Chullin 107b — se laver les mains pour manger ou pour nourrir, et viande et fromage à une même table

Chullin 107b

Sougya : Le daf achève la sougya du lavage des mains au repas. Rav s'enveloppait d'un linge (mapa) bien qu'ayant déjà lavé ses mains, étant délicat (astenis) ; Rav Tahlifa au nom de Chmouel précise [que] le linge n'a été permis qu'aux mangeurs de teruma (les cohanim, diligents), non aux mangeurs de tohorot.

La Guemara tranche deux questions : celui qui mange de la main d'un autre (okhel mehamat maakhil) requiert le lavage, mais celui qui nourrit (maakhil) ne le requiert pas ; le serviteur (chamach), affaire, fait exception. Suivent la règle des bénédictions du serviteur (sur chaque coupe, non sur chaque part de pain selon Rav, et Rabbi Yo'hanan sur chaque part) et l'épisode du jeune Chmouel battu par son maître.

La michna ouvre ensuite le thème viande-fromage : on peut lier viande et fromage dans un même linge pourvu qu'ils ne se touchent pas, et deux hôtes peuvent manger à une même table, l'un viande l'autre fromage, s'ils ne se connaissent pas ; s'ils se connaissent (ou sont deux frères pointilleux), c'est interdit, par la règle des gâteaux de Baitos : on n'admet pas d'exception qui prête à confusion.

Qui doit se laver les mains ? (netilat yadayim au repas) Celui qui mange de la main d'un autre (okhel) REQUIERT le lavage (halakha : tsarikh netila) Celui qui nourrit un autre (maakhil) NE requiert PAS le lavage (il ne mange pas lui-même) Le serviteur (chamach) : cas à part il est affaire (tarid) -> risque de toucher les mets -> doit se laver les mains il bénit sur chaque coupe (pas de certitude) mais pas sur chaque part de pain (Rav)
La conclusion halakhique (segments 9-13) : qui doit se laver les mains, et le cas particulier du serviteur.
La mapa (linge) au lieu du lavage : pour qui ? (Rav Tahlifa / Chmouel) Mangeurs de teruma (les cohanim) la mapa est PERMISE ils sont diligents (zerizin), ils ne touchent pas le pain Mangeurs de tohorot (profanes mangés en pureté) la mapa N'est PAS permise non habitués à se garder comme les cohanim
À qui le linge (mapa) tient lieu de lavage des mains (segment 2) : aux cohanim mangeurs de teruma seulement.
Viande et fromage à une même table : quand est-ce permis ? Inconnus l'un de l'autre deux hôtes étrangers, l'un avec sa viande, l'autre avec son fromage PERMIS chacun ne mange pas de l'autre Se connaissant familiers : chacun goûterait volontiers au mets de l'autre INTERDIT comme une seule prise (tefisa) Deux frères pointilleux se connaissent mais refusent (makpidin) de partager INTERDIT (Abaye) pour ne pas créer d'exception
Viande et fromage à une même table (segments 14-20) : selon que les convives se connaissent ou non.
1
עָבְדִין כְּדִין? אֲמַר לֵיהּ: דַּעְתִּי קְצָרָה עָלַי.

[Chmouel demanda à Rav, qui mangeait enveloppé d'un linge sans s'être lavé les mains :] fait-on ainsi ? Il lui dit : c'est que mon esprit est court sur moi [je suis délicat].

📜 Rachi (2)
עָבְדִין כְּדִין וְכִי עוֹשִׂין כֵּן לֶאֱכֹול בְּלֹא נְטִילָה:
Fait-on ainsi — et agit-on de la sorte, [à savoir] manger sans lavage [des mains] ?
דַּעְתִּי קְצָרָה אִסְטְנִיס אֲנִי דאע"פ שֶׁנָּטַלְתִּי יָדַי אִי אֶפְשִׁי לֶאֱכֹול בְּיָדִי:
Mon esprit est court — je suis délicat (astenis), car bien que j'aie lavé mes mains, il ne me plaît pas de manger avec mes [propres] mains.
💡 Explication

Fin de l'épisode de Rav et Chmouel (commencé en 107a). Chmouel surprend Rav mangeant les mains enveloppées d'un linge (mapa) et s'étonne : agit-on de la sorte, manger sans lavage des mains (netila) ? Rav répond : 'mon esprit est court sur moi' — c'est-à-dire j'ai bien lavé mes mains, mais étant délicat (astenis) je répugne à tenir la nourriture à mains nues.

2
כִּי סָלֵיק רַבִּי זֵירָא, אַשְׁכְּחִינְהוּ לְרַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי דְּקָאָכְלִי בִּבְלָאֵי חֲמָתוֹת. אָמַר: תְּרֵי גַּבְרֵי רַבְרְבֵי כְּוָותַייְכוּ, לִיטְּעוּ בִּדְרַב וּשְׁמוּאֵל? הָא ״דַּעְתִּי קְצָרָה״ קָאָמַר!

Lorsque Rabbi Zeira monta [en Terre d'Israël], il trouva Rabbi Ami et Rabbi Assi qui mangeaient [enveloppés] de [débris d']outres à vin usées [babelaei hamtot]. Il dit : deux hommes aussi grands que vous se tromperaient sur [l'épisode] de Rav et Chmouel ?

Or [Rav] a bien dit : 'mon esprit est court' [= il avait lavé ses mains] !

📜 Rachi (3)
בַּבְלָאֵי חֲמָתוֹת חֲמָתוֹת בְּלֵוָיִין וְכוֹרְכִין יְדֵיהֶן בָּהֶם וְאוֹכְלִים בְּלֹא נְטִילַת יָדַיִם:
Outres usées — des outres usées ; ils enroulent leurs mains dedans et mangent sans lavage des mains.
לִיטְּעוּ בִּדְרַב [וּשְׁמוּאֵל] כִּסְבוּרִים אַתֶּם דְּהָא דְּאַשְׁכְּחֵיהּ שְׁמוּאֵל לִדְרַב דְּאָכִיל בְּמַפָּה מִשּׁוּם דְּלָא נָטַל יָדָיו הוּא:
Se tromperaient sur [l'épisode] de Rav [et Chmouel] — vous pensez [donc] que le fait [que] Chmouel ait trouvé Rav mangeant avec un linge, [c'est] parce qu'il n'avait pas lavé ses mains.
וְהָא דַּעְתִּי קְצָרָה קָאָמַר לֵיהּ אַלְמָא נָטַל יָדָיו:
Or il [lui] a dit 'mon esprit est court' — d'où [il ressort] qu'il avait lavé ses mains.
💡 Explication

Rabbi Zeira, montant en Terre d'Israël, trouve Rabbi Ami et Rabbi Assi mangeant le pain les mains enveloppées de vieilles outres au lieu de se laver. Il s'étonne : ces deux grands maîtres auraient-ils mal compris l'épisode de Rav et Chmouel ? Car Rav avait précisé 'mon esprit est court' — signe qu'il avait lavé ses mains, et que le linge n'est pas une dispense de lavage.

3
אִשְׁתְּמִיטְתֵּיהּ הָא דְּאָמַר רַב תַּחְלִיפָא בַּר אֲבִימִי אָמַר שְׁמוּאֵל: הִתִּירוּ מַפָּה לְאוֹכְלֵי תְרוּמָה, וְלֹא הִתִּירוּ מַפָּה לְאוֹכְלֵי טְהָרוֹת, וְרַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי כֹּהֲנִים הֲווֹ.

Lui avait échappé ce qu'a dit Rav Tahlifa bar Avimi au nom de Chmouel : ils ont permis le linge (mapa) aux mangeurs de teruma, mais ils n'ont pas permis le linge aux mangeurs de tohorot [choses pures] ; or Rabbi Ami et Rabbi Assi étaient des cohanim.

📜 Rachi (2)
הִתִּירוּ מַפָּה לְאוֹכְלֵי תְרוּמָה דְּהַכֹּהֲנִים זְרִיזִין הֵן וְלֹא נָגְעִי:
Ils ont permis le linge aux mangeurs de teruma — car les cohanim sont diligents (zerizin) et ne touchent pas [le pain].
וְלֹא הִתִּירוּ לְאוֹכְלֵי חוֹלֵיהֶם בְּטָהֳרָה לְפִי שֶׁאֵינָם לִמּוּדִין לְהִשָּׁמֵר כְּמוֹ כֹּהֲנִים:
Mais ils n'ont pas permis aux mangeurs — de leurs [aliments] profanes en pureté, parce qu'ils ne sont pas habitués à se garder comme [le sont] les cohanim.
💡 Explication

La Guemara résout : Rabbi Zeira avait oublié l'enseignement de Rav Tahlifa au nom de Chmouel — le linge (au lieu du lavage) n'a été permis qu'aux mangeurs de teruma (les cohanim, diligents), non aux mangeurs de tohorot (profanes consommés en pureté). Or Rabbi Ami et Rabbi Assi étaient cohanim : pour eux, le linge était donc légitime.

4
אִיבַּעְיָא לְהוּ: אוֹכֵל מֵחֲמַת מַאֲכִיל, צָרִיךְ נְטִילַת יָדַיִם אוֹ לָא? תָּא שְׁמַע, דְּרַב הוּנָא בַּר סְחוֹרָה הֲוָה קָאֵי קַמֵּיהּ דְּרַב הַמְנוּנָא, בְּלַם לֵיהּ אֻומְצָא וְאָכֵיל. אֲמַר לֵיהּ: אִי לָאו דְּרַב הַמְנוּנָא אַתְּ, לָא סָפֵינָא לָךְ.

Une question fut posée devant eux : celui qui mange de la main d'un autre qui le nourrit [okhel mehamat maakhil], requiert-il le lavage des mains, ou non ? Viens entendre : Rav Houna bar Sehora se tenait devant Rav Hamnouna ; il lui découpa un morceau de viande [balam lei oumtsa] et [Rav Hamnouna] mangea.

Il lui dit : si tu n'étais Rav Hamnouna, je ne te nourrirais pas [ainsi].

📜 Rachi (4)
אוֹכֵל מֵחֲמַת מַאֲכִיל אָדָם שֶׁאוֹכֵל מִיַּד חֲבֵירוֹ הַתּוֹחֵב לְתוֹךְ פִּיו צָרִיךְ הָאוֹכֵל נְטִילַת יָדַיִם אוֹ אֵין צָרִיךְ:
Celui qui mange de la main de celui qui le nourrit — un homme qui mange de la main de son compagnon, lequel [le lui] enfonce dans la bouche : ce mangeur requiert-il le lavage des mains, ou ne [le] requiert-il pas ?
בָּלֵם לֵיהּ אֻומְצָא חָתַךְ לוֹ חֲתִיכַת בָּשָׂר:
Il lui découpa un morceau de viande — il lui trancha un morceau de viande.
בֶּלֶם בְּמֵ"ם סְתוּמָה כְּמוֹ (תְּהִלִּים לב) עֵדָיו לִבְלֹום שֶׁהַמֶּתֶג וְהָרֶסֶן מְחַתְּכִין עֵדָיו (לִבְלוֹם) שֶׁל סוּס וְלִי נִרְאֶה בָּלֵם לֵיהּ אֻומְצָא לְשׁוֹן הַטְמָנָה בְּגֶחָלִים כְּמוֹ (בְּכוֹרוֹת דַּף מ:) פִּיו בָּלוּם גַּבֵּי מוּמִין שֶׁל בְּכוֹר שֶׁפִּיו סָגוּר שֶׁאֵין יָכוֹל לְפָותְחוֹ אֶלָּא מְעַט וְרַגְלָיו מְבֻולָּמוֹת:
Balam — avec un mem fermé [final], comme (Psaumes 32) 'son ornement, pour [le] brider (livlom)', car le mors et la bride coupent l'ornement (la bouche, pour brider) du cheval. Et il me semble [que] 'balam lei oumtsa' [est] un terme d'enfouissement dans les braises, comme (Bekhorot 40b) 'sa bouche [est] close (balum)', à propos des défauts d'un premier-né dont la bouche [est] fermée, qu'il ne peut ouvrir qu'un peu, et ses pieds [sont] empêtrés (mevoulamot).
אִי לָאו דְּרַב הַמְנוּנָא אַתְּ אָדָם חָכָם וְזָרִיז כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל לָא הֲוֵינָא סָפֵינָא לָךְ בְּלֹא נְטִילָה:
Si tu n'étais Rav Hamnouna — un homme sage et diligent, comme [le texte l']explique en poursuivant — je ne te nourrirais pas sans lavage.
🗂️ Tossefot (1)
בָּלֵם לֵיהּ אֻומְצָא פֵּירוּשׁ וּפַת עִמָּהּ:
Il lui découpa un morceau de viande — explication : et du pain avec elle.
💡 Explication

Première des deux questions du daf : celui qui mange de la main d'un autre (okhel mehamat maakhil), sans toucher lui-même la nourriture, doit-il se laver les mains ? Preuve proposée : Rav Houna bar Sehora servait Rav Hamnouna, lui mit un morceau de viande en bouche, et lui dit : 'si tu n'étais Rav Hamnouna, je ne te nourrirais pas [sans lavage].'

5
מַאי טַעְמָא, לָאו מִשּׁוּם דִּזְהִיר וְלָא נָגַע? לֹא, דִּזְרִיז קָדֵים וּמָשֵׁי יְדֵיהּ מֵעִיקָּרָא.

Quelle [est] la raison [de cette parole] ? N'est-ce pas parce qu'[il sait que Rav Hamnouna] est attentif (zahir) et ne touche pas [la nourriture] ?

[Cela prouverait que le mange n'a pas besoin de lavage.] Non : [c'est] parce qu'[il est] diligent (zariz), [et qu'il] s'est empressé de laver ses mains au préalable.

📜 Rachi (3)
מַאי חֻוכְמָתָיהּ:
Quelle [est] — sa sagesse ?
לָאו דִּזְהִיר וְלֹא נָגַע אַלְמָא אֵין צָרִיךְ נְטִילַת יָדַיִם וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִגַּע:
N'est-ce pas [parce qu'il est] attentif et ne touche pas — d'où [il ressortirait qu']on ne requiert pas le lavage des mains, pourvu qu'il ne touche pas.
לֹא הֲכִי קא"ל אִי לָאו דְּרַב הַמְנוּנָא אַתְּ וְיוֹדֵעַ אֲנִי בְּךָ שֶׁנָּטַלְתָּ יָדֶיךָ. זָרִיז עָדִיף מִזָּהִיר זָהִיר שֶׁיּוֹדֵעַ לְהִזָּהֵר בִּשְׁעַת מַעֲשֶׂה שֶׁלֹּא יַעֲבֹור עַל הַמִּצְוָה זָרִיז הָרוֹאֶה אֶת הַנּוֹלָד וּמְתַקֵּן עַצְמוֹ שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי כָּךְ וְהַיְינוּ דְּאָמְרִינַן בע"ז (דַּף כ:) זְהִירוּת מְבִיאָה לִידֵי זְרִיזוּת:
Non — voici ce qu'il lui dit : si tu n'étais Rav Hamnouna, et [si] je ne savais de toi que tu as lavé tes mains [je ne te nourrirais pas]. Le diligent (zariz) [est] supérieur à l'attentif (zahir) : l'attentif sait se garder au moment de l'acte de ne pas transgresser le commandement ; le diligent voit [d'avance] ce qui va naître et se prépare pour ne pas en venir là — et c'est [ce] que nous disons dans Avoda Zara (20b) : l'attention (zehirout) mène à la diligence (zerizout).
💡 Explication

La Guemara veut prouver, du fait que Rav Houna nourrit Rav Hamnouna, que le mange n'a pas besoin de lavage (Rav Hamnouna étant attentif à ne pas toucher). La Guemara réfute : non — c'est parce que Rav Hamnouna, étant diligent (zariz), avait déjà lavé ses mains au préalable. L'épisode ne tranche donc pas la question.

6
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב: לֹא יִתֵּן אָדָם פְּרוּסָה לְתוֹךְ פִּיו שֶׁל שַׁמָּשׁ, אֶלָּא אִם כֵּן יוֹדֵעַ בּוֹ שֶׁנָּטַל יָדָיו. וְהַשַּׁמָּשׁ מְבָרֵךְ עַל כָּל כּוֹס וָכוֹס, וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ עַל כָּל פְּרוּסָה וּפְרוּסָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מְבָרֵךְ עַל כָּל פְּרוּסָה וּפְרוּסָה.

Viens entendre : car Rabbi Zeira a dit au nom de Rav : un homme ne mettra pas un morceau [de pain] dans la bouche du serviteur (chamach), à moins de savoir de lui qu'il a lavé ses mains. Et le serviteur bénit sur chaque coupe [de vin], mais ne bénit pas sur chaque morceau [de pain].

Et Rabbi Yo'hanan a dit : il bénit sur chaque morceau.

📜 Rachi (2)
הַשַּׁמָּשׁ מְבָרֵךְ עַל כָּל כּוֹס וָכוֹס לְפִי שֶׁאֵין קֶבַע לִשְׁתִייַּת הַשֶּׁמֶשׁ שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם יִתְּנוּ לוֹ עוֹד הִלְכָּךְ אַסַּח דַּעְתֵּיהּ מִן הַשְּׁתִיָּה:
Le serviteur bénit sur chaque coupe — parce qu'il n'y a pas de régularité (keva) dans la boisson du serviteur, qui ne sait pas si on lui [en] donnera encore ; aussi détourne-t-il son esprit (assah daatei) de la boisson.
וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ עַל כָּל פְּרוּסָה וּפְרוּסָה דְּבָטוּחַ הוּא שֶׁלֹּא יִמָּנְעוּ מִמֶּנּוּ לֶחֶם:
Et il ne bénit pas sur chaque morceau — car il est assuré qu'on ne lui refusera pas le pain.
⚖️ Rosh (1)
הָכִי הַשְׁתָּא הָתָם מִישְׁתֵּי וּבָרוֹכֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי לָא אֶפְשָׁר. הָכָא אֶפְשָׁר לְמִישְׁחַט בַּחֲדָא יְדָא וּלְכַסּוֹיֵי בַּחֲדָא יְדָא. ה"ר יוֹם טוֹב זַ"ל הָיָה אוֹמֵר מִטַּעַם זֶה דִּפְעָמִים שֶׁאָדָם זוֹכֵר בְּאֶמְצַע סְעוּדָה שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל וְעוֹמֵד לְהִתְפַּלֵּל כְּשֶׁחוֹזֵר צָרִיךְ לִיטֹּול יָדָיו וְלִבְצֹועַ הַמּוֹצִיא מִשּׁוּם דְּמֵיכָל וּצְלוּיֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי לָא אֶפְשָׁר כִּדְאָמְרִינַן הָכָא. וְלָא דָּמֵי כְּלָל דְּהַיְינוּ דַּוְקָא לְעִנְיַן בהמ"ז דַּחֲשִׁיב הֶפְסֵק וְהֶיסַּח הַדַּעַת עַל מַה שֶּׁאָכַל וְשָׁתָה. וְכֵן כִּיסּוּי הַדָּם גְּמַר מַעֲשֵׂה הַשְּׁחִיטָה. דְּאַטּוּ אִם יְבָרֵךְ בְּאֶמְצַע הַסְּעוּדָה עַל הַזִּיקִין וְעַל הָרְעָמִים הָוֵי הֶפְסֵק. וּבְהֶדְיָא אָמְרִינַן בְּעַרְבֵי פְּסָחִים דַּף קב. אִם עָקְרוּ רַגְלֵיהֶן לֵילֵךְ לְבֵית הַכְּנֶסֶת כְּשֶׁהֵן חוֹזְרִין אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לֹא לְמַפְרֵעַ וְלֹא לְכַתְּחִלָּה אִם הִנִּיחוּ שָׁם מִקְצָת חֲבֵרִים. אע"פ שֶׁהִתְפַּלְּלוּ בֵּינְתַיִם. הָכָא אֶפְשָׁר דְּשָׁחֵיט בַּחֲדָא יְדָא: וְכֵן הֵיכָא דְּסָח בֵּין עוֹף לְעוֹף הָיָה נִרְאֶה דְּחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ כְּמוֹ גַּבֵּי תְּפִילִּין. כִּדְאָמְרִינַן בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה דַּף לוֹ. סָח בֵּין תְּפִלָּה לִתְפִלָּה מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם וַעֲבֵירָה הִיא בְּיָדוֹ וְחוֹזֵר עָלֶיהָ מֵעוֹרְכֵי הַמִּלְחָמָה וְשֶׁמָּא בִּתְפִילִּין הִיא עֲבֵירָה טְפֵי לְפִי שֶׁהֵן מִצְוָה אַחַת. אֲבָל בִּשְׁחִיטָה אִם יִרְצֶה יִשְׁחֹוט יוֹתֵר וְאִם יִרְצֶה לֹא יִשְׁחֹוט וּמִיהוּ מִסְתַּבֵּר דְּכָל הֵיכָא שֶׁיָּכוֹל לִפְטוֹר אֶת עַצְמוֹ בִּבְרָכָה אַחַת אָסוּר הוּא לְדַבֵּר כְּדֵי שֶׁיְּהֵא זָקוּק לִבְרָכָה אַחֶרֶת כִּדְמוֹכַח בְּיוֹמָא דַּף ע. דְּקָאָמַר וְנוֹטֵל סֵפֶר תּוֹרָה וְקוֹרֵא בָּהּ אַחֲרֵי מוֹת וְאַךְ בֶּעָשׂוֹר וּבֶעָשׂוֹר שֶׁבְּחֹומֶשׁ הַפְּקוּדִים קוֹרֵא בְּעַל פֶּה. וּפָרִיךְ וְנַיְיתֵי ס"ת וְנִיקְרֵי. וּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם בְּרָכָה שֶׁאֵין צְרִיכָה וְשֶׁמָּא א"צ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ כְּשֶׁסָּח בֵּין עוֹף לְעוֹף כְּאִילּוּ סָח בְּאֶמְצַע סְעֻודָּתוֹ דְּאֵין חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא. וְלָא דָּמֵי לִתְפִילִּין דִּשְׁתֵּיהֶן מִצְוָה אַחַת. וּבַעַל הֲלָכוֹת כָּתַב הֵיכָא דְּבָעֵי לְמִישְׁחַט עֶשֶׂר זֻוגִּיתָא וְשָׁחַט חֲדָא מִינַּייְהוּ וְאִישְׁתַּעִי. לְכִסּוּייֵהּ וַהֲדַר לִיבָרֵךְ וְלִשְׁחוֹט הָנָךְ אַחֲרַנְייָתִי וכ"כ הָרָאָבָ"ד זַ"ל מְכַסֶּה וּמְבָרֵךְ וְשׁוֹחֵט וּמְכַסֶּה. וְכֵן מָצָאתִי כָּתוּב בְּשֵׁם ר"ת דְּסָח בֵּין עוֹף לָעוֹף צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ כְּהַהִיא דְּסָח בֵּין תְּפִלָּה לִתְפִלָּה דְּחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ. לְפִי שֶׁכְּשֶׁהַפְּסִיק וְסָח בֵּינְתַיִים גְּמַר מִצְוָתָהּ שֶׁבֵּירֵךְ עָלֶיהָ וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ שֵׁנִית. וְכֵן אִם הָיוּ לוֹ לִשְׁחֹוט שְׁנֵי עוֹפוֹת וְסָח בֵּינֵיהֶם כֵּיוָן דְּאִי בָּעֵי שָׁחֵיט וְאִי בָּעֵי לָא שָׁחֵיט אִיכָּא גְּמַר מִצְוָה וְכֵיוָן שֶׁהִפְסִיק בְּשִׂיחָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ. אֲבָל הַמְבָרֵךְ עַל מִצְוָה וְהִתְחִיל לַעֲשׂוֹתָהּ וְסָח קֹודֶם שֶׁגָּמְרָה אֵינוֹ חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ כְּגוֹן תְּקִיעַת שׁוֹפָר וּקְרִיאַת הַלֵּל וּמְגִילָּה וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן כֵּיוָן דְּלָא סַגִּי לֵיהּ דְּלָא גְּמִיר אע"ג דְּסָח קֹודֶם שֶׁגָּמַר הַמִּצְוָה א"צ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ. לְכָךְ טוֹב לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לְדַבֵּר בֵּין שְׁחִיטָה לִשְׁחִיטָה. אֲבָל אִם דִּיבֵּר מִצָּרְכֵי שְׁחִיטָה כְּגוֹן הֵבִיאוּ לִשְׁחֹוט לָא הָוֵי הֶפְסֵק. מִידִי דְּהָוֵי אַעוֹל כָּרוּךְ וּגְבִיל לְתוֹרֵי בְּרָכוֹת דַּף מ. וְהֵיכָא שֶׁלֹּא הָיָה בְּדַעְתּוֹ לִשְׁחֹוט אֶלָּא עוֹף אֶחָד וְאַחַר שֶׁנִּשְׁחַט הֵבִיאוּ לוֹ עוֹף אַחֵר צָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הַשְּׁחִיטָה כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף קז:) גַּבֵּי שַׁמָּשׁ שֶׁמְּבָרֵךְ עַל כָּל פְּרוּסָה וּפְרוּסָה. וּבִשְׁמַעְתִּין נָמֵי מְדַמֵּי שְׁחִיטָה לְעֻובְדָּא דְּתַלְמִידֵי דְּרַב אַלְמָא הֵיכָא דְּנִמְלַךְ צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ. וְכֵן כָּתְבוּ הַתּוֹס' כֵּיוָן דְּצָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ עַל הַשְּׁחִיטָה צָרִיךְ לְכַסּוֹת תְּחִלָּה מַה שֶׁשָּׁחַט. דְּהָא לְר' יְהוּדָה שָׁחַט חַיָּה יְכַסֶּה וְאַחַ"כּ יִשְׁחֹוט עוֹף וּבִבְרָכָה אַחַת עַל הַשְּׁחִיטָה סַגִּי וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁטָּעוּן כִּיסּוּי לְמַה שֶׁשָּׁחַט הֵיכָא דְּצָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הַשְּׁחִיטָה. ואע"ג דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה מ"מ שָׁמְעִינַן מִדְּבָרָיו דְּכִי הֵיכִי דִּלְדִידֵיהּ אָמְרָה תּוֹרָה דְּחַיָּה וָעוֹף צְרִיכִין שְׁנֵי כִּסּוּיִין אע"פ שֶׁמִּתְּחִלָּה הָיָה דַּעְתּוֹ לִשְׁחֹוט שְׁנֵיהֶם. הוּא הַדִּין נָמֵי לְדִידַן הֵיכָא דְּנִמְלַךְ וּשְׁתֵּי שְׁחִיטוֹת הֵן שֶׁצָּרִיךְ לִגְמֹור מִצְוַת שְׁחִיטָה רִאשׁוֹנָה קֹודֶם שֶׁיַּתְחִיל אַחֶרֶת. וכ"כ בַּעַל הֲלָכוֹת וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל. וּלְמַעְלָה כְּתַבְתִּיו. וְלָא דָּמֵי לְאָדָם שֶׁיּוֹשֵׁב וְאוֹכֵל וְאָמַר הַב לָן וּנְבָרֵיךְ וְאִם אַחַר כֵּן רוֹצֶה לֶאֱכֹול מְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא וְאֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן תְּחִלָּה עַל מַה שֶּׁאָכַל. הָתָם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן אינוגמר מַעֲשֶׂה אֶלָּא שֶׁנּוֹתֵן הוֹדָאָה וְשֶׁבַח להקב"ה עַל הֲנָאָתוֹ וְסַגִּי בְּהוֹדָאָה אַחַת עַל שְׁתֵּי אֲכִילוֹת. אֲבָל מַעֲשֵׂה הַכִּסּוּי הִיא גְּמַר מַעֲשֵׂה הַשְּׁחִיטָה וְכֵיוָן שֶׁנִּסְתַּלְּקָה שְׁחִיטָה רִאשׁוֹנָה צָרִיךְ לְגָומְרָהּ קֹודֶם שֶׁיַּתְחִיל שְׁחִיטָה אַחֶרֶת. אֲבָל אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל כִּיסּוּי הַשֵּׁנִי כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל. וּלְכָךְ הֵבִיא רַב אִלְפָּס זַ"ל בְּהִלְכוֹתָיו וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה לְעִנְיַן בְּרָכָה שֶׁאֵינוֹ מְבָרֵךְ אֶלָּא בְּרָכָה אַחַת אע"פ שֶׁאֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה. כְּדֵי שֶׁנִּלְמוֹד מִמֶּנּוּ לְדִידַן לְעִנְיַן פְּסַק הֲלָכָה כְּמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי: כָּתַב בַּעַל הֲלָכוֹת שֶׁמְּכַסֶּה תְּחִלָּה וְאח"כ מְבָרֵךְ. ואע"ג דְּכָל הַמִּצְוֹת מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן. הָנֵי מִילֵּי בִּתְחִלַּת הַמִּצְוָה. אֲבָל זוֹ סִיּוּם מִצְוָה הִיא וּבְאֶמְצַע מִצְוָה אֵינוֹ רָאוּי לְבָרֵךְ. הִילְכָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁחִיטָה קֹודֶם הַתְחָלַת הַמִּצְוָה. וְעַל כִּסּוּי אַחַר גְּמַר הַמִּצְוָה. וְהָעוֹלָם לֹא נָהֲגוּ כָּךְ מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיבִי כִּסּוּי מִצְוָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ.:
En serait-il ainsi ? Là-bas [dans le cas des bénédictions du serviteur sur chaque coupe], boire et bénir en même temps n'est pas possible [d'où son détournement d'esprit] ; ici [pour la chehita], il est possible d'abattre d'une main et de couvrir [le sang] de l'autre main. Notre maître Rabbenou Yom Tov, de mémoire bénie, disait, pour ce motif [même], que parfois un homme se souvient au milieu du repas qu'il n'a pas prié [la tefila], se lève pour prier, et lorsqu'il revient il doit se laver les mains (netila) et couper [le pain en récitant] ha-motsi, parce que manger et prier en même temps n'est pas possible, comme nous [le] disons ici [pour abattre et couvrir]. Mais cela ne ressemble nullement [au cas de la chehita], car cela ne vaut que pour la birkat ha-mazon (bénédiction après le repas), qui est considérée comme une interruption (hefsek) et un détournement d'esprit (hesech ha-daat) à l'égard de ce qu'il a mangé et bu. De même le kissui ha-dam (couverture du sang) est l'achèvement de l'acte de chehita (abattage rituel). Car [dirait-on] que s'il bénit au milieu du repas sur les météores (zikin) et sur les tonnerres, cela constituerait une interruption [obligeant à rebénir le pain] ?! Et explicitement nous disons dans [le chapitre] Arvei Pesahim (Pesahim 102a) : s'ils ont déplacé leurs pieds pour aller à la synagogue, lorsqu'ils reviennent ils n'ont pas besoin de bénédiction, ni rétroactivement [sur ce qu'ils ont mangé] ni à priori [pour reprendre le repas], s'ils ont laissé la une partie des compagnons — bien qu'ils aient prié entre-temps. [Donc] ici il est possible qu'il abatte d'une [seule] main [sans interrompre]. Et de même, là où l'on a parlé (sah) entre une volaille et une [autre] volaille, il semblait [à première vue] qu'il revienne bénir à nouveau, comme dans le cas des tefillin, ainsi que nous [le] disons dans [le chapitre] Ha-Kometz Rabba (Menahot 36[a]) : [si] l'on a parlé entre [le tefillin] de la main (tefila) et le tefillin [de la tête], on bénit deux [bénédictions], et c'est une faute qu'il a en main, et il retourne [de la guerre] parmi ceux que l'on renvoie des rangs de la bataille (me-orekhei ha-milhama). Et peut-être qu'avec les tefillin c'est une faute plus [grave], parce qu'ils sont un seul commandement [les deux tefillin]. Mais pour la chehita, s'il [le] veut il abattra davantage et s'il [le] veut il n'abattra pas. Toutefois il est logique (mistabber) que partout où l'on peut se dispenser [d'une seconde bénédiction] par une seule bénédiction, il est interdit de parler afin d'être [ensuite] contraint à une autre bénédiction, comme cela ressort de Yoma (70[a]) : car il [y] est dit qu'il prend le sefer Tora et lit-y 'Aharei Mot' et 'Akh Bé-Asor', et [le passage] 'Bé-Asor' qui [se trouve] dans le Houmach des Dénombrements [Bamidbar], il [le] lit par cœur. Et [le Talmud] objecte : qu'il apporte un [second] sefer Tora et [le] lise ! Et [le Talmud] répond : à cause d'une bénédiction qui n'est pas nécessaire (berakha she-eina tsrikha) [le déroulement d'un second rouleau retarderait l'office]. Et peut-être qu'il n'est pas nécessaire de retourner bénir lorsqu'on a parlé entre une volaille et une [autre] volaille, [ce cas étant] comme si l'on avait parlé au milieu de son repas, où l'on ne retourne pas bénir la bénédiction de ha-motsi. Et cela ne ressemble pas aux tefillin, dont les deux [sont] un seul commandement. Et le Baal Halakhot [Gedolot] a écrit : là où l'on veut abattre dix volailles (zougita) et que l'on en a abattu une d'entre elles et [que] l'on a parlé — [il faut] la couvrir, puis retourner bénir et abattre les autres restantes ; et ainsi a écrit le Raavad, de mémoire bénie : il couvre, bénit, abat et couvre. Et de même j'ai trouvé écrit au nom de Rabbenou Tam (R"T) que [celui] qui a parlé entre une volaille et une [autre] volaille doit retourner bénir, comme dans ce cas où l'on a parlé entre le [tefillin] de la main et le tefillin [de la tête] où l'on retourne bénir. Parce que lorsqu'il a interrompu et parlé entre-temps, il a achevé le commandement sur lequel il a bénit, et il doit bénir une seconde fois. Et de même s'il avait à abattre deux volailles et [qu']il a parlé entre elles, puisque s'il [le] veut il abat et s'il [le] veut il n'abat pas, il y a [là] un achèvement de commandement (gemar mitsva), et puisqu'il a interrompu par une parole il doit bénir. Mais celui qui bénit sur un commandement et a commencé à l'accomplir et [qui] a parlé avant de l'avoir achevé, ne retourne pas bénir — comme [pour] la sonnerie du chofar, la lecture du Hallel et de la Meguila et [tout] ce qui [leur est] semblable — puisqu'il ne lui est pas possible de ne pas [l']achever ; bien qu'il ait parlé avant d'avoir achevé le commandement, il n'est pas nécessaire de retourner bénir. C'est pourquoi il est bon de prendre garde de ne pas parler entre une chehita et une [autre] chehita. Mais s'il a parlé des besoins de la chehita (tsorkhei chehita), comme [de dire] 'apportez [de quoi] abattre', ce n'est pas une interruption — pareillement au cas [de celui] qui dit 'entrez [le foin] enroule et pétrissez [le fourrage] pour les bœufs' [au milieu de] la bénédiction [Berakhot 40a]. Et là où il n'avait pas dans l'intention (be-daato) d'abattre qu'une seule volaille, et [qu']après [qu']elle a été abattue on lui a apporté une autre volaille, il doit bénir sur la chehita, comme nous [le] disons plus loin (Houlin 107b) à propos du serviteur qui bénit sur chaque morceau (perousa). Et dans notre sougya aussi [le Talmud] compare la chehita à l'épisode des disciples de Rav [le serviteur], d'où [il ressort que] là où l'on s'est ravisé (nimlakh) [changement de décision] on doit retourner bénir. Et ainsi ont écrit les Tossafot : puisqu'il doit retourner bénir sur la chehita, il doit d'abord couvrir ce qu'il a abattu. Car [même] selon Rabbi Yehouda [qui divise en deux bénédictions] : s'il a abattu un animal sauvage (haya) il [le] couvre, et ensuite il abat une volaille, et une seule bénédiction sur la chehita suffit [selon les Sages] ; et à plus forte raison [selon Rabbi Yehouda] qu'il faut couvrir ce que l'on a abattu là où l'on doit bénir sur la chehita [du second]. Et bien que la halakha ne [suive] pas Rabbi Yehouda, néanmoins nous apprenons de ses paroles que, de même que selon lui la Tora a dit que [pour] l'animal sauvage et la volaille il faut deux couvertures (kissuyin), bien que dès le début il avait dans l'intention de les abattre tous deux — de même aussi pour nous, là où l'on s'est ravisé et [qu']il y a deux chehitot, il faut achever le commandement de la première chehita avant d'en commencer une autre. Et ainsi ont écrit le Baal Halakhot et le Raavad, de mémoire bénie ; et [je l']ai écrit plus haut. Et cela ne ressemble pas [au cas] d'un homme qui est assis et mange et [qui] a dit 'apporte-nous [de quoi] et bénissons' [la birkat ha-mazon], et [qui] après cela veut [encore] manger : il bénit ha-motsi et il n'est pas nécessaire de bénir d'abord la birkat ha-mazon sur ce qu'il a mangé. Là-bas la birkat ha-mazon n'est pas un achèvement d'acte, mais [seulement le fait] qu'il rend grâce et louange au Saint béni soit-Il pour sa jouissance, et une seule action de grâce suffit pour deux prises de nourriture. Mais l'acte de kissui (couverture) est l'achèvement de l'acte de chehita, et puisque la première chehita s'est retirée [close], il faut l'achever avant de commencer une autre chehita. Mais il n'est pas nécessaire de bénir sur la seconde couverture, comme je l'ai expliqué plus haut. Et c'est pourquoi Rav Alfas (Rif), de mémoire bénie, a apporté dans ses lois [l'enseignement] : 'et Rabbi Yehouda concède, quant à la bénédiction, qu'il ne bénit qu'une seule bénédiction' — bien que la halakha ne [suive] pas Rabbi Yehouda — afin que nous en apprenions, pour nous, quant à la décision halakhique (pesak halakha), comme je l'ai écrit. Le Baal Halakhot a écrit qu'il couvre d'abord et ensuite il bénit. Et bien que sur tous les commandements on bénit avant leur accomplissement (over la-asiyatan), cela [ne vaut] que pour le début du commandement ; mais celle-ci [la couverture] est une clôture de commandement (siyum mitsva), et au milieu d'un commandement il ne convient pas de bénir. C'est pourquoi il bénit sur la chehita avant le commencement du commandement, et sur le kissui après l'achèvement du commandement. Mais le monde [l'usage commun] n'a pas coutume [d'agir] ainsi, parce qu'ils considèrent le kissui comme un commandement en soi [autonome].
💡 Explication

Autre preuve, tirée de Rav : on ne met pas un morceau de pain dans la bouche du serviteur (chamach) sans savoir qu'il s'est lavé les mains — signe que le mange a besoin de lavage. Aparté sur les bénédictions du serviteur : il bénit sur chaque coupe de vin (n'étant pas sur d'en recevoir d'autres), mais non sur chaque morceau de pain (selon Rav) ; Rabbi Yo'hanan dit qu'il bénit sur chaque morceau.

7
אָמַר רַב פָּפָּא: בִּשְׁלָמָא דְּרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן לָא קַשְׁיָא, הָא דְּאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב, הָא דְּלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב.

Rav Papa a dit : pour [concilier les propos] de Rav et de Rabbi Yo'hanan, il n'y a pas de difficulté : ceci [le cas où le serviteur ne bénit pas à chaque morceau], [c'est] lorsqu'il y a un homme important (adam hachouv) [à table] ; cela [le cas où il bénit à chaque morceau], [c'est] lorsqu'il n'y a pas d'homme important.

📜 Rachi (1)
אִי אִיכָּא אָדָם חָשׁוּב בִּסְעוּדָה בָּטוּחַ הַשַּׁמָּשׁ שֶׁיִּתֵּן לוֹ לֶחֶם כָּל הַצֹּורֶךְ:
Lorsqu'il y a un homme important — au repas, le serviteur est assuré qu'on lui donnera du pain autant qu'il faut.
💡 Explication

Rav Papa concilie Rav et Rabbi Yo'hanan : si un homme important est à table, le serviteur est assuré de recevoir du pain à suffisance — son esprit reste posé, il ne rebénit pas à chaque morceau (Rav) ; sans homme important, il n'est pas assuré, donc il bénit à chaque morceau (Rabbi Yo'hanan).

8
מִכָּל מָקוֹם, הָא קָאָמַר: אֶלָּא אִם כֵּן יוֹדֵעַ שֶׁנָּטַל יָדָיו! שָׁאנֵי שַׁמָּשׁ, דִּטְרִיד.

Quoi qu'il en soit, [Rav] a bien dit : à moins de savoir qu'il a lavé ses mains [donc le mange requiert le lavage] ! [Réponse :] le serviteur [est] différent, car il est affaire (tarid).

📜 Rachi (1)
דִּטְרִיד לְשַׁמֵּשׁ אֶת הַמְסֻובִּין וְשׁוֹכֵחַ שֶׁלֹּא נָטַל וְנוֹגֵעַ בָּאֳוכָלִין שֶׁיֹּאכַל. ואע"פ שֶׁנּוֹגֵעַ בְּכָל הַסְּעוּדָה לֹא אִיכְפַּת לָן שֶׁלֹּא הִצְרִיכוּ נְטִילָה לַנּוֹגְעִין אֶלָּא לָאֳוכָלִין:
Car il est affaire — à servir les convives, et il oublie qu'il n'a pas lavé [ses mains] et touche les aliments qu'il mangera. Et bien qu'il touche tout le repas, [cela] ne nous importe pas, car on n'a imposé le lavage aux [seuls] mangeurs, non aux [simples] toucheurs.
💡 Explication

Retour à la question : Rav a dit qu'on ne nourrit le serviteur que s'il s'est lavé les mains — preuve que le mange requiert le lavage ! Réfutation : le serviteur fait exception, car il est affaire (tarid) à son service ; il risque de toucher par inadvertance les mets, d'où la nécessité qu'il se lave. L'épisode ne résout donc toujours pas la question générale.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: לֹא יִתֵּן אָדָם פְּרוּסָה לַשַּׁמָּשׁ, בֵּין שֶׁהַכּוֹס בְּיָדוֹ בֵּין שֶׁהַכּוֹס בְּיָדוֹ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת, שֶׁמָּא יֶאֱרַע דְּבַר קַלְקָלָה בַּסְּעוּדָה. וְהַשַּׁמָּשׁ שֶׁלֹּא נָטַל יָדָיו – אָסוּר לִיתֵּן פְּרוּסָה לְתוֹךְ פִּיו.

Nos Maîtres ont enseigné : un homme ne donnera pas un morceau [de pain] au serviteur, que la coupe soit dans sa main [du serviteur] ou que la coupe soit dans la main du maître de maison (baal ha-bayit), de peur qu'un incident fâcheux (davar kilkala) ne survienne au repas. Et le serviteur qui n'a pas lavé ses mains — il est interdit de mettre un morceau dans sa bouche.

📜 Rachi (1)
לֹא יִתֵּן אָדָם פְּרוּסָה לַשַּׁמָּשׁ בְּאֶחָד מִן הָאוֹרְחִים קָאָמַר שֶׁלֹּא יִכְעֹוס בעה"ב כְּשֶׁהוּא שׁוֹתֶה חֻונְּקוּ לוֹ יַיִן וּמַזִּיק לוֹ וּבְלָאו כַּעַס נָמֵי מִתּוֹךְ שֶׁחָשׁ שֶׁלֹּא יִכְלֶה הַלֶּחֶם לָאוֹרְחִים הוּא מַבִּיט וּמֵצִיץ בְּמַה שֶׁזֶּה נוֹתֵן וְהַכּוֹס נִשְׁפָּךְ מִיָּדוֹ וַאֲפִילּוּ הַכּוֹס בְּיַד הַשַּׁמָּשׁ שֶׁמָּא יִשְׁפְּכֶנּוּ:
Un homme ne donnera pas un morceau au serviteur — il parle de l'un des hôtes : que le maître de maison ne se mette pas en colère lorsqu'il boit, [au point que] le vin l'étrangle et lui nuise ; et même sans colère, du fait qu'il craint que le pain ne manque aux hôtes, il regarde et fixe ce que celui-ci donne, et la coupe se renverse de sa main ; et même si la coupe [est] dans la main du serviteur, de peur qu'il ne la renverse.
💡 Explication

Braita : un convive ne donne pas un morceau au serviteur — que la coupe soit dans la main du serviteur ou dans celle du maître de maison — de crainte d'un incident (le baal ha-bayit, contrarié ou inquiet de manquer de pain, laisse tomber sa coupe ; ou le serviteur la renverse). Et tant que le serviteur ne s'est pas lavé les mains, on ne lui met pas un morceau en bouche.

10
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַאֲכִיל, צָרִיךְ נְטִילַת יָדַיִם, אוֹ אֵינוֹ צָרִיךְ?

Une question fut posée devant eux : celui qui nourrit (maakhil), requiert-il le lavage des mains, ou ne [le] requiert-il pas ?

💡 Explication

Seconde question du daf : celui qui nourrit autrui (maakhil), touchant la nourriture mais ne mangeant pas lui-même, doit-il se laver les mains ? La question retourne le cas précédent (le mange) vers celui qui donne à manger.

11
תָּא שְׁמַע, דְּתָנֵי דְּבֵי מְנַשֶּׁה: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אִשָּׁה מְדִיחָה אֶת יָדָהּ אַחַת בַּמַּיִם, וְנוֹתֶנֶת פַּת לִבְנָהּ קָטָן. אָמְרוּ עָלָיו עַל שַׁמַּאי הַזָּקֵן שֶׁלֹּא רָצָה לְהַאֲכִיל בְּיָדוֹ אַחַת, וְגָזְרוּ עָלָיו שֶׁיַּאֲכִיל בִּשְׁתֵּי יָדָיו.

Viens entendre : car l'école de Menache a enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : une femme rince l'une de ses mains à l'eau [le jour de Kippour] et donne du pain à son jeune enfant. On a dit de Chammai l'Ancien qu'il ne voulait pas nourrir d'une seule main, et l'on décréta sur lui qu'il nourrisse de ses deux mains.

📜 Rachi (2)
אִשָּׁה מְדִיחָה יָדָהּ בְּמַיִם בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים דאע"פ שֶׁאָסוּר בִּרְחִיצָה הִתִּירוּ לְאִשָּׁה לְהַדִּיחַ יָדָהּ אַחַת וְלִיגַע בַּפַּת:
Une femme rince sa main à l'eau — le jour de Kippour : bien que la toilette (rehitsa) [y] soit interdite, on a permis à la femme de rincer une seule main et de toucher le pain.
שֶׁלֹּא רָצָה לְהַאֲכִיל בְּיָדוֹ אַחַת אֲפִילּוּ יָדוֹ אַחַת לֹא רָצָה לְהַדִּיחַ כְּדֵי לִיתֵּן פַּת לְתִינוֹק ביוה"כ וּמוֹנֵעַ מִלְּהַאֲכִילוֹ. אַלְמָא מַאֲכִיל צָרִיךְ נְטִילָה:
Qu'il ne voulait pas nourrir d'une seule main — même une seule main il ne voulait pas [la] rincer pour donner du pain à l'enfant le jour de Kippour, et il s'abstenait de le nourrir ; d'où [il ressort que] celui qui nourrit requiert le lavage.
💡 Explication

Preuve, de l'école de Menache (Rabban Chimon ben Gamliel) : à Kippour (jour où se laver est interdit), une femme peut rincer une main pour donner du pain à son enfant — signe que celui qui nourrit doit se laver. On dit de Chammai l'Ancien qu'il refusait de nourrir même d'une seule main [rincée] ; on décréta qu'il nourrisse de ses deux mains [donc qu'il les rince], par souci du bien-être de l'enfant. Le maakhil aurait donc besoin de lavage.

12
אָמַר אַבַּיֵּי: הָתָם מִשּׁוּם שִׁיבְתָּא.

Abaye a dit : là-bas [le motif du rinçage est] à cause de Chivta.

📜 Rachi (1)
הָתָם מִשּׁוּם שִׁיבְתָּא רוּחַ רָעָה שׁוֹרָה עַל יָדַיִם שֶׁלֹּא נָטְלוּ שַׁחֲרִית אֲבָל נָטַל יָדָיו שַׁחֲרִית וְלֹא נִזְהַר בָּהֶן וּבָא לְהַאֲכִיל אֶת חֲבֵירוֹ אֵין צָרִיךְ נְטִילָה וְלָא אָמְרִינַן דְּאַסְּתָם נוֹתֵן לְתוֹךְ פִּיו תִּקּוּן רַבָּנָן נְטִילָה:
Là-bas [c'est] à cause de Chivta — un esprit mauvais (roua raa) repose sur les mains qui n'ont pas été lavées le matin ; mais [celui qui] a lavé ses mains le matin et ne s'[en] est pas gardé, [puis] vient nourrir son compagnon, ne requiert pas de lavage ; et nous ne disons pas que, pour tout [cas] où l'on met [de la nourriture] dans la bouche [d'autrui], les Sages ont institué un lavage.
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם מִשּׁוּם שִׁיבְתָּא פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס רוּחַ רָעָה שׁוֹרָה עַל הַיָּדַיִם שֶׁלֹּא נָטְלוּ שַׁחֲרִית וְרַבֵּינוּ תָּם מְפָרֵשׁ דִּבְלֹא נְתִינַת פַּת לְתִינוֹק מֻותָּר לִיטֹּול יָדָיו שַׁחֲרִית בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים דְּלָא גָּרַע מִמְּלֻוכְלָכוֹת בְּטִיט וּבְצוֹאָה דְּאָמְרִינַן שֶׁרוֹחֵץ כְּדַרְכּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ וְאֵין לְךָ מְלֻוכְלָכוֹת יוֹתֵר מִזֶּה שֶׁאֵין יָכוֹל לִיגַע בְּפִיו וּבְעֵינָיו בְּחָוטְמוֹ וּבְאָזְנָיו דִּבְכוּלְּהוּ אָמְרִינַן בְּפֶ' שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים (שַׁבָּת דַּף קט.) דְּתִקָּצֵץ יָדוֹ מִשּׁוּם בַּת מֶלֶךְ וְשִׁיבְתָּא דְּהָכָא יֵשׁ לְפָרֵשׁ כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ ר"ח שֶׁהוּא רוּחַ רָעָה הַשּׁוֹרָה עַל הָאֹוכֶל כְּשֶׁבָּא לִיתֵּן הַפַּת לַתִּנוֹק בֶּן ד' וָהּ' שָׁנִים וְחוֹנֶקֶת אוֹתוֹ אִם לֹא נָטַל יָדָיו בְּאוֹתָהּ שָׁעָה אע"פ שֶׁנָּטַל שַׁחֲרִית וּמַה שֶׁאֵין אָנוּ נִזְהָרִים עַכְשָׁיו מִזֶּה לְפִי שֶׁאֵין אוֹתָהּ רוּחַ רָעָה מְצוּיָה בֵּינֵינוּ כְּמוֹ שֶׁאֵין אָנוּ נִזְהָרִין עַל הַזּוּגוֹת וְעַל הַגִּילּוּי:
Là-bas [c'est] à cause de Chivta — Rachi a expliqué [dans son] commentaire : un esprit mauvais repose sur les mains qui n'ont pas été lavées le matin ; et Rabbenou Tam explique que, [même] sans [vouloir] donner du pain à l'enfant, il est permis de laver ses mains le matin le jour de Kippour, car [cela] ne vaut pas moins que [des mains] souillées de boue et d'excrément, dont nous disons qu'on [les] lave à l'ordinaire sans s'[en] soucier ; et tu n'as pas de [mains plus] souillées que celles-là, [pour] lesquelles on ne peut toucher ni sa bouche, ni ses yeux, ni son nez, ni ses oreilles, car de toutes celles-ci nous disons au chapitre Chemona Cheratsim (Chabbat 109a) que [la main] doit être tranchée [si l'on touche] à cause de Bat Melekh et de Chivta. Et le 'Chivta' d'ici, on peut l'expliquer comme l'a expliqué Rabbenou Hananel : c'est un esprit mauvais qui repose sur l'aliment lorsqu'on vient donner le pain à l'enfant de quatre ou cinq ans, et l'étrangle si l'on n'a pas lavé ses mains à ce moment-là, bien qu'on [les] ait lavées le matin ; et si nous ne nous [en] gardons pas aujourd'hui, [c'est] parce que cet esprit mauvais n'est pas fréquent parmi nous, de même que nous ne nous gardons pas des paires (zougot) ni du [découvert] exposé (guiloui).
💡 Explication

Réfutation d'Abaye : le rinçage de Kippour n'est pas pour la nourriture comme telle, mais à cause de Chivta — un esprit mauvais qui se pose sur les mains non lavées du matin, dangereux pour l'enfant qu'on nourrit. Donc cela ne prouve pas que le maakhil [ayant déjà lavé le matin] doive se relaver.

13
תָּא שְׁמַע, דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל אַשְׁכְּחֵיהּ לִשְׁמוּאֵל דְּקָא בָכֵי. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי קָא בָּכֵית? דְּמֵחַיִּין רַבַּאי. אַמַּאי? דְּאָמַר לִי: קָא סָפֵית לִבְרַאי וְלָא מְשֵׁית יְדָיךְ. וְאַמַּאי לָא מֵשִׁית? אֲמַר לֵיהּ: הוּא אָכֵיל וַאֲנָא מָשֵׁינָא?!

Viens entendre : car le père de Chmouel trouva Chmouel qui pleurait. Il lui dit : pourquoi pleures-tu ? — Parce que mon maître m'a frappé. — Pourquoi ? — Parce qu'il m'a dit : tu nourris mon fils et tu n'as pas lavé tes mains. — Et pourquoi n'as-tu pas lavé ?

Il lui dit : [est-ce] lui [qui] mange et [c'est] moi [qui devrais] laver ?!

📜 Rachi (2)
דְּמֵחַיִּין רַבַּאי:
[Parce] que mon maître m'a frappé.
קָסְפִית לְבָרָאֵי בִּדְלָא מֵשִׁית הֶאֱכַלְתָּ אֶת בָּנַי וְלֹא רְחַצְתְּ יָדַיִם תְּחִלָּה:
Tu nourris mon fils sans avoir lavé — tu as nourri mon fils et tu n'as pas lavé tes mains au préalable.
💡 Explication

Nouvelle preuve : le père de Chmouel trouve le jeune Chmouel en pleurs, frappé par son maître. Le motif : Chmouel nourrissait le fils du maître sans s'être lavé les mains. Chmouel s'indigne : 'c'est lui qui mange, et c'est moi qui devrais me laver ?' — la question reste de savoir si le maître avait raison (le maakhil doit se laver) ou Chmouel (il n'a pas à se laver).

14
אֲמַר לֵיהּ: לָא מִיסָּתְייֵהּ דְּלָא גְּמִיר, מִימְחָא נָמֵי מָחֵי! וְהִלְכְתָא: אוֹכֵל מֵחֲמַת מַאֲכִיל – צָרִיךְ נְטִילַת יָדַיִם, מַאֲכִיל – אֵינוֹ צָרִיךְ נְטִילַת יָדַיִם.

[Le père de Chmouel] lui dit : il ne [lui] suffit pas de ne pas savoir [la halakha], il frappe encore ! Et la halakha [est] : celui qui mange de la main d'un autre qui le nourrit (okhel mehamat maakhil) — requiert le lavage des mains ; celui qui nourrit (maakhil) — ne requiert pas le lavage des mains.

📜 Rachi (1)
לָא מִסָּתְייֵהּ דְּלָא גְּמִיר לֹא דַּי לוֹ שֶׁאֵינוֹ בָּקִי בְּהִלְכוֹת נְטִילָה שֶׁהַמַּאֲכִיל אֵין צָרִיךְ לִיטֹּול:
Il ne lui suffit pas de ne pas savoir — il ne lui suffit pas de ne pas être versé dans les lois du lavage [à savoir] que celui qui nourrit n'a pas besoin de laver [ses mains].
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: לָא מִסָּתְיֵיהּ דְּלָא גְּמִיר, מִימְחָא נָמֵי מָחֵי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי לֹא אָמַר כֵּן קֹודֶם שֶׁשָּׁאֲלוּ 'אַמַּאי לָא מֵשִׁית'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד רָצָה לְבָדְקוֹ תְּחִלָּה אִם יָדַע הַדִּין דְּאֵין צָרִיךְ נְטִילָה אוֹ לֹא יָדַע וְזִלְזֵל בִּנְטִילַת יָדָיִים דְּאִי הֲוָה הָכֵי רָאוּי לְהַכָּאָה דְּאַף עַל גַּב דְּעַל פִּי הַדִּין אֵינוֹ חַיָּיב לִיטֹּול עִם כָּל זֶה הוּא לֹא יָדַע הַדִּין וְזִלְזֵל בִּנְטִילַת יָדָייִם לְפִי יְדִיעָתוֹ וְלָכֵן לֹא אָמַר לָא מִסָּתְיֵיהּ וְכוּ' לְהִתְרַעֵם עַל הַהַכָּאָה שֶׁהִכָּהוּ אֶלָּא אַחַר דְּנִתְבָּרֵר אֶצְלוֹ דְּלָא הָיָה שְׁמוּאֵל מְזַלְזֵל בִּנְטִילַת יָדָיִים אֶלָּא יָדַע הַדִּין דְּאֵין צֹרֶךְ נְטִילָה וּלְהָכִי לֹא נָטַל.
'Il lui dit : il ne [lui] suffit pas de ne pas savoir [la halakha], il frappe encore.' Il y a lieu de demander : pourquoi [le père] n'a-t-il pas dit cela avant de [lui] demander 'pourquoi n'as-tu pas lavé ?' ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il voulut d'abord l'examiner [pour savoir] s'il connaissait la loi selon laquelle il n'est pas besoin de lavage, ou [s']il ne [la] connaissait pas et [avait] négligé le lavage des mains ; car s'il en était ainsi, [Chmouel] eût mérité la correction — car bien que, selon la loi, il ne fût pas tenu de laver, néanmoins il ne connaissait pas la loi et avait négligé le lavage des mains selon [ce qu'il croyait de] son savoir. C'est pourquoi [le père] ne dit 'il ne [lui] suffit pas, etc.', pour se plaindre de la correction que [le maître] lui avait infligée, qu'après qu'il lui fut avéré que Chmouel n'avait pas négligé le lavage des mains, mais [qu'au contraire] il connaissait la loi selon laquelle il n'est pas besoin de lavage, et [que] c'est pour cela qu'il n'avait pas lavé.
💡 Explication

Le père de Chmouel donne raison à son fils contre le maître : 'il ne lui suffit pas de ne pas savoir [la halakha], il frappe en plus !' — car le maakhil n'a pas à se laver. La Guemara tranche (voir le schéma) : celui qui mange de la main d'un autre requiert le lavage ; celui qui nourrit ne le requiert pas.

15
מַתְנִי׳ צוֹרֵר אָדָם בָּשָׂר וּגְבִינָה בְּמִטְפַּחַת אַחַת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהוּ נוֹגְעִין זֶה בָּזֶה. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: שְׁנֵי אַכְסְנָאִין אוֹכְלִין עַל שֻׁלְחָן אֶחָד, זֶה בָּשָׂר וְזֶה גְּבִינָה, וְאֵין חוֹשְׁשִׁין.

MICHNA. Un homme lie de la viande et du fromage dans un même linge (mitpahat), pourvu qu'ils ne se touchent pas l'un l'autre.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : deux hôtes (akhsenaïn) mangent à une même table, l'un de la viande et l'autre du fromage, et l'on ne s'[en] soucie pas.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' שְׁנֵי אַכְסְנָאִין אֵין לָחוּשׁ שֶׁיֹּאכַל זֶה מִשֶּׁל חֲבֵירוֹ:
MICHNA. Deux hôtes — il n'y a pas à craindre que l'un mange de celui de l'autre.
💡 Explication

Nouvelle michna (début du thème viande-fromage, voir le schéma). On peut lier viande et fromage dans un même linge pourvu qu'ils ne se touchent pas. Rabban Chimon ben Gamliel : deux hôtes (akhsenaïn) peuvent manger à une même table, l'un de la viande l'autre du fromage, sans crainte qu'ils en viennent à transgresser l'interdit viande-lait.

16
גְּמָ׳ וְכִי נוֹגֵעַ זֶה בָּזֶה, מַאי הָוֵי? צוֹנֵן בְּצוֹנֵן הוּא! אָמַר אַבַּיֵּי: נְהִי דִּקְלִיפָה לָא בָּעֵי, הַדָּחָה מִי לָא בָּעֵי?

GUEMARA. Et s'ils se touchent l'un l'autre, qu'y a-t-il [à craindre] ?

C'[est] du froid [au contact] du froid (tsonen be-tsonen) [donc nulle absorption] ! Abaye a dit : certes [le froid] ne requiert pas l'épluchage (kelipa), mais ne requiert-il pas le rinçage (hadaha) ?

💡 Explication

La Guemara demande : si viande et fromage se touchent, quel mal, puisque c'est froid contre froid (tsonen be-tsonen) et qu'il n'y a donc nulle absorption de goût ? Abaye : certes le froid ne requiert pas d'éplucher (kelipa) le point de contact, mais il requiert tout de même un rinçage (hadaha) — d'où le décret de ne pas les laisser se toucher, de peur qu'on ne les mange sans rincer.

17
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: שְׁנֵי אַכְסְנָאִין אוֹכְלִין עַל שֻׁולְחָן וְכוּ׳. אָמַר רַב חָנָן בַּר אַמֵּי אָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה, אֲבָל מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה – אָסוּר.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : deux hôtes mangent à une table, etc. Rav Hanan bar Ami a dit au nom de Chmouel : on n'a enseigné [cela] que [pour le cas] où ils ne se connaissent pas l'un l'autre ; mais [s']ils se connaissent l'un l'autre — c'est interdit.

💡 Explication

Rav Hanan bar Ami au nom de Chmouel précise la michna : la permission de manger viande et fromage à une même table ne vaut que pour des hôtes qui ne se connaissent pas (chacun ne goûterait pas au mets de l'autre) ; mais s'ils se connaissent, c'est interdit — chacun pourrait goûter au plat voisin.

18
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: שְׁנֵי אַכְסְנָאִים שֶׁנִּתְאָרְחוּ לְפֻונְדָּק אֶחָד, זֶה בָּא מִן הַצָּפוֹן וְזֶה בָּא מִן הַדָּרוֹם, זֶה בָּא בַּחֲתִיכָתוֹ וְזֶה בָּא בִּגְבִינָתוֹ, אוֹכְלִין עַל שֻׁלְחָן אֶחָד, זֶה בָּשָׂר וְזֶה גְּבִינָה, וְאֵין חוֹשְׁשִׁין.

Il est aussi enseigné ainsi [dans une braita] : Rabban Chimon ben Gamliel dit : deux hôtes qui ont logé dans une même auberge (pundak), l'un venu du nord et l'autre venu du sud, l'un venu avec son morceau [de viande] et l'autre venu avec son fromage, mangent à une même table, l'un de la viande et l'autre du fromage, et l'on ne s'[en] soucie pas.

📜 Rachi (1)
גְּמ' זֶה בָּא מִן הַצָּפוֹן כו' אַלְמָא דַּוְקָא בְּשֶׁאֵין מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה קָאָמַר:
GUEMARA. L'un venu du nord, etc. — d'où [il ressort que c'est] précisément [pour le cas] où ils ne se connaissent pas l'un l'autre qu'il parle.
💡 Explication

Braita confirmant la lecture de Chmouel : deux hôtes logés dans une même auberge (pundak), venus chacun d'un côté (nord / sud), chacun apportant son propre mets (l'un sa viande, l'autre son fromage) — donc des inconnus l'un de l'autre — peuvent manger ensemble sans crainte.

19
וְלֹא אָסְרוּ אֶלָּא בִּתְפִיסָה אַחַת. תְּפִיסָה אַחַת סָלְקָא דַּעְתָּךְ? אֶלָּא כְּעֵין תְּפִיסָה אַחַת.

Et l'on n'a interdit que [le cas] d'une seule prise (tefisa ahat). Une seule prise, te vient-il à l'esprit [de l'entendre littéralement] ?

Plutôt, comme une seule prise (ke-ein tefisa ahat).

📜 Rachi (3)
וְלֹא אָסְרוּ לְהַעֲלוֹת בָּשָׂר עִם הַגְּבִינָה עַל הַשֻּׁולְחָן:
Et l'on n'a interdit — de monter [sur la table] la viande avec le fromage.
אֶלָּא בִּתְפִיסָה אַחַת בְּכֶרֶךְ אֶחָד:
Que [le cas] d'une seule prise — en un seul paquet (kerekh).
תְּפִיסָה אַחַת ס"ד הָא בְּלֹא שֻׁלְחָן אוֹכֵל עָלָיו נָמֵי אָסוּר:
Une seule prise, te vient-il à l'esprit — or, [même] sans la table, manger dessus [ensemble] aussi [est] interdit.
🗂️ Tossefot (1)
כְּעֵין תְּפִיסָה אַחַת וְאִם יֵשׁ דָּבָר מַפְסִיק לָא הָוֵי כְּעֵין תְּפִיסָה אַחַת כְּהַהִיא דְּמַסֶּכֶת ע"ז בְּפֶרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף נ.) גַּבֵּי אַבְנֵי מַרְקוּלִיס דְּאָמַר כָּאן בִּתְפִיסָה אַחַת כָּאן בִּשְׁתֵּי תְּפִיסוֹת וְהֵיכִי דָּמֵי כְּגוֹן דְּאִיכָּא גֹּובַהּ בֵּינֵי וּבֵינֵי וּלְפִיכָךְ נוֹהֲגִין עַכְשָׁיו כְּשֶׁזֶּה אוֹכֵל בָּשָׂר וְזֶה אוֹכֵל גְּבִינָה עַל שֻׁלְחָן אֶחָד מַנִּיחִין לֶחֶם אוֹ קַנְקַן אוֹ שְׁאָר כֵּלִים לְהַפְסִיק בֵּינְתַייִם אוֹ אוֹכֵל עַל מַפָּה אַחֶרֶת דְּהָוֵי כְּעֵין שְׁתֵּי תְּפִיסוֹת וי"מ דְּלָא אָסְרוּ אֶלָּא בִּתְפִיסָה אַחַת כְּלוֹמַר שֶׁהֵן בְּהוֹצָאָה אַחַת כְּגוֹן אַחִים שֶׁקָּנוּ אֶתְרוֹג בִּתְפִיסַת הַבַּיִת דְּיֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב קלז:) וּפָרִיךְ תְּפִיסָה אַחַת ס"ד מַה לִי בְּהוֹצָאָה אַחַת וּמַה לִי בִּשְׁתֵּי הוֹצָאוֹת אִם מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה וּמְשַׁנֵּי כְּעֵין תְּפִיסָה אַחַת דְּהַיְינוּ שֶׁמַּכִּירִין זֶה אֶת זֶה וּלְפִי' זֶה לָא אַיְירֵי כְּלָל שֶׁיְּהֵא מֻותָּר לֶאֱכֹול עַל שֻׁלְחָן אֶחָד בִּשְׁבִיל הֶפְסֵק שֶׁבֵּינְתַיִים:
Comme une seule prise — et s'il y a un objet qui sépare, ce n'est pas comme une seule prise, ainsi qu'[il en est] dans le traité Avoda Zara, au chapitre Rabbi Yichmael (Avoda Zara 50a), à propos des pierres de Markoulis, où il dit : ici [c'est le cas] d'une seule prise, là [le cas] de deux prises ; et quel [en est] le cas ? par exemple lorsqu'il y a une élévation (govah) entre [elles]. C'est pourquoi l'on a coutume aujourd'hui, lorsque l'un mange de la viande et l'autre du fromage à une même table, de poser du pain, ou une cruche, ou d'autres ustensiles pour séparer entre [eux], ou bien [chacun] mange sur un autre linge, ce qui [les rend] comme deux prises. Et certains expliquent [que] l'on n'a interdit que [le cas] d'une seule prise, c'est-à-dire qu'ils [sont] dans une seule dépense (hotsaa ahat), comme des frères qui ont acheté un etrog dans [le cadre de] la prise [commune] de la maison [au chapitre] Yech Nohalin (Baba Batra 137b) ; et [le Talmud] objecte : 'une seule prise, te vient-il à l'esprit ?' — que m'importe [qu'ils soient] dans une seule dépense ou dans deux dépenses, [s']ils se connaissent l'un l'autre ! Et [le Talmud] répond : comme une seule prise, c'est-à-dire qu'ils se connaissent l'un l'autre ; et selon cette explication, [la braita] ne traite nullement [du fait] qu'il serait permis de manger à une même table grâce à une séparation au milieu.
💡 Explication

La braita ajoute : on n'interdit que le cas d'une seule prise (tefisa ahat). La Guemara objecte : l'entendre littéralement serait absurde [manger ensemble dans un même paquet est évidemment interdit]. Donc il faut comprendre : comme une seule prise (ke-ein tefisa ahat) — c'est-à-dire des convives quelque peu familiers, comme s'ils mangeaient d'un même paquet.

20
אֲמַר לֵיהּ רַב ייֵמַר בַּר שֶׁלֶמְיָא לְאַבָּיֵי: שְׁנֵי אַחִין, וּמַקְפִּידִין זֶה עַל זֶה, מַהוּ?

Rav Yemar bar Chelamia dit à Abaye : deux frères, qui sont pointilleux l'un envers l'autre (makpidin) [chacun ne laissant pas l'autre manger de son mets], quoi [le statut] ?

📜 Rachi (1)
מַהוּ כֵּיוָן דְּמַקְפִּידִין שֶׁאֵין זֶה אוֹכֵל מִשֶּׁל זֶה מֻותָּר אוֹ לֹא:
Quoi — puisqu'ils sont pointilleux, [à savoir] que l'un ne mange pas de celui de l'autre, est-ce permis ou non ?
💡 Explication

Rav Yemar bar Chelamia interroge Abaye sur un cas limite : deux frères qui se connaissent assurément, mais qui sont pointilleux (makpidin) — chacun refusant que l'autre mange de son mets. Est-ce permis (puisque, de fait, aucun ne goûterait au plat de l'autre) ou interdit (comme tous ceux qui se connaissent) ?

21
אֲמַר לֵיהּ: יֹאמְרוּ כָּל הַסְּרִיקִין אֲסוּרִין, וּסְרִיקֵי בַּיְיתוֹס מֻותָּרִין?!

Il lui dit : dira-t-on [que] tous les [gâteaux] décorés (serikin) [sont] interdits, mais [que] les [gâteaux] décorés de Baitos [sont] permis ?!

💡 Explication

Abaye répond par l'analogie des gâteaux de Baitos : les Sages ont interdit les gâteaux décorés (serikin) à Pessa'h, de peur que leur façonnage prolongé ne les fasse lever ; Baitos voulait en faire sans risque, mais on le lui interdit, pour qu'on ne dise pas : 'tous les gâteaux décorés sont interdits, mais ceux de Baitos sont permis'. De même ici : on n'admet pas d'exception (les frères pointilleux) qui prêterait à confusion — c'est donc interdit.

22
וּלְטַעְמִיךְ, הָא דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד מֻותָּר לְכַבְּסוֹ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד. יֹאמְרוּ:

[Rav Yemar répondit :] mais selon ton raisonnement, ce qu'a dit Rabbi Assi au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui n'a qu'une seule tunique (halouk) — il lui est permis de la laver durant les jours intermédiaires de la fête (hol ha-moed) [serait pareillement à récuser] ! Dira-t-on :

💡 Explication

Rav Yemar retourne l'argument : selon le raisonnement d'Abaye, il faudrait aussi récuser l'enseignement de Rabbi Yo'hanan permettant à qui n'a qu'une seule tunique de la laver à hol ha-moed (les jours intermédiaires de fête, où laver est en principe interdit) — car là aussi on pourrait dire [une exception prêterait à confusion]. La sougya se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).