Sougya : La sougya poursuit la discussion sur le volume (chiour) qui rend passible de coups pour avoir mangé un oiseau : pur et vivant, on est passible pour tout volume au titre du membre arraché du vivant (ever min ha-chai) ; pur et mort (non abattu), seulement pour un ke-zayit (volume d'une olive) au titre de la charogne (nevela) ; impur, pour tout volume vivant ou mort, au titre de la créature entière (beria). Une braita oppose Rabbi (qui dispense) à Rabbi Eleazar fils de Rabbi Chimon (qui rend passible) celui qui mange un petit oiseau pur vivant entier : divergent-ils sur le fait que la bête, de son vivant, est ou non destinée à être divisée en membres.
Rav Nahman ramène le cas à un peu de chair avec tendons et os atteignant une olive, et Rav Chérévia précise qu'il s'agit d'un oiseau maigre comme la qélanita. Rava dégage deux conséquences de la 'pensée sur les aliments' (mahshevet okhlin), discutées par Abaye.
Enfin Rabbi Yo'hanan et Resh Lakich divergent sur la répartition entre deux versets (Deut 12:23 ; Ex 22:30) des trois interdits : membre du vivant, chair du vivant, chair de la bête tereifa.
S'il a mangé un oiseau pur de son vivant — pour tout volume (be-khôl chehou) ; [s'il l'a mangé] après sa mort — pour un volume d'olive (ke-zayit) ; et [un oiseau] impur, qu'il [le mange] de son vivant ou après sa mort — pour tout volume. Ici aussi [pour résoudre Rav], [il s'agit] d'un peu de chair, [complétée par] tendons et os [pour atteindre une olive].
La Guemara cherche à accorder une enseigne (la braita citée) avec la règle de Rav. La braita distingue trois cas : oiseau pur vivant -> passible pour tout volume (au titre du membre du vivant, ever min ha-chai) ; oiseau pur mort [non abattu] -> seulement pour un ke-zayit (olive), car c'est une charogne (nevela) ; oiseau impur, vivant ou mort -> tout volume car c'est une créature entière (beria). Réponse pour Rav : on parle d'un peu de chair jointe à des tendons et des os pour atteindre une olive.
Viens et entends [une objection] : s'il a pris un oiseau qui n'a pas en lui un ke-zayit et l'a mangé — Rabbi dispense, et Rabbi Eleazar fils de Rabbi Chimon rend passible. Rabbi Eleazar fils de Rabbi Chimon a dit : [c'est] un raisonnement à fortiori (qal va-homer) — si pour un [seul] membre [pris] d'elle [l'oiseau] il est passible, pour [l'oiseau] tout entier, n'est-ce pas à plus forte raison [qu'il l'est] !
[Mais s']il l'a étranglée (hanaqa) et [l']a mangée — de l'avis de tous, [il n'est passible que] pour un ke-zayit.
Objection contre la règle précédente : une braita oppose Rabbi (qui dispense) à R. Eleazar fils de R. Chimon (qui rend passible) au sujet de celui qui mange un petit oiseau pur, vivant et entier, n'ayant pas une olive. R. Eleazar argüe par qal va-homer : si l'on est passible pour un seul membre du vivant, à plus forte raison pour l'oiseau entier. Mais si l'oiseau a été étranglé (donc mort, c'est une nevela), tous conviennent qu'il faut un ke-zayit.
Ils ne divergent que sur ceci : l'un (un Maître) tient [que la bête], de son vivant, se tient [prête] à être [divisée] en membres (la-evarim omedet), et l'autre Maître tient [que la bête], de son vivant, ne se tient pas [prête] à être [divisée] en membres.
Le cœur de la mahloket (voir le schéma). Le seul point de divergence : la bête vivante est-elle déjà considérée comme destinée à être découpée en membres (la-evarim omedet) ? Pour R. Eleazar, oui : chaque membre, même attaché, vaut comme membre séparé, donc manger l'oiseau entier engage l'interdit du membre du vivant des le moindre volume. Pour Rabbi, non : tant qu'on n'a pas détaché un membre, il n'y a pas de 'membre'.
[Puisque,] de l'avis de tous en tout cas, on n'exige pas un ke-zayit [pour un membre, l'objection tient]. Rav Nahman a dit : [il s'agit] d'un peu de chair, [complétée par] tendons et os.
L'objection menace la règle précédente (qui exigeait un ke-zayit) car, pour R. Eleazar, tous conviennent qu'un membre du vivant rend passible sans ke-zayit. Réponse de Rav Nahman : le cas visé est un membre contenant un peu de chair jointe à des tendons et os, le tout formant une olive.
Mais y a-t-il une chose [un oiseau] dans laquelle, tout entière, il n'y a pas un ke-zayit de chair, et [pourtant] dans un [seul] membre il y a un ke-zayit [formé] d'un peu de chair, [de] tendons et [d']os ? Rav Chérévia a dit : oui — pour la qélanita.
Difficulté : existe-t-il un oiseau si maigre qu'il n'ait pas une olive de chair dans tout son corps, mais qu'un seul de ses membres atteigne l'olive en comptant chair + tendons + os ? Réponse de Rav Chérévia : oui, le cas de la qélanita, un oiseau extrêmement maigre.
Dis [examine] la fin [de la braita] : s'il l'a étranglée et [l']a mangée, de l'avis de tous [il n'est passible que] pour un ke-zayit. Or la qélanita est un oiseau impur, et Rav a dit : [un oiseau] impur, qu'il [le mange] de son vivant ou après sa mort, [il est passible] pour tout volume !
[Réponse :] [il s'agit] plutôt de [quelque chose] comme la qélanita.
Difficulté sur la fin de la braita : étranglée, l'oiseau ne rend passible que pour un ke-zayit (nevela). Mais la qélanita est impure, et pour un oiseau impur Rav rend passible pour tout volume (beria) ! Réponse : la braita ne parle pas de la qélanita elle-même, mais d'un oiseau pur aussi maigre qu'elle — 'comme la qélanita'.
Rava a dit : si tu admets [comme hypothèse] que Rabbi tient que la pensée [portant] sur les aliments est [tenue pour] une pensée [ayant une portée halakhique] (mahshevet okhlin chema mahshava) — [alors,] s'il a pensé la manger membre par membre, et [qu']il l'a mangée tout entière [d'un coup], il est passible.
Première déduction de Rava. Hypothèse : Rabbi tient que la pensée portant sur les aliments compte (mahshevet okhlin chema mahshava) — l'intention a une portée halakhique. Dans ce cas, celui qui avait l'intention de manger l'oiseau membre par membre, mais l'a finalement mangé entier d'un coup, est passible : par sa pensée il a révélé qu'il tient l'oiseau pour 'destiné aux membres', et l'oiseau entier est alors lui aussi appelé 'membre'.
Abaye lui dit : mais y a-t-il une chose qui, si un autre la mange, [celui-là] n'est pas passible, mais si celui-ci la mange, il est passible ? Il lui dit : celui-ci [est jugé] selon sa pensée, et celui-là [est jugé] selon sa pensée.
Objection d'Abaye : est-il concevable qu'un même acte (manger ce petit oiseau entier) rende l'un passible et l'autre non ? Réponse de Rava : oui — chacun est jugé selon sa propre pensée (intention). Celui qui pensait 'membre par membre' est passible ; un autre, sans cette pensée, ne l'est pas.
Et Rava a [aussi] dit : si tu admets [comme hypothèse] que Rabbi Eleazar fils de Rabbi Chimon tient que la pensée [portant] sur les aliments est [tenue pour] une pensée — [alors,] s'il a pensé la manger morte, et [qu']il l'a mangée vivante, il est dispensé.
Seconde déduction de Rava, symétrique, du côté de R. Eleazar. Si lui aussi tient que la pensée compte, alors celui qui avait l'intention de manger l'oiseau mort (donc non destiné aux membres), mais l'a finalement mangé vivant, est dispensé : par sa pensée il a révélé qu'à ses yeux la bête n'était pas 'destinée aux membres'.
Abaye lui dit : mais y a-t-il une chose qui, si un autre la mange, [celui-là] est passible, mais si celui-ci la mange, il est dispensé ? Il lui dit : celui-ci [est jugé] selon sa pensée, et celui-là [est jugé] selon sa pensée.
Objection symétrique d'Abaye : peut-il y avoir une chose qui rende l'un passible et l'autre dispensé pour le même acte ? Même réponse de Rava : chacun selon sa pensée. La pensée 'morte' dispense celui qui l'a eue, tandis qu'un autre, sans elle, reste passible.
Rabbi Yo'hanan a dit : 'tu ne mangeras pas la vie (ha-nefech) avec la chair' (Deut 12:23) — ceci [vise] le membre arraché du vivant (ever min ha-chai) ; 'et de la chair déchirée aux champs (basar ba-sade tereifa), vous ne mangerez pas' (Ex 22:30) — ceci [vise] la chair [arrachée] du vivant (basar min ha-chai) et la chair de la [bête] tereifa (basar min ha-tereifa).
Source scripturaire des interdits. Pour R. Yo'hanan : le premier verset 'tu ne mangeras pas la vie avec la chair' vise le membre du vivant ; le second 'chair déchirée aux champs' vise à la fois la chair du vivant (basar min ha-chai, qui n'est pas un membre entier) et la chair de la tereifa (bête agonisante à la suite d'une lésion mortelle).
Et Rabbi Chimon ben Lakich a dit : 'tu ne mangeras pas la vie (ha-nefech) avec la chair' — ceci [vise] le membre arraché du vivant (ever min ha-chai) et la chair [arrachée] du vivant (basar min ha-chai) ; 'et de la chair déchirée aux champs (basar ba-sade tereifa), vous ne mangerez pas' — ceci [vise] la chair de la [bête] tereifa (basar min ha-tereifa).
Position opposée de Resh Lakich : le premier verset 'tu ne mangeras pas la vie avec la chair' englobe à la fois le membre du vivant ET la chair du vivant ; le second verset 'chair déchirée aux champs' vise seulement la chair de la tereifa. Ainsi membre du vivant et chair du vivant partagent un même verset (un seul interdit), la chair de tereifa en a un propre.
[Si] l'on a mangé un membre arraché du vivant et de la chair [arrachée] du vivant — pour Rabbi Yo'hanan il est passible de deux [séries de coups], pour Rabbi Chimon ben Lakich il n'est passible que d'une. [Si] l'on a mangé de la chair [arrachée] du vivant et de la chair de la [bête] tereifa — pour Rabbi Chimon ben Lakich il est passible de deux, pour Rabbi Yo'hanan il n'est passible que d'une.
[Si] l'on a mangé un membre arraché du vivant et de la chair de la [bête] tereifa — de l'avis de tous il est passible de deux.
La nafqa mina (conséquence pratique) de la mahloket (voir le schéma). Membre du vivant + chair du vivant : R. Yo'hanan -> deux séries (deux versets distincts), Resh Lakich -> une seule (même verset). Chair du vivant + chair de tereifa : l'inverse, Resh Lakich -> deux, R. Yo'hanan -> une. Membre du vivant + chair de tereifa : pour tous, deux séries, car ces deux interdits proviennent de deux versets distincts dans les deux systèmes.
Et l'on soulève [une contradiction] :
Formule de transition introduisant une braita qui contredira l'affirmation 'de l'avis de tous, membre du vivant + chair de tereifa rend passible de deux'. Le développement (et sa résolution) se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).