּא א"כ שַׁבָּת הִיא לָמָּה לִי פְּשִׁיטָא דְּחַיָּיב מִשּׁוּם דְּשַׁבָּת קָדִים:
Et il ne tient pas l'interdit englobant, mais n'est-il pas enseigné etc. — [le Maître] a expliqué dans son commentaire : bien que ce soit un interdit simultané (bat ahat), celui qui ne tient pas l'interdit englobant ne tient pas [non plus] l'interdit simultané. Mais cela ne paraît pas juste à Ri, car au chapitre Arba'a Ahin (Yevamot 33b) [le Talmud] objecte : 'maintenant que, dans un interdit englobant, il rend coupable de deux [fautes], pour un interdit simultané est-ce [seulement] nécessaire [de le dire] ?' — d'où [il ressort] que même celui qui ne tient pas l'interdit englobant peut tenir l'interdit simultané. C'est pourquoi il paraît juste à Ri que, pour l'instant, [la Guemara] suppose qu'il ne s'agit pas d'un interdit simultané, mais qu'on regarde Chabbat comme antérieur du fait qu'il est fixe et stable. Mais [il y a] une difficulté : car, si ce n'est pas un interdit simultané, alors à quoi bon 'c'est Chabbat' ? C'est évident qu'il est coupable, du fait que Chabbat précède !
💡 Explication

Suite du débat ouvert plus haut. La Guemara avait montré, par une michna antérieure, que Rabbi Yossi le Galiléen n'admet pas l'interdit englobant — un interdit nouveau qui englobe davantage de choses ne se pose pas sur un interdit déjà en place. La Guemara s'en étonne et va confronter cela à une braita où Rabbi Yossi le Galiléen semble, au contraire, tenir deux fautes simultanées.

2
וְהַתַּנְיָא: שַׁבָּת וְיוֹם הַכִּפּוּרִים, שָׁגַג וְעָשָׂה מְלָאכָה, מִנַּיִן שֶׁחַיָּיב עַל זֶה בְּעַצְמוֹ וְעַל זֶה בְּעַצְמוֹ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שַׁבָּת הִיא״, ״יוֹם הַכִּפּוּרִים הוּא״, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא אַחַת.

Or n'est-il pas enseigné : Chabbat et Yom Kippour [qui coïncident], [si] l'on a fait par mégarde un travail, d'où [sait-on] que l'on est coupable pour celui-ci en lui-même et pour celui-là en lui-même ? L'enseignement dit : 'c'est Chabbat', 'c'est Yom Kippour' — paroles de Rabbi Yossi le Galiléen.

Rabbi Akiva dit : il n'est tenu que d'une seule [faute].

📜 Rachi (2)
שַׁבָּת וְיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת:
Chabbat et Yom Kippour — qui tombe un Chabbat.
שַׁבָּת הִיא לָהּ' בְּשַׁבָּת בְּרֵאשִׁית כְּתִיב דְּמַשְׁמַע שֶׁאִם בָּא אִיסּוּר אַחֵר עִמָּהּ יִתְחַייֵּב עַל שְׁמָהּ בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּדִכְתִיב הִיא וְכֵן גַּבֵּי יוֹם הַכִּפּוּרִים דִּכְתִיב הוּא וְהָנֵי אִיסּוּר בַּת אַחַת נִינְהוּ דְּהָא בַּהֲדֵי הֲדָדֵי אָתוּ כְּשֶׁקָּדַשׁ הַיּוֹם. מִיהוּ אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא אִית לֵיהּ לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי בְּאִיסּוּר כּוֹלֵל אוֹ מוֹסִיף דְּחָיְילִי אַשְּׁאָר אִיסּוּרִין אִיכָּא לְמֵימַר מש"ה מִתְחַיֵּיב אַתַּרְוַוייְהוּ דְּהָא אִי נָמֵי הֲוָה אֶפְשָׁר דְּקַדְמֵיהּ חַד לְחַבְרֵיהּ הֲוָה אָתֵי חַבְרֵיהּ וְחָייֵל עָלֶיהָ דְּשַׁבָּת לְגַבֵּי יוה"כ אִיסּוּר מוֹסִיף הוּא דְּאִי הֲוָה יוה"כ קָדִים הֲוָה חַיָּיב עַל זְדוֹן מְלָאכָה כָּרֵת וְכִי אָתֵי שַׁבָּת אִיתּוֹסַף בֵּיהּ מִיתַת ב"ד ויוה"כ לְגַבֵּי שַׁבָּת אִיסּוּר כּוֹלֵל דְּשַׁבָּת אֲסוּרָה בִּמְלָאכָה וּמֻותָּר בַּאֲכִילָה מִיגּוֹ דְּאִיתְּסַר בַּאֲכִילָה מִשּׁוּם יוֹם הַכִּפּוּרִים אִיתְּסַר לֵיהּ נָמֵי מְלָאכָה מִשּׁוּם יוֹם הַכִּפּוּרִים אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ בְּאִיסּוּר כּוֹלֵל וְאִיסּוּר מוֹסִיף לָא חָייְלִי כִּי אָתוּ אַהֲדָדֵי אַמַּאי חָיְילִי תַּרְוַיְיהוּ:
'C'est Chabbat pour l'Éternel' — [cela] est écrit à propos du Chabbat de la Création, ce qui implique que, si un autre interdit vient avec lui, on est tenu pour son nom propre à lui [Chabbat] séparément, comme il est écrit 'c'est' ; de même pour Yom Kippour, où il est écrit 'c'est' ; et ceux-ci sont un interdit simultané (bat ahat), car ils viennent l'un avec l'autre lorsque le jour se sanctifie. Toutefois, si l'on accorde que Rabbi Yossi le Galiléen tient l'interdit englobant ou aggravant, qui se posent sur les autres interdits, on peut dire que c'est pourquoi il est tenu des deux : car, même s'il était possible que l'un précède l'autre, l'autre viendrait se poser sur lui ; [or] Chabbat, par rapport à Yom Kippour, est un interdit aggravant (mossif), car si Yom Kippour avait précédé, on serait tenu, pour le travail intentionnel, du karet, et lorsque Chabbat vient, s'y ajoute la mort [décidée par le] tribunal ; et Yom Kippour, par rapport à Chabbat, est un interdit englobant (kolel), car Chabbat est interdit au travail et permis à la consommation, [et] puisque [le jour] devient interdit à la consommation à cause de Yom Kippour, le travail aussi lui devient interdit à cause de Yom Kippour. Mais si tu dis que l'interdit englobant et l'interdit aggravant ne se posent pas [sur un interdit antérieur], lorsqu'ils viennent ensemble, pourquoi les deux se poseraient-ils ?
🗂️ Tossefot (2)
תַּלְמוּד לוֹמַר שַׁבָּת הִיא יוה"כ הוּא וְא"ת וּמַאי פָּרִיךְ שָׁאנֵי הָכָא דְּגַלִּי קְרָא וְי"ל דְּפָרֵיךְ וְלִיגְמַר מִינֵּיהּ וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּאַדְּרַבָּה נִיגְמַר מִתְּרוּמָה דְּפָטְרִינַן בְּפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף קיג:) מוּמָתוֹ בּוֹ כִּי יְחַלְּלוּהוּ דִּלְחֻומְרָא מַקְּשִׁינַן וְיָלְפִינַן מֵהָכָא וְהָא דְּאָמַר הָתָם בְּעָלְמָא קָסָבַר שְׁמוּאֵל אֵין אִיסּוּר חָל עַל אִיסּוּר וְגַבֵּי בָּשָׂר בְּחָלָב שָׁאנֵי דְּגַלִּי קְרָא גְּדִי לְרַבּוֹת חֲלֵב מֵתָה וְלָא יָלֵיף מִבָּשָׂר בְּחָלָב לְחוּמְרָא הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּבָשָׂר בְּחָלָב חִדּוּשׁ הוּא וְאִית סְפָרִים דְּגָרְסִי הָתָם וְנִגְמַר מִינֵּיהּ חִדּוּשׁ הוּא:
L'enseignement dit : 'c'est Chabbat', 'c'est Yom Kippour' — et si tu dis : que vient donc objecter [la Guemara] ? Ici [c'est] différent, puisque le verset l'a révélé [explicitement] ! On peut répondre : elle objecte 'que l'on apprenne donc de là [pour les autres cas]' ; et l'on ne peut dire 'au contraire, apprenons de la teroumah, où nous exemptons au chapitre Kol ha-Bassar (plus loin, Houlin 113b) de [l'enseignement] 'et ils en mourront s'ils la profanent' — car c'est dans le sens de la rigueur (le-houmra) que nous rapprochons [par hekech] et que nous déduisons d'ici. Et ce qu'on dit là-bas, de manière générale, que Chmouel tient qu'un interdit ne se pose pas sur un interdit, et qu'à propos de la viande dans le lait (bassar be-halav) c'est différent parce que le verset l'a révélé — 'chevreau' [vient] inclure le lait d'une [bête] morte — et [que] l'on n'en déduit pas, pour la viande dans le lait, [une règle] de rigueur : c'est parce que la viande dans le lait est une nouveauté (hidouch). Et il y a des livres qui lisent là-bas : 'or déduisons-en !' — [réponse] c'est une nouveauté.
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא אַחַת לְמַאי דְּפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁהוּא אִיסּוּר בַּת אַחַת וְכֵן הוּא בַּמַּסְּקָנָא קָשֶׁה דִּתְנַן בְּפֶרֶק דַּם שְׁחִיטָה (כְּרִיתוֹת כג.) חֲתִיכַת חֵלֶב חֻולִּין וַחֲתִיכַת חֵלֶב קִדֵּשׁ וְאָכַל אַחַת מֵהֶם וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אֵיזֶה מֵהֶם אָכַל מֵבִיא חַטָּאת וְר' עֲקִיבָא אוֹמֵר אַף אָשָׁם תָּלוּי אַלְמָא אִית לֵיהּ אִיסּוּר חָל עַל אִיסּוּר וכ"ש אִיסּוּר בַּת אַחַת וּמִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר דְּקָדָשִׁים שָׁאנֵי כִּדְאָמַר הָתָם בְּסוֹף פִּרְקָא דַּאֲפִילּוּ מַאן דְּאִית לֵיהּ בְּעָלְמָא דְּאֵין אִיסּוּר חָל עַל אִיסּוּר בְּקָדָשִׁים אִית לֵיהּ אַךְ הִקְשָׁה הָרַב רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל מוורדו"ן מֵהָא דִּתְנַן בְּפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף קיג.) רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר חַיָּה וָעוֹף אֵינָם מה"ת שֶׁנֶּאֱמַר לֹא תְבַשֵּׁל גְּדִי ג' פְּעָמִים פְּרָט לְחַיָּה וְעוֹף וּבְהֵמָה טְמֵאָה וּפָרִיךְ בַּגְּמָרָא (שָׁם דַּף קטז.) הָנֵי הָא אַפְּקִינְהוּ לִכְדִשְׁמוּאֵל וּמְשַׁנֵּי קָסָבַר רַבִּי עֲקִיבָא אִיסּוּר חָל עַל אִיסּוּר וְחֵלֶב מֵתָה לֹא צָרִיךְ קְרָא וְהָכָא מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ בְּבַת אַחַת לֵית לֵיהּ ואע"ג דְּאָמַר הָכָא אִיפּוּךְ לָאו מִכֹּחַ קֻושְׁיָא זֹאת אָמַר הָכִי וְעוֹד לְמַאי דְּפָרֵישְׁנָא דְּהָכָא פָּרֵיךְ מִשּׁוּם דְּס"ד דְּלָא הָוֵי אִיסּוּר בַּת אַחַת לְמַאי דְּמַסִּיק רָבָא דְּהָוֵי בַּת אַחַת לֹא אָמַר אִיפּוּךְ וְי"ל דְּהָתָם פָּרֵיךְ מִשּׁוּם שְׁמוּאֵל דְּאִי ס"ל כר"ע בְּחַיָּה וְעוֹף וּבְהֵמָה טְמֵאָה הֵיכִי דְּרֵישׁ וּמְשַׁנֵּי דְּקָסָבַר שְׁמוּאֵל אִיסּוּר חָל עַל אִיסּוּר בְּלָאו קְרָא:
Rabbi Akiva dit : il n'est tenu que d'une seule — selon ce que le Maître a expliqué dans son commentaire, [à savoir] que c'est un interdit simultané (bat ahat), et de même dans la conclusion, [il y a] une difficulté : car nous avons appris au chapitre Dam Chehita (Keritot 23a) : un morceau de graisse interdite (helev) profane et un morceau de graisse interdite consacrée, et il a mangé l'un des deux sans savoir lequel il a mangé — il apporte un sacrifice expiatoire (hatat), et Rabbi Akiva dit, [il apporte] même un sacrifice de doute (acham talouy) — d'où [il ressort] qu'il tient qu'un interdit se pose sur un interdit, et à plus forte raison un interdit simultané ! Toutefois on peut dire que les [choses] consacrées (kodachim) sont différentes, comme il est dit là-bas à la fin du chapitre, que même celui qui tient, de manière générale, qu'un interdit ne se pose pas sur un interdit, l'admet pour les consacrés. Mais le Rav, notre maître Chmouel de Vardun, a objecté de ce que nous avons appris au chapitre Kol ha-Bassar (plus loin, Houlin 113a) : Rabbi Akiva dit, [la viande de] bête sauvage et d'oiseau n'est pas [interdite avec le lait] de par la Torah, car il est dit 'tu ne cuiras pas un chevreau' trois fois — à l'exclusion de la bête sauvage, de l'oiseau et de la bête impure ; et [la Guemara] objecte (là-bas 116a) : ces [versets], ne les a-t-il pas tirés pour [l'enseignement] de Chmouel ? Et l'on répond : Rabbi Akiva tient qu'un interdit se pose sur un interdit, et le lait d'une [bête] morte ne requiert pas de verset [pour être interdit] — or ici [même] il ressort que, même dans [le cas] simultané, il ne le tient pas ! Et bien qu'il dise ici 'inverse', ce n'est pas à cause de cette difficulté qu'il a dit ainsi. Et de plus, selon ce que nous avons expliqué, qu'ici [la Guemara] objecte parce qu'elle suppose que ce n'est pas un interdit simultané — selon la conclusion de Rava, [à savoir] que c'est [bien] simultané, il n'a pas dit 'inverse' ; et l'on peut dire que là-bas [la Guemara] objecte à cause de Chmouel, car si Chmouel tient comme Rabbi Akiva au sujet de la bête sauvage, de l'oiseau et de la bête impure, comment [Rabbi Akiva] interprète-t-il [les versets] ? Et l'on répond : Chmouel tient qu'un interdit se pose sur un interdit sans [besoin de] verset.
💡 Explication

La braita-objection. Quand Chabbat et Yom Kippour coïncident et que l'on transgresse par mégarde, Rabbi Yossi le Galiléen déduit de la répétition 'c'est Chabbat' / 'c'est Yom Kippour' (chacun considéré à part) qu'on apporte deux sacrifices expiatoires. Rabbi Akiva, lui, n'en tient qu'une seule, car un interdit ne se pose pas là où un autre est déjà en place. La position de Rabbi Yossi le Galiléen ici contredit donc ce qu'on a vu au segment 0.

3
שְׁלַח רָבִין מִשּׁוּם דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: כָּךְ הַצָּעָה שֶׁל מִשְׁנָה, וְאִיפּוּךְ.

Ravin a mandé au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : ainsi [est] la disposition (hatza'a) de la michna, mais inverse [les attributions].

📜 Rachi (1)
שָׁלַח רָבִין כָּךְ וַדַּאי הַצָּעַת הַמִּשְׁנָה בְּמָקוֹם שֶׁנִּשְׁנֵית שָׁם אֲבָל מְשֻׁובֶּשֶׁת הִיא וְאִיפּוּךְ וה"ה דְּמָצֵי לְמֵימַר דס"ל לר"י הַגְּלִילִי דאע"ג דְּאִיסּוּר כּוֹלֵל לָא חָיֵיל אִיסּוּר בַּת אַחַת חָייֵל וּמִיהוּ ר' יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא סָבַר דְּמַאן דְּלֵית לֵיהּ אִיסּוּר כּוֹלֵל לֵית לֵיהּ נָמֵי אִיסּוּר בַּת אַחַת וּפְלוּגְתָּא הִיא בִּיבָמוֹת בפ"ג (דַּף לג.) כָּךְ נִרְאֶה בְּעֵינַי. וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי דְּשַׁבָּת חֲשִׁיב לָהּ כְּקוֹדֶמֶת מִשּׁוּם דִּקְבִיעָא וְקַיְימָא וְיוֹם הַכִּפּוּרִים חֲשִׁיב אַחֲרוֹן מִשּׁוּם דְּבֵי דִּינָא מְקַדְּשִׁי לֵיהּ כְּדִלְקַמָּן וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דִּמְחַיֵּיב תַּרְתֵּי טַעְמֵיהּ מִשּׁוּם כּוֹלֵל וְקַשְׁיָא לִי בְּגַוַּוהּ לְמַאי דְּקָא מוֹתֵיב רָבָא לְקַמָּן לְרַב יִצְחָק לְבָתַר דְּאַפְכוּהָ סוֹף סוֹף תַּרְוַיְיהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי קָאָתוּ מַאי תְּיוּבְתֵּיהּ הָא רַב יִצְחָק לְדִבְרֵי ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי קָאָמַר וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי מִדְּפָטַר לֵיהּ ש"מ לָאו אִיסּוּר בַּת אַחַת חֲשִׁיב לָהּ וְכִי פָּטַר לֵיהּ מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים פָּטַר לֵיהּ וְכִי הֵזִיד בְּשַׁבָּת עַל כָּרְחָיךְ פָּטוּר מִשְּׁנֵיהֶם לְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי:
Ravin a mandé : ainsi, assurément, [est] la disposition de la michna à l'endroit où elle a été enseignée là-bas, mais elle est corrompue (mechoubechet) [dans l'attribution], alors inverse. Et il en va de même [que] l'on pourrait dire que Rabbi Yossi le Galiléen tient que, bien que l'interdit englobant ne se pose pas, l'interdit simultané se pose ; toutefois Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina tient que celui qui ne tient pas l'interdit englobant ne tient pas non plus l'interdit simultané — et c'est une dispute (ploougta) dans Yevamot, au chapitre 3 (33a). Ainsi [cela] me paraît. Et moi, j'ai entendu [autre chose] : que Chabbat est tenu pour antérieur du fait qu'il est fixe et stable (kevi'a ve-kayma), et Yom Kippour pour postérieur du fait que c'est le tribunal qui le sanctifie, comme [il sera dit] plus loin ; et Rabbi Yossi le Galiléen, qui rend coupable de deux [fautes], sa raison est l'englobant. Et cela m'est difficile à son sujet : car, selon ce que Rava objecte plus loin à Rav Yitzhak après qu'on a inversé, [à savoir] 'en fin de compte les deux viennent ensemble', quelle [est] son objection ? car Rav Yitzhak parle selon les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen, et Rabbi Yossi le Galiléen, du fait qu'il [l']exempte, nous en déduisons qu'il ne le tient pas pour un interdit simultané ; et lorsqu'il l'exempte, [c'est] de Yom Kippour qu'il l'exempte, et lorsqu'il a transgressé intentionnellement Chabbat, forcé [t']est [de dire qu']il est exempt des deux selon les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen.
💡 Explication

La résolution. Ravin transmet, au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina, que la disposition (le contenu) de la braita est exacte, mais qu'il faut inverser les noms : la première opinion (deux fautes) est celle de Rabbi Akiva, la seconde (une seule) celle de Rabbi Yossi le Galiléen. Ce dernier tient donc qu'aucun interdit ne se pose sur un autre, même simultané (bat ahat).

4
שְׁלַח רַב יִצְחָק בַּר יַעֲקֹב בַּר גִּיּוֹרֵי מִשּׁוּם דְּרַבִּי יוֹחָנָן: לְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, לְמַאי דַּאֲפַכַן, שָׁגַג בְּשַׁבָּת וְהֵזִיד בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים – חַיָּיב, הֵזִיד בְּשַׁבָּת וְשָׁגַג בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים – פָּטוּר.

Rav Yitzhak bar Yaakov bar Guiori a mandé au nom de Rabbi Yo'hanan : selon les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen, d'après ce que nous avons inversé — [s']il a transgressé par mégarde à propos de Chabbat et intentionnellement à propos de Yom Kippour, il est coupable ; [s']il a transgressé intentionnellement à propos de Chabbat et par mégarde à propos de Yom Kippour, il est exempt.

📜 Rachi (4)
לְמַאי דְּאָפַכְנָא וּמוֹקְמִינָא דְּאִיהוּ פָּטַר:
D'après ce que nous avons inversé — et nous établissons que c'est lui [Rabbi Yossi le Galiléen] qui exempte.
שָׁגַג בְּשַׁבָּת שֶׁשָּׁכַח שֶׁהוּא שַׁבָּת:
[S']il a transgressé par mégarde à propos de Chabbat — [c'est-à-dire] qu'il a oublié que c'était Chabbat.
וְהֵזִיד בְּאִיסּוּר יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהוּא יוֹם הַכִּפּוּרִים:
Et intentionnellement à propos de l'interdit de Yom Kippour — [c'est-à-dire] qu'il savait que c'était Yom Kippour.
חַיָּיב חַטָּאת מִשּׁוּם שׁוֹגֵג שַׁבָּת. אֲבָל שָׁגַג בְּאִיסּוּר יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁשָּׁכַח שֶׁהוּא יוֹם הַכִּפּוּרִים אֲבָל יוֹדֵעַ הוּא שֶׁהוּא שַׁבָּת פָּטוּר מִשְּׁתֵּיהֶן וְטַעְמָא מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Coupable — d'un sacrifice expiatoire (hatat), à cause de la mégarde de Chabbat. Mais [s']il a transgressé par mégarde à propos de l'interdit de Yom Kippour — [c'est-à-dire] qu'il a oublié que c'était Yom Kippour, mais [qu']il savait que c'était Chabbat — il est exempt des deux ; et la raison en est expliquée plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
הֵזִיד בְּשַׁבָּת וְשָׁגַג ביוה"כ פָּטוּר וְא"ת וְהָא לְרַבִּי עֲקִיבָא נַמֵּי פָּטוּר דְּהָא אֵינוֹ שָׁב מִיְּדִיעָתוֹ דְּמֵזִיד הוּא עַל הַשַּׁבָּת דַּחֲמִיר דְּבִסְקִילָה וי"ל דְּאַפֵּ"ה חֲמִיר לֵיהּ יוה"כ לְפִי שֶׁהוּא יוֹם כַּפָּרָה וּמְחִילָה:
[S']il a transgressé intentionnellement à propos de Chabbat et par mégarde à propos de Yom Kippour, il est exempt — et si tu dis : mais selon Rabbi Akiva aussi il est exempt, car il ne se 'repent pas par [retour de] sa connaissance', étant intentionnel à propos de Chabbat, qui est plus grave [puisque passible] de lapidation (sekila) ! On peut répondre : [c'est] que, même ainsi, Yom Kippour lui est plus grave, parce que c'est un jour d'expiation et de pardon (kappara ou-mehila).
💡 Explication

Une conséquence surprenante du propos inversé. Selon Rabbi Yossi le Galiléen (lecture inversée : une seule faute), la faute porte spécifiquement sur Chabbat. Donc : mégarde sur Chabbat (et intention sur Yom Kippour) -> coupable (l'expiatoire ne vient que pour la mégarde, et il y a mégarde sur Chabbat). Mais intention sur Chabbat (et mégarde sur Yom Kippour) -> exempt, car on n'apporte pas de sacrifice pour une transgression intentionnelle, et la faute ne 'compte' que sur Chabbat.

5
מַאי טַעְמָא? אָמַר אַבַּיֵּי: שַׁבָּת קְבִיעָא וְקַייְמָא, יוֹם הַכִּפּוּרִים – בֵּי דִינָא דְּקָא קָבְעִי לֵיהּ.

Quelle [en est] la raison ? Abaye a dit : Chabbat est fixe et stable (kevi'a ve-kayma) ; Yom Kippour — c'est le tribunal qui le fixe.

📜 Rachi (1)
אָמַר אַבָּיֵי קָסָבַר רַבִּי יוֹחָנָן דְּהַהוּא חַטָּאת דִּמְחַייֵּב לֵיהּ רַבִּי יוֹסֵי [הַגְּלִילִי] בְּשָׁגַג בָּזֶה וּבָזֶה אַדְּשַׁבָּת קָמְחַיֵּיב לֵיהּ דְּאִיהוּ קַדְמֵיהּ וְאַדְּיוֹם הַכִּפּוּרִים הוּא דְּפָטַר לֵיהּ הִלְכָּךְ כִּי הֵזִיד בְּשַׁבָּת וְשָׁגַג בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים פָּטוּר לְגַמְרֵי דְּאֵין מְבִיאִין קָרְבָּן עַל הַמֵּזִיד:
Abaye a dit — Rabbi Yo'hanan tient que ce sacrifice expiatoire dont Rabbi Yossi [le Galiléen] le rend coupable [dans le cas où] il a transgressé par mégarde à propos de celui-ci et de celui-là, [c'est] à cause de Chabbat qu'il le rend coupable, du fait que [Chabbat] le précède, et [c'est] de Yom Kippour qu'il l'exempte. Dès lors, lorsqu'il a transgressé intentionnellement à propos de Chabbat et par mégarde à propos de Yom Kippour, il est totalement exempt, car on n'apporte pas de sacrifice pour [une transgression] intentionnelle.
💡 Explication

Pourquoi la faute porte-t-elle sur Chabbat ? Abaye : Chabbat est fixe et stable (il tombe toujours le septième jour), tandis que Yom Kippour dépend du tribunal qui sanctifie le mois (donc détermine la date). Chabbat est ainsi considéré comme antérieur ; l'interdit de Yom Kippour ne 'prend' pas, le travail étant déjà interdit par Chabbat. Comme l'expiatoire ne vient que pour la mégarde, on n'est tenu que si l'on a transgressé en ignorant que c'était Chabbat.

6
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: סוֹף סוֹף, תַּרְוַייְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי קָאָתוּ. אֶלָּא אָמַר רָבָא: שְׁמָדָא הֲוָה, וּשְׁלַחוּ מִתָּם דְּיוֹמָא דְּכִפּוּרֵי דְּהָא שַׁתָּא שַׁבְּתָא הוּא. וְכֵן כִּי אֲתָא רָבִין וְכֹל נָחוֹתֵי אַמְרוּהָ כְּרָבָא.

Rava lui dit : en fin de compte, les deux viennent ensemble. Plutôt, Rava a dit : c'était une persécution (chémada), et l'on a mandé de là-bas [de Terre d'Israël] que Yom Kippour de cette année-là [tombait] un Chabbat.

Et de même, lorsque Ravin vint, ainsi que tous ceux qui descendaient [de Terre d'Israël], ils [le] dirent comme Rava.

📜 Rachi (3)
סוֹף סוֹף תַּרְוַייְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי קָאָתוּ וְאֵין כָּאן אַחֲרוֹן וְעַל כְּרִחְיָךְ כִּי פָּטַר לֵיהּ רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי מִשּׁוּם דְּקָסָבַר כֵּיוָן דִּבְכוֹלֵל וּמוֹסִיף אֵין אִיסּוּר חָל עַל אִיסּוּר בְּאִיסּוּר בַּת אַחַת נָמֵי לָא מִחַייַּב אֶלָּא חֲדָא וְאִי נָמֵי הֵזִיד בְּאֶחָד מֵהֶן הֲרֵי שִׁגְגַת חֲבֵירוֹ עוֹמֶדֶת וְחַיָּיב:
En fin de compte, les deux viennent ensemble — et il n'y a pas là de [jour] postérieur ; force [t']est donc [de dire que], lorsque Rabbi Yossi le Galiléen l'exempte, [c'est] parce qu'il tient que, puisque dans [l'interdit] englobant et aggravant un interdit ne se pose pas sur un interdit, dans un interdit simultané non plus il n'est pas tenu de plus d'une [faute] ; et même [s']il a transgressé intentionnellement à propos de l'un des deux, voici que la mégarde de l'autre subsiste et il est coupable.
אֶלָּא אָמַר רָבָא הָא דְּשָׁלַח רַב יִצְחָק דְּאַדְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִפְּטַר לָאו בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי קָאֵי וּמַאן דְּאָמַר בָּהּ לְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי לֹא הָיוּ דְּבָרִים מֵעוֹלָם אֶלָּא שְׁמָדָא הֲוָה וְגָזְרוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת יוֹם הַכִּפּוּרִים:
Plutôt, Rava a dit — ce qu'a mandé Rav Yitzhak, [à savoir] que de Yom Kippour il l'exempte, ne se rapporte pas à la dispute de Rabbi Yossi le Galiléen, et celui qui [le] dit en cela 'selon les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen', [c'est qu']il n'en fut jamais ainsi ; plutôt, c'était une persécution, et l'on a décrété de ne pas faire [observer] Yom Kippour.
וְשָׁלְחוּ מִתָּם יוֹם הַכִּפּוּרִים דְּהָאִידָּנָא שַׁבְּתָא הוּא עָשׂוּ יוֹם הַכִּפּוּרִים בְּשַׁבָּת אע"פ שֶׁאֵינוֹ חָל לִהְיוֹת בּוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח תּוֹרַת יוה"כ וְהָאוֹיְבִים לֹא יָבִינוּ בּוֹ מִשּׁוּם דִּבְכָל שַׁבָּת נָמֵי לָא עָבְדִי מְלָאכָה וְאַהַהוּא יוה"כ קָאָמַר רַב יִצְחָק דְּאִם שָׁגַג בּוֹ וְהֵזִיד בַּשַּׁבָּת פָּטוּר דְּהָא לָאו יוֹם הַכִּפּוּרִים הוּא וְאֵין שִׁגְגָתוֹ שְׁגָגָה:
Et l'on a mandé de là-bas : Yom Kippour de maintenant [tombe] un Chabbat — ils firent [observer] Yom Kippour un Chabbat, bien qu'il ne tombe pas en lui [ce jour-là], afin que la loi de Yom Kippour ne soit pas oubliée et que les ennemis n'y comprennent rien, parce que tout Chabbat aussi on ne fait pas de travail ; et c'est à propos de ce Yom Kippour[-là] que Rav Yitzhak dit que, s'il s'est trompé à son sujet et a transgressé intentionnellement à propos de Chabbat, il est exempt — car ce n'est pas Yom Kippour, et sa mégarde n'est pas une mégarde [véritable].
🗂️ Tossefot (1)
יוֹם הַכִּפּוּרִים דְּהַאי שַׁתָּא שַׁבְּתָא הוּא וְלֹא שַׁייָּךְ כָּאן אַתֶּם וְאַפֵּי' מְזִידִים כֵּיוָן דְּלָא נִקְבַּע בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ וְדַוְקָא אַקְּבִיעוּת הַחֹדֶשׁ אָמְרִינַן לֵיהּ:
Yom Kippour de cette année[-là] [tombe] un Chabbat — et il ne convient pas [de dire] ici 'vous [le ferez] même intentionnellement', puisqu'il n'a pas été fixé le dixième [jour] du mois ; et c'est précisément à propos de la fixation du mois (kevi'out ha-hodech) que nous lui [le] disons.
💡 Explication

Rava réfute Abaye : Chabbat et Yom Kippour entrent ensemble (à la même heure, quand le jour se sanctifie), aucun ne 'précède' réellement. Il propose une autre lecture du propos de Rav Yitzhak : il s'agissait d'un temps de persécution religieuse (chémada) où l'on manda de Terre d'Israël que, cette année-là, on observerait Yom Kippour un jour de Chabbat ordinaire (pour ne pas éveiller les soupçons et ne pas oublier la loi de Kippour). Comme ce n'était pas le vrai Yom Kippour, qui se trompe à son sujet est exempt. Ravin et tous les voyageurs de Terre d'Israël confirment cette lecture.

7
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: וַהֲלֹא מִבְּנֵי יַעֲקֹב [וְכוּ׳].

Rabbi Yehouda a dit : or n'est-ce pas [interdit déjà] aux fils de Yaakov [etc.] ?

💡 Explication

Reprise de la michna (au sujet du nerf sciatique, gid hanashéh). Rabbi Yehouda argue : le verset 'c'est pourquoi les fils d'Israël ne mangent pas le nerf sciatique' (Gn 32:33) montre qu'il fut interdit dès l'époque des fils de Yaakov — donc avant le don de la Torah, à une époque où la viande de la bête impure était encore permise à la consommation. L'interdit portait donc aussi sur le nerf de la bête impure, et le demeure aujourd'hui.

8
תַּנְיָא, אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי יְהוּדָה: וְכִי נֶאֱמַר ״עַל כֵּן לֹא יֹאכְלוּ בְּנֵי יַעֲקֹב״? וַהֲלֹא לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא ״בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״, וְלֹא נִקְרְאוּ ״בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״ עַד סִינַי! אֶלָּא בְּסִינַי נֶאֱמַר, אֶלָּא שֶׁנִּכְתַּב בִּמְקוֹמוֹ לֵידַע מֵאֵיזֶה טַעַם נֶאֱסַר לָהֶם.

Il est enseigné : on dit à Rabbi Yehouda : est-il donc dit 'c'est pourquoi les fils de Yaakov ne mangent pas' ? Or il n'est dit que 'les fils d'Israël' !

Et ils ne furent appelés 'fils d'Israël' qu'à [partir du] Sinaï. Plutôt, [l'interdit] fut dit au Sinaï, mais il fut écrit à sa place [dans le récit du combat] pour [faire] connaître de quelle raison il leur fut interdit.

📜 Rachi (2)
וְלֹא נִקְרְאוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַד הַר סִינַי וּלְקַמֵּיהּ מַקְשֵׁי לֵיהּ:
Et ils ne furent pas appelés 'fils d'Israël' avant le mont Sinaï — et plus loin [la Guemara] lui objecte.
אֶלָּא מִקְרָא זֶה לֹא נֶאֱמַר עַד סִינַי אֶלָּא לְאַחַר שֶׁקִּבְּלוּ מֹשֶׁה בְּסִינַי וּבָא לִכְתֹּוב אֶת הַתּוֹרָה כָּתַב אוֹתָהּ אַזְהָרָה אֵצֶל הַמַּעֲשֶׂה לֵידַע כו':
Plutôt — ce verset ne fut dit qu'au Sinaï ; mais après que Moché eut reçu [la Torah] au Sinaï et qu'il vint écrire la Torah, il écrivit cet avertissement auprès de l'événement [le combat] pour [en] faire connaître [la raison], etc.
💡 Explication

Réponse des Sages à Rabbi Yehouda. Le verset ne dit pas 'fils de Yaakov' mais 'fils d'Israël', or ce nom collectif ne fut donné au peuple qu'au Sinaï. L'interdit fut donc énoncé au Sinaï ; s'il est écrit à sa place, dans le récit du combat de l'ange, c'est seulement pour en faire connaître la raison (le nerf touché par l'ange). Il n'y a donc aucune preuve qu'il ait jamais porté sur la bête impure.

9
מֵתִיב רָבָא: ״וַיִּשְׂאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת יַעֲקֹב אֲבִיהֶם״, לְאַחַר מַעֲשֶׂה.

Rava objecte : 'et les fils d'Israël portèrent Yaakov leur père' (Gn 46:5) — [cela fut dit] après l'événement.

📜 Rachi (1)
לְאַחַר מַעֲשֶׂה לְאַחַר אוֹתוֹ מַעֲשֶׂה שֶׁנֶּאֱבַק עִמּוֹ לִזְמַן מְרֻובֶּה בְּבוֹאוֹ מִפַּדַּן אֲרָם והקב"ה קְרָאוֹ יִשְׂרָאֵל דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית לה) לֹא יִקָּרֵא שִׁמְךָ עוֹד יַעֲקֹב כִּי אִם יִשְׂרָאֵל וְגוֹ':
Après l'événement — après cet événement où [l'ange] lutta avec lui longuement à son retour de Paddan-Aram, et [où] le Saint, béni soit-Il, l'appela Israël, comme il est écrit (Genèse 35) 'ton nom ne sera plus appelé Yaakov, mais Israël', etc.
🗂️ Tossefot (1)
לְאַחַר מַעֲשֶׂה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס לְאַחַר אוֹתוֹ מַעֲשֶׂה שֶׁנֶּאֱבַק עִמּוֹ לִזְמַן מְרֻובֶּה בְּבוֹאוֹ מִפַּדַּן אֲרָם והקב"ה קְרָאוֹ יִשְׂרָאֵל וְהָא דְּקָאָמַר לְעֵיל לֹא נִקְרָא יִשְׂרָאֵל עַד סִינַי הַיְינוּ לְעִנְיַן מִצְוֹת וּפָרִיךְ מֵהַהִיא שַׁעְתָּא לִיתְּסַר מֵהַהִיא דִּוְיָשְׁאוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וּמְשַׁנֵּי הַהִיא שַׁעְתָּא לֹא שְׁעַת מַעֲשֶׂה הָיָה דִּנְשִׁיַּית גִּיד וְלָא שְׁעַת מַתַּן תּוֹרָה וְלָא גָּרְסִינַן מֵהַהוּא מַעֲשֶׂה לִיתְּסַר דְּמַשְׁמַע מַעֲשֶׂה דִּנְשִׁייַּת הַגִּיד כְּמוֹ לְאַחַר מַעֲשֶׂה דְּקָאֵי אַנְּשִׁייַּת גִּיד וְאִם נֹאמַר דִּלְאַחַר מַעֲשֶׂה קָאֵי אַבְּרָכָה שֶׁבֵּרְכוֹ הַמַּלְאָךְ וְהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יָדוֹ שֶׁל מַלְאָךְ וְכֵן מֵהַהִיא מַעֲשֶׂה לִיתְּסַר מ"מ לָא הָוֵי כְּמוֹ הַאי שַׁעְתָּא לָאו שְׁעַת מַעֲשֶׂה הָוֵי דְּקָאֵי אַנְּשִׁיַּית גִּיד:
Après l'événement — le Maître a expliqué dans son commentaire : après cet événement où [l'ange] lutta avec lui longuement à son retour de Paddan-Aram, et [où] le Saint, béni soit-Il, l'appela Israël. Et ce qu'il dit plus haut, [qu']ils ne furent appelés 'Israël' qu'au Sinaï, c'est quant aux commandements (mitsvot) ; et [Rava] objecte [que] dès cet instant-là [le nerf] aurait dû être interdit, [à partir] de ce 'et les fils d'Israël portèrent' ; et l'on répond : cet instant-là ne fut pas l'instant de l'événement de la disparition du nerf (néchiyat gid), ni l'instant du don de la Torah. Et nous ne lisons pas 'dès cet événement[-là] qu'il soit interdit', ce qui impliquerait l'événement de la disparition du nerf, comme [dans] 'après l'événement' qui se rapporte à la disparition du nerf. Et si l'on dit que 'après l'événement' se rapporte à la bénédiction dont l'ange le bénit, [bénédiction] à laquelle le Saint, béni soit-Il, donna son accord par la main de l'ange — et de même 'dès cet événement qu'il soit interdit' — néanmoins, ce n'est pas comme cet instant[-là], [qui] ne fut pas l'instant de l'événement se rapportant à la disparition du nerf.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מֵתִיב רָבָא: "וַיִּשְׂאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת יַעֲקֹב אֲבִיהֶם" (בְּרֵאשִׁית מו, ה) . מַקְשִׁים אַמַּאי לֹא הֵבִיא פָּסוּק דִּקְדִים בְּפָרָשַׁת מִקֵּץ (בְּרֵאשִׁית מב, ה) וַיָּבֹאוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לִשְׁבֹּר בְּתוֹךְ הַבָּאִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִמַּה שֶׁקּוֹרֵא אוֹתָם הַכָּתוּב 'בְּנֵי יִשְׂרָאֵל' אֵין הוֹכָחָה כְּלוּם יַעַן כִּי מֵאַחַר שֶׁיַּעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה נִקְרָא בְּשֵׁם יַעֲקֹב וְנִקְרָא בְּשֵׁם יִשְׂרָאֵל וְהֵם בָּנָיו בֶּאֱמֶת לָכֵן פְּעָמִים קוֹרֵא אוֹתָם בְּשֵׁם 'בְּנֵי יַעֲקֹב' וּפְעָמִים קוֹרֵא אוֹתָם בְּשֵׁם 'בְּנֵי יִשְׂרָאֵל' וְאֵין לְהוֹכִיחַ מִזֶּה שֶׁבָּא לְלַמְּדֵנוּ שֶׁיֵּשׁ לָהֶם דִּין יִשְׂרָאֵל בְּאוֹתוֹ זְמַן, אַךְ רָבָא מַקְשֵׁי מֵהַאי קְרָא שֶׁל 'וַיִּשְׂאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת יַעֲקֹב אֲבִיהֶם' דְּהוּא לְשׁוֹן יֶתֶר כֵּיוָן דִּכְתִיב 'וַיָּקָם יַעֲקֹב מִבְּאֵר שֶׁבַע' הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וַיִּשְׂאוּ בָּנָיו אוֹתוֹ וְאֶת טַפָּם וְלָמָּה הֻוצְרַךְ לוֹמַר 'וַיִּשְׂאוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל' וְלָמָּה אָמַר 'אֶת יַעֲקֹב אֲבִיהֶם' מֵאַחַר דְּהִזְכִּיר שְׁמוֹ בְּרֵאשִׁית הַפָּסוּק וּבֵיהּ מִשְׁתַּעֵי קְרָא? לָכֵן יֵשׁ לָדוּן וְלוֹמַר שֶׁאָמַר 'בְּנֵי יִשְׂרָאֵל' לְלַמֵּד שֶׁבְּאוֹתוֹ זְמַן הָיָה לָהֶם דִּין יִשְׂרָאֵל שֶׁנּוֹהֵג בָּהֶם דִּין גִּיד הַנָּשֶׁה שֶׁנִּזְכַּר עַל שֵׁם יַעֲקֹב דִּכְתִיב עַל כֵּן לֹא יֹאכְלוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת גִּיד הַנָּשֶׁה אֲשֶׁר עַל כַּף הַיָּרֵךְ כִּי נָגַע בְּכַף יֶרֶךְ יַעֲקֹב' (בְּרֵאשִׁית לב, לג) וְלָכֵן אָמַר 'בְּנֵי יִשְׂרָאֵל' וְאָמַר 'אֶת יַעֲקֹב אֲבִיהֶם' אַף עַל גַּב דְּלָא אִצְטְרִיךְ לְהַזְכִּיר שֵׁמוֹת אֵלּוּ כָּאן לְלַמֵּד דִּין זֶה. וְעוֹד נִרְאֶה בָּחַר רָבָא לְהָבִיא פָּסוּק זֶה מִשּׁוּם דְּבִתְחִלָּתוֹ וּבְסוֹפוֹ נָקֵיט שֵׁם יַעֲקֹב וּבְאֶמְצַע נָקֵיט 'יִשְׂרָאֵל' אֶלָּא וַדַּאי נִרְאֶה דְּבָא לְלַמְּדֵנוּ דַּהֲוָה לְהוּ דִּין יִשְׂרָאֵל.
Rava objecte : « Les fils d'Israël portèrent Yaakov leur père » (Genèse 46, 5). On peut demander : pourquoi [Rava] n'a-t-il pas apporté un verset antérieur, dans la parachat Mikets (Genèse 42, 5), « Et les fils d'Israël vinrent pour acheter [du blé] parmi ceux qui venaient » ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que du fait que l'Écriture les appelle « fils d'Israël » il n'y a là aucune preuve [décisive], car puisque Yaakov notre père, paix sur lui, est appelé du nom de Yaakov et est appelé du nom d'Israël, et qu'ils sont véritablement ses fils, l'Écriture les nomme parfois du nom de « fils de Yaakov » et parfois du nom de « fils d'Israël » ; on ne peut donc pas prouver de là qu'elle viendrait nous enseigner qu'ils avaient le statut [halakhique] d'Israël à cette époque-là. Mais Rava objecte à partir de ce verset-ci, « Les fils d'Israël portèrent Yaakov leur père », parce qu'il comporte une expression superflue : puisqu'il est écrit « Yaakov se leva de Béer-Sheva », il aurait dû dire « et ses fils le portèrent, lui et leurs petits enfants » ; pourquoi a-t-il fallu dire « Les fils d'Israël portèrent », et pourquoi a-t-il dit « Yaakov leur père », alors que son nom a déjà été mentionné au début du verset et que c'est de lui que le verset parle ? Il y a donc lieu de juger et de dire qu'il a dit « fils d'Israël » pour enseigner qu'à cette époque-là ils avaient le statut [halakhique] d'Israël, de sorte que s'applique à leur égard la loi du guid hanache (le nerf sciatique), laquelle est mentionnée en lien avec le nom de Yaakov, comme il est écrit : « C'est pourquoi les fils d'Israël ne mangent pas le nerf sciatique qui est sur la cavité de la cuisse, parce qu'[l'ange] toucha la cavité de la cuisse de Yaakov » (Genèse 32, 33). Et c'est pour cela qu'il a dit « fils d'Israël » et qu'il a dit « Yaakov leur père », bien qu'il n'était pas nécessaire de mentionner ces noms ici, [si ce n'est] pour enseigner cette loi. Et il apparaît en outre que Rava a choisi d'apporter ce verset parce qu'à son début et à sa fin il porte le nom de Yaakov, tandis qu'au milieu il porte « Israël » ; assurément, il apparaît donc qu'il vient nous enseigner qu'ils avaient le statut [halakhique] d'Israël.
💡 Explication

Rava conteste les Sages. Le verset 'et les fils d'Israël portèrent Yaakov leur père' (Gn 46:5) emploie le nom 'fils d'Israël' avant le Sinaï — preuve que ce titre était déjà en usage. La Guemara répond : oui, mais ce verset se situe après l'événement (le combat de l'ange, où Dieu changea le nom de Yaakov en Israël), donc après l'interdiction du nerf, sans rien prouver pour Rabbi Yehouda.

10
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: מֵהַהִיא שַׁעְתָּא לִיתְּסַר.

Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : dès cet instant[-là], qu'il [le nerf] soit interdit !

📜 Rachi (1)
מֵהַהִיא שַׁעְתָּא דְּוַיָּשְׁאוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לִיתְּסַר:
Dès cet instant[-là] — [de l'instant] de 'et les fils d'Israël portèrent', qu'il soit interdit.
💡 Explication

Rav Aha fils de Rava presse l'objection. Puisque le titre 'fils d'Israël' était déjà en usage des Gn 46:5 ('les fils d'Israël portèrent Yaakov'), le nerf aurait dû devenir interdit dès cet instant-là — ce qui irait dans le sens de Rabbi Yehouda (interdit avant le Sinaï) et contre les Sages.

11
אֲמַר לֵיהּ: וְכִי תּוֹרָה פְּעָמִים פְּעָמִים נִיתְּנָה? הָהוּא שַׁעְתָּא לָאו שְׁעַת מַעֲשֶׂה הֲוַאי, וְלָא שְׁעַת מַתַּן תּוֹרָה הֲוַאי.

Il lui dit : la Torah fut-elle donnée maintes et maintes fois (fois après fois) ? Cet instant-là ne fut pas l'instant de l'événement, ni l'instant du don de la Torah.

💡 Explication

Réponse de Rav Achi. La Torah ne fut pas donnée par fragments, à des instants successifs ; elle fut donnée au Sinaï. L'instant où apparaît pour la première fois 'les fils d'Israël' (Gn 46:5) n'est ni l'instant de l'événement (le combat de l'ange) ni celui du don de la Torah — il n'y a donc aucune raison de faire commencer l'interdit à ce moment-là.

12
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵבֶר מִן הַחַי נוֹהֵג בִּבְהֵמָה, חַיָּה וְעוֹף, בֵּין טְמֵאִין וּבֵין טְהוֹרִין, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי אֶלְעָזָר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בִּטְהוֹרִין.

Nos Maîtres ont enseigné : le membre [arraché] au vivant (ever min ha-haï) s'applique à la bête domestique, à la bête sauvage et à l'oiseau, qu'[ils soient] impurs ou purs — paroles de Rabbi Yehouda et de Rabbi Elazar. Et les Sages disent : il ne s'applique qu'aux [espèces] pures.

💡 Explication

Une braita parallèle à la mahloket précédente. L'interdit du membre arraché à une bête vivante (ever min ha-haï) : pour Rabbi Yehouda et Rabbi Elazar, il vaut pour tout animal — domestique, sauvage, oiseau — impur comme pur. Pour les Sages, il ne s'applique qu'aux espèces pures (cacheres). C'est le même clivage que pour le nerf sciatique : un interdit peut-il porter sur une espèce déjà interdite à la consommation ?

13
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּשְׁנֵיהֶן מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ, ״רַק חֲזַק לְבִלְתִּי אֲכֹל הַדָּם כִּי הַדָּם הוּא הַנָּפֶשׁ

Rabbi Yo'hanan a dit : et les deux [opinions] ont exposé un seul et même verset : 'seulement, sois ferme à ne pas manger le sang, car le sang, c'est l'âme [la vie]'.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ouvre l'analyse : les deux opinions (Rabbi Yehouda/Rabbi Elazar et les Sages) dérivent leur position d'un même verset — 'seulement, sois ferme à ne pas manger le sang, car le sang, c'est l'âme' (Dt 12:23). La suite (au daf suivant) montrera comment chacun lit le rapprochement entre le sang et le membre arraché au vivant pour en tirer des conclusions opposées quant aux espèces impures.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).