Sougya : Le daf poursuit les lois de l'ablution des mains (netilat yadayim) avant le repas. Rabbi Avina permet, dans la vallรฉe d'Aravot oรน l'eau manque, de se laver le matin en stipulant pour toute la journรฉe โ avec une divergence sur le caractรจre exceptionnel ou non de cette permission, et son accord ou dรฉsaccord avec Rav.
Rav Papa et Rava posent ensuite les conditions du rรฉcipient et de l'eau : l'eau doit venir de la force d'un homme (koah gavra) et non couler seule dans un canal ; un rรฉcipient perforรฉ au point d'admettre du liquide (kones machke) n'est plus un rรฉcipient pour verser, mais permet d'immerger les mains ; il faut un reviit (quart de log) โ requis au dรฉpart pour une personne, alors qu'un rรฉcipient apte ร contenir un reviit suffit, et qu'un reviit sert ร deux (le second du reste). Rav Chechet interroge Amemar sur l'exigence du rรฉcipient, de l'aspect de l'eau et de la mesure.
On rapporte des rรฉcipients d'un reviit prรฉparรฉs par Rav Yaakov et Rav Achi, et la rรจgle de Rava sur le bouchon de jarre, l'outre et la corbeille. Enfin la Guemara examine si l'on peut manger avec une serviette (mappa) au lieu de se laver les mains : preuve par Rabbi Tsadok (rejetรฉe), puis incident de Chmouel surprenant Rav mangeant avec une mappa, qui se poursuit au daf suivant.
[La] vallรฉe d'Aravot [pakta de-Aravot] : pour des gens tels que vous, ร qui l'eau ne se trouve pas [en abondance], lavez vos mains des le matin et stipulez ร leur sujet [qu'elles restent pures] pour toute la journรฉe. Certains disent : en situation de contrainte (be-cheat ha-dechak) โ oui, [mais] hors situation de contrainte โ non ; et [ainsi] il diverge d'avec Rav.
Et certains disent : mรชme hors situation de contrainte aussi [c'est permis], et c'est [la position] de Rav.
Cas de la vallรฉe d'Aravot oรน l'eau est rare : Rabbi Avina permet de se laver les mains le matin en stipulant (atnou) qu'elles restent pures pour toute la journรฉe. Deux versions de sa position : soit cette permission ne vaut qu'en situation de contrainte (et alors il diverge de Rav) ; soit elle vaut mรชme sans contrainte (et alors elle rejoint celle de Rav).
Rav Papa a dit : ce canal d'irrigation [arita de-dalaei, oรน l'on verse de l'eau au seau], on n'en prรฉlรจve pas [d'eau] pour les mains, car elle ne vient pas de la force d'un homme (koah gavra). Mais si l'on s'approche du seau (dola), de sorte qu'elle vienne de la force d'un homme โ on en prรฉlรจve pour les mains.
Rav Papa : l'eau d'un canal d'irrigation oรน l'on a versรฉ l'eau au seau ne convient pas ร la netila tant qu'elle coule d'elle-mรชme, car elle ne vient pas de la force d'un homme (koah gavra). Mais si l'on approche les mains du seau au moment du versement, l'eau vient de la force de l'homme et convient.
Et si le seau (dola) est percรฉ [d'un trou suffisant pour] l'admission de liquide (kones machke), il [se] joint [au fleuve] (milaf laifei), et l'on y immerge les mains. Or Rava a dit : un rรฉcipient percรฉ [d'un trou suffisant pour] l'admission de liquide โ on n'en prรฉlรจve pas pour les mains.
Si le seau est percรฉ d'un trou assez grand pour admettre du liquide (kones machke), l'eau du canal se trouve jointe ร celle du fleuve par ce trou : on peut alors immerger les mains comme dans le fleuve. Mais ce seau percรฉ n'est plus un rรฉcipient pour verser, car Rava enseigne qu'un rรฉcipient percรฉ ร la mesure 'kones machke' ne sert plus ร la netila par versement.
Et Rava a dit : un rรฉcipient dans lequel il n'y a pas un reviit โ on n'en prรฉlรจve pas pour les mains. Est-ce [bien] ainsi ?
Or Rava [lui-mรชme] a dit : un rรฉcipient qui ne contient pas [la capacitรฉ d']un reviit โ on n'en prรฉlรจve pas pour les mains ; [d'oรน il ressort que] s'il contient [cette capacitรฉ] โ mรชme s'il n'y a pas [un reviit dedans, c'est valable] !
Contradiction apparente chez Rava : d'une part, un rรฉcipient dans lequel il n'y a pas un reviit d'eau ne convient pas ; d'autre part, seul un rรฉcipient qui ne contient pas la capacitรฉ d'un reviit est disqualifiรฉ โ ce qui implique qu'un rรฉcipient apte ร contenir un reviit convient mรชme s'il n'y a pas effectivement un reviit dedans.
Ce n'est pas une difficultรฉ : ceci [vaut] pour un [seul], cela pour deux ; car il est enseignรฉ (braita) : avec l'eau d'un reviit on prรฉlรจve pour les mains [d'une personne] pour un [seul], et mรชme pour deux.
Rรฉsolution : 'il faut un reviit dans le rรฉcipient' vaut pour une seule personne ; 'il suffit que le rรฉcipient en ait la capacitรฉ' vaut pour deux personnes. La braita : un reviit d'eau lave les mains d'un seul, et mรชme de deux (le second se lave du reste, voir Rachi).
Rav Chechet dit ร Amemar : รชtes-vous rigoureux sur le rรฉcipient (mana) ? Il lui dit : oui.
Sur l'aspect (achzouta) [de l'eau] ? Il lui dit : oui.
Sur la mesure (chioura) ? Il lui dit : oui.
Rav Chechet interroge Amemar sur les exigences de la netila : รชtes-vous rigoureux sur le rรฉcipient (qu'il soit entier) ? Sur l'aspect de l'eau (qu'elle ait l'apparence normale de l'eau) ? Sur la mesure (un reviit) ? Rรฉponse : oui ร chaque fois.
Certains disent : voici [ce] qu'il lui dit โ sur le rรฉcipient et sur l'aspect, nous sommes rigoureux ; sur la mesure, nous ne sommes pas rigoureux, car il est enseignรฉ (braita) : avec l'eau d'un reviit on prรฉlรจve pour les mains [d'une personne] pour un [seul], et mรชme pour deux.
Autre version de la rรฉponse d'Amemar : on est rigoureux sur le rรฉcipient et l'aspect de l'eau, mais pas sur la mesure โ puisque la braita enseigne qu'un reviit sert ร un seul et mรชme ร deux (la mesure exacte par personne ne serait donc pas requise).
Mais il n'en est pas [ainsi] : lร -bas, c'est diffรฉrent, parce que [les eaux] proviennent du reste de [la] puretรฉ (chiyarei tahara).
Rรฉfutation de cette derniรจre version : on ne peut pas dรฉduire de la braita que la mesure est indiffรฉrente. Le cas des deux personnes est diffรฉrent, car le second se lave d'eaux qui proviennent du reste d'une mesure initialement suffisante (chiyarei tahara). Au dรฉpart, il faut bien un reviit.
Rav Yaakov de Nehar Pekod institua un nattela [rรฉcipient de verre] d'un reviit ; Rav Achi ร Houtsal institua un kouza [rรฉcipient de terre] d'un reviit.
Application pratique : Rav Yaakov de Nehar Pekod se munit d'un nattela (rรฉcipient de verre) contenant exactement un reviit, et Rav Achi ร Houtsal d'un kouza (rรฉcipient de terre cuite) d'un reviit โ un รฉtalon ร portรฉe de main pour mesurer le rรฉcipient de chacun.
Et Rava a dit : un bouchon de jarre (megoufat havit) que l'on a amรฉnagรฉ โ on en prรฉlรจve pour les mains. Il est aussi enseignรฉ ainsi (braita) : un bouchon de jarre que l'on a amรฉnagรฉ โ on en prรฉlรจve pour les mains ; une outre (hemet) et une keficha que l'on a amรฉnagรฉes โ on en prรฉlรจve pour les mains ; un sac (sak) et une corbeille (koupa), bien qu'ils contiennent [de l'eau], on n'en prรฉlรจve pas pour les mains.
Rava : un bouchon de jarre creusรฉ pour contenir un reviit devient un rรฉcipient valide pour la netila, bien qu'il n'ait pas รฉtรฉ fait pour cela. La braita confirme et ajoute : l'outre (hemet) et la keficha (outres de cuir, faites pour des liquides) conviennent une fois amรฉnagรฉes ; mais le sac et la corbeille, mรชme s'ils retiennent l'eau, ne conviennent pas, car ce ne sont pas des rรฉcipients faits pour l'eau.
On [se] demanda : qu'en est-il de manger avec une serviette (mappa) ? Craignons-nous qu'il [ne] touche [la nourriture] (nega), ou non ?
Nouvelle question : celui qui ne s'est pas lavรฉ les mains peut-il รฉtaler une serviette (mappa) sur ses mains et manger sans toucher les aliments ? Tout le problรจme : craint-on qu'il finisse par toucher (nega) la nourriture avec ses mains, ce qui rendrait la mappa insuffisante ?
Viens entendre : et lorsqu'on donnait ร Rabbi Tsadok un aliment de moins qu'un kebeitsa (volume d'un ลuf), il le prenait avec une serviette et le mangeait hors de la soukka, et ne bรฉnissait pas aprรจs lui. N'est-ce pas [ร en dรฉduire] : ceci [pour moins d'un kebeitsa], mais [pour] un kebeitsa, il faut la netilat yadayim ?
Preuve par Rabbi Tsadok (Soukka 26b) : pour moins d'un kebeitsa (volume d'un ลuf), il prenait l'aliment avec une serviette, le mangeait hors de la soukka et ne bรฉnissait pas aprรจs. La Guemara veut dรฉduire a contrario que, pour un kebeitsa, la netila serait requise (et donc qu'on tolรจre la mappa seulement en deรงร ).
Peut-รชtre [n'en dรฉduira-t-on que] ceci : [pour] un kebeitsa, il faut [manger dans] la soukka et il faut [rรฉciter] une bรฉnรฉdiction [mais on peut toujours se servir d'une serviette au lieu de la netila].
Rejet de la dรฉduction : on ne peut conclure de Rabbi Tsadok que, pour un kebeitsa, il faut la soukka et la bรฉnรฉdiction ; [le seuil du kebeitsa concerne donc la soukka et la bรฉnรฉdiction], mais rien n'oblige ร en dรฉduire que la mappa ne suffirait plus pour la consommation.
Viens entendre : car Chmouel trouva Rav qui mangeait avec une serviette (mappa). Il lui dit :
Autre preuve : Chmouel surprend Rav en train de manger avec une serviette au lieu de se laver les mains, et lui adresse [une remarque] โ dont la teneur et la portรฉe se dรฉveloppent au daf suivant (107b).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).