Chullin 106a — l'ablution des mains (netilat yadayim) : premières et dernières eaux, eaux chauffées et de Tibériade, et le fondement de l'obligation

Chullin 106a

Sougya : Le daf poursuit la sougya de l'ablution des mains. Le démon de la maison de Rav Papa montre l'utilité de vider l'eau du goulot ; puis Rav Dimi et Ravin rapportent comment la négligence des premières eaux fit manger du porc (ou une nevela) à un Juif pris pour un idolâtre, et celle des dernières eaux fit divorcer (ou tuer) une femme.

Suit le désaccord de Hizkiya et Rabbi Yo'hanan sur les eaux chauffées au feu et les sources de Tibériade : Rav Papa le ramène au cas de l'eau détournée dans une rigole (bat bira), décret ou non par crainte du récipient, et le rattache à une controverse de tanaim sur les eaux impropres à la boisson du bétail. La Guemara expose ensuite les raisons de l'ablution pour le profane (sirkh terouma) et son statut de mitsva (Abaye : écouter les Sages ; Rava : R.

Elazar ben Arakh, qui l'appuie sur un verset relatif au zav). Enfin elle traite de l'ablution pour les fruits (propreté seule, ni obligation ni mitsva selon Rava ; arrogance selon Rav Nahman), de l'incident de Rabbi Ami et Rabbi Assi (trois enseignements : pas d'ablution pour les fruits, pas de zimoun sur les fruits, deux convives doivent bénir séparément), et de la mesure de l'eau versée : jusqu'à l'articulation pour le profane.

Premières eaux et dernières eaux : la négligence et ses suites Premières eaux (mayim richonim) avant le repas qui les néglige -> pris pour un non-Juif Rav Dimi : on lui fit manger du porc Ravin : on lui fit manger une nevela (le boutiquier le crut idolâtre : il ne s'était pas lavé avant de manger) Dernières eaux (mayim aharonim) après le repas qui les néglige -> lentilles sur la moustache Rav Dimi : la femme est divorcée Ravin : la femme est tuée (les voleurs prouvent leur mensonge par les lentilles restées aux lèvres)
Segments 1-4 : la négligence des premières et des dernières eaux, dans les versions de Rav Dimi et de Ravin (Rabbi Abba retenant à chaque fois la plus sévère).
Eaux chauffées au feu et eaux de Tibériade : Hizkiya contre Rabbi Yo'hanan Hizkiya Rabbi Yo'hanan Eaux chauffées au feu on ne s'en lave pas les mains on s'en lave les mains (les grands de Galilée le font) Sources chaudes de Tibériade pas de netila ; mais on y trempe les mains (s'il y a 40 sea) on y trempe tout le corps mais pas face, mains, pieds Lecture de Rav Papa Sur place (bemekoman) : tous permettent d'y tremper les mains Puiser dans un récipient (mana) : tous interdisent Désaccord : eau détournée dans une rigole (bat bira) décret par crainte du récipient ? Yo'hanan oui / Hizkiya non
Segments 5-7 : eaux chauffées au feu et sources de Tibériade, le désaccord de Hizkiya et Rabbi Yohanan, et sa lecture par Rav Papa (sur place / récipient / rigole).
Pourquoi se laver les mains : trois plans, et le cas des fruits Sirkh terouma les mains rendent la terouma impure on lave pour le profane pour habituer à la terouma Mitsva Abaye : écouter les paroles des Sages Rava : écouter R. Elazar ben Arakh (appui scriptural) Pour les fruits R. Ochaya : par propreté Rava : ni obligation ni mitsva, mais facultatif Rav Nahman : arrogance Le verset (Lev 15:11) : 'ses mains, il ne les a pas rincées dans l'eau' -> il est impur R. Elazar ben Arakh : de là les Sages ont appuyé la netilat yadayim sur la Torah (asmakhta)
Segments 10-13 : les fondements de l'ablution (sirkh terouma, mitsva, verset du zav) et son statut pour les fruits.
1
חֲזָנְהוּ דְּקָא שָׁדוּ מַיָּא מִפֻּומָּא דְּחַצְבָּא, אֲמַר: אִי הֲוָה יָדַעְנָא דִּרְגִילִיתוּ לְמִיעְבַּד הָכִי, לָא אִיעַכַּבִי.

[Le démon] les vit qui versaient l'eau [hors] du goulot de la cruche [avant d'en boire]. Il dit : si j'avais su que vous avez coutume d'agir ainsi, je n'aurais pas tardé [à apporter l'eau].

🗂️ Tossefot (1)
חֲזָנְהוּ דְּהָווּ שָׁדוּ מַיָּא מִפֻּומָּא דְּחַצְבָּא וְהָא דְּאִיעַכַּב וְלֹא עָשָׂה בְּעַצְמוֹ כֵּן אוֹ שֶׁלֹּא הוֹדִיעָם לְפִי שֶׁהָיָה יָרֵא שֶׁיַּקְפִּידוּ עָלָיו שְׁאָר הַשֵּׁדִים אִם הָיָה מוֹדִיעַ אִי נָמֵי אֵין מוֹעִיל אא"כ שָׁדֵי לְהוּ הַהוּא גַבְרָא גּוּפֵיהּ דְּשָׁתֵי:
[Le démon] les vit qui versaient l'eau du goulot de la cruche — et le fait qu'il a tardé et n'a pas agi lui-même ainsi, ou ne [le] leur a pas fait savoir, [c'est] parce qu'il craignait que les autres démons ne s'irritent contre lui s'il [le] leur faisait savoir ; ou bien [parce que] cela n'est efficace que si c'est l'homme lui-même qui doit boire qui verse [l'eau].
💡 Explication

Fin du récit (commencé en 105b) du démon qui hante l'eau laissée à découvert la nuit. Voyant les gens de la maison de Rav Papa vider l'eau du goulot de la cruche avant de boire, le démon explique qu'il aurait pu apporter l'eau plus vite, sachant qu'ils écartent ainsi l'eau du dessus [exposée à son atteinte].

🖼️ Schéma
Premières eaux et dernières eaux : la négligence et ses suites Premières eaux (mayim richonim) avant le repas qui les néglige -> pris pour un non-Juif Rav Dimi : on lui fit manger du porc Ravin : on lui fit manger une nevela (le boutiquier le crut idolâtre : il ne s'était pas lavé avant de manger) Dernières eaux (mayim aharonim) après le repas qui les néglige -> lentilles sur la moustache Rav Dimi : la femme est divorcée Ravin : la femme est tuée (les voleurs prouvent leur mensonge par les lentilles restées aux lèvres)
Vue d'ensemble des récits sur la négligence des premières et des dernières eaux (segments 1-4).
2
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר: מַיִם הָרִאשׁוֹנִים הֶאֱכִילוּ בְּשַׂר חֲזִיר,

Lorsque Rav Dimi vint [de la Terre d'Israël], il dit : les premières eaux [négligées] firent manger de la viande de porc.

📜 Rachi (1)
הֶאֱכִילוּ בְּשַׂר חֲזִיר שֶׁהָיָה חֶנְוָנִי יִשְׂרָאֵל מוֹכֵר בְּשַׂר שְׁחוּטָה לְיִשְׂרָאֵל וּמְבַשֵּׁל וּמַאֲכִילָם וּכְשֶׁהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים בָּא בַּחֲנוּתוֹ מַאֲכִילוֹ נְבֵלוֹת וּבָא יְהוּדִי אֶחָד לֶאֱכֹול וְלֹא נָטַל יָדָיו וּכְסָבוּר זֶה שֶׁעוֹבֵד כּוֹכָבִים הוּא וְהֶאֱכִילוֹ בְּשַׂר חֲזִיר:
[On] lui fit manger de la viande de porc — car un boutiquier juif vendait de la viande abattue [rituellement] aux Juifs, [la] cuisait et la leur donnait à manger ; et lorsqu'un idolâtre venait dans sa boutique, il lui donnait à manger des [bêtes] non abattues (nevelot). Or un Juif vint manger et ne se lava pas les mains ; [le boutiquier] pensa que celui-ci était un idolâtre, et lui fit manger de la viande de porc.
💡 Explication

Rav Dimi rapporte d'Erets Israël un cas illustrant la gravité de négliger les premières eaux (mayim richonim, avant le repas). Faute de s'être lavé les mains, un Juif fut pris pour un idolâtre par un boutiquier et l'on lui fit manger du porc.

3
אַחֲרוֹנִים הוֹצִיאוּ אֶת הָאִשָּׁה מִבַּעְלָהּ.

Les dernières [eaux négligées] firent sortir la femme [d'auprès] de son mari [elle fut divorcée].

📜 Rachi (1)
הוֹצִיאוּ אִשָּׁה מִבַּעְלָהּ וְהָרְגוּ אֶת הַנֶּפֶשׁ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא בְּעֻובְדָּא דְּכִידּוּר אִיכָּא לְמ"ד קַטְּלָהּ וְאִיכָּא לָמֶ"ד לָא קַטְּלָהּ אֶלָּא אַפְּקָהּ:
[Ils] firent sortir la femme [d'auprès] de son mari et tuèrent la personne — dans le dernier chapitre de Yoma, dans le récit de Kidor (Yoma 83b), il y a [un Sage] qui dit [qu'on] la tua et [un Sage] qui dit [qu'on] ne la tua pas, mais [qu'on] la fit [seulement] sortir [divorcer].
💡 Explication

De même, négliger les dernières eaux (mayim aharonim, après le repas) eut une conséquence grave : un hôte ne s'étant pas lavé la bouche garda des lentilles sur la moustache ; des voleurs s'en servirent comme preuve pour tromper sa femme et la faire divorcer.

4
כִּי אֲתָא רָבִין אֲמַר: רִאשׁוֹנִים הֶאֱכִילוּ בְּשַׂר נְבֵלָה, אַחֲרוֹנִים הָרְגוּ אֶת הַנֶּפֶשׁ. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: וְסִימָנָיךְ – אֲתָא רַב דִּימִי אַפְּקַהּ, אֲתָא רָבִין קַטְּלָהּ.

Lorsque Ravin vint [de la Terre d'Israël], il dit : les premières [eaux] firent manger de la viande de nevela [bête non abattue], les dernières tuèrent la personne. Rav Nahman bar Yitzhak dit : et ton signe [mnémotechnique est] : Rav Dimi vint, [il] la fit sortir [divorcer] ; Ravin vint, [il] la tua.

📜 Rachi (2)
וְסִימָנָיךְ שֶׁלֹּא תִּטְעֶה מִי מֵהֶם אָמַר הוֹצִיאוּ וּמִי מֵהֶם אָמַר הָרְגוּ:
Et ton signe — afin que tu ne te trompes pas [sur] lequel d'entre eux a dit '[ils] la firent sortir' et lequel d'entre eux a dit '[ils] la tuèrent'.
אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר אַפְּקָהּ אֲתָא רָבִין אֲמַר קַטְּלָהּ הָרִאשׁוֹן הוֹצִיאָהּ וְהַשֵּׁנִי הָרְגָה אָחוּז הַסִּימָן כְּאִילּוּ שְׁנֵיהֶם נַעֲשׂוּ בָּהּ גֵּירוּשִׁין וַהֲרִיגָה וְשׁוּב לֹא תִּטְעֶה דְּוַדַּאי אֵין לְהַחֲלִיף וְלוֹמַר הָרִאשׁוֹן הֲרָגָהּ וְהַשֵּׁנִי הוֹצִיאָהּ וְהֵם הָיוּ יוֹדְעִין דְּרַב דִּימֵי אֲתָא מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מִקַּמֵּי רָבִין:
Rav Dimi vint [et] dit '[il] la fit sortir', Ravin vint [et] dit '[il] la tua' — le premier la fit sortir [divorcer] et le second la tua. Saisis le signe comme si les deux [événements] s'étaient produits sur elle, le divorce et la mise à mort, et ainsi tu ne te tromperas plus ; car assurément il n'y a pas à intervertir et à dire [que] le premier la tua et le second la fit sortir. Et eux [les Sages] savaient que Rav Dimi vint de la Terre d'Israël avant Ravin.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כִּי אֲתָא רָבִין אֲמַר: רִאשׁוֹנִים, הֶאֱכִילוּ בְּשַׂר נְבֵלָה, אַחֲרוֹנִים, הָרְגוּ אֶת הַנֶּפֶשׁ. נִרְאֶה דְּלָא נֶחְלְקוּ בִּמְצִיאוּת אֶלָּא בָּאַחֲרוֹנִים הָא וְהָא הֲוָה בְּחַד עֻובְדָּא דְּבַתְּחִלָּה אַפְּקָא וְאַחַר כָּךְ לֹא שֶׁכָּכָה חֲמָתוֹ בָּזֶה וּקְטָלָא וּבָרִאשׁוֹנִים תְּרֵי עוֹבְדֵי הָווּ פַּעַם הֶאֱכִילוּ בְּשַׂר חֲזִיר וּפַעַם בְּשַׂר נְבֵלָה. בְּרַם הָא קַשְׁיָא אֵיךְ הָיָה מִתְעַסֵּק בִּבְשַׂר חֲזִיר? וְנִרְאֶה דְּלָאו שֶׁלּוֹ הָיָה אֶלָּא שֶׁל גּוֹי וְזֶה הָיָה יוֹשֵׁב בַּחֲנוּת בִּשְׂכִירוּת. אֲבָל בְּמָהָרָ"ם שִׁיף זַ"ל הֵבִיא מִן מָרָן זַ"ל (בֵּית יוֹסֵף יוֹרֶה דֵּעָה סִימָן קיז) דַּעַת שְׁמָד הָיָה וְהָיוּ מִתְנַכְרִין הַיְּהוּדִים דִּירֵאִים לְהַרְאוֹת עַצְמָן יְהוּדִים וְלָכֵן הָיָה רַשַּׁאי לְהִתְעַסֵּק בִּבְשַׂר חֲזִיר עַיֵּין שָׁם. וּלְפִי זֶה קַשָּׁא מְנָא יָדַע שֶׁהוּא גּוֹי מֵחֲמַת שֶׁלֹּא נָטַל, וְדִילְמָא הָיָה מֻוכְרָח לְכָךְ שֶׁאִם יִטֹּול יַכִּירוּ בּוֹ שֶׁהוּא יְהוּדִי? וְנִרְאֶה דְּהָיָה לוֹ לְבַקֵּשׁ מַיִם לִיטֹּול מִשּׁוּם נְקִיּוּת דְּגַם הַגּוֹיִם רוֹחֲצִים יְדֵיהֶם מִשּׁוּם נְקִיּוּת. אַךְ עֲדַיִין קְשָׁא דִּילְמָא נָטַל יָדָיו בְּבֵיתוֹ וְנִכְנַס לַחֲנוּת לֶאֱכֹול? וְנִרְאֶה לִי כְּגוֹן שֶׁרָאָה שֶׁחִיכֵּךְ בִּבְשָׂרוֹ לְפָנָיו אִם כֵּן בָּעֵי נְטִילָה כָּאן וְכֵיוָן דְּלָא רָצָה לִיטֹּול מִשּׁוּם נְקִיּוּת הִכִּיר בּוֹ שֶׁהוּא גּוֹי. וַעֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אֵיךְ זֶה הַיְּהוּדִי אָכַל תַּבְשִׁיל וְלֹא חָשׁ שֶׁמָּא זֶה יִתֵּן לוֹ מַאֲכָל אָסוּר וְלֹא יָדַע שֶׁהוּא יְהוּדִי וּמִתְנַכֵּר? וְנִרְאֶה לִי כְּגוֹן שֶׁבָּא קֹודֶם שָׁבוּעַ אֶחָד לַחֲנוּת לֶאֱכֹול וְלַחַשׁ לוֹ בְּאָזְנָיו שֶׁהוּא יְהוּדִי וּמִתְנְכַר וְחָשַׁב כִּי כְּבָר הִכִּירוּ וְיָדַע שֶׁהוּא יְהוּדִי אַךְ זֶה שָׁכַח אוֹתוֹ וְלֹא יָדַע שֶׁהוּא הַיְּהוּדִי שֶׁבָּא קֹודֶם שָׁבוּעַ זֶה וּלְכָךְ מִכֹּחַ הַנְּטִילָה שֶׁלֹּא נָטַל חָשַׁב שֶׁהוּא גּוֹי וְהֶאֱכִילוֹ בְּשַׂר חֲזִיר.
« Lorsque Ravin vint, il dit : les premières [eaux négligées] firent manger de la viande de nevela [bête non abattue], les dernières tuèrent la personne. » Il apparaît qu'ils ne divergent pas sur les faits (metsiout), sauf en ce qui concerne les dernières [eaux] : ceci et cela se produisirent dans un seul et même cas — au début [le mari] la fit sortir [divorcer], puis, son courroux ne s'étant pas apaisé par cela, il la tua. Et pour les premières [eaux], il y eut deux cas [distincts] : une fois on fit manger de la viande de porc, et une fois de la viande de nevela. Mais voici une difficulté : comment [le boutiquier juif] manipulait-il de la viande de porc ? Et il apparaît qu'elle n'était pas à lui, mais à un non-Juif, [le boutiquier juif] tenant la boutique à gages [comme employé]. Cependant, dans le Maharam Schiff (de mémoire bénie), il rapporte [un avis] de notre Maître [le Beit Yossef] (de mémoire bénie) (Beit Yossef, Yore Dea, ch. 117) : c'était au temps d'une persécution religieuse (chemad), et les Juifs craintifs se faisaient passer pour [des non-Juifs], redoutant de se montrer juifs ; c'est pourquoi [le boutiquier] avait le droit de manipuler de la viande de porc — vois-y. Et selon cela il y a une difficulté : d'où [le boutiquier] savait-il que [le client] était un non-Juif du fait qu'il ne se lava pas [les mains] ? Peut-être y était-il contraint, [se disant] que s'il se lavait, on reconnaîtrait en lui qu'il est juif ? Et il apparaît qu'il aurait dû demander de l'eau pour se laver par [souci de] propreté (nekiout), car les non-Juifs aussi se lavent les mains par propreté. Mais il reste encore une difficulté : peut-être [le client] s'était-il lavé les mains chez lui, puis entra dans la boutique pour manger ? Et il me semble [qu'il s'agissait] par exemple [d'un cas] où [le boutiquier] vit que [le client] s'était gratté la chair devant lui — si [c'est] ainsi, il faut [se] laver ici [à nouveau], et puisque [le client] ne voulut pas se laver par [souci de] propreté, [le boutiquier] reconnut en lui qu'il était non-Juif. Et il reste encore à objecter : comment ce Juif mangea-t-il un mets [cuit] sans craindre que celui-ci ne lui donne un aliment interdit, ne sachant pas [le client] être juif et se faisant passer pour [un autre] ? Et il me semble [qu'il s'agissait] par exemple [d'un cas] où [le client] était venu une semaine auparavant à la boutique pour manger et lui avait chuchoté à l'oreille qu'il était juif se faisant passer pour [un non-Juif] ; et [le client] pensa qu'on l'avait déjà reconnu et que [le boutiquier] savait qu'il était juif. Mais celui-ci l'avait oublié et ne savait pas qu'il était le Juif venu la semaine précédente ; c'est pourquoi, du fait du lavage qu'il ne fit pas, il pensa qu'il était non-Juif et lui fit manger de la viande de porc.
וְסִימָנָיךְ: אֲתָא רַב דָּמֵי אַפְּקָהּ, אֲתָא רָבִין קַטְּלָהּ. עַייֵּן רַשִׁ"י זַ"ל. וְנִרְאֶה לִי הַסִּימָן הוּא כָּךְ רֹאשׁ וְסוֹף ' ד מ י ' הוּא ד"י שֶׁהֵם קוֹדְמִין לְרֹאשׁ וְסוֹף ' ר בֵּי ן ' שֶׁהוּא רָ"ן לָכֵן מֻוכְרָח לְשַׁנּוֹת בְּרַב דָּמֵי אַפְּקָהּ שֶׁהָיָה זֶה בָּרִאשׁוֹנָה וּבְרַבִּין קְטָלָא שֶׁהָיָה זֶה בָּאַחֲרוֹנָה.
« Et ton signe [mnémotechnique] : Rav Dami vint, [il] la fit sortir [divorcer] ; Ravin vint, [il] la tua. » Vois Rachi (de mémoire bénie). Et il me semble que le signe est ainsi : le début et la fin de « D-M-Y » (Dami) sont D-Y, qui précèdent le début et la fin de « R-BY-N » (Rabin), qui [donnent] R-N. Aussi faut-il enseigner [dans cet ordre] : « Rav Dami, [il] la fit sortir », car cela fut en premier, et « Ravin, [il] la tua », car cela fut en dernier.
💡 Explication

Ravin rapporte les mêmes récits avec une variante : pour les premières eaux, on fit manger une nevela (et non du porc) ; pour les dernières, la femme fut tuée (et non divorcée). Rav Nahman bar Yitzhak donne un signe (siman) pour ne pas confondre les deux versions : Rav Dimi (le premier venu) = divorce ; Ravin (le second) = mort.

5
רַבִּי אַבָּא מַתְנֵי חֲדָא מֵהָנֵי, וַחֲדָא מֵהָנֵי, לְחוּמְרָא.

Rabbi Abba enseignait l'une [des versions] selon ceux-ci et l'autre selon ceux-là, [à chaque fois] en rigueur.

📜 Rachi (1)
חֲדָא מְהַנֵּי כו' לְחוּמְרָא רִאשׁוֹנִים בְּשַׂר חֲזִיר כְּרַב דִּימֵי אַחֲרוֹנִים הָרְגוּ כְּרָבִין. בְּשַׂר חֲזִיר חָמוּר מִנְּבֵלָה דְּאִית בֵּיהּ תְּרֵי אִיסּוּרֵי:
L'une selon ceux-ci [etc.] en rigueur — les premières [eaux] : la viande de porc, comme Rav Dimi ; les dernières : [ils] la tuèrent, comme Ravin. La viande de porc [est] plus grave que la nevela, car il y a en elle deux interdits.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אַבָּא מַתְנֵי חֲדָא מֵהָנֵי וַחֲדָא מֵהָנֵי לְחֻומְרָא. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל בְּשַׂר חֲזִיר חָמוּר דְּאִית בֵּיהּ תְּרֵי אִיסּוּרֵי. וְקַשָּׁא זֶה תִּינַח לְמָאֵן דְּאָמַר דִּסְבִירָא לֵיהּ אִיסּוּר חָל עַל אִיסּוּר אֲבָל לְמַאן דְּאָמַר אֵין אִיסּוּר חָל עַל אִיסּוּר אֵין בִּבְשַׂר חֲזִיר אֶלָּא חֲדָא אִיסּוּרָא, וּלְפִי זֶה נַעֲשָׂה בְּשַׂר נְבֵלָה חֲמִיר טְפֵי דְּאִית בֵּיהּ אִיסּוּר נְבֵלָה וְגַם עֲשֵׂה דְּאֵינוֹ זָבוּחַ דְּהַאי עֲשֵׂה לָא שָׁייְכָה אֶלָּא בִּבְהֵמוֹת טְהוֹרִים וְלֹא בִּבְהֵמוֹת טְמֵאִים וְנִמְצָא רָבִין מַתְנֵי בְּתַרְוַוייְהוּ לְחוּמְרָא וּמָה חִידֵּשׁ רַבִּי אַבָּא עַל רָבִין? וְצָרִיךְ עִיּוּן.
« Rabbi Abba enseignait l'une [des versions] selon ceux-ci et l'autre selon ceux-là, [à chaque fois] en rigueur (lehoumra). » Rachi (de mémoire bénie) a expliqué : la viande de porc [est] plus grave, car il y a en elle deux interdits. Et il y a une difficulté : cela convient pour celui qui dit qu'il tient [qu']un interdit s'ajoute à un interdit (issour hal al issour) ; mais pour celui qui dit qu'un interdit ne s'ajoute pas à un interdit, il n'y a dans la viande de porc qu'un seul interdit, et selon cela la viande de nevela devient plus grave, car il y a en elle l'interdit de nevela et aussi [la transgression du] précepte positif [d'avoir consommé une bête] non abattue (cheino zavouah) — ce précepte positif ne s'applique qu'aux bêtes pures et non aux bêtes impures [comme le porc]. Il se trouve [alors] que Ravin enseignait les deux [versions] en rigueur — et qu'a donc innové Rabbi Abba par rapport à Ravin ? Cela requiert examen (tsarikh iyoun).
💡 Explication

Rabbi Abba combinait les deux traditions en retenant à chaque fois la version la plus sévère (lehoumra) : pour les premières eaux, le porc (selon Rav Dimi), pour les dernières, la femme tuée (selon Ravin).

6
אִיתְּמַר, חַמֵּי הָאוּר: חִזְקִיָּה אָמַר אֵין נוֹטְלִים מֵהֶן לַיָּדַיִם, וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר נוֹטְלִין מֵהֶם לַיָּדַיִם. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שָׁאַלְתִּי אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי, וְאוֹכֵל טְהָרוֹת, וְאָמַר לִי כָּל גְּדוֹלֵי גָּלִיל עוֹשִׂין כֵּן.

Il fut dit [un désaccord d'Amoraim] au sujet des eaux chauffées au feu (hamei ha-our) : Hizkiya dit [qu']on ne s'en lave pas les mains, et Rabbi Yo'hanan dit [qu']on s'en lave les mains. Rabbi Yo'hanan dit : j'ai interrogé Rabban Gamliel fils de Rabbi [Yehouda ha-Nassi], qui mangeait [ses aliments] en pureté, et il me dit : tous les grands de Galilée agissent ainsi [s'en lavent les mains].

📜 Rachi (2)
אֵין נוֹטְלִין מֵהֶם מַיִם הָרִאשׁוֹנִים וּפְלִיג אַדִּלְעֵיל וְחִזְקִיָּה תַּנָּא הוּא:
On ne s'en lave pas — [pour] les premières eaux. Et [Hizkiya] diverge de [ce qui est dit] plus haut ; et Hizkiya est un tana.
רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּרַבִּי בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי וְאוֹכֵל טְהָרוֹת הָיָה:
Rabban Gamliel fils de Rabbi — le fils de Rabbi [Yehouda ha-Nassi], et il mangeait [ses aliments] en pureté.
🗂️ Tossefot (1)
חַמֵּי הָאוּר חִזְקִיָּה אָמַר אֵין נוֹטְלִין מֵהֶם לַיָּדַיִם וְהָא דְּתַנְיָא לְעֵיל (חֻולִּין דַּף קה.) מַיִם רִאשׁוֹנִים נוֹטְלִין בֵּין בְּחַמִּין בֵּין בְּצוֹנֵן מוּקֵי חִזְקִיָּה כְּלִישָּׁנָא קַמָּא דר' יַנַּאי דִּלְעֵיל כְּשֶׁאֵין הַיָּד סוֹלֶדֶת וְכָאן אַייְרֵי כְּשֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בָּהֶן וְרַבִּי יוֹחָנָן דְּשָׁרֵי הָכָא בְּלָשׁוֹן בָּתְרָא דְּמוּקֵי לָהּ אע"פ שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת מֻותָּר וּבְחִנָּם פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּחִזְקִיָּה תַּנָּא הוּא וּפְלִיג אַבָּרַיְיתָא דִּלְעֵיל:
Eaux chauffées au feu : Hizkiya dit qu'on ne s'en lave pas les mains — et ce qui est enseigné plus haut (Houlin 105a) '[pour] les premières eaux on se lave aussi bien avec [de l'eau] chaude qu'avec [de l'eau] froide', Hizkiya l'établit selon la première version de Rabbi Yannai [citée] plus haut, [à savoir le cas] où la main ne se rétracte pas [de chaleur] ; et ici [Hizkiya] parle [du cas] où la main se rétracte de [chaleur à] leur contact. Et Rabbi Yo'hanan, qui permet ici, [enseigne] selon la version dernière [de Rabbi Yannai] qui l'établit [comme permis] même [si] la main se rétracte. Et c'est en vain que [Rachi] dans son commentaire (le Kountrass) a expliqué que Hizkiya est un tana et diverge de la braita [citée] plus haut.
💡 Explication

Désaccord sur les eaux chauffées au feu. Hizkiya [un tana] interdit de s'en laver les mains ; Rabbi Yo'hanan le permet, s'appuyant sur Rabban Gamliel fils de Rabbi, qui mangeait en état de pureté (et était donc scrupuleux sur l'ablution) et attestait que tous les grands de Galilée le faisaient.

🖼️ Schéma
Eaux chauffées au feu et eaux de Tibériade : Hizkiya contre Rabbi Yo'hanan Hizkiya Rabbi Yo'hanan Eaux chauffées au feu on ne s'en lave pas les mains on s'en lave les mains (les grands de Galilée le font) Sources chaudes de Tibériade pas de netila ; mais on y trempe les mains (s'il y a 40 sea) on y trempe tout le corps mais pas face, mains, pieds Lecture de Rav Papa Sur place (bemekoman) : tous permettent d'y tremper les mains Puiser dans un récipient (mana) : tous interdisent Désaccord : eau détournée dans une rigole (bat bira) décret par crainte du récipient ? Yo'hanan oui / Hizkiya non
Eaux chauffées au feu et sources de Tibériade : positions de Hizkiya et Rabbi Yo'hanan, et lecture de Rav Papa.
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חַמֵּי טְבֶרְיָא, חִזְקִיָּה אָמַר: אֵין נוֹטְלִין מֵהֶם לַיָּדַיִם, אֲבָל מַטְבִּילִין בָּהֶם הַיָּדַיִם. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: כָּל גּוּפוֹ טוֹבֵל בָּהֶן, אֲבָל לֹא פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו.

[Pour] les eaux [chaudes] de Tibériade : Hizkiya dit [qu']on ne s'en lave pas les mains, mais [qu']on y trempe les mains ; et Rabbi Yo'hanan dit [qu']on y trempe tout son corps, mais non sa face, ses mains et ses pieds.

📜 Rachi (3)
חַמֵּי טְבֶרְיָא חִזְקִיָּה אָמַר אֵין נוֹטְלִין מֵהֶם לַיָּדַיִם אֲבָל מַטְבִּילִין בָּהֶן הַיָּדַיִם אִי אִיכָּא מ' סְאָה:
[Pour] les eaux de Tibériade, Hizkiya dit qu'on ne s'en lave pas les mains mais [qu']on y trempe les mains — si [le bassin contient] quarante sea.
כָּל גּוּפוֹ טוֹבֵל בָּהֶן אִם נִטְמָא רְאוּיוֹת הֵן לִטְבִילַת כָּל גּוּפוֹ:
On y trempe tout son corps — s'il s'est rendu impur, elles conviennent à l'immersion de tout son corps.
אֲבָל לֹא פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו אִם טָבַל בָּהֶם פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו אֵין טְבִילָה עוֹלָה לַיָּדַיִם וְלַאֲכִילָה:
Mais non sa face, ses mains et ses pieds — s'il y a trempé sa face, ses mains et ses pieds, l'immersion ne vaut pas pour les mains [pour] la consommation.
💡 Explication

Pour les sources chaudes de Tibériade : Hizkiya interdit l'ablution (netila) mais permet d'y tremper les mains (s'il y a la quantité d'un mikve). Rabbi Yo'hanan permet d'y tremper tout le corps (pour se purifier) mais non d'y immerger face, mains et pieds [comme ablution], cette immersion partielle ne valant pas la netila.

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הַשְׁתָּא כָּל גּוּפוֹ טוֹבֵל בָּהֶם, פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו לֹא כָּל שֶׁכֵּן? אָמַר רַב פָּפָּא: בִּמְקוֹמָן – דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי, מִשְׁקַל מִינַּייְהוּ בְּמָנָא – דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דַּאֲסִיר. כִּי פְּלִיגִי – דְּפַסְקִינְהוּ בְּבַת בִּירְתָא: מָר סָבַר גָּזְרִינַן בַּת בִּירְתָּא אַטּוּ מָנָא, וּמַר סָבַר לָא גָּזְרִינַן.

Or [maintenant], puisqu'on y trempe tout son corps, sa face, ses mains et ses pieds — n'est-ce pas à plus forte raison [permis] ? Rav Papa dit : sur place (bemekoman) [à leur source], tout le monde s'accorde [que c'est] permis ; en puiser dans un récipient (mana), tout le monde s'accorde [que c'est] interdit.

Lorsqu'ils divergent, [c'est dans le cas] où l'on [les] a coupées [détournées] dans une rigole (bat bira) : un Maître tient [que] nous décrétons [au sujet de] la rigole à cause du récipient, et un Maître tient [que] nous ne décrétons pas.

📜 Rachi (6)
הַשְׁתָּא כָּל גּוּפוֹ כו' הֲלֹא אַף טְבִילָה עוֹלָה לַיָּדַיִם יוֹתֵר מִן הַנְּטִילָה כִּדְאָמְרִינַן בַּחֲגִיגָה (דַּף יח:) נוֹטְלִין לַיָּדַיִם לַחֻולִּין וְלַמַּעֲשֵׂר וּלְקַדֵּשׁ מַטְבִּילִין אַלְמָא טְבִילַת יָדַיִם עֲדִיפָא וּלְכָל גּוּפוֹ חֲזוּ לִטְבִילָה לְיָדָיו לֹא כָל שֶׁכֵּן:
Or [maintenant], tout son corps [etc.] — n'est-ce pas que même l'immersion vaut pour les mains plus que l'ablution, comme nous disons dans Haguiga (18b) : 'on se lave les mains pour le profane, pour la dîme (maasser) et pour le sacré, [et] on [s']immerge [pour les choses encore plus saintes]' — d'où [il ressort que] l'immersion des mains est préférable [à l'ablution] ; et puisque [ces eaux] conviennent à l'immersion de tout le corps, pour les mains n'est-ce pas à plus forte raison ?
בִּמְקוֹמָן בְּחִיבּוּרָן אִם בָּא לְהַטְבִּיל יָדָיו בָּהֶן:
Sur place — à leur jonction [à leur source], s'il vient y tremper ses mains.
דכ"ע שַׁפִּיר דָּמֵי דְּשֵׁם טְבִילָה עֲלֵיהֶם כְּכָל מַעְיָינוֹת וּמִקְוָואוֹת:
Tout le monde [tient que c'est] tout à fait correct — car le nom d'immersion s'y applique, comme [pour] toutes les sources et tous les mikvaot.
מִשְׁקַל מִינַּייְהוּ בְּמָנָא לִשְׁפֹּוךְ עַל יָדָיו כְּדִין הַנְּטִילָה:
En puiser dans un récipient — pour [le] verser sur ses mains, selon la règle de l'ablution.
דכ"ע אָסוּר דְּכִי תַּקּוּן רַבָּנָן נְטִילָה לָאו בְּחַמִּין תַּקּוּן וְהָנֵי גְּרִיעִי מְחַמֵּי הָאוּר שֶׁלֹּא הָיְתָה לָהֶן שְׁעַת הַכֹּושֶׁר:
Tout le monde [tient que c'est] interdit — car, lorsque les Sages ont institué l'ablution, ce n'[est] pas avec [de l'eau] chaude qu'ils [l']ont institué ; et celles-ci [les eaux de Tibériade] sont inférieures aux eaux chauffées au feu, car elles n'ont jamais eu de 'moment d'aptitude' [n'ont jamais été froides].
דְּאַפְסְקִינְהוּ בְּבַת בִּירְתָא חָרִיץ קָצָר וְהַמַּיִם פּוֹנִים שָׁם וְאֵין שָׁם שִׁיעוּר מִקְוֶה אֲבָל מְחֻובָּרִין לַמִּקְוֶה דִּגְזֵירָה בְּעָלְמָא הוּא אַטּוּ מָנָא:
Lorsqu'on les a coupées [détournées] dans une rigole (bat bira) — une rigole courte [vers laquelle] les eaux se détournent, et il n'y a pas là la mesure d'un mikve, mais elles sont reliées au mikve ; [l'interdiction n'est] alors qu'un simple décret, à cause du récipient.
🗂️ Tossefot (1)
דְּפַסְקִינְהוּ בְּבַת בִּירְתָא וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק ג' מִינִין (נָזִיר לַח.) דִּרְבִיעִית דְּמִקְוֶה בָּטְלִי בִּטְּלוּהָ הַיְינוּ לְעִנְיַן מְחָטִין וְצִינּוֹרוֹת אֲבָל שָׁרִי לְהַטְבִּיל בָּהֶן יָדָיו א"נ לְגַמְרֵי בִּטְּלוּהָ אַף לַיָּדַיִם וְהָכָא בִּמְחֻובָּרִין לְמִקְוֶה וְכֵן פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס:
Lorsqu'on les a coupées [détournées] dans une rigole (bat bira) — et ce que nous disons au chapitre Chelocha Minim (Nazir 38a), [que] le revi'it [d'eau] du mikve, [les Sages] l'ont annulé, [cela vaut] quant aux aiguilles et aux tuyaux, mais il est permis d'y tremper ses mains. Ou bien [ils l']ont totalement annulé, [y compris] pour les mains ; et ici [il s'agit du cas où les eaux sont] reliées au mikve. Et ainsi [Rachi] a expliqué dans son commentaire (le Kountrass).
💡 Explication

Objection : si l'on peut y tremper tout le corps, à fortiori la face, les mains et les pieds ! Rav Papa cadre le désaccord : sur place (bemekoman, l'eau dans sa source) tous permettent ; puiser dans un récipient (mana), tous interdisent [car l'ablution instituée ne vaut pas avec de telles eaux]. Le désaccord ne porte que sur l'eau détournée dans une rigole (bat bira), encore reliée au mikve : décrète-t-on de l'interdire par crainte du récipient ? Rabbi Yo'hanan : oui ; Hizkiya : non.

9
כְּתַנָּאֵי: מַיִם שֶׁנִּפְסְלוּ מִשְּׁתִייַּת בְּהֵמָה, בְּכֵלִים – פְּסוּלִים, בְּקַרְקַע – כְּשֵׁרִין. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אַף בְּקַרְקַע, טוֹבֵל בָּהֶן כָּל גּוּפוֹ, אֲבָל לֹא פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו.

[Cela rejoint un désaccord] de tanaim : des eaux qui sont devenues impropres à la boisson du bétail — dans des récipients (kelim), [elles sont] invalides ; dans le sol (karka), [elles sont] valides. Rabbi Chimon ben Elazar dit : même dans le sol, on y trempe tout son corps, mais non sa face, ses mains et ses pieds.

📜 Rachi (3)
שֶׁנִּפְסְלוּ מִשְּׁתִיַּית בְּהֵמָה כְּגוֹן סֵרוּחִין אוֹ חַמֵּי טְבֶרְיָא:
Qui sont devenues impropres à la boisson du bétail — par exemple [des eaux] putrides, ou les eaux [chaudes] de Tibériade.
בַּקַּרְקַע כְּשֵׁרִין לְהַטְבִּיל יָדָיו דְּהָא מִקְוֶה נִינְהוּ אֲבָל נְטִילָה לֹא תִּקְּנוּ רַבָּנָן אֶלָּא בִּרְאוּיָן לִשְׁתִיַּית בְּהֵמָה:
Dans le sol, [elles sont] valides — pour y tremper ses mains, car elles forment un mikve ; mais l'ablution, les Sages ne l'ont instituée qu'avec [des eaux] propres à la boisson du bétail.
אֲבָל לֹא פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו אֲפִילּוּ דֶּרֶךְ טְבִילָה. פָּנָיו וְרַגְלָיו מִשּׁוּם יָדָיו נְקַט לְהוּ וְאוֹרְחָא בְּעָלְמָא נְקַט:
Mais non sa face, ses mains et ses pieds — même par voie d'immersion. La face et les pieds, [le tana] les a mentionnés à cause des mains, et [c'est] une simple manière [de parler] qu'il a employée.
🗂️ Tossefot (1)
מַיִם שֶׁנִּפְסְלוּ מִשְּׁתִייַּת בְּהֵמָה בְּכֵלִים פְּסוּלִין בְּקַרְקַע כְּשֵׁרִין בפ"ב דִּזְבָחִים (דַּף כב.) אָמְרִינַן כָּל הַמַּשְׁלִים לְמֵי מִקְוֶה מַשְׁלִים לְמֵי בְּאֵר וְלִרְבִיעִית אֵינוֹ מַשְׁלִים לְמַעוֹטֵי מַאי אִילֵּימָא לְמַעוֹטֵי טִיט הַנָּרוֹק הֵיכִי דָּמֵי אִי דְּפָרָה שׁוֹחָה וְשׁוֹתָה מִמֶּנּוּ אֲפִילּוּ לִרְבִיעִית נָמֵי מַשְׁלִים פֵּירֵשׁ שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס וּכְשֵׁרִים הֵן לַיָּדַיִם כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר מַיִם שֶׁנִּפְסְלוּ מִשְּׁתִיַּית בְּהֵמָה בֵּין בְּכֵלִים בֵּין בְּקַרְקַע פְּסוּלִין הָא לֹא נִפְסְלוּ כְּשֵׁרִין וְאַגַּב רִיהֲטָא לֹא עִייֵּן כֵּן וְאִם תֹּאמַר דְּהָתָם קָאָמַר וְאִי דְּאֵין פָּרָה שׁוֹחָה וְשׁוֹתָה מִמֶּנּוּ אֲפִילּוּ לְמִקְוֶה נָמֵי לָא וְהָכָא מַשְׁמַע דלכ"ע טוֹבֵל בָּהֶן כָּל גּוּפוֹ וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּהָתָם מַיְירֵי שֶׁנִּפְסְלוּ מִשְּׁתִייַּת בְּהֵמָה מֵחֲמַת שֶׁהַטִּיט עָב כָּל כָּךְ שֶׁאֵינָהּ יְכוֹלָה לִשְׁתּוֹת דְּאָז אֵין שָׁם מַיִם עָלָיו אֲבָל הָכָא אַיְירֵי בְּצִלּוּלִין הַרְבֵּה אֶלָּא דִּמְאִיס וּמַסְרְחִי וּמֵחֲמַת כָּךְ אֵין הַפָּרָה יְכוֹלָה לִשְׁתּוֹת:
Des eaux qui sont devenues impropres à la boisson du bétail : dans des récipients [elles sont] invalides, dans le sol [elles sont] valides — au chapitre 2 de Zevahim (22a) nous disons : 'tout ce qui complète les eaux du mikve complète les eaux du puits, mais pour [compléter] un revi'it [d'eau] cela ne complète pas' — pour exclure quoi ? Si l'on dit [pour] exclure la boue liquide (tit ha-naroq), comment cela ? Si [c'est de la boue dont] la vache se penche et boit, alors même pour [compléter] un revi'it elle complète aussi. [Rachi] a expliqué là, dans son commentaire (le Kountrass), [que ces eaux] sont valides pour les mains, comme il est dit au chapitre Kol ha-Bassar : 'des eaux devenues impropres à la boisson du bétail, que ce soit dans des récipients [ou] dans le sol, [sont] invalides' — donc [si] elles ne sont pas devenues [impropres, elles sont] valides ; et dans la précipitation [Rachi] n'a pas examiné [cela] ainsi. Et si tu objectes : car là-bas [Zevahim] il dit 'et si la vache ne se penche pas et n'en boit pas, alors même pour le mikve [cela] ne [complète] pas non plus', or ici il ressort que tout le monde [tient qu']on y trempe tout son corps ! Et il semble [qu'il faille] expliquer que là-bas [Zevahim] il s'agit [d'eaux] devenues impropres à la boisson du bétail parce que la boue est si épaisse qu'[elle] ne peut [plus] boire, [et] alors le nom d'eau ne s'y applique pas ; mais ici il s'agit [d'eaux] très limpides, sauf qu'elles sont répugnantes et putrides et qu'à cause de cela la vache ne peut [plus] boire.
💡 Explication

Rav Papa rattache le désaccord à une braita de tanaim. Des eaux impropres à la boisson du bétail : dans des récipients, invalides pour l'ablution ; dans le sol, valides [car elles forment un mikve]. Rabbi Chimon ben Elazar restreint : même au sol on n'y immerge que tout le corps, non face, mains et pieds — exactement la position de Rabbi Yo'hanan.

10
הַשְׁתָּא, כָּל גּוּפוֹ טוֹבֵל בָּהֶן, יָדָיו וְרַגְלָיו לֹא כָּל שֶׁכֵּן? אֶלָּא לָאו דְּפַסְקִינְהוּ בְּבַת בִּירְתָּא, וּבְהָא פְּלִיגִי: דְּמָר סָבַר גָּזְרִינַן בַּת בִּירְתָּא אַטּוּ מָנָא, וּמַר סָבַר לָא גָּזְרִינַן.

Or [maintenant], puisqu'on y trempe tout son corps, ses mains et ses pieds — n'est-ce pas à plus forte raison [permis] ? Plutôt, n'est-ce pas [le cas] où on les a coupées [détournées] dans une rigole, et c'est en cela qu'ils divergent : un Maître tient [que] nous décrétons [au sujet de] la rigole à cause du récipient, et un Maître tient [que] nous ne décrétons pas.

💡 Explication

La Guemara montre que la braita reflète exactement le même désaccord : puisqu'on y trempe tout le corps, à fortiori les mains. Le point litigieux ne peut donc être que la rigole (bat bira) — le premier tana ne décrète pas, Rabbi Chimon ben Elazar décrète par crainte du récipient, comme Hizkiya et Rabbi Yo'hanan respectivement.

11
אָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין, אָמַר רַב יִצְחָק בַּר אַשְׁיָאן: נְטִילַת יָדַיִם לְחֻולִּין, מִפְּנֵי סֶרֶךְ תְּרוּמָה.

Rav Idi bar Avin dit [au nom de] Rav Yitzhak bar Achian : l'ablution des mains pour le profane (houlin) [a été instituée] à cause de l'accoutumance [nécessaire] à la terouma (mipnei sirkh terouma).

📜 Rachi (1)
נט"י לְחֻולִּין מִפְּנֵי סֶרֶךְ תְּרוּמָה הֻוצְרְכָה שֶׁהַיָּדַיִם שְׁנִיּוֹת וּפוֹסְלוֹת אֶת הַתְּרוּמָה אֲבָל חֻולִּין לָא מְהַנֵּי בְּהוּ שֵׁנִי וּמִפְּנֵי סֶרֶךְ תְּרוּמָה שֶׁיַּרְגִּילוּ אוֹכְלֵי תְּרוּמָה לִיטֹּול יְדֵיהֶם הַנּוֹהֶגֶת בְּחֻולִּין:
L'ablution des mains pour le profane [a été instituée] à cause de l'accoutumance à la terouma — elle fut nécessaire parce que les mains [sont impures au] second [degré] et invalident la terouma ; mais pour le profane, le second [degré] n'a pas d'effet sur eux. Et [c'est] à cause de l'accoutumance à la terouma, afin que ceux qui mangent de la terouma s'habituent à se laver les mains, [habitude] qui vaut [aussi] pour le profane.
💡 Explication

Pourquoi se laver les mains avant de manger du profane (houlin), alors que l'impureté des mains n'affecte pas le profane ? À cause de la terouma : les mains, impures au second degré, rendent la terouma invalide ; on impose donc l'ablution pour le profane afin que ceux qui mangent de la terouma en prennent l'habitude (sirkh) et ne s'en dispensent pas.

12
וְעוֹד מִשּׁוּם מִצְוָה. מַאי מִצְוָה? אָמַר אַבַּיֵּי: מִצְוָה לִשְׁמוֹעַ דִּבְרֵי חֲכָמִים. רָבָא אָמַר: מִצְוָה לִשְׁמוֹעַ דִּבְרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ, דִּכְתִיב: ״וְכֹל אֲשֶׁר יִגַּע בּוֹ הַזָּב וְיָדָיו לֹא שָׁטַף בַּמָּיִם״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ: מִכָּאן סָמְכוּ חֲכָמִים לִנְטִילַת יָדַיִם מִן הַתּוֹרָה.

Et de plus, [c'est] au titre d'une mitsva. Quelle mitsva ?

Abaye dit : [c'est] une mitsva d'écouter les paroles des Sages. Rava dit : [c'est] une mitsva d'écouter les paroles de Rabbi Elazar ben Arakh, car il est écrit : 'et tout [celui] que le zav touche, ses mains ne les ayant pas rincées dans l'eau' (Lévitique 15:11).

Rabbi Elazar ben Arakh dit : de là les Sages ont appuyé l'ablution des mains [sur un verset] de la Torah.

📜 Rachi (3)
מִצְוָה לִשְׁמוֹעַ דִּבְרֵי חֲכָמִים שֶׁתִּקְּנוּהָ:
[C'est] une mitsva d'écouter les paroles des Sages — qui l'ont institué.
רָבָא אָמַר דְּאוֹרָייְתָא הִיא מִצְוָה כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ:
Rava dit — [que] c'est [d'ordre] biblique [qu'il y a] une mitsva, selon Rabbi Elazar ben Arakh.
מִכָּאן סָמְכוּ כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
De là [ils l']ont appuyé — comme [le texte l']explique en poursuivant.
🗂️ Tossefot (2)
מִצְוָה לִשְׁמוֹעַ דִּבְרֵי חֲכָמִים וא"ת וַהֲלֹא מִשּׁוּם סֶרֶךְ תְּרוּמָה תִּקְּנוּהָ וא"כ מַאי וְעוֹד וי"ל דְּתִקְּנוּ מִשּׁוּם נְקִיּוּת:
[C'est] une mitsva d'écouter les paroles des Sages — et si tu objectes : mais [l'ablution,] c'[est] à cause de l'accoutumance à la terouma qu'ils l'ont instituée, et si [c'est] ainsi, que [signifie] 'et de plus' ? On peut dire qu'[en outre] ils l'ont institué par [souci de] propreté (nekiout).
מִצְוָה לִשְׁמוֹעַ דִּבְרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ פֵּירוּשׁ דְּאַסְמֵיךְ לֵיהּ קְרָא דְּלָאו דְּרָשָׁה גְּמוּרָה דְּעִיקַּר קְרָא אֲתָא לְכִדְדָרְשִׁינַן בְּנִדָּה (דַּף מג.) מַה יָדָיו מֵאַבָּרַאי:
[C'est] une mitsva d'écouter les paroles de Rabbi Elazar ben Arakh — [son] explication : [Rabbi Elazar] lui [a] appuyé un verset, [mais cela] n'[est] pas une dérivation complète (deracha gemoura), car l'essentiel du verset vient pour ce que nous interprétons dans Nidda (43a) : 'de même que ses mains [sont] à l'extérieur [du corps, ainsi seules les parties extérieures du corps contractent cette impureté]'.
💡 Explication

Outre la terouma, l'ablution est une mitsva. Abaye : la mitsva d'obéir aux Sages qui l'ont instituée. Rava : la mitsva d'écouter Rabbi Elazar ben Arakh, qui appuie l'ablution sur le verset du zav (Lev 15:11) : 'ses mains, il ne les a pas rincées' — d'où les Sages ont tiré un appui scripturaire (asmakhta) à l'ablution.

🖼️ Schéma
Pourquoi se laver les mains : trois plans, et le cas des fruits Sirkh terouma les mains rendent la terouma impure on lave pour le profane pour habituer à la terouma Mitsva Abaye : écouter les paroles des Sages Rava : écouter R. Elazar ben Arakh (appui scriptural) Pour les fruits R. Ochaya : par propreté Rava : ni obligation ni mitsva, mais facultatif Rav Nahman : arrogance Le verset (Lev 15:11) : 'ses mains, il ne les a pas rincées dans l'eau' -> il est impur R. Elazar ben Arakh : de là les Sages ont appuyé la netilat yadayim sur la Torah (asmakhta)
Les fondements de l'ablution : sirkh terouma, mitsva (Abaye / Rava), et l'appui scripturaire de Rabbi Elazar ben Arakh.
13
אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן: מַאי מַשְׁמַע? דִּכְתִיב ״וְיָדָיו לֹא שָׁטַף בַּמָּיִם״, הָא שָׁטַף – טָהוֹר? הָא טְבִילָה בָּעֵי! אֶלָּא הָכִי קָאָמַר: וְאַחַר שֶׁלֹּא שָׁטַף – טָמֵא.

Rava dit à Rav Nahman : qu'est-ce qui [l']implique [comment ce verset enseigne-t-il l'ablution] ? Puisqu'il est écrit 'ses mains, il ne les a pas rincées dans l'eau' [on inférerait que] s'il [les] a rincées, [le zav serait] pur !

Or [ce zav-là] requiert une immersion [de tout le corps] ! Plutôt, voici ce qu'[il] dit : [il existe] aussi [un cas où] celui qui ne [les] a pas rincées [est] impur.

📜 Rachi (2)
הָא שֶׁטֶף בַּמַּיִם אֶת יָדָיו טָהוֹר מִנְּגִיעָתוֹ בְּזָב בִּתְמִיהַּ:
S'il [les] a rincées — dans l'eau, ses mains, [serait-il] pur de son contact avec le zav ? [Question rhétorique] avec étonnement.
אֶלָּא ה"ק הַנּוֹגֵעַ בְּזָב וּמִי שֶׁאֵינוֹ שׁוֹטֵף אֶת יָדָיו שְׁנֵיהֶם טְמֵאִין וְאַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הִיא:
Plutôt, voici ce qu'[il] dit — celui qui touche le zav, et celui qui ne rince pas ses mains, tous deux [sont] impurs ; et [ce n']est qu'un simple appui scripturaire (asmakhta).
💡 Explication

Comment ce verset, qui traite du zav, fonde-t-il l'ablution ? Si l'on prend 'ses mains, il ne les a pas rincées' au sens strict, il s'ensuivrait qu'en rinçant ses mains le zav deviendrait pur — or le zav exige l'immersion de tout le corps. Donc le verset vise autre chose : il y a aussi un cas (l'homme ordinaire avant le repas) où, faute d'avoir rincé ses mains, on est tenu pour impur — d'où l'appui à la netilat yadayim.

14
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: לֹא אָמְרוּ נְטִילַת יָדַיִם לְפֵירוֹת אֶלָּא מִשּׁוּם נְקִיּוּת. סְבוּר מִינָּה: חוֹבָה הוּא דְּלֵיכָּא, הָא מִצְוָה אִיכָּא. אֲמַר לְהוּ רָבָא: לֹא חוֹבָה וְלֹא מִצְוָה, אֶלָּא רְשׁוּת. וּפְלִיגָא דְּרַב נַחְמָן, דְּאָמַר רַב נַחְמָן: הַנּוֹטֵל יָדָיו לְפֵירוֹת אֵינוֹ אֶלָּא מִגַּסֵּי הָרוּחַ.

Rabbi Elazar dit [au nom de] Rabbi Ochaya : on n'a dit l'ablution des mains pour les fruits qu'à cause de la propreté (nekiout). On en déduisit : [c'est] une obligation [qu']il n'y a pas, mais [il] y a [bien] une mitsva.

Rava leur dit : ni obligation ni mitsva, mais [chose] facultative (rechout). Et [Rava] diverge de Rav Nahman, car Rav Nahman a dit : celui qui se lave les mains pour les fruits n'est qu'[un homme] parmi les arrogants (gassei ha-roua'h).

📜 Rachi (1)
וּפְלִיגָא דְּרַב נַחְמָן דְּאָמַר גַּסּוּת הוּא וְאָסוּר לִנְהֹוג עַצְמוֹ בְּגַסּוּת הָרוּחַ וְלָאו רְשׁוּת הִיא:
Et [Rava] diverge de Rav Nahman, car [Rav Nahman] a dit — [que] c'[est] de l'arrogance, et qu'il est interdit de se comporter avec arrogance ; et [donc ce n']est pas [chose] facultative.
💡 Explication

Pour manger des fruits, l'ablution n'est requise que par propreté. On en déduit : pas d'obligation, mais une mitsva. Rava corrige : ni obligation ni mitsva, mais facultatif (rechout). Et Rava s'oppose à Rav Nahman, plus sévère : se laver les mains pour des fruits relève de l'arrogance (gassout ha-roua'h) — c'est donc interdit, et non simplement facultatif.

15
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי, אַיְיתוֹ לְקַמַּייְהוּ כַּלְכַּלָּה דְּפֵירֵי, וַאֲכַלוּ וְלָא מָשׁוּ יְדַיְיהוּ, וְלָא יְהַבוּ לִי מִידֵּי, וּבָרֵיךְ חַד חַד לְחוֹדֵיהּ. שְׁמַע מִינָּה תְּלָת: שְׁמַע מִינַּהּ אֵין נְטִילַת יָדַיִם לְפֵירוֹת, וּשְׁמַע מִינַּהּ אֵין מְזַמְּנִין עַל הַפֵּירוֹת, וּשְׁמַע מִינַּהּ שְׁנַיִם שֶׁאָכְלוּ – מִצְוָה לֵיחָלֵק.

Rabba bar bar Hana dit : je me tenais devant Rabbi Ami et Rabbi Assi ; on apporta devant eux une corbeille de fruits, et ils mangèrent sans se laver les mains, et ils ne me donnèrent rien, et chacun bénit pour lui seul. Tire[s]-en trois [enseignements] : tire[s]-en qu'il n'y a pas d'ablution des mains pour les fruits ; et tire[s]-en qu'on ne fait pas de zimoun sur les fruits ; et tire[s]-en [que] deux qui ont mangé [ensemble] — [c'est] une mitsva de se séparer [pour la bénédiction].

📜 Rachi (2)
וְלָא יְהַבוּ לִי מִידֵּי שֶׁלֹּא חָשׁוּ לְצָרְפֵנִי עִמָּהֶם לְזִימּוּן דְּקָסָבְרִי אֵין מְזַמְּנִין עַל הַפֵּירוֹת לוֹמַר נְבָרֵךְ:
Et ils ne me donnèrent rien — car ils ne se soucièrent pas de m'associer à eux pour le zimoun, estimant qu'on ne fait pas de zimoun sur les fruits [au point] de dire 'bénissons' (nevarekh).
וש"מ מִדְּבָרְכוּ כֹּל חַד וְחַד לְחוֹדֵיהּ לְאַחֲרֵיהֶם וְלֹא יָצָא הָאֶחָד בְּבִרְכַּת חֲבֵירוֹ שְׁמַע מִינָּה בִּשְׁנַיִם מִצְוָה לֵיחָלֵק הוֹאִיל וְאֵין כָּאן שְׁלֹשָׁה:
Et tire[s]-en — du fait que chacun bénit pour lui seul après [avoir mangé], et [que] l'un ne s'acquitta pas par la bénédiction de son compagnon, tire[s]-en [que] pour deux [c'est] une mitsva de se séparer, puisqu'il n'y a pas là trois [convives].
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁמַע מִינַּהּ שְׁנַיִם שֶׁאָכְלוּ מִצְוָה לֵיחָלֵק תֵּימַהּ לר"י מְנָא לֵיהּ דְּמִצְוָה לֵיחָלֵק דִּילְמָא רְשׁוּת כמ"ד בְּרֵישׁ פ' שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת מה.) דְּאִם רָצוּ לְזַמֵּן מְזַמְּנִין דִּפְלוּגְתָּא הִיא דְּרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן וְעוֹד קָשֶׁה דְּהָתָם לָא פְלִיגִי אֶלָּא בְּפַת שֶׁיֵּשׁ עָלָיו תּוֹרַת זִמּוּן בַּג' אֲבָל פֵּירוֹת דְּאֵין מְזַמְּנִין עֲלֵיהֶן כְּלָל כִּדְאָמַר ש"מ דְּאֵין מְזַמְּנִין עַל הָפֵירוּ' פְּשִׁיטָא דְּמָצוּ' לֵיחָלֵק וְי"ל דְּה"ק ש"מ אֵין מְזַמְּנִין עַל הַפֵּירוֹת פֵּירוּשׁ אֵין חוֹבָה לְזַמֵּן עַל הַפֵּירוֹת אֲפִילּוּ כְּשֶׁהֵן שְׁלֹשָׁה מִדְּלָא נָתְנוּ לוֹ וְאֵין חִילּוּק בְּפֵירוֹת בֵּין ג' לֵב' וְאַכַּתִּי לָא יָדְעִינַן אִם יָכוֹל לְזַמֵּן בִּשְׁנַיִם בְּפַת אוֹ בְּפֵירוֹת אֲפִילּוּ בַּג' אוֹ אָסוּר כמ"ד אִם רָצוּ לְזַמֵּן אֵין מְזַמְּנִין אֶלָּא מִדְּבָרֶיךָ כֹּל חַד וְחַד לְחוֹדֵיהּ שְׁמַע מִינָּה דְּמִצְוָה לֵיחָלֵק דְּאִם אִיתָא דְּמֻותָּר לְזַמֵּן לֹא הָיָה מְבָרֵךְ כָּל אֶחָד לְעַצְמוֹ אֶלָּא הָיָה מְבָרֵךְ אֶחָד לַחֲבֵרוֹ וְאוֹמֵר נְבָרֵךְ שֶׁאָכַלְנוּ מִשֶּׁלּוֹ כְּדֵי לְהוֹסִיף שֶׁבַח לַמָּקוֹם וְאַכַּתִּי לָא יָדְעִינַן אֶלָּא שֶׁבְּשָׁנִים אָסוּר לוֹמַר נְבָרֵךְ שֶׁאָכַלְנוּ מִשֶּׁלּוֹ אֲבָל בְּלֹא נְבָרֵךְ שֶׁמָּא יָכוֹל אֶחָד לְבָרֵךְ וְלִפְטוֹר חֲבֵרוֹ אֲבָל מִדְּתַנְיָא שְׁנַיִם שֶׁיָּשְׁבוּ מִצְוָה לֵיחָלֵק בד"א כו' אַלְמָא דְּבִשְׁנֵיהֶם יוֹדְעִים לְבָרֵךְ חַייָּבִים שְׁנֵיהֶם לְבָרֵךְ וא"ת ומ"ש בְּרָכָה דִּבְסוֹף דְּכָל אֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ מִבְּרָכָה דְּבַתְּחִלָּה דְּאֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן כִּדְמוֹכַח בְּכֵיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לט.) גַּבֵּי תַּלְמִידֵי (דְּרַב) דַּהֲווֹ יָתְבִי קַמֵּיהּ דָּבָר קַפָּרָא וְאַיְּיתוּ קַמַּייְהוּ פַּרְגִּיּוֹת כְּרוּב וְדוֹרְמַסְקִין וְנָתַן בַּר קַפָּרָא רְשׁוּת לְאֶחָד מֵהֶן לְבָרֵךְ וּבְסוֹף אֵלּוּ דְּבָרִים (בְּרָכוֹת דַּף נג.) תַּנְיָא הָיוּ יוֹשְׁבִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ הֵבִיאוּ מָאוֹר לִפְנֵיהֶם בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן וּבְפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת מב:) תְּנַן גַּבֵּי מֻוגְמָר דְּאֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי בְּרָכָה דִּלְכַתְּחִלָּה שֶׁכָּל אֶחָד מַרְוִיחַ בְּאוֹתָהּ בְּרָכָה שע"י כֵּן מֻותָּרִין לֶאֱכֹול וְלֵיהָנוֹת לְפִיכָךְ מִצְטָרְפִין לָהּ אֲבָל בַּסּוֹף שֶׁכְּבָר אָכְלוּ לֹא מִצְטָרְפִין וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לז.) רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּזְקֵנִים שֶׁהָיוּ מְסֻובִּים בַּעֲלִיָּה בִּירִיחוֹ וְהֵבִיאוּ לִפְנֵיהֶם כּוֹתָבוֹת וַאֲכָלוּם וְנָתַן ר"ג רְשׁוּת לְר' עֲקִיבָא לְבָרֵךְ וְקָפַץ וּבֵרַךְ בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' הַיְינוּ מִשּׁוּם דר"ג לְטַעְמֵיהּ דַּחֲשִׁיב לְהוּ כְּפַת דְּקָאָמַר הָתָם כָּל שֶׁהוּא מז' הַמִּינִים רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר ג' בְּרָכוֹת ואע"ג דְּר' עֲקִיבָא כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ דְּאָמְרִי בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' לֹא בִּשְׁבִיל לְהוֹצִיא כֻּולָּם בֵּרַךְ אֶלָּא בֵּרַךְ לְעַצְמוֹ בְּקוֹל רָם לְהוֹדִיעַ לָהֶם דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן וּמַה שֶׁאֵין אָנוּ נוֹהֲגִין עַכְשָׁיו לְבָרֵךְ בַּתְּחִלָּה אֶחָד לְכֻולָּן אֶלָּא בְּפַת לְחוּדֵיהּ לְפִי שֶׁאֵין אָנוּ קוֹבְעִים עַצְמֵנוּ לְהָסֵב עַל הַיַּיִן וְעַל הַפֵּירוֹת וַאֲפִילּוּ גַּבֵּי פַּת תְּנַן בְּכֵיצַד מְבָרְכִין (שָׁם דַּף מב.) הָיוּ יוֹשְׁבִין כָּל אֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ הֵיסַבּוּ אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן וְגַבֵּי יַיִן פְּלִיגִי הָתָם בַּגְּמָרָא (דַּף מג.) רַב וְר' יוֹחָנָן דְּרַב סָבַר לָא מְהַנְּיָא לֵיהּ הֶיסֵּבָהּ וְאִיכָּא דְּאָמְרִי לָא בָּעֲיָא הֶיסֵּבָהּ וְר' יוֹחָנָן אָמַר מְהַנְּיָא לֵיהּ הֶיסֵּבָהּ וּמִיהוּ צָרִיךְ עִיּוּן דִּפְשַׁט הַמִּשְׁנָה מַשְׁמַע דְּמַיְירֵי בִּבְרָכָה דִּלְכַתְּחִלָּה וּבַגְּמָרָא מַשְׁמַע דְּמַייְרֵי בִּבְרָכָה דִּבְסוֹף גַּבֵּי תַּלְמִידֵי דְּרַב דְּאָמְרִי נֵיכוֹל לַחְמָא אַנְּהַר דְּיָנַק בָּתַר דִּכְרַיְכוּ יָתְבִי וְקָא מִבַּעְיָא לְהוּ הֵיסַבּוּ אִין לֹא הֵיסַבּוּ לָא אוֹ דִּלְמָא כו' מַשְׁמַע דלכ"ע דִּבְרָכָה דִּלְכַתְּחִלָּה הֲוָה פְּשִׁיטָא לְהוּ דְּלָא בָּעֵי הֶיסֵּבָהּ דְּלָא נִסְתַּפְּקוּ אֶלָּא לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְבָתַר דִּכְרַיְכוּ וְעוֹד דְּאִי בִּבְרָכָה דִּלְכַתְּחִלָּה פְּלִיגִי רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן לְרַב מ"ש יַיִן מִמֻּוגְמָר וְאוֹר דְּאֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן וְי"ל מִשּׁוּם דְּמֻוגְמָר וְאוֹר בָּא לָהֶם הֲנָאָה בְּבַת אַחַת אֲבָל קָשֶׁה דִּבְהֶדְיָא תְּנַן הָתָם בָּא לָהֶם יַיִן לְאַחַר הַמָּזוֹן אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּם ואע"ג דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּמִגּוֹ דִּמְהַנְּיָא הֶיסֵּבָהּ לְפַת מְהַנְּיָא נָמֵי לְיַיִן דְּהָכִי נָמֵי מְשַׁנֵּי הָתָם כִּי פָּרֵיךְ לֵיהּ לְרַב מִבָּרַייְתָא דְּאוֹרְחִין מ"מ הֲוָה לֵיהּ לְאַקְשׁוּיֵי טְפֵי לְרַב מִמַּתְנִיתִין וּלְשַׁנּוֹיֵי הָכִי אֶלָּא לְהָכִי לָא פָּרֵיךְ לֵיהּ מִמַּתְנִיתִין דְּעַל כָּרְחֲךָ אַיְירֵי בִּבְרָכָה דְּמִתְּחִלָּה דֻּומְיָא דְּיַיִן שֶׁבְּתוֹךְ הַמָּזוֹן אֲבָל בָּרַיְיתָא ע"כ אַייְרֵי בִּבְרָכָה דְּבַסּוֹף מִדְּבָעֵי הֶיסֵּבָהּ וּלְפִי זֶה בִּבְרָכָה דִּלְכַתְּחִלָּה לָא בָּעֵי לְאַקְבּוֹעֵי דֻּוכְתָּא לֹא בְּפַת וְלֹא בִּשְׁאָר דְּבָרִים וּבִבְרָכָה דְּבַסּוֹף בָּעֵי לְאַקְבּוֹעֵי דֻּוכְתָּא בֵּין בְּפַת בֵּין בִּשְׁאָר דְּבָרִים דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וּמִיהוּ יֵשׁ לְיַישֵּׁב כֻּולָּהּ מִלְּתָא בִּבְרָכָה דְּבַתְּחִלָּה וְהָא דְּפָרִיךְ לְרַב מִבָּרַיְיתָא וְלֹא מִמַּתְנִיתִין מִשּׁוּם דְּמִבָּרַיְיתָא פָּרִיךְ לִתְרֵי לִישָּׁנֵי דְּרַב וּמַה שֶׁלֹּא נִסְתַּפְּקוּ תַּלְמִידֵי דְּרַב עַד אַחַר הַמָּזוֹן לְפִי שֶׁבַּתְּחִלָּה לֹא בָּאוּ בְּבַת אַחַת לַנָּהָר דְּיָנַק אֶלָּא הָיוּ מִתְקַבְּצִין שָׁם לְיִסַּע מִשָּׁם בְּבַת אַחַת וְכָל אֶחָד שֶׁהָיָה מַגִּיעַ שָׁם הָיָה יוֹשֵׁב וְאוֹכֵל וְהָיָה מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ וְהָא דְּמַיְיתִי שָׁם רְאָיָה מִמַּתְנִיתִין דְּמַייְרֵי בִּבְרָכָה דִּלְכַתְּחִלָּה אע"ג דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן בִּשְׁנַיִם מִצְוָה לֵיחָלֵק וּדְבִתְחִלָּה אֶחָד מְבָרֵךְ לַחֲבֵירוֹ מ"מ מַייְתֵי רְאָיָה דְּכִי אָמְרִי נִיזּוֹל וְנֵיכוּל נַהְמָא בְּדֻוכְתָּא פְּלוֹנִי כְּהֶיסֵּבָהּ דָּמְיָא וְהָוֵי קְבִיעוּת וּבְכָל מָקוֹם שֶׁהָאֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּם בֵּין בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה בֵּין בְּרָכָה אַחֲרוֹנָה אֵין מְבָרֵךְ אֶחָד לְכֻולָּם עַד דִּקְבִיעִי:
Et tire[s]-en [que] deux qui ont mangé [ensemble], [c'est] une mitsva de se séparer — [c'est] étonnant pour le Ri : d'où [sait-il] que [c'est] une mitsva de se séparer ? Peut-être [est-ce chose] facultative, comme [le tient] celui qui dit au début du chapitre 'Chelocha Cheakhlou' (Berakhot 45a) que, s'ils ont voulu faire le zimoun, ils [le] font — [car] c'est une controverse de Rav et de Rabbi Yo'hanan. Et de plus [c'est] difficile : car là-bas [Berakhot] ils ne divergent qu'à propos du pain, sur lequel il y a une règle de zimoun à trois ; mais [pour] les fruits, sur lesquels on ne fait pas du tout de zimoun, comme [le dit Rabba] 'tire[s]-en qu'on ne fait pas de zimoun sur les fruits', il est évident qu'[à deux c'est] une mitsva de se séparer ! Et l'on peut dire que voici ce qu'[il] dit : 'tire[s]-en qu'on ne fait pas de zimoun sur les fruits' — explication : il n'y a pas obligation de faire le zimoun sur les fruits, même lorsqu'ils sont trois, du fait qu'ils ne [le] lui donnèrent pas [à manger] ; et il n'y a pas, pour les fruits, de différence entre trois et deux. Et nous ne savons toujours pas si l'on peut faire le zimoun à deux, [que ce soit] pour le pain ou pour les fruits, [ou] même à trois, ou [si c'est] interdit, comme [le tient] celui qui dit [que] s'ils ont voulu faire le zimoun, on ne fait pas de zimoun [à deux]. Plutôt, du fait que chacun bénit pour lui seul, tire[s]-en que [c'est] une mitsva de se séparer ; car, s'il était permis de faire le zimoun, chacun n'aurait pas béni pour lui-même, mais l'un aurait béni pour son compagnon et aurait dit 'bénissons Celui dont nous avons mangé' (nevarekh chee-akhalnou michelo), afin d'ajouter une louange à l'Omniprésent. Et nous ne savons toujours que ceci : qu'à deux il est interdit de dire 'bénissons Celui dont nous avons mangé' ; mais, sans [dire] 'bénissons', peut-être l'un peut-il bénir et acquitter son compagnon. Mais du fait qu'il est enseigné [dans une braita] 'deux qui se sont attablés, [c'est] une mitsva de se séparer ; en quels termes [cela vaut-il]... ?', il ressort que, lorsque tous deux savent bénir, ils sont tous deux obligés de bénir [chacun]. Et si tu objectes : en quoi diffère la bénédiction de la fin, où chacun bénit pour lui-même, de la bénédiction du début, où l'un bénit pour tous, comme [cela] ressort [du chapitre] 'Keitzad Mevarekhin' (Berakhot 39a) à propos des disciples [de Rav] qui se tenaient devant Bar Kappara, [auxquels] on apporta des [légumes] — pourpier, choux et prunes (de Damas) — et Bar Kappara donna permission à l'un d'eux de bénir ; et à la fin [du chapitre] 'Elou Devarim' (Berakhot 53a) il est enseigné : '[s']ils étaient assis dans la maison d'étude [et] qu'on apporta de la lumière devant eux, Beit Hillel disent : l'un bénit pour tous' ; et au chapitre 'Keitzad Mevarekhin' (Berakhot 42b) nous avons appris, à propos de l'encens (moughmar), que l'un bénit pour tous ? Et l'on peut dire que la bénédiction du début est différente, car chacun a un bénéfice par cette bénédiction, du fait que grâce à elle [tous] sont autorisés à manger et à jouir [de l'aliment] ; c'est pourquoi ils s'associent pour elle. Mais à la fin, puisqu'ils ont déjà mangé, ils ne s'associent pas. Et ce que nous disons au chapitre 'Keitzad Mevarekhin' (Berakhot 37a) : 'Rabban Gamliel et les anciens étaient attablés à l'étage, à Jericho, et l'on apporta devant eux des dattes [sèches] et ils [les] mangèrent, et Rabban Gamliel donna permission à Rabbi Akiva de bénir, [lequel] s'empressa et bénit la bénédiction unique abrégeant les trois' — c'est parce que Rabban Gamliel suit son opinion, qui les tient [les dattes] comme du pain, ainsi qu'il dit là-bas : 'tout ce qui est des sept espèces, Rabban Gamliel dit [qu'on récite] les trois bénédictions' ; et bien que Rabbi Akiva tienne comme les Sages, qui disent [qu'on récite] la bénédiction unique abrégeant les trois, ce n'[est] pas pour [les] acquitter tous qu'il bénit, mais il bénit pour lui-même à voix haute pour leur faire savoir que la halakha [suit] les Sages. Et ce que nous n'avons pas coutume aujourd'hui de bénir au début, l'un pour tous, sinon pour le pain seul, [c'est] parce que nous ne nous fixons pas pour nous attabler [ensemble] sur le vin et sur les fruits ; et même à propos du pain nous avons appris [dans] 'Keitzad Mevarekhin' (Berakhot 42b) : '[s']ils étaient assis, chacun bénit pour lui-même ; [s']ils se sont attablés, l'un bénit pour tous' ; et à propos du vin, Rav et Rabbi Yo'hanan divergent là dans la Guemara (Berakhot 43a) : Rav tient [que] s'attabler ne lui sert à rien — et certains disent [qu']il n'a pas besoin de s'attabler — et Rabbi Yo'hanan dit [que] s'attabler lui sert. Toutefois cela requiert examen, car le sens simple de la michna implique qu'elle parle de la bénédiction du début, alors que dans la Guemara il ressort qu'elle parle de la bénédiction de la fin, à propos des disciples de Rav qui disaient 'mangeons du pain au bord du fleuve Dinaq', [qui], après avoir mangé, étaient assis, et à qui se posa la question : [s']ils se sont attablés, oui [l'un bénit pour tous], [s']ils ne se sont pas attablés, non — ou bien [n'y a-t-il] pas [de différence] ? — d'où il ressort que tous tiennent [que] pour la bénédiction du début il leur était évident qu'elle ne requiert pas de s'attabler, car ils ne furent dans le doute que [pour] la bénédiction du repas [récitée] après avoir mangé. Et de plus, si Rav et Rabbi Yo'hanan divergeaient à propos de la bénédiction du début, [alors] selon Rav, en quoi le vin diffère-t-il de l'encens et de la lumière, pour lesquels l'un bénit pour tous ? Et l'on peut dire [que c'est] parce que l'encens et la lumière leur apportent un bénéfice en une seule fois [à tous à la fois], [tandis que le vin non]. Mais c'est difficile, car il est explicitement enseigné là-bas : '[s']il leur vint du vin après le repas, l'un bénit pour tous' ; et bien qu'on puisse dire qu'il en va autrement là-bas, car puisque s'attabler vaut pour le pain, cela vaut aussi pour le vin — et c'est ainsi qu'il répond là-bas lorsqu'on lui objecte à Rav [à partir] de la braita des hôtes —, néanmoins il aurait dû objecter davantage à Rav à partir de la michna, et répondre ainsi ; mais s'il ne lui objecte pas à partir de la michna, [c'est] parce qu'elle parle nécessairement de la bénédiction du début, à l'instar du vin [bu] au cours du repas, tandis que la braita parle nécessairement de la bénédiction de la fin, puisqu'elle requiert de s'attabler. Et selon cela, pour la bénédiction du début il n'est pas besoin de se fixer en un lieu, ni pour le pain ni pour les autres choses, tandis que pour la bénédiction de la fin il faut se fixer en un lieu, aussi bien pour le pain que pour les autres choses, car la halakha [suit] Rabbi Yo'hanan. Toutefois on peut résoudre toute l'affaire [comme parlant] de la bénédiction du début, et le fait qu'on objecte à Rav à partir de la braita et non à partir de la michna, [c'est] parce qu'à partir de la braita on objecte aux deux versions de Rav ; et le fait que les disciples de Rav ne furent dans le doute qu'après le repas, [c'est] parce qu'au début ils ne venaient pas en une seule fois au fleuve Dinaq, mais ils se rassemblaient là pour repartir de là en une seule fois, et chacun, en y arrivant, s'asseyait et mangeait et bénissait pour lui-même. Et le fait qu'on apporte là-bas une preuve à partir de la michna, qui parle de la bénédiction du début — bien que pour la bénédiction du repas, à deux, [ce soit] une mitsva de se séparer, et qu'au début l'un bénisse pour son compagnon —, [cela revient] néanmoins à apporter [la] preuve que, lorsqu'ils disent 'allons manger du pain en tel lieu', [c'est] comme s'attabler, et [cela] constitue une fixation (keviout) ; et en tout lieu où l'un bénit pour tous, que [ce soit] la première bénédiction ou la dernière, l'un ne bénit pour tous que [s']ils se sont fixés [ensemble].
💡 Explication

Rabba bar bar Hana tire trois enseignements de la conduite de Rabbi Ami et Rabbi Assi devant une corbeille de fruits : (1) pas d'ablution des mains pour les fruits (ils mangèrent sans se laver) ; (2) pas de zimoun sur les fruits (ils ne l'inclurent pas pour former le quorum) ; (3) deux convives doivent bénir séparément (mitsva de se séparer), puisque chacun bénit pour soi.

16
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: שְׁנַיִם שֶׁאָכְלוּ – מִצְוָה לֵיחָלֵק. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים? שֶׁהָיוּ שְׁנֵיהֶם סוֹפְרִים, אֲבָל אֶחָד סוֹפֵר וְאֶחָד בּוּר – סוֹפֵר מְבָרֵךְ וּבוּר יוֹצֵא.

Cela aussi est enseigné ainsi [dans une braita] : deux qui ont mangé [ensemble] — [c'est] une mitsva de se séparer. En quels termes cela [vaut-il] ?

Lorsque tous deux étaient des lettres (sofrim) ; mais [si] l'un [est] lettre et l'autre ignorant (bour), le lettre bénit et l'ignorant s'acquitte [par lui].

💡 Explication

Une braita confirme le troisième enseignement : deux convives lettres (sofrim, sachant bénir) doivent bénir chacun pour soi ; mais si l'un est un ignorant (bour), le lettre bénit et l'ignorant s'acquitte en l'écoutant.

17
תָּנוּ רַבָּנַן: נְטִילַת יָדַיִם לְחֻולִּין – עַד הַפֶּרֶק, לִתְרוּמָה –

Nos Maîtres ont enseigné : l'ablution des mains pour le profane [se fait] jusqu'à l'articulation (perek) ; pour la terouma —

📜 Rachi (2)
עַד הַפֶּרֶק הַשֵּׁנִי שֶׁבְּאֶמְצַע אֶצְבָּעוֹת דְּכֵיוָן דְּמִשּׁוּם סֶרֶךְ תְּרוּמָה בְּעָלְמָא הוּא דַּיּוֹ אִם נָטַל בְּמַה שֶׁנּוֹגֵעַ בַּמַּאֲכָל דְּהַיְינוּ רָאשֵׁי אֶצְבָּעוֹת:
Jusqu'à l'articulation — la deuxième, au milieu des doigts ; car, puisque ce n'est qu'à cause de l'accoutumance à la terouma, il suffit qu'il [se] lave ce qui touche l'aliment, c'est-à-dire le bout des doigts.
לִתְרוּמָה עַד הַפֶּרֶק פֶּרֶק הַשְּׁלִישִׁי וְהוּא בְּגַב הַיָּד:
Pour la terouma, jusqu'à l'articulation — la troisième articulation, qui est au revers de la main.
💡 Explication

Une braita fixe la mesure de l'eau versée selon l'usage. Pour le profane : jusqu'à l'articulation médiane des doigts (perek), car l'ablution n'y est qu'une accoutumance et il suffit de laver ce qui touche l'aliment. Pour la terouma [la suite, plus exigeante, se poursuit en 106b] : jusqu'à la troisième articulation, au revers de la main.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).