Chullin 118b — la poignée (yad) et le protecteur (shomer) de l'aliment face à la tum'a, au hekhsher et aux mesures minimales

Chullin 118b

Sougya : La sougya poursuit l'analyse des appendices non comestibles d'un aliment : la yad (poignée, qui sert à tenir) et le shomer (protecteur, comme une coque ou une peau). La Guemara discute de quel verset on tire que la yad importe (lehakhnis) et exporte (lehotzi) la tum'a, et que le shomer s'y joint en plus (letzaref) pour compléter la mesure ke-beitza : on rejette l'idée de tirer la yad du surplus du verset sur le shomer d'une nevela, et Rav Haviva tranche que le shomer d'une nevela, parce qu'il agit 'comme une yad' (sans jointure), sert précisément à dériver la yad.

Rav Yehuda bar Yichmael objecte depuis les michnayot (la pitma de la grenade se joint, pas le netz ; le cuir, la sauce figée, etc. se joignent) que le shomer se joint même sans avoir été semé avec l'aliment ; d'où la derasha de trois termes 'zera, zaroua, acher yizzarea' pour les graines, les arbres, puis viande, œufs et poissons. Vient ensuite la mahloket Rav / Rabbi Yo'hanan : y a-t-il une yad pour le hekhsher (rendre l'aliment apte à la tum'a par un liquide) ?

Rav dit non, Rabbi Yo'hanan dit oui ; leur divergence tient soit à un raisonnement (le hekhsher est-il le début de la tum'a), soit à la lecture du verset (le texte se dérive-t-il jusqu'à l'avant-avant) ; une braita appuie Rabbi Yo'hanan. Enfin Rav et Rabbi Yo'hanan divergent sur les seuils : pas de yad pour moins d'un ke-zayit ni de shomer pour moins d'un ka-pol selon Rav, alors que Rabbi Yo'hanan en admet ; une braita sur deux os portant chacun un demi ke-zayit éprouve les deux positions, et Yehuda ben Nekossa au nom de Rabbi Yaakov demande comment deux os se joindraient au ke-zayit.

Yad (poignée) et Shomer (protecteur) : trois fonctions face à la tum'a Yad (poignée) partie non comestible qui sert à tenir l'aliment importe la tum'a (lehakhnis) exporte la tum'a (lehotzi) ne se joint PAS (lo metzaref) pas de mesure ke-beitza ajoutée Shomer (protecteur) partie qui protège l'aliment (coque, peau, pelure) importe la tum'a exporte la tum'a se JOINT (metzaref) complète la mesure ke-beitza Hekhsher (aptitude) contact d'un liquide qui rend l'aliment apte à recevoir la tum'a Rav : pas de yad pour le hekhsher (l'aliment lui-même doit être mouillé) R. Yo'hanan : yad aussi pour le hekhsher (braita le confirme)
Les trois fonctions discutées : la yad et le shomer importent et exportent la tum'a ; seul le shomer se joint à l'aliment (letzaref) ; et la question du hekhsher (segments 11-17).
Le verset (Lev 11:38) lu de droite à gauche, et jusqu'où la derasha remonte 've-khi youtan mayim' (si de l'eau est mise) ... 'tame hou lakhem' (il est impur pour vous) avant l'avant ki youtan mayim = le hekhsher avant tame = la tum'a lakhem = inclut la yad Rav le verset se lit 'avant' uniquement lakhem -> tame (tum'a) seulement -> pas de yad pour le hekhsher R. Yo'hanan le verset se lit 'avant' ET 'avant l'avant' lakhem -> tame ET ki youtan mayim -> yad aussi pour le hekhsher
La mahloket Rav / Rabbi Yohanan sur la lecture du verset Lev 11:38 (segments 14-15) : jusqu'où remonte la derasha de 'lakhem' (pour vous).
Les mesures minimales : yad et shomer ont-ils un seuil ? Yad (poignée) Rav : pas de yad si l'aliment fait moins d'un ke-zayit (olive) R. Yo'hanan : il y a une yad même à moins d'un ke-zayit seuil yad = ke-zayit / kappol selon Shomer (protecteur) Rav : pas de shomer si l'aliment fait moins d'un ka-pol (fève) R. Yo'hanan : il y a un shomer même à moins d'un ka-pol pol = bien moins qu'un ke-zayit
Les seuils minimaux de la yad et du shomer (segments 18-19) selon Rav et Rabbi Yohanan.
1
ואימא: אם אינו ענין לשומר דנבלה, תנהו ענין לשומר דעלמא, שומר להכניס ושומר לצרף, אבל יד להכניס לא!

Et dis [plutôt] : si [le verset] n'est pas nécessaire au sujet du protecteur (shomer) d'une charogne (nevela), applique-le au sujet du protecteur en général — un protecteur pour importer (la tum'a) et un protecteur pour [se] joindre (letzaref) — mais une poignée (yad) pour importer, non !

📜 Rachi (1)
ואימא אם אינו ענין לשומר דנבלה תנהו ענין לשומר דאוכל דהא שומר ושומר הוא דאע"ג דכתיב בהו שומר אחרינא חד להכניס דהא לא כתיבא ביד דליתי שומר מינה וחד לצרף ושומר להוציא מיד יליף אבל יד להכניס לא איתרבאי:
'Et dis : si [le verset] n'est pas nécessaire au sujet du protecteur d'une charogne, applique-le au sujet du protecteur' — de l'aliment, car c'est [encore] 'protecteur et protecteur' ; en effet, bien qu'un autre [verset de] protecteur soit écrit à leur sujet, [il faut] l'un pour importer — car cela n'est pas écrit à propos de la poignée, [de sorte] qu'un protecteur en dérive — et l'un pour [se] joindre ; et le protecteur pour exporter, on [le] dérive de la poignée. Mais une poignée pour importer, [voilà ce qui] n'a pas été inclus [par un surplus de verset].
💡 Explication

La Guemara conteste la dérivation précédente. On voulait tirer la règle de la yad (poignée) du verset 'surnuméraire' écrit sur le shomer (protecteur) d'une nevela (charogne). Objection : pourquoi l'appliquer à la yad ? Applique-le plutôt au shomer en général (de l'aliment), car il faut deux versets pour le shomer des aliments — un pour importer la tum'a (lehakhnis) et un pour se joindre (letzaref) à la mesure ke-beitza. Mais pour la yad, il n'y a aucune source d'importation.

2
אלא, מעיקרא כי כתיבא יד, אהכנסה כתיבא.

Plutôt, dès l'origine, lorsque la poignée (yad) est écrite, elle est écrite à propos de l'importation (hakhnasa).

📜 Rachi (1)
אלא מעיקרא כי כתיבא יד אהכנסה כתיבא כלומר הא דפרכינן מרישא אימא יד להוציא ולא להכניס לאו פירכא היא דכי כתיבא יד באוכלין אתחלת טומאתן כתיבא כשהן מקבלין אותה מן השרץ וכיון דמכנסת כל שכן דמוציאה ושומר להכניס ולהוציא מק"ו אתי שומר דזרעים לצרף:
'Plutôt, dès l'origine, lorsque la poignée est écrite, elle est écrite à propos de l'importation' — c'est-à-dire que ce que nous objections depuis le début, 'dis [plutôt] : la poignée pour exporter et non pour importer', n'est pas une objection ; car lorsque la poignée est écrite à propos des aliments, elle est écrite au commencement de leur tum'a, lorsqu'ils la reçoivent du reptile (cheretz) ; et puisqu'elle importe, à plus forte raison exporte-t-elle. Et le protecteur pour importer et exporter vient par à fortiori ; [reste] le protecteur des graines (zeraïm) pour [se] joindre.
🗂️ Tossefot (1)
מעיקרא כי כתיבא יד אהכנסה כתיבא הקשה רבי אליהו מנלן ידות בכלים דעלמא דמיד דזרעים ותנור ונבלה לא אתו דמה להנך שאין להם טהרה במקוה ונראה משום דדרשינן בתורת כהנים והנוגע בהן לרבות את הידות וההוא אפשר דלשאר כלים איצטריך ואי לא כתיב אלא ההוא קרא לחודיה הוה מוקמינן ליה בדמסתבר טפי:
'Dès l'origine, lorsque la poignée est écrite, elle est écrite à propos de l'importation' — Rabbi Eliyahou a objecté : d'où [savons-nous qu'il y a] des poignées pour les ustensiles (kelim) en général ? car [cela] ne vient ni de la poignée des graines, ni du four (tanour), ni de la charogne (nevela), [puisqu'on pourrait dire :] qu'y a-t-il [à tirer] de ceux-là, qui n'ont pas de purification au bain rituel (mikve) ? Et il semble [que ce soit] parce qu'on expose dans le Torat Kohanim 'et celui qui touche en eux' (Lev 11) [pour] inclure les poignées ; et celui-là, il se peut [qu'il] soit nécessaire pour les autres ustensiles ; et si seul ce verset[-là] était écrit, sans plus, nous l'aurions établi dans [le sens] le plus plausible.
💡 Explication

La Guemara revient à l'explication initiale : la règle de la yad ne vient pas d'un verset surnuméraire de la nevela, mais du verset sur la tum'a des aliments ('tame hou lakhem', Lev 11:38), d'où l'on tire que toute partie utile à l'aliment porte la tum'a, y compris les poignées. On avait objecté : peut-être le verset n'enseigne-t-il que l'exportation, pas l'importation ? Réponse : non — dès l'origine, quand la yad est écrite, c'est à propos de l'importation ; et à plus forte raison exporte-t-elle. De là, par à fortiori, on dérive le shomer pour importer et exporter, et le 'se joindre' de 'al kol zera zaroua'.

3
אלא שומר דנבלה, למה לי? לגופיה.

Mais [alors] le protecteur (shomer) d'une charogne, pourquoi me [le faut-il] ? Pour lui-même.

📜 Rachi (1)
אלא שומר דנבלה ל"ל בשלמא כולהו צריכי ואפילו יד דנבלה שלא תאמר דיו אלא שומר דנבלה למה לי הא לא מצטרף:
'Mais [alors] le protecteur d'une charogne, pourquoi me [le faut-il] ?' — assurément tous [les versets] sont nécessaires, y compris la poignée d'une charogne, afin qu'on ne dise pas 'il suffit' (dayo) ; mais le protecteur d'une charogne, pourquoi me [le faut-il] ? car il ne [se] joint pas.
💡 Explication

Si la yad et le shomer général se dérivent du verset des aliments, à quoi sert le verset explicite sur le shomer de la nevela ('tame', Lev 11:39) ? Réponse : il est nécessaire pour lui-même (le-goufeih) — pour enseigner que la règle du protecteur s'applique à la tum'a de la charogne, qui ne pourrait sinon en dériver.

4
ולמאי? אי לאצטרופי – אמרת לא מצטרף! אי להכניס ולהוציא – קל וחומר מיד אתיא! מילתא דאתיא בקל וחומר – טרח וכתב לה קרא.

Et pour quoi [donc] ? Si c'est pour [se] joindre (le-itzrofei) — tu as dit qu'il ne [se] joint pas !

Si c'est pour importer et exporter — cela vient par à fortiori de la poignée ! [Réponse :] une chose qui vient par à fortiori, le verset [parfois] se donne la peine et l'écrit.

📜 Rachi (1)
ואי להכניס ולהוציא בא כיון דכתיבא יד בנבלה אתי שומר בק"ו מינה:
'Et si c'est pour importer et exporter qu'il vient' — puisque la poignée est écrite à propos de la charogne, le protecteur en vient par à fortiori.
💡 Explication

Si le shomer de la nevela est écrit 'pour lui-même', à quel titre ? Pour se joindre ? Mais la michna a dit que le shomer de la nevela ne se joint pas. Pour importer et exporter ? C'est superflu, cela se dérive par à fortiori de la yad. Réponse : parfois une règle qui pourrait dériver par à fortiori, le verset prend tout de même la peine de l'écrire explicitement.

5
אי הכי, שומר דעלמא, אימא לך: להכניס, ומלתא דאתי בקל וחומר – טרח וכתב לה קרא.

Si [c'est] ainsi, le protecteur en général (shomer de-alma), je te dirai [qu'il vient] pour importer, et [que c'est] une chose qui vient par à fortiori [mais que] le verset se donne la peine et l'écrit.

📜 Rachi (1)
א"ה דאמרת טרח וכתב שומר מנא לך דמצטרף הא לאו צירוף בהדיא כתיבא ומשום דלא אצטריך להכניס ולהוציא שדית ליה אצירוף אימא להכניס ולהוציא אתא ואע"ג דבקל וחומר מיד אתי מילתא דאתיא בק"ו טרח וכתב לה קרא:
'Si [c'est] ainsi' — puisque tu dis 'il se donne la peine et écrit', le protecteur, d'où te [vient] qu'il [se] joint ? Voici que le 'joindre' n'est pas écrit explicitement, et c'est parce qu'il n'était pas nécessaire pour importer et exporter que tu l'as jeté sur le 'joindre' ; dis [plutôt qu'il] vient pour importer et exporter, et bien qu'il vienne par à fortiori de la poignée, une chose qui vient par à fortiori, le verset se donne la peine et l'écrit.
💡 Explication

Objection : si l'on admet que 'le verset prend la peine d'écrire ce qui viendrait par à fortiori', alors d'où sait-on que le shomer général (des aliments) sert à se joindre ? Car le 'se joindre' n'est pas écrit explicitement, on l'a déduit du fait que le verset n'était pas nécessaire pour importer/exporter. Mais je peux dire [au contraire] que ce verset enseigne l'importation — et que c'est justement une chose qui viendrait par à fortiori [de la yad] que le verset prend la peine d'écrire.

6
היכא דאיכא למידרש, דרשינן.

Là où il y a [matière] à exposer (le-midrach), nous exposons.

💡 Explication

Réponse à l'objection : là où un verset peut être exposé pour en tirer une nouveauté (ici, le 'se joindre' du shomer, qui ne se dériverait pas autrement), on l'expose ainsi — on ne dit pas qu'il vient seulement répéter ce qui viendrait par à fortiori. Le shomer général sert donc bien à se joindre.

7
רב חביבא אמר: שאני שומר דנבלה, כיון דמעשה יד קא עביד, איד שדינן ליה.

Rav Haviva a dit : le protecteur (shomer) d'une charogne est différent : puisqu'il accomplit l'action d'une poignée (maasse yad), nous le jetons sur la poignée.

📜 Rachi (2)
רב חביבא אמר לעולם כדאמרינן מעיקרא דשומר דנבלה דלא איצטריך תנהו ענין ליד ודקפרכת אימא תנהו ענין לשומר דעלמא אבל יד להכניס לא אשכחן לאו פירכא היא דכיון דמעשה יד עביד שאין מצטרף כשאר שומרים אלא מכניס ומוציא כמעשה יד מסתברא דיתורא דידיה דלא איצטריך:
'Rav Haviva a dit' — en réalité, comme nous l'avons dit au début : le protecteur d'une charogne, qui n'est pas nécessaire, applique-le au sujet de la poignée ; et ce que tu objectais, 'dis [plutôt] : applique-le au sujet du protecteur en général, mais une poignée pour importer, nous n'[en] trouvons pas' — ce n'est pas une objection ; car puisqu'il accomplit l'action d'une poignée — [à savoir] qu'il ne [se] joint pas comme les autres protecteurs, mais importe et exporte comme l'action d'une poignée — il est logique que son surplus, qui n'était pas nécessaire,
איד שדינן ליה להיות ענין ליד דעלמא והשתא כולהו צריכי כל ידות דכתיבי להוציא צריכי דחדא מאידך לא אתיא כדאמרן ודנבלה משום שלא תאמר דיו שומר דנבלה להיות ענין ליד דהכנסה ושומר דאוכלים לצרף:
'nous le jetons sur la poignée' — pour [le rendre] objet [de la règle] de la poignée en général. Et maintenant tous sont nécessaires : toutes les poignées écrites pour exporter sont nécessaires, car l'une ne vient pas de l'autre, comme nous l'avons dit ; et [celle] de la charogne, afin qu'on ne dise pas 'il suffit' (dayo), [sert à établir] le protecteur d'une charogne comme objet [de la règle] de la poignée pour l'importation, et le protecteur des aliments pour [se] joindre.
💡 Explication

Rav Haviva rétablit la dérivation initiale. On objectait : si le verset du shomer de la nevela est superflu, applique-le au shomer général, non à la yad. Réponse de Rav Haviva : le shomer de la nevela est différent : comme il n'agit que comme une yad (il importe et exporte la tum'a, mais ne se joint pas, contrairement aux autres shomerim), il est plus logique d'appliquer son surplus à la yad. Ainsi tous les versets sont nécessaires.

8
מתקיף לה רב יהודה בר ישמעאל, הא דתנן: הפיטמא של רמון מצטרפת, והנץ שלו אין מצטרף.

Rav Yehuda bar Yichmael objecte à cela [depuis] ce que nous avons appris (Oukatzin 2:3) : la pitma (protubérance) de la grenade se joint, et son netz (sa fleur) ne se joint pas.

📜 Rachi (2)
הפיטמא של רמון הוא שומר על פיו והנץ שומר אחר ע"ג הפיטמא כמו שיש על אגוזים שומר ע"ג שומר:
'La pitma de la grenade' — c'est un protecteur sur son ouverture, et le netz [est] un autre protecteur au-dessus de la pitma, comme il y a sur les noix un protecteur au-dessus d'un protecteur.
אין מצטרף דאין שומר ע"ג שומר כדאמרינן לקמן פיטמא מיהא מצטרף ואמאי הא ליכא למימר כדרך שבני אדם מוציאין לזריעה הא לאו זרעים נינהו וכשנוטעין אילן אין נוטעין אלא יחור ואם נוטעין רמון כבר נשרה אותה פטמא שהיא כעין פרח שבראש התפוחים ומתניתין נמי דקתני עור מצטרף משום שומר הא לא כתיב שומר אלא בזרעים וטעמא משום דזרעי ליה בהדיה הוא:
'Ne se joint pas' — car il n'y a pas de protecteur au-dessus d'un protecteur, comme nous le disons plus loin. La pitma, en tout cas, se joint ; et pourquoi ? Voici qu'on ne peut pas dire ici 'de la manière dont les gens [les] sortent pour ensemencer', car [les grenades] ne sont pas des graines (zeraïm), et lorsqu'on plante un arbre on ne plante qu'une bouture (yihour), et si l'on plante une grenade, déjà cette pitma — qui est comme une sorte de fleur au sommet des pommes — est tombée. Et notre michna aussi, qui enseigne 'le cuir se joint' à cause du protecteur — voici que le protecteur n'est écrit qu'à propos des graines ! Et la raison [est] parce qu'on l'ensemence avec lui.
💡 Explication

Rav Yehuda bar Yichmael objecte depuis une michna : la pitma (la protubérance au sommet de la grenade) se joint à la grenade pour compléter la mesure ke-beitza, car elle protège le fruit ; mais le netz (la fleur) ne se joint pas, car il ne protège pas le fruit lui-même, seulement son protecteur — un 'shomer sur shomer'.

9
ואמאי? קרי כאן ״על כל זרע זרוע״, וליכא!

Et pourquoi [la pitma se joint-elle] ? Lis ici 'sur toute graine ensemencée (al kol zera zaroua)' — et il n'y en a pas !

💡 Explication

Rav Yehuda bar Yichmael presse l'objection : on a dérivé le 'se joindre' du shomer du verset 'al kol zera zaroua' (sur toute graine ensemencée) — donc seul protège ce qui est semé avec l'aliment. Or la grenade ne se sème pas avec sa pitma (on la plante en bouture). 'Lis ici : graine ensemencée — et il n'y en a pas !' Pourquoi alors la pitma se joindrait-elle ?

10
ותו, הא דתנן: העור והרוטב והקיפה וכו׳. מצטרף לטמא טומאת אכלים – מנלן?

Et de plus, ce que nous avons appris (plus haut, michna 117b) : le cuir, la sauce figée (rotev), l'épaississure (kippa), etc. — se joignent pour transmettre la tum'a des aliments — d'où nous [le vient] ?

💡 Explication

Seconde objection : la michna enseigne que le cuir, la sauce figée, l'épaississure [résidu d'épices], etc., se joignent à la viande pour compléter la mesure ke-beitza et transmettre la tum'a des aliments. Or rien de tout cela n'est 'semé avec' l'aliment. D'où tire-t-on que ces protecteurs se joignent, alors qu'ils ne sont pas ensemencés ?

11
אלא תלתא קראי כתיבי: ״על כל זרע״, ״זרוע״, ״אשר יזרע״, חד לשומר דזרעים, וחד לשומר דאילנות, אידך לשומר בשר וביצים ודגים.

Plutôt, trois versets [trois termes] sont écrits : 'sur toute graine (al kol zera)', 'ensemencée (zaroua)', 'qui sera ensemencée (acher yizzarea)' : l'un pour le protecteur des graines (zeraïm), l'un pour le protecteur des arbres (ilanot), l'autre pour le protecteur de la viande, des œufs et des poissons.

📜 Rachi (1)
ג' קראי זרע זרוע יזרע:
'Trois versets' — 'zera', 'zaroua', 'yizzarea'.
💡 Explication

Résolution : le verset comporte trois termes de la racine z-r-a : 'al kol zera zaroua acher yizzarea' (Lev 11:37). Chacun enseigne une catégorie de shomer : graines, arbres (fruits comme la grenade), et viande, œufs et poissons. Le 'se joindre' n'est donc pas limité au protecteur effectivement semé avec l'aliment.

12
אמר רב חייא בר אשי, אמר רב: יש יד לטומאה, ואין יד להכשר.

Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : il y a une poignée (yad) pour la tum'a, et il n'y a pas de poignée pour le hekhsher (l'aptitude à la tum'a).

📜 Rachi (2)
יש יד לטומאה להכניס ולהוציא כדאמרינן:
'Il y a une poignée pour la tum'a' — pour importer et exporter, comme nous l'avons dit.
ואין יד להכשר אין תורת יד לענין הכשר שאם הוכשרה היד לא הוכשרו הזרעים:
'Et il n'y a pas de poignée pour le hekhsher' — il n'y a pas de règle de poignée à l'égard du hekhsher : si la poignée a été rendue apte [par un liquide], les graines n'ont pas été rendues aptes.
💡 Explication

Nouvelle question : la yad compte-t-elle pour le hekhsher — le fait qu'un liquide rende l'aliment apte à recevoir la tum'a ? Rav : il y a bien une yad pour la tum'a (elle importe et exporte), mais pas de yad pour le hekhsher. Si seule la poignée a été mouillée, les graines [l'aliment] ne sont pas rendues aptes : l'aliment lui-même doit avoir touché le liquide.

13
ורבי יוחנן אמר: יש יד לטומאה ולהכשר.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : il y a une poignée pour la tum'a et pour le hekhsher.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan diverge : il y a une yad pour la tum'a (importer et exporter) et pour le hekhsher — si seul le manche a touché le liquide, l'aliment attaché est tout de même rendu apte à recevoir la tum'a.

14
במאי קמיפלגי? איבעית אימא סברא, איבעית אימא קרא.

En quoi divergent-ils ? Si tu veux, dis [par] raisonnement (sevara) ; si tu veux, dis [par] le verset (kera).

💡 Explication

La Guemara cherche le fondement de la mahloket Rav / Rabbi Yo'hanan : leur divergence repose soit sur un raisonnement (le hekhsher est-il le début de la tum'a), soit sur la lecture du verset (Lev 11:38).

15
איבעית אימא קרא, מר סבר: מקרא נדרש לפניו, ולא לפני פניו.

Si tu veux, dis [par] le verset : un Maître (Rav) tient [que] le verset se dérive 'devant lui (lefanav)' et non 'devant ce qui [est] devant lui (lifnei fanav)'.

📜 Rachi (1)
מקרא נדרש לכל דנפקי ידות מיניה נדרש לפניו אטמא הוא ולא לפני פניו אוכי יותן מים דהוא רישא דקרא:
'Le verset se dérive' — pour tout ce que les poignées en dérivent, il se dérive 'devant lui' à [propos de] 'il est impur (tame)', et non 'devant ce qui [est] devant lui' à [propos de] 'si de l'eau est mise (ve-khi youtan mayim)', qui est le début du verset.
💡 Explication

Première voie : la derasha du verset (Lev 11:38, lu de droite à gauche : 've-khi youtan mayim... ve-nafal mi-nivlatam alav tame hou lakhem'). Pour Rav, 'lakhem' (pour vous, qui inclut la yad) se dérive seulement vers le terme qui le précède immédiatement — 'tame' (impur, la tum'a) — et pas vers le terme d'avant, 'ki youtan mayim' (le hekhsher). Donc la yad vaut pour la tum'a, non pour le hekhsher.

16
ומר סבר: מקרא נדרש לפניו, ולפני פניו.

Et un Maître (Rabbi Yo'hanan) tient [que] le verset se dérive 'devant lui' et 'devant ce qui [est] devant lui'.

💡 Explication

Pour Rabbi Yo'hanan, au contraire, 'lakhem' se dérive vers le terme qui le précède ('tame', la tum'a) et aussi vers le terme encore avant ('ki youtan mayim', le hekhsher). Donc la yad vaut pour la tum'a comme pour le hekhsher.

17
איבעית אימא סברא, מר סבר: הכשר תחלת טומאה הוא, ומר סבר: הכשר לאו תחלת טומאה הוא.

Si tu veux, dis [par] raisonnement : un Maître (Rabbi Yo'hanan) tient [que] le hekhsher est le début de la tum'a (tehilat tum'a), et un Maître (Rav) tient [que] le hekhsher n'est pas le début de la tum'a.

📜 Rachi (1)
תחלת טומאה הוא ויש לו יד טומאה:
'Est le début de la tum'a' — et [donc l'aliment] a une poignée de tum'a.
💡 Explication

Seconde voie : le raisonnement. Pour Rabbi Yo'hanan, le hekhsher est le début du processus de tum'a — donc, de même que la yad transmet la tum'a, elle vaut aussi pour le hekhsher. Pour Rav, le hekhsher n'est pas le début de la tum'a, [c'est une étape distincte] — la yad ne vaut donc pas pour lui.

18
תניא כוותיה דרבי יוחנן: כשם שיש יד לטומאה, כך יש יד להכשר, וכשם שאין מקבלין טומאה אלא לכשיתלשו, כך אין מקבלין הכשר אלא עד שיתלשו.

Il est enseigné conformément à Rabbi Yo'hanan : de même qu'il y a une poignée pour la tum'a, de même il y a une poignée pour le hekhsher ; et de même qu'ils ne reçoivent la tum'a que lorsqu'ils auront été détachés (yittalchou), de même ils ne reçoivent le hekhsher que jusqu'à ce qu'ils auront été détachés.

📜 Rachi (1)
וכשם שאין זרעים מקבלין טומאה אלא לכשיתלשו כדאמרינן בת"כ אם אתה אומר מחוברין טמאין טימאת את הכל שאין לך מחוברין שאין שרצים מצויין אצלם:
'Et de même qu'ils ne [reçoivent la tum'a]' — les graines ne reçoivent la tum'a que lorsqu'elles auront été détachées, comme nous le disons dans le Torat Kohanim : si tu dis [que les végétaux] attachés [au sol sont] impurs, tu as rendu tout impur, car il n'y a pas d'attache [au sol] auprès duquel des reptiles ne se trouvent.
🗂️ Tossefot (1)
וכשם שאין מקבלין טומאה אלא לכשיתלשו וא"ת אדרבה יותר ראוי לתלות טומאה בהכשר דמה שאין מטמא זה תלוי בהכשר דמעיקרא לא הוכשרו וכ"ת דאפשר באילן מלא פירות שנתלש והוכשר וחזר ונטעו אי אפשר לומר כן דהא כשחזר ונטעו בטל ליה הכשר כשהשריש שאפילו טומאה בטלה כדאמרינן (תרומות פ"ט מ"ז) גבי גידולי תרומה וי"ל דפשיטא ליה שאין מקבלין טומאה אלא לכשיתלשו כדפי' בקונטרס שאם אומר מחוברין טמאין טימאת [את] הכל וקאמר דה"נ אין מקבלין הכשר אלא לכשיתלשו אפילו לקבל טומאה אחר התלישה וא"ת מההוא טעמא דפשוט לו בטומאה תפשוט לו בהכשר שאם אתה אומר כן הכשרת הכל במחובר וי"ל דאין זה תימה כל כך אם נאמר דהוכשר הכל במחובר ע"י גשמים שנופלין על הזרעים:
'Et de même qu'ils ne reçoivent la tum'a que lorsqu'ils auront été détachés' — et si tu dis : au contraire, il serait plus indiqué de suspendre la tum'a au hekhsher, car ce qui empêche [que] celui-ci [ne rende] impur dépend du hekhsher, puisque au départ [les végétaux] n'ont pas été rendus aptes ! Et si tu dis [que c'est] possible [dans le cas d']un arbre plein de fruits qui a été détaché, a été rendu apte, puis [qu']on l'a replanté — on ne peut pas dire cela, car lorsqu'on l'a replanté, son hekhsher est annulé dès [l'instant où] il a pris racine, [au point] que même la tum'a est annulée, comme nous le disons (Teroumot 9:7) à propos des produits [poussés] de teroumot (gidoulei teroumot). Et l'on peut dire qu'il [est] évident pour lui [le braiteur] qu'ils ne reçoivent la tum'a que lorsqu'ils auront été détachés, comme l'a expliqué le Maître [Rachi] : car si tu dis [que les végétaux] attachés [sont] impurs, tu as rendu tout impur ; et il dit qu'ainsi de même ils ne reçoivent le hekhsher que lorsqu'ils auront été détachés, [c'est-à-dire] même pour recevoir la tum'a après le détachement. Et si tu dis : par ce même raisonnement qui lui est évident pour la tum'a, qu'il [le] tranche [aussi] pour le hekhsher — car si tu dis ainsi, tu as rendu tout apte [encore] attaché [au sol] ! Et l'on peut dire [que] ce n'est pas si étonnant si l'on dit que tout a été rendu apte [encore] attaché par la pluie qui tombe sur les graines.
💡 Explication

Une braita appuie Rabbi Yo'hanan : de même qu'il y a une yad pour la tum'a, de même il y en a une pour le hekhsher. Et de même que les végétaux ne deviennent susceptibles de tum'a qu'une fois détachés du sol (talouch), de même ils ne sont rendus aptes (hekhsher) par un liquide qu'une fois détachés.

19
אמר רב: אין יד לפחות מכזית, ואין שומר לפחות מכפול.

Rav a dit : il n'y a pas de poignée pour moins d'un ke-zayit (olive), et il n'y a pas de protecteur pour moins d'un kappol (fève).

📜 Rachi (3)
פול פחות הרבה מכזית:
'Pol' — bien moins qu'un ke-zayit.
אין יד לפחות מכזית אם יש אוכל פחות מכזית כגון פול או חצי זית בשר ולו יד והרי הן עם אוכלין כביצה ונגעה טומאה ביד הואיל ועיקרו אינו כזית ביחד אין חשוב להיות לו יד והכל טהור אבל יש שומר לפחות מכזית ובלבד שיהא כפול:
'Il n'y a pas de poignée pour moins d'un ke-zayit' — s'il y a un aliment de moins d'un ke-zayit, par exemple une fève (pol) ou un demi-olive de viande, et [qu']il a une poignée, et [que] les voici avec [d'autres] aliments [pour compléter] un ke-beitza (œuf), et [que] la tum'a a touché la poignée : puisque son corps [l'aliment] ne fait pas un ke-zayit à lui seul, [la poignée] n'est pas digne d'être une poignée pour lui, et le tout [est] pur. Mais il y a un protecteur pour [un aliment de] moins d'un ke-zayit, pourvu qu'il soit [au moins] un kappol.
וכן אין שומר לפחות מכפול לא להצטרף לענין כביצה ולא להכניס ולהוציא כגון עצם ובו מוח פחות מכפול והוא עם אוכלין כביצה או עדשים בשרביטיהם:
'Et de même il n'y a pas de protecteur pour moins d'un kappol' — ni pour [se] joindre quant au ke-beitza, ni pour importer et exporter ; par exemple un os contenant une moelle de moins d'un kappol, et [qui] est avec [d'autres] aliments [pour compléter] un ke-beitza, ou des lentilles (adachim) dans leurs gousses (charvitim).
🗂️ Tossefot (1)
אין יד לפחות מכזית פי' בקונטרס כגון פול או חצי זית בשר ולו יד והרי הוא עם כביצה אוכלין ואין נראה דאפילו היה נוגע בחצי זית עצמו לא היה טמא מדאמרי' בפ"ק (לעיל חולין דף כד:) התורה העידה על כלי חרס אפילו הוא מלא חרדל אלמא אי לאו אויר כלי חרס לא הוי כמו במחובר אע"פ שנוגעין יחד ותנן נמי בפרק בתרא דחגיגה (דף כ:) הכלי מצרף כל מה שבתוכו לקדש אבל לא לתרומה ומבעיא לן בהקומץ רבה (מנחות דף כד.) אי דוקא דנגעי אהדדי או לא ואי נגיעה חשיב כמחובר א"כ פשיטא דבלא נגיעה איירי דבנגיעה לא היה צריך צירוף כלי ונראה לפרש שזה חצי זית מחובר עם כביצה אוכלין אבל אינו מחובר כל כך ואם היה מגביה אותו היה ניתק אותו כביצה אוכלין מאותו פחות מכזית דלא הוי יד לשאר אוכל אלא לפחות מכזית ולפי' הקונטרס שמפרש בעלמא דאוכל כל שהוא מקבל טומאה א"צ לומר שהוא מחובר עם שאר אוכלין אלא בעי אם מכניס טומאה לאותו חצי זית אבל להוציא אפילו היה זית שלם ונגע בו לא היה טמא דצריך כביצה ואפילו אם אין מקבל טומאה בכל שהוא מדאורייתא איכא למימר דמבעיא ליה אי מקבל טומאה מדרבנן דמדרבנן מקבל טומאה בכל שהוא:
'Il n'y a pas de poignée pour moins d'un ke-zayit' — le Maître [Rachi] a expliqué : par exemple une fève (pol) ou un demi-olive de viande qui a une poignée, et [qui] est avec un ke-beitza d'aliments. Et cela ne semble pas [exact], car même s'il touchait le demi-olive lui-même, il ne serait pas impur, d'après ce que nous disons au premier chapitre (plus haut, Houlin 24b) : la Torah a témoigné au sujet d'un ustensile de terre (kli hères) [qu'il est impur] même s'il est plein de moutarde — d'où [il ressort que] sans l'espace [intérieur] de l'ustensile de terre, [les grains] ne seraient pas comme attachés, bien qu'ils se touchent ensemble. Et nous avons appris aussi au dernier chapitre de Haguiga (20b) : l'ustensile joint tout ce qui est en lui pour le sacré (kodech), mais non pour la teroumot. Et l'on s'interroge dans Ha-Kometz Rabba (Menahot 24a) [pour savoir] si [c'est] précisément lorsqu'ils se touchent l'un l'autre ou non ; et si le contact comptait comme attaché, alors il [serait] évident qu'il s'agit [du cas] sans contact, car avec contact on n'aurait pas besoin de la jointure de l'ustensile. Et il semble qu'il faille expliquer que ce demi-olive est attaché à un ke-beitza d'aliments, mais [qu'il] n'est pas attaché à ce point, [de sorte que] si l'on soulevait [le demi-olive], ce ke-beitza d'aliments serait détaché de ce [morceau de] moins d'un ke-zayit — car il n'est pas une poignée pour le reste de l'aliment, mais [seulement] pour [un aliment de] moins d'un ke-zayit. Et selon l'explication du Maître, qui explique ailleurs qu'un aliment, [même] tout petit, reçoit la tum'a, il n'est pas nécessaire de dire qu'il est attaché aux autres aliments, mais [le doute] porte [sur la question de savoir] s'il importe la tum'a à ce demi-olive ; quant à exporter, même si c'était une olive entière et qu'on la touchait, elle ne serait pas impure, car il faut un ke-beitza. Et même s'il ne reçoit pas la tum'a en quelque quantité que ce soit selon la Torah, on peut dire qu'on s'interroge [pour savoir] s'il reçoit la tum'a [au moins] selon les Sages (mi-derabbanan), car selon les Sages il reçoit la tum'a en quelque quantité que ce soit.
💡 Explication

Rav fixe des seuils minimaux : pas de yad pour un aliment de moins d'un ke-zayit (olive) — sa poignée ne transmet pas la tum'a ; et pas de shomer pour un aliment de moins d'un kappol (fève), [le pol étant bien moindre qu'une olive] — le protecteur ne se joint pas et n'importe/exporte pas.

20
ורבי יוחנן אמר: יש יד לפחות מכזית, ויש שומר לפחות מכפול.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : il y a une poignée pour moins d'un ke-zayit, et il y a un protecteur pour moins d'un kappol.

📜 Rachi (1)
ורבי יוחנן אמר כו' ויש שומר לפחות מכפול אבל יד לפחות מכפול לא מדלא ערבינהו ותני יש יד ויש שומר לפחות מכפול:
'Et Rabbi Yo'hanan a dit etc. : et il y a un protecteur pour moins d'un kappol' — mais une poignée pour moins d'un kappol, non, puisqu'il ne les a pas mélangés en enseignant [ensemble] 'il y a une poignée et il y a un protecteur pour moins d'un kappol' [il distingue donc la mesure de la poignée, ke-zayit, de celle du protecteur, kappol].
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan diverge sur les seuils : il y a une yad même pour un aliment de moins d'un ke-zayit, et un shomer même pour moins d'un kappol — qui se joint à la mesure ke-beitza et importe/exporte la tum'a.

21
מיתיבי: שתי עצמות, ועליהן שני חצאי זיתים, והכניס ראשיהן (שנים) [השנים] לבית, והבית מאהיל עליהן – הבית טמא.

On objecte (Oholot 4:8) : deux os, et sur eux deux demi-olives [de chair de mort], et l'on a introduit leurs deux extrémités dans une maison, et la maison les surplombe (maahil) — la maison [est] impure.

📜 Rachi (2)
והכניס ראשיהן השנים אותן ראשין שאין בשר עליהן והן של מת:
'Et l'on a introduit leurs deux extrémités' — ces extrémités sur lesquelles il n'y a pas de chair, et [qui] sont [les extrémités] du mort.
הבית טמא המאהיל על היד כמאהיל על הבשר עצם בלא בשר מטמא במגע ובמשא ואינו מטמא באהל:
'La maison [est] impure' — celle qui surplombe la poignée [est impure] comme [celle qui] surplombe la chair. Un os sans chair transmet la tum'a par contact (maga) et par portage (massa), mais ne transmet pas la tum'a par surplomb (ohel) [à lui seul].
🗂️ Tossefot (1)
והבית מאהיל עליה הבית טמא ויד למת נפקא לן במה הצד מנבלה ותנור דמה נבלה שאין מטמא באהל כו' ואי פרכת מה לנבלה שכן אוכל תאמר במת שאין אוכל כדאמרינן בפרק דם שחיטה תנור יוכיח מה לתנור שכן מטמא מאוירו נבלה תוכיח הצד השוה שבהם שמטמא וידיהם כיוצא בהם כו' וא"ת לענין אהל נימא דיו וי"ל דמעיקרא ודאי לא אשכחן בטומאה חמורה ידות הוה פרכינן על נבילה דיו אבל השתא דאשכחן יד בטומאה חמורה דהוי כגוף לענין מת נמי משוינן יד כגוף:
'Et la maison les surplombe — la maison [est] impure' — et la poignée, pour le mort, nous [la] tirons par [le procédé de] 'ce qu'ils ont en commun' (ma ha-tzad), de la charogne (nevela) et du four (tanour) : de même que la charogne, qui ne transmet pas la tum'a par surplomb [a une poignée], etc. ; et si tu objectes : qu'y a-t-il [à dire] de la charogne, qui est un aliment ? — tu diras [la même chose] pour le mort, qui n'est pas un aliment, comme nous le disons au chapitre Dam Chehita ; le four le prouvera : qu'y a-t-il [à dire] du four, qui transmet la tum'a depuis son espace [intérieur] ? — la charogne [le] prouvera ; le point commun entre eux [est] qu'ils transmettent la tum'a, et leurs poignées [sont] comme eux, etc. Et si tu objectes : à l'égard du surplomb (ohel), disons 'il suffit' (dayo) ! Et l'on peut dire : au départ, certes, nous ne trouvions pas de poignées dans une tum'a grave, [et] nous objections au sujet de la charogne 'il suffit' ; mais maintenant que nous trouvons une poignée dans une tum'a grave, qui est comme le corps [même] à l'égard du mort, nous établissons aussi la poignée comme le corps.
💡 Explication

Objection contre Rav et Rabbi Yo'hanan, depuis une Tossefta : deux os portant chacun, à une extrémité, un demi-olive de chair d'un mort ; on introduit dans une maison les extrémités nues (sans chair), de sorte que la maison surplombe ces extrémités mais non la chair. La maison est impure — comme si elle surplombait la chair elle-même : l'os fait office de yad alors même que chaque demi-olive n'atteint pas le ke-zayit.

22
יהודה בן נקוסא אומר משום רבי יעקב: היאך שני עצמות מצטרפין לכזית?

Yehuda ben Nekossa dit au nom de Rabbi Yaakov : comment deux os se joindraient-ils [pour faire] un ke-zayit ?

📜 Rachi (1)
היאך שני עצמות אם היה עצם אחד ובראשו אחד כזית מודינא דיש לו יד להביא טומאה לבית אבל יד לפחות מכזית לא אמרינן:
'Comment deux os' — s'il y avait un seul os, et à son extrémité un ke-zayit, je concéderais qu'il a une poignée pour amener la tum'a à la maison ; mais une poignée pour [un aliment de] moins d'un ke-zayit, nous ne [le] disons pas.
💡 Explication

Yehuda ben Nekossa, au nom de Rabbi Yaakov, conteste : comment deux os se joindraient-ils pour constituer le ke-zayit, alors que la chair de chacun n'atteint pas l'olive ? [S'il s'agissait d'un seul os portant un ke-zayit entier à son extrémité, il concéderait que l'os fait office de yad pour amener la tum'a à la maison ; mais pour moins d'un ke-zayit, il n'y a pas de yad.]

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).