Sougya : La sougya ouvre sur un dรฉsaccord entre Rabbi Yo'hanan (deux sรฉries de coups) et Rabbi Chimon ben Lakich (une seule) pour celui qui a mangรฉ un membre du vivant (ever min ha-chai) prรฉlevรฉ sur une bรชte tereifa : tout l'enjeu est de savoir si un interdit prend effet par-dessus un autre (issour chal al issour). Rav Yosef distingue d'abord une bรชte de deux bรชtes ; puis la Guemara, par Abaye et trois 've-ibaรฏt eima', fait varier l'ordre d'apparition des interdits (membre / tereifa) selon le principe 'la bรชte, de son vivant, se tient-elle en membres ?', avant la lecture de Rava (membre arrachรฉ qui rend tereifa).
La seconde moitiรฉ transpose la question ร celui qui mange du chelev (graisse) du vivant d'une tereifa : Rabbi Hiyya bar Abba dit deux sรฉries, Rabbi Ami (et Rabbi Abahou) trois ; mรชme jeu de 've-ibaรฏt eima', et l'on s'appuie sur le verset de la graisse de bรชte morte et de tereifa (Lรฉvitique 7:24), oรน la Torah fait s'ajouter l'interdit de nevela puis de tereifa par-dessus celui de la graisse.
[Celui qui] a mangรฉ un membre du vivant (ever min ha-chai), [prรฉlevรฉ] sur [une bรชte] tereifa : Rabbi Yo'hanan a dit : il est passible de deux [sรฉries de coups] ; et Rabbi Chimon ben Lakich a dit : il n'est passible que d'une seule.
Cas de dรฉpart : une bรชte devenue tereifa de son vivant, et l'on en mange un membre tant qu'elle est vivante (ever min ha-chai). Deux interdits semblent se cumuler : manger d'une tereifa, et manger un membre du vivant. Rabbi Yo'hanan : deux sรฉries de coups (malkout) ; Resh Lakich : une seule. Tout le dรฉbat porte sur le principe 'un interdit prend-il effet par-dessus un autre' (issour chal al issour).
[On objecte :] soit, selon Rabbi Yo'hanan, [cela] convient ; mais selon Rabbi Chimon ben Lakich, [c'est] difficile.
La Guemara relรจve la difficultรฉ : pour Rabbi Yo'hanan, deux sรฉries va de soi, car les deux interdits dรฉcoulent de deux versets distincts. Mais pour Resh Lakich, [c'est] difficile : ces deux interdits ressortent eux aussi de deux versets, alors pourquoi une seule sรฉrie ?
Rav Yosef a dit : [ce n']est pas une difficultรฉ : ici [c'est le cas] d'une seule bรชte, lร [c'est le cas] de deux bรชtes. [Pour] deux bรชtes, il est passible de deux ; [pour] une seule bรชte, ils divergent.
Rav Yosef distingue : pour deux bรชtes (un membre du vivant pris sur l'une, de la chair de tereifa prise sur l'autre), tout le monde admet deux sรฉries โ deux interdits sur deux objets distincts, sans que l'un ait ร prendre effet sur l'autre. Le dรฉsaccord ne porte que sur le cas d'une seule bรชte, oรน les deux interdits visent le mรชme morceau.
[Pour] une seule bรชte, en quoi divergent-ils ? Abaye a dit : par exemple [le cas] oรน elle est devenue tereifa au moment oรน sa majeure partie sortait [du sein de sa mรจre] ; un Maรฎtre tient : la bรชte, de son vivant, se tient [dรฉjร ] en membres, et l'interdit de tereifa et l'interdit de membre arrivent l'un avec l'autre [en mรชme temps].
Premiรจre explication (Abaye) : la bรชte devient tereifa au moment mรชme de sa naissance (lorsque sa majeure partie รฉmerge). Pour Rabbi Yo'hanan, 'la bรชte, de son vivant, se tient dรฉjร en membres' (chaque membre compte comme une entitรฉ ร part) : l'interdit de tereifa et celui de membre du vivant naissent ensemble, aucun ne prรฉcรจde, donc les deux s'appliquent โ d'oรน deux sรฉries.
Et un Maรฎtre tient : la bรชte, de son vivant, ne se tient pas [dรฉjร ] en membres, et l'interdit de membre ne vient pas prendre effet sur l'interdit de tereifa.
Pour Resh Lakich : 'la bรชte ne se tient pas en membres' de son vivant ; l'interdit de membre ne s'installe qu'au moment oรน le membre est dรฉtachรฉ. Or, ร cet instant, la bรชte est dรฉjร tereifa (depuis la naissance) ; l'interdit de membre, arrivant ensuite, ne prend pas effet par-dessus l'interdit de tereifa qui le prรฉcรจde โ d'oรน une seule sรฉrie.
Et si tu veux, dis [autrement] : tout le monde [admet que] la bรชte, de son vivant, ne se tient pas [dรฉjร ] en membres, et c'est sur [le point de savoir] si, lorsqu'il vient, l'interdit de membre prend effet sur l'interdit de tereifa qu'ils divergent : un Maรฎtre tient : l'interdit de membre vient prendre effet sur l'interdit de tereifa, et un Maรฎtre tient : l'interdit de membre ne vient pas prendre effet sur l'interdit de tereifa.
Deuxiรจme explication ('et si tu veux, dis') : tous admettent que la bรชte ne se tient pas en membres, donc l'interdit de tereifa prรฉcรจde. Le dรฉsaccord porte seulement sur le fait que l'interdit de membre, venant aprรจs, prenne effet ou non par-dessus celui de tereifa. Le motif de Rabbi Yo'hanan : l'interdit de membre du vivant vaut aussi pour les fils de Noรฉ (il est donc plus large), ce qui lui permet de s'ajouter.
[Et] si tu veux, dis [autrement] : tout le monde [admet que] la bรชte, de son vivant, se tient [dรฉjร ] en membres, et [c'est] par exemple [le cas] oรน elle est devenue tereifa aprรจs cela, et c'est sur [le point de savoir] si, lorsqu'il vient, l'interdit de tereifa prend effet sur l'interdit de membre qu'ils divergent.
Troisiรจme explication : tous admettent ici que la bรชte se tient en membres (donc l'interdit de membre du vivant existe dรฉjร ร la naissance), et elle est devenue tereifa ensuite. Le dรฉsaccord porte cette fois sur le fait que l'interdit de tereifa, venant aprรจs, prenne effet ou non par-dessus l'interdit de membre dรฉjร en place.
Un Maรฎtre tient : il vient et prend effet, et un Maรฎtre tient : il ne vient pas prendre effet.
Conclusion de la troisiรจme lecture : pour Rabbi Yo'hanan, l'interdit de tereifa vient s'ajouter ร celui de membre du vivant (donc deux sรฉries) ; pour Resh Lakich, il ne s'ajoute pas (donc une seule).
Rava a dit : par exemple [le cas] oรน il a arrachรฉ d'elle un membre et l'a [par lร ] rendue tereifa. Un Maรฎtre tient : la bรชte, de son vivant, ne se tient pas [dรฉjร ] en membres, [donc] l'interdit de membre et l'interdit de tereifa arrivent l'un avec l'autre [en mรชme temps].
Lecture de Rava : on arrache un membre (par exemple on coupe la patte au-dessus du genou) et ce geste rend la bรชte tereifa. Pour Rabbi Yo'hanan [ici] : la bรชte ne se tient pas en membres de son vivant, donc l'interdit de membre ne naรฎt qu'ร l'arrachage โ exactement en mรชme temps que celui de tereifa ; les deux arrivent ensemble, d'oรน deux sรฉries.
Et un Maรฎtre tient : la bรชte, de son vivant, se tient [dรฉjร ] en membres, et l'interdit de tereifa ne vient pas prendre effet sur l'interdit de membre.
Pour Resh Lakich [dans la lecture de Rava] : la bรชte se tient dรฉjร en membres de son vivant ; l'interdit de membre du vivant est donc antรฉrieur, et l'interdit de tereifa qui survient ร l'arrachage ne prend pas effet par-dessus lui โ d'oรน une seule sรฉrie.
Rabbi Hiyya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : [celui qui] a mangรฉ du chelev (graisse) du vivant, [prรฉlevรฉ] sur [une bรชte] tereifa, est passible de deux. Rabbi Ami lui dit : que le Maรฎtre dise plutรดt trois, car moi je dis [qu'il est passible de] trois.
Il fut [aussi] dit : Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : [celui qui] a mangรฉ du chelev du vivant, [prรฉlevรฉ] sur [une bรชte] tereifa, est passible de trois.
Nouvelle รฉtape : du chelev (graisse interdite) prรฉlevรฉ du vivant d'une bรชte tereifa. Il y a trois interdits possibles : graisse, membre du vivant, tereifa. Rabbi Hiyya bar Abba au nom de R. Yo'hanan : deux sรฉries. Rabbi Ami : il faut dire trois ; et une autre tradition (Rabbi Abahou au nom de R. Yo'hanan) confirme trois.
Sur quoi divergent-ils ? Par exemple [le cas] oรน elle est devenue tereifa au moment oรน sa majeure partie sortait [du sein].
Celui qui dit trois tient : la bรชte, de son vivant, se tient [dรฉjร ] en membres, [de sorte] que l'interdit de graisse, l'interdit de membre et l'interdit de tereifa arrivent l'un avec l'autre [en mรชme temps].
Le dรฉsaccord (Hiyya bar Abba vs Ami) se joue dans le cas oรน la bรชte devient tereifa dรจs sa naissance. Celui qui dit trois (Ami) tient 'la bรชte se tient en membres' : les trois interdits โ graisse, membre, tereifa โ naissent ensemble, aucun ne prรฉcรจde, donc les trois s'appliquent.
Et celui qui dit deux tient : la bรชte, de son vivant, ne se tient pas [dรฉjร ] en membres, [de sorte] que l'interdit de graisse et l'interdit de tereifa, il y [en] a, [mais] l'interdit de membre ne vient pas prendre effet.
Celui qui dit deux (Hiyya bar Abba) tient 'la bรชte ne se tient pas en membres' : seuls l'interdit de graisse et celui de tereifa s'appliquent (arrivรฉs ensemble ร la naissance) ; l'interdit de membre, qui ne naรฎt qu'au dรฉtachement, ne s'ajoute pas, deux interdits รฉtant dรฉjร en place.
Et si tu veux, dis [autrement] : tout le monde [admet que] la bรชte, de son vivant, ne se tient pas [dรฉjร ] en membres, et c'est sur [le point de savoir] si, lorsqu'il vient, l'interdit de membre prend effet sur l'interdit de graisse et sur l'interdit de tereifa qu'ils divergent : un Maรฎtre tient : il vient et prend effet, et un Maรฎtre tient : il ne vient pas prendre effet.
Deuxiรจme lecture du dรฉsaccord : tous admettent que la bรชte ne se tient pas en membres, donc graisse et tereifa prรฉcรจdent. Le dรฉbat porte sur le fait que l'interdit de membre, venant en dernier, prenne effet ou non par-dessus les deux interdits dรฉjร en place (graisse + tereifa). Ami : oui (trois) ; Hiyya bar Abba : non (deux).
Et si tu veux, dis [autrement] : tout le monde [admet que] la bรชte, de son vivant, se tient [dรฉjร ] en membres, et [c'est] par exemple [le cas] oรน elle est devenue tereifa aprรจs cela, et c'est sur [le point de savoir] si, lorsqu'il vient, l'interdit de tereifa prend effet sur l'interdit de membre qu'ils divergent.
Troisiรจme lecture : tous admettent que la bรชte se tient en membres (graisse et membre du vivant dรฉjร en place ร la naissance), et elle est devenue tereifa ensuite. Le dรฉbat porte sur le fait que l'interdit de tereifa, venant en dernier, prenne effet par-dessus celui de membre.
Un Maรฎtre tient : il vient et prend effet, comme [il en est] pour la graisse (chelev), ainsi que le Maรฎtre l'a dit : la Torah a dit : que vienne l'interdit de bรชte morte (nevela) [et] qu'il prenne effet sur l'interdit de graisse, et que vienne l'interdit de tereifa [et] qu'il prenne effet sur l'interdit de graisse.
Pour celui qui dit que l'interdit de tereifa s'ajoute (Ami, trois) : il en va comme pour la graisse. La Torah, dans 'la graisse d'une bรชte morte et la graisse d'une tereifa...' (Lรฉvitique 7:24), a expressรฉment fait s'ajouter l'interdit de nevela puis celui de tereifa par-dessus l'interdit de graisse dรฉjร en place โ preuve qu'un interdit prend bien effet sur un autre dans ce cas.
Et l'autre [Maรฎtre tient] : c'est sur la graisse qu'il est passible, car [celle-ci] a รฉtรฉ permise [en partie]...
Rรฉponse de l'autre (Hiyya bar Abba, deux) : ce que le verset enseigne, c'est seulement que l'interdit de tereifa s'ajoute ร la graisse, et cela parce que la graisse a connu une permission (la graisse d'une bรชte non sacrรฉe, hors les portions interdites, est permise) โ un interdit plus lรฉger, sur lequel un autre peut prendre effet. La phrase est tronquรฉe ici : la suite (et la conclusion) se trouve au daf suivant (103b).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).