Chullin 109b — le pis non fendu cuit dans son lait, et la règle de Yalta (à tout interdit, un permis de même goût)

Chullin 109b

Sougya : La guemara ouvre sur la michna : qui n'a pas fendu le pis (kachal) avant de le cuire ne transgresse pas l'interdit de viande-au-lait. Rabbi Zeira au nom de Rav a deux versions : version 1 (lichna kama) 'ne transgresse pas ET [c'est] permis [même à priori]' ; version 2 (ika de'amri) 'ne transgresse pas MAIS [c'est] interdit [rabbiniquement]'.

La sougya teste chaque version sur une braita opposant le pis (kachal) et le cœur (lev) : le cœur fendu après cuisson reste permis [le sang n'a pas été absorbé dans sa paroi lisse], tandis que le lait, lui, est absorbé dans la chair molle du pis et la fente postérieure n'aide plus. Une braita confirme la version 1 : 'le pis cuit dans son lait [est] permis ; la caillette (keiva) cuite dans son lait [est] interdite' — car le lait de la caillette était déjà amassé, vrai lait, alors que celui du pis ne l'a jamais été.

Rav Yehouda enseigne comment fendre : en long et en large (chti va-erev) et l'écraser au mur. Vient ensuite la célèbre règle de Yalta à Rav Nahman : à tout interdit la Torah a opposé un permis de même goût (foie pour le sang, foie de pureté pour la nida, graisse de bête sauvage, cervelle de chibouta pour le porc, etc.), 'et je veux manger [un mets à] goût de viande-au-lait' ; Rav Nahman fait rôtir des pis à la broche pour elle.

Le pis (kachal) non fendu et cuit : les deux versions de Rav (Rabbi Zeira) la michna dit : 's'il ne l'a pas fendu, il ne transgresse pas' -> mais qu'en est-il à priori ? Version 1 (lichna kama) 'ne transgresse pas ET permis' permis même à priori le lait du pis n'est pas un 'vrai' lait : il est absorbé dans la chair, jamais sorti. braita confirme (seg 8) : 'pis cuit dans son lait : permis' halakha tranchée ainsi Version 2 (ika de'amri) 'ne transgresse pas MAIS interdit' pas de faute de Torah, mais interdit rabbiniquement la michna 'ne transgresse pas' implique : pas de transgression -> mais interdit subsiste Rav Nahman (seg 14) suit cette voie : 'à la broche' = rôti, sans la marmite
Les deux versions de Rav (segments 0 et 4) : 'permis à priori' contre 'interdit rabbiniquement', et la braita qui tranche pour la première.
Pis (kachal) et cœur (lev) : pourquoi la fente après cuisson aide l'un mais pas l'autre Pis (kachal) — lait chair MOLLE (rakh) à la cuisson, le lait est ABSORBÉ dans la chair du pis fendre APRÈS cuisson n'extrait plus le lait absorbé -> fente préalable requise Cœur (lev) — sang paroi LISSE (chia) à la cuisson, le sang n'est PAS absorbé ('comme il absorbe, ainsi il rejette') fendre APRÈS cuisson suffit à évacuer le sang -> fente postérieure suffit
Pis contre coeur (segments 2-3) : pourquoi la fente après cuisson sauve le coeur mais non le pis.
La règle de Yalta : à tout interdit correspond un permis de même goût INTERDIT PERMIS de même goût le sang (dam) le foie (kaved), gorge de sang la nida (femme en période) le sang de pureté (dam tohar) graisse de behema (helev) graisse de bête sauvage (haya) le porc (hazir) cervelle du poisson chibouta le girouta (oiseau impur) langue de poisson (kavra) la femme mariée (echet ich) la divorcée (du vivant de l'ex-mari) la femme du frère (echet ah) la yevama (belle-sœur en lévirat) la non-Juive (goya) la belle captive (yefat toar) viande dans le lait (bassar be-halav) le pis : goût de viande-au-lait, permis
La règle de Yalta (segments 11-13) : à chaque interdit, un permis de même saveur ; conclusion sur le pis.
1
גמ׳ אמר רבי זירא אמר רב: אינו עובר עליו ומותר. והא אנן תנן אינו עובר עליו – מיעבר הוא דלא עבר, הא איסורא איכא!

Guemara. Rabbi Zeira a dit au nom de Rav : il ne transgresse pas à son sujet, et [c'est] permis.

Mais nous avons [pourtant] appris [dans la michna] 'il ne transgresse pas à son sujet' — [n'est-ce pas que] c'est transgresser qu'il ne transgresse pas, mais [qu']il y a [tout de même] un interdit !

📜 Rachi (1)
אמר רב אינו עובר עליו מדאורייתא ומותר לכתחלה באכילה אם בשלו ולא אמרינן אסור מיהא מדרבנן דהא אפילו נסחט ממנו ויצא אמרינן לקמן (חולין דף קיא.) חלב שחוטה מדרבנן הוא והאי כיון דמובלע ולא פירש אפי' איסור דרבנן ליכא:
Rav a dit 'il ne transgresse pas à son sujet' — [du point de vue] de la Torah, et [c'est] permis à priori à la consommation s'il l'a cuit ; et nous ne disons pas [qu'il est] interdit, du moins rabbiniquement — car même [le lait] qui en a été exprimé et est sorti, nous disons plus loin (Houlin 111a) [que] le lait d'une [bête] abattue [n'est interdit que] rabbiniquement ; et celui-ci, dès lors qu'il est résorbé et n'est pas sorti, même un interdit rabbinique n'[y] a pas lieu.
🗂️ Tossefot (2)
אינו עובר עליו ומותר פירש בקונטרס דמותר אם בשלו משום דחלב שחוטה דרבנן הוא והאי כיון דאבלע ולא פירש אפילו איסורא דרבנן ליכא משמע שרוצה להעמיד כולה שמעתתא דכחל לצלי דאי לקדרה אמאי מותר הא יצא חלב וחזר ונבלע וכן פירש לקמן בהדיא גבי זויקו לה כחלי דפריך והא בשלו קתני בדיעבד ופירש בקונטרס והא ודאי בצלי הוא מדקתני מותר דאי בקדרה אמאי מותר הא יצא החלב וחזר ונבלע ולקמן בתר שמעתתא דכבד פי' בקונטרס והלכות כחל כבר אמרנו למעלה דלצלי בעי קריעה שתי או ערב ואי לא קרעו מותר כלישנא קמא דרב דהא תניא כוותיה ולקדרה קורעו שתי וערב וטחו בכותל ומה שכתוב בספרים בפ' גיד הנשה (לעיל חולין דף צז:) כחל עצמו אסור היכא דלא קרעיה ובשליה בהדי בשרא ל"ג ליה דאפי' בשליה לחודיה אסור לפירוש הקונטרס לפי שפירש וחזר ונבלע ומיהא גם לפירוש הקונטרס היכא דאיכא ס' במים שנתבשל בהן הכחל לא היה נאסר הכחל היכא שבשלו לחודיה לפי שהחלב הנפלט נתבטל במים אבל היכא דבשלו עם בשר אסור משום טעם בשר הנבלע בחלב שבכחל וכן יש ספרים דגרסי בסמוך כחל שבשלו בחלבו מותר היכא דבשליה לחודיה בלא בשר ויש להעמידו לפירוש הקונטרס שיש במים ששים כדפרישית שמתבטל בהן חלב היוצא מן הכחל:
'Il ne transgresse pas à son sujet et [c'est] permis' — le Commentaire (Rachi) a expliqué [que c'est] permis s'il l'a cuit, parce que le lait d'une [bête] abattue [n'est interdit que] rabbiniquement, et celui-ci, dès lors qu'il est résorbé et n'est pas sorti, même un interdit rabbinique n'[y] a pas lieu. [Cela] semble [indiquer] qu'il veut établir toute cette sougya [comme parlant] du pis [destiné] au rôti (tzli) ; car [si on l'avait destiné] à la marmite (kedeira), pourquoi [serait-il] permis ? le lait est sorti puis s'est résorbé ! Et ainsi a-t-il expliqué plus loin expressément à propos de 'rôtissez-lui des pis', où [la guemara] objecte 'mais il enseigne [qu']il l'a cuit', [donc] à posteriori, et le Commentaire a expliqué : ceci [est] assurément [du] rôti, du fait qu'il enseigne 'permis' — car si [c'était] à la marmite, pourquoi [serait-ce] permis ? le lait est sorti puis s'est résorbé. Et plus loin, après la sougya du foie (kaved), le Commentaire a expliqué : 'et les lois du pis, nous les avons déjà dites plus haut' — que pour le rôti il faut fendre en long ou en large, et [que] s'il ne l'a pas fendu [c'est] permis, selon la première version de Rav, car une braita [enseigne] comme lui ; et pour la marmite il le fend en long et en large et l'écrase au mur. Et ce qui est écrit dans les livres au chapitre Guid ha-nache (plus haut, Houlin 97b) 'le pis lui-même [est] interdit là où il ne l'a pas fendu et l'a cuit avec de la viande' — ne le lis pas, car même s'il l'a cuit seul [c'est] interdit selon le Commentaire, du fait que [le lait] est sorti puis s'est résorbé. Et néanmoins, même selon le Commentaire, là où il y a soixante [parts] dans l'eau dans laquelle le pis a été cuit, le pis ne devenait pas interdit là où il l'a cuit seul, parce que le lait expulsé s'est annulé dans l'eau ; mais là où il l'a cuit avec de la viande [c'est] interdit, à cause du goût de la viande résorbé dans le lait qui [est] dans le pis. Et de même il y a des livres qui lisent un peu plus loin 'le pis qu'il a cuit dans son lait [est] permis' là où il l'a cuit seul, sans viande ; et l'on peut l'établir selon le Commentaire [au cas] où il y a dans l'eau soixante [parts], comme je l'ai expliqué, [le lait] sortant du pis s'y annulant.
הא איסורא איכא וא"ת לפירוש הקונטרס דלמא הא איסורא איכא לקדרה אבל לצלי מותר וי"ל דא"כ ה"ל למתני דאם לא קרעו מותר דהוי חדוש וממילא הוה מוקמינן ליה בצלי:
'Mais il y a [bien] un interdit' — on objectera : selon le Commentaire, peut-être [n'y a-t-il] cet interdit que pour la marmite (kedeira), mais pour le rôti (tzli) [c'est] permis ! Et l'on peut dire : s'il en était ainsi, [la michna] aurait dû enseigner [explicitement] que, s'il ne l'a pas fendu, [c'est] permis — ce qui [serait] une nouveauté (hidouch) — et de là-même nous l'aurions établie [comme parlant] du rôti.
💡 Explication

La michna (109a) enseigné que celui qui n'a pas fendu le pis (kachal) avant de le cuire avec son lait ne transgresse pas l'interdit de viande-au-lait. Première version de Rav (lichna kama) : 'il ne transgresse pas et [c'est] permis' — c'est-à-dire permis même à priori (lekhatchila). Objection de la guemara : la formule 'il ne transgresse pas' suggère seulement qu'il n'y a pas de faute [à posteriori], mais qu'un interdit [rabbinique à priori] subsiste.

🖼️ Schéma
Le pis (kachal) non fendu et cuit : les deux versions de Rav (Rabbi Zeira) la michna dit : 's'il ne l'a pas fendu, il ne transgresse pas' -> mais qu'en est-il à priori ? Version 1 (lichna kama) 'ne transgresse pas ET permis' permis même à priori le lait du pis n'est pas un 'vrai' lait : il est absorbé dans la chair, jamais sorti. braita confirme (seg 8) : 'pis cuit dans son lait : permis' halakha tranchée ainsi Version 2 (ika de'amri) 'ne transgresse pas MAIS interdit' pas de faute de Torah, mais interdit rabbiniquement la michna 'ne transgresse pas' implique : pas de transgression -> mais interdit subsiste Rav Nahman (seg 14) suit cette voie : 'à la broche' = rôti, sans la marmite
Les deux versions de Rav et leur sort dans la sougya.
2
בדין הוא דאיסורא נמי ליכא, ואיידי דבעא למיתנא סיפא: הלב קורעו ומוציא את דמו, לא קרעו – אינו עובר עליו. התם מיעבר הוא דלא עבר, הא איסורא איכא, תנא נמי רישא אינו עובר עליו.

En droit, il n'y aurait pas non plus d'interdit ; mais puisqu'il voulait enseigner dans la suite (sefa) : 'le cœur — il le fend et en fait sortir le sang ; [s']il ne l'a pas fendu, il ne transgresse pas à son sujet' — là (au sujet du cœur), c'est transgresser qu'il ne transgresse pas, mais il y a [bien] un interdit, [aussi] a-t-il enseigné de même dans le début (recha) 'il ne transgresse pas à son sujet'.

📜 Rachi (2)
דהתם מיעבר הוא דלא עבר ללקות דאין בו כזית:
Car là, c'est transgresser qu'il ne transgresse pas — [pour ce qui est] de recevoir les coups, car il n'y a pas en lui [la mesure] d'un olive [de sang].
הא איסורא איכא דחצי שיעור אסור מה"ת:
Mais il y a [bien] un interdit — car une demi-mesure (hatzi chiour) [est] interdite [déjà] par la Torah.
💡 Explication

Réponse [pour la version 1] : en droit, la michna aurait dû dire 'il n'y a même pas d'interdit' pour le pis. Si elle a employé la formule atténuée 'il ne transgresse pas', c'est par symétrie avec la suite, sur le cœur : là, le sang est interdit par la Torah, et celui qui cuit le cœur sans le fendre échappe seulement aux coups (malkout) faute de chiour (mesure d'un olive), mais l'interdit subsiste. Pour aligner le style, la michna a rédigé aussi le cas du pis avec 'il ne transgresse pas'.

3
לימא מסייע ליה: הכחל – קורעו ומוציא את חלבו, לא קרעו – אינו עובר עליו. הלב – קורעו ומוציא את דמו, לא קרעו – קורעו לאחר בשולו ומותר. לב הוא דבעי קריעה, אבל כחל לא בעי קריעה.

Disons [que] cela l'appuie [la version 1] : 'le pis — il le fend et en fait sortir son lait ; [s']il ne l'a pas fendu, il ne transgresse pas à son sujet. Le cœur — il le fend et en fait sortir son sang ; [s']il ne l'a pas fendu, il le fend après sa cuisson, et [c'est] permis.' [Donc] c'est le cœur qui requiert une fente [postérieure], mais le pis ne requiert pas de fente [après cuisson].

📜 Rachi (1)
הא כחל לא בעי קריעה לאחר הבישול מדלא תנא ביה לא קרעו קורעו לאחר בשולו:
Donc le pis ne requiert pas de fente — après la cuisson, du fait qu'il n'a pas enseigné à son sujet '[s']il ne l'a pas fendu, il le fend après sa cuisson'.
🗂️ Tossefot (2)
לב הוא דבעי קריעה אבל כחל לא בעי קריעה וא"ת אדרבה דוק מינה איפכא אינו עובר עליו הא איסורא איכא כדדייק לעיל דהכא לא שייך למימר איידי דבעי למימר בסיפא כדקאמר לעיל וי"ל דדלמא איידי דקתני במתניתין ואינו עובר עליו נקט נמי בברייתא הכי:
'C'est le cœur qui requiert une fente, mais le pis ne requiert pas de fente' — on objectera : au contraire, déduis-en l'inverse ! 'il ne transgresse pas à son sujet' — donc il y a [bien] un interdit, comme [la guemara] l'a déduit plus haut ; car ici [pour la braita] on ne peut pas dire 'puisqu'il voulait enseigner dans la suite', comme [on l']a dit plus haut [pour la michna]. Et l'on peut dire : peut-être, du fait que la michna enseigne 'il ne transgresse pas à son sujet', [la braita] a employé elle aussi cette [même] formule.
הא כחל לא בעי קריעה מדלא קתני קורעו לאחר בשולו והוה מוקמינן לה בצלי כדקתני גבי לב וא"ת ומאי קסבר אי מהניא ביה קריעה אחר בשול אמאי מותר בלא קריעה יותר מקודם בשול דצריך קריעה ואי לא מהניא ביה קריעה היכי מייתי סייעתא לרב מהך ברייתא מדלא קתני קורעו לאחר בשולו הא אין קריעה מועלת לו כלום לאחר שנתבשל וי"ל דודאי ס"ד דמועלת לו קריעה לאחר בשולו והא דקאמר רב ואינו עובר עליו ומותר בלא קריעה במבושל ובחי קורעו היינו משום דכי נתבשל כבר פלט במקצת אבל חי שיש לו רוב חלב בעי קריעה:
'Donc le pis ne requiert pas de fente' — du fait qu'elle n'enseigne pas 'il le fend après sa cuisson' [pour le pis], on l'aurait établie [comme parlant] du rôti, comme elle [l']enseigne à propos du cœur. On objectera : et que pense-[la braita] ? si la fente lui est utile après cuisson, pourquoi [serait-il] permis sans fente, plus qu'avant la cuisson où il faut [le] fendre ? et si la fente ne lui est pas utile, comment [la guemara] apporte-t-elle un appui à Rav de cette braita, du fait qu'elle n'enseigne pas 'il le fend après sa cuisson', alors que la fente ne lui sert à rien après qu'il a été cuit ? Et l'on peut dire : assurément on aurait pensé (had amina) que la fente lui est utile après sa cuisson, et ce que Rav dit 'il ne transgresse pas à son sujet et [c'est] permis sans fente', [c'est] pour le cuit ; mais pour le cru, il le fend — c'est-à-dire [que] du fait qu'une fois cuit il a déjà en partie rejeté [son lait, c'est permis], mais [pour] le cru, qui a la majeure partie de son lait, il faut [le] fendre.
💡 Explication

Tentative d'appui à la version 1, par une braita. Elle ne prescrit la fente après cuisson que pour le cœur ('il le fend après sa cuisson et [c'est] permis'), mais reste muette pour le pis. On en déduit que le pis, lui, ne requiert aucune fente postérieure : il est permis tel quel, ce qui conforte 'permis [à priori]' de Rav.

4
דלמא לב הוא דסגי ליה בקריעה, אבל כחל – לא סגי ליה בקריעה.

Peut-être [faut-il déduire l'inverse] : c'est le cœur qui se contente d'une fente [postérieure], mais le pis ne se contente pas d'une fente [postérieure].

📜 Rachi (2)
דלמא משום הכי לא תנייה משום דלב הוא דסגי ליה בקריעה דלאחר בשול משום דבשעת בשול לא בלע דשיע:
Peut-être — [si la braita] ne l'a pas enseigné [pour le pis, c'est] parce que c'est le cœur qui se contente d'une fente après cuisson, du fait qu'au moment de la cuisson il n'a pas absorbé, étant lisse.
אבל כחל שהוא רך כבר נבלע בו החלב ע"י בשול ולא סגי ליה תו בקריעה:
Mais le pis — qui est mou, le lait y a déjà été absorbé par la cuisson, et une fente ne lui suffit plus.
🗂️ Tossefot (1)
דלמא לב הוא דסגי ליה בקריעה פירוש משום דשיע ולא בלע אפילו לקדרה או לצלי משום דכבולעו כך פולטו כמסקנא דפסחים (דף עד:) אבל כחל לא סגי ליה בקריעה אפילו לצלי משום דכבולעו כך פולטו לא שייך בשאר איסורים אלא בדם לחודיה:
'Peut-être c'est le cœur qui se contente d'une fente' — c'est-à-dire parce qu'il est lisse et n'absorbe pas, même pour la marmite ou pour le rôti, du fait que 'comme il absorbe, ainsi il rejette' (ke-bol'o kakh polto), selon la conclusion de Pessahim (74b) ; mais le pis ne se contente pas d'une fente, même pour le rôti, car 'comme il absorbe, ainsi il rejette' ne vaut pas pour les autres interdits, [mais] pour le sang seulement.
💡 Explication

Rejet de l'appui. On peut déduire le contraire : si la braita ne prescrit la fente postérieure que pour le cœur, c'est qu'elle suffit au cœur [dont la paroi lisse n'a pas absorbé le sang] mais ne suffit pas au pis [dont la chair molle a déjà absorbé le lait à la cuisson]. La braita n'appuie donc pas Rav : elle pourrait au contraire impliquer que le pis non fendu reste problématique.

5
ואיכא דאמרי, אמר רבי זירא אמר רב: אינו עובר עליו, ואסור. לימא מסייע ליה: ״אינו עובר עליו״ – מיעבר הוא דלא עבר, הא איסורא איכא.

Et il en est qui disent : Rabbi Zeira a dit au nom de Rav : il ne transgresse pas à son sujet, et [c'est] interdit. Disons [que] cela l'appuie [la version 2] : 'il ne transgresse pas à son sujet' — c'est transgresser qu'il ne transgresse pas, mais il y a [bien] un interdit.

💡 Explication

Seconde version de Rav (ika de'amri) : 'il ne transgresse pas mais [c'est] interdit' — pas de faute de Torah, mais interdiction rabbinique. La guemara cherche à l'appuyer par la michna elle-même : 'il ne transgresse pas' signifierait précisément qu'il n'y a pas de transgression [punissable], tout en laissant subsister un interdit.

6
בדין הוא דאיסורא נמי ליכא, ואיידי דבעא למיתנא סיפא: הלב קורעו ומוציא את דמו, לא קרעו – אינו עובר עליו, דהתם מיעבר הוא דלא עבר, הא איסורא איכא, תנא נמי רישא ״אינו עובר עליו״.

En droit, il n'y aurait pas non plus d'interdit ; mais puisqu'il voulait enseigner dans la suite : 'le cœur — il le fend et en fait sortir son sang ; [s']il ne l'a pas fendu, il ne transgresse pas à son sujet' — là, c'est transgresser qu'il ne transgresse pas, mais il y a [bien] un interdit, [aussi] a-t-il enseigné de même dans le début 'il ne transgresse pas à son sujet'.

💡 Explication

Même réponse que pour la version 1, mais retournée : on ne peut pas tirer d'appui décisif de la michna pour la version 2, car sa formule 'il ne transgresse pas' peut s'expliquer par la seule symétrie avec la clause du cœur (où l'interdit de Torah sur le sang est réel). La michna reste donc neutre entre les deux versions.

7
תא שמע: הכחל – קורעו ומוציא את חלבו, לא קרעו – אינו עובר עליו. הלב – קורעו ומוציא את דמו, לא קרעו – קורעו לאחר בשולו, ומותר. לב הוא דבעי קריעה, אבל כחל – לא בעי קריעה!

Viens entendre : 'le pis — il le fend et en fait sortir son lait ; [s']il ne l'a pas fendu, il ne transgresse pas à son sujet. Le cœur — il le fend et en fait sortir son sang ; [s']il ne l'a pas fendu, il le fend après sa cuisson, et [c'est] permis.' [Donc] c'est le cœur qui requiert une fente, mais le pis ne requiert pas de fente !

💡 Explication

Nouvelle tentative d'appui [à la version 2], par la même braita. Si la braita ne mentionne la fente postérieure que pour le cœur et non pour le pis, c'est peut-être que le pis, lui, demeure interdit quoi qu'on fasse — ce qui irait dans le sens de la version 2 'interdit'.

8
דלמא לב הוא דסגי ליה בקריעה, אבל כחל לא סגי ליה בקריעה.

Peut-être [faut-il déduire l'inverse] : c'est le cœur qui se contente d'une fente, mais le pis ne se contente pas d'une fente.

💡 Explication

Même rejet qu'au segment 3 : la braita reste ambiguë. Elle peut signifier que la fente postérieure suffit au cœur mais non au pis (lait absorbé), sans trancher entre 'permis' et 'interdit'. Ainsi s'achève la seconde version du débat.

9
תניא כלישנא קמא דרב: כחל שבשלו בחלבו – מותר, קבה שבשלה בחלבה – אסור.

Il est enseigné [dans une braita] conformément à la première version de Rav : 'le pis qu'il a cuit dans son lait — [c'est] permis ; la caillette (keiva) qu'il a cuite dans son lait — [c'est] interdit.'

📜 Rachi (1)
קבה של טלה או של עגל שיונקים החלב לתוך קבתן:
La caillette — d'un agneau ou d'un veau, qui tètent le lait dans leur caillette.
⚖️ Rosh (1)
מתני' קיבת עובד כוכבים ושל בהמה נבילה אסורה המעמיד בעור של קיבה אם יש בנ"ט הרי זו אסורה כשרה שינקה מן הטריפה הקיבה אסורה טריפה שינקה מן הכשירה קיבתה מותרת מפני שכנוס במיעיה כתב רש"י דחלב שנמלח בעור הקיבה בין חלב הנמצא בקיבה עצמה בין שנתן בה חלב דעלמא ומלחו בתוכה אסורה משום בשר בחלב. דמליח כרותח ונתן בשר הקיבה טעם בחלב ונעשה כולה חתיכה דאיסורא. ואם העמיד בה גבינות אסורות בנותן טעם וכתב דהיה נוהג בו היתר מתחלה בחלב של הקיבה עצמה שנמלחה בה מדאמר מסכת ע"ז דף כט. גבי קיבה של עולה דכהן שדעתו יפה שורפה חיה אלמא פירשא בעלמא הוא ולא מתסרא. וליתא דחלב גמור הוא מדתנן במתניתין כשירה.שינקה מן הטריפה קיבתה אסורה ש"מ דחלב גמור הוא ותניא נמי לעיל (חולין דף קט:) קיבה שבשלה בחלבה אסורה. וקיבת עולה דשריא משום דלאו גופה הוא אלא שינקתו מאמו והוי ככנוס במיעיה. והא דמייתי מיניה ראיה במסכת ע"ז דאיסורי הנאה שרי פרשייהו וגבי עגלי עבודת כוכבים דאסור פרשייהו מדקתני קיבת עגלי עבודת כוכבים אסורה. לאו משום דחשיב לה פירשא לענין עיכול דמפקע שם חלב מיניה. אלא מייתי ראיה מדאסר קיבת עגלי עבודת כוכבים שמע מינה פירשא אסור דהא קיבה לאו גופה הוא ומיתסר משום דניחא ליה בנפחיה שהבהמה נראית שמינה ויפה לעבודת כוכבים והוא הדין לשאר הפרש ומדשרי ליה גבי עולה ש"מ לא מיתסר אלא גופה אבל פירשה שרי:
Michna (Avoda Zara) : la caillette (keiva, quatrième estomac des ruminants, où l'on trouve le lait caillé servant de présure) d'un idolâtre (oved kokhavim) et celle d'une bête [devenue] nevela (charogne, bête morte autrement que par une chehita valide) sont interdites. Celui qui coagule (ha-maamid, qui fait cailler le lait pour en faire du fromage) au moyen de la peau de la caillette : s'il y a [de quoi] donner du goût (notein taam, be-notein taam = la quantité du corps interdit suffit à communiquer son goût), la voilà interdite. Une [bête] kachera (cachere, apte à la consommation) qui a tête d'une [bête] treifa (bête atteinte d'une lésion mortelle la rendant interdite) : la caillette [contenant ce lait] est interdite ; une [bête] treifa qui a tête d'une [bête] kachera : sa caillette est permise, parce que [le lait] est amassé (kanous) dans ses entrailles. Rachi a écrit que le lait qui a été salé dans la peau de la caillette — que ce soit le lait qui se trouve dans la caillette elle-même, ou qu'on y ait mis du lait ordinaire (chel alma) et qu'on l'ait salé à l'intérieur d'elle — est interdit au titre de viande-au-lait (bassar be-halav) ; car le salé [est] comme le bouillant (maliach ke-rotéah, la salaison agit comme la chaleur pour faire pénétrer les goûts), et la chair de la caillette a donné [son] goût dans le lait, et le tout est devenu un morceau [porteur] d'interdit (hatikha de-issoura). Et s'il a coagulé au moyen d'elle des fromages, ils sont interdits [dès lors qu'il y a] de quoi donner du goût (be-notein taam). Et il [Rachi] a écrit qu'il pratiquait au début [une règle de] permission à l'égard du lait de la caillette elle-même qui a été salé en elle, du fait qu'on dit au traité Avoda Zara (fol. 29a), à propos de la caillette d'un [animal offert en] ola (holocauste) : que le kohen (prêtre) dont la constitution est robuste (chedaato yafa, à l'estomac solide) l'avalé crue — [ce qui prouve] donc que [ce lait] n'est qu'un simple déchet (pircha be-alma) et n'est pas [rendu] interdit [comme viande-au-lait]. Mais ce n'est pas [exact], car [ce lait] est un vrai lait (halav gamour), du fait qu'on enseigne dans la michna [ci-dessus] '[une bête] kachera qui a tête d'une treifa, sa caillette est interdite' — apprends-en que c'est un vrai lait ; et il est enseigné de même plus haut (Houlin 109b) 'la caillette qu'il a cuite dans son lait est interdite'. Et la caillette de l'ola qui est permise, [c'est] parce qu'elle n'est pas [lait de] son propre corps (lav goufah), mais qu'elle l'a tête de sa mère, et [ce lait] est comme amassé dans ses entrailles (ke-kanous be-meéha). Et ce dont on rapporte de là une preuve, au traité Avoda Zara, [a savoir] que [pour] les [choses] interdites à la jouissance (issourei hanaa), leur déchet (pircha, excrétion/résidu) est permis, tandis qu'à propos des veaux [voués au] culte idolâtre (avodat kokhavim) leur déchet est interdit — du fait qu'on enseigne 'la caillette des veaux [voués au] culte idolâtre est interdite' — [cela] n'est pas parce qu'on considère [ce lait] comme un déchet quant à la digestion (ikoul), [ce] qui lui ôterait le nom de lait ; mais on en tire une preuve [ainsi] : du fait qu'on interdit la caillette des veaux [voués au] culte idolâtre, apprends-en que le déchet [d'une chose interdite à la jouissance] est interdit — car la caillette n'est pas [du corps même] son propre corps (lav goufah hou) et [pourtant] elle est [rendue] interdite parce qu'il [l'idolâtre] a plaisir à son gonflement (niha leih be-nifchah), [le veau] paraissant gras et beau pour le culte idolâtre ; et il en va de même pour le reste du déchet. Et du fait qu'on le permet à propos de l'ola, apprends-en que seul son corps même (goufah) est [rendu] interdit, mais son déchet (pircha) est permis.
💡 Explication

Une braita tranche en faveur de la version 1 : le pis rôti dans son propre lait est permis, tandis que la caillette (keiva, le quatrième estomac de l'agneau ou du veau, où s'amasse le lait tête) cuite dans son lait est interdite. La halakha sera fixée ainsi (segment 14, Rav Nahman).

10
ומה הפרש בין זה לזה? זה כנוס במעיו, וזה אין כנוס במעיו.

Et quelle différence y a-t-il entre ceci [la caillette] et cela [le pis] ? Celui-ci [le lait de la caillette] est amassé dans ses entrailles, et celui-là [le lait du pis] n'est pas amassé dans ses entrailles.

📜 Rachi (1)
זה כנוס במעיו ומשיצא מדדי הבהמה חלב הוא וכחל אינו כנוס במעיו שלא יצא מדדי הבהמה בחייה ולא נאסף אלא מובלע בבשר הוא ולא בא לכלל חלב ומיהו לכתחלה בעי קריעה מדרבנן:
Celui-ci est amassé dans ses entrailles — et dès qu'il est sorti des mamelles de la bête, [c'est] du lait ; tandis que le pis n'est pas amassé dans ses entrailles, car [le lait] n'est pas sorti des mamelles de la bête de son vivant et ne s'est pas amassé, mais est résorbé dans la chair, et n'est pas parvenu au statut de lait ; et néanmoins, à priori, il requiert une fente, rabbiniquement.
💡 Explication

La raison de la différence : le lait amassé dans les entrailles de l'agneau (caillette) était déjà du vrai lait au moment où il a quitté la mamelle de la mère — d'où l'interdit de viande-au-lait. Le lait du pis, lui, n'est jamais sorti ni amassé : il est resté absorbé dans la chair, n'a jamais été 'lait' à part entière — d'où la permission [bien qu'à priori on fende le pis, rabbiniquement].

11
כיצד קורעו? אמר רב יהודה: קורעו שתי וערב, וטחו בכותל. אמר ליה רבי אלעזר לשמעיה: קרע לי, ואנא איכול. מאי קא משמע לן? מתניתין היא! הא קא משמע לן: דלא בעינן שתי וערב וטחו בכותל.

Comment le fend-il ? Rav Yehouda a dit : il le fend en long et en large (chti va-erev) et l'écrase au mur.

Rabbi Elazar dit à son serviteur : fends-[le]-moi, et je mangerai. Que nous apprend-il [par là] ?

C'est [déjà] la michna ! Voici ce qu'il nous apprend : que nous n'exigeons pas [qu'il le fende] en long et en large et ne l'écrase au mur.

📜 Rachi (4)
וטחו בכותל כובשו בידיו לכותל כדי שיסחט חלבו:
Et l'écrase au mur — il le presse de ses mains contre le mur pour qu'il exprime son lait.
קרע לי כחל קודם שתצלנו ואנא איכול:
Fends-le-moi — [le pis], avant que tu ne le rôtisses, et je mangerai.
מתניתין היא דקורעו מתחלתו ומותר:
C'est [déjà] la michna — [à savoir] qu'on le fend dès le début, et [c'est] permis.
הא קמ"ל קריעה בעלמא קא"ל או שתי או ערב לפי שהחלב הנוטף יוצא למטה ומשיצא והרי הוא חלב לא חזר ולא בעי שתי וערב אלא לקדרה דהתם ודאי צריך להוציא כולו מתחלה לפי שכשהוא יוצא הרי הוא חלב גמור וחוזר ומתבשל עמו ודקתני לעיל שבשלו מותר בצלי קאמר דצלי נמי קרי בשול דכתיב בדברי הימים (ב לה) ויבשלו (את) הפסח:
Voici ce qu'il nous apprend — une fente simple, lui dit-il, soit en long soit en large, parce que le lait qui [en] dégoutte sort vers le bas, et dès qu'il est sorti et qu'il est [devenu] du lait, il ne se résorbe pas [à nouveau] ; et l'on n'exige [la fente] en long et en large que pour la marmite, où il faut assurément tout faire sortir des le début, parce que [le lait], lorsqu'il sort, [c'est] du vrai lait, et il se recuit avec [la viande] ; et ce qu'on a enseigné plus haut 'qu'il a cuit [c'est] permis', [il l']a dit pour le rôti, car le rôti aussi est appelé 'cuisson', comme il est écrit (II Chroniques 35) 'et ils cuisirent (va-yevachlou) le [sacrifice de] Pessa'h'.
💡 Explication

La technique de la fente. Rav Yehouda : on fend le pis en croix (chti va-erev, en long et en large) et on l'écrase contre le mur pour en exprimer le lait. L'anecdote de Rabbi Elazar ('fends-le-moi et je mangerai') semble redondante avec la michna — mais elle enseigne un allègement : une fente simple (en long ou en large) suffit, sans exiger la croix ni l'écrasement au mur [du moins pour le rôti].

12
אמרה ליה ילתא לרב נחמן: מכדי, כל דאסר לן רחמנא שרא לן כוותיה, אסר לן דמא – שרא לן כבדא, נדה – דם טוהר.

Yalta dit à Rav Nahman : voyons, tout ce que le Miséricordieux nous a interdit, Il nous a permis son équivalent (kevateih) : Il nous a interdit le sang — Il nous a permis le foie [gorge de sang] ; [Il nous a interdit] la nida — [Il nous a permis] le sang de pureté (dam tohar).

📜 Rachi (3)
ילתא אשתו:
Yalta — son épouse.
הכבד כולו דם הוא קרוש טעם דם לו:
Le foie est tout entier du sang figé ; il a [le] goût du sang.
דם טוהר של בתולין ושל ימי טוהר של יולדת:
Le sang de pureté — [celui] des [premières relations de la] vierge (betoulim) et [celui] des jours de pureté de l'accouchée (yoledet).
🗂️ Tossefot (1)
נדה דם טוהר בסלוק של פרשת פרה יסד ר' אליעזר הקליר מן הדם טחול הדם מטומאת נדה (אשה) טהרת בתולי אשה ומאשת איש יפת תואר לאיש וכנגד כותית לא פירש והכל עשה ע"פ הירושלמי:
'La nida, le sang de pureté' — dans la conclusion de la section Para, Rabbi Eliezer ha-Kalir a fondé [son piyout] sur ceci : 'du sang, la rate ; le sang [interdit] de l'impureté de la nida [a pour pendant permis] la pureté des betoulim de la femme ; et de la femme mariée, la belle [captive] permise à l'homme' ; et en regard de la non-Juive (koutit) il n'a pas explicité ; et il a tout fait d'après le [Talmud] de Jérusalem (Yerouchalmi).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אסר לן דמא, שרא לן כבדא. כתב מהר"ם שיף ז"ל הוה מצי למחשב נמי כלאים דאיכא סדין בציצית? אלא אמרה רק הנאת הגוף ושלא לצורך מצוה עיין שם. ועוד נראה לי בס"ד דנקטא מלתא דשייכא באנשים ובנשים וסדין בציצית ליתיה בנשים. והנה בילקוט תהלים (מזמור קמו) איתא 'ה' מתיר אסורים' מה שאסרתי לכם התרתי לכם אסרתי לכם גיד הנשה התרתי לכם בעוף עיין שם, והכא לא זכרה זה נראה משום דלא חשיב הגיד בעיניה יען כי אין בגידין טעם ואין הנאה בגיד הנשה, לכן לא חשבה זה בכלל הנאות אלו. ועוד איתא התם אסרתי לכם שחיטה בבהמה חיה ועוף התרתי לכם שחיטה בדגים עיין שם, וכאן לא זכרה זה משום דאין ההנאה בגוף השחיטה. ועוד איתא התם אסרתי לכם אשה ואחותה התרתי לכם לאחר מיתה עיין שם, ונראה דלא זכרה זה כאן דאפשר היה לה אחות פנויה ולכן לא רצתה לזכור דבר זה שבו יצוייר הדבר עליה שתמות וישא ר"ן את אחותה. והא דלא נקטה היתר של הדם בדם דגים וחגבים, נראה משום דאכתי אסור לאכול כמו שהוא בלי היתר משום מראית העין ולכן לא אמרה דם השיניים דגם כן אסור משום מראית העין ורק בעודו בפיו בולעו וכן דם שאר איברים אינו מותר אלא רק בהיותו מטפטף שניכר שהוא של אדם ויש מתרצים דניחא לה למנקט היתר הדם בבהמה עצמה ולא במין אחר.
💡 Explication

La règle de Yalta (épouse de Rav Nahman). À chaque interdit la Torah a opposé un permis de même goût. Premiers exemples : le sang est interdit, mais le foie (kaved), entièrement gorge de sang figé, est permis ; la nida (relation avec une femme en période menstruelle) est interdite, mais le sang de pureté (dam tohar — celui des premières relations de la vierge, et celui des jours de pureté de l'accouchée) est permis.

13
חלב בהמה – חלב חיה, חזיר – מוחא דשיבוטא, גירותא – לישנא דכוורא.

[Il nous a interdit] la graisse (helev) d'une bête domestique — [Il nous a permis] la graisse d'une bête sauvage ; [Il nous a interdit] le porc — [Il nous a permis] la cervelle du [poisson] chibouta ; [Il nous a interdit] le girouta — [Il nous a permis] la langue du poisson (kavra).

📜 Rachi (3)
מוח של דג ששמו שיבוטא טעמו כטעם חזיר:
Cervelle — du poisson nommé chibouta ; son goût [est] comme le goût du porc.
גירותא עוף טמא הוא:
Girouta — c'est un oiseau impur.
לישנא דכוורא יש לו טעם גירותא:
Langue du poisson — il a [le] goût du girouta.
💡 Explication

Suite des correspondances de Yalta. La graisse interdite (helev) de la bête domestique a pour pendant la graisse permise de la bête sauvage (haya) — même saveur. Le porc (hazir), interdit, à pour pendant la cervelle du chibouta (poisson cachere au goût de porc). Le girouta (oiseau impur), interdit, à pour pendant la langue du poisson (kavra), de goût semblable.

14
אשת איש – גרושה בחיי בעלה, אשת אח – יבמה, גויה – יפת תאר, בעינן למיכל בשרא בחלבא.

[Il nous a interdit] la femme mariée (echet ich) — [Il nous a permis] la divorcée du vivant de son [premier] mari ; [Il nous a interdit] la femme du frère (echet ah) — [Il nous a permis] la yevama ; [Il nous a interdit] la non-Juive (goya) — [Il nous a permis] la belle captive (yefat toar). [De même,] nous voulons manger de la viande dans du lait (bassar be-halav).

📜 Rachi (2)
אסר לן אשת איש שרא לן גרושה ואע"פ שבעלה חי:
Il nous a interdit la femme mariée, Il nous a permis la divorcée — et [cela] bien que son [premier] mari soit vivant.
בעינא למיכל בישרא בחלבא ומה אמצא היתר דוגמתו:
Nous voulons manger de la viande dans du lait — et quel permis de même aspect trouverai-je ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
בעינא למיכל בישרא בחלבא. קשא אמאי נקטא בהאי לישנא ולא אמרה זה בלשון שאלה לומר בשר בחלב מאי שרא לן כוותיה? ונראה לי בס"ד דידעה אם תשאל כך ישיב לה רב נחמן שיש היתר בשר עוף שהוא מותר מן התורה בחלב ורק חכמינו ז"ל אסרוהו על כן דקדקה לומר בעינא למיכל דעל ידי כך לא ישיב לה על בשר עוף כי כיון דחכמינו ז"ל אסרוהו לא תוכל לאכול ממנו בחלב ולכן בהיתר דם נדה לא אמרה דם בתולים דמותר מן התורה ורק חכמינו ז"ל אסרוהו אלא אמרה ההיתר בדם טוהר.
💡 Explication

Dernière série de correspondances [dans le domaine des unions] et chute. La femme mariée (interdite) à pour pendant la divorcée (permise même du vivant de son ex-mari). La femme du frère (interdite) à pour pendant la yevama (belle-sœur, permise par le lévirat quand le frère meurt sans enfant). La non-Juive a pour pendant la belle captive (yefat toar, Dt 21). Conclusion de Yalta : puisqu'il en va ainsi, 'je veux manger un [mets à] goût de viande-au-lait' [permis] — d'où la réponse de Rav Nahman au segment suivant.

15
אמר להו רב נחמן לטבחי: זויקו לה כחלי. והאנן תנן: קורעו! ההוא לקדרה.

Rav Nahman dit à ses cuisiniers : rôtissez-lui des pis [à la broche]. Mais nous avons [pourtant] appris [dans la michna] 'il le fend' !

Cela [vaut] pour la marmite (kedeira).

📜 Rachi (2)
זויקו שפודו. תנו לה כחל בשפוד:
Rôtissez (zaviko) — embrochez-les ; donnez-lui du pis à la broche.
והא אנן קורעו תנן ההוא לקדרה דכי נפיק מיניה הוי חלב שחוטה וכי הדר ומיבלע ליה אסר ליה. ודקתני לא קרעו אינו עובר עליו רב נחמן סבירא ליה כלישנא בתרא דרב וברייתא מוקי לה בצלי דכתיב ויבשלו (את) הפסח בדברי הימים:
'Mais nous avons appris : il le fend' — cela [vaut] pour la marmite — car, lorsque [le lait] en sort, c'est du lait d'une [bête] abattue, et lorsqu'il se résorbe à nouveau, il le rend interdit ; et ce qu'on enseigne '[s']il ne l'a pas fendu, il ne transgresse pas à son sujet', Rav Nahman tient comme la dernière version de Rav, et il établit la braita [comme parlant] du rôti, comme il est écrit 'et ils cuisirent (va-yevachlou) le [sacrifice de] Pessa'h' dans les Chroniques.
🗂️ Tossefot (2)
זויקו לה כחלי פירש בערוך כמו זיקים מלאים ודמי לזויקני דארמאי בפ' שני דמסכת ע"ז (דף לא:) כלומר נפוחין וכן הכא כחל כמו נוד נפוח מלא חלב ולא נקרע ובקונטרס פירש שפודו תנו לה כחל בשפוד:
'Rôtissez-lui des pis' — le Aroukh a expliqué [zaviko] comme [le mot] 'outres' (zikim) pleines, semblable à 'zoviknei dei-aramaei' au chapitre deux du traité Avoda Zara (31b), c'est-à-dire gonflés ; et de même ici, le pis [est] comme une outre gonflée pleine de lait et qui n'a pas été fendue. Et le Commentaire (Rachi) a expliqué 'embrochez-les, donnez-lui du pis à la broche'.
ההוא לקדרה פירש בקונטרס דרב נחמן ס"ל כלישנא בתרא דרב וברייתא מוקי לה בצלי כדכתיב ויבשלו (את) הפסח בדברי הימים ואין זה דוחק דה"נ מוקמינן בפ' כיצד צולין (פסחים דף עד.) קורעו לאחר בשולו היינו אחר צלייתו ואינו רוצה לומר דסבר לגמרי כלישנא בתרא דהא מיקל טפי אפילו מלישנא קמא דשרי אפילו לכתחלה אלא בפירוש דמתניתין סבר כלישנא בתרא דכיון דשרי רב נחמן לצלי לכתחלה בלא קריעה א"כ הא דקתני קורעו היינו לקדרה כדקאמר הכא וכי קתני לא קרעו אינו עובר עליו ע"כ אינו עובר עליו ואסור כיון דמיירי לקדרה ורבינו תם פירש דהא דצריך קריעת שתי וערב וטחו בכותל לקדרה היינו קדרה עם בשר דלקדרה משמע עם בשר כדתנא אם בנותן טעם בקדרה אבל לקדרה בלא בשר או לצלי שרי לכתחלה בקריעה קצת וטעמא דהחמירו בה עם הבשר לפי דטעם החלב נכנס בבשר ומשתנה טעם הבשר ויש בו טעם בשר בחלב ולכך גזרו חכמים וכשאין הבשר עם הכחל בקדרה אף על פי שלא קרעו שתי וערב כיון שקרעו קצת לכתחלה מותר דאין החלב בעינה עוד בכחל כמו שהיה קודם ואע"פ שנפלט וחוזר ונבלע תוך הכחל לא גזרו בו חכמים כיון שאין שם בשר אחר ולא נשתנה טעמו של כחל מפני בליעה זו ולא אתי למיכל בשר בחלב ובדיעבד שרי אפילו לא קרעו כלל ואין חילוק בין צלי לקדרה בלא בשר דאין בו שום טעם להקל בצלי יותר דבצלי נמי נוטף החלב ונופל על הכחל מבחוץ וחוזר ונבלע ולא שייך כבולעו כך פולטו אלא בדם אבל טיפת חלב שנפלה על חתיכת צלי לא כמו בשמנונית דנבלה דאפילו צלי אינו חוזר ופולט שמנונית שבלע והכי פירושו הכחל קורעו ומוציא את חלבו פירוש שתי וערב וטחו בכותל כדמפרש בגמרא דמוקי ליה רבי אלעזר לקדרה והיינו עם בשר כדפרישית ומוקי לה הכי משום דמתניתין סתמא קתני משמע שבא להתיר בכל ענין בשול לא קרעו פירוש לא עשה דין קריעה שלא קרעו שתי וערב וטחו בכותל אלא קריעה קצת אינו עובר עליו אמר רב אינו עובר עליו ומותר כיון דקרעו קצת אבל אם לא קרעו כלל ובשלו בהדי בשר אסור מדרבנן כדאמרינן בפ' גיד הנשה (לעיל חולין דף צז:) כחל בס' דחלב שחוטה אסור מדרבנן כיצד קורעו אמתניתין קאי אמר ליה ר' אלעזר קרע לי ואנא איכול פי' קרע לי קריעה קצת ואנא איכול בקדרה בלא בשר מאי קמ"ל דלא בעי שתי וערב אלא לקדרה בהדי בשר אמר להו רב נחמן זויקו לה כחלי פירוש בשלו לה בקדרה בלא בשר כחלי נפוחים כנודות פירוש שלא נקרעו שתי וערב אלא קריעה קצת מ"מ קרי זויקו לפי שלא נקרעו שתי וערב והא אנן תנן קורעו פירוש שתי וערב אבל קריעה קצת לא מהני ההוא לקדרה פירוש בהדי בשר והא קתני כחל שבשלו בחלבו מותר אלמא אפילו בקדרה בלא בשר אסור לכתחלה לבשל דבלא בשר מיירי מדקתני שבשלו בחלבו דמשמע דליכא איסורא אלא איהו גופיה ורב נחמן מתיר לכתחלה כו' והוה מצי לשנויי דמיירי בשלא קרעו כלל אלא דעדיפא משני וא"ת היכי מייתי סייעתא מהך ברייתא ללישנא קמא דרב והא רב איירי אפילו בקדרה בהדי בשר וברייתא איירי בקדרה בלא בשר כדפרישית ויש לומר משום דלישנא בתרא דרב קאמר אינו עובר עליו ואסור בין בהדי בשר בין בלא בשר והך ברייתא שריא מיהא בלא בשר ומשום דפליגא אלישנא בתרא קאמר תניא כלישנא קמא והשתא רב נחמן כלישנא קמא דתניא כוותיה והילכתא כוותיה ולמאי דפרישית דמתניתין איירי נמי בקדרה בהדי בשר משום דקתני סתמא א"כ רישא דברייתא דקתני נמי הכחל קורעו ומוציא את חלבו הוי נמי אפילו בהדי בשר ולא הוי דומיא דלב קורעו לא קרעו קורעו לאחר בישולו דלא איירי בהדי בשר דאי בהדי בשר נעשה הבשר נבלה וחוזר ואוסר את הלב דטעם דלב דשיע לא קאי לפי המסקנא דפסחים (דף עד:) לפירוש ר"ת:
'Cela [vaut] pour la marmite' — le Commentaire a expliqué [que] Rav Nahman tient comme la dernière version de Rav, et il établit la braita [comme parlant] du rôti, comme il est écrit 'et ils cuisirent le [sacrifice de] Pessa'h' dans les Chroniques ; et ce n'est pas forcé, car de même nous l'établissons au chapitre Keitzad tzolin (Pessahim 74a) : 'il le fend après sa cuisson' [signifie] après son rôtissage. Et il ne veut pas dire qu'il [Rav Nahman] tient entièrement comme la dernière version, car il est plus indulgent encore que la première version, qui permet même à priori ; mais dans l'explication de la michna il tient comme la dernière version : puisque Rav Nahman permet le rôti à priori sans fente, alors ce qu'on enseigne 'il le fend', [c'est] pour la marmite comme [la guemara] le dit ici, et ce qu'on enseigne '[s']il ne l'a pas fendu, il ne transgresse pas à son sujet' [signifie] forcément 'il ne transgresse pas mais [c'est] interdit', puisqu'on parle de la marmite. Et Rabbenou Tam a expliqué que ce qui requiert une fente en long et en large et l'écrasement au mur, [c'est] pour la marmite — c'est-à-dire la marmite avec de la viande, car '[à] la marmite' implique [la cuisson] avec de la viande, comme on enseigne 'si [le pis] donne du goût dans la marmite' ; mais [pour] la marmite sans viande, ou [pour] le rôti, [c'est] permis à priori avec une fente légère ; et la raison pour laquelle on a été plus strict avec la viande, [c'est] parce que le goût du lait pénètre dans la viande et le goût de la viande change, et il y a en elle du goût de viande-au-lait, c'est pourquoi les Sages [l']ont interdit ; et lorsque la viande n'est pas avec le pis dans la marmite, bien qu'il ne l'ait pas fendu en long et en large, dès lors qu'il l'a fendu un peu à priori, [c'est] permis, car le lait n'est plus tel quel (be-eineih) dans le pis comme [il l']était auparavant, et bien qu'il soit expulsé puis résorbé dans le pis, les Sages n'[y] ont pas décrété [d'interdit], dès lors qu'il n'y a pas là d'autre viande et que le goût du pis n'a pas changé du fait de cette résorption, et l'on n'en vient pas à manger de la viande dans du lait ; et à posteriori (be-diavad) [c'est] permis même s'il ne l'a pas fendu du tout. Et il n'y a pas de différence entre le rôti et la marmite sans viande, car il n'y a là aucune raison d'être plus indulgent pour le rôti [plus] que [pour la marmite], puisque dans le rôti aussi le lait dégoutte et tombe sur le pis par l'extérieur et se résorbe ; et 'comme il absorbe, ainsi il rejette' ne vaut que pour le sang, mais une goutte de lait tombée sur un morceau de rôti, [il en va] non [pas comme pour] le gras d'une charogne, qui même [au] rôti ne rejette pas le gras qu'il a absorbé. Et voici son explication : 'le pis, il le fend et en fait sortir son lait', c'est-à-dire en long et en large et l'écrase au mur, comme l'explique la guemara, qui l'établit selon Rabbi Elazar pour la marmite, c'est-à-dire avec de la viande comme je l'ai expliqué ; et [la guemara] l'établit ainsi parce que la michna enseigne de manière indistincte (setama), [ce qui] suggère qu'elle vient permettre [le pis] dans tout mode de cuisson ; '[s']il ne l'a pas fendu', c'est-à-dire qu'il n'a pas accompli la règle de la fente — qu'il ne l'a pas fendu en long et en large et ne l'a pas écrasé au mur, mais [seulement] une fente légère — 'il ne transgresse pas à son sujet' ; Rav a dit 'il ne transgresse pas à son sujet et [c'est] permis', dès lors qu'il l'a fendu un peu ; mais s'il ne l'a pas fendu du tout et l'a cuit avec de la viande, [c'est] interdit rabbiniquement, comme on [le] dit au chapitre Guid ha-nache (plus haut, Houlin 97b) : le pis [annule] dans soixante, car le lait d'une [bête] abattue [est interdit] rabbiniquement. 'Comment le fend-il' se rapporte à la michna ; 'Rabbi Elazar lui dit : fends-le-moi et je mangerai', c'est-à-dire fends-le-moi d'une fente légère et je mangerai à la marmite sans viande ; 'que nous apprend-il ? que nous n'exigeons [la fente] en long et en large que pour la marmite avec viande' ; 'Rav Nahman dit : rôtissez-lui des pis', c'est-à-dire cuisez-lui à la marmite sans viande des pis gonflés comme des outres, c'est-à-dire qui n'ont pas été fendus en long et en large mais [d'une] fente légère — et néanmoins on dit 'rôtissez (zaviko)', parce qu'ils n'ont pas été fendus en long et en large ; 'mais nous avons appris : il le fend', c'est-à-dire en long et en large, mais une fente légère ne suffit pas ; 'cela [vaut] pour la marmite', c'est-à-dire avec de la viande. Et [puisqu']on enseigne 'le pis qu'il a cuit dans son lait [est] permis', cela [montre] que même à la marmite sans viande [c'est] interdit de cuire à priori — car [la braita] parle [d'un pis] sans viande, du fait qu'elle enseigne 'qu'il a cuit dans son lait', [ce qui] suggère qu'il n'y a pas d'autre interdit que lui-même ; et Rav Nahman permet à priori, etc. Et [la guemara] aurait pu répondre que [la braita] parle [d'un cas] où il ne l'a pas fendu du tout, mais elle répond [d'une manière] préférable. On objectera : comment apporte-t-on un appui de cette braita à la première version de Rav, alors que Rav parle même de la marmite avec viande, et la braita parle de la marmite sans viande, comme je l'ai expliqué ? Et l'on peut dire : parce que la dernière version de Rav dit 'il ne transgresse pas à son sujet et [c'est] interdit', que ce soit avec viande ou sans viande, et cette braita permet du moins sans viande ; et parce qu'elle contredit la dernière version, on dit 'il est enseigné conformément à la première version'. Et maintenant Rav Nahman [tranche] comme la première version, qui [a] une braita conforme à elle, et la halakha [suit] elle. Et selon ce que j'ai expliqué, [à savoir] que la michna parle aussi de la marmite avec viande du fait qu'elle enseigne de manière indistincte, alors le début de la braita qui enseigne aussi 'le pis, il le fend et en fait sortir son lait' [parle] lui aussi même [du cas] avec viande, et n'est pas semblable à [la clause] 'le cœur, il le fend ; [s']il ne l'a pas fendu, il le fend après sa cuisson', qui ne parle pas [du cas] avec viande — car si [c'était] avec viande, la viande deviendrait charogne (nevela) et rendrait à son tour le cœur interdit, [puisque] la raison du cœur 'qu'il est lisse' ne tient pas selon la conclusion de Pessahim (74b), selon l'explication de Rabbenou Tam.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אמר להו רב נחמן לטבחי: זויקו לה כחלי. הא דלא אמר הא התירו כחל אלא הודיעה על ידי מעשה שיצלו לה כחל, נראה שהבין מדבריה דעדיין לא אכלה כחל מימיה ולא ידעה טעמו ולכן לא השיגה דבר זה מדעתה כאשר השיגה בדם בהמה שהותר הכבד על כן הוכרח לצוות שיצלו כחל ותראה שיש בו טעם חלב מעורב עם טעם בשר וצוה אותם שיצלו הכחל בלא קריעה שתי וערב אלא רק קריעה קצת כדי שישאר הכחל כמו נוד נפוחה מלאה חלב וכמו שכתבו התוספות ז"ל והוא היה סובר דלכתחילה מותר בכך וכמ"ש רבינו תם ז"ל דהא דצריך טיחה וקריעה שתי וערב היינו לקדרה לבשלו עם בשר אבל בלא בשר או צלי די בקריעה קצת וכנזכר בתוספות בד"ה ההוא לקדרה.
💡 Explication

Réponse de Rav Nahman à Yalta : il ordonne de lui rôtir des pis à la broche (le rôti d'un pis a [le] goût de viande-au-lait, sans en être). Objection : la michna exige de fendre le pis ! Réponse : cette exigence ne vaut que pour la cuisson à la marmite (kedeira) — là, le lait sorti redevient vrai lait et se résorbe ; mais pour le rôti, point n'est besoin de fente [poussée]. Rav Nahman suit ici la seconde version de Rav, établissant la braita comme parlant du rôti.

16
והא קתני: שבשלו – דיעבד אין, לכתחלה לא? הוא הדין דאפילו לכתחלה, ואיידי דקא בעי למיתנא סיפא קבה

Mais [la braita] enseigne 'qu'il a cuit' — à posteriori (diavad), oui ; à priori (lekhatchila), non ! [Réponse :] il en va de même (hou ha-din) [que c'est permis] même à priori ; et puisqu'il voulait enseigner dans la suite 'la caillette...' [il a employé cette formule].

📜 Rachi (1)
והא קתני שבשלו בדיעבד והא ודאי בצלי הוא מדקתני מותר דאי בקדרה אמאי מותר הא יצא החלב וחזר ונבלע:
'Mais on enseigne qu'il a cuit', à posteriori — or ceci [est] assurément [du] rôti, du fait qu'on enseigne 'permis' ; car si [c'était] à la marmite, pourquoi [serait-ce] permis ? le lait est sorti puis s'est résorbé.
💡 Explication

Dernière objection : la braita dit 'le pis qu'il a cuit' (au passé), ce qui suggère 'à posteriori oui, mais à priori non'. Réponse : il en va de même à priori — c'est permis d'emblée ; si la braita a employé le passé, c'est par symétrie de rédaction avec la clause suivante sur la caillette [qui se poursuit au feuillet 110a].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).