Chullin 103b — le kazayit de membre vivant (ever min ha-chai) : gosier ou entrailles, fin du perek Guid ha-Naché et début de bassar be-halav

Chullin 103b

Sougya : Suite et fin du chapitre Guid ha-Naché sur le membre vivant (ever min ha-chai). Reich Lakich interroge Rabbi Yo'hanan : un kazayit de membre partagé en deux au-dehors de la bouche puis avalé en deux fois — exempt ; partagé au-dedans — Rabbi Yo'hanan rend responsable (le gosier a joui d'un kazayit), Reich Lakich exempte (il faut un kazayit qui arrive entier dans les entrailles).

Pour Reich Lakich, on ne trouve un cas responsable que par une petite gromita (un petit os de la hanche complété par un peu de chair, de nerf et d'os, qu'on avalé sans mâcher). Rabbi Elazar va plus loin : même partagé au-dehors il est responsable, le défaut de proximité n'étant pas un défaut d'acte.

Suit la querelle sur la mesure du kazayit : ce qui reste entre les dents en est exclu pour tous ; Rav Papa situe la divergence sur ce qui colle au palais (gosier jouit, ventre non). Puis Rabbi Assi au nom de Rabbi Yo'hanan : manger un demi-kazayit, le vomir, en manger un autre — responsable, car le gosier a joui d'un kazayit ; et l'épisode où Rabbi Elazar, par égard, fait retrouver à Rabbi Assi sa tradition oubliée.

Le chapitre s'achève (Hadran), et s'ouvre la michna de bassar be-halav : toute viande est interdite à la cuisson dans le lait et à monter avec le fromage sur la table, hormis la chair des poissons et des sauterelles.

Manger un kazayit de membre vivant (ever min ha-chai) en deux moitiés Rabbi Yo'hanan Reich Lakich On suit le GOSIER (garon) la jouissance du goût les ENTRAILLES (meayim) la mesure à l'arrivée dans le ventre Partage au-dehors (mibachoutz) les deux s'accordent : EXEMPT (patour) jamais un kazayit entier ni au gosier ni au ventre Partage au-dedans (mibifnim) RESPONSABLE (hayav) le gosier a joui d'un kazayit EXEMPT (patour) pas de kazayit entier au ventre Rabbi Elazar même partagé au-dehors : RESPONSABLE — le défaut de proximité n'est pas un défaut d'acte Pour Reich Lakich, où trouve-t-on un cas responsable ? — Rav Kahana : une petite gromita (os) avalée d'un coup.
Le coeur de la sougya (segments 1-6) : gosier contre entrailles, partagé au-dehors ou au-dedans, et la position élargie de Rabbi Elazar.
Trois lieux du trajet de l'aliment, trois statuts entre les dents (bein ha-chinayim) tous d'accord : ne compte pas ni gosier ni ventre n'en jouissent au palais (bein ha-hanikhayim) la MAHLOKET : gosier jouit, ventre non — R. Yo'hanan compte / R. L. non avalé (meayim) tous d'accord : compté gosier ET ventre en jouissent
Les trois lieux du trajet de l'aliment (segments 7-8) : entre les dents, au palais, avalé — et où se loge la mahloket sur la mesure du kazayit.
Nouvelle michna : viande dans le lait (bassar be-halav) Toute viande domestique (behema), sauvage (haya), oiseau (of) interdit de cuire dans le lait interdit de monter [sur la table] avec le fromage Exceptions la chair des poissons (daguim) et des sauterelles (hagavim) leur statut n'est pas celui de la viande
La michna d'ouverture du chapitre bassar be-halav (segment 15).
1
מכללו, אבל אבר דלא הותר מכללו – לא.

...à sa généralité [du fait qu'il a été permis sous quelque aspect, comme la graisse d'une bête sauvage] ; mais un membre [vivant] qui n'a pas été permis dans sa généralité — non [l'interdit de tereifa ne s'y ajoute pas].

📜 Rachi (1)
מכללו אצל חיה:
À sa généralité — chez la bête sauvage (haya) [où la graisse est permise].
💡 Explication

Fin d'un raisonnement entamé en 103a sur le principe 'issour hal al issour' (un interdit ne se surajoute pas à un interdit déjà présent), avec ses exceptions. Un interdit nouveau s'ajoute à un interdit ancien lorsque celui-ci a été permis sous quelque aspect (mukhtar mikhlalo) — ainsi la graisse (helev), interdite chez la bête domestique mais permise chez la bête sauvage (haya). Mais le membre vivant (ever min ha-chai), qui n'a jamais été permis sous aucun aspect, ne reçoit pas le surajout de l'interdit de tereifa.

2
כי אתא רב דימי אמר: בעא מיניה רבי שמעון בן לקיש מרבי יוחנן: חלקו מבחוץ, מהו? אמר ליה: פטור.

Lorsque Rav Dimi vint [de Terre d'Israël à Babylone], il dit : Rabbi Chimon ben Lakich demanda à Rabbi Yo'hanan : [s'il] l'a partagé au-dehors (haleko mibachoutz), quoi [est la règle] ? Il lui dit : exempt (patour).

📜 Rachi (2)
חלקו מבחוץ לכזית אבר מן החי נחלק לשנים קודם שיתננו לתוך פיו ואכל זה לבדו ואח"כ חציו השני:
Il l'a partagé au-dehors — un kazayit de membre vivant [qui] a été partagé en deux avant qu'il ne [le] mette dans sa bouche, et il a mangé celle-ci [la première moitié] seule, puis ensuite l'autre moitié.
מהו מי מצטרפי לחיוביה ככל שאר איסורים דקיימא לן דמצטרפי שיעורייהו לחצאין בתוך כדי אכילת פרס כדאמרינן בפרק בתרא דיומא (דף פ:) או דילמא כיון דחידוש הוא דהא גידין ועצמות דעלמא לא מיחייב עלייהו והכא מיחייב ואימא אין לך בו אלא חדושו וכי אכיל ליה בבת אחת מיחייב דסתם אכילה בבת אחת משמע אבל לחצאין לא:
Quoi — se rejoignent-elles pour [le rendre] responsable, comme tous les autres interdits dont nous tenons [pour règle] que leurs mesures se rejoignent par moitiés dans le laps de temps d'une consommation de pras (kede akhilat pras), comme nous le disons au dernier chapitre de Yoma (80b) ? Ou bien peut-être, puisque c'est une innovation (hidouch) — car les nerfs et les os ordinaires, on n'en est pas responsable, et ici on l'est — alors dis [que] 'tu n'as en lui que son innovation' (ein lécha bo ela hidoucho) : lorsqu'il le mange d'un seul coup il est responsable, car une 'consommation' (akhila) non qualifiée signifie [un acte] d'un seul coup, mais par moitiés non.
🗂️ Tossefot (1)
חלקו מבחוץ פירש בקונטרס כזית אבר מן החי חלקו לשנים קודם שיתננו לתוך פיו ואכל זה לבדו ואח"כ אכל חציו השני משמע דאם נתן שני החלקים בפיו ובלען בבת אחת חייב לכ"ע ואין נראה דאם כן מאי קשיא ליה לריש לקיש היכי משכחת לה דמיחייב וכי אינו יכול לבלוע כזית בבת אחת והא אמרינן בפרק בתרא דיומא (דף פ.) דבית הבליעה מחזיק כביצת תרנגולת דגדולה יותר מגרוגרת כדמוכח בפרק חלון (עירובין דף פ:) דאיכא כמה גרוגרות בסעודה של עירוב וגרוגרת גדולה יותר מכזית כדמוכח בפרק המצניע (שבת דף צא.) ואמרי' בפ' אמרו לו (כריתות דף יד.) דאין בית הבליעה מחזיק יותר משני זיתים משמע דשני זיתים מחזיק ועוד דכי היכי דאע"פ שחלקו מבחוץ והניחם בבת אחת לתוך פיו מיחייב לר' יוחנן דאזיל בתר אכילת פיו לפי שנהנה גרונו כזית בבת אחת ה"נ אפילו בלען בזה אחר זה יתחייב לריש לקיש דאזיל בתר אכילת מעיו כיון שיש כזית בבת אחת במעיו קודם שיתעכל דאינו ממהר להתעכל כדמוכח בסמוך ונראה לפרש דחלקו מבחוץ פטור ואפילו אכלו בבת אחת דבעינן שיהא מחובר בפיו ויהיה עליו שם אבר משום דהכא חדוש הוא כדפירש בקונט' דבעלמא לא מיחייב אגידין ועצמות והכא מיחייב ואין לך בו אלא חידושו אבל חלקו בפנים חייב דדרך הוא שנחלק בפיו בשעת לעיסה וריש לקיש פטר ואפי' חלקו בפנים ולכך דוחק הש"ס אליביה היכי משכחת לה שיתחייב בדרך אכילה ומשני בגרומיתא זעירתא דאין אדם לועסו אלא בולעו ומיהו לרבי אלעזר ודאי חייב חלקו מבחוץ דאפילו אכל זה אחר זה מיחייב:
Il l'a partagé au-dehors — [Rachi] a expliqué dans son commentaire : un kazayit de membre vivant [qu']il a partagé en deux avant qu'il ne le mette dans sa bouche, et il a mangé celle-ci seule, puis ensuite il a mangé l'autre moitié ; [ce qui] implique que s'il a mis les deux morceaux dans sa bouche et les a avalés d'un seul coup, il est responsable selon tous [les avis]. Et cela ne semble pas [exact] : car s'il en est ainsi, qu'est-ce qui faisait difficulté à Reich Lakich [plus loin], 'comment trouve-t-on [un cas] où il est responsable' ? — ne peut-il donc pas avaler un kazayit d'un seul coup ? Or nous disons au dernier chapitre de Yoma (80a) que le gosier (beit ha-beli'a) contient [le volume d']un œuf de poule, lequel est plus grand qu'une figue sèche (grogueret), comme il ressort au chapitre Halon (Erouvin 80b), [où il est dit] qu'il y a plusieurs figues sèches dans le repas du erouv ; et une figue sèche est plus grande qu'un kazayit, comme il ressort au chapitre Ha-Matzni'a (Chabbat 91a) ; et nous disons au chapitre Amrou Lo (Keritout 14a) que le gosier ne contient pas plus de deux kazayit — [ce qui] implique qu'il contient [bien] deux kazayit. Et de plus : de même que, bien qu'il l'ait partagé au-dehors et les ait placés d'un seul coup dans sa bouche, il est responsable selon Rabbi Yo'hanan, qui suit la consommation de la bouche, parce que son gosier a joui d'un kazayit d'un seul coup — de même, [même] s'il les a avalés l'un après l'autre, il devrait être responsable selon Reich Lakich, qui suit la consommation des entrailles, du moment qu'il y a un kazayit d'un seul coup dans ses entrailles avant qu'il ne soit digéré, car il ne se digère pas vite, comme il ressort plus loin. Et il semble [donc] expliquer [autrement] : 'il l'a partagé au-dehors' [il est] exempt — et même s'il les a mangés d'un seul coup, car nous exigeons qu'il soit attaché (mehoubar) dans sa bouche et qu'il porte le nom de 'membre', parce qu'ici c'est une innovation, comme [Rachi] l'a expliqué dans son commentaire, [à savoir] qu'ordinairement on n'est pas responsable pour des nerfs et des os, et ici on l'est, [donc] 'tu n'as en lui que son innovation' ; mais [s']il l'a partagé au-dedans, il est responsable, car il est normal qu'il se partage dans la bouche au moment de la mastication. Et Reich Lakich exempte même [s']il l'a partagé au-dedans ; c'est pourquoi le Talmud se force, selon lui, [à chercher] comment on trouve [un cas] où il est responsable à la manière d'une consommation [normale], et il répond : par une petite gromita (gromita ze'irta), que l'homme ne mâche pas mais avalé. Toutefois, selon Rabbi Elazar, il est certainement responsable [même s']il l'a partagé au-dehors, car même [s']il a mangé l'un après l'autre il est responsable.
💡 Explication

Ouverture de la sougya sur le membre vivant (ever min ha-chai). Reich Lakich interroge Rabbi Yo'hanan : un kazayit (volume d'une olive) de membre vivant que l'on a partagé en deux au-dehors de la bouche, puis dont on a avalé chaque moitié séparément — est-on responsable (de la peine de malkout) ou non ? Réponse : exempt.

3
מבפנים, מאי? אמר ליה: חייב.

Au-dedans (mibifnim), quoi [est la règle] ? Il lui dit : responsable (hayav).

📜 Rachi (1)
מבפנים לאחר שבא סמוך לבית בליעתו בלעו לחצאין:
Au-dedans — après qu'il est arrivé près de son gosier, il l'a avalé par moitiés.
💡 Explication

Variante du cas : [s']il a placé un kazayit de membre vivant dans sa bouche, puis l'a partagé au-dedans et a avalé les deux parts séparément — Rabbi Yo'hanan le déclare responsable.

4
כי אתא רבין אמר: חלקו מבחוץ – פטור, מבפנים – רבי יוחנן אמר חייב, וריש לקיש אמר פטור.

Lorsque Ravin vint [de Terre d'Israël], il dit : [s']il l'a partagé au-dehors — exempt ; au-dedans — Rabbi Yo'hanan dit : responsable, et Reich Lakich dit : exempt.

💡 Explication

Ravin rapporte une version différente de la discussion. Pour le partage au-dehors, l'accord est unanime : exempt. Mais pour le partage au-dedans, les deux maîtres divergent : Rabbi Yo'hanan rend responsable, Reich Lakich exempte.

5
רבי יוחנן אמר: חייב, הרי נהנה גרונו בכזית. וריש לקיש אמר: פטור, אכילה במעיו בעינן וליכא.

Rabbi Yo'hanan dit : responsable, car son gosier a joui d'un kazayit (hare nehene gerono be-khazayit). Et Reich Lakich dit : exempt, [car] nous exigeons une consommation [d'un kazayit] dans ses entrailles (akhila be-meav), et il n'y en a pas.

📜 Rachi (1)
אכילה במעיו כשהוא יורד לתוך מעיו צריך שיהא בו שיעור אכילה:
Consommation dans ses entrailles — lorsqu'il descend dans ses entrailles, il faut qu'il y ait en lui la mesure d'une consommation [un kazayit].
💡 Explication

La raison de chacun (voir le schéma de synthèse). Rabbi Yo'hanan suit le gosier (garon) : du moment que le gosier a joui du goût d'un kazayit entier en un seul passage, il y a responsabilité. Reich Lakich suit les entrailles (meayim) : il faut qu'un kazayit entier arrive ensemble dans le ventre ; partagé, ce kazayit n'y parvient jamais d'un coup, donc exempt.

6
אלא לרבי שמעון בן לקיש, היכי משכחת לה דמחייב? אמר רב כהנא: בגרומיתא זעירתא.

Mais selon Rabbi Chimon ben Lakich, comment trouve-t-on [un cas] où il est responsable ? Rav Kahana dit : par une petite gromita (gromita ze'irta).

📜 Rachi (2)
היכי משכחת לה דמיחייב בכזית הא אי אפשר ללעוס אכילה כולה יחד:
Comment trouve-t-on [un cas] où il est responsable — d'un kazayit ; car il est impossible de mâcher toute la consommation ensemble.
בגרומיתא זעירתא עצם קטן שעל כף הירך שיש בו משהו בשר וגיד ועצם משלימו לכזית ואין אדם לועסו אלא בולעו:
Par une petite gromita — un petit os qui est sur le creux de la hanche (kaf ha-yarekh), portant un peu de chair, de nerf et d'os qui le complètent en un kazayit, et que l'homme ne mâche pas mais avalé.
💡 Explication

Difficulté : si Reich Lakich exige qu'un kazayit entier arrive d'un coup dans le ventre, et que tout aliment se partage en mâchant, comment trouver un membre vivant dont on soit jamais responsable ? Réponse de Rav Kahana : par une petite gromita — un petit os (de la hanche) portant un peu de chair, de nerf et d'os qui le complètent en un kazayit, et que l'on avalé sans mâcher.

7
ורבי אלעזר אמר: אפילו חלקו מבחוץ נמי חייב, מחוסר קריבה לאו כמחוסר מעשה דמי.

Et Rabbi Elazar dit : même [s']il l'a partagé au-dehors, il est aussi responsable. Le défaut de proximité (mehoussar keriva) n'est pas comme un défaut d'acte (mehoussar maasse).

📜 Rachi (2)
מחוסר קריבה שנתרחקו זה מזה מעט:
Défaut de proximité — qu'elles se sont éloignées un peu l'une de l'autre.
מחוסר מעשה נמי שלא אכל אלא חצי זית:
Défaut d'acte — aussi : qu'il n'a mangé qu'un demi-kazayit.
💡 Explication

Position élargie de Rabbi Elazar : même partagé au-dehors, il est responsable. Son principe : le fait que les deux moitiés, déjà séparées, soient un peu éloignées l'une de l'autre (mehoussar keriva, défaut de proximité) n'est pas comparable à un véritable défaut d'acte (mehoussar maasse, comme s'il n'avait mangé qu'un demi-kazayit) — puisqu'il a bien mangé un kazayit entier, il est responsable.

8
אמר רבי שמעון בן לקיש: כזית שאמרו – חוץ משל בין השינים, ורבי יוחנן אמר: אף עם בין השינים.

Rabbi Chimon ben Lakich dit : le kazayit dont [les Sages] ont parlé — hormis ce qui [reste] entre les dents (houtz mi-chel bein ha-chinayim) ; et Rabbi Yo'hanan dit : même avec ce qui [reste] entre les dents.

📜 Rachi (1)
חוץ משל בין השינים צריך שיהא כזית במה שהוא בולע לבד הנשאר בשינים:
Hormis ce qui [reste] entre les dents — il faut qu'il y ait un kazayit dans ce qu'il avalé, en dehors de ce qui reste dans les dents.
💡 Explication

Nouvelle querelle, sur la mesure du kazayit en matière d'interdits alimentaires. Reich Lakich : le kazayit se mesure sur ce que l'on avalé réellement, à l'exclusion de ce qui reste coincé entre les dents. Rabbi Yo'hanan : on compte aussi ce qui reste entre les dents.

9
אמר רב פפא: בשל בין שינים – דכולי עלמא לא פליגי, כי פליגי – בין החניכיים. מר סבר: הרי נהנה גרונו בכזית, ומר סבר: אכילה במעיו בעינן.

Rav Papa dit : sur ce qui [reste] entre les dents, tout le monde ne diverge pas [tous conviennent que cela ne compte pas] ; [c'est] lorsqu'ils divergent [que c'est] sur ce qui [colle] au palais (bein ha-hanikhayim). Un maître tient : son gosier a joui d'un kazayit ; et un maître tient : nous exigeons une consommation dans ses entrailles.

📜 Rachi (2)
בשל בין השינים אפילו רבי יוחנן מודה דלא מיחשיב בהדיה דהא אין נהנה לא גרונו ולא מעיו שאין אדם טועם עד שיהא סמוך לבית הבליעה כדכתיב (איוב יב) וחיך (יטעם אוכל):
Sur ce qui [reste] entre les dents — même Rabbi Yo'hanan admet que cela n'est pas compté avec [le reste], car ni son gosier ni ses entrailles n'en jouissent : l'homme ne goûte pas [l'aliment] tant qu'il n'est pas près du gosier, comme il est écrit (Job 12) 'et le palais [goûte la nourriture]'.
בין החניכיים המדבק בחכו שגרונו נהנה בו ומעיו לא נהנו:
Au palais — ce qui adhère à son palais (hek), dont son gosier jouit mais [dont] ses entrailles ne jouissent pas.
💡 Explication

Rav Papa précise les termes du désaccord (voir le schéma des trois lieux). Sur ce qui reste entre les dents, tous conviennent que cela ne compte pas : ni le gosier ni le ventre n'en jouissent, car on ne goûte rien avant que l'aliment soit près du gosier. La divergence porte sur ce qui colle au palais (bein ha-hanikhayim) : là, le gosier jouit mais le ventre non. Rabbi Yo'hanan (gosier) le compte ; Reich Lakich (entrailles) ne le compte pas.

10
אמר רבי אסי אמר רבי יוחנן: אכל חצי זית והקיאו, וחזר ואכל חצי זית אחר – חייב. מאי טעמא? הרי נהנה גרונו בכזית.

Rabbi Assi dit au nom de Rabbi Yo'hanan : [s']il a mangé un demi-kazayit et l'a vomi, puis a remangé un autre demi-kazayit — il est responsable. Quelle [en] est la raison ?

Son gosier a joui d'un kazayit.

📜 Rachi (2)
חייב ואע"ג דלא בא במעיו זית שלם לא בבת אחת ולא בזה אחר זה:
Responsable — bien qu'un kazayit entier ne soit pas arrivé dans ses entrailles, ni d'un seul coup, ni l'un après l'autre.
הרי נהנה גרונו בטעם שני חצאי זיתים. והא דרבי אסי פליגא אדרב דימי ורבין דאמרי לעיל משמיה דרבי יוחנן חלקו מבחוץ פטור. והאי נהנה גרונו משום דהנאת גרונו היינו טעימה והרי טעם שני חצאי זיתים ואע"ג דזה אחר זה הוא לא איכפת לן הואיל ובכדי אכילת פרס הואי אבל הנאת מעיים אינה אלא במילוי כרס ואע"ג דבלע שני חצאי זיתים לא נתמלא כרסו אלא בחצי זית שכשבלעו לזה יצא כבר זה:
Son gosier a joui — du goût de deux demi-kazayit. Et cet [enseignement] de Rabbi Assi diverge d'avec Rav Dimi et Ravin, qui ont dit plus haut au nom de Rabbi Yo'hanan [que s']il l'a partagé au-dehors [il est] exempt. Et ce 'son gosier a joui' [s'explique] parce que la jouissance de son gosier, c'est le goût (te'ima), et il a goûté deux demi-kazayit ; et bien que ce soit l'un après l'autre, peu nous importe, dès lors que c'est dans le laps d'une consommation de pras (kede akhilat pras). Mais la jouissance des entrailles n'est que par le remplissage du ventre, et bien qu'il ait avalé deux demi-kazayit, son ventre ne s'est rempli que d'un demi-kazayit, car lorsqu'il avalé celui-ci, celui-là est déjà sorti.
💡 Explication

Autre enseignement de Rabbi Yo'hanan, par Rabbi Assi : manger un demi-kazayit, le vomir, puis manger un autre demi-kazayit — responsable. Raison : le gosier a joui du goût d'un kazayit (deux demi-kazayit), bien qu'un kazayit entier ne soit jamais arrivé d'un coup dans le ventre.

11
בעא רבי אלעזר מרבי אסי: אכל חצי זית והקיאו וחזר ואכלו, מהו? מאי קא מיבעיא ליה? אי הוי עיכול אי לא הוי עיכול, ותיבעי ליה כזית!

Rabbi Elazar demanda à Rabbi Assi : [s']il a mangé un demi-kazayit et l'a vomi, puis l'a remangé [le même] — quoi [est la règle] ? Que lui faisait-il difficulté ?

Si [c'est] de savoir s'il y a eu digestion (ikoul) ou s'il n'y a pas eu digestion — qu'il pose la question pour un kazayit [entier] !

📜 Rachi (2)
אי הוי עיכול בבליעתו והוי פירשא בעלמא ואכילה שניה לאו כלום היא:
S'il y a eu digestion — dans son avalement, et [s']il est devenu simple résidu (pirsha be-alma), [de sorte que] la seconde consommation n'est rien du tout.
תבעי ליה כזית ולחייבו ב' מלקיות:
Qu'il pose la question pour un kazayit — et [ainsi] le rendre responsable de deux [séries de] malkout.
💡 Explication

Rabbi Elazar pose à Rabbi Assi un cas voisin : manger un demi-kazayit, le vomir, puis remanger le même morceau — responsable ? Le Talmud analyse l'enjeu. Si le doute porte sur la digestion (le demi-kazayit vomi est-il déjà 'digéré', donc devenu simple résidu sans interdit, ou non ?), alors la question aurait dû être posée pour un kazayit entier mangé, vomi, remangé — cas plus simple pour deux séries de malkout.

12
אלא, אי בתר גרונו אזלינן, אי בתר מעיו אזלינן. ותפשוט ליה מדרבי אסי!

Plutôt, [le doute porte sur le point de savoir] si l'on suit son gosier (batar gerono) [ou] si l'on suit ses entrailles (batar meav). Mais qu'il [le] résolve à partir de [l'enseignement] de Rabbi Assi !

📜 Rachi (2)
אלא אי בתר גרונו אזלינן דפשיטא ליה דלאו עיכול הוא וקא מיבעיא ליה מי אמרינן הרי נהנה גרונו או דילמא הרי לא נהנו מעיו אלא בחצי זית:
Plutôt, si l'on suit son gosier — car il lui est évident que ce n'est pas une digestion, et ce qui lui fait difficulté [est de savoir] : disons-nous 'son gosier a joui', ou bien peut-être 'ses entrailles n'ont joui que d'un demi-kazayit' ?
תפשוט ליה מדרבי אסי דבתר גרונו אזלינן:
Qu'il [le] résolve à partir de Rabbi Assi — [a savoir] que l'on suit le gosier.
💡 Explication

Le Talmud réoriente le doute : il porte non sur la digestion mais sur le critère — suit-on le gosier ou les entrailles ? Objection : Rabbi Elazar devrait pouvoir résoudre ce doute par l'enseignement de Rabbi Assi lui-même (segment 9), qui montre clairement qu'on suit le gosier.

13
רבי אסי גמריה איעקר ליה, ואתא רבי אלעזר לאדכוריה, והכי קאמר ליה: למה לי חצי זית אחר? לימא מר בדידיה, דאיכא למשמע מינה תרתי: שמעינן מינה דלא הוי עיכול, ושמעינן מינה דהרי נהנה גרונו בכזית.

[La réponse :] la tradition de Rabbi Assi s'était déracinée de lui (guemarie i'akar le), et Rabbi Elazar vint [la] lui rappeler. Et voici ce qu'il lui disait : pourquoi me faut-il un autre demi-kazayit ?

Que le Maître [l']énonce sur le sien [le même morceau], car on peut en déduire deux [choses] : nous en déduisons qu'il n'y a pas eu digestion, et nous en déduisons que son gosier a joui d'un kazayit.

📜 Rachi (1)
רבי אסי גמריה איעקר ליה כלומר רבי אלעזר תרוייהו פשיטא ליה ולא הוצרך לישאל כלום אלא שמעיה לרבי אסי ששכח שמועתו ששמעו שניהם מפי ר' יוחנן שאפילו חזר ואכל אותו כזית עצמו חייב ושמעיה לרבי אסי דקא נקיט כזית אחר אבל ההוא לא אלמא הוי עיכול ואתא לאדכוריה ושאל לו בלשון בעיא משום כבודו אכלו לאותו עצמו מהו כלומר היזכר מה ששמעת על כך:
La tradition de Rabbi Assi s'était déracinée de lui — c'est-à-dire que pour Rabbi Elazar les deux [points] étaient évidents et il n'avait nul besoin de [rien] demander ; mais il avait entendu Rabbi Assi avoir oublié sa tradition, qu'ils avaient tous deux entendue de la bouche de Rabbi Yo'hanan — [à savoir] que même [s']il a remangé ce kazayit lui-même il est responsable — et il avait entendu Rabbi Assi prendre [le cas d']un autre kazayit, mais celui-là non, comme s'il y avait eu digestion ; alors il vint [le] lui rappeler et lui posa la question sous forme de bea'ya (interrogation) par égard pour lui : [s']il l'a mangé lui-même, quoi ? — c'est-à-dire : souviens-toi de ce que tu as entendu à ce sujet.
💡 Explication

Résolution du récit : en réalité Rabbi Elazar connaissait déjà la réponse ; mais Rabbi Assi avait oublié (déraciné) la tradition reçue de Rabbi Yo'hanan. Rabbi Elazar, par égard pour lui, l'interroge sous forme de question pour la lui rappeler. Le sens de sa demande : pourquoi énoncer le cas avec un autre demi-kazayit ? Énonce-le plutôt avec le même morceau remangé : on en tire deux enseignements à la fois — qu'il n'y a pas digestion, et que le gosier a joui d'un kazayit.

14
אישתיק ולא אמר ליה ולא מידי, אמר ליה: מופת הדור, לא זימנין סגיאין אמרת קמיה דרבי יוחנן, ואמר לך: הרי נהנה גרונו בכזית?

Il [Rabbi Assi] se tut et ne lui dit rien. Il [Rabbi Elazar] lui dit : prodige de la génération (mofet ha-dor) !

N'as-tu pas dit maintes fois cette [chose] devant Rabbi Yo'hanan, et il t'a dit : son gosier a joui d'un kazayit ?

📜 Rachi (4)
אישתיק רבי אסי:
Il se tut — Rabbi Assi.
א"ל ר' אלעזר:
Il lui dit — Rabbi Elazar.
מופת הדור גדול הדור כמו (זכריה ג) אנשי מופת המה:
Prodige de la génération — grand de la génération, comme (Zacharie 3) 'des hommes de présage (anche mofet) sont-ils'.
זימנין סגיאין אמרת דבר זה לפני רבי יוחנן דאפילו בההוא עצמו חייב והודה לדבריך ואמר הרי נהנה גרונו בכזית:
Tu as dit maintes fois — cette chose devant Rabbi Yo'hanan, [à savoir] que même pour ce [morceau] lui-même il est responsable, et il a admis tes paroles et a dit : son gosier a joui d'un kazayit.
💡 Explication

Dénouement. Rabbi Assi reste silencieux, ne se souvenant toujours pas. Rabbi Elazar l'interpelle avec déférence — 'prodige de la génération' (mofet ha-dor, grand de sa génération) — et lui rappelle qu'il avait lui-même dit maintes fois ce cas devant Rabbi Yo'hanan, lequel l'avait approuvé : son gosier a joui d'un kazayit.

15
הדרן עלך גיד הנשה.

Nous avons achevé [le chapitre] sur toi, Guid ha-Naché (Hadran alakh Guid ha-Naché).

💡 Explication

Formule traditionnelle de clôture du chapitre : 'Hadran alakh' — 'nous sommes revenus sur toi', marquant l'achèvement du septième chapitre de Houlin, Guid ha-Naché (le nerf sciatique), et le passage au chapitre suivant.

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מתני׳ כל הבשר אסור לבשל בחלב, חוץ מבשר דגים וחגבים, ואסור להעלות עם הגבינה על השלחן, חוץ מבשר דגים וחגבים.

MICHNA : Toute viande, il est interdit de [la] cuire dans le lait, hormis la chair des poissons (daguim) et des sauterelles (hagavim). Et il est interdit de [la] monter avec le fromage sur la table, hormis la chair des poissons et des sauterelles.

📜 Rachi (2)
מתני' כל הבשר אסור לבשל בחלב דאע"ג דאמר רחמנא גדי הוא הדין לחיה ועוף ומיפלג פליגי בה לקמן (חולין דף קיג.) איכא למ"ד דאורייתא ואיכא למ"ד דרבנן:
MICHNA : Toute viande, il est interdit de [la] cuire dans le lait — car, bien que le Miséricordieux ait dit 'chevreau' (guedi) [dans 'tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère'], il en va de même pour la bête sauvage (haya) et la volaille (of) ; et l'on diverge à ce sujet plus loin (Houlin 113a) : il y a [un avis] qui [le] tient pour [d'ordre] toranique (deoraita) et il y a [un avis] qui [le] tient pour [d'ordre] rabbinique (derabanan).
ואסור להעלות דילמא אתי למיכלינהו כי הדדי דקא נגעי ובלעי מהדדי ואע"ג שמותר לאכול בשר אחר גבינה כדאמרינן בגמרא:
Et il est interdit de [la] monter — de peur qu'on n'en vienne à les manger ensemble, du fait qu'elles se touchent et absorbent l'une de l'autre ; et [cela] bien qu'il soit permis de manger de la viande après du fromage, comme nous le disons dans la Guemara.
🗂️ Tossefot (2)
מתני' כל הבשר אסור לבשל בחלב תימה דלא תני בארץ ובחו"ל בפני הבית ושלא בפני הבית בחולין ובמוקדשין כמו בהנך פירקין ובתוספתא תני להו ושמא מאי דשייר במתניתין פירש בברייתא ואשמעינן דחייל איסור בשר בחלב אאיסור מוקדשין ורשב"ם פי' דאיצטריך משום חו"ל דס"ד דאינו נוהג בח"ל משום דאיתקש לבכורים (שמות כג) בחד קרא ראשית בכורי אדמתך לא תבשל גדי בחלב אמו ולפירושו ניחא הא דאמר בפ' ראשית הגז (לקמן חולין דף קלו.) דארצך דבכורים אתא למעוטי חו"ל דאע"ג דהיא מצוה התלויה בארץ איצטריך משום דאיתקיש לבשר בחלב:
MICHNA : Toute viande, il est interdit de [la] cuire dans le lait — [c'est] étonnant qu'il n'enseigne pas 'dans le Pays et hors du Pays, en présence du Temple et hors la présence du Temple, pour les [bêtes] profanes et pour les consacrées', comme dans ces [autres] chapitres ; et dans la Tossefta il les enseigne [ces distinctions]. Et peut-être ce qu'il a omis dans la michna, il l'a explicité dans la braita, et il nous enseigne [seulement ici] que l'interdit de viande dans le lait s'applique par-dessus l'interdit des consacrés. Et Rachbam a expliqué [qu']il fallait [le dire] à cause de 'hors du Pays', car on aurait pu penser que cela ne s'applique pas hors du Pays du fait qu'il [l'interdit] est comparé aux prémices (bikkourim) dans un seul verset (Exode 23) 'le commencement des prémices de ta terre... tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère' ; et selon son explication, se comprend bien ce qui est dit au chapitre Rechit ha-Guez (plus loin, Houlin 136a), que 'ta terre' [à propos] des prémices vient exclure hors du Pays — car, bien que ce soit une mitsva dépendant du Pays (mitsva ha-teluya ba-aretz), il a fallu [l'exclusion] parce qu'il est comparé à [l'interdit de] viande dans le lait.
ואסור להעלות עם הגבינה על השלחן חוץ מבשר דגים וחגבים האי חוץ לא איצטריך דאפילו לבשל שרי אלא אגב רישא נקטיה:
Et il est interdit de [la] monter avec le fromage sur la table, hormis la chair des poissons et des sauterelles — ce 'hormis' n'était pas nécessaire, car même [pour] cuire [poissons et sauterelles dans le lait] c'est permis ; mais il l'a énoncé du fait du début [de la michna, par symétrie avec la première clause].
💡 Explication

Ouverture du chapitre bassar be-halav (viande dans le lait). Toute viande — domestique, sauvage ou de volaille — est interdite à la cuisson dans le lait, et l'on ne doit pas la poser sur la même table que du fromage (décret rabbinique, de peur qu'on n'en vienne à les manger ensemble). Seules exceptions : la chair des poissons et des sauterelles, dont le statut n'est pas celui de la viande. (La nature, d'ordre toranique ou rabbinique, de l'interdit pour la bête sauvage et la volaille sera débattue plus loin, Houlin 113a.)

🖼️ Schéma
Nouvelle michna : viande dans le lait (bassar be-halav) Toute viande domestique (behema), sauvage (haya), oiseau (of) interdit de cuire dans le lait interdit de monter [sur la table] avec le fromage Exceptions la chair des poissons (daguim) et des sauterelles (hagavim) leur statut n'est pas celui de la viande
La michna d'ouverture du chapitre bassar be-halav : toute viande interdite, sauf poissons et sauterelles.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).