Chullin 109a — la goutte de lait dans la marmite (efshar lesochto, min be-mino), puis la mamelle et le cœur

Chullin 109a

Sougya : La première moitié du daf achève la sougya de la goutte de lait tombée sur un morceau de viande dans une marmite. Rabbi arbitre entre Rabbi Yehuda (qui interdit) et les Sages (qui permettent), et la Guemara dégage deux principes en litige : peut-on, ou non, sauver un aliment en l'essorant (efshar lesochto moutar / assour), et une espèce mêlée à sa propre espèce (min be-mino) s'annule-t-elle ou non.

Rav Aha de Difti objecte à Ravina qu'on pourrait tout expliquer par le seul désaccord sur min be-mino ; Ravina montre que la double formule de Rabbi ('les propos de R. Yehuda paraissent justes dans tel cas, et ceux des Sages dans tel autre') n'a de sens que si le litige porte aussi sur efshar lesochto.

La halakha suit R. Yehuda : efshar lesochto est interdit (le morceau devient nevela) et min be-mino ne s'annule pas.

La seconde moitié ouvre une nouvelle michna : la mamelle (kachal), pleine de lait, et le cœur (lev), plein de sang — on les déchire pour en faire sortir le lait ou le sang ; mais celui qui ne les a pas déchirés avant de cuire ne transgresse pas l'interdit.

La goutte de lait dans la marmite : trois positions une goutte de lait tombe sur un morceau de viande, dans une marmite de viande Rabbi Yehuda on peut l'essorer = INTERDIT le morceau devient nevela espèce dans son espèce ne s'annule PAS le morceau interdit en interdit tous les autres, fussent-ils mille (même d'un rien, be-machehou) Hakhamim (Sages) on peut l'essorer = PERMIS le morceau ne devient pas nevela espèce dans son espèce s'annule (batel) tant qu'il n'y a pas de quoi donner goût à l'ensemble Rabbi (l'arbitre) il n'a PAS remué d'abord -> comme R. Yehuda (le morceau a absorbé : interdit) il a remué dès le début -> comme les Sages (le goût s'est aussitôt diffusé) Tranche : efshar lesochto ASSOUR + min be-mino ne s'annule pas (halakha comme R. Yehuda)
Les trois positions sur la goutte de lait (segments 0-7) : R. Yehuda interdit, les Sages permettent, Rabbi arbitre selon qu'on a remué ou non. La halakha suit R. Yehuda.
La michna : la mamelle (kachal) et le cœur (lev) Kachal (la mamelle) pleine de lait : viande + lait ensemble il la déchire (kor'o) et en sort le lait -> on peut la cuire il ne l'a PAS déchirée il ne transgresse pas (ce n'est pas un 'lait' au sens de la Torah) Lev (le cœur) plein de sang il le déchire (kor'o) et en sort le sang -> on peut le cuire et le manger il ne l'a PAS déchiré il ne transgresse pas (le cœur est lisse, il n'absorbe pas)
La nouvelle michna (segment 8) : la mamelle et le coeur — on les déchire pour en extraire lait et sang ; faute de les avoir déchirés, on ne transgresse pas.
1
מכלל דרבי יהודה סבר: כי ניער מתחלה ועד סוף וכסה מתחלה ועד סוף – אסור, אמאי? הא לא בלע כלל!

[De là] on conclut [par inférence] que Rabbi Yehuda tient : lorsqu'il a remué [le contenu] du début à la fin, et [l']a couvert du début à la fin — [c'est] interdit. Pourquoi [donc] ?

Or [le morceau] n'a rien absorbé du tout !

📜 Rachi (2)
ופרכינן מכלל דר' יהודה סבר כי ניער כו' נמי אסירי דמדקאמר רואה אני דברי ר' יהודה בשלא ניער בתחלה אבל איני רואה את מה שהוא אוסר אף בשניער מכלל דאיהו אף בשניער אסר מדלא קתני אמר רבי לא אמר ר' יהודה אלא בשלא ניער:
Et nous objectons : '[de là] on conclut que R. Yehuda tient : lorsqu'il a remué etc.' — [le contenu est] interdit lui aussi ; car, du fait qu'il dit 'je vois [comme justes] les propos de R. Yehuda lorsqu'il n'a pas remué au début' — mais 'je ne vois pas' ce qu'il [R. Yehuda] interdit même lorsqu'il a remué — on conclut que lui [R. Yehuda] interdit même lorsqu'il a remué, puisqu'il [Rabbi] n'enseigne pas 'Rabbi a dit : R. Yehuda n'a parlé que [du cas] où l'on n'a pas remué'.
הא לא בלעה חתיכה ראשונה יותר מן האחרונה ובטיפה הזאת אין שיעור לאסור את כולן:
Or il [le morceau] n'a [rien] absorbé — le premier morceau [n'a rien absorbé] de plus que le dernier ; et dans cette goutte[-là] il n'y a pas de quoi tous les interdire.
💡 Explication

On suit la sougya depuis 108b. Rabbi a dit que les propos de R. Yehuda paraissent justes 'lorsqu'on n'a pas remué ni couvert'. On en infère que R. Yehuda lui-même interdit même quand on a remué et couvert du début à la fin. Difficulté : si l'on a remué d'emblée, le goût du lait s'est aussitôt diffusé dans toute la marmite ; le premier morceau n'a rien absorbé de plus que les autres — pourquoi serait-il interdit ?

🖼️ Schéma
La goutte de lait dans la marmite : trois positions une goutte de lait tombe sur un morceau de viande, dans une marmite de viande Rabbi Yehuda on peut l'essorer = INTERDIT le morceau devient nevela espèce dans son espèce ne s'annule PAS le morceau interdit en interdit tous les autres, fussent-ils mille (même d'un rien, be-machehou) Hakhamim (Sages) on peut l'essorer = PERMIS le morceau ne devient pas nevela espèce dans son espèce s'annule (batel) tant qu'il n'y a pas de quoi donner goût à l'ensemble Rabbi (l'arbitre) il n'a PAS remué d'abord -> comme R. Yehuda (le morceau a absorbé : interdit) il a remué dès le début -> comme les Sages (le goût s'est aussitôt diffusé) Tranche : efshar lesochto ASSOUR + min be-mino ne s'annule pas (halakha comme R. Yehuda)
Les trois positions sur la goutte de lait : pourquoi R. Yehuda interdit même lorsqu'on a remué, alors que le goût s'est diffusé partout.
2
אימא: לא ניער יפה יפה, ולא כסה יפה יפה.

Dis [plutôt] : [le souci est qu']il n'a peut-être pas remué très bien, et n'a peut-être pas couvert très bien.

📜 Rachi (1)
שמא לא ניער תחלה יפה ובלעה ואח"כ פלטה כשניער בסוף ובהא גזירה לא סבר לה רבי כוותיה אבל בדאפשר לסוחטו אסור ובמין במינו לא בטיל סבר לה כוותיה:
[Le souci qu']il n'a peut-être pas remué bien au début — [le morceau] a [alors] absorbé, puis a rejeté [le goût] lorsqu'il a remué à la fin ; et sur ce décret[-là] Rabbi n'est pas de son avis. Mais sur '[un aliment qu']on peut essorer est interdit', et sur 'une espèce dans son espèce ne s'annule pas', il est de son avis.
💡 Explication

Réponse : R. Yehuda est sévère car on craint qu'on n'ait pas remué parfaitement au départ. Alors le premier morceau aurait pu, d'abord, absorber le lait (et devenir interdit), puis, lorsqu'on remue bien à la fin, rejeter ce goût dans les autres morceaux. Rabbi, lui, ne partage pas cette crainte ; il s'accorde à R. Yehuda seulement sur les deux principes de fond (essorer reste interdit, espèce dans son espèce ne s'annule pas).

3
אמר מר, ודברי חכמים כשניער וכסה. מאי ״ניער״ ומאי ״כסה״? אילימא ניער בסוף ולא ניער בתחלה, וכסה בסוף ולא כסה בתחלה – האמרת נראין דברי רבי יהודה בהא! אלא ניער מתחלה ועד סוף, וכסה מתחלה ועד סוף.

Le Maître a dit : 'et les propos des Sages [paraissent justes] lorsqu'il a remué et couvert'. Que [signifie] 'remué' et que [signifie] 'couvert' ?

Si l'on dit [qu'il s'agit du cas où] il a remué à la fin et n'a pas remué au début, et [où il] a couvert à la fin et n'a pas couvert au début — n'as-tu pas [déjà] dit 'les propos de Rabbi Yehuda paraissent [justes] dans ce [cas]' ! Plutôt [c'est le cas où] il a remué du début à la fin, et [où il] a couvert du début à la fin.

📜 Rachi (4)
אמר מר ודברי חכמים המתירין את הכל נראין לרבי כשניער אבל בשלא ניער לא נראה לו מכלל דהם מתירין אף בשלא ניער:
Le Maître a dit : 'et les propos des Sages' — qui permettent le tout, 'paraissent [justes]' à Rabbi 'lorsqu'il a remué' ; mais 'lorsqu'il n'a pas remué', [cela] ne lui paraissait pas [juste] — on conclut donc qu'ils [les Sages] permettent même lorsqu'on n'a pas remué.
ומאי ניער דקאמר רבי:
Et que [signifie] 'remué' — que dit Rabbi ?
אילימא ניער בסוף ולא בתחלה דאע"ג דקבלה את הטעם קאמר רבי דרואה הוא את דברי המתירין הואיל וניער בסוף וחזר ונסחט דקסבר אפשר לסוחטו מותר האמרת נראין דברי ר' יהודה בהא:
Si l'on dit [qu']il a remué à la fin et non au début — car, bien qu'[le morceau] ait reçu le goût, Rabbi dit qu'il voit [comme justes] les propos de ceux qui permettent, dès lors qu'il a remué à la fin et [que le goût] est ressorti, car il tient que [ce qu']on peut essorer est permis — [à cela on répond :] n'as-tu pas [déjà] dit 'les propos de R. Yehuda paraissent [justes] dans ce [cas]' !
ניער מתחלה ועד סוף ראה את דברי המתירין בזו דכיון דפשט מתחלה הטעם בכולה קדרה ואין בה כדי לאסור את כולה מותר ולא ראה דברי ר' יהודה החושש שמא לא ניער יפה יפה:
[Il a] remué du début à la fin — il a vu [comme justes] les propos de ceux qui permettent dans ce [cas], car, puisque le goût s'est diffusé dès le début dans toute la marmite et qu'il n'y a pas [assez] en elle pour tout interdire, [c'est] permis ; et il n'a pas vu [comme justes] les propos de R. Yehuda, qui craint qu'on n'ait peut-être pas remué très bien.
🗂️ Tossefot (1)
ודברי חכמים כשניער מאי ניער אילימא ניער בסוף ולא בתחלה ה"מ למיפרך מכלל דלרבנן אפילו לא ניער כלל מבלע בלע מיפלט לא פליט אלא דפריך טפי שפיר:
'Et les propos des Sages [paraissent justes] lorsqu'il a remué ; que [signifie] remué ? si l'on dit [qu']il a remué à la fin et non au début' — il aurait pu objecter [autrement] : 'on conclut [par inférence] que, pour les Sages, même s'il n'a pas remué du tout, [le morceau] absorbe certes mais ne rejette pas' ; mais [le Talmud] objecte de manière plus pertinente [par la formulation choisie].
💡 Explication

Analyse de la seconde clause de Rabbi : 'les Sages paraissent justes lorsqu'on a remué et couvert'. Que vise 'remué' ? Si c'est 'remué à la fin seulement' (sans remuer au début), c'est exactement le cas où Rabbi a déjà donné raison à R. Yehuda — contradiction. Il faut donc comprendre : 'remué du début à la fin', le goût s'étant diffusé d'emblée dans toute la marmite.

4
מכלל דרבנן סברי: ניער בסוף ולא ניער בתחלה, כסה בסוף ולא כסה בתחלה – מותר.

[De là] on conclut [par inférence] que les Sages tiennent : [s']il a remué à la fin et n'a pas remué au début, [s']il a couvert à la fin et n'a pas couvert au début — [c'est] permis.

📜 Rachi (1)
מכלל דרבנן סברי כו' מדקאמר רואה אני את דבריהם בשניער בתחלה ואין אני רואה את דבריהם מה שהתירו בשלא ניער מתחלה והן מתירין אותו בניעור שבסוף ומשום סחיטה מכלל דקסברי אפשר לסוחטו מותר:
'[De là] on conclut que les Sages tiennent etc.' — du fait qu'il [Rabbi] dit 'je vois [comme justes] leurs propos lorsqu'il a remué au début, mais je ne vois pas leurs propos en ce qu'ils [ont] permis lorsqu'on n'a pas remué au début' — or eux le permettent par le remuement [fait] à la fin, et [ce] au titre de l'essorage — on conclut qu'ils tiennent : '[ce qu']on peut essorer est permis'.
💡 Explication

Inférence symétrique du côté des Sages : puisque Rabbi ne leur donne raison que 'lorsqu'on a remué [du début à la fin]', c'est qu'eux-mêmes permettent même lorsqu'on n'a remué qu'à la fin. Donc, pour les Sages, même le premier morceau (qui a pu absorber, puis rejeter) est permis : le goût qu'il a absorbé est ressorti — on peut l'essorer.

5
אלמא קסברי אפשר לסוחטו מותר.

Il s'ensuit donc qu'ils tiennent : '[ce qu']on peut essorer est permis'.

💡 Explication

Conclusion : les Sages tiennent efshar lesochto moutar — un aliment dont on peut faire ressortir (essorer) la substance interdite [qu'il a absorbée] reste permis. C'est le point de divergence avec R. Yehuda (et Rabbi), pour qui efshar lesochto assour : même essorable, le morceau est devenu interdit.

6
אמר ליה רב אחא מדיפתי לרבינא: ממאי דבאפשר לסוחטו פליגי? דלמא אפשר לסוחטו דברי הכל אסור, והכא במין במינו קא מיפלגי, ורבי יהודה לטעמיה דאמר: מין במינו לא בטיל, ורבנן לטעמייהו דאמרי: מין במינו בטיל!

Rav Aha de Difti dit à Ravina : d'où [sait-on] que c'est sur '[ce qu']on peut essorer' qu'ils divergent ? Peut-être, '[ce qu']on peut essorer', de l'avis de tous [c'est] interdit, et ici [c'est] sur 'espèce dans son espèce' (min be-mino) qu'ils divergent : Rabbi Yehuda [reste] fidèle à son raisonnement, lui qui dit 'une espèce dans son espèce ne s'annule pas', et les Sages [restent] fidèles à leur raisonnement, eux qui disent 'une espèce dans son espèce s'annule' !

📜 Rachi (1)
וממאי דבאפשר לסוחטו פליגי והאי עד שתתן דקאמרי רבנן אטיפה קאי ושרי אף החתיכה דילמא חתיכה קמייתא ודאי אסירא ואסיפא דמילתיה דרבי יהודה דאסר את השאר אפילו הן אלף מפני שהן מינה פליגי רבנן ואמרי לעולם אין חתיכה זו אוסרת את השאר עד שיהא בחתיכה כדי לתת טעם בכולן דמין במינו נמי בטיל ורבי הכי קאמר רואה אני את דברי רבי יהודה לאסור אף בשאר החתיכות בשלא ניער בתחלה וקבלה טעם האיסור ונעשת איסור אלא בסוף וחזרה ופלטה באחרות ומין במינו לא בטיל ואין אני רואה דבריו בשניער בתחלה דהא לא נעשת איסור ולשמא לא ניער יפה לא חיישינן ורואה אני את דברי המתירין כשניער בתחלה כדפרישית דלא נעשת איסור ולשמא לא ניער לא חיישינן ואין אני רואה היתר אפילו באחרות בשלא ניער בתחלה אלא בסוף דנעשת איסור מתחלה ואוסרת בסוף את חברותיה במשהו דמין במינו לא בטיל:
'Et d'où [sait-on] que c'est sur [ce qu']on peut essorer qu'ils divergent' — or ce 'jusqu'à ce qu'il y ait de quoi [donner goût]' que disent les Sages porte sur la goutte, et [cela] permet aussi le morceau [premier]. Peut-être [au contraire] le premier morceau est-il assurément interdit, et [est-ce] sur la fin du propos de R. Yehuda — qui interdit le reste 'fussent-ils mille, parce qu'ils sont de son espèce' — que les Sages divergent, en disant : 'jamais ce morceau-ci n'interdit le reste, tant qu'il n'y a pas dans le morceau de quoi donner goût à tous', car une espèce dans son espèce s'annule elle aussi. Et Rabbi dit ceci : 'je vois [comme justes] les propos de R. Yehuda, [à savoir] d'interdire même dans les autres morceaux, [dans le cas] où l'on n'a pas remué au début, [et où le morceau] a reçu le goût de l'interdit et est devenu interdit, mais [seulement] à la fin a-t-il [le morceau] de nouveau rejeté [ce goût] dans les autres, et une espèce dans son espèce ne s'annule pas ; et je ne vois pas ses propos [comme justes lorsqu']il a remué au début, car alors [le morceau] n'est pas devenu interdit, et au [souci] qu'on n'aurait peut-être pas bien remué nous ne prêtons pas attention ; et je vois [comme justes] les propos de ceux qui permettent lorsqu'il a remué au début, comme je l'ai expliqué, car [le morceau] n'est pas devenu interdit et au [souci] qu'on n'aurait peut-être pas remué nous ne prêtons pas attention ; mais je ne vois pas [comme juste] la permission, fût-ce dans les autres [morceaux], [dans le cas] où l'on n'a pas remué au début mais [seulement] à la fin, car [le morceau] est devenu interdit dès le début et interdit à la fin ses compagnons, d'un rien (be-machehou), car une espèce dans son espèce ne s'annule pas'.
💡 Explication

Objection de Rav Aha de Difti : rien n'oblige à placer le litige sur l'essorage. Peut-être tous admettent-ils qu'efshar lesochto est interdit, et le désaccord ne porte-t-il que sur min be-mino (espèce dans son espèce) : R. Yehuda tient qu'elle ne s'annule pas (donc le premier morceau interdit rend tout interdit), les Sages qu'elle s'annule (donc tant qu'il n'y a pas de quoi donner goût, tout est permis).

7
האי מאי? אי אמרת בשלמא דרבנן במין במינו הכא כרבי יהודה סבירא להו, ובאפשר לסוחטו פליגי – היינו דקאמר רבי: נראין דברי רבי יהודה בהא, ודברי חכמים בהא.

[Ravina répondit :] qu'est-ce [que cette objection] ? Accorde [seulement] que tu dises [que], pour les Sages [le cas de] 'espèce dans son espèce', ici, ils tiennent comme Rabbi Yehuda, et [que] c'est sur '[ce qu']on peut essorer' qu'ils divergent — [alors] c'est [bien] ce que dit Rabbi : 'les propos de Rabbi Yehuda paraissent [justes] dans ce [cas], et les propos des Sages [paraissent justes] dans ce [autre cas]'.

📜 Rachi (2)
האי מאי אי אמרת בשלמא במין במינו כולם מודים דלא בטיל ובחתיכה קמייתא שרו רבנן משום דאפשר לסוחטו מותר ועד שתתן דקתני אטיפה קאי:
'Qu'est-ce [que cela] ? Accorde que tu dises [que c'est] sur espèce dans son espèce' — tous admettent qu'[elle] ne s'annule pas, et [que], dans le premier morceau, les Sages permettent parce que '[ce qu']on peut essorer est permis', et [que] ce 'jusqu'à ce qu'il y ait de quoi [donner goût]' qui est enseigné porte sur la goutte.
היינו דשייך למימר נראין דברי חכמים המתירין בשניער בתחלה דלא בלעה:
C'est [bien] [ce qui] — convient de dire : les propos des Sages, qui permettent, paraissent [justes] lorsqu'il a remué au début, car [le morceau] n'a pas absorbé.
💡 Explication

Réponse de Ravina : seule l'hypothèse 'le litige porte (aussi) sur l'essorage' rend cohérente la double formule de Rabbi. Si les Sages admettent, comme R. Yehuda, que min be-mino ne s'annule pas, et que le désaccord ne porte que sur l'essorage, alors Rabbi peut bien dire : R. Yehuda a raison dans un cas (on n'a pas remué au début : le morceau a absorbé) et les Sages dans l'autre (on a remué au début : pas d'absorption).

8
אלא אי אמרת: אפשר לסוחטו דברי הכל אסור, והכא במין במינו קמיפלגי – האי נראין דברי רבי יהודה ואין נראין מבעי ליה, ותו לא מידי.

Mais si tu dis : '[ce qu']on peut essorer, de l'avis de tous [c'est] interdit, et ici [c'est] sur espèce dans son espèce qu'ils divergent' — [alors] ce 'les propos de Rabbi Yehuda paraissent [justes]' aurait dû [être] 'et [ils] ne paraissent pas [justes]' [qu'il aurait fallu dire] ; et rien de plus.

📜 Rachi (2)
אלא אי אמרת אפשר לסוחטו לרבנן נמי אסור והאי דקשרו רבנן בין שניער בתחלה ובין שלא ניער בתחלה אשארא הוא דקשרו ומשום דמין במינו בטל ועד שתתן דקתני אחתיכה קאי היכי מצי רבי למיתני נראין דברי חכמים בשניער והא רבנן נמי אסרי לה לחתיכה דאית להו גזרה שמא לא ניער יפה יפה ורבי מדתלי טעמא דהיתרא בשניער מכלל דשרי אף בקמייתא משום דלא בלעה ואין נראין לו בה לא דברי רבי יהודה האוסר בכולן ולא דברי חכמים המתירין באחרות ואוסרין מיהא בראשונה ואם בא רבי להשמיענו דמין במינו לא בטיל ועוד דלא חיישינן לשמא לא ניער יפה הכי איבעי ליה למיתני נראין דברי רבי יהודה שאוסר בכולן בשלא ניער בתחלה אלא ניער בסוף דכיון שקבלה הטעם ונאסרה אוסרת חברותיה בכל שהוא דמין במינו לא בטיל ואין נראין דבריו כשניער דאיהו חושש לשמא לא ניער יפה ואוסרת כולן דכיון דניער לא חיישינן להכי ואף הראשונה מותרת ומדקאמר נראין דברי חכמים מכלל דרבנן בקמייתא נמי שרו ועד שתתן אטיפה קאי וקסברי אפשר לסוחטו מותר ולא נעשית החתיכה נבלה:
Mais si tu dis : '[ce qu']on peut essorer', pour les Sages aussi [c'est] interdit — et [si] ce que les Sages permettent, qu'il ait remué au début ou qu'il n'ait pas remué au début, [c'est] sur le reste qu'ils [le] permettent, et parce que 'une espèce dans son espèce s'annule', et [si] ce 'jusqu'à ce qu'il y ait de quoi [donner goût]' qui est enseigné porte sur le morceau — comment Rabbi pourrait-il enseigner 'les propos des Sages paraissent [justes] lorsqu'il a remué', alors que les Sages aussi interdisent ce morceau, eux qui ont [le] décret 'qu'on n'ait peut-être pas remué très bien' ? Et Rabbi, du fait qu'il fait dépendre la raison de la permission du remuement, [montre par là] qu'il permet même le premier [morceau], parce qu'il n'a pas absorbé ; et il ne voit comme justes ni les propos de R. Yehuda, qui interdit dans tous, ni les propos des Sages, qui permettent dans les autres mais interdisent néanmoins le premier. Et si Rabbi venait nous enseigner qu'une espèce dans son espèce ne s'annule pas, et en outre qu'on ne craint pas qu'on n'ait peut-être pas bien remué, voici comment il aurait dû enseigner : 'les propos de R. Yehuda, qui interdit dans tous, paraissent [justes] lorsqu'il n'a pas remué au début mais a remué à la fin, car, dès lors que [le morceau] a reçu le goût et est devenu interdit, il interdit ses compagnons d'un rien, car une espèce dans son espèce ne s'annule pas ; et ses propos ne paraissent pas [justes] lorsqu'il a remué, car lui craint qu'on n'ait peut-être pas bien remué et interdit le tout, alors que, dès lors qu'on a remué, nous ne craignons pas cela, et même le premier [morceau] est permis'. Et du fait qu'il dit 'les propos des Sages paraissent [justes]', on conclut que, pour les Sages, le premier [morceau] aussi est permis, et [que] ce 'jusqu'à ce qu'il y ait de quoi [donner goût]' porte sur la goutte, et [qu']ils tiennent '[ce qu']on peut essorer est permis' et [que] le morceau n'est pas devenu nevela.
ותו לא מידי אין לשנות את הסוגיא. והשתא דקם ליה רבי בשיטתיה דר' יהודה דאפשר לסוחטו אסור ורב ורבי יוחנן ורבי חנינא נמי כוותיה סברי אע"ג דאיפליגו עלייהו שמואל ור"ל הא אמרינן שמואל באיסורי במקום רב ליתא וכן לגבי רבי יוחנן ליתא ועבדינן כרבי יהודה בין בטיפת חלב שנפל על החתיכה ולא ניער ויש בה כדי ליתן טעם באותה חתיכה ובין בחלב הדבוק בחתיכת בשר ויש בו ליתן טעם בה ואפילו אין בו כזית דהוי חצי שיעור אסור מן התורה והחתיכה עצמה נעשית נבלה ואין מועילין שאר החתיכות לבטלה דכולן נאסרות ואפילו הן אלף דבהא נמי קיימא לן כרבי יהודה דמין במינו לא בטיל דהא קם ליה רבי בשיטתיה ורב ושמואל נמי בשיטתיה קיימי דרב ושמואל דאמרי תרוייהו כל איסורין שבתורה במינו במשהו ותניא כותייהו במסכת עבודה זרה (דף עג:) ואע"ג דאיפלוג עלייהו רבי יוחנן ור"ל התם ותניא נמי כוותייהו שמעינן לאביי ורבא דבתראי הוו דקמו כרב ושמואל דאיתמר חלא לגו חמרא כו' במסכת עבודה זרה (דף סו.) ובפסחים (דף ל.) נמי פסק רבא הלכתא כרב דמין במינו במשהו דאמר רבא הלכתא חמץ בזמנו בין במינו בין שלא במינו במשהו ומפרשינן טעמא במינו במשהו רב לטעמיה דאמר כל איסורין שבתורה במינו במשהו ובשלא במינו גזר רב בחמץ אטו מינו משום דלא בדילי אינשי מיניה ואתו לזלזולי ביה שמע מינה בתרוייהו הלכה כר' יהודה בין באפשר לסוחטו אסור וכולה נעשית נבלה בין במין במינו לא בטיל אבל אם יש ברוטב לבדו יותר מששים בכל החתיכה שקבלה את הטעם הרוטב מבטלה ומשליכה וכולן מותרות דבהא אפי' רבי יהודה מודי דכל מין ומינו ודבר אחר סלק את מינו כמי שאינו ושאינו מינו רבה עליו ומבטלו. ואית ספרים דמתניא בהו איפכא אמר רבי נראין דברי רבי יהודה בשניער וכסה כו' ולא אפשר לאוקמא דא"כ כולהו מודו בקמייתא דאסירא דכיון דמוקי פלוגתייהו נמי בשלא ניער כלל א"כ על כרחך לרבנן נמי קמייתא אסורה דהא בלע ולא פלט ואין כאן מחלוקת אלא באחרונות ולא איירי באפשר לסוחטו מידי הילכך לא גרסינן לה:
'Et rien de plus' — il n'y a pas à [ré]formuler la sougya [autrement]. Et maintenant que Rabbi se tient sur la ligne de R. Yehuda, [à savoir que ce] qu'on peut essorer est interdit — et Rav, Rabbi Yo'hanan et Rabbi Hanina aussi tiennent comme lui, bien que Chmouel et Resh Lakich aient divergé d'avec eux ; or nous disons [que] 'Chmouel, en matière d'interdits, en regard de Rav, n'est pas [suivi]', et de même en regard de Rabbi Yo'hanan [Resh Lakich] n'est pas [suivi] — nous agissons donc comme Rabbi Yehuda, aussi bien pour une goutte de lait tombée sur le morceau sans qu'on ait remué et où il y a de quoi donner goût dans ce morceau-là, que pour du lait collé à un morceau de viande où il y a de quoi y donner goût — et même s'il n'y a pas [un volume] d'un kazayit, ce qui est une demi-mesure (hatzi chiour), [c'est] interdit par la Torah, et le morceau lui-même devient nevela, et les autres morceaux ne servent pas à l'annuler, [tous] étant interdits, fussent-ils mille ; car en cela aussi nous tranchons comme Rabbi Yehuda, [à savoir] qu'une espèce dans son espèce ne s'annule pas, puisque Rabbi s'est tenu sur sa ligne ; et Rav et Chmouel aussi se tiennent sur sa ligne — Rav et Chmouel disant tous deux que 'tous les interdits de la Torah, dans leur espèce, [interdisent] d'un rien', et une braita a été enseignée comme eux dans le traité Avoda Zara (73b) ; et bien que Rabbi Yo'hanan et Resh Lakich aient divergé d'avec eux là-bas, et qu'une braita ait aussi été enseignée comme eux, nous savons d'Abaye et de Rava, qui étaient postérieurs, qu'ils se tiennent comme Rav et Chmouel, ainsi qu'il est dit '[du] vinaigre dans [du] vin etc.' au traité Avoda Zara (66a) ; et dans Pessahim (30a) aussi Rava a tranché la halakha comme Rav, [à savoir] qu'une espèce dans son espèce [interdit] d'un rien, car Rava a dit : 'la halakha [est que] le hametz en son temps, que [ce soit] dans son espèce ou hors de son espèce, [interdit] d'un rien', et nous expliquons la raison : 'dans son espèce, d'un rien', Rav [restant] fidèle à son raisonnement, lui qui dit 'tous les interdits de la Torah, dans leur espèce, [interdisent] d'un rien', et 'hors de son espèce' Rav a [seulement] décrété, pour le hametz, [à cause] de son espèce, parce que les gens ne s'en écartent pas [naturellement] et en viendraient à le traiter avec légèreté ; conclus-en [que], dans les deux [cas], la halakha [est] comme R. Yehuda, aussi bien pour '[ce qu']on peut essorer est interdit' et 'le tout devient nevela', que pour 'une espèce dans son espèce ne s'annule pas'. Mais s'il y a, dans la sauce à elle seule, plus de soixante [fois la quantité] dans tout le morceau qui a reçu le goût, la sauce l'annule, on [le] jette, et tous [les morceaux] sont permis — car en cela même Rabbi Yehuda admet que, pour tout [mélange d']une espèce, [de] son espèce et d'une autre chose, écarte son espèce [en la traitant] comme si elle n'était pas, et l'[élément] qui n'est pas de son espèce, [s']il est en plus grande quantité, l'annule. Et il y a des livres où l'on enseigne l'inverse : 'Rabbi a dit : les propos de Rabbi Yehuda paraissent [justes] lorsqu'il a remué et couvert etc.' ; mais [cela] ne peut s'établir, car s'il en était ainsi, tous admettraient que le premier [morceau] est interdit ; puisqu'il établit leur divergence aussi [dans le cas] où l'on n'a pas remué du tout, alors nécessairement, pour les Sages aussi, le premier [morceau] est interdit, car il a absorbé et n'a pas rejeté, et il n'y a ici de divergence que sur les derniers [morceaux], et il n'est nullement question de '[ce qu']on peut essorer' ; c'est pourquoi nous ne lisons pas [cette version].
🗂️ Tossefot (1)
נראין דברי ר' יהודה ואין נראין מבעיא ליה תימה לימא דכ"ע מין במינו לא בטיל וה"ק נראין דברי ר' יהודה לחכמים בשלא ניער בתחלה אלא בסוף שחכמים לא נחלקו עליו אלא כשניער מתחלה ועד סוף דכי האי גוונא משני לעיל בפרק קמא (חולין דף יב.) גבי אבדו לו גדייו ותרנגוליו ובפרק המוכר את הספינה (ב"ב דף עט.) גבי בור ושובך ובכמה דוכתין ויש לומר דלא קאמר אלא היכא דלא אפשר ליה למימר בענין אחר:
'[Que] les propos de R. Yehuda paraissent [justes] et ne paraissent pas [justes] aurait-il du [dire]' — c'est étonnant : qu'il dise [plutôt] que, de l'avis de tous, une espèce dans son espèce ne s'annule pas, et [que] voici ce qu'il dit : les propos de R. Yehuda paraissent [justes] aux Sages [dans le cas] où il n'a pas remué au début mais [seulement] à la fin, car les Sages n'ont divergé d'avec lui que lorsqu'il a remué du début à la fin ; car de cette manière [le Talmud] résout [la difficulté] plus haut, au premier chapitre (Houlin 12a), à propos de 'ses chevreaux et ses poules se sont perdus', et au chapitre 'Celui qui vend le navire' (Baba Batra 79a) à propos d'une citerne et d'un colombier, et en plusieurs endroits. Et l'on peut dire qu'il ne [le] dit [ainsi] que là où il ne lui est pas possible de dire autrement.
💡 Explication

Achèvement de la preuve de Ravina : dans l'hypothèse de Rav Aha (essorage interdit pour tous, litige seulement sur min be-mino), Rabbi n'aurait pas du formuler une double approbation. Il aurait dû dire : 'les propos de R. Yehuda paraissent justes [quand on n'a pas remué] et ne paraissent pas justes [quand on a remué]'. La double formule ('R. Yehuda dans un cas, les Sages dans l'autre') prouve donc que le litige porte aussi sur l'essorage. Et rien de plus n'est à ajouter : la halakha suit R. Yehuda — efshar lesochto interdit, min be-mino ne s'annule pas.

9
מתני׳ הכחל – קורעו ומוציא את חלבו. לא קרעו – אינו עובר עליו. הלב – קורעו ומוציא את דמו, לא קרעו – אינו עובר עליו.

MICHNA. La mamelle (kachal) — il la déchire et en fait sortir le lait ; [s']il ne l'a pas déchirée, il ne transgresse pas à son sujet.

Le cœur (lev) — il le déchire et en fait sortir le sang ; [s']il ne l'a pas déchiré, il ne transgresse pas à son sujet.

📜 Rachi (2)
מתני' לא קרעו אינו עובר על אכילתו ללקות ולא על בשולו דלאו חלב מקרי. ובגמרא מפרש אי איכא מיהא איסורא דרבנן או לא:
MICHNA. '[S']il ne l'a pas déchirée, il ne transgresse pas' — sur sa consommation, [au point] d'être passible de fouet, ni sur sa cuisson, car [ce] n'est pas appelé 'lait' [interdit]. Et dans la Guemara il explique s'il y a tout de même [là] un interdit rabbinique ou non.
הלב קורעו ומוציא את דמו לא קרעו אינו עובר עליו להיות בכרת ובמס' כריתות (דף כב.) מוקים לה בלב עוף שאין בדמו כזית אבל בבהמה חייב כרת אם לא קרעו לאחר בשולו אבל בשרו אינו נאסר שהלב חלק הוא ואינו בולע והכי נמי אמרינן בפסחים (דף עד:) שאני לב דשיע:
'Le cœur — il le déchire et en fait sortir le sang ; [s']il ne l'a pas déchiré, il ne transgresse pas à son sujet' — [au point] d'être passible de karet ; et dans le traité Keritot (22a) on l'établit [comme parlant] du cœur d'un volatile (of), dont le sang n'a pas [le volume d']un kazayit ; mais pour une bête (behema), il est passible de karet s'il ne l'a pas déchiré après sa cuisson. Sa chair, toutefois, n'est pas interdite, car le cœur est lisse (halak) et n'absorbe pas ; et ainsi disons-nous aussi dans Pessahim (74b) : 'le cœur est différent, car il est lisse (chia)'.
🗂️ Tossefot (1)
הלב קורעו ומוציא את דמו לא קרעו אינו עובר עליו פירש בקונטרס במס' כריתות (דף כב.) מוקי לה בלב עוף דאין בדמו כזית אבל בבהמה חייב כרת אם לא קרעו לאחר בשולו ואי אפשר לומר כן דבהדיא אמרינן בהקומץ רבה (מנחות דף כא.) דדם שבשלו אינו עובר עליו אם אכלו והא דמוקי לה בפ' דם שחיטה (כריתות דף כב.) בלב עוף משום דבכל ענין קתני מתניתין דאינו עובר עליו בין חי בין מבושל ומה שפירש בקונטרס דבשר הלב אינו נאסר שהלב חלק הוא ואינו בולע דהכי אמרינן בפסחים (דף עד:) שאני לב דשיע אומר ר"ת דאין לסמוך על זה לעשות מעשה דדחייה בעלמא הוא בפ' כיצד צולין (פסחים דף עד:) דהוה בעי למיפשט מיניה דאמרינן כבולעו כך פולטו מדקתני קורעו לאחר בשולו ודחי שאני לב דשיע אבל למאי דמסיק דכבולעו כך פולטו תו לא אמרי' דשיע ולא בלע וקורעו לאחר בשולו היינו לאחר צלייתו דשייך ביה כבולעו כך פולטו שהדם נופל לחוץ אבל בקדרה אסור ולא אמרינן דשיע ולא בלע:
'Le cœur — il le déchire et en fait sortir le sang ; [s']il ne l'a pas déchiré, il ne transgresse pas à son sujet' — [Rachi] a expliqué dans son commentaire que dans le traité Keritot (22a) on l'établit [comme parlant] du cœur d'un volatile, dont le sang n'a pas [le volume d']un kazayit, mais [que], pour une bête, il est passible de karet s'il ne l'a pas déchiré après sa cuisson. Or il n'est pas possible de dire ainsi, car [c'est] explicitement [que] nous disons dans 'Ha-kometz rabba' (Menahot 21a) que du sang qu'on a cuit, on ne transgresse pas à son sujet si on l'a mangé ; et le fait qu'on l'établisse, au chapitre 'Dam chehita' (Keritot 22a), [comme parlant] du cœur d'un volatile, [c'est] parce que la michna enseigne 'qu'il ne transgresse pas à son sujet' en tout état de cause, qu'il soit cru ou cuit. Et ce que Rachi a expliqué, [à savoir] que la chair du cœur n'est pas interdite parce que le cœur est lisse et n'absorbe pas, car ainsi disons-nous dans Pessahim (74b) 'le cœur est différent car il est lisse' — Rabbenou Tam dit qu'il ne faut pas s'appuyer là-dessus pour agir [en pratique], car [ce] n'est qu'une réfutation [provisoire] au chapitre 'Keitzad tzolin' (Pessahim 74b), où l'on voulait en déduire que 'comme [le cœur] absorbe, ainsi rejette-t-il', du fait qu'il enseigne 'il le déchire après sa cuisson', et [où] l'on réfute 'le cœur est différent car il est lisse' ; mais selon la conclusion, [à savoir] que 'comme il absorbe, ainsi rejette-t-il', nous ne disons plus 'qu'il est lisse et n'absorbe pas', et 'il le déchire après sa cuisson' [s']entend après sa torréfaction (tzelia), [cas] auquel s'applique 'comme il absorbe, ainsi rejette-t-il', car le sang tombe au-dehors ; mais dans une marmite [cuisson en liquide, c'est] interdit, et nous ne disons pas [alors] 'qu'il est lisse et n'absorbe pas'.
💡 Explication

Nouvelle michna (voir le schéma). La mamelle (kachal) est pleine de lait : on la déchire (kor'o) pour en faire sortir le lait avant de la cuire ; mais si on ne l'a pas déchirée [avant cuisson], on ne transgresse pas l'interdit de viande-et-lait, car ce lait n'a pas le statut de 'lait' au sens de la Torah. De même le cœur (lev), plein de sang : on le déchire pour en faire sortir le sang ; faute de l'avoir déchiré, on ne transgresse pas l'interdit du sang. La Guemara précisera s'il subsiste un interdit rabbinique.

🖼️ Schéma
La michna : la mamelle (kachal) et le cœur (lev) Kachal (la mamelle) pleine de lait : viande + lait ensemble il la déchire (kor'o) et en sort le lait -> on peut la cuire il ne l'a PAS déchirée il ne transgresse pas (ce n'est pas un 'lait' au sens de la Torah) Lev (le cœur) plein de sang il le déchire (kor'o) et en sort le sang -> on peut le cuire et le manger il ne l'a PAS déchiré il ne transgresse pas (le cœur est lisse, il n'absorbe pas)
La mamelle (lait) et le cœur (sang) : on les déchire pour en extraire le liquide ; faute de quoi, on ne transgresse pas l'interdit.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).