Sougya : La sougya poursuit l'analyse des appendices non comestibles d'un aliment : la yad (poignée, qui sert à tenir) et le shomer (protecteur, comme une coque ou une peau). La Guemara discute de quel verset on tire que la yad importe (lehakhnis) et exporte (lehotzi) la tum'a, et que le shomer s'y joint en plus (letzaref) pour compléter la mesure ke-beitza : on rejette l'idée de tirer la yad du surplus du verset sur le shomer d'une nevela, et Rav Haviva tranche que le shomer d'une nevela, parce qu'il agit 'comme une yad' (sans jointure), sert précisément à dériver la yad.
Rav Yehuda bar Yichmael objecte depuis les michnayot (la pitma de la grenade se joint, pas le netz ; le cuir, la sauce figée, etc. se joignent) que le shomer se joint même sans avoir été semé avec l'aliment ; d'où la derasha de trois termes 'zera, zaroua, acher yizzarea' pour les graines, les arbres, puis viande, œufs et poissons. Vient ensuite la mahloket Rav / Rabbi Yo'hanan : y a-t-il une yad pour le hekhsher (rendre l'aliment apte à la tum'a par un liquide) ?
Rav dit non, Rabbi Yo'hanan dit oui ; leur divergence tient soit à un raisonnement (le hekhsher est-il le début de la tum'a), soit à la lecture du verset (le texte se dérive-t-il jusqu'à l'avant-avant) ; une braita appuie Rabbi Yo'hanan. Enfin Rav et Rabbi Yo'hanan divergent sur les seuils : pas de yad pour moins d'un ke-zayit ni de shomer pour moins d'un ka-pol selon Rav, alors que Rabbi Yo'hanan en admet ; une braita sur deux os portant chacun un demi ke-zayit éprouve les deux positions, et Yehuda ben Nekossa au nom de Rabbi Yaakov demande comment deux os se joindraient au ke-zayit.
Et dis [plutôt] : si [le verset] n'est pas nécessaire au sujet du protecteur (shomer) d'une charogne (nevela), applique-le au sujet du protecteur en général — un protecteur pour importer (la tum'a) et un protecteur pour [se] joindre (letzaref) — mais une poignée (yad) pour importer, non !
La Guemara conteste la dérivation précédente. On voulait tirer la règle de la yad (poignée) du verset 'surnuméraire' écrit sur le shomer (protecteur) d'une nevela (charogne). Objection : pourquoi l'appliquer à la yad ? Applique-le plutôt au shomer en général (de l'aliment), car il faut deux versets pour le shomer des aliments — un pour importer la tum'a (lehakhnis) et un pour se joindre (letzaref) à la mesure ke-beitza. Mais pour la yad, il n'y a aucune source d'importation.
Plutôt, dès l'origine, lorsque la poignée (yad) est écrite, elle est écrite à propos de l'importation (hakhnasa).
La Guemara revient à l'explication initiale : la règle de la yad ne vient pas d'un verset surnuméraire de la nevela, mais du verset sur la tum'a des aliments ('tame hou lakhem', Lev 11:38), d'où l'on tire que toute partie utile à l'aliment porte la tum'a, y compris les poignées. On avait objecté : peut-être le verset n'enseigne-t-il que l'exportation, pas l'importation ? Réponse : non — dès l'origine, quand la yad est écrite, c'est à propos de l'importation ; et à plus forte raison exporte-t-elle. De là, par à fortiori, on dérive le shomer pour importer et exporter, et le 'se joindre' de 'al kol zera zaroua'.
Mais [alors] le protecteur (shomer) d'une charogne, pourquoi me [le faut-il] ? Pour lui-même.
Si la yad et le shomer général se dérivent du verset des aliments, à quoi sert le verset explicite sur le shomer de la nevela ('tame', Lev 11:39) ? Réponse : il est nécessaire pour lui-même (le-goufeih) — pour enseigner que la règle du protecteur s'applique à la tum'a de la charogne, qui ne pourrait sinon en dériver.
Et pour quoi [donc] ? Si c'est pour [se] joindre (le-itzrofei) — tu as dit qu'il ne [se] joint pas !
Si c'est pour importer et exporter — cela vient par à fortiori de la poignée ! [Réponse :] une chose qui vient par à fortiori, le verset [parfois] se donne la peine et l'écrit.
Si le shomer de la nevela est écrit 'pour lui-même', à quel titre ? Pour se joindre ? Mais la michna a dit que le shomer de la nevela ne se joint pas. Pour importer et exporter ? C'est superflu, cela se dérive par à fortiori de la yad. Réponse : parfois une règle qui pourrait dériver par à fortiori, le verset prend tout de même la peine de l'écrire explicitement.
Si [c'est] ainsi, le protecteur en général (shomer de-alma), je te dirai [qu'il vient] pour importer, et [que c'est] une chose qui vient par à fortiori [mais que] le verset se donne la peine et l'écrit.
Objection : si l'on admet que 'le verset prend la peine d'écrire ce qui viendrait par à fortiori', alors d'où sait-on que le shomer général (des aliments) sert à se joindre ? Car le 'se joindre' n'est pas écrit explicitement, on l'a déduit du fait que le verset n'était pas nécessaire pour importer/exporter. Mais je peux dire [au contraire] que ce verset enseigne l'importation — et que c'est justement une chose qui viendrait par à fortiori [de la yad] que le verset prend la peine d'écrire.
Là où il y a [matière] à exposer (le-midrach), nous exposons.
Réponse à l'objection : là où un verset peut être exposé pour en tirer une nouveauté (ici, le 'se joindre' du shomer, qui ne se dériverait pas autrement), on l'expose ainsi — on ne dit pas qu'il vient seulement répéter ce qui viendrait par à fortiori. Le shomer général sert donc bien à se joindre.
Rav Haviva a dit : le protecteur (shomer) d'une charogne est différent : puisqu'il accomplit l'action d'une poignée (maasse yad), nous le jetons sur la poignée.
Rav Haviva rétablit la dérivation initiale. On objectait : si le verset du shomer de la nevela est superflu, applique-le au shomer général, non à la yad. Réponse de Rav Haviva : le shomer de la nevela est différent : comme il n'agit que comme une yad (il importe et exporte la tum'a, mais ne se joint pas, contrairement aux autres shomerim), il est plus logique d'appliquer son surplus à la yad. Ainsi tous les versets sont nécessaires.
Rav Yehuda bar Yichmael objecte à cela [depuis] ce que nous avons appris (Oukatzin 2:3) : la pitma (protubérance) de la grenade se joint, et son netz (sa fleur) ne se joint pas.
Rav Yehuda bar Yichmael objecte depuis une michna : la pitma (la protubérance au sommet de la grenade) se joint à la grenade pour compléter la mesure ke-beitza, car elle protège le fruit ; mais le netz (la fleur) ne se joint pas, car il ne protège pas le fruit lui-même, seulement son protecteur — un 'shomer sur shomer'.
Et pourquoi [la pitma se joint-elle] ? Lis ici 'sur toute graine ensemencée (al kol zera zaroua)' — et il n'y en a pas !
Rav Yehuda bar Yichmael presse l'objection : on a dérivé le 'se joindre' du shomer du verset 'al kol zera zaroua' (sur toute graine ensemencée) — donc seul protège ce qui est semé avec l'aliment. Or la grenade ne se sème pas avec sa pitma (on la plante en bouture). 'Lis ici : graine ensemencée — et il n'y en a pas !' Pourquoi alors la pitma se joindrait-elle ?
Et de plus, ce que nous avons appris (plus haut, michna 117b) : le cuir, la sauce figée (rotev), l'épaississure (kippa), etc. — se joignent pour transmettre la tum'a des aliments — d'où nous [le vient] ?
Seconde objection : la michna enseigne que le cuir, la sauce figée, l'épaississure [résidu d'épices], etc., se joignent à la viande pour compléter la mesure ke-beitza et transmettre la tum'a des aliments. Or rien de tout cela n'est 'semé avec' l'aliment. D'où tire-t-on que ces protecteurs se joignent, alors qu'ils ne sont pas ensemencés ?
Plutôt, trois versets [trois termes] sont écrits : 'sur toute graine (al kol zera)', 'ensemencée (zaroua)', 'qui sera ensemencée (acher yizzarea)' : l'un pour le protecteur des graines (zeraïm), l'un pour le protecteur des arbres (ilanot), l'autre pour le protecteur de la viande, des œufs et des poissons.
Résolution : le verset comporte trois termes de la racine z-r-a : 'al kol zera zaroua acher yizzarea' (Lev 11:37). Chacun enseigne une catégorie de shomer : graines, arbres (fruits comme la grenade), et viande, œufs et poissons. Le 'se joindre' n'est donc pas limité au protecteur effectivement semé avec l'aliment.
Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : il y a une poignée (yad) pour la tum'a, et il n'y a pas de poignée pour le hekhsher (l'aptitude à la tum'a).
Nouvelle question : la yad compte-t-elle pour le hekhsher — le fait qu'un liquide rende l'aliment apte à recevoir la tum'a ? Rav : il y a bien une yad pour la tum'a (elle importe et exporte), mais pas de yad pour le hekhsher. Si seule la poignée a été mouillée, les graines [l'aliment] ne sont pas rendues aptes : l'aliment lui-même doit avoir touché le liquide.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : il y a une poignée pour la tum'a et pour le hekhsher.
Rabbi Yo'hanan diverge : il y a une yad pour la tum'a (importer et exporter) et pour le hekhsher — si seul le manche a touché le liquide, l'aliment attaché est tout de même rendu apte à recevoir la tum'a.
En quoi divergent-ils ? Si tu veux, dis [par] raisonnement (sevara) ; si tu veux, dis [par] le verset (kera).
La Guemara cherche le fondement de la mahloket Rav / Rabbi Yo'hanan : leur divergence repose soit sur un raisonnement (le hekhsher est-il le début de la tum'a), soit sur la lecture du verset (Lev 11:38).
Si tu veux, dis [par] le verset : un Maître (Rav) tient [que] le verset se dérive 'devant lui (lefanav)' et non 'devant ce qui [est] devant lui (lifnei fanav)'.
Première voie : la derasha du verset (Lev 11:38, lu de droite à gauche : 've-khi youtan mayim... ve-nafal mi-nivlatam alav tame hou lakhem'). Pour Rav, 'lakhem' (pour vous, qui inclut la yad) se dérive seulement vers le terme qui le précède immédiatement — 'tame' (impur, la tum'a) — et pas vers le terme d'avant, 'ki youtan mayim' (le hekhsher). Donc la yad vaut pour la tum'a, non pour le hekhsher.
Et un Maître (Rabbi Yo'hanan) tient [que] le verset se dérive 'devant lui' et 'devant ce qui [est] devant lui'.
Pour Rabbi Yo'hanan, au contraire, 'lakhem' se dérive vers le terme qui le précède ('tame', la tum'a) et aussi vers le terme encore avant ('ki youtan mayim', le hekhsher). Donc la yad vaut pour la tum'a comme pour le hekhsher.
Si tu veux, dis [par] raisonnement : un Maître (Rabbi Yo'hanan) tient [que] le hekhsher est le début de la tum'a (tehilat tum'a), et un Maître (Rav) tient [que] le hekhsher n'est pas le début de la tum'a.
Seconde voie : le raisonnement. Pour Rabbi Yo'hanan, le hekhsher est le début du processus de tum'a — donc, de même que la yad transmet la tum'a, elle vaut aussi pour le hekhsher. Pour Rav, le hekhsher n'est pas le début de la tum'a, [c'est une étape distincte] — la yad ne vaut donc pas pour lui.
Il est enseigné conformément à Rabbi Yo'hanan : de même qu'il y a une poignée pour la tum'a, de même il y a une poignée pour le hekhsher ; et de même qu'ils ne reçoivent la tum'a que lorsqu'ils auront été détachés (yittalchou), de même ils ne reçoivent le hekhsher que jusqu'à ce qu'ils auront été détachés.
Une braita appuie Rabbi Yo'hanan : de même qu'il y a une yad pour la tum'a, de même il y en a une pour le hekhsher. Et de même que les végétaux ne deviennent susceptibles de tum'a qu'une fois détachés du sol (talouch), de même ils ne sont rendus aptes (hekhsher) par un liquide qu'une fois détachés.
Rav a dit : il n'y a pas de poignée pour moins d'un ke-zayit (olive), et il n'y a pas de protecteur pour moins d'un kappol (fève).
Rav fixe des seuils minimaux : pas de yad pour un aliment de moins d'un ke-zayit (olive) — sa poignée ne transmet pas la tum'a ; et pas de shomer pour un aliment de moins d'un kappol (fève), [le pol étant bien moindre qu'une olive] — le protecteur ne se joint pas et n'importe/exporte pas.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : il y a une poignée pour moins d'un ke-zayit, et il y a un protecteur pour moins d'un kappol.
Rabbi Yo'hanan diverge sur les seuils : il y a une yad même pour un aliment de moins d'un ke-zayit, et un shomer même pour moins d'un kappol — qui se joint à la mesure ke-beitza et importe/exporte la tum'a.
On objecte (Oholot 4:8) : deux os, et sur eux deux demi-olives [de chair de mort], et l'on a introduit leurs deux extrémités dans une maison, et la maison les surplombe (maahil) — la maison [est] impure.
Objection contre Rav et Rabbi Yo'hanan, depuis une Tossefta : deux os portant chacun, à une extrémité, un demi-olive de chair d'un mort ; on introduit dans une maison les extrémités nues (sans chair), de sorte que la maison surplombe ces extrémités mais non la chair. La maison est impure — comme si elle surplombait la chair elle-même : l'os fait office de yad alors même que chaque demi-olive n'atteint pas le ke-zayit.
Yehuda ben Nekossa dit au nom de Rabbi Yaakov : comment deux os se joindraient-ils [pour faire] un ke-zayit ?
Yehuda ben Nekossa, au nom de Rabbi Yaakov, conteste : comment deux os se joindraient-ils pour constituer le ke-zayit, alors que la chair de chacun n'atteint pas l'olive ? [S'il s'agissait d'un seul os portant un ke-zayit entier à son extrémité, il concéderait que l'os fait office de yad pour amener la tum'a à la maison ; mais pour moins d'un ke-zayit, il n'y a pas de yad.]
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).