Sougya : La sougya prolonge les règles de mélange viande-lait par transfert de goût. Un couteau de viande qui coupe un légume piquant (radis) lui fait absorber le gras : interdit avec du kutach (sauce lactée) ; un légume doux (concombre, navet) ne l'absorbe pas (permis après avoir gratté la coupe), tandis que la bette reçoit le goût — sauf si l'on alterne avec du navet, qui annule le goût.
Rav Dimi interroge Rav Nahman sur le voisinage des jarres : kutach à côté du sel (interdit, car le kutach y reste visible et substantiel) contre kutach à côté du vinaigre (permis, car il s'y dissout). Un oisillon tombé dans le kutach est permis par Rav Hinnana, car le principe 'salé = bouillant' (Chmouel) ne vaut que pour un salé immangeable tel quel, non pour le kutach — encore faut-il qu'il soit cru (le rôti exige un épluchage, et s'il est fendu ou épicé tout est interdit).
Enfin Chmouel interdit le pain sur lequel on a tranché de la viande rôtie (le sang y passe), sous trois réserves cumulatives (rouge, traversant, épais) ; en pratique on le tolérait, et Rav Achi règle la collecte du jus de cuisson par deux grains de sel.
[Le radis (tsenon) coupé avec un couteau de viande est interdit avec du kutach,] car à cause de son caractère piquant (charif) il absorbe [le gras du couteau] ; mais [un] concombre (kichout) — il gratte le lieu de la coupe et [le] mange.
Suite de 111b. Un couteau de viande garde un peu de gras. S'il sert à couper un radis (tsenon), légume piquant (charif), la force piquante fait absorber ce gras dans le légume : interdit de le manger avec du kutach (sauce à base de petit-lait). Mais un concombre, doux, n'absorbe pas : le gras flotte sur la coupe ; il suffit de gratter le lieu de la coupe et l'on peut le manger [même avec du kutach].
Des tiges de navet (lifta) — [c'est] permis ; de [la] bette (silka) — [c'est] interdit ; et si l'on a alterné (patakh) avec elles du navet — [c'est] permis (chapir dami).
Suite du même principe pour d'autres légumes coupés avec le couteau de viande puis mangés avec du kutach. Les tiges de navet (lifta), douces, sont permises. La bette (silka) reçoit le goût du gras : interdite. Mais si, en coupant, on a alterné (patakh) bette et navet, le navet annule le goût du gras dans le couteau, et la bette n'en reçoit plus : permis.
Rav Dimi demanda à Rav Nahman : qu'en est-il de poser une jarre de sel (kada de-milha) à côté d'une jarre de kamka (kutach) ? Il lui dit : [c'est] interdit.
[Et] du vinaigre (hala), qu'en est-il ? Il lui dit : [c'est] permis.
Nouvelle question : un voisinage de jarres. Rav Dimi demande s'il est permis de poser une jarre de sel (qui servira à saler de la viande) à côté d'une jarre de kamka (= kutach, laitage), de crainte qu'un peu de kutach ne tombe dans le sel à l'insu de tous. Rav Nahman : interdit. Et pour une jarre de vinaigre (où l'on craindrait que le kutach tombe puis soit versé dans un plat) ? Réponse : permis.
Et en quoi le vinaigre est-il différent ? [Rav Nahman répondit :] lorsque tu [m']auras mesuré pour cela un kor de sel [tu sauras pourquoi].
Quel [en est] le motif ? Celui-ci [le kutach dans le sel] — l'interdit y [est] en substance (be-einei) ; et celui-là [le kutach dans le vinaigre] — l'interdit n'y [est] pas en substance.
Rav Dimi demande pourquoi le vinaigre diffère du sel. Rav Nahman répond par une boutade (' quand tu m'auras mesuré un kor de sel [en salaire], je te dirai la raison '), puis la Guemara explicite : dans le sel, le kutach (épais) reste visible et en substance (be-einei), non annulé ; dans le vinaigre, le kutach fond, ne se voit plus et ne donne plus de goût — l'interdit n'y est pas en substance.
Un certain oisillon (bar gozla) qui tomba dans une jarre de kamka (kutach) — Rav Hinnana fils de Rava de Pachronya le permit. Rava dit : qui [est] assez sage pour permettre dans un cas pareil, sinon Rav Hinnana fils de Rava de Pachronya ?
Il tient : lorsque Chmouel a dit 'le salé (maliah) est comme le bouillant (rotead)', ces paroles[-là valent] là où [le salé] n'est pas mangeable à cause de son sel ; mais ce kutach, voici qu'il est mangeable [malgré] son sel.
Un oisillon [casher] tombé dans une jarre de kutach (laitage salé). Rav Hinnana le permet, et Rava loue sa finesse. Raison : la règle de Chmouel 'le salé est comme le bouillant' (maliah ke-rotead — un aliment très salé transmet le goût comme s'il bouillait) ne vaut que pour un salé immangeable tel quel à cause de son sel ; or le kutach se mange malgré son sel — il est donc tenu pour froid, et ne fait pas absorber à l'oisillon le goût du lait [à condition de rincer].
Et ces paroles[-là valent pour le cru (haï)] ; mais [pour] le rôti (tsali) — il requiert un épluchage (kelifa) ; et s'il y a en lui des fentes (pilei) — tout [est] interdit ; et s'il est assaisonné d'épices (tavlin) — tout [est] interdit.
Restriction du cas précédent : la permission ne vaut que pour l'oisillon cru (haï). S'il est rôti, le feu l'a ramolli et il a absorbé davantage : il faut éplucher (kelifa) la couche extérieure. S'il a des fentes (pilei), le lait y a pénétré : tout est interdit. Et s'il est épicé (tavlin), les épices l'ont ramolli et il a absorbé avidement : tout est interdit.
Rav Nahman dit au nom de Chmouel : un pain (kikar) sur lequel on a coupé de la viande [rôtie] — il est interdit de le manger. Et ces paroles[-là valent] lorsqu'[elle] a rougi (de-asmik) ; et ces paroles[-là valent] lorsqu'[il] a perforé (de-abrieh) ; et ces paroles[-là valent] lorsqu'[il] était épais (de-asmkhieh) ; mais [s'il était] clair (kelichta) — nous n'avons rien [à craindre].
Chmouel : un pain sur lequel on a tranché de la viande rôtie [non salée] est interdit, car le sang sort de la viande et s'absorbe dans le pain. Trois réserves cumulatives (voir le schéma) : seulement si la viande était rouge (asmik, donc sanglante) ; seulement si le sang a traversé le pain de part en part (abrieh, visible des deux faces) ; et seulement si le liquide était épais (asmkhieh) — car un liquide clair (kelichta) n'est pas du sang, et alors rien à craindre.
Chmouel le jetait à son chien ; Rav Houna le donnait à son serviteur (chama'eh). [Objection :] de toute façon — si [c'est] permis, [c'est] permis pour tout le monde ; si [c'est] interdit, [c'est] interdit pour tout le monde !
[Réponse :] Rav Houna [est] différent, car il [était] de constitution délicate (anina da'atei). Rava le mangeait, et l'appelait 'vin de la viande' (hamar bassar).
Conduites des Maîtres à propos de ce pain. Chmouel le jetait à son chien ; Rav Houna le donnait à son serviteur. Objection : de toute façon (mah nafchakh) — permis pour tous, ou interdit pour tous ; il n'aurait pas dû le faire manger à son serviteur ! Réponse : le pain est en réalité permis, et Rav Houna est différent, étant d'une constitution délicate (anina da'atei) — il s'en abstenait par dégoût, non par interdit. Quant à Rava, il le mangeait et appelait [le liquide rouge] 'vin de la viande' (hamar bassar).
Rav Nahman dit au nom de Chmouel : on ne place pas un récipient (keli) sous la viande [en train de rôtir] tant que toute l'apparence de rougeur qu'elle contient n'a pas disparu. Comment le savons-nous ?
Mar Zoutra au nom de Rav Papa dit : à partir [du moment] où sa fumée (timrato) monte.
Chmouel : on ne place pas un récipient sous la viande qui rôtit pour recueillir le jus (le gras) tant que toute la rougeur n'a pas disparu — sinon le sang tomberait avec le jus et interdirait le mélange et le récipient. Comment savoir que tout le sang est expulsé ? Mar Zoutra au nom de Rav Papa : à partir du moment où la fumée (timrato) monte [de la viande, signe que le gras seul coule, le sang étant épuisé].
Rav Achi objecte à cela : et peut-être [le côté] inférieur est-il parvenu [à cuisson], [mais le côté] supérieur n'est pas [encore] parvenu ! Plutôt, Rav Achi a dit : il n'a pas de remède, sinon de jeter dedans deux grains de sel (tarte galei milha),
Rav Achi objecte au critère de la fumée : peut-être le côté inférieur (proche des braises) est-il déjà cuit et ne saigne plus, alors que le côté supérieur saigne encore — la fumée ne prouve donc pas que tout le sang est sorti. Plutôt, dit Rav Achi : il n'y a pas de remède [pour recueillir le jus sans risque] sinon de jeter deux grains de sel (tarte galei milha) [un sur la viande, un dans le récipient], le sang étant entraîné par le sel vers le fond.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).