Chullin 105b — les trois eaux du repas, et les raisons cachées des usages de table (Abaye et le Maître)

Chullin 105b

Sougya : La suite de la braita sur les ablutions du repas précise le statut des trois eaux : les premières eaux (avant le pain) sont permises même très chaudes, les eaux du milieu (entre deux mets) sont facultatives sauf entre un mets et le fromage où elles sont obligatoires (Rav Nahman), et les dernières eaux (après le repas) sont obligatoires à cause du sel de Sodome, présent à raison d'un grain par kor, qui peut aveugler. Suit une longue série de révisions d'Abaye, toutes sur le même moule : 'au début je disais [telle raison évidente], mais le Maître m'a dit [la vraie raison, de santé ou de danger]' — pour les dernières eaux versées à terre, le fait de ne rien retirer de la table quand on tient une coupe, le ramassage des miettes, la mousse des boissons, les légumes du fagot du jardinier, les légumes tombés de la table, le fait de s'asseoir sous une gouttière, et l'eau qu'on vide du goulot de la cruche.

S'y entrelacent des récits : l'homme poursuivi par l'ange de la pauvreté, la matrone-sorcière sur le bateau, le procès du démon de la gouttière par Mar bar Rav Achi (qui révèle que les démons n'ont pouvoir que sur ce qui n'est ni lié, ni scellé, ni mesure, ni compté), et le fils de démon serviteur de Rav Papa qui attendait que passent les eaux mauvaises.

Les trois eaux du repas (mayim rishonim, emtzaiyim, acharonim) Premières eaux mayim rishonim avant le pain eau chaude permise même très chaude (déduction de Rabbi Yannai, segment 1) Eaux du milieu emtzaiyim entre deux mets facultatives (rechout) MAIS obligatoires entre un mets et le fromage (Rav Nahman) Dernières eaux mayim acharonim après le repas obligatoires (hova) eau froide ; pas chaude à cause du sel de Sodome qui aveugle (segment 3)
Les trois eaux du repas (segments 0-3) : statut de chacune et la raison des dernières eaux.
Les révisions d'Abaye : 'au début je disais... le Maître m'a dit' Raison d'Abaye (rejetée) Raison du Maître (retenue) Dernières eaux à terre esprit mauvais (ruah raa), pas la saleté Ne rien prendre de la table danger (ruah tzarda, migraine), pas l'incident Ramasser les miettes nuit à la pauvreté, pas la propreté Ne pas boire la mousse nuit au kirsem (catarrhe), pas le dégoût Légume du fagot du jardinier expose à la sorcellerie, pas la gloutonnerie Légume tombé de la table nuit à l'haleine, pas le dégoût Ne pas s'asseoir sous la gouttière démons fréquents là, pas les eaux usées Vider l'eau du goulot de la cruche eaux mauvaises (mayim haraim), pas les brindilles Le principe Sous chaque usage banal se cache une raison de santé ou de danger plus profonde que l'explication évidente (propreté, dégoût, saleté). Le 'Maître' (mar) = Rabba, maître d'Abaye.
Le fil conducteur du daf : les révisions d'Abaye, raison évidente contre raison véritable enseignée par le Maître (Rabba).
Le procès du démon de la gouttière (Mar bar Rav Achi) Les porteurs posent la barrique de vin sous la gouttière ; elle éclate Mar bar Rav Achi sonne du chofar, excommunie le démon Le démon 'on a posé sur mon oreille' ; condamne à payer La règle révélée par le démon les démons n'ont pas pouvoir sur ce qui est lié, scellé, mesuré ou compté — seulement sur l'objet sans propriétaire (hefker).
Le récit du démon de la gouttière (segments 15-16) et la règle sur le pouvoir des démons.
1
סוֹלֶדֶת בָּהֶן, אֲבָל הַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן אֵין נוֹטְלִין בָּהֶן.

[la main] se retire d'elles [de l'eau, par sa chaleur]. Mais si la main se retire d'elles [tant elle est brûlante], on ne se lave pas avec elles.

📜 Rachi (1)
סוֹלֶדֶת נִכְוֵית. אִם הַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן בָּטְלוּ וְנִשְׁתַּנּוּ מִתּוֹרַת מַיִם:
Se retire (soledet) — [elle] se brûle. Si la main se retire d'elles, elles ont perdu [leur statut] et ont changé de la règle [du statut] d'eau.
💡 Explication

Fin de phrase ouvrant le passage (suite de 105a) sur les dernières eaux (mayim acharonim). Le critère est la chaleur : tant que la main ne se retire pas, l'eau garde son statut d'eau ; mais une eau si chaude que la main s'en retire a perdu son statut d'eau et ne convient plus pour l'ablution.

2
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לָהּ אַסֵּיפָא, אַחֲרוֹנִים אֵין נוֹטְלִין אֶלָּא בְּצוֹנֵן, אֲבָל בְּחַמִּין – לֹא. אָמַר רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף אָמַר רַבִּי יַנַּאי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן, אֲבָל אֵין הַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן – נוֹטְלִין. מִכְּלָל דְּרִאשׁוֹנִים, אַף עַל פִּי שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן – מֻותָּר.

Et il y a [des Maîtres] qui enseignent cela sur la clause finale [de la braita] : pour les dernières eaux, on ne se lave qu'avec [de l'eau] froide, mais avec [de l'eau] chaude — non. Rav Yitzhak bar Yossef a dit au nom de Rabbi Yannai : ils n'ont enseigné [cette interdiction] que [dans le cas] où la main se retire d'elles, mais [si] la main ne se retire pas d'elles — on se lave [avec].

[On apprend] par déduction que, pour les premières eaux, même [si] la main se retire d'elles — [c'est] permis.

📜 Rachi (2)
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַסֵּיפָא לֹא שָׁנוּ דְּאַחֲרוֹנִים בְּחַמִּין לֹא:
Il y a [des Maîtres] qui enseignent cela sur la clause finale — ils n'ont pas enseigné, pour les dernières eaux, [qu'on ne se lave] pas avec [de l'eau] chaude [à propos des premières eaux, mais à propos des dernières].
מִכְּלָל כו' דִּבְהָנָךְ דְּאָסַר לָאַחֲרוֹנִים שָׁרִי לָרִאשׁוֹנִים:
Par déduction etc. — car, pour celles qu'il interdit pour les dernières [eaux], il [les] permet pour les premières.
💡 Explication

Une autre tradition rattache l'enseignement non à la clause des premières eaux mais à celle des dernières eaux : on ne s'y lave qu'à l'eau froide, et l'eau chaude n'est interdite que si la main s'en retire (trop brûlante). On en déduit (mikhlal) que, pour les premières eaux, l'eau chaude est permise même très brûlante (voir le schéma des trois eaux).

3
אֶמְצָעִיִּים רְשׁוּת. אָמַר רַב נַחְמָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בֵּין תַּבְשִׁיל לְתַבְשִׁיל, אֲבָל בֵּין תַּבְשִׁיל לִגְבִינָה – חוֹבָה.

[La braita enseigne :] les eaux du milieu [sont] facultatives. Rav Nahman a dit : ils n'ont enseigné [qu'elles sont facultatives] que [pour passer] d'un mets à un [autre] mets, mais [pour passer] d'un mets au fromage — [c'est] une obligation.

🗂️ Tossefot (1)
לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בֵּין תַּבְשִׁיל לְתַבְשִׁיל אוֹמֵר רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל דְּמַייְרֵי בִּשְׁנֵיהֶם שֶׁל בָּשָׂר אוֹ שְׁנֵיהֶם שֶׁל גְּבִינָה אֲבָל בֵּין תַּבְשִׁיל שֶׁל בָּשָׂר לִגְבִינָה שֶׁלְּפָנָיו חוֹבָה אֲבָל לִגְבִינָה שֶׁל אַחֲרָיו לָא קָאָמַר דַּאֲפִילּוּ בִּנְטִילַת יָדַיִם אָסוּר לֶאֱכֹול עַד סְעוּדָה אַחֶרֶת כִּדְאָמַר לְעֵיל אָכַל בָּשָׂר אָסוּר לֶאֱכֹול גְּבִינָה וְאֵין נִרְאֶה לר"ת דְּבֵין תַּבְשִׁיל לִגְבִינָה מַשְׁמַע תַּבְשִׁיל תְּחִלָּה כִּדְאָמַר לְעֵיל כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין בָּשָׂר לִגְבִינָה וְלֹא כְלוּם וּפָרִיךְ וְהָא אָמַר רַב חִסְדָּא אָכַל בָּשָׂר אָסוּר לֶאֱכֹול גְּבִינָה אֶלָּא כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין גְּבִינָה לְבָשָׂר כו' וְעוֹד בֵּין תַּבְשִׁיל לְתַבְשִׁיל בִּשְׁנֵיהֶם שֶׁל בָּשָׂר אוֹ שֶׁל גְּבִינָה לָמָּה יֵשׁ לוֹ לִיטֹּול כְּלָל וּמְפָרֵשׁ ר"ת דְּבֵין תַּבְשִׁיל לְתַבְשִׁיל הַייְנוּ בֵּין תַּבְשִׁיל דְּבָשָׂר לְתַבְשִׁיל שֶׁל גְּבִינָה דְּכֵיוָן דְּאֵין הַבָּשָׂר וְהַגְּבִינָה בְּעַיִן וְלֵיכָּא אֶלָּא טַעַם לֹא הֶחְמִירוּ שֶׁיְּהֵא חוֹבָה לִיטֹּול יָדָיו בֵּינְתַייִם וְאֵינוֹ אֶלָּא רְשׁוּת אֲבָל בֵּין תַּבְשִׁיל דְּבָשָׂר לִגְבִינָה שֶׁהַגְּבִינָה בְּעַיִן חוֹבָה וְיִתָּכֵן פֵּירוּשׁ זֶה אַף לְדִבְרֵי הָאוֹסְרִין לֶאֱכֹול גְּבִינָה אַחַר בָּשָׂר בְּאוֹתָהּ סְעוּדָה אַפֵּי' בִּנְטִילָה וְקִינּוּחַ:
Ils n'ont enseigné [qu'elles sont facultatives] que d'un mets à un mets — Rabbenou Chmouel dit qu'il s'agit [de deux mets] tous deux de viande ou tous deux de fromage ; mais entre un mets de viande et le fromage [posé] devant lui, [c'est] une obligation ; quant au fromage [venant] après lui, il n'en parle pas, car même avec un lavage des mains il est interdit d'[en] manger jusqu'à un autre repas, comme il est dit plus haut [que celui] qui a mangé de la viande, il lui est interdit de manger du fromage. Et cela ne semble pas [juste] à Rabbenou Tam, car '[passer] d'un mets au fromage' implique [que] le mets [vient] en premier, comme il est dit plus haut 'combien attendra-t-il entre [la] viande et [le] fromage ? rien du tout', et [le Talmud] objecte : mais Rav Hisda a dit [que celui] qui a mangé de la viande, il lui est interdit de manger du fromage ! [il faut donc dire] plutôt 'combien attendra-t-il entre [le] fromage et [la] viande ? etc.'. Et de plus, [passer] d'un mets à un mets tous deux de viande ou de fromage, pourquoi aurait-il du tout à se laver ? Et Rabbenou Tam explique que '[passer] d'un mets à un mets' signifie [passer] d'un mets de viande à un mets de fromage : puisque ni la viande ni le fromage ne sont présents [en substance, mais qu']il n'y a que [leur] goût, ils n'ont pas été stricts [au point] qu'il soit obligatoire de se laver les mains entre-temps, et ce n'est que facultatif ; mais entre un mets de viande et [du] fromage présent [en substance], [c'est] une obligation. Et cette explication convient même selon les avis qui interdisent de manger du fromage après la viande dans ce même repas, fût-ce avec lavage et essuyage.
💡 Explication

Les eaux du milieu (emtzaiyim, entre deux plats au cours du repas) sont facultatives (rechout). Rav Nahman restreint : facultatives seulement entre un mets et un autre mets [de même nature], mais entre un mets [de viande] et le fromage, le lavage des mains est obligatoire (voir Tossefot pour les détails du cas).

4
אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חִייָּא: מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ מַיִם אַחֲרוֹנִים חוֹבָה? שֶׁמֶּלַח סְדוֹמִית יֵשׁ, שֶׁמְּסַמֵּא אֶת הָעֵינַיִם. אָמַר אַבַּיֵּי: וּמִשְׁתְּכַח כִּי קֻורְטָא בְּכוֹרָא. אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: כָּל מִלְחָא מַאי? אֲמַר לֵיהּ: לָא מִבָּעֲיָא.

Rav Yehouda fils de Rabbi Hiyya a dit : pourquoi a-t-on dit [que] les dernières eaux [sont] une obligation ? Parce qu'il y a un sel de Sodome (melah Sedomit), qui aveugle les yeux.

Abaye a dit : et il s'en trouve comme un grain (korta) dans un kor [entier de sel]. Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : celui qui a mesuré du sel — quoi [le statut, doit-il se laver] ?

Il lui dit : il n'est pas besoin [de le demander, c'est évidemment requis].

📜 Rachi (4)
שֶׁמֶּלַח סְדוֹמִית יֵשׁ וְאָמְרוּ חֲכָמִים עַל כָּל אֲכִילָתְךָ אֱכֹול מֶלַח וְכֵיוָן דְּנָגַע בַּמֶּלַח כִּי הֲדַר יָהֵיב יָדוֹ אַעֵינַיִם מְסָמָא לְהוּ וּלְפִיכָךְ צָרִיךְ לְנָטְלָן:
Parce qu'il y a un sel de Sodome — et les Sages ont dit : sur tout ce que tu manges, mange du sel ; et puisqu'il a touché au sel, quand ensuite il porte sa main aux yeux, [le sel] les aveugle ; c'est pourquoi il faut [se] les laver.
וּמִשְׁתַּכְחָא כִּי קֻורְטָא בְּכוֹרָא אֵינָהּ מְצוּיָה אֶלָּא קֹורֶט בְּכוֹר:
Et il s'en trouve comme un grain dans un kor — il ne s'en trouve qu'un grain dans un kor.
כָּל מִילְחָא מָדַד מֶלַח כְּמוֹ (שְׁמוֹת ט״ז:י״ח) וַיָּמֹודּוּ בָּעֹומֶר וְכָלוּ בְּעֻומְרָא:
Celui qui a mesuré du sel (kol milha) — [il a] mesuré du sel, comme [dans] (Exode 16) 'et ils [le] mesurèrent au omer', [rendu en araméen] 'vekhalou be-oumra'.
מַאי צָרִיךְ לִיטֹּול אַחֲרָיו אוֹ לֹא:
Quoi (mai) — faut-il se laver après [l'avoir manié] ou non.
💡 Explication

La raison de l'obligation des dernières eaux : il existe un sel de Sodome qui, reste sur les doigts, peut aveugler si on touche les yeux. Abaye précise sa rareté : un seul grain (korta) par kor de sel. Question de Rav Aha : celui qui a manié du sel [hors repas, en le mesurant] doit-il se laver ? Réponse : cela va de soi (à fortiori il le doit).

5
אָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה אֲמִינָא, הַאי דְּלָא מָשׁוּ מַיָּא בָּתְרָאֵי עַל אַרְעָא – מִשּׁוּם זֻוהֲמָא. אָמַר לִי מַר: מִשּׁוּם דְּשָׁרְיָא רוּחַ רָעָה עֲלַיְיהוּ.

Abaye a dit : au début je disais [que] le fait que l'on ne verse pas les dernières eaux à terre [vient] d'une raison de saleté (zohama). Le Maître m'a dit : [c'est] parce qu'un esprit mauvais (ruah raa) repose sur elles.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם זֻוהֲמָא שֶׁרֵיחָן מַסְרִיחַ וְנִרְאוֹת מְאוּסוֹת:
[Pour] une raison de saleté (zohama) — car leur odeur [est] mauvaise et elles paraissent répugnantes.
💡 Explication

Première des révisions d'Abaye, toutes sur le même moule (voir le schéma) : 'au début je disais [telle raison évidente], le Maître (mar = Rabba) m'a dit [la vraie raison].' Ici : on ne verse pas les dernières eaux à terre — non par saleté, mais parce qu'un esprit mauvais (ruah raa) repose sur elles [et peut nuire aux passants].

6
וְאָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה אֲמִינָא, הַאי דְּלָא שָׁקֵיל מִידֵּי מִפָּתוּרָא כִּי נָקֵיט אִינִישׁ כָּסָא לְמִשְׁתֵּי, שֶׁמָּא יֶאֱרַע דְּבַר קַלְקָלָה בַּסְּעוּדָה. אָמַר לִי מַר: מִשּׁוּם דְּקָשֵׁי לְרוּחַ צְרָדָא.

Et Abaye a dit : au début je disais [que] le fait que l'on ne retire rien de la table quand quelqu'un tient une coupe pour boire [vient de la crainte] qu'il ne survienne quelque incident fâcheux (davar kilkala) au cours du repas. Le Maître m'a dit : [c'est] parce que [cela] nuit à [cause de] l'esprit de tzarda (ruah tzarda).

📜 Rachi (3)
לְמִישְׁתֵּי כְּשֶׁאָדָם שׁוֹתֶה אֵין לוֹקְחִין כְּלוּם מִלְּפָנָיו:
Pour boire (le-michtei) — quand un homme boit, on ne prend rien de devant lui.
דְּבַר קַלְקָלָה שֶׁמָּא יִכְעֹוס הַשּׁוֹתֶה שֶׁחָפֵץ בְּאוֹתוֹ דָּבָר הַנִּיטָּל וְכִי יִכְעֹוס יִסְתַּכֵּן וְיֵחָנֵק:
Un incident fâcheux (davar kilkala) — de peur que celui qui boit ne se mette en colère, parce qu'il désirait cette chose qu'on retire ; et quand il se met en colère il [se] met en danger et s'étrangle.
רוּחַ צְרָדָא אשטורדישו"ן:
Esprit de tzarda (ruah tzarda) — 'estordison' [en langue vernaculaire, étourdissement].
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִשּׁוּם דְּקָשֵׁי לְרוּחַ צְרָדָא. פֵּירוּשׁ נִזּוֹק בְּחֹולִי עֲקִימַת הָאֶצְבָּעוֹת שֶׁתִּהְיֶה אֶצְבָּעוֹ שֶׁל זֶה הַלּוֹקֵחַ מְעֻוקֶּמֶת וּלְכָךְ נִקְרָא 'צְרָדָא' כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (יוֹמָא יט:) בְּאֶצְבַּע צְרָדָא צַרָא דְּדָא וְהַיְינוּ אִם תִּתְעַקֵּם הָאֶצְבַּע שֶׁהִיא צָרָה שֶׁל חַבְרוֹתֶיהָ מִפְּנֵי שֶׁאֵינָהּ שָׁוֶה עִמָּהֶם בְּהַשְׁוָואָה אַחַת. וְנִרְאֶה לִי דְּנָפְקָא מִינָּהּ בֵּין הָנֵי תְּרֵי טַעְמֵי דְּאִי מִשּׁוּם דְּבַר קַלְקָלָה שֶׁלֹּא יִכְעֹוס הַשּׁוֹתֶה הַחֵפֶץ בְּאוֹתוֹ דָּבָר וְיֵחָנֵק בִּשְׁתִיָּיתוֹ מִתּוֹךְ כַּעֲסוֹ זֶה לֹא שַׁייָּךְ בְּהֵיכָא שֶׁהַנּוֹטֵל הוּא בַּעַל הַסְּעוּדָה וְהַשּׁוֹתֶה הוּא בְּנוֹ אוֹ עַבְדּוֹ וּמְשָׁרְתוֹ הַסָּמוּךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ. אוֹ יוּבַן בס"ד הַנָּפְקָא מִינָּהּ הוּא דְּזֶה לֹא שַׁייָּךְ בְּהֵיכָא דְּאוֹתוֹ דָּבָר שֶׁנּוֹטֵל זֶה הוּא אָסוּר עַל זֶה הַשּׁוֹתֶה הֵן מִשּׁוּם בָּשָׂר בְּחָלָב הֵן מִשּׁוּם נְזִירוּת כְּגוֹן שֶׁהָיָה לְפָנָיו יַיִן וְהוּא נָדַר בִּנְזִירוּת שֶׁהַיַּיִן אָסוּר לוֹ וְאֵינוֹ צָרִיךְ לוֹ וּלְטַעְמָא דְּרוּחַ צְרָדָא אֵין הֶפְרֵשׁ וּבְכָל גַּוְונָא צָרִיךְ לִיזָּהֵר. אִי נָמֵי כְּגוֹן שֶׁנּוֹטֵל חֵפֶץ שֶׁאֵינוֹ מַאֲכָל דְּאִם מִשּׁוּם קַלְקָלָה צָרִיךְ לִיזָּהֵר כֵּיוָן דְּחוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא יִכְעֹוס מַאי שְׁנָא מַאֲכָל מַאי שְׁנָא כְּלִי וּלְטַעַם רוּחַ צְרָדָא זֶה אֵינוֹ אֶלָּא בְּמַאֲכָל וּמִידִי דְּצָרִיךְ לִסְעוּדָה וְלֹא בְּחֵפֶץ אַחֵר. וְדַע כִּי עִנְיָן זֶה שֶׁל 'רוּחַ צְרָדָא' הוּא כְּמוֹ עִנְיַן הַזּוּגוֹת שֶׁבְּרִבּוּי הַיָּמִים נִתְמַעֵט הַסִּטְרָא אַחֲרָא וְנִתְבַּטֵּל אוֹתוֹ מַזִּיק הַשּׁוֹלֵט עַל זֶה.
« Parce que cela nuit à [cause de] l'esprit de tzarda (ruah tzarda). » Explication : il est atteint de la maladie du recourbement des doigts, de sorte que le doigt de celui qui prend [l'objet de la table] devient tordu ; c'est pourquoi cela s'appelle 'tzarda', comme il est dit dans la Guemara (Yoma 19b) : « avec le doigt tzarda », [qui signifie] tsara de-da, « la rivale (tsara) de celle-ci » — c'est-à-dire si le doigt se recourbe, lui qui est la rivale de ses compagnons parce qu'il n'est pas à égalité avec eux dans un même alignement. Et il me semble qu'il y a une différence pratique (nafka mina) entre ces deux raisons. Car si [la raison était] un incident fâcheux (davar kilkala) — de peur que ne s'irrite celui qui boit, qui désirait cette chose, et qu'il ne s'étrangle dans sa boisson du fait de sa colère — cela ne s'applique pas là où celui qui retire [l'objet] est le maître de maison et celui qui boit est son fils, ou son esclave, ou son serviteur attaché à sa table [et qui n'oserait s'irriter]. Ou bien, l'on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, que la différence pratique est que [la raison de l'incident] ne s'applique pas là où la chose même que l'on retire est interdite à celui qui boit, soit à cause de [l'interdit de] viande-et-lait (bassar be-halav), soit à cause d'un naziréat (nezirout) — par exemple s'il avait devant lui du vin et qu'il avait fait vœu de naziréat, de sorte que le vin lui est interdit et qu'il n'en a pas besoin [donc nul motif de s'irriter] ; mais selon la raison de l'esprit de tzarda, il n'y a pas de distinction, et dans tous les cas il faut y prendre garde. De même [autre cas] : par exemple s'il retire un objet qui n'est pas un aliment, car si [la raison était] l'incident fâcheux il faudrait y prendre garde, puisqu'on craint qu'il ne s'irrite — qu'importe que ce soit un aliment ou un ustensile ? Tandis que selon la raison de l'esprit de tzarda, [l'interdit] ne vaut que pour un aliment et pour ce qui est nécessaire au repas, et non pour un autre objet. Et sache que cette affaire de l'« esprit de tzarda » est comparable à l'affaire des paires (zougot) [boire ou manger en nombre pair, dangereux] : avec la multiplication des jours [au fil du temps], le côté impur (sitra a'hra) s'est amenuisé et ce nuisible (mazik) qui domine sur cela s'est annulé.
💡 Explication

Deuxième révision. On ne retire rien de la table quand un convive tient une coupe pour boire — non par crainte d'un incident (qu'il s'irrite de voir partir ce qu'il voulait et s'étrangle), mais parce que cela nuit à la santé en provoquant un esprit de tzarda (ruah tzarda) — une douleur à la moitié de la tête, une migraine.

7
וְלָא אֲמָרָן, אֶלָּא דְּשָׁקֵיל וְלָא מַהְדַּר, אֲבָל מִשְׁקַל וְאַהֲדוּרֵי – לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת, אֲבָל תּוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת – לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא מִידֵּי דִּצְרִיךְ לִסְעוֹדְתָּא, אֲבָל מִידֵּי דְּלָא צְרִיךְ לִסְעוֹדְתָּא – לֵית לַן בַּהּ.

Et nous n'avons dit [cela] que [dans le cas] où il prend et ne remet pas [l'objet] ; mais [pour] prendre et remettre — nous n'avons rien [à y redire]. Et nous n'avons dit [cela] que [pour ce qui passe] au-delà de quatre coudées, mais [ce qui reste] en deçà de quatre coudées — nous n'avons rien [à y redire].

Et nous n'avons dit [cela] que [pour] une chose nécessaire au repas, mais [pour] une chose qui n'est pas nécessaire au repas — nous n'avons rien [à y redire].

📜 Rachi (1)
חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁמּוֹצִיאוֹ חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל שֻׁולְחָן:
Au-delà de quatre coudées — [c'est-à-dire] qu'il le sort au-delà des quatre coudées de la table.
💡 Explication

Trois précisions sur l'interdit de retirer un objet de la table : il ne vaut que si l'on prend sans remettre (prendre puis reposer est permis), que si l'on porte l'objet au-delà de quatre coudées (en deçà, permis), et que pour une chose nécessaire au repas (une chose superflue, permise).

8
מָר בַּר רַב אָשֵׁי קָפֵיד אֲפִילּוּ אַאֲסִיתָא וּבוּכְנָא דְּתַבְלֵי, מִידֵּי דִּצְרִיכִי לִסְעוּדְתָא.

Mar bar Rav Achi était strict même [au sujet] du mortier (asita) et du pilon (boukhna) à épices, [qui sont] des choses nécessaires au repas.

💡 Explication

Application : Mar bar Rav Achi était strict [à ne rien retirer de la table quand on tenait une coupe] même pour le mortier (asita) et le pilon (boukhna) servant aux épices, les rangeant parmi les choses nécessaires au repas.

9
וְאָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה אֲמִינָא, הַאי דְּכִנְשֵׁי נְשַׁווְּרָאָה – מִשּׁוּם מִנְקִירוּתָא. אָמַר לִי מַר: מִשּׁוּם דְּקָשֵׁי לְעַנְיוּתָא.

Et Abaye a dit : au début je disais [que] le fait que l'on ramasse les miettes (nichvara) [vient] d'une raison de propreté (menkiruta). Le Maître m'a dit : [c'est] parce que [les laisser] nuit à [accroît] la pauvreté (aniyouta).

📜 Rachi (2)
דְּכִנְשֵׁי נְשֻׁוורָאה שֶׁמְּכַבְּדִין פֵּירוּרֵי אוֹכְלִין מִן הַבַּיִת:
Que l'on ramasse les miettes (nichvara) — car on balaie les miettes d'aliments hors de la maison.
מִנְקִירוּתָא לְנַקֵּר הַבַּיִת נִקָּיוֹן:
Propreté (menkiruta) — pour nettoyer la maison [par] propreté.
💡 Explication

Troisième révision. On ramasse les miettes de pain après le repas — non par souci de propreté, mais parce que les laisser accroît la vulnérabilité à la pauvreté (aniyouta).

10
הָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מְהַדַּר עֲלֵיהּ שָׂרָא דְּעַנְיוּתָא, וְלָא הֲוָה יָכֵיל לֵיהּ, דְּקָא זְהִיר אַנִּשְׁווָרָא טוּבָא. יוֹמָא חַד כְּרַךְ לִיפְתָּא אַיַּבְלֵי, אֲמַר: הַשְׁתָּא וַדַּאי נָפֵל בִּידַאי. בָּתַר דְּאָכִיל, אַיְיתִי מָרָא עַקְרִינְהוּ לְיַבְלֵי, שְׁדִינְהוּ לְנַהֲרָא. שַׁמְעֵיהּ דְּקָאָמַר: וַוי דְּאַפְּקֵיהּ הָהוּא גַּבְרָא מִבֵּיתֵיהּ.

Un certain homme que poursuivait l'ange (sar) de la pauvreté, et [celui-ci] ne pouvait rien [contre] lui, car il prenait grand soin des miettes. Un jour, il rompit le pain sur de l'herbe ; il dit : maintenant, à coup sûr, [il] tombera entre mes mains.

Après qu'il eut mangé, il apporta une houe, déracina l'herbe [et] la jeta au fleuve. Il l'entendit dire : malheur, car cet homme m'a chassé de ma maison.

📜 Rachi (5)
מַהְדַּר אַבָּתְרֵיהּ שְׁרָא דְּעַנְיוּתָא שַׂר הַמְמֻונֶּה עַל הָעֲנִיּוּת הָיָה רוֹדֵף לְלוֹכְדוֹ וְלַהֲבִיאוֹ לִידֵי עֲנִיּוּת:
Que poursuivait l'ange de la pauvreté (sar de-aniyouta) — l'ange préposé à la pauvreté le poursuivait pour le saisir et l'amener à la pauvreté.
אִיבְּלִי עַל עֲשָׂבִים שֶׁבָּאֵפֶר:
Sur de l'herbe (ivlei) — sur des herbes [qui poussaient] dans le pré.
נָפַל לִידַאי שֶׁלֹּא יוּכַל לְלַקֵּט הַפֵּירוּרִין מִבֵּין הָעֲשָׂבִים וִיהוּ לְמִדְרַס רְגָלִים וְאַלִּכְדֵּנוּ בְּכָךְ:
[Il] tombera entre mes mains — car il ne pourra pas ramasser les miettes d'entre les herbes, et elles seront foulées aux pieds, et je le saisirai par là.
שְׁמַעְיָה הַהוּא גַבְרָא לְהַהוּא שְׁרָא:
Il l'entendit — cet homme [entendit] cet ange.
דְּקָאָמַר ווַי דָּאֳפָקֶיהָ מִבֵּיתֵיהּ הוֹצִיאֵנִי זֶה מִמְּקוֹם מְנוּחָתִי:
Qui disait : malheur, car il m'a chassé de ma maison — celui-ci m'a chassé de mon lieu de repos.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שַׁמְעֵיהּ דְּקָאָמַר: וַוי ווַי דְּאַפְּקֵיהּ הָהוּא גַּבְרָא מִבֵּיתֵיהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה אָמַר תְּרֵי זִמְנֵי וַוי וְעוֹד דְּאָמַר 'אַפַּקְיָה מִבֵּיתֵיהּ' וַהֲלֹא לֹא הָיָה אוֹכֵל זֶה בְּבֵיתוֹ אֶלָּא בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְאִם נְפָרֵשׁ 'מִבֵּיתֵיהּ' עַל שְׁרָא דְּעַנְיוּתָא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י עֲדַייִן לֹא נַעֲשָׂה אוֹתוֹ מָקוֹם בֵּיתוֹ וּמְקוֹם מְנוּחָתוֹ שֶׁלֹּא שָׁלַט עֲדַייִן בְּזֶה הָאָדָם וְלֹא מָצָא לוֹ מְקוֹם מְנוּחָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם הָיָה מְעַנֵּי לָזֶה הָאָדָם נִמְצָא הָיָה עוֹשֶׂה עֲנִיּוּת כְּפוּלָה אֶחָד לַבַּעַל הַבַּיִת וְאֶחָד לִבְנֵי בֵּיתוֹ שֶׁאִם יַעֲנִי בַּעַל הַבַּיִת יַעֲנוּ גַּם בְּנֵי בֵּיתוֹ וְכֵיוָן שֶׁנָּפַל עַתָּה בְּיָדוֹ וַאֲפִילּוּ הָכִי נִמְלַט מִמֶּנּוּ לֹא נִשְׁאַר לוֹ תִּקְוָה עוֹד שֶׁיּוּכַל לוֹ וְאָז בַּעַל הַבַּיִת יַעַזְבֵהוּ וְלֹא יִרְדֹּוף אַחֲרָיו וְנִמְצָא בָּטְלָה תִּקְוָתוֹ מֵעֲנִיּוּת בַּעַל הַבַּיִת וּמֵעֲנִיּוּת בְּנֵי בֵּיתוֹ וְלָכֵן אָמַר תְּרֵי זִמְנֵי 'וָוֵי' וְלָכֵן אָמַר 'דָּאֳפָקֶיהָ מִבֵּיתֵיהּ' דְּלָא מִבַּעְיָא שֶׁלֹּא שָׁלַט עָלָיו אֶלָּא אַפַּקְיָה מִשְּׁלִיטָה שֶׁחָשַׁב לִשְׁלֹוט עַל בְּנֵי בֵּיתוֹ וְלֹא נִשְׁאַר לוֹ עוֹד תִּקְוָה לִשְׁלֹוט לֹא עָלָיו וְלֹא עַל בְּנֵי בֵּיתוֹ וּבַעַל כָּרְחוֹ צָרִיךְ לַעֲזֹוב אֶת שְׁנֵיהֶם. וְנִרְאֶה לִרְמֹוז דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (פְּסָחִים קיא:) 'שְׁרָא דְּעַנְיוּתָא נָבָל שְׁמֵיהּ' וְאוֹת נוּן [ נ בַּל] הִיא מִנָּחָשׁ וְזֶהוּ בֵּיתוֹ וְנִשְׁאַר בַּל [32] נֶחֱלַק לַחֲצָאִין תְּרֵי זִמְנֵי וַי [16×2=32] לָכֵן קָרָא תְּרֵי זִמְנֵי וִי.
« Il l'entendit dire : malheur, malheur (vaï, vaï), car cet homme m'a chassé de ma maison. » Il y a lieu de poser une difficulté : pourquoi a-t-il dit deux fois 'vaï' ? Et de plus, [pourquoi] dire 'il m'a chassé de ma maison', alors que cet homme ne mangeait pas dans sa maison [à lui, le démon] mais dans le domaine public ? Et si l'on explique 'de ma maison' à propos de l'ange (sar) de la pauvreté, comme l'a expliqué Rachi, [cela ne va pas encore] car ce lieu n'était pas encore devenu sa maison ni son lieu de repos, puisqu'il ne dominait pas encore cet homme et ne lui avait pas trouvé de lieu de repos. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il avait appauvri cet homme, il aurait fait une pauvreté double : l'une pour le maître de maison, l'autre pour les gens de sa maison — car si le maître de maison s'appauvrit, les gens de sa maison s'appauvrissent aussi. Et puisque [l'homme] était maintenant tombé entre ses mains et que malgré cela il lui avait échappé, il ne lui restait plus d'espoir de pouvoir le vaincre ; alors le maître de maison [à venir] l'abandonnera et ne le poursuivra plus, et il se trouve que son espoir d'appauvrir le maître de maison et d'appauvrir les gens de sa maison est anéanti. C'est pourquoi il a dit deux fois 'vaï', et c'est pourquoi il a dit 'il m'a chassé de ma maison' : non seulement il ne l'a pas dominé, mais il l'a chassé de la domination qu'il pensait exercer sur les gens de sa maison, et il ne lui reste plus d'espoir de dominer ni lui ni les gens de sa maison, et malgré lui il doit les abandonner tous les deux. Et il semble qu'il y ait là une allusion (remez) : il est dit dans la Guemara (Pessahim 111b) que « l'ange (sar) de la pauvreté, son nom est Nabal (נבל) ». Or la lettre noun [de נבל] vient de nahach (serpent) — c'est cela sa maison [son domaine] ; il reste alors בל (bal) [valeur 32 : ב=2, ל=30], qui se divise en deux moitiés, deux fois 16 [וי, vaï = ו=6 + י=10 = 16, et 16 x 2 = 32]. C'est pourquoi il a crié deux fois 'vaï'.
💡 Explication

Récit illustrant la teaching précédente. Un homme échappait à l'ange de la pauvreté par son soin extrême des miettes. Un jour il rompit le pain sur de l'herbe ; l'ange crut le tenir [il ne pourrait ramasser les miettes parmi les brins]. Mais l'homme déracina l'herbe et la jeta au fleuve. Il entendit alors l'ange gémir : cet homme m'a chassé de ma demeure [son lieu de repos].

11
וְאָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה אֲמִינָא, הַאי דְּלָא שָׁתֵי אֻופְיָא – מִשּׁוּם מְאִיסוּתָא. אָמַר לִי מַר: מִשּׁוּם דְּקָשֵׁי לִכְרֵסָם. מִישְׁתְּיַהּ – קָשֶׁה לִכְרֵסָם, מִינְּפַח בֵּיהּ – קַשְׁיָא לְרֵישָׁא, מִדְּחִייָּה – קַשְׁיָא לְעַנְיוּתָא. מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? לִשְׁקָעֶיהָ שִׁקּוּעַי.

Et Abaye a dit : au début je disais [que] le fait que l'on ne boit pas la mousse (oufya) [vient] d'une raison de dégoût (meisouta). Le Maître m'a dit : [c'est] parce que [cela] nuit au kirsem (catarrhe).

[La] boire — nuit au kirsem ; souffler dessus — nuit à la tête ; l'écarter [de la main] — nuit à [accroît] la pauvreté. Quel [en est] le remède ?

[Il faut] l'enfoncer (lechakeyei chikouyei) [dans la boisson].

📜 Rachi (4)
אֻופְיָא אשקומ"א:
Mousse (oufya) — 'escume' [en langue vernaculaire].
לִכְרֵסָם רִירִין הַבָּאִין מִן הַחֹוטֶם:
Au kirsem — les humeurs qui viennent du nez.
מִדְּחִיָּה בְּיָדוֹ לִצְדָדִין:
L'écarter (madhéi) — de la main, vers les côtés.
לִישַׁקְּעֵיהּ שְׁקוּעֵי בְּתוֹךְ הַמַּשְׁקֶה עַד שֶׁיִּכְלֶה מֵאֵלָיו:
L'enfoncer (lichkéyéi chikouyéi) — dans la boisson, jusqu'à ce qu'elle disparaisse d'elle-même.
💡 Explication

Quatrième révision. On ne boit pas la mousse (oufya) d'une boisson — non par dégoût, mais parce que cela nuit au kirsèm (catarrhe, les humeurs qui coulent du nez). La boire nuit au kirsèm ; la souffler nuit à la tête ; l'écarter de la main accroît la pauvreté. Le bon remède : l'enfoncer dans la boisson [jusqu'à ce qu'elle disparaisse d'elle-même].

12
לִכְרֵסָם דְּחַמְרָא – שִׁיכְרָא, דְּשִׁיכְרָא – מַיָּא, דְּמַיָּא – לֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא, וְהַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: בָּתַר עַנְיָא אָזְלָא עַנְיוּתָא.

[Le remède] du kirsèm [venu] du vin [est] la bière ; [celui venu] de la bière [est] l'eau ; [celui venu] de l'eau — il n'a pas de remède. Et c'[est ce] que disent les gens : après le pauvre va la pauvreté.

📜 Rachi (4)
לִכְרֵסָם דְּחַמְרָא שֶׁבָּא לוֹ מֵחֲמַת אֻופְיָא דְּחַמְרָא:
[Le remède] du kirsèm [venu] du vin — qui lui est venu à cause de la mousse du vin.
שִׁכְרָא רְפוּאָתוֹ לִשְׁתּוֹת שֵׁכָר:
La bière (chikra) — son remède [est] de boire de la bière.
לִכְרֵסָם דְּשִׁכְרָא שֶׁבָּא מֵחֲמַת אֻופְיָא דְּשִׁכְרָא לִישְׁתֵּי מַיָּא:
[Le remède] du kirsèm [venu] de la bière — qui est venu à cause de la mousse de la bière : qu'il boive de l'eau.
בָּתַר עַנְיָא זֶה שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ אֶלָּא מַיִם לִשְׁתּוֹת:
Après le pauvre — celui-ci qui n'avait que de l'eau à boire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּתַר עַנְיָא אָזְלָא עַנְיוּתָא. יֵשׁ לְפָרֵשׁ אַחַר אוֹתִיּוֹת עָנִי יֵשׁ אוֹתִיּוֹת כֶּסֶף וְאוֹת כָּ"ף רְצוֹנוֹ לוֹמַר עָנִי הַגָּרוּעַ בְּיוֹתֵר הוּא אוֹתוֹ הַמְחַזֵּר עַל הַפְּתָחִים שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִיכָּנֵס לַבַּיִת לִפְנִים אֶלָּא עוֹמֵד עַל הַסַּף וּפוֹתֵחַ כַּף שֶׁלּוֹ לְקַבֵּל פְּרוּסָה וְזֶהוּ 'כַּף סַף' שֶׁפּוֹשֵׁט כַּף יָדוֹ עַל הַסַּף זֶהוּ הַגָּרוּעַ בְּיוֹתֵר שֶׁבַּעֲנִיּוּת וְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ יִתֵּן עֹושֶׁר לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל וְלֹא יִצְטָרְכוּ זֶה לָזֶה אָמֵן כֵּן יְהִי רָצוֹן.
« Après le pauvre va la pauvreté. » On peut l'expliquer [par les lettres] : après les lettres de עָנִי (ani, pauvre) viennent les lettres de כֶּסֶף (kessef, argent) et la lettre kaf (כ). Il veut dire : le pauvre le plus misérable de tous est celui qui mendie de porte en porte (mehazer al ha-petahim), qui ne peut entrer à l'intérieur de la maison mais se tient sur le seuil (saf) et ouvre sa paume (kaf) pour recevoir un morceau [de pain] ; et c'est cela 'kaf saf' — qu'il tend la paume de sa main sur le seuil. C'est le plus misérable degré de la pauvreté. Et que [le Nom] béni soit-Il donne la richesse à Son peuple Israël, et qu'ils n'aient pas besoin l'un de l'autre. Amen, qu'ainsi soit Sa volonté.
💡 Explication

Suite : le kirsèm causé par la mousse du vin se soigne par la bière ; celui de la bière, par l'eau ; mais celui de l'eau n'a aucun remède. D'où l'adage populaire : 'après le pauvre va la pauvreté' — le pauvre n'a que de l'eau à boire, et le mal qui en vient est sans remède.

13
וְאָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה אֲמִינָא, הַאי דְּלָא אָכְלִי יַרְקָא מִכִּישָׁא דְּאָסַר גִּינָּאָה, מִשּׁוּם דְּמִיחְזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא. אָמַר לִי מַר: מִשּׁוּם דְּקָשֵׁי לִכְשָׁפִים.

Et Abaye a dit : au début je disais [que] le fait que l'on ne mange pas de légume [pris] du fagot que lie le jardinier (kicha de-assar guinaa) [vient] de ce que [cela] ressemble à de la gloutonnerie (raavtanouta). Le Maître m'a dit : [c'est] parce que [cela] nuit à [cause de] la sorcellerie (kechafim).

📜 Rachi (3)
מִכִּישָּׁא דְּאָסַר גִּינָּאָה שֶׁאֵין מוֹצִיאִין שׁוּם אוֹ כְּרֵישִׁין מֵאֲגֻודָּה שֶׁאוֹגְדִין מוֹכְרֵי יָרָק לְאָוכְלוֹ:
Du fagot que lie le jardinier (kicha de-assar guinaa) — [c'est-à-dire] qu'on ne tire pas d'ail ou de poireau du faisceau que lient les vendeurs de légumes, pour le manger.
כְּרַעַבְתָנוּתָא שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַמְתִּין עַד שֶׁיַּתִּירֶנּוּ:
[Ressemble] à de la gloutonnerie (raavtanouta) — [de ce] qu'il ne peut attendre qu'on le délie.
לִכְשָׁפִים הָרוֹאֶה אוֹתוֹ יָכוֹל לַעֲשׂוֹת לוֹ כְּשָׁפִים וְהַנִּשְׁמָר מִמֶּנּוּ אֵין כְּשָׁפִים נוֹחִין לָחוּל עָלָיו:
La sorcellerie (kechafim) — celui qui le voit peut lui faire de la sorcellerie ; et celui qui s'en garde, les sortilèges n'ont pas aisément prise sur lui.
💡 Explication

Cinquième révision. On ne mange pas de légume tiré directement du fagot lié par le jardinier — non parce que cela paraît glouton (ne pas savoir attendre qu'on le délie), mais parce que cela expose à la sorcellerie (kechafim) : qui se garde de tels usages, les sortilèges n'ont pas prise sur lui.

14
רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא הֲווֹ קָאָזְלִי בְּאַרְבָּא, אֲמַרָה לְהוּ הָהִיא מַטְרוֹנִיתָא: אוֹתְבַן בַּהֲדַיְיכוּ. לָא אוֹתְבוּהָ. אָמְרָה מִלְּתָא, אֲסָרַתָּה לְאַרְבָּא. אָמְרוּ אִינְהוּ מִילְּתָא, שַׁרְיוּהָ. אָמְרָה לְהוּ: מַאי אֶיעֱבֵיד לְכוּ, דְּלָא מְקַנֵּחַ לְכוּ בְּחַסְפָּא, וְלָא קְטִיל לְכוּ כִּינָּה אַמָּנַייְכוּ, וְלָא אֲכִיל לְכוּ יַרְקָא מִכִּישָׁא דְּאָסַר גִּינָּאָה.

Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna allaient en bateau. Une certaine matrone (matronita) leur dit : faites-moi asseoir avec vous.

Ils ne la firent pas asseoir. Elle dit une parole [un sortilège], [et] immobilisa le bateau.

Eux dirent une parole, [et le] libérèrent. Elle leur dit : que vous ferais-je, [puisque] vous ne vous essuyez pas avec un tesson (haspa), vous ne tuez pas un pou sur vos vêtements, et vous ne mangez pas de légume du fagot que lie le jardinier ?

📜 Rachi (7)
מַטְרוֹנִיתָא נָכְרִית:
Une matrone (matronita) — une non-Juive.
אוֹתְבַן בַּהֲדַיְיכוּ הוֹשִׁיבוּנִי עִמָּכֶם בִּסְפִינָה:
Faites-moi asseoir avec vous — faites-moi asseoir avec vous dans le bateau.
אָמְרָה מִילְּתָא לַחַשׁ שֶׁל מְכַשְּׁפוּת:
Elle dit une parole — une incantation de sorcellerie.
אֲסָרַתָּה לְאַרְבָּא שֶׁלֹּא זָזָה מִמְּקוֹמָהּ:
Elle immobilisa le bateau — de sorte qu'il ne bougeait plus de sa place.
אָמְרִי אִינְהוּ מִילְּתָא אַף הֵן הָיוּ בְּקִיאִין בַּדָּבָר וְעוֹשִׂין לְהַצִּיל עַצְמָם מִיַּד הַמִּכְשׁוֹל. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי שֶׁאָמְרוּ שָׁם וְלָא מוֹכְחָא מִילְּתָא:
Eux dirent une parole — eux aussi étaient versés en la matière et [le] firent pour se sauver de la main de l'obstacle. Et il y a [des Maîtres] qui disent qu'ils prononcèrent le Nom [divin], et la chose n'était pas manifeste.
מַאי אֶיעְבֵּד לְכוּ שֶׁאֵין מְכַשְּׁפוּת שׁוֹלֶטֶת בָּכֶם שֶׁאַתֶּם נִשְׁמָרִין מִכָּל דָּבָר הַקָּשֶׁה לָהֶן:
Que vous ferais-je — [c'est-à-dire] que la sorcellerie n'a pas prise sur vous, car vous vous gardez de toute chose qui leur est défavorable.
דְּלָא מְקַנֵּחַ לְכוּ בְּחַסְפָּא אֵין אַתֶּם מְקַנְּחִין עַצְמְכֶם בְּחֶרֶס בְּבֵית הַכִּסֵּא וְאֵין אַתֶּם הוֹרְגִין כִּינָּה בְּמַלְבּוּשְׁכֶם:
[Puisque] vous ne vous essuyez pas avec un tesson (haspa) — vous ne vous essuyez pas avec un tesson aux lieux d'aisances, et vous ne tuez pas un pou sur vos vêtements.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי אֶיעֱבֵיד לְכוּ, דְּלָא מְקַנֵּחַ לְכוּ בְּחַסְפָּא. קַשָּׁא מִכָּאן מַשְׁמַע דְּהַנִּזְהָר בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ אֵין שׁוֹלְטִים בּוֹ כְּשָׁפִים, וְאֵיךְ אָמַר בַּגְּמָרָא דְּקִדּוּשִׁין (קִדּוּשִׁין לט:) דְּרַבִּי חֲנִינָא בַּר פַּפֵּי תְּבַעְתֵּיהּ הָהִיא מַטְרוֹנִיתָא אֲמַר מִלְּתָא וּמַלִּי נַפְשֵׁיהּ שִׁיחְנָא וְכִיבָא עֲבַדָא הִיא מִלְּתָא וְאִתַּסִּי, נִמְצָא עָשְׂתָה בּוֹ פֹּועַל עַל יְדֵי כְּשָׁפִים שֶׁלָּהּ וּבְוַדַּאי הוּא הָיָה נִזְהָר בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים הַנִּזְכָּר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּאֵין שׁוֹלְטִים הַיְינוּ לְרָעָה אֲבָל לְטוֹבָה שׁוֹלְטִים וְהִיא עָשְׂתָה לוֹ רְפוּאָה בִּכְשָׁפִים וְלֹא לְהָרַע לוֹ וּמַה שֶׁהוּא אֲמַר מִלְּתָא וּמַלִּי נַפְשֵׁיהּ שִׁיחְנָא וְכִיבָא הוּא עַצְמוֹ שָׁאנֵי שֶׁיּוּכַל לַעֲשׂוֹת פּוֹעֵל בְּעַצְמוֹ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא לְרָעָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הָתָם לֹא עָשָׂה שִׁיחְנָא וְכֵיבָא מַמָּשׁ אֶלָּא בַּאֲחִיזַת עֵינַיִם עָשָׂה כֵּן שֶׁנִּרְאֶה כְּאִלּוּ גּוּפוֹ מָלֵא שְׁחִין כְּדֵי שֶׁתִּמְאַס אוֹתוֹ וְאֵין שֵׁם פֹּועַל כְּלָל וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּסַנְהֶדְרִין (סַנְהֶדְרִין סז:) אָמַר לוֹ רַב לְרַבִּי חִיָּיא לְדִידִי חֲזֵי לִי הַהוּא טַיָּיעָא דְּשַׁקְלֵיהּ לְסַפְסִירָא וְגַיְּידֵיהּ לְגַמְלֵאּ וּטְרַף לֵיהּ בְּטַבְלָא וְקָם אֲמַר לֵיהּ לְבָתַר הָכִי דָּם וּפַרְתָּא מִי הֲוַאי? אֲמַר לוֹ לָאו, אָמַר לוֹ הַהִיא אֲחִיזַת עֵינַיִם הֲוַאי וּלְהָכִי אָמְרִינַן הָתָם הָאוֹחֵז אֶת הָעֵינַיִם פָּטוּר אֲבָל אָסוּר, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י הָאוֹחֵז אֶת הָעֵינַיִם מַרְאֶה כְּאִלּוּ עוֹשֶׂה וְאֵינוֹ עוֹשֶׂה כְּלוּם פָּטוּר אֲבָל אָסוּר אֲבָל כִּשּׁוּף שֶׁעוֹשֶׂה מַעֲשֶׂה מַמָּשׁ הוּא בִּסְקִילָה עַיֵּין שָׁם. וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן הוּא מִלֵּי גּוּפֵיהּ בִּשְׁחִין בַּאֲחִיזַת הָעֵינַיִם וְהִיא עָשְׂתָה דָּבָר לְבַטֵּל אֲחִיזַת עֵינַיִם הַהִיא וְזֶה אֵינוֹ תָּלוּי בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ וְזוֹ הָרִשְׁעָה רָצְתָה לִקְשֹׁור אוֹתָם בִּסְפִינָה בִּכְשָׁפִים שֶׁלֹּא תּוּכַל לָזוּז מִמְּקוֹמָהּ וְלָכֵן כֵּיוָן דְּהָיוּ נִזְהָרִים בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ לֹא יָכְלָה לָהֶם. בְּרַם הָא קַשְׁיָא דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף סו:) אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן לָמָּה נִקְרָא שְׁמָם כְּשָׁפִים? שֶׁמַּכְחִישִׁין פָּמַלְייָא שֶׁל מַעְלָה שֶׁהֵם פּוֹעֲלִים בָּאָדָם הֵפֶךְ הַנִּגְזָר עָלָיו מִן הַשָּׁמַיִם וּגְזֵרַת מֶלֶךְ הִיא זוֹ וְאִם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא גָּזַר שֶׁיַּעֲשׂוּ פּוֹעֵל לְבַטֵּל גַּם הַנִּגְזָר מִן הַשָּׁמַיִם אֵיךְ יִהְיוּ נִדְחִין וּבָטֵל כּוֹחָם בַּעֲבוּר שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּאָמַר כָּאן הַנִּזְהָר בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ אֵין שׁוֹלְטִים בּוֹ כְּשָׁפִים הַיְינוּ בִּכְשָׁפִים הָעוֹשִׂים לוֹ מֵרָחוֹק שֶׁאֵין נוֹגְעִים בְּגוּפוֹ אוֹ בְּחֵפֶץ הַנִּיטָּל מִמֶּנּוּ אֲבָל אִם הַכְּשָׁפִים נוֹגְעִים בְּגוּפוֹ אוֹ בְּכֵלָיו אוֹ בְּכָל דָּבָר הַנִּיטָּל מִמֶּנּוּ לָא מְהַנְּיָא לֵיהּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ וְעַל כְּשָׁפִים אֵלּוּ קָאָמַר הָתָם מַכְחִישִׁים פָּמַלְיָא שֶׁל מַעְלָה וְכָאן זוֹ הָרְשָׁעָה רָצְתָה לַעֲשׂוֹת כְּשָׁפִים מֵרָחוֹק וְלֹא נָגְעָה בָּהֶם וְלֹא בְּכֵלִים שֶׁלָּהֶם לְכָךְ הוֹעִילוּ לָהֶם שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים הַנִּזְכָּר. וּבָזֶה הַחִילּוּק יְתֹורַץ קֻושְׁיָא אַחֶרֶת דְּקַשְׁיָא לִי מֵעֻובְדָּא דְּרַבִּי חֲנִינָא דְּמַייְתִי הָתָם בְּהַהִיא אִתְּתָא דַּהֲווָת קָא מְהַדְּרָא לְמִשְׁקַל עַפְרָא מִתּוּתֵי כַּרְעֵיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא אֲמַר לַהּ אִי מִסְתַּייַּעְתְּ זִיל עֲבִיד אֵין עוֹד מִלְבַדּוֹ כְּתִיב, וּמַקְשֵׁי בַּגְּמָרָא אִינִי וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן לָמָּה נִקְרָא שְׁמָם כְּשָׁפִים שֶׁמַּכְחִישִׁין פָּמַלְיָא שֶׁל מַעְלָה? וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי רַבִּי חֲנִינָא דִּנְפִישׁ זְכוּתֵיהּ. וְקַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שָׁאנֵי רַבִּי חֲנִינָא דַּהֲוָה נִזְהָר בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ וּלְהָכִי לֹא יִשְׁלְטוּ בּוֹ כְּשָׁפִים? וּבָזֶה הַחִילּוּק שֶׁכָּתַבְתִּי נִיחָא דְּלָא מְהַנֵּי שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ אֶלָּא לִכְשָׁפִים הַנַּעֲשִׂים מֵרָחוֹק וְלָא נִגְעֵי בְּגוּף הָאָדָם וְלֹא בְּכֵלָיו וְהָתָם כֵּיוָן דְּרַגְלָיו נוֹגְעוֹת בַּקַּרְקַע וְלוֹקַחַת עָפָר מִתַּחַת רַגְלָיו שֶׁהוּא נוֹגֵעַ בּוֹ וְעוֹשֶׂה עָלָיו הַכִּשּׁוּף בְּעֵת שֶׁהוּא נוֹגֵעַ בּוֹ הֲרֵי זֶה כְּאִלּוּ עוֹשֶׂה הַכִּשּׁוּף בְּגוּפוֹ אוֹ בְּכֵלָיו שֶׁהָיוּ נוֹגְעוֹת בּוֹ שֶׁבָּזֶה לֹא יוֹעִילוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים הַנִּזְכָּר לְהַצִּילוֹ.
« Que vous ferais-je, [puisque] vous ne vous essuyez pas avec un tesson (haspa). » Il est difficile : d'ici il ressort que celui qui prend garde à ces trois choses, la sorcellerie (kechafim) n'a pas prise sur lui ; or comment [concilier avec ce qu']il est dit dans la Guemara de Kidouchin (39b) [que] Rabbi Hanina bar Papi, une certaine matrone (matronita) le sollicita ; il prononça une parole et se remplit le corps d'ulcères et de plaies [pour qu'elle le repousse] ; elle [aussi] fit une chose [par sorcellerie] et il fut guéri — il se trouve donc qu'elle agit sur lui par sa sorcellerie, et assurément il prenait garde aux trois choses mentionnées ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce [principe] selon lequel [la sorcellerie] n'a pas prise [sur lui], c'est pour le mal ; mais pour le bien, elle a prise, et elle lui fit une guérison par sorcellerie et non pour lui nuire. Et quant à ce que lui-même prononça une parole et se remplit le corps d'ulcères et de plaies, c'est différent, car on peut agir sur soi-même [par sortilège] même pour le mal. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que là-bas [à Kidouchin] il ne fit pas des ulcères et des plaies réels, mais qu'il agit par illusion d'optique (ahizat einayim) de sorte qu'il paraissait comme si son corps était couvert d'ulcères, afin qu'elle le trouve répugnant, et il n'y a là aucun acte [réel]. Comme il est dit dans la Guemara de Sanhédrin (67b) : Rav dit à Rabbi Hiyya — moi, j'ai vu un certain Arabe qui prit une épée et trancha un chameau, puis frappa sur un tambour et [le chameau] se releva ; il lui dit : après cela, y avait-il du sang et de la fiente [signe d'un véritable abattage] ? Il lui dit : non. Il lui dit : c'était [donc] une illusion d'optique. Et c'est pourquoi on dit là-bas : celui qui pratique l'illusion d'optique (ohéz et ha-einayim) est exempt [de peine] mais [c'est] interdit ; et Rachi a expliqué : 'celui qui pratique l'illusion d'optique' montre comme s'il agissait sans rien faire — exempt mais interdit ; mais la sorcellerie qui accomplit un acte réel est [punie] de lapidation, vois-y. Et de même ici, il remplit son corps d'ulcères par illusion d'optique, et elle fit une chose pour annuler cette illusion d'optique — et cela ne dépend pas des trois choses [protectrices]. Et cette méchante voulut les attacher [Rav Hisda et Rabba] au bateau par sorcellerie, de sorte qu'il ne puisse bouger de sa place ; c'est pourquoi, puisqu'ils prenaient garde à ces trois choses, elle ne put rien contre eux. Toutefois ceci fait difficulté : il est dit dans la Guemara de Sanhédrin (67b) — Rabbi Yo'hanan a dit : pourquoi [la sorcellerie] est-elle appelée kechafim ? Parce qu'elle dément (makhhichin) la famille d'en haut (pamalia chel maala) — c'est-à-dire qu'ils agissent sur l'homme à l'inverse de ce qui a été décrété sur lui depuis le Ciel ; or c'est là un décret du Roi : si le Saint, béni soit-Il, a décrété qu'ils [les sorciers] accomplissent un acte annulant même ce qui a été décrété du Ciel, comment seraient-ils repoussés et leur force annulée à cause de ces trois choses ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui est dit ici — celui qui prend garde à ces trois choses, la sorcellerie n'a pas prise sur lui — vise la sorcellerie qu'on lui fait à distance, sans toucher son corps ni un objet pris de lui ; mais si la sorcellerie touche son corps, ou ses ustensiles, ou toute chose prise de lui, ces trois choses ne lui sont d'aucun secours. Et c'est de cette sorcellerie[-là] qu'il est dit là-bas qu'elle dément la famille d'en haut. Et ici, cette méchante voulut faire une sorcellerie à distance et ne toucha ni eux ni leurs ustensiles ; c'est pourquoi les trois choses mentionnées leur furent utiles. Et par cette distinction se résout une autre difficulté qui me pesait, [tirée] du récit de Rabbi Hanina qu'on rapporte là-bas, à propos de cette femme qui cherchait à prendre de la poussière de dessous ses pieds [pour l'ensorceler] ; il lui dit : si tu y parviens, va et fais-le — il est écrit « il n'en est point d'autre que Lui » (Devarim 4:35). Et la Guemara objecte : est-ce ainsi ? Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : pourquoi sont-elles appelées kechafim ? Parce qu'elles démentent la famille d'en haut ! Et elle répond : Rabbi Hanina est différent, car son mérite (zekhout) est grand. Or il aurait dû [plutôt] dire : Rabbi Hanina est différent parce qu'il prenait garde à ces trois choses, et de ce fait la sorcellerie n'aurait pas prise sur lui ? Mais par la distinction que j'ai écrite, cela va bien : ces trois choses ne sont utiles que pour la sorcellerie faite à distance, qui ne touche pas le corps de l'homme ni ses ustensiles ; et là-bas, puisque ses pieds touchaient le sol et qu'elle prenait de la poussière de dessous ses pieds, qu'il touchait, et faisait sur lui le sortilège au moment où il [la] touchait, c'est comme si elle faisait le sortilège sur son corps ou sur ses ustensiles qui le touchaient — cas où les trois choses mentionnées ne suffisent pas à le sauver.
💡 Explication

Récit illustrant la teaching précédente. Une matrone-sorcière, éconduite par Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna, immobilisa leur bateau par un sortilège ; eux le délivrèrent de même. Elle avoua son impuissance : la sorcellerie n'a pas prise sur eux parce qu'ils observent trois usages préventifs — ne pas s'essuyer avec un tesson, ne pas tuer un pou sur leurs habits, et ne pas manger du fagot du jardinier.

15
וְאָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה אֲמִינָא, הַאי דְּלָא אָכְלִי יַרְקָא דִּנְפַל (אַתַּכָּא) [מִתַּכָּא], מִשּׁוּם מְאִיסוּתָא. אָמַר לִי מַר: מִשּׁוּם דְּקָשֶׁה לְרֵיחַ הַפֶּה. וְאָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה אֲמִינָא, הַאי דְּלָא יָתְבִי תּוּתֵי מַרְזֵיבָא, מִשּׁוּם שׁוֹפְכִים. אָמַר לִי מַר: מִשּׁוּם דִּשְׁכִיחִי מַזִּיקִין.

Et Abaye a dit : au début je disais [que] le fait que l'on ne mange pas de légume tombé de la table (mitakha) [vient] d'une raison de dégoût. Le Maître m'a dit : [c'est] parce que [cela] nuit à l'odeur de la bouche [l'haleine].

Et Abaye a dit : au début je disais [que] le fait que l'on ne s'assoie pas sous une gouttière (marziva) [vient] des eaux usées (chofkhim). Le Maître m'a dit : [c'est] parce que les démons (mazikin) y sont fréquents.

📜 Rachi (2)
מַרְזֵיבָא צִינּוֹר הַמְקַלֵּחַ מַיִם מִן הַגַּג:
Gouttière (marziva) — le conduit qui fait gicler l'eau [venue] du toit.
שׁוֹפְכִין שֶׁמָּא יֵרְדוּ עָלָיו מַיִם מְאוּסִין הַמְקַלְּחִים מִתַּשְׁמִישׁ הַמִּשְׁתַּמְּשִׁין עַל הַגַּג וְשׁוֹפְכִין מֵי תַּשְׁמִישׁ וְהֵן בָּאִין לַצִּינּוֹר:
Eaux usées (chofkhin) — de peur qu'il ne descende sur lui des eaux répugnantes qui giclent [du fait] des usages de ceux qui se servent [d'eau] sur le toit, [qui] déversent les eaux usées, et celles-ci viennent au conduit.
💡 Explication

Sixième et septième révisions. On ne mange pas de légume tombé de la table — non par dégoût, mais parce que cela nuit à l'haleine. Et on ne s'assoit pas sous une gouttière (marziva) — non à cause des eaux usées qui s'en déversent, mais parce que les démons (mazikin) s'y tiennent fréquemment.

16
הָנְהוּ שָׁקוֹלָאֵי דַּהֲווֹ דָּרוּ חָבִיתָא דְּחַמְרָא, בָּעוּ לְאִיתְּפוֹחֵי, אוֹתְבוּהָ תּוּתֵי מַרְזֵיבָא, פָּקְעָה. אֲתוֹ לְקַמֵּיהּ דְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי, אַפִּיק שִׁיפּוּרֵי שַׁמְּתֵיהּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי תַּעֲבִיד הָכִי? אֲמַר לֵיהּ: הֵיכִי אַעֲבִיד, כִּי אוֹתְבֵיהּ בְּאֻונַּאי?

Ces porteurs (chakoulaï) qui transportaient une barrique de vin, [et qui] voulurent se reposer, la posèrent sous une gouttière ; elle éclata. Ils vinrent devant Mar bar Rav Achi ; il fit sortir des chofarot [et] excommunia [le démon].

[Le démon] vint devant lui. Il lui dit : pourquoi as-tu fait cela ?

Il lui dit : comment ferais-je [autrement], quand il [l']a posée sur mon oreille ?

📜 Rachi (4)
שָׁקוֹלָאֵי נוֹשְׂאֵי מַשְׂאוֹת בְּשָׂכָר:
Porteurs (chakoulaï) — porteurs de charges contre salaire.
פָּקְעָה שֶׁשָּׁבְרָה הַמַּזִּיק:
Elle éclata (pakéa) — car le démon (mazik) la brisa.
שַׁמְּתֵיהּ לַמַּזִּיק:
[Il] l'excommunia — le démon.
דְּאוֹתְבֵיהּ בְּאֻונַּאי הוֹשִׁיבוּהָ בְּאָזְנֵי שֶׁהָיִיתִי יָשֵׁן שָׁם:
[Quand] il [l']a posée sur mon oreille (be-ounaï) — ils [l']ont posée sur mes oreilles, où je dormais là.
💡 Explication

Récit du démon de la gouttière (voir le schéma). Des porteurs posèrent une barrique de vin sous une gouttière pour se reposer ; elle éclata [brisée par le démon]. Mar bar Rav Achi fit sonner des chofarot et excommunia le démon, qui comparut. Sa défense : on a posé la barrique sur son oreille [son lieu de repos] — il ne pouvait faire autrement.

17
אֲמַר לֵיהּ: אַתְּ בְּדֻוכְתָּא דִּשְׁכִיחִי רַבִּים מַאי בָּעֵית? אַתְּ הוּא דְּשָׁנִיתָ, זִיל שְׁלִים! אֲמַר לֵיהּ: הַשְׁתָּא נָמֵי לִיקְבַּע לִי מָר זִימְנָא וְאֶפְרַע. קָבַע לֵיהּ זִימְנָא. כִּי מְטָא זִימְנָא, אִיעַכַּב. כִּי אֲתָא, אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי לָא אֲתֵית בְּזִמְנָךְ? אֲמַר לֵיהּ: כֹּל מִילֵּי דִּצְיִיר וַחֲתִים וּכְיִיל וּמְנֵי, לֵית לַן רְשׁוּתָא לְמִשְׁקַל מִינֵּיהּ, עַד דְּמַשְׁכְּחִינַן מִידֵּי דְּהֶפְקֵרָא.

Il lui dit : que cherches-tu dans un lieu fréquente par le public ? C'est toi qui as dévié [de la norme] ; va, paie !

Il lui dit : que le Maître me fixe maintenant un délai, et je paierai. Il lui fixa un délai.

Quand le délai arriva, [le démon] tarda. Lorsqu'il vint, il lui dit : pourquoi n'es-tu pas venu en ton temps ?

Il lui dit : tout ce qui est lié, scellé, mesuré et compté, nous n'avons pas autorisation d'en prendre, jusqu'à ce que nous trouvions quelque chose sans propriétaire (hefkera).

📜 Rachi (1)
דְּצִייֵּר וַחֲתִים כְּלוֹמַר בְּאֶחָד מִכָּל אֵלּוּ אֵין לָנוּ רְשׁוּת:
Ce qui est lié et scellé (de-tzayar ve-hatim) — c'est-à-dire [que], pour [tout objet marqué] de l'un de ces [signes], nous n'avons pas autorisation [de le prendre].
💡 Explication

Suite et conclusion du procès. Mar bar Rav Achi condamne le démon : il n'avait rien à faire dans un lieu public, c'est lui qui a dévié, qu'il paie ! Le démon obtient un délai, mais tarde à payer. Il s'explique en révélant une règle : les démons n'ont pouvoir sur rien de ce qui est lié, scellé, mesuré ou compté ; ils ne peuvent prendre que ce qui est sans propriétaire (hefker) — d'où le temps qu'il lui fallut pour réunir la somme.

18
וְאָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה אֲמִינָא, הַאי דְּשָׁדֵי מַיָּא מִפֻּומָּא דְּחַצְבָּא – מִשּׁוּם צֵיבְתָא. אָמַר לִי מַר: מִשּׁוּם דְּאִיכָּא מַיִם הָרָעִים.

Et Abaye a dit : au début je disais [que] le fait que l'on jette [un peu d']eau du goulot de la cruche (poumma de-hatzba) [vient] d'une raison de brindilles (tzivta). Le Maître m'a dit : [c'est] parce qu'il y a des eaux mauvaises (mayim haraïm).

📜 Rachi (3)
דְּשָׁדוּ מַיָּא הַשּׁוֹתֶה בַּכַּד שׁוֹפֵךְ תְּחִלָּה מִן הַמַּיִם לָאָרֶץ:
Que l'on jette [un peu d']eau (chadou mia) — celui qui boit à la cruche verse d'abord un peu d'eau à terre.
מִשּׁוּם צֵיבְתָא קַסָּמִין וְקָשִׁין שֶׁעַל פְּנֵי הַמַּיִם:
Pour une raison de brindilles (tzivta) — des fétus et des brins [qui sont] à la surface de l'eau.
מַיִם רָעִים פְּעָמִים שֶׁשָּׁתָה מֵהֶן שֵׁד וְזוֹ תַּקָּנָתָן:
Eaux mauvaises (mayim raïm) — parfois un démon [en] a bu, et tel [en] est le remède.
💡 Explication

Huitième révision. On verse un peu d'eau du goulot de la cruche avant d'y boire — non à cause des brindilles (tzivta, fétus à la surface), mais parce qu'il peut y avoir des eaux mauvaises (mayim haraïm) [dont un démon aurait bu] ; les verser est le remède.

19
הָהוּא בַּר שֵׁידָא דַּהֲוָה בֵּי רַב פָּפָּא, אֲזַל לְאֵתוֹיֵי מַיָּא מִנַּהֲרָא, אִיעַכַּב. כִּי אֲתָא, אָמְרוּ לֵיהּ: אַמַּאי אִיעַכַּבְתְּ? אֲמַר לְהוּ: עַד דְּחָלְפִי מַיִם הָרָעִים. אַדְּהָכִי

Un certain fils de démon (bar chida) qui était dans la maison de Rav Papa [et le servait] alla puiser de l'eau au fleuve ; il tarda. Quand il vint, ils lui dirent : pourquoi as-tu tardé ?

Il leur dit : jusqu'à ce que passent les eaux mauvaises (mayim haraïm). Sur ces entrefaites,

📜 Rachi (2)
דַּהֲוָה בֵּי רַב פָּפָּא שֶׁהָיָה מְשַׁמְּשׁוֹ:
Qui était dans la maison de Rav Papa — [c'est-à-dire] qu'il le servait.
עַד דְּחָלְפִי מַיִם הָרָעִים שֶׁשָּׁתוּ הַמַּזִּיקִין מֵהֶן:
Jusqu'à ce que passent les eaux mauvaises (mayim haraïm) — celles dont les démons (mazikin) avaient bu.
💡 Explication

Dernier récit (interrompu, il continue en 106a). Un fils de démon serviteur de Rav Papa alla puiser de l'eau au fleuve et tarda. Il expliqua : il avait attendu que passent les eaux mauvaises [celles dont les démons avaient bu], confirmant la teaching précédente. La phrase s'arrête en suspens, la suite se trouvant au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).