Chullin 114b — la mère dans son lait : le kal vahomer réfuté, et l'interdit de consommation et de profit du basar be-halav

Chullin 114b

Sougya : La sougya cherche d'abord d'où l'on sait que la mère elle-même ne se cuit pas dans son propre lait. Un kal vahomer le propose (l'abattage interdit déjà fruit+mère bien qu'il permette fruit+fruit ; à plus forte raison la cuisson, qui interdit fruit+fruit, interdira fruit+mère), mais la Guemara objecte que le verset 'be-halev imo' reste nécessaire.

Trois contre-exemples sont avancés pour invalider le raisonnement — le cheval-mulet (Rav Ahadvoi), l'esclave et l'affranchie (Mar fils de Ravina), les mélanges de semences kilai zeraïm (Rav Idi bar Avin) — chacun écarté, car la cause n'y est pas le lien fruit+fruit (mais la semence du père, l'acte d'affranchissement, ou la terre-mère). Rav Achi tranche : fruit+fruit sont deux corps, fruit+mère un seul corps — donc le verset est requis.

Puis Rav Achi dérive de 'lo tochal kol toeva' que le basar be-halav est interdit à la consommation, et, par la règle de Rabbi Abbahu au nom de Rabbi Elazar, interdit aussi au profit, sauf précision du verset comme pour la charogne (nevela), permise au profit. Suit la mahloket Rabbi Meir / Rabbi Yehouda sur le don au ger et la vente au goy de la nevela, le rôle du 'o' (ou), puis un siman annonçant les sujets à venir.

Le kal vahomer de 'la mère elle-même dans son lait' et sa réfutation Abattage (chehita) fruit + fruit : PERMIS fruit + mère : INTERDIT (oto ve-et beno) Cuisson (bichoul) fruit + fruit : INTERDIT fruit + mère : à fortiori ? (la mère dans son lait) kal vahomer -> mais REFUTÉ Contre-exemples : on peut interdire fruit+fruit tout en permettant fruit+mère mulet (zera ha-av) ; esclave (guet chihrour) ; kilai zeraïm (via la terre-mère) chacun écarté : la cause n'est pas le lien fruit+fruit Rav Achi : fruit+fruit = DEUX corps ; fruit+mère = UN seul corps le kal vahomer ne tient pas -> il faut le verset 'be-halev imo'
Le kal vahomer (segments 0-7) : sa structure, ses trois réfutations écartées, et la conclusion de Rav Achi.
La charogne (nevela) : ger et goy, don et vente 'tu la donneras (titnena) au ger... ou vends (mekhor) au goy' (Deut 14:21) Rabbi Meir ger ET goy don OU vente (les deux) 'o' = ou bien : interchangeables Rabbi Yehouda ger : don seul goy : vente seule devarim ke-ketavan (au pied de la lettre) À quoi sert le 'o' (ou) pour chacun ? R. Meir : 'o' fixe la PRIORITÉ — donner au ger avant de vendre au goy R. Yehouda : la priorité vient du raisonnement (le ger, tu dois le faire vivre)
La charogne (segments 10-13) : Rabbi Meir contre Rabbi Yehouda sur le don au ger et la vente au goy, et le rôle du mot 'o' (ou).
1
היא עצמה בחלבה מנין? אמרת קל וחומר: ומה במקום שלא נאסר פרי עם פרי בשחיטה, נאסר פרי עם האם בשחיטה, מקום שנאסר פרי עם פרי בבשול – אינו דין שנאסר פרי עם האם בבשול? תלמוד לומר ״בחלב אמו״.

[La mère] elle-même dans son [propre] lait, d'où [le sait-on] ? Tu dis [par] un kal vahomer (à fortiori) : de même que, là où le fruit avec le fruit n'a pas été interdit pour l'abattage [il est permis d'abattre deux petits d'une même mère en un seul jour], le fruit avec la mère a [pourtant] été interdit pour l'abattage, [alors] la où le fruit avec le fruit a été interdit pour la cuisson [le chevreau avec le lait], n'est-il pas juste que le fruit avec la mère soit interdit pour la cuisson ?

[C'est pourquoi] le verset enseigne : 'dans le lait de sa mère' (be-halev imo).

📜 Rachi (3)
היא עצמה בחלבה שיצא ממנה בעודה חיה מנין כו'. ואף מדרשה זו נראין הדברים דלאחותו ממש מצריך תלמודא או מקרא או מביניא דהא אפילו להיא עצמה מצרכינן תלמודא אלמא לא נפקא לן מקרא דלגופיה כל מין גדי אלא אמו דווקא אבל היא עצמה לא וה"ה אחותו גדולה וקטנה:
[La mère] elle-même dans son [propre] lait — [c'est-à-dire le lait] qui est sorti d'elle alors qu'elle était encore vivante, d'où [le sait-on] etc. Et de cette exégèse aussi, les choses paraissent [montrer] que, pour [interdire] sa sœur à proprement parler, le Talmud requiert soit un verset soit un raisonnement (binyana) : car même pour [la mère] elle-même nous requérons l'enseignement [d'un verset], ce qui [montre] que nous ne déduisons pas du verset, [pris] pour lui-même, toute espèce de chevreau, mais [seulement] sa mère précisément ; mais [la mère] elle-même, non ; et il en va de même pour sa sœur, grande ou petite.
פרי עם פרי בשחיטה ששוחטין שני בני פרה אחת ביום אחד:
Le fruit avec le fruit pour l'abattage — [c'est permis] car on abat deux petits d'une seule vache en un seul jour.
פרי עם פרי בבישול גדי עם החלב:
Le fruit avec le fruit pour la cuisson — [c'est interdit, comme] le chevreau avec le lait.
💡 Explication

Recherche de la source interdisant de cuire la viande de la mère dans son propre lait. Un kal vahomer est proposé : pour l'abattage, on permet 'fruit + fruit' (abattre deux petits le même jour) mais on interdit 'fruit + mère' (oto ve-et beno) ; pour la cuisson, où même 'fruit + fruit' est interdit (chevreau dans le lait), 'fruit + mère' devrait l'être à plus forte raison. La Guemara répond malgré tout : le verset 'be-halev imo' est requis.

🖼️ Schéma
Le kal vahomer de 'la mère elle-même dans son lait' et sa réfutation Abattage (chehita) fruit + fruit : PERMIS fruit + mère : INTERDIT (oto ve-et beno) Cuisson (bichoul) fruit + fruit : INTERDIT fruit + mère : à fortiori ? (la mère dans son lait) kal vahomer -> mais REFUTÉ Contre-exemples : on peut interdire fruit+fruit tout en permettant fruit+mère mulet (zera ha-av) ; esclave (guet chihrour) ; kilai zeraïm (via la terre-mère) chacun écarté : la cause n'est pas le lien fruit+fruit Rav Achi : fruit+fruit = DEUX corps ; fruit+mère = UN seul corps le kal vahomer ne tient pas -> il faut le verset 'be-halev imo'
Le kal vahomer de la mère dans son lait, avec ses réfutations écartées et la conclusion de Rav Achi.
2
הא למה לי קרא, הא אתיא לה? אמר רב אחדבוי בר אמי: משום דאיכא למימר, סוס בן סוסיא אחי פרדה יוכיח, שאסור פרי עם פרי, ומותר פרי עם האם.

[Mais] pourquoi me faut-il un verset, puisque [la chose] découle déjà [du kal vahomer] ? Rav Ahadvoi bar Ami a dit : parce qu'il y a [lieu] de dire : le cheval, fils d'une jument, frère d'une mule, [le] prouvera (yokhiah) — car le fruit avec le fruit est interdit, et le fruit avec la mère est permis.

📜 Rachi (2)
אמר רב אחדבוי כו' הכא לא אמרי מעיקרא דדינא פירכא כדלעיל משום דמקשי על סוף הדין:
Rav Ahadvoi a dit etc. — ici l'on ne dit pas, comme plus haut, que la réfutation [vise] l'origine du raisonnement (de-dina pirkha), parce qu'on objecte sur la fin du raisonnement.
אחי פרדה שילדתה הסוסיא מן החמור והיה לה בן אחר מן הסוס הרי בן מותר עם אמו ואסור עם אחותו:
Frère d'une mule — [la mule] que la jument a enfantée de l'âne, et [la jument] a eu un autre fils du cheval : voici que le fils [cheval] est permis avec sa mère et interdit avec sa sœur [la mule].
💡 Explication

Objection : si le kal vahomer suffit, pourquoi un verset ? Rav Ahadvoi : parce qu'on peut réfuter le raisonnement par un contre-exemple — le cheval né d'une jument et frère d'une mule (la jument ayant aussi enfanté une mule d'un âne). Ici 'fruit + fruit' est interdit (on n'accouple pas le cheval avec sa sœur la mule, espèce différente), tandis que 'fruit + mère' est permis (le cheval peut s'accoupler avec sa mère la jument). Donc 'fruit+fruit interdit' n'entraîne pas 'fruit+mère interdit'.

3
התם, זרע האב הוא דקא גרים.

Là-bas, c'est la semence du père qui [en] est la cause.

📜 Rachi (1)
התם זרע אב קא גרים ואיסורא לאו משום פרי עם פרי הוא אלא משום פרי עם שאינו פרי כלומר משום צד אביהן שהוא חלוק אבל גדי בחלב אמו שניהם על שם אמן קראן הכתוב ואפ"ה אסרינהו. ותדע דטעמא משום חלוק האב הוא דהא זימנין דהוי איסור איפכא דפרי עם האם אסור ופרי עם פרי מותר:
Là-bas, c'est la semence du père qui en est la cause — et l'interdit n'est pas à cause de [la relation] fruit avec fruit, mais à cause de [la relation] fruit avec ce qui n'est pas un fruit, c'est-à-dire à cause du côté de leur père qui est distinct ; mais [pour] le chevreau dans le lait de sa mère, tous deux, l'Écriture les a nommés au nom de leur mère, et malgré cela elle [les] a interdits. Et sache que la raison [tient] à la distinction du père : car parfois c'est l'interdit inverse — le fruit avec la mère est interdit et le fruit avec le fruit est permis.
💡 Explication

Réfutation écartée : dans le cas du cheval-mulet, l'interdit n'est pas du au lien 'fruit + fruit', mais à la semence du père (zera ha-av) — c'est le côté paternel différent (cheval contre âne) qui interdit l'accouplement, non leur statut de fruits d'une même mère. Le contre-exemple ne porte donc pas.

4
דהא פרד בן סוסיא אחי פרדה יוכיח, שמותר פרי עם פרי, ואסור פרי עם האם.

Car le mulet, fils d'une jument, frère d'une mule, [le] prouve : le fruit avec le fruit est permis, et le fruit avec la mère est interdit.

📜 Rachi (1)
דהא פרד בן סוסיא שילדתו מן החמור והוא אחי פרדה שהיתה לה לסוסיא זו עוד בת אחת מן החמור:
Car le mulet, fils d'une jument — [la jument] l'a enfanté de l'âne, et il est frère d'une mule, [la jument] ayant eu encore une fille de l'âne.
💡 Explication

Preuve que la cause est bien la semence du père et non le lien fruit+fruit : prends le mulet (mâle) né d'un âne et d'une jument, frère d'une mule (sa sœur, née aussi d'un âne). Ici 'fruit + fruit' est permis (mulet et mule, même espèce, s'accouplent) mais 'fruit + mère' est interdit (le mulet ne s'accouple pas avec la jument, espèce différente). Le statut dépend donc de la paternité, pas du lien fraternel.

5
אלא אמר מר בריה דרבינא: משום דאיכא למימר, עבד בן שפחה אחי משוחררת יוכיח, שאסור פרי עם פרי, ומותר פרי עם האם!

Plutôt, Mar fils de Ravina a dit : [le verset est nécessaire] parce qu'il y a [lieu] de dire : l'esclave, fils d'une servante, frère d'une affranchie, [le] prouvera — car le fruit avec le fruit est interdit, et le fruit avec la mère est permis !

📜 Rachi (1)
עבד בן שפחה מותר במין אמו ואסור בבת חורין:
L'esclave, fils d'une servante — [il est] permis avec [une femme] de l'espèce de sa mère [une servante] et interdit avec une [femme] libre.
💡 Explication

Nouvelle réfutation, par Mar fils de Ravina : l'esclave (cananéen) né d'une servante, et frère d'une affranchie. Ici 'fruit + fruit' est interdit (l'esclave ne peut s'unir à sa sœur affranchie, devenue pleinement juive), tandis que 'fruit + mère' est permis (il peut s'unir à sa mère restée servante, de même statut servile). Donc, de nouveau, 'fruit+fruit interdit' n'entraîne pas 'fruit+mère interdit'.

6
התם גט שיחרור הוא דקא גרים, דהא עבד בן משוחררת אחי שפחה יוכיח, שמותר פרי עם פרי, ואסור פרי עם האם.

Là-bas, c'est l'acte d'affranchissement (guet chihrour) qui [en] est la cause, car l'esclave fils d'une affranchie, frère d'une servante, [le] prouve : le fruit avec le fruit est permis, et le fruit avec la mère est interdit.

📜 Rachi (1)
ופרכינן התם גט שחרור קא גרים ולאו משום פרי עם פרי הוא דהא זימנין דהוי איפכא ומיתסר:
Et nous objectons : là-bas, c'est l'acte d'affranchissement qui en est la cause — et non à cause de [la relation] fruit avec fruit, car parfois c'est l'inverse, et [le fruit avec la mère] est interdit.
💡 Explication

Réfutation écartée : dans le cas de l'esclave, l'interdit vient de l'acte d'affranchissement (guet chihrour, qui a fait de la sœur une juive à part entière), non du lien fruit+fruit. Preuve : l'esclave ne d'une affranchie, frère d'une servante — ici 'fruit + fruit' est permis (il s'unit à sa sœur servante) mais 'fruit + mère' est interdit (il ne s'unit pas à sa mère affranchie, désormais juive). C'est donc l'affranchissement qui décide, non le lien fraternel.

7
אלא אמר רב אידי בר אבין: משום דאיכא למימר, כלאי זרעים יוכיחו, שאסור פרי עם פרי, ומותר פרי עם האם. כלום נאסר פרי עם פרי אלא על ידי האם? דהא חיטי ושערי בכדא ולא מיתסרו.

Plutôt, Rav Idi bar Avin a dit : [le verset est nécessaire] parce qu'il y a [lieu] de dire : les mélanges de semences (kilai zeraïm) [le] prouveront — car le fruit avec le fruit est interdit, et le fruit avec la mère est permis. [Mais] le fruit avec le fruit a-t-il [jamais] été interdit autrement que par l'intermédiaire de la mère ?

Car voici : du blé et de l'orge dans une jarre (kada), [ensemble], ne sont pas interdits.

📜 Rachi (4)
כלאי זרעים חטין עם עדשין שאסור לזרוע זה עם זה:
Les mélanges de semences — du blé avec des lentilles, qu'il est interdit de semer l'un avec l'autre.
ומותר לזרוע כל אחד עם אמו עם הקרקע:
Et permis — de semer chacun avec sa mère, [c'est-à-dire] avec la terre.
ופרכינן התם פרי עם פרי מי מיתסר כלום נאסר פרי עם פרי אלא בזריעה דהיינו ע"י האם:
Et nous objectons : là-bas, le fruit avec le fruit est-il [jamais] interdit ? — le fruit avec le fruit a-t-il [jamais] été interdit autrement que par le semis, c'est-à-dire par l'intermédiaire de la mère ?
הא חטי ושערי בכדא שהניח בכד להצניע שם:
Voici du blé et de l'orge dans une jarre — qu'il a placés dans une jarre pour les y conserver [ils ne sont pas interdits].
💡 Explication

Dernière réfutation, par Rav Idi bar Avin : les kilai zeraïm (semences mélangées) — 'fruit + fruit' est interdit (semer deux espèces ensemble), mais 'fruit + mère' est permis (semer chaque espèce dans la terre, sa 'mère'). La Guemara écarte : l'interdit de 'fruit + fruit' n'opère que par l'intermédiaire de la terre-mère (lors du semis) ; blé et orge dans une jarre, sans semis, ne sont nullement interdits. Le contre-exemple ne tient donc pas.

8
אלא אמר רב אשי: משום דאיכא למימר, מה לפרי עם פרי, שכן שני גופים, תאמר בפרי עם האם, שכן גוף אחד, משום הכי איצטריך קרא.

Plutôt, Rav Achi a dit : [le verset est nécessaire] parce qu'il y a [lieu] de dire : qu'a [de particulier] le fruit avec le fruit [pour qu'on l'interdise] ? c'est qu'ils sont deux corps [distincts] ; diras-tu [de même] pour le fruit avec la mère, qui [forment] un seul corps ? C'est pour cela que le verset était nécessaire.

💡 Explication

Résolution de Rav Achi (voir le schéma) : le kal vahomer échoue par une distinction de fond. Si 'fruit + fruit' (le chevreau et le lait, ou deux petits) est interdit, c'est qu'il s'agit de deux corps distincts ; on ne peut donc rien en déduire pour 'fruit + mère' (la viande de la mère et son propre lait), qui étaient un seul et même corps. Le kal vahomer ne tient pas, et le verset 'be-halev imo' demeure nécessaire.

9
אמר רב אשי: מנין לבשר בחלב שאסור באכילה? שנאמר ״לא תאכל כל תועבה״ – כל שתעבתי לך הרי הוא בבל תאכל.

Rav Achi a dit : d'où [sait-on] que la viande dans le lait (basar be-halav) est interdite à la consommation ? De ce qu'il est dit : 'tu ne mangeras aucune chose abominable' (lo tochal kol toeva) — tout ce que j'ai rendu abominable pour toi, voici qu'il est sous [l'interdit de] 'tu ne mangeras pas'.

📜 Rachi (2)
כל שתיעבתי לך כל שאסרתי לך לתעבו ולהתרחק ממנו:
Tout ce que j'ai rendu abominable pour toi — tout ce que je t'ai interdit de tenir pour abominable et de t'[en] éloigner.
הרי הוא בבל תאכל עולמית בכל ענינין שהוא בין שבא בעבירה ובין שלא בא בעבירה כגון ע"י קטן או ע"י עובד כוכבים מאחר שתיעבתי לך אסור והאי הרי תיעבתיו לך להתרחק מבשולו שלא לבשלם יחד:
Voici qu'il est sous [l'interdit de] 'tu ne mangeras pas' — [et cela] pour toujours, en toute manière, qu'il soit venu [à l'existence] par une transgression ou qu'il ne soit pas venu par une transgression, par exemple par [l'action d']un mineur (katan) ou par [celle d']un non-Juif : dès lors que je l'ai rendu abominable pour toi, [il est] interdit. Et ceci [le basar be-halav], voici que je te l'ai rendu abominable, [au point] de t'[en] éloigner [au point] de sa cuisson, [à savoir] de ne pas les cuire ensemble.
🗂️ Tossefot (1)
(לעיל) כל שתיעבתי לך הרי הוא בבל תאכל וא"ת היאך אנו אוכלין אילים אפילו סירסן עובד כוכבים מ"ש מבשר בחלב וי"ל מדאסר רחמנא מעוך וכתות לגבוה מכלל דלהדיוט שרי וא"ת צורם אוזן בכור ליתסר אפילו צרמו עובד כוכבים וי"ל דשרי רחמנא קדשים שהוממו כצבי ואיל א"כ אינו דבר מתועב:
(Plus haut) 'Tout ce que j'ai rendu abominable pour toi, voici qu'il est sous [l'interdit de] tu ne mangeras pas' — et si tu objectes : comment mangeons-nous des béliers, même [si] un non-Juif les a castrés ? en quoi diffère[-t-il] du basar be-halav ? Et l'on peut dire : du fait que le Miséricordieux a interdit [d'offrir] 'l'écrasé et le brisé' (Lévitique 22) au [service] d'En-Haut [à l'autel], on infère que pour un particulier [c'est] permis. Et si tu objectes : que celui qui entaille l'oreille d'un premier-né soit interdit, même [si] un non-Juif l'a entaillée ! Et l'on peut dire : le Miséricordieux a permis [d'utiliser] les [animaux] consacrés devenus défectueux comme [le] cerf et [le] biche [profanes] ; s'il en est ainsi, ce n'est pas une chose abominable.
💡 Explication

Le verset n'interdit explicitement que de cuire le chevreau dans le lait de sa mère. D'où vient l'interdit de le consommer ? Rav Achi : du verset 'lo tochal kol toeva' (tu ne mangeras aucune chose abominable, Deut 14:3) — tout ce que la Torah a rendu abominable tombe sous l'interdit de consommation. Or cuire viande et lait ensemble a été rendu abominable ; donc leur produit est interdit à manger.

10
ואין לי אלא באכילה, בהנאה מנין? כדרבי אבהו, דאמר רבי אבהו אמר רבי אלעזר: כל מקום שנאמר ״לא יאכל״, ״לא תאכל״, ״לא תאכלו״ – אחד איסור אכילה ואחד איסור הנאה במשמע, עד שיפרוט לך הכתוב, כדרך שפרט לך בנבלה לגר בנתינה ולגוי במכירה.

Et je n'ai [tiré de là] que [l'interdit] à la consommation ; au profit (hanaa), d'où [le sait-on] ? Selon [l'enseignement de] Rabbi Abbahu, car Rabbi Abbahu a dit au nom de Rabbi Elazar : partout où il est dit 'il ne sera pas mangé' (lo yeakhel), 'tu ne mangeras pas' (lo tochal), 'vous ne mangerez pas' (lo tochlou) — l'interdit de consommation aussi bien que l'interdit de profit sont impliqués, jusqu'à ce que le verset [te] précise [expressément le contraire], à la manière dont il [t'a] précisé pour la charogne (nevela) : au ger (résidant étranger) par don, et au goy par vente.

📜 Rachi (1)
עד שיפרוט לך הכתוב שהוא מותר בהנאה כדרך שפרט לך בנבלה שאע"פ שלא כתב לך אלא לא תאכל הוצרך לפרש בה היתר הנאה הא כל מקום שלא פירש לך בה היתר הנאה הוי במשמע איסור הנאה מלא תאכל: מדכתיב מכירה ונתינה באמצע שמע מינה אחד מכירה ואחד נתינה קיימי בין אגר ובין אעובד כוכבים דאי דוקא כתיב הוה ליה למכתב הכי תתננה לגר ותמכרנה לעובד כוכבים:
Jusqu'à ce que le verset te précise qu'il est permis au profit, à la manière dont il t'a précisé pour la charogne — car, bien qu'il n'ait écrit que 'tu ne mangeras pas', il a fallu [qu'il] précise pour elle la permission de profit ; or [il ressort que], partout où il ne t'a pas précisé de permission de profit, l'interdit de profit est implique par 'tu ne mangeras pas'. De ce qu'il a écrit la vente et le don au milieu [du verset], infère[-s-en] que tant la vente que le don valent aussi bien pour le ger que pour le goy ; car si [c'était] au sens strict que c'était écrit, il aurait dû écrire ainsi : tu la donneras (titnena) au ger et tu la vendras (timkerena) au goy.
🗂️ Tossefot (2)
עד שיפרוט לך הכתוב כדרך שפרט לך בנבלה בפרק כל שעה (פסחים דף כא:) אמרינן דלא מתוקמא דרבי אבהו אלא כר"מ דלרבי יהודה איצטריך לדברים ככתבן ולר' יהודה נפקא לן מלכלב תשליכון אותו אותו אתה משליך לכלב ואי אתה משליך לכלב כל איסורין שבתורה וא"ת לר"מ נמי היכי יליף מיניה דלא תאכלו משמע איסור הנאה מדפרט היתר הא איצטריך קרא להקדים נתינת גר למכירת עובד כוכבים וי"ל דמסברא בלא שום קרא הוה ידעינן להקדים אלא השתא דכתיב נתינה ומכירה ללמד בעלמא איסור הנאה אי לאו דכתיב או להקדים ה"א דאתא קרא להשוותם וא"ת ולא ליכתוב אלא חד מינייהו או מכירה דעובד כוכבים או נתינה דגר ולא יצטרך או להקדים כיון דידעי ליה מסברא וי"ל דה"א דאתי קרא למעוטי נתינה דעובד כוכבים וא"ת ויכתוב נתינה דעובד כוכבים וי"ל דה"א דאתי למעוטי נתינה דגר דלא ליספו ליה אע"פ דלא קבל עליו אלא לאכול נבלות כדי שימהר להתגייר ודוקא נבלה בא"י שאין עובדי כוכבים מצויין שם ואם בא למוכרה לעובד כוכבים צריך ליתנה בדמים מועטין נתינת גר קודמת אבל פשיטא שאם יש חפץ לאדם למכור קודם ימכרנו לעובד כוכבים ממה שיתננו אפילו לישראל חברו:
Jusqu'à ce que le verset te précise, à la manière dont il t'a précisé pour la charogne — au chapitre Kol Chaa (Pessahim 21b) nous disons que [l'enseignement] de Rabbi Abbahu ne s'établit que selon Rabbi Meir ; car pour Rabbi Yehouda, [le verset] est requis [pour signifier] les choses au pied de la lettre (devarim ke-ketavan) ; et pour Rabbi Yehouda nous [le] dérivons de 'au chien vous le jetterez' (la-kelev tachlikhoun oto) : 'lui (oto)' tu jettes au chien, mais tu ne jettes pas au chien tous les [autres] interdits de la Torah. Et si tu objectes : pour Rabbi Meir aussi, comment en déduit-il que 'vous ne mangerez pas' implique l'interdit de profit, du fait qu'il a précisé une permission [pour la nevela] ? voici [que] le verset était nécessaire [pour] faire précéder le don au ger à la vente au goy ! Et l'on peut dire : par le raisonnement, sans aucun verset, nous aurions su [qu'il faut] faire précéder [le ger] ; mais maintenant que [l'Écriture] a écrit don et vente pour enseigner, dans le cas général, l'interdit de profit — si elle n'avait pas écrit 'ou (o)' [pour signifier] de faire précéder [le ger], j'aurais dit que le verset venait les égaliser. Et si tu objectes : qu'elle n'écrive que l'un des deux, soit la vente au goy soit le don au ger, et il ne faudra pas de 'ou' pour faire précéder, puisqu'on le sait par le raisonnement ! Et l'on peut dire : [sans cela] j'aurais dit que le verset vient exclure le don au goy. Et si tu objectes : qu'elle écrive [alors] le don au goy ! Et l'on peut dire : j'aurais dit qu'elle vient exclure le don au ger, [à savoir] qu'on ne lui en donne pas, bien qu'il n'ait accepté [sur lui] que de manger des charognes afin de se hâter de se convertir. Et c'est précisément [pour] la charogne en Terre d'Israël, où les non-Juifs ne sont pas fréquents, et [où,] s'il vient à la vendre à un non-Juif, il doit la donner à vil prix [donc] le don au ger précède ; mais il est évident que, si un homme désire vendre, il la vendra plutôt au non-Juif que de la donner même à son prochain juif.
כדרך שפרט לך בנבלה לא גרס לגר בנתינה ולעובד כוכבים במכירה כדפירש בקונט' בפסחים (שם) דא"כ הוה משמע דאיירי אליבא דר' יהודה דאמר דברים ככתבן ודר' אבהו לא מתוקמא אלא כר"מ כדפרישית ואי גרס ליה יש לפרש דלישנא דקרא בעלמא נקט ולא משום דלהוו דברים ככתבן אי נמי נקט הכי משום דנתינת הגר קודמת:
À la manière dont il t'a précisé pour la charogne — on ne lit pas 'au ger par don et au goy par vente', comme [Rachi] l'a expliqué dans son commentaire à Pessahim (là-bas) ; car, s'il en était ainsi, cela impliquerait que [le passage] traite selon Rabbi Yehouda, qui dit [que ce sont] les choses au pied de la lettre, alors que [l'enseignement] de Rabbi Abbahu ne s'établit que selon Rabbi Meir, comme je [l']ai expliqué. Et si l'on [le] lit [ainsi], on peut expliquer qu'[il] reprend simplement le langage du verset, et non parce que [ce seraient] les choses au pied de la lettre ; ou bien encore il a parlé ainsi parce que le don au ger précède [la vente au goy].
💡 Explication

L'interdit de manger une fois acquis, d'où vient l'interdit de profit (hanaa) ? De la règle de Rabbi Abbahu au nom de Rabbi Elazar : toute formule 'lo yeakhel / lo tochal / lo tochlou' implique à la fois l'interdit de consommation et l'interdit de profit — sauf si le verset précise une permission de profit, comme pour la nevela (charogne), qu'on peut donner au ger ou vendre au goy.

11
דתניא: ״לא תאכלו כל נבלה לגר אשר בשעריך תתננה ואכלה או מכור לנכרי״ – אין לי אלא לגר בנתינה, ולגוי במכירה; לגר במכירה מנין? תלמוד לומר: ״לגר תתננה או מכור״.

Car il est enseigné : 'tu ne mangeras aucune charogne ; au ger qui est dans tes portes tu la donneras et il [la] mangera, ou vends [-la] au goy' (Deut 14:21) — je n'ai [tiré de] là que [la permission] au ger par don et au goy par vente ; au ger par vente, d'où [le sait-on] ? Le verset enseigne : 'au ger tu la donneras ou vends'.

💡 Explication

La braita expose le verset de la nevela. À première lecture : au ger par don, au goy par vente. D'où tirer qu'on peut aussi vendre au ger ? Du fait que le verset enchaîne 'au ger tu la donneras ou vends' — le 'ou vends' s'applique aussi au ger.

12
לגוי בנתינה מנין? תלמוד לומר: ״תתננה… או מכור לנכרי״. נמצא אחד גר ואחד גוי, בין במכירה בין בנתינה, דברי רבי מאיר. רבי יהודה אומר: דברים ככתבן, לגר בנתינה ולגוי במכירה.

Au goy par don, d'où [le sait-on] ? Le verset enseigne : 'tu la donneras... ou vends [-la] au goy'.

Il se trouve [donc] que tant le ger que le goy, [c'est] aussi bien par vente que par don : [telles sont] les paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : les choses [sont] au pied de la lettre — au ger par don et au goy par vente.

🗂️ Tossefot (1)
רבי יהודה אומר דברים ככתבן ואסור ליתן לכנעני עובד כוכבים מתנת חנם ועל זה מביאה בפ"ק דמסכת ע"ז (דף כ.) וא"ת והתנן (לעיל חולין דף צג:) שולח אדם לעובד כוכבים ירך שגיד הנשה בתוכה ושולח משמע בחנם ובפרק כל שעה (פסחים דף כב.) משמע דאתיא אפילו כר' יהודה ויש לומר דתניא בתוספתא אם היה שכנו מותר מפני שהוא כמוכרו לו:
Rabbi Yehouda dit : les choses [sont] au pied de la lettre — et il est interdit de donner au cananéen non-Juif un don gratuit ; et à ce propos [la Guemara] l'apporte au premier chapitre du traité Avoda Zara (20a). Et si tu objectes : or nous avons appris (plus haut, Houlin 93b) 'un homme envoie à un non-Juif un gigot où se trouve le nerf sciatique (guid ha-nache)', et 'envoie' signifie [bien] à titre gratuit ; et au chapitre Kol Chaa (Pessahim 22a) il ressort que [cette michna] s'accorde même avec Rabbi Yehouda ! Et l'on peut dire : il est enseigné dans la Tossefta [que] si [le non-Juif] était son voisin, [c'est] permis, parce que c'est comme [s']il le lui vendait.
💡 Explication

De même, on tire qu'on peut donner au goy du fait que le verset enchaîne 'tu la donneras... ou vends au goy'. Rabbi Meir conclut : ger et goy, indifféremment par don ou vente (voir le schéma). Rabbi Yehouda objecte : les mots sont au pied de la lettre (devarim ke-ketavan) — au ger uniquement par don, au goy uniquement par vente.

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מאי טעמא דרבי יהודה? אי סלקא דעתך כדקאמר רבי מאיר, לכתוב רחמנא ״לא תאכלו כל נבלה לגר אשר בשעריך תתננה ואכלה ומכור״ – ״או״ למה לי? שמע מינה לדברים ככתבן הוא דאתא: לגר בנתינה, ולגוי במכירה.

Quel est le raisonnement de Rabbi Yehouda ? Si tu prétends [lire] comme dit Rabbi Meir, que le Miséricordieux écrive : 'tu ne mangeras aucune charogne ; au ger qui est dans tes portes tu la donneras et il [la] mangera et vends' [sans 'ou'] — le 'ou (o)', à quoi me sert-il ?

Apprends-en que [le verset] est venu [enseigner] les choses au pied de la lettre : au ger par don et au goy par vente.

🗂️ Tossefot (1)
או למה לי ש"מ לדברים ככתבן משמע דאי לאו או הוה אמינא תתננה ומכור אגר דלעיל ואעובד כוכבים והכי נמי אמרינן בריש איזהו נשך (ב"מ דף סא.) ובמרבית קאי אכסף ואאוכל דבתריה ותימה דבפרק קמא דקדושין (דף לב:) איכא פלוגתא דתנאי גבי קימה והדור דשיבה וזקן דאיכא למ"ד דלא קיימי אתרוייהו משום דכתיב מפני שיבה תקום והדרת פני זקן ויש לומר משום דאין לשון מפני נופל על והדרת ולא לשון פני נופל על תקום ואם תאמר דבפרק הוציאו לו (יומא נב.) קאמר איסי בן יהודה חמש פסוקים אין להם הכרע שאת מחר ארור משוקדים וקם ואמאי לא קאי אלעיל ולתחת ועוד דאיסי גופיה סבר בקדושין דקימה והדור קיימי אתרוייהו ויש לומר דהכא ובאיזהו נשך (ב"מ סא.) ופרק קמא דקדושין (דף לב:) דאיכא תרי מילי קאי חד ודאי אלעיל וחד ודאי אלתחת אית לן למימר דתרוייהו קיימי אהכא והכא אבל התם אית לן למימר דקאי אחד דוכתא או אלעיל או אלתחת ובזבחים בפ"ב (דף כד.) דפליגי תנאי גבי ולקח הכהן מדם החטאת באצבעו ונתן דאיכא דמוקי אצבע אשלפניו אולקח ולא אנתינה של אחריו ואיכא דמוקי לה אנתינה של אחריו ולא אלקיחה דלפניו ואיכא דמוקי לה אתרוייהו היינו טעמא דפשטיה דקרא משמע טפי אלקיחה דלקמיה ואשכחן בדוכתא אחרינא ולקחת מדם הפר ונתת על קרנות המזבח באצבעך דהוי אצבע אנתינה והשתא פליגי דחד מוקי אלקיחה כמשמעותיה דקרא וחד מוקי לה אנתינה דיליף סתום מן המפורש ולא בעי נמי לאוקומי אלקיחה דלא שייך לקיחה אאצבע אלא בדעבד אוזן לשפת המזרק והך דמוקי אתרוייהו אלקיחה משום משמעותא ואנתינה דיליף נמי מן המפורש וצריך עיון כל היכא דאמר מקרא נדרש לפניו ולאחריו אם נוכל ליישב שלא יקשה למה ידרשנו לפניו ולאחריו יותר מאותם שאין להם הכרע:
Le 'ou', à quoi me sert-il ? Apprends-en que [le verset enseigne] les choses au pied de la lettre — cela implique que, sans le 'ou', j'aurais dit [que] 'tu la donneras' et 'vends' [se rapportent] au ger mentionné plus haut et au goy [à la fois] ; et ainsi disons-nous au début de [Eizehou Nechekh] (Baba Metsia 61a) : et 'be-marbit' (l'intérêt) se rapporte à l'argent et à la nourriture qui [le] suivent. Et [c'est] étonnant, car au premier chapitre de Kiddouchin (32b) il y a une divergence de Tanaim à propos de 'se lever' et de 'l'honneur' [du] 'devant un cheveu blanc tu te lèveras et tu honoreras la face d'un vieillard' (Lévitique 19:32), [savoir] s'ils se rapportent aux deux [le cheveu blanc et le vieillard] : il y a un avis [pour] qu'ils ne se rapportent pas aux deux, parce qu'il est écrit 'devant un cheveu blanc tu te lèveras et tu honoreras la face d'un vieillard' ; et l'on peut dire [que c'est] parce que le terme 'mipenei' (devant) ne convient pas à 'tu honoreras', ni le terme 'penei' (face) à 'tu te lèveras'. Et si tu objectes : car au chapitre Hotsiou Lo (Yoma 52a) Issi ben Yehouda dit [qu']il y a cinq versets dont [le sens] n'est pas tranché (ein lahem hekhrea) — 'seet', 'mahar', 'aroure', 'mechoukadim', 've-kam' ; et pourquoi ne [dit-on] pas qu'il se rapporte au [mot] qui le précède et à celui qui le suit ? Et de plus, Issi lui-même tient, dans Kiddouchin, que 'se lever' et 'honneur' se rapportent aux deux ! Et l'on peut dire : ici, dans [Eizehou Nechekh] (Baba Metsia 61a) et au premier chapitre de Kiddouchin (32b), où il y a deux choses [l'une avant, l'autre après], l'une se rapporte assurément à ce qui [la] précède et l'autre assurément à ce qui [la] suit, [et] nous devons dire que toutes deux se rapportent à ceci et à cela ; mais là-bas [à Yoma], nous devons dire qu'[un mot] se rapporte à un [seul] endroit, soit à ce qui [le] précède soit à ce qui [le] suit. Et à Zevahim, au chapitre 2 (24a), où des Tanaim divergent à propos de 'le prêtre prendra du sang du hatat de son doigt et donnera' (Lévitique 4) — qu'il y en a [un] qui rapporte 'le doigt' à ce qui [le] précède ('et il prendra') et non à la 'donation' qui [le] suit, et [un autre] qui le rapporte à la donation qui suit et non à la prise qui précède, et [un autre] qui le rapporte aux deux : la raison [en] est que le sens premier du verset indique davantage [la prise] qui précède, et [que] nous trouvons en un autre endroit 'tu prendras du sang du taureau et tu [en] donneras sur les cornes de l'autel de ton doigt', où le 'doigt' [se rapporte] à la donation ; et maintenant ils divergent : l'un rapporte [le doigt] à la prise selon le sens du verset, et l'autre le rapporte à la donation, déduisant l'[énoncé] obscur du [verset] explicite ; et il n'a pas non plus besoin de le rapporter à la prise, car [le terme de] prise ne s'applique au 'doigt' que dans le cas où l'on aurait fait une [sorte d']oreille au bord du bassin [pour y plonger le doigt] ; et celui qui le rapporte aux deux, [le rapporte] à la prise selon le sens [du verset] et à la donation qu'il déduit aussi du [verset] explicite. Et cela demande examen : partout où l'on dit qu'un verset se laisse interpréter [à la fois] sur ce qui [le] précède et sur ce qui [le] suit, [voir] si nous pouvons l'expliquer de sorte qu'il ne soit pas difficile [de comprendre] pourquoi on l'interprète sur ce qui [le] précède et sur ce qui [le] suit, plus que ces [versets] dont [le sens] n'est pas tranché.
💡 Explication

Argument de Rabbi Yehouda : si l'intention était, comme dit Rabbi Meir, de tout rendre interchangeable, l'Écriture aurait pu écrire 'tu la donneras... et vends' (sans 'ou'). Le mot 'o' (ou) serait alors superflu. Sa présence enseigne donc que les choses sont au pied de la lettre : ger par don, goy par vente seulement.

14
ורבי מאיר אמר לך: האי ״או״ להקדים נתינה דגר למכירה דגוי. ורבי יהודה, להקדים נתינה דגר למכירה דגוי לא צריך קרא, סברא הוא: זה אתה מצווה להחיותו, וזה אי אתה מצווה להחיותו.

Et Rabbi Meir te [le] dira : ce 'ou (o)' [vient] pour faire précéder le don au ger à la vente au goy. Et Rabbi Yehouda : pour faire précéder le don au ger à la vente au goy, point n'est besoin d'un verset, c'est [affaire de] raisonnement : celui-ci [le ger], tu es commandé de le faire vivre, celui-là [le goy], tu n'es pas commandé de le faire vivre.

💡 Explication

Réponse de Rabbi Meir : le 'o' n'est pas superflu — il fixe une priorité (donner au ger passe avant vendre au goy). Rabbi Yehouda répond que cette priorité n'a pas besoin de verset : c'est un raisonnement évident — le ger (résidant qui a renoncé à l'idolâtrie), tu es commandé de le faire vivre ; le goy, tu ne l'es pas. Le 'o' enseigne donc autre chose [les mots au pied de la lettre].

15
(סימן: שבת, חורש, וכלאי זרעים, אותו ואת בנו, ושילוח הקן).

(Signe mnémotechnique : le Chabbat, le laboureur, et les mélanges de semences, [la mère] et son petit, et le renvoi du nid.)

💡 Explication

Un siman (signe mnémotechnique) annonce les sujets que la Guemara va traiter dans la suite : le Chabbat, le labour (horech), les kilai zeraïm (semences mélangées), 'oto ve-et beno' (la mère et son petit), et le chiloual ha-ken (renvoi de la mère du nid).

16
אלא מעתה,

Mais s'il en est ainsi,

💡 Explication

Ouverture d'une nouvelle objection : s'il en est ainsi [que tout ce qui est rendu abominable est interdit, selon Rav Achi]... La difficulté se développe au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).