Chullin 10a — les liquides découverts (gilui) et le couteau trouvé ébréché après l'abattage

Chullin 10a

Sougya : La Guemara achève la sougya du danger : on n'attribue pas à un homme impur ce que les reptiles ont coutume de faire (découvrir, non couvrir), et l'eau découverte est interdite même inchangée — preuve que le danger est plus grave que l'interdit. On rappelle les trois liquides interdits par 'gilui' (eau, vin, lait), interdits si laissés découverts le temps qu'un serpent sorte, boive et retourne à son trou sans être vu.

Puis la grande dispute : celui qui abat et trouve ensuite le couteau ébréché — Rav Houna le déclare invalide (on craint qu'il se soit ébréché sur la peau, suivant sa présomption d'interdit), Rav Hisda le déclare valable (l'os ébréché à coup sûr, la peau seulement peut-être : un doute ne déloge pas un certain). Rava objecte en faveur de Rav Houna du cas de l'immersion avec une interposition trouvée ; on résout que la suspicion porte là sur la personne, alors qu'ici elle porte sur le couteau et non sur la bête.

Enfin, la braita 'tout doute dans l'abattage est invalide' est expliquée comme visant un doute de chehiya ou de derassa, non le cas du couteau ébréché.

Couteau trouvé ébréché après l'abattage : valable ou non ? Rav Houna : INVALIDE on craint qu'il se soit ébréché sur la PEAU (abattage déchirant -> terefa) [bête présumée interdite, sa chazaka] Rav Hisda : VALABLE l'os ébréché À COUP SÛR (vadai), la peau [seulement] peut-être (safek) ein safek motzi mi-yedei vadai Pourquoi le doute ne déloge pas ici (contre l'objection de l'immersion) : Immersion + interposition la suspicion est sur la PERSONNE -> le doute déloge le certain Abattage + couteau ébréché la suspicion est sur le COUTEAU, pas sur la bête -> abattage maintenu
La dispute Rav Houna / Rav Hisda sur le couteau ébréché (segments 5-11).
1
מִפְּנֵי שֶׁדַּרְכָּן שֶׁל שְׁרָצִים לְגַלּוֹת, וְאֵין דַּרְכָּן לְכַסּוֹת.

...parce que la manière des reptiles (sheratzim) est de découvrir, et leur manière n'est pas de couvrir.

📜 Rachi (2)
מִפְּנֵי שֶׁדַּרְכָּן שֶׁל שְׁרָצִים לְגַלּוֹת ואע"ג דְּאָדָם נָמֵי דַּרְכּוֹ לְגַלּוֹת אִיכָּא לְמִיתְלֵי בְּאָדָם טָהוֹר וּבַשְּׁרָצִים לְטַהֵר וּבְאָדָם טָמֵא לְטַמֵּא תָּלֵינַן בָּתַר רֻובָּא לְטַהֵר:
Parce que la manière des reptiles est de découvrir — et bien qu'un homme aussi ait coutume de découvrir, [comme] on peut [l']attribuer à un homme pur, aux reptiles (pour déclarer pur) ou à un homme impur (pour déclarer impur), nous [l']attribuons à la majorité [des cas], pour déclarer pur.
וְאֵין דַּרְכָּן לְכַסּוֹת הִלְכָּךְ רֵישָׁא לֵיכָּא לְמִיתְלֵי בִּשְׁרָצִים וּטְמֵאִים וּטְהוֹרִים שְׁכִיחֵי וְחָיְישִׁינַן לִטְמֵאִים. אַלְמָא בְּמִידֵּי דְּאִיסּוּרָא תָּלֵינַן בָּתַר רֻובָּא דִּשְׁכִיחֵי וְאַף עַל גַּב דִּלְקֻולָּא. אִי נָמֵי טַעְמָא דְּהִנִּיחָהּ מְגֻולָּה וּמָצְאָה מְכֻוסָּה מְכֻוסָּה וּמְצָאָהּ מְגֻולָּה הָא מְצָאָהּ כְּמוֹ שֶׁהִנִּיחָהּ לָא טֻומְאָה אִיכָּא וְלָא פְּסוּלָה אִיכָּא וְאִילּוּ סְפֵק מַיִם מְגֻולִּין אֲסוּרִין גָּרְסִינַן ואע"ג דְּאִיכָּא לְמֵימַר אָדָם נִכְנָס לְשָׁם שֶׁגִּילָּה אוֹתָהּ וּשְׁאָר שְׁרָצִים גִּילּוּ אוֹתָהּ שֶׁאֵין בָּהֶן סַכָּנָה וְהָווּ לְהוּ נְחָשִׁים מִיעוּטָא תָּלֵינַן בִּנְחָשִׁים וַאֲסִירִי אִי נָמֵי פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּהוּא עַצְמוֹ גִּילָּה אוֹתָהּ וְשָׁהָה בְּגִילּוּי כְּדֵי שֶׁיָּכוֹל נָחָשׁ לִשְׁתּוֹת מֵהֶן אָמְרִינַן לְקַמָּן דַּאֲסִירִי ואע"ג דְּמָצְאָה כְּמוֹ שֶׁהִנִּיחָהּ:
Et leur manière n'est pas de couvrir — c'est pourquoi, dans le début (recha) [découverte->couverte], on ne peut [l']attribuer aux reptiles, et [comme] impurs et purs sont [tous deux] fréquents, on craint les impurs. Preuve : en matière d'interdit, on [l']attribue à la majorité des [cas] fréquents, même [si c'est] vers l'indulgence. Ou bien : la raison [pour laquelle l'état compte], c'est que [s']il l'a trouvée comme il l'a laissée, il n'y a ni impureté ni invalidité ; tandis qu'[pour] un doute d'eau découverte, [elles sont] interdites — et bien qu'on puisse l'attribuer à un homme ou à d'autres reptiles sans danger, les serpents [n']étant qu'une minorité, on [l']attribue aux serpents et [elles sont] interdites ; ou bien : il lui est évident que [le propriétaire] lui-même l'a découverte et l'a laissée découverte le temps qu'un serpent puisse y boire — et nous disons plus loin qu'[elles sont] interdites, même [s']il l'a trouvée comme il l'a laissée.
💡 Explication

Réponse à R. Yehochoua ben Levi (suite de 9b) : on n'attribue pas à un homme impur, car les reptiles ont coutume de découvrir (pour boire) mais non de couvrir. Donc 'découverte->couverte' = un homme (impur, à craindre) ; 'couverte->découverte' = un reptile / homme pur. Preuve qu'en matière d'interdit, il y a des doutes indulgents (à la différence du danger).

2
אִי נָמֵי, טַעְמָא דְּהִנִּיחָהּ מְגֻולָּה וּבָא וּמְצָאָהּ מְכֻוסָּה, מְכֻוסָּה וּבָא וּמְצָאָהּ מְגֻולָּה, הָא מְצָאָהּ כַּמָּה שֶׁהִנִּיחָהּ – לָא טֻומְאָה אִיכָּא וְלָא פְּסוּלָא אִיכָּא.

Ou bien : la raison [du verdict d'impureté ou d'invalidité] est qu'on l'a laissée découverte et trouvée couverte, [ou] couverte et trouvée découverte ; mais [s']il l'a trouvée telle qu'il l'a laissée — il n'y a ni impureté ni invalidité.

💡 Explication

Autre inférence de la braita : impureté/invalidité ne valent que si l'état a changé (découverte/couverte). Inchangée -> ni impure ni invalide.

3
וְאִילּוּ סְפֵק מַיִם מְגֻולִּים אֲסוּרִין, שְׁמַע מִינָּה: חֲמִירָא סַכַּנְתָּא מֵאִיסּוּרָא, שְׁמַע מִינָּה.

Tandis qu'[pour] un doute d'eau découverte, [elles sont] interdites — apprends-en : le danger est plus grave que l'interdit ; apprends-en.

📜 Rachi (1)
ש"מ חֲמִירָא סַכַּנְתָּא מֵאִיסּוּרָא ש"מ וְאִית דְּיָלְפִי לְהָא דְּרַב אַשִּׁי דַּחֲמִירָא סַכַּנְתָּא מֵאִיסּוּרָא מִדְּקָתָנֵי אִם יְכוֹלָה חֻולְדָּה לִשְׁתּוֹת כו' פְּסוּלָה וְלָא קָתָנֵי טְמֵאָה דְּנִיחָא לֵיהּ לַתַּנָּא לְמִיתְלֵי בִּשְׁרָצִים דְּשָׁמְעִינַן מִמֵּילָא דַּאֲסוּרָה מִשּׁוּם סַכָּנַת נְפָשׁוֹת ואע"ג דִּלְגַבֵּי אִיסּוּר קֻולָּא הִיא דְּלָא מְטַמֵּא וְלָא מִיתְּלֵי בְּאָדָם טָמֵא ואע"ג דְּדַרְכּוֹ נָמֵי לְגַלּוֹת מִשּׁוּם דְּאִי הֲוָה קָתָנֵי טְמֵאָה לָא הֲוָה שָׁמְעִינַן מִינֵּיהּ אִיסּוּר סַכָּנַת נְפָשׁוֹת וְלָא גָּרֵיס וְאִילּוּ סְפֵק מַיִם מְגֻולִּין אֲסוּרִין. וְקַשְׁיָא לִי בְּגַוֵּיהּ טוּבָא חֲדָא דְּהָא לְרַבָּנָן חֻולְדָּה קָתָנֵי וְלֹא נָחָשׁ ולר"ג גּוּפֵיהּ אוֹ חֻולְדָּה אוֹ נָחָשׁ קָתָנֵי וְאִם יְכוֹלָה חֻולְדָּה לִשְׁתּוֹת וְלֹא נָחָשׁ כְּגוֹן שֶׁמֻּונַּחַת עַל דַּף גָּבוֹהַּ קָתָנֵי נָמֵי פְּסוּלָה וְלֹא טְמֵאָה וְהָכָא אִיבְּעִי לֵיהּ לְמִיתְנֵי טְמֵאָה דְּמַאי סַכָּנַת נְפָשׁוֹת אִיכָּא דְּאַקִּילוּ בֵּיהּ גַּבֵּי אִיסּוּר טֻומְאָה וְעוֹד בְּנָחָשׁ נָמֵי לִיתְנֵי פְּסוּלָה מִשּׁוּם שְׁרָצִים וּטְמֵאָה מִשּׁוּם אָדָם טָמֵא וְאַשְׁמוֹעִינַן תַּרְוַיְיהוּ וְנִיחוּשׁ נָמֵי לְאִיסּוּרָא דְּהָא רֵישָׁא מָצֵי לְמִיתְלֵי בְּאָדָם טָהוֹר וּבְאָדָם טָמֵא וְתָלֵינַן בְּאָדָם טָמֵא לְחוּמְרָא אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינָּה טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם סַכָּנָה הוּא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּתָלֵינַן בְּרֻובָּא דִּשְׁכִיחָא:
Apprends-en : le danger est plus grave que l'interdit, apprends-en — et certains déduisent ce [propos] de Rav Achi du fait qu'on enseigne 'si une fouine peut [y] boire... [elle est] invalide' et non 'impure' : car il agrée au Tana de [l']attribuer aux reptiles, d'où l'on apprend de soi-même qu'elle est interdite à cause du danger mortel — et bien que, quant à l'interdit, ce soit une indulgence (non impure, et on ne [l']attribue pas à un homme impur, bien qu'[un homme] ait aussi coutume de découvrir) — parce que, si l'on enseignait 'impure', on n'apprendrait pas de là l'interdit [du au] danger ; et [ces autorités] ne lisent pas 'tandis qu'[pour] un doute d'eau découverte, [elles sont] interdites'. Mais cela me fait difficulté : d'abord, car selon les Sages on enseigne 'fouine' et non 'serpent', et selon Rabban Gamliel 'soit fouine soit serpent' ; et [le cas] 'si une fouine peut boire mais non un serpent' (par ex. [la fiole] posée sur une planche haute), on enseigne aussi 'invalide' et non 'impure' — or ici il aurait fallu 'impure', car quel danger y a-t-il, [puisqu']on a allégé quant à l'interdit d'impureté ? Et de plus, pour le serpent aussi, qu'on enseigne 'invalide' à cause des reptiles et 'impure' à cause d'un homme impur ; et qu'on craigne l'interdit, car au début on peut [l']attribuer à un homme pur ou impur, et nous [l']attribuons à un homme impur par rigueur ! Plutôt, n'en conclus-tu pas que la raison n'est pas le danger, mais [le fait] qu'on attribue à la majorité fréquente ?
💡 Explication

Mais l'eau découverte (même inchangée, par doute de venin) est interdite. Conclusion : le danger (sakana) est plus grave que l'interdit (issur).

4
תְּנַן הָתָם: שְׁלֹשָׁה מַשְׁקִין אֲסוּרִין מִשּׁוּם גִּלּוּי – מַיִם, וְיַיִן, וְחֵלֶב. כַּמָּה יִשְׁהוּ וְיִהְיוּ אֲסוּרִין? כְּדֵי שֶׁיֵּצֵא הָרַחַשׁ מִמָּקוֹם קָרוֹב וְיִשְׁתֶּה. וְכַמָּה מָקוֹם קָרוֹב? אָמַר רַב יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה: כְּדֵי שֶׁיֵּצֵא מִתַּחַת אֹוזֶן כְּלִי וְיִשְׁתֶּה.

Nous avons appris là-bas (Teroumot 8:4) : trois liquides sont interdits au titre du 'gilui' (découvert) — l'eau, le vin et le lait. Combien de temps doivent-ils demeurer [découverts] pour devenir interdits ?

Le temps qu'un reptile (rechech) sorte d'un endroit proche et boive. Et combien [est] un 'endroit proche' ?

Rav Yitzhak fils de Rav Yehouda dit : le temps qu'il sorte de sous l'anse du vase et boive.

📜 Rachi (3)
כַּמָּה יִשְׁהוּ הַמַּיִם בְּגִלּוּיָן הֵיכָא דְּהוּא עַצְמוֹ הִנִּיחָן מְגֻולִּים:
Combien de temps doivent-ils demeurer — l'eau, découverte, [dans le cas] où [le propriétaire] lui-même l'a laissée découverte.
הָרַחַשׁ הַנָּחָשׁ. רַחַשׁ תַּרְגּוּם שֶׁל שֶׁרֶץ:
Le rechech — le serpent ; 'rechech' est la traduction [araméenne] de 'sheretz'.
מִתַּחַת אֹוזֶן כְּלִי חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא הָיָה שָׁם שֶׁרֶץ וְשָׁתָה:
De sous l'anse du vase — on craint qu'un reptile s'y soit trouvé et ait bu.
💡 Explication

Michna (Teroumot 8:4) : trois liquides interdits par 'gilui' (laissés découverts) — eau, vin, lait (un serpent a pu y boire et y laisser du venin). Délai : le temps qu'un serpent sorte d'un lieu proche et boive — soit de sous l'anse du vase (Rav Yitzhak).

🖼️ Schéma
Les liquides 'découverts' (gilui) : la crainte du venin Eau Vin Lait Interdits s'ils sont restés découverts le temps qu'un serpent sorte d'un lieu proche (de sous l'anse du vase), BOIVE et RETOURNE à son trou — sans être vu (il revient par le sol qui se fend devant lui, non par le vase : Yerushalmi).
Les trois liquides du gilui.
5
יִשְׁתֶּה? הָא קָא חָזֵי לֵיהּ! אֶלָּא, יִשְׁתֶּה וְיַחֲזֹור לְחוֹרוֹ.

'Et boive' ?! Mais on [le] voit [alors] !

Plutôt : qu'il sorte, boive et retourne à son trou.

📜 Rachi (1)
הָא קָא חָזֵי לֵיהּ כֵּיוָן שֶׁלֹּא שָׁהָה לְשָׁם הַנָּחָשׁ שִׁיעוּר שֶׁיָּכוֹל לַחֲזֹור לְחוֹרוֹ אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לָבֹא לִשְׁתּוֹת הָא וַדַּאי לָא אֲתָא דְּאִי אֲתָא הָא קָא חָזֵי לֵיהּ בַּחֲזָרָתוֹ לְחוֹרוֹ תַּחַת אֹוזֶן הַכְּלִי בַּקַּרְקַע:
Mais on [le] voit — puisqu'il n'a pas laissé [le vase] découvert le temps [nécessaire au] serpent pour retourner à son trou, mais [seulement] le temps qu'il puisse venir boire, [alors] assurément il n'est pas venu ; car s'il était venu, on [le] verrait à son retour vers son trou, sous l'anse du vase, dans le sol.
🗂️ Tossefot (1)
וְיִשְׁתֶּה הָא קָא חָזֵי לֵיהּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי מְתָרֵץ כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה וּשְׁפִיפוֹן שְׁמוֹ וּרְשׁוּת נִתְּנָה לַקַּרְקַע לְהִבָּקַע לְפָנָיו וְלֹא נִתְּנָה רְשׁוּת לַכְּלִי לְהִבָּקַע מִפָּנָיו:
'Et boive' : mais on [le] voit — dans le Yerushalmi on résout : [il est mince] comme un fil de cheveu, et 'chefifon' est son nom ; et permission a été donnée au sol de se fendre devant lui, mais permission n'a pas été donnée au vase de se fendre devant lui [d'où il revient par le sol, invisible].
💡 Explication

Objection : si c'est juste le temps de 'sortir et boire', on le verrait (pas de doute). Réponse : le temps de sortir, boire ET retourner à son trou — alors le serpent a pu boire sans être vu.

6
אִיתְּמַר: הַשּׁוֹחֵט בְּסַכִּין וְנִמְצֵאת פְּגוּמָה, אָמַר רַב הוּנָא: אֲפִילּוּ שִׁיבֵּר בָּהּ עֲצָמוֹת כָּל הַיּוֹם – פְּסוּלָה, חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא בָּעוֹר נִפְגְּמָה. וְרַב חִסְדָּא אָמַר: כְּשֵׁרָה, שֶׁמָּא בְּעֶצֶם נִפְגְּמָה.

Il a été dit : celui qui abat avec un couteau et [qui ensuite] le trouve ébréché (pagoum), Rav Houna dit : même s'il a brisé des os avec lui toute la journée — [l'abattage est] invalide, [car] nous craignons qu'il se soit ébréché sur la peau (ba-or). Et Rav Hisda dit : [c'est] cacher (kachère, valable), [car] peut-être s'est-il ébréché sur l'os (ba-etzem).

📜 Rachi (5)
הַשּׁוֹחֵט בְּסַכִּין וְאַחַ"כּ נִמְצֵאת פְּגוּמָה וְיָדוּעַ הוּא שֶׁכְּשֶׁשָּׁחַט בָּדַק קֹודֶם שְׁחִיטָה וְהָיָה יָפֶה אֲבָל לֹא בָּדַק אַחַר שְׁחִיטָה מִיָּד:
Celui qui abat avec un couteau et qui [le] trouve ensuite ébréché — il est connu que, lorsqu'il a abattu, il [l']avait vérifié avant l'abattage et [qu']il était impeccable ; mais il ne [l']a pas vérifié aussitôt après l'abattage.
אֲפִילּוּ שֶׁבֶר בָּהּ עֲצָמוֹת בֵּין שְׁחִיטָה לִבְדִיקָה אַחֲרוֹנָה דְּאִיכָּא לְמִיתְלֵי בַּעֲצָמוֹת פְּסוּלָה הַשְּׁחִיטָה:
Même s'il a brisé des os avec lui — entre l'abattage et l'examen final, [de sorte] qu'on pourrait [l']attribuer aux os, [malgré cela] l'abattage est invalide.
שֶׁמָּא בְּעוֹר הַשְּׁחִיטָה:
Peut-être sur la peau — [au moment] de l'abattage.
נִפְגְּמָה וְנִמְצָא שֶׁלֹּא נִשְׁחֲטוּ הַסִּימָנִים אֶלָּא נִקְרְעוּ שֶׁהַפְּגָם קוֹרֵעַ וְזָבַחְתָּ כְּתִיב (דְּבָרִים יב):
Il s'est ébréché — et il se trouve [alors] que les simanim n'ont pas été [vraiment] abattus mais déchirés, car l'ébréchure déchire ; et il est écrit 'tu égorgeras (ve-zavahta)' (Deut 12) [= une coupe nette].
בַּעֶצֶם נִפְגְּמָה בְּאוֹתוֹ שֶׁשִּׁיבֵּר בָּהּ:
Sur l'os il s'est ébréché — sur celui qu'il a brisé avec.
⚖️ Rosh (1)
וְאִם נִשְׁחֲטָה שְׁחִיטָה כְּשֵׁירָה כָּרָאוּי הֲרֵי הִיא בְּחֶזְקַת הֶיתֵּר עַד שֶׁיִּוָּדַע לָךְ בַּמֶּה נִטְרְפָה. וַאֲפִילּוּ אִי אִיתְיַלִּיד בָּהּ רֵיעוּתָא כְּגוֹן שֶׁבָּא זְאֵב וְנָטַל בְּנֵי מֵעַיִם וְהֶחֱזִירָן כְּשֶׁהֵן נְקוּבִים אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא בִּמְקוֹם נֶקֶב נָקַב. וַאֲפִילּוּ יֵשׁ בּוֹ נְקָבִים הַרְבֵּה. כֵּיוָן שֶׁבָּא הַזְּאֵב תָּלֵינַן כֻּולְּהוּ בִּזְאֵב כִּי הֵיכִי דְּתָלֵינַן נְקִיבַת הָרֵיאָה בְּטַבָּח הֵיכָא דְּמִשִּׁמְשָׁא יְדָא דְּטַבָּחָא. וְהָנֵי מִילֵּי בְּאִיסּוּרָהּ אֲבָל בְּסַכַּנְתָּא כְּגוֹן שֶׁרָאָה צִיפּוֹר מְנַקֵּר בַּתְּאֵנָה וְעַכְבָּר מִנֶּקֶב בָּאֲבַטִּיחַ חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא בִּמְקוֹם נֶקֶב נָקַב וְאָסוּר מִשּׁוּם סַכָּנַת נְפָשׁוֹת. אִיתְּמַר הַשּׁוֹחֵט בְּסַכִּין בְּדוּקָה וְנִמְצֵאת פְּגוּמָה אָמַר רַב הוּנָא אֲפִילּוּ שִׁיבֵּר בָּהּ עֲצָמוֹת כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ פְּסוּלָה. חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא בָּעוֹר נִפְגְּמָה. וְרַב חִסְדָּא אָמַר כְּשֵׁירָה אֵימַר בְּעֶצֶם וְנִפְגְּמָה. וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב הוּנָא בְּשֶׁלֹּא שִׁיבֵּר בָּהּ עֲצָמוֹת דְּאֵימָא בָּעוֹר נִפְגְּמָה וְלָא תָּלֵינַן בַּמַּפְרֶקֶת. כִּי אֵינוֹ חוֹתֵךְ בְּכֹחַ בַּמַּפְרֶקֶת אֶלָּא לִפְעָמִים אַחַר שְׁחִיטַת הַסִּימָנִים וְהַוְּורִידִין נוֹגֵעַ בְּסַכִּין בַּמַּפְרֶקֶת. וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא בְּשֶׁשִּׁבֵּר בָּהּ עֲצָמוֹת וְכֵן אִם נָפְלָה הַסַּכִּין בְּחֻודָּהּ ע"ג קַרְקַע קָשֶׁה הִילְכָּךְ צְרִיכָה בְּדִיקָה בֵּין כֹּל חֲדָא וַחֲדָא. וְאִי לָא בְּדִיק הַסַּכִּין בֵּין כֹּל חֲדָא וַחֲדָא וְנִמְצֵאת הַסַּכִּין פְּגוּמָה כָּל מַאי דִּשְׁחִיט בָּהּ אָסוּר. כִּדְאָמְרִינַן הֲוָה עוֹבָדָא וְטָרַף רַב יוֹסֵף עַד תְּלֵיסַר חֵיוָתָא. וַאֲפִילּוּ קַמַּיְיתָא. כִּדְרַב הוּנָא דְּאָמַר חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא בָּעוֹר נִפְגְּמָה וְכִי שָׁחֵיט לְסִימָנִין בְּסַכִּין פְּגוּמָה שָׁחֵיט לְהוּ. וְהֵיכָא דְּבָדַק הַסַּכִּין תְּחִלָּה וְנֶאֱבַד הַסַּכִּין קֹודֶם שֶׁבָּדְקוּ אַחַר שְׁחִיטָה שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה וְלָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא בָּעוֹר נִפְגְּמָה. וְלֹא שַׁיָּיךְ הָכָא לְמֵימַר בְּחֶזְקַת אִיסּוּר עוֹמֶדֶת עַד שֶׁיִּוָּדַע לָךְ בַּמֶּה נִשְׁחֲטָה. דְּכֵיוָן דְּלָא חָזֵינַן רֵיעוּתָא בְּסַכִּין וַדַּאי נוֹדַע לָנוּ בַּמֶּה נִשְׁחֲטָה וַאֲפִילּוּ שָׁחַט כַּמָּה בְּהֵמוֹת זוֹ אַחַר זוֹ כֻּולָּן כְּשֵׁירוֹת. דְּלָא תָּלֵינַן לֹא בָּעוֹר וְלֹא בַּמַּפְרֶקֶת כָּל כַּמָּה דְּלָא חָזֵינַן רֵיעוּתָא בְּסַכִּין. תֵּדַע לְךָ דְּקַיְימָא לָן רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן וְלָא אָמְרִינַן סְמֹוךְ מִיעוּטָא דְּאֵין מֻומְחִין לִבְהֵמָה בְּחַיֶּיהָ בְּחֶזְקַת אִיסּוּר עוֹמֶדֶת עַד שֶׁיִּוָּדַע לָךְ בַּמֶּה נִשְׁחֲטָה כֵּיוָן דְּמִיעוּטָא דְּאֵינוֹ מֻומְחִין לָא שְׁכִיחַ וַדַּאי נוֹדַע לָנוּ שֶׁנִּשְׁחַט יָפֶה וְיָצְתָה מִכְּלַל אִיסּוּר הָכִי נָמֵי כֵּיוָן שֶׁשָּׁחַט בְּסַכִּין בָּדוּק לָא שְׁכִיחַ שֶׁנִּפְגַּם בְּעוֹר אוֹ בַּמַּפְרֶקֶת וּבְוַדַּאי נִשְׁחַט יָפֶה וְיָצְאָה מִכְּלַל אִיסּוּר. וְיֵשׁ מִן הַגְּדוֹלִים שֶׁהֶחְמִירוּ וְאוֹמְרִי' שֶׁאִם נָגַע בַּמַּפְרֶקֶת הָרִאשׁוֹנָה וְלֹא בָּדַק הַסַּכִּין וְנֶאֱבַד אַחַר שְׁחִיטַת הַשְּׁנִיָּה דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא בְּעֶצֶם הַמַּפְרֶקֶת אִיפְּגוּם. וְלֹא מִיסְתַּבֵּר דְּבִנְגִיעָה כָּל שֶׁהוּא שֶׁנּוֹגֵעַ בַּמַּפְרֶקֶת לָא שְׁכִיחַ דְּפַגִּים וְלָא מַחְזְקִינַן רֵיעוּתָא ואע"ג דְּרַשִׁ"י כָּתַב הַשּׁוֹחֵט אֲפִילּוּ בְּהֵמָה אַחַת צָרִיךְ לִבְדֹּוק אַחַר הַשְּׁחִיטָה. הַייְנוּ לְכַתְּחִלָּה אִי אִיתֵיהּ קַמַּן דְּלִיבְדְּקֵיהּ. אֲבָל אִם נֶאֱבַד לָא תָּלֵינַן רֵיעוּתָא. וּבַעַל הַמָּאוֹר זַ"ל כָּתַב אע"ג דְּמַצְרִיךְ רַב הוּנָא בְּדִיקוּתָא בֵּין כֹּל חֲדָא וַחֲדָא זְהִירוּת יַתִּירְתָא הִיא מִפְּנֵי שְׁחִיטַת רֹוב בְּהֵמוֹת שֶׁלֹּא יִפֹּול בָּהֶן סָפֵק דִּלְמָא אַגַּב דְּנָגַע סַכִּינָא בְּכָל עֶצֶם וְעֶצֶם דְּמַפְרֶקֶת אִיפַּגְמָא. אֲבָל לְאַחַר שְׁחִיטַת בְּהֵמָה אַחַת אֵין לָנוּ רְאָיָה לְהַצְרִיךְ לִבְדֹּוק הַסַּכִּין. וַאֲפִילּוּ בִּשְׁחִיטַת הַרְבֵּה בְּהֵמוֹת אִם לֹא נִזְהַר וְלֹא בָּדַק בֵּין כָּל אַחַת וְאַחַת וְלֹא אַחַר שְׁחִיטָה אֵין פּוֹסְלִין שְׁחִיטָתוֹ בְּכָךְ מֵאַחַר שֶׁבָּדַק בִּתְחִלַּת הַשְּׁחִיטָה. וְכֵן כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר זַ"ל. וְאִם שָׁחַט בְּסַכִּין שֶׁאֵינָהּ בְּדוּקָה וְנֶאֱבַד שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה וְיֵרָאֶה טַבָּח שֶׁיֵּשׁ לוֹ סַכִּין מְיֻוחֶדֶת לִשְׁחִיטָה וּמָקוֹם מְיֻוחָד שֶׁמַּצְנִיעוֹ שָׁם תָּמִיד בְּחֶזְקַת בְּדוּקָה תָּמִיד עוֹמֶדֶת וְאִם שָׁחַט בּוֹ בְּלֹא בְּדִיקָה וְנֶאֱבַד שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה:
Et si la bête à été abattue par une chehita (abattage rituel) valide comme il se doit, la voici en présomption de permis (be-hezkat heter) jusqu'à ce qu'on sache par quoi elle serait devenue terefa (bête rendue interdite par un défaut organique). Et même s'il s'est produit en elle un motif de suspicion (ré'outa), par exemple qu'un loup est venu, à saisi les intestins et les a remis alors qu'ils étaient percés, on ne craint pas qu'à l'endroit même d'un [futur] trou [le loup] ait fait un trou [en un endroit qui aurait de toute façon rendu la bête terefa]. Et même s'il y a en elle de nombreux trous, du moment que le loup est venu, nous attribuons (talinan) tous [les trous] au loup, de la même manière que nous attribuons la perforation du poumon au boucher (tabbah) là où la main du boucher a manipulé [le poumon]. Et ceci ne vaut que quant à son interdiction [alimentaire] (be-issourah) ; mais quant au danger [pour la vie] (be-sakanta), par exemple qu'on a vu un oiseau becqueter une figue, ou une souris [ronger] un trou dans une pastèque, nous craignons qu'à l'endroit du trou [l'animal] ait fait le trou [avec son venin], et [le fruit] est interdit à cause du danger de mort (sakanat nefachot). Il a été dit : celui qui abat avec un couteau vérifié (sakin beduka) et [le couteau] est ensuite trouvé ébréché (pegouma) — Rav Houna dit : même s'il a brisé avec lui des os toute la journée, [la chehita] est invalide (pessoula) ; nous craignons que [le couteau] se soit ébréché sur la peau. Et Rav Hisda dit : [la chehita] est valide (kechera) ; dis [plutôt] que c'est sur l'os qu'il s'est ébréché. Et la halakha (règle tranchée) est comme Rav Houna dans le cas où il n'a pas brisé d'os avec lui — car [alors] on peut dire qu'il s'est ébréché sur la peau, et nous n'attribuons pas [l'ébréchure] à la nuque (mafreket). En effet, [le boucher] ne coupe pas avec force dans la nuque ; seulement, parfois, après l'abattage des simanim (les deux conduits : trachée et oesophage) et des veines (veridin), le couteau touche la nuque. Et la halakha est comme Rav Hisda dans le cas où il a brisé des os avec lui. De même, si le couteau est tombé par son tranchant sur un sol dur, [c'est invalide]. C'est pourquoi il faut vérifier [le couteau] entre chaque [bête]. Et s'il n'a pas vérifié le couteau entre chaque [bête] et que le couteau est trouvé ébréché, tout ce qu'il a abattu avec lui est interdit ; comme nous le disons : il y eut un cas, et Rav Yossef déclara terefa jusqu'à treize bêtes, et même la première — selon [l'avis de] Rav Houna qui dit : nous craignons que [le couteau] se soit ébréché sur la peau, et lorsqu'il a abattu les simanim, c'est avec un couteau ébréché qu'il les a abattus. Et là où il a vérifié le couteau au début et que le couteau a été perdu avant qu'on ne l'ait vérifié après l'abattage — son abattage est valide (kechera), et nous ne craignons pas que [le couteau] se soit ébréché sur la peau. Et il ne convient pas ici de dire qu'[elle] se tient en présomption d'interdit (be-hezkat issour) jusqu'à ce qu'on sache par quoi elle a été abattue ; car du moment que nous ne voyons pas de motif de suspicion (ré'outa) dans le couteau, il est certain qu'il nous est connu par quoi elle a été abattue. Et même s'il a abattu plusieurs bêtes l'une après l'autre, toutes sont valides (kecherot), car nous n'attribuons [l'ébréchure] ni à la peau ni à la nuque tant que nous ne voyons pas de motif de suspicion dans le couteau. Sache-le : car nous tenons pour établi que la majorité (rov) de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts (moumhin), et nous ne disons pas : adjoins [à cette majorité] la minorité (mi'outa) de ceux qui ne sont pas experts, [de sorte que] pour la bête de son vivant [elle] se tienne en présomption d'interdit jusqu'à ce qu'on sache par quoi elle a été abattue. Du moment que la minorité de ceux qui ne sont pas experts n'est pas fréquente (lo chekhiah), il nous est certainement connu qu'elle a été bien abattue et qu'elle est sortie de la catégorie de l'interdit. De même ici : du moment qu'il a abattu avec un couteau vérifié, il n'est pas fréquent qu'[un couteau] s'ébréché sur la peau ou sur la nuque, et assurément elle a été bien abattue et est sortie de la catégorie de l'interdit. Et il y a parmi les grands [décisionnaires] qui ont été plus sévères et disent que si [le couteau] a touché la nuque de la première [bête], qu'il n'a pas vérifié le couteau, et qu'[il] a été perdu après l'abattage de la seconde — nous craignons que sur l'os de la nuque il se soit ébréché. Mais cela n'est pas raisonnable, car par un contact quelconque, du fait qu'[il] touche la nuque, il n'est pas fréquent qu'[il] s'ébréché, et nous ne tenons pas [cela] pour un motif de suspicion. Et bien que Rachi ait écrit : celui qui abat, même une seule bête, doit vérifier [le couteau] après l'abattage — cela vaut a priori (le-khathila), si [le couteau] est devant nous pour qu'on le vérifie ; mais s'il a été perdu, nous n'attribuons pas [d'ébréchure comme] motif de suspicion. Et le Baal ha-Maor, de mémoire bénie, a écrit : bien que Rav Houna exige la vérification entre chaque [bête], c'est une précaution supplémentaire (zehirout yeterta), à cause de l'abattage de la majorité des bêtes, afin qu'aucun doute ne survienne à leur sujet, [craignant] que peut-être, du fait que le couteau touche chaque os de la nuque, il se soit ébréché. Mais après l'abattage d'une seule bête, nous n'avons pas de preuve pour exiger de vérifier le couteau. Et même dans l'abattage de plusieurs bêtes, s'il n'a pas pris garde et n'a pas vérifié entre chacune ni après l'abattage, on n'invalide pas son abattage pour autant, du moment qu'il a vérifié au début de l'abattage. Et ainsi a écrit le Baal ha-Ittour, de mémoire bénie. Et s'il a abattu avec un couteau qui n'a pas été vérifié et qu'[il] a été perdu, son abattage est invalide (passoul). Et il apparaîtra [convenable] qu'un boucher ait un couteau réservé à l'abattage et un endroit réservé où il le range toujours : [alors le couteau] se tient toujours en présomption d'être vérifié (be-hezkat beduka), et s'il a abatu avec lui sans vérification et qu'[il] a été perdu, son abattage est valide (kachera).
💡 Explication

Cas majeur : on abat, puis on trouve le couteau ébréché (sans l'avoir examiné juste après l'abattage). Rav Houna : invalide — même si on a depuis brisé des os, on craint qu'il se soit ébréché sur la peau du cou (l'abattage devient déchirant -> terefa). Rav Hisda : valable — peut-être s'est-il ébréché sur l'os brisé après coup.

7
בִּשְׁלָמָא רַב הוּנָא כִּשְׁמַעְתֵּיהּ, אֶלָּא רַב חִסְדָּא מַאי טַעְמָא? אָמַר לָךְ: עֶצֶם – וַדַּאי פּוֹגֵם, עוֹר – סָפֵק פּוֹגֵם סָפֵק לָא פּוֹגֵם, הָוֵי סָפֵק וַודַּאי, וְאֵין סָפֵק מוֹצִיא מִידֵי וַדַּאי.

Soit ! Rav Houna [agit] selon son enseignement ; mais Rav Hisda, quelle [en est] la raison ?

Il peut te dire : l'os ébréché [le couteau] avec certitude (vadai), la peau ébréché [peut-être] — doute [si elle] ébréché, doute [si elle n']ébréché [pas] ; c'est [donc] un doute et un certain, et un doute ne fait pas sortir d'un certain (ein safek motzi mi-yedei vadai).

📜 Rachi (1)
כִּשְׁמַעְתֵּיהּ דְּאָמַר לְעֵיל (חֻולִּין דַּף ט.) בְּחֶזְקַת אִיסּוּר עוֹמֶדֶת עַד שֶׁיִּווָּדַע לָךְ בַּמֶּה נִשְׁחֲטָה וְזוֹ נוֹלַד בָּהּ סָפֵק בַּשְּׁחִיטָה:
Selon son enseignement — qu'il a dit plus haut (Houlin 9a) : '[la bête] se tient en présomption d'interdit jusqu'à ce qu'il te soit connu de quelle manière elle a été abattue', et ici un doute lui est né dans l'abattage.
💡 Explication

Rav Houna suit son principe (la bête vivante est présumée interdite jusqu'à preuve d'un abattage valide). Et Rav Hisda ? L'os ébréché à coup sûr ; la peau, c'est douteux. Un doute ne déloge pas un certain (ein safek motzi mi-yedei vadai) — on attribue l'ébréchure à l'os.

8
מֵתִיב רָבָא לְסַיּוֹעֵיהּ לְרַב הוּנָא: טָבַל וְעָלָה, וְנִמְצָא עָלָיו דָּבָר חוֹצֵץ, אַף עַל פִּי שֶׁנִּתְעַסֵּק בְּאוֹתוֹ הַמִּין כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ – לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה, עַד שֶׁיֹּאמַר: ״בָּרִי לִי שֶׁלֹּא הָיָה עָלַי קֹודֶם לָכֵן״. וְהָא הָכָא, דְּוַדַּאי טָבַל, סָפֵק הֲוָה עֲלֵיהּ סָפֵק לָא הֲוָה עֲלֵיהּ, וְקָאָתֵי סָפֵק וּמוֹצִיא מִידֵי וַדַּאי!

Rava objecte, pour appuyer Rav Houna : [si] on s'est immergé (taval) et qu'on est sorti, et qu'on a trouvé sur soi une chose interposante (davar hotzetz), bien qu'on se soit occupé de ce même genre [de chose] toute la journée, l'immersion ne lui a pas valu, jusqu'à ce qu'il dise : 'il m'est certain que [cela] n'était pas sur moi auparavant'. Or ici, c'est certain qu'il s'est immergé, doute [si cela] était sur lui, doute [si cela n']était [pas] sur lui — et un doute vient [pourtant] faire sortir d'un certain !

📜 Rachi (1)
כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ לְאַחַר טְבִילָה:
Toute la journée — après l'immersion.
🗂️ Tossefot (3)
טָבַל וְעָלָה כו' הַךְ דְּהָכָא לֹא שַׁייָּךְ לַאֲתוּיֵי בְּפֶ' כָּל הַיָּד (נִדָּה דַּף טו:) וּבְפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מא:) ובפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף ט.) דְּהָתָם נָמֵי פָּרִיךְ וְאֵין סָפֵק מוֹצִיא מִידֵי וַדַּאי דְּשָׁאנֵי הָכָא דִּלְחֻומְרָא אֲתָא סְפֵק אִיסּוּרָא וּמוֹצִיא מִידֵי וַדַּאי הֶיתֵּר וְהָנָךְ דְּמַייְתִי הָתָם לֹא שַׁייָּךְ לַאֲתוּיֵי הָכָא דְּהָתָם הָוֵי מִשּׁוּם דְּהָוֵי סָפֵק הָרָגִיל:
'[Si] on s'est immergé et qu'on est sorti, etc.' — ce [cas] d'ici ne convient pas à être apporté dans 'Kol ha-yad' (Nidda 15b), 'Kol ha-tzelamim' (Avoda Zara 41b) et au premier chapitre de Pessahim (9a), où l'on objecte aussi 'mais un doute ne fait pas sortir d'un certain' — car ici c'est différent : un doute d'interdit vient par rigueur faire sortir d'un certain permis ; et les [cas] qu'on apporte là-bas ne conviennent pas ici, car là-bas c'est parce que c'est un 'doute habituel' (safek ha-raguil).
עַד שֶׁיֹּאמַר בָּרִי לִי הָכָא לָא מְפַלֵּיג בֵּין טָבַל סָמוּךְ לַחֲפִיפָה לְלֹא טָבַל סָמוּךְ לַחֲפִיפָה כְּדִמְפַלֵּיג בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּנִדָּה (דַּף סו:) דְּאָמַר רָבָא טָבְלָה וְעָלְתָה וְנִמְצֵאת עָלֶיהָ דָּבָר חוֹצֵץ אִם סָמוּךְ לַחֲפִיפָה טָבְלָה אֵינָהּ צְרִיכָה לַחֲזֹור לְחוֹף וְלִטְבֹּול וְאִם כו' וְאוֹמֵר ר"ת דְּהָכָא מַיְירֵי בְּנִמְצָא בַּגּוּף וְהָתָם מַייְרֵי בְּנִמְצָא בָּרֹאשׁ דַּחֲפִיפָה לֹא תִּקֵּן עֶזְרָא אֶלָּא בָּרֹאשׁ כִּדְאָמְרִינַן בִּמְרֻובָּה (בּ"ק דַּף פב.) דְּאוֹרָיְיתָא לְעַיּוֹנֵי דִּילְמָא מִיקְּטַר וּמִיקַּטַּר לֹא שַׁייָּךְ אֶלָּא בָּרֹאשׁ וְעוֹד נָמֵי תְּנַן נָזִיר חוֹפֵף וּמְפַסְפֵּס אֲבָל לֹא סוֹרֵק וּבְפֶ' בָּתְרָא דְּנִדָּה (דַּף סו:) אָמַר דְּאִשָּׁה לֹא תִּחוֹף אֶלָּא בְּחַמִּין אֲבָל בִּקְרִירֵי לֹא מִשּׁוּם דְּמַשְּׁרוּ מַזְּיֵיהּ אֲבָל בִּשְׁאָר הַגּוּף שַׁייָּךְ לוֹמַר לְשׁוֹן הֲדָחָה כִּדְאָמַר הָתָם רַבָּה לְעוֹלָם יִלְמֹוד אָדָם בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁתְּהֵא מְדִיחָה קְמָטֶיהָ בַּמַּיִם וּמַשְׁמַע נָמֵי קְמָטִים דַּוְקָא אֲבָל לֹא שְׁאָר הַגּוּף ואע"ג דְּאִיכָּא לְמֵימַר דִּנְקַט קְמָטִים לִרְבוּתָא דאע"ג דְּבִיאַת מַיִם לָא בָּעֲיָא רָאוּי לְבִיאַת מַיִם בָּעֵינַן לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי מִדְּלָא נְקַט אֲפִילּוּ קְמָטֶיהָ מַשְׁמָע קְמָטִים דַּוְקָא וְהָא דְּאָמַר רַב נַחְמָן לַחֲמוֹתוֹ דּוֹדִי חָסַרְתָּ (נִדָּה דַּף סח.) מַשְׁמַע דְּכָל הַגּוּף בָּעֵי חֲפִיפָה הָתָם לָאו מִשּׁוּם חוֹבָה אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁהָיְתָה רְגִילָה לִרְחֹוץ בְּחַמִּין כְּמוֹ שֶׁנּוֹהֲגִים גַּם עַכְשָׁיו לִרְחֹוץ כָּל הַגּוּף בְּחַמִּין וְעוֹד אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם דְּהָכָא מַיְירֵי לִטְהָרוֹת וּבְנִדָּה אַייְרֵי לְבַעֲלָהּ שֶׁהֶחְמִירוּ לִטְהָרוֹת יוֹתֵר מִלְּבַעֲלָהּ כְּמוֹ שֶׁמַּשְׁמַע בְּנִדָּה בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת וְעוֹד יֵשׁ לְהַעֲמִיד הַךְ דִּשְׁמַעְתִּין בְּכֹהֲנִים דְּאֵין בָּהֶן חֲפִיפָה מִשּׁוּם שֶׁטּוֹבְלִין תָּמִיד כִּדְמַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי בְּרֵישׁ פְּסָחִים:
'Jusqu'à ce qu'il dise : il m'est certain' — ici on ne distingue pas entre 's'est immergé aussitôt après le peignage (hafifa)' et 'non', comme on distingue au dernier chapitre de Nidda (66b), où Rava dit : 'une [femme] qui s'est immergée et a trouvé sur elle une chose interposante — si elle s'est immergée aussitôt après le peignage, elle n'a pas besoin de revenir peigner et s'immerger ; sinon, etc.'. Rabbenou Tam dit qu'ici il s'agit [d'une interposition] sur le corps, tandis que là-bas, sur la tête (les cheveux) — car Ezra n'a institué le peignage que pour la tête (Baba Kama 82a : 'de-oraita [il faut] examiner, de peur qu'[un cheveu] ne soit noué', et le nouage ne s'applique qu'à la tête). Et nous avons appris : 'un nazir se peigne et démêle mais ne carde pas' ; et (Nidda 66b) une femme ne se peigne qu'à l'[eau] chaude (le froid emmêle les cheveux) ; mais pour le reste du corps, le terme 'rinçage' (hadaha) s'applique, comme Rabba [y] dit 'qu'un homme enseigne chez lui qu'[elle] rince ses plis (kmatim) avec de l'eau' — ce qui implique précisément les plis [du corps] et non le reste. Et ce que Rav Nahman dit à sa belle-mère (Nidda 68a) 'tu as oublié [les] aisselles', ce n'est pas par obligation mais parce qu'elle avait coutume de se laver à l'[eau] chaude. Et de plus, Rabbenou Tam dit qu'ici il s'agit [d'immersion] pour les [aliments] purs (taharot), tandis que dans Nidda, pour son mari — on a aggravé pour les taharot plus que pour le mari. Et l'on peut encore établir ce [cas] [comme parlant] des kohanim, qui n'ont pas de peignage parce qu'ils s'immergent constamment (Yerushalmi, début de Pessahim).
וְהָא הָכָא דְּוַדַּאי טָבַל פֵּירוּשׁ קָרוֹב לְוַדַּאי הוּא דְּטָבַל שַׁפִּיר כֵּיוָן שֶׁנִּתְעַסֵּק בְּאוֹתוֹ הַמִּין אַחַ"כּ:
'Or ici, c'est certain qu'il s'est immergé' — c'est-à-dire : il est quasi certain qu'il s'est bien immergé, puisqu'il s'est occupé de ce même genre [de chose] ensuite [d'où l'interposition vient vraisemblablement d'après l'immersion].
💡 Explication

Rava objecte (en faveur de Rav Houna) : qui s'immerge puis trouve sur soi une interposition (hotzetz), même après avoir manié toute la journée ce type d'objet, son immersion est invalide sauf s'il atteste 'cela n'y était pas avant'. Or la, l'immersion est certaine et l'interposition douteuse, et pourtant le doute déloge le certain (contre Rav Hisda).

9
שָׁאנֵי הָתָם, דְּאִיכָּא לְמֵימַר: הַעֲמֵד טָמֵא עַל חֶזְקָתוֹ, וְאֵימַר לֹא טָבַל.

C'est différent là-bas : car on peut dire 'établis l'impur sur sa présomption (ha'amed tameh al chezkato), et dis : il ne s'est pas [validement] immergé'.

💡 Explication

Réfutation : là (l'immersion), différent — on peut établir l'homme sur sa présomption d'impureté (chezkat tameh) et dire qu'il ne s'est pas validement immergé. (Donc pas une vraie preuve que 'le doute déloge le certain'.)

10
הָכָא נָמֵי, הַעֲמֵד בְּהֵמָה עַל חֶזְקָתָהּ, וְאֵימַר לֹא נִשְׁחֲטָה! הֲרֵי שְׁחוּטָה לְפָנֶיךָ.

Ici aussi, établis la bête sur sa présomption (d'interdit) et dis : elle n'a pas été [validement] abattue ! [Réponse :] la voici abattue devant toi.

💡 Explication

Objection : pour l'abattage aussi, qu'on établisse la bête sur sa présomption (d'interdit, vivante) et qu'on dise qu'elle n'a pas été validement abattue ! Réponse : la voici abattue devant toi (la présomption 'vivante' est dépassée — la bête est manifestement égorgée, et la plupart le sont bien).

11
הָכָא נָמֵי, הֲרֵי טָבַל לְפָנֶיךָ! הָא אִיתְיְלִידָא בֵּיהּ רֵיעוּתָא.

Ici aussi [pour l'immersion], le voici immergé devant toi ! [Réponse :] [non,] une suspicion (reiouta) s'y est manifestée [l'interposition trouvée].

💡 Explication

Contre-objection : pour l'immersion aussi, 'le voici immergé devant toi' (la présomption d'impureté serait dépassée) ! Réponse : non — une suspicion (reiouta) est apparue (l'interposition trouvée sur lui).

12
הָכָא נָמֵי אִיתְיְלִידָא בַּהּ רֵיעוּתָא! סַכִּין אִיתָּרְעַאי, בְּהֵמָה לָא אִיתָּרְעַאי.

Ici aussi une suspicion s'est manifestée [le couteau ébréché] ! [Réponse :] le couteau a été suspecté (sakin itra'ai), [mais] la bête n'a pas été suspectée (behema lo itra'ai).

📜 Rachi (1)
בְּהֵמָה לָא אַתַּרְעַאי וְכֵיוָן דְּלָאו בְּגוּפָהּ מַמָּשׁ אֶתְיַלֵּיד אֶלָּא בְּדָבָר אַחֵר לָא דָּמֵי לִטְבִילָה וְלָא אָתֵי סָפֵק דְּרֵיעוּתָא דְּסַכִּין וּמוֹצִיא אוֹתוֹ מִידֵי שְׁחִיטָה וַדָּאִית דְּוַדַּאי עֶצֶם פְּגָם:
La bête n'a pas été suspectée — et puisque [la suspicion] n'est pas née dans son corps même mais dans une autre chose [le couteau], cela ne ressemble pas à l'immersion ; et le doute [tenant à] la suspicion du couteau ne vient pas faire sortir d'un abattage certain, car assurément l'os [l']ébréché.
🗂️ Tossefot (1)
סַכִּין אִתְרְעַאי בְּהֵמָה לָא אִתְרְעַאי תֵּימַהּ דְּלֵיכָּא לְשַׁנּוֹיֵי הָכִי אַהַהִיא דְּמִקְוֶה שֶׁנִּמְדַּד וְנִמְצָא חָסֵר דִּבְרֵישׁ נִדָּה (דַּף ב:) דְּקָאָמַר הָתָם דְּכָל הַטְּהָרוֹת שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל גַּבָּיו לְמַפְרֵעַ כֻּולָּן טְמֵאוֹת מִשּׁוּם דְּהָא חָסֵר לְפָנֶיךָ וְהַעֲמֵד טָמֵא עַל חֶזְקָתוֹ וְלָא אָמְרִינַן מִקְוֶה אַתַּרְעַאי אָדָם לָא אַתַּרְעַאי וְהָכָא נָמֵי נֵימָא הַעֲמֵד בְּהֵמָה עַל חֶזְקָתָהּ וְאֵימָא לֹא נִשְׁחֲטָה דַּהֲרֵי הַסַּכִּין פָּגוּם לְפָנֶיךָ וְי"ל דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּאִיכָּא לְמֵימַר חָסֵר וַאֲתַאי כִּדְקָאָמַר הָתָם ועי"ל דְּהָכָא טַעְמָא מִשּׁוּם דְּעֶצֶם וַדַּאי פּוֹגֵם וכ"ת הָתָם נָמֵי וַדַּאי טָבַל כִּדְאָמַר הָכָא גַּבֵּי טָבַל וְעָלָה לָא דָּמֵי דְּמַה שֶׁנִּתְעַסֵּק בְּאוֹתוֹ הַמִּין אַחַר כָּךְ עוֹשֶׂה אוֹתוֹ וַדַּאי טָבַל דְּמִסְּתָמָא מֵאוֹתוֹ מִין שֶׁנִּתְעַסֵּק בָּא אֲבָל הָתָם מַה שַׁיָּיךְ לוֹמַר וַדַּאי טָבַל הֲרֵי בְּמִקְוֶה חָסֵר טָבַל וְאֵין זוֹ טְבִילָה וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּסָמוּךְ גַּבֵּי רַב יוֹסֵף דְּטָרַף עַד תְּלֵיסַר חֵיוָתָא אִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא כְּרַב חִסְדָּא דִּלְרַב חִסְדָּא אֲפִילּוּ בָּתְרָייְתָא כְּשֵׁרָה לְפִי שֶׁקָּרוֹב לְוַדַּאי דִּבְעֶצֶם שֶׁל מַפְרֶקֶת שֶׁל בָּתְרָיְיתָא אַפַּגִּים לְפִי שֶׁבָּרִאשׁוֹנוֹת רָגִיל לְהִזָּהֵר שֶׁלֹּא לִדְחֹוק אֶת הַסַּכִּין בְּכֹחַ בַּמַּפְרֶקֶת לְפִי שֶׁעֲדַיִין צָרִיךְ לִשְׁחֹוט אֲחֵרוֹת אֲבָל בָּאַחֲרוֹנָה לָא חָיֵישׁ ועי"ל דְּמַה לִי אֶתְיַלֵּיד רֵיעוּתָא בַּסַּכִּין וּמַה לִי אֶתְיַלֵּיד רֵיעוּתָא בַּבְּהֵמָה אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ הָכִי קָאָמַר סַכִּין אַתַּרְעַאי פֵּירוּשׁ וְאִיכָּא סְפֵיקֵי טוּבָא שֶׁמָּא בְּעֶצֶם נִפְגְּמָה וַאֲפִילּוּ בָּעוֹר נִפְגְּמָה שֶׁמָּא לֹא נִשְׁחֲטוּ הַסִּימָנִין כְּנֶגֶד הַפְּגִימָה וְהָוֵי כִּסְפֵק סְפֵיקָא וְהַשְׁתָּא פָּרִיךְ שַׁפִּיר בָּתַר הָכֵי כָּל סָפֵק לְאֵתוֹיֵי מַאי לָאו לְאֵתוֹיֵי כה"ג דְּמַשְׁמַע שֶׁבָּא לְרַבּוֹת אֲפִילּוּ דָּבָר שֶׁנּוֹטֶה לְהַתִּיר יוֹתֵר מִלֶּאֱסֹור וּמְשַׁנֵּי לָא לְאֵתוֹיֵי סָפֵק שָׁהָה סָפֵק דָּרַס וְאַף עַל גַּב דְּלָא עָבֵיד דְּשָׁהֵי וְדָרֵיס דְּמִסְּתָמָא שָׁחַט כְּדֶרֶךְ הַשּׁוֹחֲטִין וּפָרִיךְ מַאי שְׁנָא כֵּיוָן דְּתַרְוַיְיהוּ קְרוֹבִים לְוַדַּאי לְהַכְשִׁיר:
'Le couteau a été suspecté, la bête n'a pas été suspectée' — c'est étonnant, car on ne peut répondre ainsi pour [le cas] du mikve mesuré et trouvé déficient (début de Nidda 2b), où l'on dit que toutes les [choses] pures faites sur lui sont rétroactivement impures, parce que 'le voici déficient devant toi' et 'établis l'impur sur sa présomption', et l'on ne dit pas 'le mikve a été suspecté, l'homme n'a pas été suspecté' ; or ici aussi disons 'établis la bête sur sa présomption', puisque 'le couteau est ébréché devant toi' ! On peut répondre : c'est différent là-bas, car on peut dire '[le mikve] était déficient et [le restait]'. On peut encore répondre : ici la raison [tient au fait] que l'os ébréché à coup sûr ; et si tu dis 'là-bas aussi il s'est immergé à coup sûr', comme ici pour 'il s'est immergé et est sorti' — [ce n'est] pas semblable, car le fait qu'il s'est occupé de ce même genre ensuite en fait un 'immergé à coup sûr' ; mais là-bas, comment dire 'immergé à coup sûr', alors qu'il s'est immergé dans un mikve déficient, ce qui n'est pas une immersion [valide] ? Et ce qu'on dit bientôt à propos de Rav Yossef, qui déclara terefa jusqu'à treize bêtes — on peut dire que ce n'est pas selon Rav Hisda, car pour Rav Hisda même la dernière est cachere, étant quasi certain que c'est sur l'os de la nuque (mafreket) de la dernière qu'il s'est ébréché (dans les premières il prend garde à ne pas presser le couteau avec force, devant encore en abattre d'autres ; pour la dernière il ne s'en soucie pas). On peut encore répondre : que m'importe qu'une suspicion soit née dans le couteau ou dans la bête ? Plutôt, force est de dire : 'le couteau a été suspecté' — c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de doutes (peut-être s'est-il ébréché sur l'os, et même sur la peau, peut-être les simanim n'ont-ils pas été [coupés] face à l'ébréchure) — comme un 'doute sur un doute' (sfek sfeka) ; et alors on objecte à bon droit ensuite : 'tout doute' — pour inclure quoi ? n'est-ce pas pour inclure un tel [cas] ? (ce qui implique qu'on inclut même une chose qui penche vers le permis) ; et l'on répond : non, pour inclure un doute [s']il a marqué un arrêt, un doute [s']il a appuyé [bien qu'il n'ait pas coutume de le faire] ; et l'on objecte : qu'y a-t-il de différent, puisque les deux sont quasi certains [à déclarer cachere] ?
💡 Explication

Objection finale : pour l'abattage aussi, une suspicion est apparue (le couteau ébréché) ! Réponse décisive : c'est le couteau qui est suspect, pas la bête — la suspicion ne porte pas sur le corps de la bête (contrairement à l'immersion, où l'interposition est trouvée sur la personne).

13
מֵיתִיבִי: שָׁחַט אֶת הַוֶּשֶׁט וְאַחַר כָּךְ נִשְׁמְטָה הַגַּרְגֶּרֶת – כְּשֵׁרָה, נִשְׁמְטָה הַגַּרְגֶּרֶת וְאַחַר כָּךְ שָׁחַט אֶת הַוֶּשֶׁט – פְּסוּלָה.

On objecte : [si] on a abattu l'oesophage puis que la trachée s'est détachée (nichmeta ha-gargeret) — [c'est] cacher ; [si] la trachée s'est détachée puis qu'on a abattu l'oesophage — [c'est] invalide.

📜 Rachi (2)
שָׁחַט אֶת הַוֶּשֶׁט בְּעוֹף שֶׁהֶכְשֵׁרוֹ בְּסִימָן אֶחָד תּוּ לָא חָיְישִׁינַן לְעִיקּוּר דִּשְׁנֵי. וְהָא דִּנְקַט שְׁחִיטָה בַּוֶּשֶׁט וּשְׁמוּטָה בַּגַּרְגֶּרֶת הוּא הַדִּין דַּאֲפִילּוּ אִיפְּכָא נָמֵי אֶלָּא מִשּׁוּם דְּגַרְגֶּרֶת עֲבִידָא לְאִשְׁתְּמוֹטֵי וְהָכִי מִיתּוֹקְמָא בְּהַשּׁוֹחֵט (לְקַמָּן חֻולִּין כח.):
On a abattu l'oesophage — pour un oiseau, dont la validité [tient] à un seul siman, on ne craint plus l'arrachement (ikkur) du second. Et le fait qu'on prenne 'abattage de l'oesophage' et 'détachement de la trachée', il en va de même [si c'est] l'inverse ; [on a pris ainsi] seulement parce que la trachée est sujette à se détacher ; ainsi [le cas] est-il établi dans 'Ha-chohet' (Houlin 28a).
נִשְׁמְטָה הַגַּרְגֶּרֶת תְּחִלָּה הֲרֵי נִטְרְפָה:
La trachée s'est détachée — d'abord : la voici devenue terefa.
💡 Explication

Objection (contre Rav Hisda) d'une braita [sur un oiseau, valable par un seul siman] : abattre l'oesophage puis la trachée se détache -> cacher ; la trachée se détache d'abord puis on abat l'oesophage -> invalide (terefa avant l'abattage).

14
שָׁחַט אֶת הַוֶּשֶׁט (וְנִמְצָא) [וְנִמְצֵאת] הַגַּרְגֶּרֶת שְׁמוּטָה, וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם קֹודֶם שְׁחִיטָה נִשְׁמְטָה אִם לְאַחַר שְׁחִיטָה נִשְׁמְטָה, זֶה הָיָה מַעֲשֶׂה, וְאָמְרוּ: כָּל סְפֵק בִּשְׁחִיטָה פָּסוּל.

[Si] on a abattu l'oesophage et qu'on a trouvé la trachée détachée, sans savoir si elle s'est détachée avant l'abattage ou après l'abattage — ce fut un cas [réel], et ils dirent : tout doute dans l'abattage est invalide.

💡 Explication

Le cas litigieux : on abat l'oesophage, puis on trouve la trachée détachée sans savoir si c'est avant ou après l'abattage. Verdict des Sages : 'tout doute dans l'abattage est invalide' (apparente preuve contre Rav Hisda).

15
כָּל סָפֵק בִּשְׁחִיטָה לְאֵתוֹיֵי מַאי? לָאו לְאֵתוּיֵי כְּהַאי גַּוְונָא? לֹא, לַאֲתוּיֵי סָפֵק שָׁהָה, סָפֵק דָּרַס.

'Tout doute dans l'abattage' — pour inclure quoi ? N'est-ce pas pour inclure un cas comme celui-ci [le couteau ébréché, contre Rav Hisda] ?

[Réponse :] non, pour inclure un doute [s']il a marqué un arrêt, un doute [s']il a appuyé.

📜 Rachi (1)
כְּהַאי גַּוְונָא שֶׁנּוֹלַד בָּהּ סָפֵק בְּסַכִּין:
Un cas comme celui-ci — où un doute lui est né [à cause] du couteau.
💡 Explication

'Tout doute dans l'abattage' — pour inclure quoi ? Le cas du couteau ébréché (donc contre Rav Hisda) ? Réponse : non — pour inclure un doute de chehiya (arrêt) ou de derassa (appui). Donc pas de réfutation de Rav Hisda.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).