Chullin 114a — fouet pour la cuisson ou la consommation, le petit-lait, et les trois 'en son lait maternel'

Chullin 114a

Sougya : Le daf achève la discussion entre Rabbi Ami et Rabbi Assi : pour de la graisse interdite (helev) cuite dans du lait, est-on fouetté pour la cuisson, pour la consommation, ou pas du tout ? Trois lectures sont proposées, dont la dernière les concilie (chacun parle d'un cas distinct).

Une braita (Tossefta) liste alors ce qui exempte du fouet (petit-lait, sang, os, tendons, cornes, sabots) et ce qui rend passible (pigoul, notar, impur), ce dernier point supposant qu'un interdit se pose sur un interdit (issur chal al issur). Le cas du petit-lait (mei chalav) appuie Resh Lakich : il a statut de lait pour rendre les grains aptes à l'impureté, mais non pour la cuisson viande-lait.

La seconde moitié du daf étudie les trois mentions 'en son lait maternel' (be-halev imo) du verset : la première pour le sens propre, la deuxième pour inclure la vache et la brebis, la troisième pour la 'sœur aînée' ; et, puisque le kal va-homer comporte une faille dès le départ (la mère est interdite à l'abattage le même jour), le verset reste requis. La 'sœur cadette' se déduit enfin par le côté commun (tzad ha-chaveh).

Rabbi Ami contre Rabbi Assi : cuire ou manger la graisse interdite dans du lait enjeu : un interdit (viande-lait) se pose-t-il sur un interdit déjà là (la graisse, helev) ? Première version (lechon richon) accord : pour la consommation, pas de fouet (un interdit ne se pose pas sur un interdit) désaccord : pour la cuisson la Torah lie cuisson et consommation : pas de fouet à manger -> pas de fouet à cuire (seg 0 ; objection de Tossefot : et l'inverse ?) Seconde version (ikka de-amri) accord : pour la cuisson, on est fouetté (la cuisson est un acte neuf, sans interdit préalable) désaccord : pour la consommation fouetté : la Torah a dit 'cuire' pour 'manger' fouetté à cuire -> fouetté à manger ; non fouetté : un interdit ne se pose pas sur un interdit Troisième lecture (seg 2) : chacun parle d'un cas différent — un dit 'cuisson', l'autre 'consommation' — et ils ne divergent pas.
Rabbi Ami contre Rabbi Assi (seg 0-2) : trois lectures du désaccord sur le fouet — cuisson, consommation, ou conciliation.
La braita (Tossefta) : ce qui exempte du fouet et ce qui rend passible Exempt (patour) cuit dans du petit-lait (mei chalav) — pas du lait du sang cuit dans du lait — pas de la viande os, tendons, cornes, sabots cuits dans du lait (ce ne sont pas, à proprement parler, de la 'viande') le petit-lait appuie Resh Lakich (seg 6) Passible (hayav) le pigoul (intention fautive), le notar (reste périmé), l'impur (tame) — cuits dans du lait déjà interdits, et pourtant l'interdit viande-lait s'y ajoute (issur chal al issur)
La braita (seg 3-6) : ce qui exempte du fouet (dont le petit-lait, qui appuie Resh Lakich) et ce qui en rend passible.
Les trois 'en son lait maternel' : étendre l'interdit à la vache, la brebis et la sœur trois fois la Torah écrit 'gedi be-halev imo' — chaque occurrence sert à inclure un cas de plus 1re occurrence le sens propre : le chevreau dans le lait de sa mère (la chèvre) 2e occurrence (seg 7-10) inclut la vache et la brebis le kal va-homer seul échoue : la mère est interdite à l'abattage (le même jour) 3e occurrence (seg 11-18) inclut la 'sœur aînée' la cadette se déduit 'd'entre eux' (min ha-tzad ha-chaveh) Pourquoi un verset, alors que le kal va-homer suffisait ? (Rav Achi, seg 9-10) le raisonnement a une faille dès le départ : la mère a une sévérité propre — interdite à l'abattage le même jour — qui n'existe pas pour la vache ; donc le verset est requis pour l'inclure malgré tout. La cadette (achoto ketana) par le 'côté commun' (seg 14-17) de la mère : faille — interdite à l'abattage ; la sœur aînée le prouve (elle, on l'abat avec lui). de la sœur aînée : faille — n'entre pas au parc pour la dîme ; la mère le prouve (elle, y entre). côté commun : c'est de la viande, interdite à cuire dans du lait -> la cadette aussi.
Les trois 'en son lait maternel' (seg 7-18) : la mécanique des kal va-homer, leurs failles, et la déduction de la cadette par le côté commun.
1
כיון דעל אכילה לא לקי, אבישול נמי לא לקי.

Puisque, pour la consommation, l'on n'est pas fouetté, pour la cuisson non plus l'on n'est pas fouetté.

🗂️ Tossefot (1)
כיון דעל אכילה לא לקי תימה אימא איפכא כדאמר בסמוך כיון דאבשול לקי אאכילה נמי לקי:
Puisque, pour la consommation, l'on n'est pas fouetté — [c'est] étonnant : dis [plutôt] l'inverse, comme il [le] dit plus bas, 'puisque pour la cuisson l'on est fouetté, pour la consommation aussi l'on est fouetté'.
💡 Explication

Fin de la première lecture du désaccord entre Rabbi Ami et Rabbi Assi (commencé en 113b) sur la graisse interdite (helev) cuite dans du lait. Selon cette version, tous s'accordent : on n'est pas fouetté pour la consommation (un interdit ne se pose pas sur un interdit déjà présent) ; et puisque la Torah lie cuisson et consommation, on n'est pas davantage fouetté pour la cuisson.

🖼️ Schéma
Rabbi Ami contre Rabbi Assi : cuire ou manger la graisse interdite dans du lait enjeu : un interdit (viande-lait) se pose-t-il sur un interdit déjà là (la graisse, helev) ? Première version (lechon richon) accord : pour la consommation, pas de fouet (un interdit ne se pose pas sur un interdit) désaccord : pour la cuisson la Torah lie cuisson et consommation : pas de fouet à manger -> pas de fouet à cuire (seg 0 ; objection de Tossefot : et l'inverse ?) Seconde version (ikka de-amri) accord : pour la cuisson, on est fouetté (la cuisson est un acte neuf, sans interdit préalable) désaccord : pour la consommation fouetté : la Torah a dit 'cuire' pour 'manger' fouetté à cuire -> fouetté à manger ; non fouetté : un interdit ne se pose pas sur un interdit Troisième lecture (seg 2) : chacun parle d'un cas différent — un dit 'cuisson', l'autre 'consommation' — et ils ne divergent pas.
Les trois lectures du désaccord Rabbi Ami / Rabbi Assi sur le fouet : cuisson, consommation, ou conciliation.
2
ואיכא דאמרי: אבישול – כולי עלמא לא פליגי דלקי, כי פליגי אאכילה. מאן דאמר אינו לוקה – דהא אין איסור חל על איסור, ומאן דאמר לוקה – להכי אפקה רחמנא לאכילה בלשון בישול, כיון דאבישול לקי – אאכילה נמי לקי.

Et certains disent (ikka de-amri) : quant à la cuisson, tout le monde s'accorde [pour dire] qu'on est fouetté ; lorsqu'ils divergent, [c'est] sur la consommation. Celui qui dit qu'on n'est pas fouetté — car un interdit ne se pose pas sur un interdit (ein issour hal al issour) ; et celui qui dit qu'on est fouetté — [c'est] pour cela [que] le Miséricordieux a exprimé la consommation dans le langage de la cuisson : puisque, pour la cuisson, l'on est fouetté, pour la consommation aussi l'on est fouetté.

💡 Explication

Seconde version du désaccord (voir le schéma). Pour la cuisson, accord général : on est fouetté (c'est un acte neuf, sur lequel aucun interdit antérieur ne pesait). Le désaccord porte sur la consommation : l'un dit qu'on n'est pas fouetté car un interdit ne se pose pas sur un interdit (la graisse était déjà interdite) ; l'autre dit qu'on est fouetté car la Torah a délibérément formulé l'interdit de manger sous les mots de la cuisson, pour transférer la sanction de l'une à l'autre.

3
ואיבעית אימא: מר אמר חדא, ומר אמר חדא, ולא פליגי.

Et si tu veux, dis : l'un (mar) a énoncé une chose et l'autre (mar) a énoncé une [autre] chose, et ils ne divergent pas.

📜 Rachi (1)
ומר אמר חדא כו' מ"ד לוקה קאי אבישול דחדא איסורא הוא ומ"ד אין לוקה קאי אאכילה דאם לא התרו בו משום אכילת חלב אלא משום בשר בחלב אינו לוקה דלא אתי איסור בשר בחלב וחייל אאיסור חלב:
L'un a énoncé une chose etc. — celui qui dit qu'on est fouetté vise la cuisson, car c'[est là] un interdit unique ; et celui qui dit qu'on n'est pas fouetté vise la consommation : car si on ne l'a pas averti au titre de la consommation de graisse (helev) mais seulement au titre de [la consommation de] viande-dans-le-lait, il n'est pas fouetté, car l'interdit de viande-dans-le-lait ne vient pas se poser sur l'interdit de graisse.
💡 Explication

Troisième lecture, conciliatrice : Rabbi Ami et Rabbi Assi ne se contredisent pas. Celui qui dit qu'on est fouetté vise la cuisson (un seul interdit, sans difficulté) ; celui qui dit qu'on n'est pas fouetté vise la consommation (où l'interdit viande-lait ne se pose pas sur l'interdit déjà présent de la graisse). Tous tiennent qu'un interdit ne se pose pas sur un interdit.

4
מיתיבי: המבשל במי חלב – פטור, דם שבשלו בחלב – פטור, העצמות והגידים והקרנים והטלפים שבשלן בחלב – פטור.

On objecte : celui qui cuit [de la viande] dans du petit-lait (mei chalav) — [est] exempt ; du sang qu'il a cuit dans du lait — [est] exempt ; les os, les tendons, les cornes et les sabots qu'il a cuits dans du lait — [est] exempt.

📜 Rachi (1)
במי חלב מישג"א בלע"ז:
Dans du petit-lait — 'mesgue' en langue vernaculaire.
🗂️ Tossefot (1)
המבשל במי חלב פטור איסורא מיהא איכא דהא כותח מנסיובי דחלבא עבדי ליה כדאמר בריש אלו עוברין (פסחים דף מב.) ואמרינן לעיל (חולין דף קיא:) דאסור לאכול בשר בכותח:
Celui qui cuit dans du petit-lait [est] exempt — il y a tout de même un interdit [rabbinique], car on fabrique le koutah (sauce) à partir du petit-lait, comme il est dit au début de [chapitre] 'Elou ovrin' (Pessahim 42a), et nous avons dit plus haut (Houlin 111b) qu'il est interdit de manger de la viande avec du koutah.
💡 Explication

Objection tirée d'une braita (Tossefta ; voir le schéma). Sont exempts du fouet : qui cuit dans du petit-lait (mei chalav, le résidu liquide après caillage — ce n'est pas du lait au sens de l'interdit) ; qui cuit du sang dans du lait (le sang n'est pas de la 'viande') ; qui cuit os, tendons, cornes, sabots dans du lait (ce ne sont pas, à proprement parler, de la viande).

5
הפגול, והנותר, והטמא, שבשלן בחלב – חייב!

Le pigoul, le notar et l'[animal] impur (tame) qu'il a cuits dans du lait — [il est] passible (hayav) !

📜 Rachi (1)
הפגול והנותר אלמא אע"ג דאסירי וקיימי אתי איסור בשר בחלב וחייל עלייהו והוא הדין נמי אם בשל חלב בחלב אלמא מרבויא דגדי נפקא לן דחייל על כל איסורין:
Le pigoul et le notar — il en ressort que, bien qu'ils soient déjà interdits et en place, l'interdit de viande-dans-le-lait vient se poser sur eux. Et il en va de même s'il a cuit de la graisse (helev) dans du lait ; il en ressort que, de l'inclusion [tirée du mot] 'gedi' (chevreau), nous déduisons qu'[il] se pose sur tous les interdits.
💡 Explication

Suite de la braita, qui retourne l'objection. Qui cuit dans du lait du pigoul (offrande viciée par une intention fautive sur le moment où le lieu), du notar (reste d'offrande dont le temps de consommation est passé) ou de la viande impure est passible du fouet — alors que ces viandes étaient déjà interdites. Donc l'interdit viande-lait se pose sur un interdit antérieur (issour hal al issour), contre la position attribuée à Rabbi Ami et Rabbi Assi.

6
האי תנא סבר איסור חל על איסור.

Ce tana[-ci] tient [qu']un interdit se pose sur un interdit.

📜 Rachi (1)
האי תנא נמי סבר בכל איסורין דאיסור חל על איסור ואינהו סברי לה כמ"ד אין איסור חל על איסור ותנאי טובא איפליגו בה:
Ce tana — lui aussi tient, pour tous les interdits, qu'un interdit se pose sur un interdit ; et eux [Rabbi Ami et Rabbi Assi] tiennent comme celui qui dit qu'un interdit ne se pose pas sur un interdit ; et de nombreux tanaim ont divergé là-dessus.
💡 Explication

Réponse : le tana de cette braita tient, de manière générale, qu'un interdit se pose sur un interdit (issour hal al issour), tandis que Rabbi Ami et Rabbi Assi suivent l'avis opposé. Rien d'étonnant : c'est une controverse classique entre tanaim, et des amoraim peuvent se ranger d'un côté ou de l'autre.

7
המבשל במי חלב פטור, מסייע ליה לריש לקיש, דתנן: מי חלב הרי הן כחלב, והמוחל הרי הוא כשמן. אמר ריש לקיש: לא שנו אלא להכשיר את הזרעים, אבל לענין בישול בשר בחלב – מי חלב אינו כחלב.

[Quant à] 'celui qui cuit dans du petit-lait [est] exempt' — [cela] appuie Resh Lakich, car nous avons appris (michna) : le petit-lait, il est comme du lait, et le mohal (suintement des olives), il est comme de l'huile. Resh Lakich a dit : on n'a enseigné [cela] que pour rendre les grains aptes [à l'impureté] (le-hakhchir et ha-zeraïm) ; mais quant à la cuisson de viande dans le lait, le petit-lait n'est pas comme du lait.

📜 Rachi (3)
הרי הן כחלב להכשיר את הזרעים וחלב נקרא משקה דכתיב (שופטים ד) ותפתח את נאד החלב ותשקהו:
Il est comme du lait — pour rendre les grains aptes [à l'impureté] ; et le lait est appelé 'boisson' (machke), comme il est écrit (Juges 4) 'elle ouvrit l'outre de lait et lui donna à boire'.
והמוחל משקה הזב מן הזיתים:
Et le mohal — le liquide qui s'écoule des olives.
הרי הוא כשמן ושמן איקרי משקה דכתיב (ישעיהו כה) משתה שמנים:
Il est comme de l'huile — et l'huile est appelée 'boisson', comme il est écrit (Isaie 25) 'un festin d'huiles' (michte chemanim).
💡 Explication

La clause 'cuit dans du petit-lait, exempt' appuie Resh Lakich. La michna (Makhchirin) range le petit-lait avec le lait, et le mohal (liquide qui suinté des olives) avec l'huile — au titre des sept liquides qui rendent les aliments aptes à contracter l'impureté. Resh Lakich précise : cette équivalence ne vaut que pour cette aptitude des grains à l'impureté ; pour l'interdit de viande-lait, le petit-lait n'a pas statut de lait.

8
תנו רבנן: ״בחלב אמו״ – אין לי אלא בחלב אמו, בחלב פרה ורחל מנין?

Nos Maîtres ont enseigné : '[tu ne cuiras pas un chevreau] en le lait de sa mère' (be-halev imo) — je n'ai là que [le chevreau] dans le lait de sa mère ; dans le lait de la vache et de la brebis, d'où [le sait-on] ?

📜 Rachi (1)
אין לי אלא בחלב אמו כלומר עז:
Je n'ai là que [le lait de] sa mère — c'est-à-dire la chèvre.
🗂️ Tossefot (1)
בחלב פרה ורחל מנין לא איצטריך ליה אלא לרבות בשאין מינו כגון פרה בחלב גדי או גדי בחלב פרה אבל פרה בחלב עצמה הא דרשינן לעיל (חולין דף קיג:) כל מקום שנאמר גדי אפילו פרה ורחל במשמע ובחנם דחק בקונטרס:
Dans le lait de la vache et de la brebis, d'où [le sait-on] — il [ne lui] a fallu [un verset] que pour inclure [le lait] d'une autre espèce [que celle du chevreau], par exemple [un] chevreau dans du lait de vache, ou [du veau] dans du lait de chèvre ; mais [la chair de] la vache dans son propre lait, cela, nous l'avons déjà déduit plus haut (Houlin 113b) : partout où il est dit 'gedi', même la vache et la brebis sont comprises [dans le sens du mot] ; et c'est en vain que [Rachi dans] le commentaire s'est mis en peine [sur ce point].
💡 Explication

Ouverture d'une braita sur l'extension de l'interdit. Le verset dit 'tu ne cuiras pas un chevreau en le lait de sa mère' (be-halev imo) — au sens propre, le lait de la chèvre mère. D'où tirer que l'interdit vaut aussi pour le lait de la vache et de la brebis ?

9
אמרת, קל וחומר: ומה אמו, שלא נאסרה עמו בהרבעה – נאסרה עמו בבשולו, פרה ורחל, שנאסרו עמו בהרבעה – אינו דין שנאסרו עמו בבשולו! תלמוד לומר ״בחלב אמו״.

Tu dis [un raisonnement] à fortiori (kal va-homer) : si la mère, qui n'a pas été interdite avec lui pour l'accouplement (harbaa) — a [pourtant] été interdite avec lui pour la cuisson, la vache et la brebis, qui ont été interdites avec lui pour l'accouplement, n'est-il pas juste qu'elles aient été interdites avec lui pour la cuisson ! [Aussi] le verset dit : 'en le lait de sa mère'.

📜 Rachi (2)
ת"ל מקרא שני:
Le verset dit — un second verset.
בחלב אמו דמייתר לרבויי כל חלב בהמה טהורה דהאי תנא לא מצריך ליה לכדשמואל דחלב זכר וחלב שחוטה וחלב טמאה מחד קרא דלגופי' נפקי דהא אמו כתיב ולא שחוטה ולא זכר ולא טמאה דהא גדי כתיב ובטהורה משתעי כדאמרן להוציא את הטמאה ועל כרחיך אמו נמי טהורה דאי אמו טמאה לא הוי איהו טהור הלכך להכי לא אתא וגדי משמע ליה גדי דווקא ובשר חיה ושאר בהמות מגדי יתירא נפקי לאיסורא דאי סבירא ליה גדי הכל במשמע אפילו עגל וטלה למה ליה לרבויי חלב פרה ורחל והא אמו כתיב ולקמן (חולין דף קטז.) דמשמע לן יתורא דגדי גדי לר"ע למעוטי חיה ועוף הני מילי למאן דמשמע ליה גדי ואפילו עגל וטלה אתי קרא יתירא למעוטי אבל למאן דמשמע ליה גדי דווקא קראי יתירי לרבויי אתו דאי למעוטי לא איצטריך וחד למעוטי טמאה ולשליל לא איצטריך קרא דממשמעות יליף ליה כדאשכחנא גבי ר"ע לקמן דאמר שליל גדי מעליא:
En le lait de sa mère — [ce mot] est en surplus pour inclure tout lait d'animal pur (behema tehora). Car ce tana[-ci] n'en a pas besoin pour [la règle] de Chmouel — [à savoir] que le lait d'un mâle, le lait d'une bête abattue et le lait d'une bête impure [sont compris] dans un seul verset — puisque ceux-là découlent [déjà] d'eux-mêmes (le-goufeih) : car il est écrit 'sa mère' (et non une bête abattue), et 'sa mère' (et non un mâle), et il est écrit 'gedi' (chevreau), qui parle d'une [bête] pure, comme nous l'avons dit, pour exclure l'impure ; et de force 'sa mère' [est] elle aussi pure, car si sa mère [était] impure, lui ne serait pas pur. Dès lors, [ce mot] ne vient pas pour cela. Et 'gedi' lui [au tana] signifie un chevreau au sens strict, et [la chair] d'animal sauvage (haya) et des autres bêtes domestiques découle du 'gedi' surnuméraire pour l'interdit ; car si 'gedi' avait pour lui le sens [le plus] large, [incluant] même le veau et l'agneau, pourquoi [aurait-il] besoin d'inclure le lait de la vache et de la brebis, puisqu'il est écrit 'sa mère' ? Et plus loin (Houlin 116a), ce qui nous signifie, par le surplus de 'gedi gedi' [selon] Rabbi Akiva, l'exclusion de l'animal sauvage et de l'oiseau — cela vaut pour qui donne à 'gedi' le sens large, [incluant] même le veau et l'agneau : pour lui, le verset surnuméraire vient [pour] exclure. Mais pour qui donne à 'gedi' le sens strict, les versets surnuméraires viennent [pour] inclure — car, [s'ils étaient] pour exclure, ils ne seraient pas nécessaires : l'un [suffit] pour exclure l'impure, et pour le foetus (chelil) [il n'y a] pas besoin de verset, car [le tana] le déduit du [seul] sens [du mot], comme nous le trouvons chez Rabbi Akiva plus loin, qui dit [que le] foetus est un 'gedi' à part entière.
🗂️ Tossefot (1)
פרה ורחל שנאסרו עמה בהרבעה וא"ת חיה ועוף יוכיחו לר' עקיבא או עוף לחודיה לר' יוסי הגלילי דנאסרו בהרבעה עם שאינו מינו כדאמרינן בסוף שור שנגח את הפרה (ב"ק דף נה.) ולא נאסרו בבשול וי"ל דעדיפא פריך:
La vache et la brebis, qui ont été interdites avec elle pour l'accouplement — et si tu objectes : l'animal sauvage et l'oiseau le prouveront (yokhihou), selon Rabbi Akiva, ou l'oiseau seul, selon Rabbi Yossi le Galiléen — car ils ont été interdits pour l'accouplement avec ce qui n'est pas de leur espèce, comme nous le disons à la fin de [chapitre] 'Chor che-nagah et ha-para' (Baba Kama 55a), et [pourtant] ils n'ont pas été interdits pour la cuisson ! Et l'on peut dire : il objecte par le [cas] le plus fort (adifa parikh).
💡 Explication

Le kal va-homer : la mère (la chèvre) n'est pas interdite avec le chevreau pour l'accouplement (même espèce) et pourtant elle est interdite avec lui pour la cuisson ; à plus forte raison la vache et la brebis, qui sont interdites avec lui pour l'accouplement (espèce différente, kilayim), devraient l'être pour la cuisson. Mais ce raisonnement seul ne suffit pas — d'où un second 'en le lait de sa mère' pour les inclure expressément.

10
והא למה לי קרא? הא אתיא ליה!

Mais celui-ci [le verset], pourquoi me [faut-il] un verset ? Cela [s']obtient pour lui [par le kal va-homer] !

📜 Rachi (1)
הא אתיא ליה שפיר בק"ו:
Cela [s']obtient pour lui — fort bien, par le kal va-homer.
💡 Explication

Difficulté de la Guemara : à quoi sert le second verset, puisque l'inclusion de la vache et de la brebis découlait déjà du kal va-homer ?

11
אמר רב אשי: משום דאיכא למימר מעיקרא דדינא פירכא, מהיכא קא מייתית לה? מאמו, מה לאמו שכן נאסרה עמו בשחיטה, תאמר בפרה שלא נאסרה עמו בשחיטה? תלמוד לומר ״בחלב אמו״.

Rav Achi a dit : parce qu'on peut dire qu'il y a, des le départ du raisonnement (me-ikkara de-dina), une réfutation (pirkha). D'où le tires-tu ?

De [la] mère [chèvre] : or, qu'a [de propre la] mère ? — qu'elle a [précisément] été interdite avec lui pour l'abattage (chehita) ! Diras-tu [de même] de la vache, qui n'a pas été interdite avec lui pour l'abattage ?

[Aussi] le verset dit : 'en le lait de sa mère'.

📜 Rachi (1)
מעיקרא דדינא מתחלת הדין דקתני מה אמו שלא נאסרה עמו בהרבעה נאסרה עמו בבשול זהו תחלתו של ק"ו ויש להקשות מה לאמו שכן נאסרה לישחט עמו ביום אחד. ולהכי נקט מעיקרא דדינא פירכא משום דפעמים מקשה על סוף הדין כגון דקתני סיפא פרה ורחל שנאסרו עמו בהרבעה אינו דין שנאסרו עמו בבשול זהו סוף הדין ואם היה מקשה ואומר בהמה טמאה תוכיח שנאסרה עמו בהרבעה ולא נאסרה עמו בבישול אף אתה אל תתמה על פרה ורחל כו' זו היא פירכא על סוף הדין:
Dès le départ du raisonnement — depuis le commencement du raisonnement, où il énonce 'si la mère, qui n'a pas été interdite avec lui pour l'accouplement, a [pourtant] été interdite avec lui pour la cuisson' — voilà le début du kal va-homer ; et l'on peut objecter : 'qu'a [de propre] la mère ? — qu'elle a été interdite [d'être] abattue avec lui un même jour'. Et [s']il dit 'dès le départ du raisonnement, il y a une réfutation', [c'est] parce que parfois on objecte sur la fin du raisonnement, par exemple lorsqu'il énonce à la fin 'la vache et la brebis, qui ont été interdites avec lui pour l'accouplement, n'est-il pas juste qu'elles aient été interdites avec lui pour la cuisson' — voilà la fin du raisonnement ; et si l'on objectait en disant 'la bête impure le prouvera, qui a été interdite avec lui pour l'accouplement et n'a pas été interdite avec lui pour la cuisson — toi non plus ne t'étonne pas au sujet de la vache et de la brebis, etc.', voilà une réfutation portant sur la fin du raisonnement.
🗂️ Tossefot (2)
מה לאמו שכן נאסרה עמו בשחיטה תימה לרבנן חיה תוכיח דאין אותו ואת בנו נוהג בחיה:
Qu'a [de propre] la mère ? — qu'elle a été interdite avec lui pour l'abattage — [c'est] étonnant : selon les Sages, l'animal sauvage le prouvera (haya tokhiah), car [la règle d'] 'un animal et son petit' (oto ve-et beno) ne s'applique pas à l'animal sauvage [or il est tout de même interdit à la cuisson] !
תלמוד לומר בחלב אמו עוד דריש מינה בסמוך היא עצמה בחלבה אע"ג דשמואל דריש ליה למלתייהו לעיל (חולין דף קיג:) הכא דריש מבחלב דתרי מינייהו מייתרי דהוה מצי למכתב באמו ואנא ידענא דבחלב אמו קאמר כיון דבחד מינייהו הוה כתיבא בחלב אמו ורבי יוסי הגלילי דממעט עוף שאין לו חלב אם מוי"ו דאמו קא דריש:
Le verset dit 'en le lait de sa mère' — il en tire encore [une chose], plus loin à ce sujet : 'elle-même dans son [propre] lait'. Bien que Chmouel l'expose pour leur [propre] règle plus haut (Houlin 113b), ici il [l']expose à partir de [l'expression] 'be-halev' [et non 'imo'], car deux des [mots] sont en surplus : il aurait pu écrire 'be-imo' [dans sa mère] et je saurais qu'il veut dire 'be-halev imo' [dans le lait de sa mère], puisque dans l'un des [versets] il était déjà écrit 'be-halev imo' ; et Rabbi Yossi le Galiléen, qui exclut l'oiseau — lequel n'a pas de lait maternel — l'expose à partir du 'vav' de 'imo'.
💡 Explication

Réponse de Rav Achi : le kal va-homer a une faille dès le départ (pirkha). On l'a tiré de la mère, qui passait pour plus indulgente (permise à l'accouplement). Mais la mère a une sévérité propre : elle est interdite à l'abattage le même jour que son petit ('on n'abat pas un animal et son petit le même jour', Lev 22:28) — ce qui n'est pas le cas de la vache. Donc le raisonnement ne s'impose pas, et le verset reste requis pour inclure la vache et la brebis.

12
תניא אידך: ״בחלב אמו״ – אין לי אלא בחלב אמו, בחלב אחותו גדולה מנין?

Il est enseigné ailleurs : 'en le lait de sa mère' — je n'ai là que [le lait de] sa mère ; le lait de sa sœur aînée (ahoto gedola), d'où [le sait-on] ?

📜 Rachi (1)
חלב אחותו גדולה מנין אני שמעתי דהיינו פרה שהיא מין בהמה כמותה אבל מין גדול הוא ומהאי קרא גופיה דריש ותנא אחרינא הוא ולישניה הוא דשני ועוד דלא נפק ליה פרה ורחל מיתורא דחד קרא אלא פרה לחודה דחלוקה מן הגדי בשני חילוקין חדא דנאסרה עמו בהרבעה וחדא דאין נכנסת עמו לדיר להתעשר אבל רחל שנכנסת עמו לדיר להתעשר דהא מעשר בקר וצאן כתיב (ויקרא כז) וכל צאן במשמע לא נפקא ליה מיניה שתאסר עמו בבישול הלכך יליף ברישא פרה והדר אתיא ליה רחל בהצד השוה כדלקמן. בקר אינו נכנס עם הצאן להתעשר בפרק בתרא דבכורות (דף נג.):
Le lait de sa sœur aînée, d'où [le sait-on] — moi, j'ai entendu que c'est la vache, qui est une espèce de bête domestique comme [le chevreau] mais [d'une] espèce de grand [bétail] ; et c'[est] de ce verset même [qu'il] l'expose, et [c'est] un autre tana, qui n'a fait que changer son expression. De plus, la vache et la brebis ne [se] déduisent pas du surplus d'un seul verset, mais [seulement] la vache, qui se distingue du chevreau par deux différences : l'une, qu'elle a été interdite avec lui pour l'accouplement ; l'autre, qu'elle n'entre pas avec lui au parc pour la dîme. Mais la brebis, qui entre avec lui au parc pour la dîme — car il est écrit 'la dîme du gros et du menu bétail' (Lev 27) et tout 'menu bétail' (tzon) est inclus —, [le verset] ne [permet] pas d'en déduire qu'elle [soit] interdite avec lui pour la cuisson. Aussi déduit-il d'abord la vache, puis la brebis [s']obtient pour lui par le 'côté commun' (ha-tzad ha-chaveh), comme plus loin. Le gros bétail (bakar) n'entre pas avec le menu bétail pour la dîme, [comme au] dernier chapitre de Bekhorot (53a).
💡 Explication

La troisième braita rend compte de la troisième occurrence de 'en son lait maternel'. Le verset, au sens propre, ne vise que le lait de la mère ; d'où tirer le lait de la 'sœur aînée' (ahoto gedola) — c'est-à-dire une bête de la même espèce déjà âgée de plus d'un an, qui est entrée au parc pour la dîme du bétail (maaser) une année précédente ?

13
אמרת קל וחומר, ומה אמו שנכנסה עמו לדיר להתעשר – נאסרה עמו בבשול, אחותו שלא נכנסה עמו לדיר להתעשר – אינו דין שנאסרה עמו בבשול! תלמוד לומר ״בחלב אמו״.

Tu dis [un raisonnement] à fortiori : si la mère, qui entre avec lui au parc pour la dîme (la-dir le-hitaser) — a [pourtant] été interdite avec lui pour la cuisson, la sœur, qui n'entre pas avec lui au parc pour la dîme — n'est-il pas juste qu'elle ait été interdite avec lui pour la cuisson ! [Aussi] le verset dit : 'en le lait de sa mère'.

📜 Rachi (1)
ומה אמו שאינה חלוקה ממנו לענין מעשר דהא מינה היא ואע"פ שכבר ילדה עדיין היא ראויה ליכנס עמו לדיר להתעשר דגדייה יולדת בתוך שנתה ונכנסת עם בנה לדיר להתעשר כשעדיין לא נכנסה להתעשר כדתניא בבכורות (דף כ:) גדייה שילדה שלש בנות וכל בנותיה ילדו שלש [שלש] כולן נכנסות לדיר להתעשר ואפ"ה חלקה הכתוב ממנו לאוסרה עמו בבישול:
Si la mère — qui ne se distingue pas de lui quant à la dîme, car elle est de son espèce, et bien qu'elle ait déjà mis bas, elle est encore apte à entrer avec lui au parc pour la dîme — car la chèvre met bas dans l'année [de sa naissance] et entre avec son petit au parc pour la dîme tant qu'elle n'est pas [encore] entrée pour être dîmée, comme il est enseigné dans Bekhorot (20b) : une chèvre qui a mis bas trois filles, et chacune de ses filles a mis bas trois [chacune], toutes entrent au parc pour être dîmées — et malgré cela l'Écriture l'a distinguée de lui pour l'interdire avec lui à la cuisson.
💡 Explication

Le kal va-homer pour la sœur aînée : la mère entre au parc pour la dîme avec le petit (elle ne s'en distingue pas à cet égard) et elle est pourtant interdite à la cuisson ; à plus forte raison la sœur aînée, qui n'entre pas au parc pour la dîme avec lui (elle s'en distingue), devrait l'être. Et néanmoins un troisième verset est écrit pour l'inclure.

14
והא למה לי קרא, הא אתיא ליה? אמר רב אשי: משום דאיכא למימר מעיקרא דדינא פירכא, מהיכא קא מייתית לה? מאמו, מה לאמו, שכן נאסרה עמו בשחיטה, תאמר באחותו גדולה, שלא נאסרה עמו בשחיטה? תלמוד לומר ״בחלב אמו״.

Mais celui-ci [le verset], pourquoi me [faut-il] un verset ? Cela [s']obtient pour lui [par le kal va-homer] !

Rav Achi a dit : parce qu'on peut dire qu'il y a, des le départ du raisonnement, une réfutation. D'où le tires-tu ?

De [la] mère : or, qu'a [de propre la] mère ? — qu'elle a [précisément] été interdite avec lui pour l'abattage ! Diras-tu [de même] de la sœur aînée, qui n'a pas été interdite avec lui pour l'abattage ?

[Aussi] le verset dit : 'en le lait de sa mère'.

📜 Rachi (2)
אחותו גדולה פרה שאינה נכנסת כו':
La sœur aînée — la vache, qui n'entre pas [au parc pour la dîme] etc.
תלמוד לומר בחלב אמו קרא יתירא לרבויי כל חלב וממילא איתרבאי פרה דאשכחן דנחלקה ממנו לענין מעשר תיחלק ממנו לבישול:
Le verset dit 'en le lait de sa mère' — un verset surnuméraire pour inclure tout lait, et de la sorte la vache [se trouve] incluse : puisque nous trouvons qu'elle s'est distinguée de lui quant à la dîme, qu'elle se distingue de lui [aussi] pour la cuisson.
💡 Explication

Même objection et même réponse que pour la vache (seg 9-10). Le kal va-homer pour la sœur aînée a une faille dès le départ : il part de la mère, qui a une sévérité propre — interdite à l'abattage le même jour que son petit — absente chez la sœur aînée. Donc le troisième verset reste requis pour l'inclure.

15
אשכחן אחותו גדולה, אחותו קטנה מנין? אתיא מביניא.

Nous avons trouvé [une source pour] sa sœur aînée ; sa sœur cadette (ahoto ketana), d'où [le sait-on] ? Elle [se] déduit d'entre eux (mi-beneya).

📜 Rachi (2)
אחותו קטנה רחל:
Sa sœur cadette — la brebis.
מביניא מאמו ומאחותו גדולה:
D'entre eux — de [la] mère et de [la] sœur aînée.
💡 Explication

On a une source pour la sœur aînée (déjà dîmée). D'où tirer la sœur cadette (ahoto ketana) — celle qui n'est pas encore entrée au parc pour la dîme ? Réponse : 'd'entre eux' (mi-beneya) — par combinaison de deux cas déjà acquis, la mère et la sœur aînée.

16
מהי תיתי? תיתי מאמו – מה לאמו שכן נאסרה עמו בשחיטה? אחותו גדולה תוכיח. מה לאחותו גדולה שלא נכנסה עמו לדיר להתעשר? אמו תוכיח.

De quoi [la] tirer ? Tire-la de [la] mère : qu'a [de propre la] mère ? — qu'elle a [précisément] été interdite avec lui pour l'abattage !

La sœur aînée le prouvera (ahoto gedola tokhiah). Qu'a [de propre la] sœur aînée ? — qu'elle n'entre pas avec lui au parc pour la dîme !

La mère le prouvera.

📜 Rachi (2)
תיתי מאמו דמה אמו שלא נאסרה עמו בהרבעה נאסרה עמו בבישול אחותו קטנה שנאסרה עמו בהרבעה אינו דין שנאסרה עמו בבישול:
Tire-la de [la] mère — car, [de même que] la mère, qui n'a pas été interdite avec lui pour l'accouplement, a [pourtant] été interdite avec lui pour la cuisson, la sœur cadette, qui a été interdite avec lui pour l'accouplement, n'est-il pas juste qu'elle ait été interdite avec lui pour la cuisson !
מה לאמו כו':
Qu'a [de propre la] mère etc.
💡 Explication

La mécanique du 'côté commun' (voir le schéma). De la mère : objection — elle est interdite à l'abattage avec lui (la cadette ne l'est pas) ; mais la sœur aînée le prouve (elle non plus n'est pas interdite à l'abattage, et reste pourtant interdite à la cuisson). De la sœur aînée : objection — elle n'entre pas au parc pour la dîme (la cadette y entre) ; mais la mère le prouve (elle y entre, et reste interdite à la cuisson).

17
וחזר הדין, לא ראי זה כראי זה, ולא ראי זה כראי זה, הצד השוה שבהן: שהוא בשר, ואסור לבשל בחלב, אף אני אביא אחותו קטנה, שהוא בשר, ואסור לבשל בחלב.

Et le raisonnement revient [à son point de départ] : le cas de l'un n'[est] pas comme le cas de l'autre, et le cas de l'autre n'[est] pas comme le cas de l'un ; le côté qui leur est commun (ha-tzad ha-chaveh che-bahen) : qu'il s'agit de viande, et [qu']il est interdit de [la] cuire dans du lait — moi aussi j'apporterai sa sœur cadette, qui est de la viande, et [qu']il est interdit de cuire dans du lait.

💡 Explication

Conclusion du 'côté commun' (tzad ha-chaveh) : ni la mère ni la sœur aînée n'a, à elle seule, toutes les sévérités ; mais leur point commun est qu'elles sont de la viande interdite à cuire dans du lait. La sœur cadette, étant elle aussi de la viande, entre donc dans le même interdit.

18
אי הכי, אחותו גדולה נמי תיתי מביניא.

Si [c'est] ainsi, la sœur aînée aussi, qu'elle [se] déduise d'entre eux !

📜 Rachi (3)
אי הכי אחותו גדולה נמי תיתי מביניא מאמו ומאחותו קטנה ומחצי הדין שהרי אין להשיב עליו והכי דנינן מה אמו שנכנסת עמו לדיר נאסרה עמו בבשול אחותו גדולה לא כל שכן וכי פרכת מה לאמו שכן נאסרה עמו בשחיטה תאמר באחותו גדולה אחותו קטנה תוכיח ותו ליכא למיפרך מה לאחותו קטנה שכן לא נכנסה כו' אלמא מפלגי דינא נפקא לן כך שמעתי וקשיא לי היכי נימא אחותו קטנה תוכיח הא אכתי לא קיימא לן אחותו קטנה לאיסורא. ואני שמעתי דהכי פריך מאי חזית דאחותו גדולה נפקא לן מקרא וקטנה מביניא תיפוק ליה אחותו קטנה מרבויא דקרא וגדולה מביניא וקשיא לי חדא דמסתברא קרא כי רבי לאחותו גדולה לאיסורא רבי שנאסרה עמו במעשר אבל קטנה לא ועוד מאי קא מותיב לקמיה בחלב אמו למאי אתא טובא איצטריך לאחותו קטנה. ורואה אני את דברי ר' יוסף טוב עלם ז"ל שראיתי תשובת כתב ידו דאחותו גדולה ואחותו קטנה אמינו ממש קאמר שהן מין גדי כמותו וגדולה זו היא זקנה שכבר נתעשרה וקטנה זו היא גדייה שלא נתעשרה עדיין והאי תנא היינו תנא גופיה דלעיל דאתיא ליה פרה ורחל מחד מקראי יתירי והשתא קא דריש לאידך וה"ק אחותו גדולה שנתעשרה כבר מנין וע"כ נקט גדולה משום דסופו יליף לה מרבויא וקטנה לא מיתרביא ליה מיניה משום דמסתברא כי רבי קרא לאיסורא גדולה רבי דנאסרה עמו במעשר דאילו מקרא יתירא קמא לא מצי לרבויי דאיכא למימר כי רבי לאיסורא לא רבי אלא פרה ורחל דאסורין עמו בהרבעה אבל אחותו לא ולהכי אשמעינן קרא אחרינא לאחותו גדולה וקטנה אתיא מביניא:
Si [c'est] ainsi, la sœur aînée aussi, qu'elle [se] déduise d'entre eux — de [la] mère, de [la] sœur cadette et du demi-raisonnement, car il n'y a rien à y objecter ; et nous raisonnons ainsi : si la mère, qui entre avec lui au parc, a été interdite avec lui pour la cuisson, la sœur aînée, à plus forte raison ! Et lorsque tu objectes 'qu'a [de propre] la mère ? — qu'elle a été interdite avec lui pour l'abattage ; diras-tu [de même] de la sœur aînée ?', [eh bien] la sœur cadette le prouvera ; et l'on ne peut plus objecter 'qu'a [de propre] la cadette ? — qu'elle n'est pas entrée [au parc] etc.' — il ressort donc que [c'est] d'un raisonnement scindé [par moitiés] que nous le déduisons. Ainsi l'ai-je entendu, et cela me fait difficulté : comment dirions-nous 'la sœur cadette le prouvera', alors que nous n'avons pas encore établi la sœur cadette pour l'interdit ? Et moi, j'ai entendu qu'il objecte ainsi : qu'as-tu vu [à décider] que la sœur aînée se déduise du verset et la cadette d'entre eux ? déduis [plutôt] la sœur cadette du surplus du verset et l'aînée d'entre eux ! Et cela me fait difficulté : d'abord, il est plus logique que, lorsque le verset a inclus la sœur aînée pour l'interdit, il ait inclus celle qui a été interdite avec lui quant à la dîme, mais non la cadette ; ensuite, qu'objecte-t-il plus loin 'en le lait de sa mère, pour quoi vient-il ?' — il est très nécessaire pour la sœur cadette ! Et je vois [comme] juste les paroles de Rabbi Yossef Tov Elem [Bonfils] de [bénie] mémoire, dont j'ai vu une réponse de sa main, [à savoir] que 'sa sœur aînée' et 'sa sœur cadette' [désignent] sa mère [-espèce] même [au sens] propre, qui [est] de l'espèce du chevreau comme lui ; et l'aînée, c'est l'âgée, déjà dîmée, et la cadette, c'est la chèvre qui n'a pas encore été dîmée ; et ce tana[-ci] est le tana lui-même [cité] plus haut, [pour] qui la vache et la brebis découlent d'un seul des versets surnuméraires, et qui expose maintenant l'autre [verset], et voici ce qu'il dit : 'la sœur aînée, déjà dîmée, d'où [le sait-on] ?' — et il a précisément pris l'aînée parce qu'à la fin il la déduit du surplus [du verset] et que la cadette ne s'en déduit pas pour lui, car il est logique que, lorsque le verset a inclus l'aînée pour l'interdit, il ait inclus [celle] qui a été interdite avec lui quant à la dîme ; tandis que du premier verset surnuméraire on ne pouvait l'inclure, car on pouvait dire que, lorsqu'il a inclus pour l'interdit, il n'a inclus que la vache et la brebis, interdites avec lui pour l'accouplement, mais non la sœur ; aussi le verset nous signifie-t-il un autre [verset] pour la sœur aînée, et la cadette [s']obtient d'entre eux.
אי הכי דקטנה אתיא לה מביניא:
Si [c'est] ainsi — [à savoir] que la cadette [se] déduit d'entre eux.
אחותו גדולה נמי לא תיבעי קרא ותיתי מביניא דאמו ופרה ודרוש הכי מה אמו שנכנסה עמו לדיר נאסרה עמו בבשול אחותו גדולה לא כ"ש מה לאמו שכן נאסרה עמו בשחיטה פרה תוכיח מה לפרה שכן נאסרה עמו בהרבעה ובמעשר אמו תוכיח שמותרת עמו בהרבעה ובמעשר וחזר הדין הצד השוה שבהן שהם חלב כו' ואתיא מביניא בין אחותו גדולה ובין קטנה:
La sœur aînée aussi — qu'elle ne requière pas de verset, et qu'elle [se] déduise d'entre eux, de [la] mère et de la vache, et l'on raisonne ainsi : si la mère, qui entre avec lui au parc, a été interdite avec lui pour la cuisson, la sœur aînée, à plus forte raison ! Qu'a [de propre] la mère ? — qu'elle a été interdite avec lui pour l'abattage ; la vache le prouvera. Qu'a [de propre] la vache ? — qu'elle a été interdite avec lui pour l'accouplement et pour la dîme ; la mère le prouvera, qui est permise avec lui pour l'accouplement et pour la dîme. Et le raisonnement revient : le côté qui leur est commun, qu'elles sont [de la] viande etc. ; et [la règle] [s']obtient d'entre eux, [pour] la sœur aînée comme pour la cadette.
💡 Explication

Difficulté : si la cadette se déduit ainsi 'd'entre eux' (par le côté commun), alors la sœur aînée elle aussi pourrait se déduire de la combinaison de la mère et de la vache (chacune ayant une sévérité propre que l'autre n'a pas, mais leur côté commun étant qu'elles sont de la viande interdite à la cuisson) — et le troisième verset serait alors inutile.

19
אין הכי נמי, אלא ״בחלב אמו״ למה לי? מבעי ליה לכדתניא: ״בחלב אמו״ – אין לי אלא בחלב אמו,

Oui, il en est bien ainsi ; mais alors, 'en le lait de sa mère', pourquoi me [le faut-il] ? Il [le] faut pour ce qui est enseigné : 'en le lait de sa mère' — je n'ai là que [le lait de] sa mère,

📜 Rachi (1)
אלא קרא שלישי למאי אתא קמא לגופיה תניינא לפרה ורחל ואידך למאי:
Mais alors — le troisième verset, pour quoi vient-il ? Le premier pour son sens propre, le deuxième pour la vache et la brebis, et l'autre, pour quoi ?
💡 Explication

La Guemara accepte : oui, la sœur aînée aussi se déduirait 'd'entre eux'. Mais alors à quoi sert le troisième 'en son lait maternel' ? Il est requis pour une autre dérivation, qu'une braita (poursuivie au daf suivant) va exposer à partir de ce même verset 'be-halev imo'.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).