Chullin 112b — saler la viande pour en sortir le sang, et l'absorption des jus interdits entre aliments salés ensemble

Chullin 112b

Sougya : La sougya traite du salage de la viande pour en extraire le sang. Shmuel a enseigné qu'une fois la rougeur (mareh adoumout) dissipée, on peut placer un récipient sous le rôti ; Rav Aha lui objecte la règle du pain sur lequel on a coupé de la viande (interdit), et Rav Achi distingue : la pression du couteau fait sortir un surplus de sang.

Rav Nahman pose ensuite que des poissons et des volailles salés ensemble rendent les poissons interdits ; la Guemara précise le cas (récipient perforé) et le mécanisme : la peau molle des poissons dégorge le sang en premier et finit avant les volailles, si bien que les poissons, ayant cessé de dégorger, absorbent ensuite le sang des volailles (viande contre viande, mêmes rythmes, reste permis). Le cas de Rav Mari bar Rahel (viande casher salée avec de la tereifa en récipient perforé) amène Rava à établir, par le 'hé' superflu de 'ha-temeim' (Lévitique 11), que la Torah interdit aussi le jus (tsir), la sauce (rotev) et les dépôts (kipa) des aliments impurs, plus faciles à absorber que le sang.

Saler la viande pour en faire sortir le sang : le récipient Récipient NON perforé keli she-eino menoukav le sang sorti reste au fond et se réabsorbe dans la viande sang accumulé au fond -> on ne sale pas ainsi Récipient perforé keli menoukav le sang s'écoule au-dehors par les trous le sang n'est plus réabsorbé -> salage permis
Le récipient pour saler la viande (segments 0-1) : non perforé (le sang se réabsorbe) contre perforé (le sang s'écoule, salage permis).
Poissons et volailles salés ensemble (Rav Nahman) : pourquoi les poissons sont interdits tout en récipient perforé -> le sang s'écoule, mais le décalage de rythme pose problème Poissons (peau molle) rafou karmaihou 1) dégorgent leur sang en PREMIER 2) ont fini de dégorger 3) puis ABSORBENT le sang des volailles qui dégorgent encore -> poissons INTERDITS Volailles (peau dure) kamiti dégorgent LENTEMENT, plus longtemps que les poissons viande contre viande : mêmes rythmes, dégorgent ensemble -> permis
Poissons et volailles salés ensemble (segments 2-3) : le décalage des rythmes de dégorgement rend les poissons interdits, alors que viande contre viande reste permis.
'Ha-temeim' (Lévitique 11) : ce que la Torah interdit dans l'aliment impur tsir le jus / la saumure qui sort au salage facile à absorber, plus que le sang rotev la sauce / le bouillon de la cuisson kipa les dépôts : viande et épices au fond de la marmite le 'hé' superflu de 'ha-temeim' interdit aussi ces trois sous-produits
La deracha de Rava (segment 5) : 'ha-temeim' interdit le jus, la sauce et les dépôts de l'aliment impur, non seulement sa chair.
1
ומשפייה.

[... le sang qui goutte de la viande va se prendre dans le sel placé sur les parois du récipient, tandis que la graisse surnage ;] et il [la] décante (mechapyei). [En vidant le récipient, il l'incline doucement pour verser la graisse dans un autre récipient sans qu'elle se mêle au sang.]

📜 Rachi (1)
ומשפייה כמו (ב"מ דף ס.) השופה יין לחבירו קולי"ר כלומר יערה השומן העליון בנחת מכלי אל כלי כדי שלא יתערב הדם בו. וראיתי בהלכות גדולות דדוקא נקט תרי גללי כלומר מעט מלח אבל מלח הרבה פוסק כח הדם ועושהו כמים והוא נעכר ומתערב עם השומן:
Et il décante — comme [dans] (Baba Metsia 60a) 'celui qui décante (ha-chofe) du vin pour son prochain', [terme rendu par] 'couler' [en langue vernaculaire] ; c'est-à-dire qu'il verse la graisse supérieure doucement d'un récipient dans un autre afin que le sang ne s'y mêle pas. Et j'ai vu dans les Halakhot Guedolot qu'il a précisément employé 'deux grumeaux (galelei)', c'est-à-dire un peu de sel ; mais [avec] beaucoup de sel, [cela] coupe la force du sang et le rend comme de l'eau, [si bien qu']il se trouble (ne'echar) et se mêle à la graisse.
💡 Explication

Fin de l'enseignement de Shmuel (commencé en 112a) sur la manière de recueillir, sous une viande rôtie, le liquide qui en goutte. On garnit les parois du récipient d'un peu de sel : le sang qui s'écoule se prend dans le sel, la graisse surnage, et l'on décante (mechapyei) la graisse supérieure en l'inclinant doucement, d'un récipient dans un autre, pour qu'elle ne se mêle pas au sang.

🖼️ Schéma
Saler la viande pour en faire sortir le sang : le récipient Récipient NON perforé keli she-eino menoukav le sang sorti reste au fond et se réabsorbe dans la viande sang accumulé au fond -> on ne sale pas ainsi Récipient perforé keli menoukav le sang s'écoule au-dehors par les trous le sang n'est plus réabsorbé -> salage permis
Le récipient pour recueillir la graisse sous le rôti : un peu de sel sur les parois fixe le sang, la graisse surnage et se décante.
2
אמר ליה רב אחא בריה דרב איקא לרב אשי: ומי אמר שמואל הכי? והאמר שמואל: ככר שחתך עליה בשר אסור לאכלה! שאני התם, דאגב דוחקא דסכינא פליט.

Rav Aha fils de Rav Ika dit à Rav Achi : Shmuel a-t-il [vraiment] dit cela [qu'une fois la rougeur dissipée on peut placer un récipient dessous] ? Mais Shmuel a [aussi] dit : un pain (kikar) sur lequel on a coupé de la viande [rôtie], il est interdit de le manger [signe que la viande contient encore du sang] !

[Réponse :] là-bas, [c'est] différent, car par la pression du couteau (dohaka de-sakina) elle dégorge [du sang].

📜 Rachi (3)
ומי אמר שמואל הכי דלאחר שיכלה כל מראה אדמומית שבו מותר:
Shmuel a-t-il [vraiment] dit cela — qu'après que toute apparence de rougeur (admoumit) qui s'y trouvait à disparu, [c'est] permis.
והאמר שמואל כו' והאי בשר כבר נצלה:
Mais Shmuel a [aussi] dit etc. — or cette viande[-là] a déjà été rôtie.
שאני התם דאגב דוחקא דסכינא פליט לעולם כשתעלה תמרתו אין הדם יוצא ממנו ע"י האור ושמנונית הוא ומותר אבל כשחותכו וכובש עליו את הסכין הוא דוחקו ואם נשאר בו דם דוחקו והוא יוצא:
Là-bas, [c'est] différent, car par la pression du couteau elle dégorge — en réalité, dès que sa fumée (tamra) monte [= une fois rôtie], le sang ne sort plus d'elle par le feu, et [ce qui reste n']est [que] de la graisse, et [c'est] permis ; mais lorsqu'il la coupe et presse le couteau dessus, il la comprime, et s'il y est resté du sang, il le comprime et il sort.
💡 Explication

Objection de Rav Aha : si, selon Shmuel, la viande rôtie ne dégorge plus de sang une fois sa rougeur partie, comment Shmuel peut-il interdire le pain sur lequel on a tranché de la viande ? Réponse de Rav Achi : c'est différent, car la pression du couteau (dohaka de-sakina) presse la viande et en fait sortir le sang qui y restait — alors que, laissée tranquille, elle n'en dégorge plus par l'action du feu.

3
אמר רב נחמן: דגים ועופות שמלחן זה עם זה – אסורין. היכי דמי? אי בכלי שאינו מנוקב – אפילו עופות ועופות נמי אסירי, אי בכלי מנוקב – אפילו דגים ועופות נמי שרי.

Rav Nahman a dit : des poissons (daguim) et des volailles (ofot) que l'on a salés l'un avec l'autre — [ils sont] interdits [les poissons]. Quel est le cas (heikhi dami) ?

Si [c'est] dans un récipient non perforé — même [des] volailles avec [des] volailles seraient [alors] interdites [aussi] ; si [c'est] dans un récipient perforé — même [des] poissons et [des] volailles seraient [alors] permis !

📜 Rachi (4)
דגים ועופות לאו דווקא עופות דכל שכן בשר אחר לפי שהוא קשה מבשר עופות:
Des poissons et des volailles — non pas [seulement] des volailles, mais à plus forte raison [de] l'autre viande, parce qu'elle est plus dure que la viande de volaille.
אסורין [הדגים לבדן] שהדם יוצא מן הבשר ונבלע בדגים:
Interdits — [les poissons seuls], car le sang sort de la viande [des volailles] et se réabsorbe dans les poissons.
אפילו עופות ועופות [נמי] אסירי כדאמרינן לקמן (חולין דף קיג.) אין מולחין בשר אלא על גבי כלי מנוקב לפי שהדם היוצא נשאר בכלי וחוזר ונבלע בבשר:
Même [des] volailles avec [des] volailles seraient interdites — comme nous [le] disons plus loin (Houlin 113a) : on ne sale la viande que sur un récipient perforé, parce que le sang qui sort reste dans le récipient et se réabsorbe dans la viande.
אפילו עופות ודגים [נמי] שרי שהרי הדם יוצא דמה לי דגים ומה לי שאר שתי חתיכות הנמלחות זו על גב זו שאע"ג שהדם יוצא מעליונה לתחתונה אין נאסרין אם הכלי מנוקב:
Même [des] volailles et [des] poissons seraient permis — car voici que le sang sort [par les trous] : quelle différence [y a-t-il] pour moi [entre] des poissons et [entre] d'autres deux morceaux que l'on sale l'un sur l'autre ? car bien que le sang sorte du [morceau] supérieur vers l'inférieur, ils ne deviennent pas interdits si le récipient est perforé.
🗂️ Tossefot (1)
דגים ועופות שמלחן זה עם זה אסורין הדגים לבדן והקשה רבינו שמואל דא"כ הול"ל דגים שמלחן עם עופות אסורין וי"ל דא"כ הוה משמע אפילו העופות תפל והדגים מלוחים כמו דג טהור שמלחו עם דג טמא דבסמוך דמיירי בטהור מליח וטמא תפל וזה אינו כי בענין זה לא היו הדגים אסורין ונראה דאין העופות נאסרים מהדגים שנאסרו אפילו לאותו פירוש שבכל איסורין אמרינן חתיכה עצמה נעשית נבלה אם האיסור עצמו הולך ומתפשט ונאמר שגם מן הדם שנבלע בדגים נפלט מקצת עם ציר הדגים ונבלע בעופות אף על פי שכולה אין פולטין להיות מותרין על ידי כן כיון דכבר גמרו פליטתן דמ"מ אין סברא לאסור העופות דדם משרק שריק במליחה כמו בצליה ובדגים דרפו קרמייהו הוא דאמר לעיל דלא שריק דם עופות מינייהו:
Des poissons et des volailles que l'on a salés l'un avec l'autre [sont] interdits — [les poissons seuls]. Et Rabbenou Chmouel a soulevé [cette difficulté] : s'il en est ainsi, il aurait fallu dire 'des poissons que l'on a salés avec des volailles [sont] interdits' ! Et l'on peut dire : si [le texte avait dit] ainsi, [cela] aurait laissé entendre [que c'est interdit] même [si] les volailles [sont] non salées (tafel) et les poissons salés — comme [le cas du] poisson pur (tahor) que l'on a salé avec un poisson impur (tame), [évoqué] tout de suite [après], lequel traite [du cas] où le pur [est] salé et l'impur non salé ; et ce[là] n'est pas [le cas ici], car dans une telle configuration les poissons ne seraient pas interdits. Et il apparaît que les volailles ne deviennent pas interdites par les poissons [qui] sont devenus interdits, même selon l'explication [selon laquelle], dans tous les interdits, nous disons [que] le morceau lui-même devient charogne (nevela) si l'interdit lui-même va se propageant ; et [même si] l'on dit qu'une partie du sang absorbé dans les poissons est aussi dégorgée avec le jus (tsir) des poissons et se réabsorbe dans les volailles — bien qu'ils ne dégorgent pas tout, pour qu'ils [puissent] devenir permis par là, du fait qu'ils ont déjà achevé leur dégorgement —, malgré cela il n'y a pas de raison (sevara) d'interdire les volailles, car le sang 's'échappe-glisse' (mishrak charik) au salage comme au rôtissage ; et [c'est] des poissons, dont les peaux [sont] molles (rafou karmaihou), qu'il a dit plus haut [que] le sang ne s'échappe pas (lo charik) d'eux.
💡 Explication

Rav Nahman : poissons et volailles salés ensemble rendent les poissons interdits (ils absorbent le sang sorti des volailles). La Guemara serre la question : si le récipient est non perforé, le sang s'accumule et même volaille avec volaille devrait être interdit (le sang d'une se réabsorbe dans l'autre) ; si le récipient est perforé, le sang s'écoule et même poissons avec volailles devrait être permis. Le cas semble donc se contredire.

4
לעולם בכלי מנוקב, ודגים משום דרפו קרמייהו קדמי ופלטי, ועופות קמיטי, בתר דניחי דגים פליטי עופות, והדר בלעי מיניה.

En réalité [c'est] dans un récipient perforé ; et les poissons, parce que leurs peaux [sont] molles (rafou karmaihou), [dégorgent] les premiers et dégorgent [leur sang d'abord], tandis que les volailles [sont] contractées (kemiti) ; après que les poissons se sont apaisés [ont fini de dégorger], les volailles dégorgent [encore], et [les poissons] réabsorbent alors d'elles [le sang].

📜 Rachi (4)
לעולם בכלי מנוקב והיינו טעמא דדגים אסורין:
En réalité [c'est] dans un récipient perforé — et telle est la raison pour laquelle les poissons sont interdits.
משום דדגים רפו קרמייהו קרום שלהן רך:
Parce que les poissons ont les peaux molles — leur peau (kroum) est tendre.
וקדמי ופלטי ממהרין לפלוט ציר שלהן:
Et [ils sont] les premiers et dégorgent — ils s'empressent de dégorger leur jus (tsir).
ועופות קמיטי צומתין אשטרינ"ט. כלומר אין ממהרין לפלוט וכבר נחו הדגים מלפלוט ועדיין עופות פולטין הלכך בלעי דגים אבל בשר ובשר כמה שזה שוהה לפלוט כך זה שוהה לפלוט ושניהם פולטין יחד וכל זמן שהתחתון טרוד בפליטה אינו בולע:
Et les volailles [sont] contractées — [terme rendu par] 'se resserrent' [en langue vernaculaire] ; c'est-à-dire [qu']elles ne s'empressent pas de dégorger, et [que] les poissons se sont déjà apaisés de [leur] dégorgement tandis que les volailles dégorgent encore — c'est pourquoi les poissons absorbent. Mais [pour] de la viande [contre] de la viande, autant l'un tarde à dégorger, autant l'autre tarde à dégorger, et tous deux dégorgent ensemble ; et tant que l'inférieur est occupé (taroud) à dégorger, il n'absorbe pas.
🗂️ Tossefot (1)
ודגים רפו קרמייהו ופלטי ועופות קמיטי פירש בקונטרס אבל בשר ובשר כמו שזה שוהה לפלוט כך זה שוהה לפלוט ושניהם פולטין יחד וכל זמן שתחתון טרוד לפלוט אינו בולע וכמו כן פירש בסמוך (לקמן חולין דף קיג.) גבי רב ששת דמלח גרמא גרמא דמסיק אלא לא שנא ופירש בקונטרס ל"ש ומותר דכל זמן שטרודים לפלוט אינן בולעים וכשנח זה כבר נח זה ולפירושו תימה כשמולחין הרבה חתיכות יחד זו אחר זו ומניחין שניה על הראשונה וכן שלישית וכן רביעית אפילו יש כמה חתיכות אע"פ שהראשונה גומרת פליטתה תחלה ופשטיה דאלא לא שנא (נמי) משמע (שמותר למלוח כל אחד ואחד בפני עצמו וכן מפרש ר"ת אלא לא שנא) שאע"פ שהתחתון פולט תחלה אינו נאסר ולמה מותר כיון שפליטת התחתון קודמת ונראה דהיינו טעמא משום דדם מישרק שריק במליחה כמו בצליה וכי היכי דשרי בצלי בשרא עלוי בשרא אפילו לכתחלה אע"פ שכלה תחלה פליטתה בצד התחתון של צד האש משום דמשרק שריק הוא הדין נמי במליחה דשרי כה"ג ודגים דוקא משום דרפו קרמייהו אסירי משום דרכיכי ונבלע הדם בתוכן ולא שריק מינייהו ומיהו היכא דאיכא גומות בצד עליון של תחתונות דלא מצי שריק קשה למה יהא מותרין דמעשים בכל יום שמוצאין גומות [בחתיכות] התחתונות מלאות ציר ונוהגין בדבר היתר וי"מ משום דפליטת ציר מושכת הרבה אחר פליטת הדם וכל זמן שמושך פליטת הציר פולטות מה שבולעות מן העליונות אחר פליטת דמן ומה שנמצא בגומות ציר הוא ולא דם אבל בדגים אין לומר כן לפי שפליטת דם העופות מושכת אחר פליטת ציר הדגים וה"ר יוסף מאורלינ"ש היה אומר לפי שפליטת הדגים נגמר קודם התחלת פליטת העופות לכך אינן פולטין עוד מה שבולעין מן העופות אבל בשר ובשר כיון שלא נגמר פליטת דם תחתון קודם התחלת בליעתה מן העליון אין דרך פליטתה נסתמת דהואיל ופתוח לפלוט לא יסתם עד גמר פליטת החתיכה שעליה וכן אם מלחו שלישית ונתנו על העליונות קודם גמר פליטתה התחתונה פולטת עד שתגמור השלישית פליטתה וכן לעולם כל מה שיתנו עליה תבלע ותפלוט כיון שלא נחה רגע אחת וא"ת נהי דלפי שני הטעמים האלו אין לאסור מחמת פליטת חתיכה העליונה מ"מ נאסור מחמת דם הבלוע במלח שבין חתיכה לחתיכה שנמחה בציר שבגומות אחר פליטת כל הדם והציר דבשלמא בכל חתיכה מלוחה דעלמא אין המלח שעליה אוסרה לפי שמועט הוא הדם הבלוע במלח ואינו יכול עוד לזוז משם כלל אבל כאן שנמחה המלח בציר שבגומא ונעשה צלול היה לו לדם זה לאסור כדי קליפה ושמא לא אמרינן מליח הרי הוא כרותח אלא בשעת פליטה אבל אחר גמר פליטה לא חשיב כרותח דפסק כח המלח מחמת שהפליט את הבשר ויוצא כח המלח עם הדם אי נמי י"ל שהמלח שעל הבשר מעכב הדם הזה מליכנס בבשר ולפי אותן השני טעמים שפירשתי דכל זמן שהתחתונה פולטת ציר בולעת ופולטת דם העליונות עם ציר שלה אז כל זמן שפתוחה לפלוט בולעת ופולטת צריך להמתין לתחתונה עד שתשהה העליונה שיעור צליה שעד אותה שעה אין התחתונה יוצאת מידי דמה ומיהו עדיין י"ל טעם אחר דכל זמן שהבשר טרוד לפלוט ציר אין בולע דם וזמן פליטת הציר אינו כלה כל כך מהרה ומכל מקום בשר שבתוך הציר כגון בכלי שאינו מנוקב אין להתיר מטעם זה דאין לו שם כח לפלוט מחמת שהוא שקוע בתוך הציר ובולע והיינו טעמא דשמואל דאמר לקמן (חולין דף קיג.) אין מולחין אלא בכלי מנוקב דאע"ג דעדיין לא גמר הבשר פליטת דמו בולע כדפרישית והיכא דחציה של חתיכה בתוך הציר וחציה בחוץ מה שבתוכו אסור ומה שבחוץ מותר כדפרישית לעיל בפרק גיד הנשה (חולין דף צו:) גבי גדי שצלאו בחלבו והיכא ששהה הבשר במלח כשיעור צליה על דף אחד ואח"כ הושם בגיגית ושהה שם כל הלילה ואחר כך נמצא הכלי מלא מיץ מן המליח שיצא מן הבשר אירע מעשה בביתו של רש"י והשיב דמאחר ששהה הבשר במלח כדי שיעור קודם שהושם בכלי אין המים הנמצאים בכלי מין דם אלא מוחל בעלמא וכן נראה ותדע שאותו המוחל הוא היתר מיד כששהה שיעור צליה הוא מותר להדיחו ולבשלו בקדרה אע"פ שלא נפלט ממנו המוחל היוצא אח"כ ואין לאסור נמי המוחל מחמת המלח שעל הבשר שנמחה בתוכו דאם מכח זה באנו לאסור בשר הנופל באותו מוחל לפי שיש בו רוב מלח שעל הבשר ואין נאכל מחמת מלחו ליחשב כרותח ואוסר את הבשר א"כ גם מטעם זה יאסר כל הבשר שבעולם כשמניחין אותו בתוך הכלי להדיחו שנמחה המלח שעל הבשר במים דמה לי מים מה לי מוחל כיון דשניהם של היתר אלא צריך לומר שהדם שבמלח מתייבש בו ואין בו כח ליבלע בבשר אלא עומד במקומו אע"פ שנמחה בתוך אותו מוחל כמו שפי' גבי אותן גומות שבבשר דמה לי גומא מלאה ציר ומה לי כל הבשר בתוך הציר או מטעם שפסק כח המלח מחמת שהפליט הבשר ולא חשיב כרותח כדפרישית לעיל ומ"מ אין להקל שכבר נהגו העם איסור:
Et les poissons ont les peaux molles et dégorgent, et les volailles [sont] contractées — le Commentateur [Rachi] a expliqué : mais [pour] de la viande [contre] de la viande, autant l'un tarde à dégorger, autant l'autre tarde à dégorger, et tous deux dégorgent ensemble ; et tant que l'inférieur est occupé à dégorger, il n'absorbe pas. Et de même a-t-il expliqué tout de suite [après] (plus loin, Houlin 113a) à propos de Rav Chechet, qui salait os par os (garma garma) [et] qui conclut 'mais [il n'y a] pas de différence' ; et le Commentateur a expliqué 'pas de différence' [= permis], car tant qu'ils sont occupés à dégorger ils n'absorbent pas, et quand l'un s'est apaisé l'autre s'est déjà apaisé [aussi]. Et selon son explication, [il y a] une difficulté : lorsqu'on sale beaucoup de morceaux ensemble l'un après l'autre, et qu'on place le deuxième sur le premier, et de même le troisième, et de même le quatrième, [même s']il y a plusieurs morceaux, bien que le premier achève son dégorgement en premier [tout serait permis] ; et le sens simple de 'mais [il n'y a] pas de différence' laisse [aussi] entendre [qu'il est] permis de saler chacun séparément — et ainsi explique Rabbenou Tam '[il n'y a] pas de différence', [à savoir] que bien que l'inférieur dégorge en premier, il ne devient pas interdit. Et pourquoi [est-ce] permis, puisque le dégorgement de l'inférieur précède [celui du supérieur] ? Et il apparaît que telle [en] est la raison : parce que le sang 's'échappe-glisse' (mishrak charik) au salage comme au rôtissage ; et de même qu'il est permis au rôtissage [de placer] de la viande sur de la viande même à priori (lekhatchila), bien que le dégorgement s'achève en premier du côté inférieur, [celui] du côté du feu, parce qu'il 's'échappe-glisse', de même aussi au salage [est-il] permis dans un tel cas. Et les poissons [sont] interdits précisément parce que leurs peaux [sont] molles : parce qu'ils [sont] tendres et [que] le sang se réabsorbe en eux et ne s'échappe pas (lo charik) d'eux. Toutefois, là où il y a des creux (goumot) sur la face supérieure des [morceaux] inférieurs, [creux] dont [le sang] ne peut s'échapper, il est difficile [de comprendre] pourquoi [ce serait] permis, car c'est chose qui arrive tous les jours [qu']on trouve des creux dans les morceaux inférieurs remplis de jus (tsir), et l'on agit [pourtant] dans cette affaire avec permission. Et certains expliquent : parce que le dégorgement du jus dure longtemps après le dégorgement du sang, et tant que dure le dégorgement du jus, [les morceaux inférieurs] dégorgent ce qu'ils absorbent des [morceaux] supérieurs après le dégorgement de leur [propre] sang, et ce qui se trouve dans les creux [n'est que] du jus et non du sang ; mais pour les poissons on ne peut dire ainsi, parce que le dégorgement du sang des volailles dure [encore] après le dégorgement du jus des poissons. Et Rabbenou Yossef d'Orléans disait : parce que le dégorgement des poissons s'achève avant le début du dégorgement des volailles, c'est pourquoi ils ne dégorgent plus ce qu'ils absorbent des volailles ; mais [pour] de la viande [contre] de la viande, puisque le dégorgement du sang de l'inférieur ne s'est pas achevé avant le début de son absorption depuis le supérieur, la voie de son dégorgement ne se bouche pas — car, dès lors qu'elle est ouverte pour dégorger, elle ne se bouchera pas jusqu'à l'achèvement du dégorgement du morceau qui est sur elle ; et de même, si l'on sale un troisième [morceau] et qu'on le place sur les [morceaux] supérieurs avant l'achèvement du dégorgement de l'inférieur, l'inférieur dégorge jusqu'à ce que le troisième achève son dégorgement, et ainsi toujours : tout ce qu'on placera sur elle, elle [l']absorbera et [le] dégorgera, puisqu'elle ne s'est pas apaisée un seul instant. Et si tu objectes : admettons que, selon ces deux raisons, il n'y ait pas lieu d'interdire à cause du dégorgement du morceau supérieur, [mais] malgré tout interdisons à cause du sang absorbé dans le sel [placé] entre un morceau et un [autre] morceau, [sang] qui s'est dissous dans le jus [stagnant] dans les creux après le dégorgement de tout le sang et du jus ! Car, [si] pour tout morceau salé ordinaire le sel qui est dessus ne l'interdit pas, parce que le sang absorbé dans le sel est en petite quantité et ne peut plus du tout bouger de là, [pourtant] ici, où le sel s'est dissous dans le jus du creux et est devenu liquide (tsaloul), ce sang aurait dû interdire l'épaisseur d'une pelure (kedei klipa) ! Et peut-être ne disons-nous pas 'le salé est comme le bouillant (maliah harei hou ke-roteah)' sauf au moment du dégorgement, mais après l'achèvement du dégorgement [le sel] n'est plus considéré comme bouillant, car la force du sel s'est rompue du fait qu'il a fait dégorger la viande, et la force du sel sort avec le sang. Ou bien l'on peut dire que le sel qui est sur la viande empêche ce sang d'entrer dans la viande. Et selon ces deux raisons que j'ai expliquées — selon lesquelles, tant que l'inférieur dégorge du jus, il absorbe et dégorge le sang des supérieurs avec son [propre] jus, [si bien que] tant qu'il est ouvert pour dégorger il absorbe et dégorge — il faut attendre [pour] l'inférieur jusqu'à ce que le supérieur ait demeuré le temps [nécessaire] au rôtissage (chiour tseliya), car jusqu'à ce moment-là l'inférieur n'est pas sorti du statut de sang. Toutefois l'on peut encore dire une autre raison : tant que la viande est occupée à dégorger du jus, elle n'absorbe pas de sang, et le temps du dégorgement du jus ne s'achève pas si vite. Et de toute façon, de la viande [qui est] à l'intérieur du jus, par exemple dans un récipient non perforé, il n'y a pas lieu de [la] permettre pour cette raison, car elle n'a alors pas la force de dégorger du fait qu'elle est immergée dans le jus, et elle absorbe — et telle est la raison de Shmuel qui dit plus loin (Houlin 113a) [qu']on ne sale que dans un récipient perforé : car, bien que la viande n'ait pas encore achevé le dégorgement de son sang, elle absorbe, comme je l'ai expliqué. Et là où la moitié d'un morceau [est] à l'intérieur du jus et la moitié au-dehors, ce qui est à l'intérieur [est] interdit et ce qui est au-dehors [est] permis, comme je l'ai expliqué plus haut au chapitre Guid ha-Naché (Houlin 96b) à propos d'un chevreau qu'on a rôti dans sa graisse [interdite]. Et là où la viande a demeuré dans le sel le temps [nécessaire] au rôtissage sur une planche, puis a été placée dans une cuve (guiguit) et y a demeuré toute la nuit, et [où] ensuite on a trouvé le récipient plein de liquide (mits) [issu] du [morceau] salé qui est sorti de la viande — pareille affaire est survenue dans la maison de Rachi, et il a répondu que, du moment que la viande a demeuré dans le sel le temps [voulu] avant d'être placée dans le récipient, l'eau trouvée dans le récipient n'est pas une espèce de sang mais [seulement] du liquide (mohal) ordinaire ; et ainsi [cela] apparaît. Et sache que ce liquide est permis sur-le-champ : dès qu'elle a demeuré le temps [nécessaire] au rôtissage, il est permis de [la] rincer et de [la] cuire dans la marmite, bien que ne s'en soit pas [encore] dégorgé le liquide qui sort ensuite ; et il n'y a pas non plus lieu d'interdire le liquide à cause du sel [placé] sur la viande qui s'y est dissous — car, si c'est pour cette raison que nous venions interdire la viande qui tombe dans ce liquide, parce qu'il s'y trouve la majeure partie du sel [placé] sur la viande, et [parce que ce sel] n'est plus mangeable à cause de [sa concentration en] sel [au point] d'être considéré comme bouillant et d'interdire la viande, alors pour cette raison aussi toute la viande du monde serait interdite quand on la place à l'intérieur d'un récipient pour la rincer, [puisque] le sel [placé] sur la viande s'est dissous dans l'eau ! Car quelle différence [y a-t-il] pour moi [entre] de l'eau [et] entre du liquide, puisque tous deux [sont] de [statut] permis ? Plutôt, il faut dire que le sang [présent] dans le sel s'y dessèche et n'a pas la force de se réabsorber dans la viande, mais demeure en place, bien qu'il se soit dissous à l'intérieur de ce liquide — comme je l'ai expliqué à propos de ces creux qui sont dans la viande : car quelle différence [y a-t-il] pour moi [entre] un creux plein de jus [et] entre toute la viande à l'intérieur du jus ? Ou bien pour la raison [déjà dite] que la force du sel s'est rompue du fait qu'il a fait dégorger la viande, et qu'il n'est plus considéré comme bouillant, comme je l'ai expliqué plus haut. Et de toute manière il n'y a pas lieu d'être indulgent, car le peuple a déjà pris l'usage [de l']interdire.
💡 Explication

Résolution (voir le schéma) : le cas est bien un récipient perforé, et la raison [pour laquelle les poissons sont interdits] tient au décalage des rythmes. La peau molle des poissons (rafou karmaihou) les fait dégorger le sang en premier et finir tôt ; la peau des volailles est contractée, dure (kemiti), elles dégorgent plus longtemps. Quand les poissons ont fini de dégorger, les volailles dégorgent encore — et les poissons, n'étant plus occupés à dégorger, réabsorbent le sang des volailles. Viande contre viande, en revanche : mêmes rythmes, elles dégorgent ensemble, et tant qu'un morceau dégorge il n'absorbe pas.

5
רב מרי בר רחל אימלח ליה בשר שחוטה בהדי בשר טרפה, אתא לקמיה דרבא.

Rav Mari bar Rahel, on lui a salé [par mégarde] de la viande [d'une bête] abattue (chehouta) avec de la viande [d'une bête] tereifa [en récipient perforé, comme on sale d'ordinaire]. Il vint devant Rava [pour demander si la viande casher était interdite].

📜 Rachi (1)
אימלח ליה בשר שחוטה בהדי בשר נבלה ובכלי מנוקב כמשפט המולחים בשר וקמיבעיא ליה מי אמרינן כי היכי דגבי דם לא חיישינן לדלמא פלט עליון ובלע תחתון דאמרינן כל זמן שטרודים בפליטה אינן בולעין ושניהם נחין יחד מפליטתן ה"נ לא שנא או לא:
On lui a salé de la viande [d'une bête] abattue avec de la viande [d'une bête] charogne (nevela) — et [c'était] dans un récipient perforé, selon la règle de ceux qui salent la viande ; et il s'interrogeait : disons-nous [que], de même que pour le sang nous ne craignons pas que peut-être le [morceau] supérieur dégorge et l'inférieur absorbe — car nous disons [que], tant qu'ils sont occupés à dégorger ils n'absorbent pas, et [que] tous deux s'apaisent ensemble de leur dégorgement —, de même ici [il n'y a] pas de différence [donc permis] ? ou non ?
💡 Explication

Cas pratique : on a salé par inadvertance, pour Rav Mari bar Rahel, de la viande casher (d'une bête abattue rituellement) avec de la viande tereifa, dans un récipient perforé comme à l'ordinaire. Question portée à Rava : la viande casher est-elle interdite ? On aurait pu croire que, tant qu'elle dégorge son propre sang, elle n'absorbe rien de la tereifa — comme pour le sang, où l'inférieur occupé à dégorger n'absorbe pas du supérieur.

6
אמר ליה: ״הטמאים״ – לאסור צירן, ורוטבן, וקיפה שלהן.

Il lui dit : '[ce sont là] les impurs (ha-temeim)' (Lévitique 11:31) — [le 'hé' superflu vient] interdire leur jus (tsir), leur sauce (rotev) et leurs dépôts (kipa).

📜 Rachi (2)
אמר ליה הטמאים ה"א יתירא דגבי הטמאים לכם בכל השרץ (ויקרא יא):
Il lui dit : les impurs (ha-temeim) — le 'hé' superflu [du mot] 'ha-temeim lakhem' [présent] dans [le passage sur] tout reptile (cherets) (Lévitique 11).
לאסור צירן ורוטבן וקיפה פירמא בשר ותבלין הנקפה בשולי הקדירה וכיון דצירן אסור מיתסר הבשר השחוט מחמת ציר הטרפה שהוא נוח ליבלע מן הדם:
[Vient] interdire leur jus, leur sauce et leur 'kipa' — [à savoir] le 'pirma' (débris de viande) et les épices qui se figent (nikpa) au fond de la marmite ; et puisque leur jus est interdit, la viande abattue devient interdite à cause du jus de la tereifa, qui est facile à [se faire] absorber, [plus] que le sang.
🗂️ Tossefot (3)
הטמאים לאסור צירן דרשה גמורה היא גבי שרצים ובהמה חוץ מגבי דגים כדפרישית בפרק גיד הנשה (לעיל חולין דף צט:) גבי שאני ציר דזיעה בעלמא הוא:
'Les impurs (ha-temeim)' [vient] interdire leur jus — [c'est] une deracha complète (deracha guemoura) [valable] pour les reptiles (cheratsim) et la bête [domestique], à l'exclusion des poissons, comme je l'ai expliqué au chapitre Guid ha-Naché (plus haut, Houlin 99b) à propos de '[le statut du] jus [d'un poisson impur est] différent, car [ce n']est que de la transpiration (zeia be-alma)'.
ורוטבן וקיפה שלהן וא"ת ותיפוק ליה ממשרת ליתן טעם כעיקר דמשם אתה דן לכל התורה כדאיתא פרק אלו עוברין (פסחים דף מד:) וי"ל דעיקר דרשה לא איצטריך אלא לצירן ושאר הוו אסמכתא בעלמא כדאמר פרק אלו מציאות (ב"מ דף ל:) גבי והתעלמת דעיקר קרא לזקן ואינו לפי כבודו אי נמי איצטריך נמי לרוטבן וקיפה ואשמעינן דמחוי כממש אם המחה השרץ וגמעו דהוי כאכילה דס"ד דבשתיה לא מיחייב כיון דאכילה כתיבא ביה והכי איתא בהעור והרוטב (לקמן חולין דף קכ.) דמייתי לה אהמחה את החלב וגמעו ואם תאמר אם כן היכי דריש מינה דצירן אסור כיון דאיצטריך להכי ויש לומר דשקולים הם ומציר גופיה לא הוה שמעינן דלהוי שתיה כאכילה דהוי מצינן לאוקומי כשהקפהו ואכלו:
Leur sauce et leurs dépôts (kipa) — et si tu objectes : qu'il [le] dérive plutôt de 'mimochrat' [= jus de raisin] [le principe de] 'donner goût comme l'essentiel' (notein taam ke-ikar), d'où tu juges [par dérivation] pour toute la Torah, comme il est [énoncé] au chapitre Elou Ovrin (Pessahim 44b) ? Et l'on peut dire que la deracha essentielle n'a été nécessaire que pour leur jus (tsir), et le reste [n']est [qu']un simple appui (asmakhta), comme [il] est dit au chapitre Elou Metsiot (Baba Metsia 30b) à propos de 've-hit'alamta' [= 'tu te déroberas'], dont le verset essentiel [visé] un vieillard [pour qui le ramassage] ne sied pas à son honneur. Ou bien [le verset] est aussi nécessaire pour leur sauce et leurs dépôts, et [il] nous enseigne que [le fait de] liquéfier [est] comme [le] concret (mahoui ke-mamach) : si l'on a liquéfié le reptile (cherets) et qu'on l'a avalé (gama'o), [c'est] comme une consommation (akhila) — car tu aurais pu penser (sad) que par la boisson (chetiya) on n'est pas passible, puisque [le terme] 'consommation' est écrit à son sujet ; et ainsi [cela] est [enseigné] au [chapitre] Ha-or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 120a), où [le Talmud] l'apporte à propos de [celui qui] a liquéfié la graisse [interdite] (helev) et l'a avalée, [qui] est [traité] comme [pour] une consommation. Et si tu objectes : s'il en est ainsi, comment en dérive-t-il que leur jus est interdit, puisqu'[il] est nécessaire pour cela [= pour le principe de liquéfaction] ? Et l'on peut dire qu'ils [sont] de poids égal (chekoulim), et que du jus lui-même nous n'aurions pas appris que la boisson [serait] comme la consommation, car nous aurions pu [l']établir [comme un cas] où l'on a figé (hikpehou) [le jus] et [où] on l'a mangé.
וקיפה שלהן בהעור והרוטב (גז"ש) מפרש קיפה פירמא ופריך הוא עצמו ליטמא טומאת אוכלין אלא מאי קיפה תבלין והיה יכול להיות בין פירמא בין תבלין דאתא לאשמועינן דשתייתה כאכילתה וכן פירש בקונטרס פירמא בשר ותבלין הנקפה בשולי הקדרה ומיהו לא היה לו לומר הנקפה:
Et leurs dépôts (kipa) — au [chapitre] Ha-or ve-ha-rotev (par guezera chava) on explique 'kipa' [comme] 'pirma' (débris de viande), et [le Talmud] objecte de lui-même : qu'il [le 'pirma'] soit [donc] susceptible de [contracter] l'impureté des aliments (toum'at okhlin) ! Plutôt, qu'est-[ce que] 'kipa' ? des épices (tavlin). Et [le terme] pouvait [renvoyer] soit à du 'pirma' soit à des épices, [car le Talmud] vient nous enseigner que sa boisson [est] comme sa consommation. Et ainsi a expliqué le Commentateur [Rachi] : 'pirma', [à savoir] de la viande et des épices qui se figent (nikpa) au fond de la marmite ; toutefois il n'aurait pas dû dire 'qui se figent'.
💡 Explication

Réponse de Rava (voir le schéma) : la viande casher est interdite. Car le verset 'ce sont là les impurs (ha-temeim) pour vous' (Lev 11:31) porte un 'hé' superflu qui vient interdire, dans l'aliment impur, non seulement sa chair mais aussi son jus (tsir, sorti au salage), sa sauce (rotev, de cuisson) et ses dépôts (kipa, viande et épices figées au fond de la marmite). Or le tsir est plus facile à absorber que le sang : même pendant qu'elle dégorge, la viande casher absorbe le jus de la tereifa, et devient interdite.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).