Sougya : La sougya poursuit la question du tseirouf (jointure) du shomer (l'enveloppe qui protège un aliment) pour atteindre le volume d'un œuf qui rend susceptible à la tum'a. Rav Ochaya ne demande pas si un shomer posé sur un autre shomer se joint (la mishna d'Oukatsin sur les trois pelures de l'oignon l'exclut), mais si UN shomer qu'on a divisé — chaque moitié ne protégeant que son côté — se joint à l'aliment.
On tente de trancher par Rabbi Elazar ben Azaria (les gousses de légumineuses) et par la braita de l'école de Rabbi Yichmael (le blé dans sa pelure), mais Rav Aha fils de Rava ramène tout au yad (le manche) ou à un shomer unique (la rangée de la tige). La Guemara passe ensuite à la Tossefta des deux os portant chacun un demi-kazayit, et à la mahloket Resh Lakich / Rabbi Yo'hanan : le cheveu (nima) est-il un yad ou seulement un shomer ?
S'ensuit l'objection tirée de la peau portant un kazayit de chair, sa résolution par 'le cheveu transperce' (le shomer sur shomer tombe), l'objection des tefilin (ketiva tama) résolue par 'tout trou que l'encre recouvre n'est pas un trou', puis une seconde version (lichna ahrina) de la dispute autour du melai (la barbe de l'épi) et du cheveu parmi les cheveux.
Deux protections (shomer) — qu'en est-il [pour savoir] si elles se joignent ?
Suite de 119a : pour qu'un aliment reçoive la tum'a (impureté des aliments), il faut un volume d'œuf (ke-betsa), et le shomer (l'enveloppe qui protège l'aliment) se compte avec lui. Question : deux protections se joignent-elles avec l'aliment qu'elles enferment pour atteindre ce volume ?
Quel est le cas (heikhi dami) ? Si l'on dit [qu'il s'agit] de l'une sur l'autre (zeh al gav zeh) — or y a-t-il [vraiment] un shomer sur un shomer ?
La Guemara précise la question. Si l'on parle d'un shomer posant sur un autre shomer (deux couches superposées), la difficulté tombe d'elle-même : y a-t-il seulement un statut de shomer pour une protection déjà posée sur une autre protection ?
Mais n'avons-nous pas appris (mishna Oukatsin 2:4) : Rabbi Yehouda dit : il y a trois pelures dans l'oignon — l'intérieure, qu'elle soit entière ou percée (kédoura), se joint ; la médiane, [si elle est] entière, se joint, [si elle est] percée, ne se joint pas ; l'extérieure, dans un cas comme dans l'autre, [reste] pure.
Preuve par la mishna d'Oukatsin sur les trois pelures de l'oignon. La pelure intérieure est elle-même aliment (donc se joint toujours). La médiane est un shomer (se joint si entière). L'extérieure est un shomer posé sur un shomer : elle ne se joint jamais. Preuve qu'il n'y a pas de shomer sur shomer — donc ce n'est pas la question.
Rav Ochaya, [c'est sur] un shomer d'aliment qu'on a divisé (chalko) qu'il pose sa question.
La vraie question de Rav Ochaya ne porte donc pas sur des couches superposées, mais sur un shomer unique qu'on a divisé (chalko) — chaque morceau ne protégeant plus que la portion d'aliment qui lui est attenante. Se joignent-ils encore avec l'aliment ?
Puisque celle-ci ne protège pas celle-là, et que celle-là ne protège pas celle-ci — [peut-être] ne se joignent-elles pas.
Premier côté du doute : chaque moitié du shomer ne protège que sa propre part d'aliment et non l'autre. On pourrait donc dire qu'elles ne se joignent pas, faute de protéger l'ensemble.
Ou peut-être, puisque celle-ci protège sa [propre part] et que celle-là protège sa [propre part], elles se joignent.
Second côté du doute : puisque chaque moitié protège effectivement sa portion d'aliment, et que les deux portions d'aliment sont elles-mêmes jointes, l'ensemble formerait un tout — et les deux shomerim se joindraient pour atteindre le volume requis.
Viens entendre : Rabbi Elazar ben Azaria déclare pur dans le cas de la fève (poul), et impur dans le cas de la légumineuse (kitnit), parce qu'on tient à leur usage (michmichan).
Tentative de preuve (mishna Oukatsin 1:5). Rabbi Elazar ben Azaria déclare pure la gousse de fève (sa gousse, on ne la garde pas), mais impure la gousse de légumineuse, car on en tient compte 'à leur usage'. Comme une seule gousse n'atteint pas le volume d'œuf, il doit parler de plusieurs gousses jointes : preuve qu'un shomer divisé se joint.
Rav Aha fils de Rava dit : [il s'agit] de la tige (koulha), et au titre du yad (manche) ; et que signifie 'be-michmichan' ? — 'be-tachmichan' (par leur usage, [c'est-à-dire pour les porter]).
Rav Aha fils de Rava rejette la preuve : la mishna parle de la tige (koulha) à laquelle les gousses sont attachées, et au titre du yad (manche), non du shomer. La tige sert de manche commun à toutes les gousses. 'Be-michmichan' ne veut pas dire 'à leur protection' mais 'be-tachmichan' — pour les porter.
Viens entendre, [d'après] ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael : 'sur toute semence à semer (qui se sème)' (Lévitique 11:37) — à la manière dont les gens [la] sortent pour semer : le blé dans sa pelure, l'orge dans sa pelure, et les lentilles dans leur pelure.
Autre preuve, par la braita de l'école de Rabbi Yichmael sur le verset 'toute semence à semer' (Lev 11:37) : la susceptibilité à la tum'a vaut quand la graine est dans l'état où on la sème — le blé dans sa pelure, l'orge, les lentilles. Comme une graine et sa pelure ne font pas un volume d'œuf, il parle de plusieurs grains et pelures jointes : preuve qu'un shomer divisé se joint.
Comme l'a dit Rav Aha fils de Rava : [il s'agit] de la tige (koulha), et au titre du yad.
La Guemara rejette aussi cette preuve par la même réponse : il s'agit de la tige à laquelle les grains sont attachés, et au titre du yad (un seul manche), non d'un shomer divisé.
Ici aussi, [il s'agit] de l'épi (chidra), et au titre du shomer.
Précision : la braita de Rabbi Yichmael parle de l'épi (chidra) — la barbe ou tige autour de laquelle les grains sont fichés en couronne — et au titre du shomer, mais d'un shomer unique : tous les grains de l'épi se tiennent ensemble (si l'un tombe, tous tombent). Ce n'est donc pas le cas de Rav Ochaya, où chaque shomer ne protège que sa part.
Soit, les [grains] d'en haut ont besoin de ceux d'en bas ; mais ceux d'en bas, en quoi ont-ils besoin de ceux d'en haut ? — Dans une [seule] rangée (be-had dara).
Objection : on comprend que les grains du haut de l'épi aient besoin de ceux du bas pour ne pas tomber ; mais en quoi ceux du bas ont-ils besoin de ceux du haut ? Réponse : le cas est celui d'une seule rangée (be-had dara), où les grains sont serrés autour de la tige de sorte que si l'un tombe, les autres tombent aussi — tous interdépendants.
Y a-t-il un volume d'œuf d'aliments dans une seule rangée ? — [Oui,] avec le blé de Chimon ben Chatah.
Objection : une seule rangée de grains atteint-elle un volume d'œuf ? Réponse : oui, s'il s'agit du blé énorme du temps de Chimon ben Chatah (décrit ailleurs comme gros comme les deux reins d'un grand bœuf).
Maintenant que tu en es arrivé là, un seul grain de blé aussi [convient], avec le blé de Chimon ben Chatah.
Conclusion : puisqu'on en vient au blé géant de Chimon ben Chatah, il n'est même plus nécessaire de parler de plusieurs grains serrés en rangée — un seul grain de ce blé, avec sa pelure, atteint déjà le volume d'œuf, et alors le shomer se joint à l'aliment. La preuve s'évanouit donc pour la question initiale.
Le corps [même du texte] (goufa) : deux os sur lesquels [se trouvent] deux demi-[volumes d']olive (chetsaye zeitim), et l'on a fait entrer deux de leurs bouts dans la maison, et la maison les recouvre (maahil) — la maison est impure.
La Guemara revient à la Tossefta (citée en 118b). Deux os, chacun portant à un bout un demi-kazayit de chair de cadavre, et l'on fait entrer les autres bouts (nus) dans la maison, de sorte que le toit (maahil) recouvre ces bouts mais non la chair : c'est comme si la maison recouvrait la chair — la maison est impure (tum'at met). L'os fait office de yad qui joint les deux demi-kazayit.
Yehouda ben Nekossa dit au nom de Rabbi Yaakov : comment deux os se joindraient-ils pour [faire] un volume d'olive (kazayit) ?
Objection de Yehouda ben Nekossa au nom de Rabbi Yaakov : comment deux os (portant chacun un demi-kazayit) se joindraient-ils pour former un kazayit complet ? On infère de sa contestation que, dans le cas d'un seul os dont le bout charnu (un kazayit entier) est dehors et le bout nu dans la maison, tous admettent que la maison devient impure : le débat ne porte que sur la jonction de deux demis.
Resh Lakich a dit : on n'a enseigné [cela] que pour l'os, qui constitue un yad (manche), mais un cheveu (nima) ne constitue pas un yad. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même un cheveu constitue aussi un yad.
Mahloket (voir le schéma). Resh Lakich : la règle (le bout nu rend la maison impure) ne vaut que pour l'os, qui est un vrai yad (manche solide) ; mais un cheveu (nima) tenant à un kazayit de chair n'est pas un yad (un yad transmet la tum'a même si l'on touche loin de la chair ; le shomer seulement en face de la chair). Rabbi Yo'hanan : même un cheveu est un yad.
Rabbi Yo'hanan objecta à Resh Lakich : une peau sur laquelle [se trouve] un volume d'olive de chair (kazayit bassar) — celui qui touche le filament (tsiv) qui en sort, ou le poil (saara) qui [est] en face de lui, est impur. N'est-ce pas au titre du yad ?
Rabbi Yo'hanan objecte (mishna, plus loin 124a). Une peau de charogne portant un kazayit de chair : qui touche le filament de chair (tsiv) qui en sort, ou un poil du côté opposé, est impur (tum'at nevela). N'est-ce pas parce que le poil sert de yad ? — contre Resh Lakich qui nie au cheveu le statut de yad.
Non, au titre du shomer. Mais y a-t-il un shomer sur un shomer ?
[Le cheveu] transperce de part en part (halhoulei mehalhel).
Réponse de Resh Lakich : non, le poil rend impur au titre de shomer (protection), non de yad. Objection : la peau est déjà un shomer, et le poil est sur la peau — y a-t-il un shomer sur shomer ? Réponse : le poil transperce la peau (halhoulei mehalhel) et descend jusqu'à la chair — il protège donc directement la chair, et ce n'est pas un shomer sur shomer.
Rav Aha bar Yaakov objecta : mais alors (s'il transperce), comment écrivons-nous les tefilin ? Or il nous faut une écriture parfaite (ketiva tama), et [elle] manque [puisque le cuir est troué] !
Objection de Rav Aha bar Yaakov : si la peau est trouée partout où un poil la transperce, comment écrire des tefilin sur du parchemin ? La Torah exige une écriture parfaite (ketiva tama, d'après 'ou-khtavtam') — non interrompue ; or un cuir percé de trous l'empêche.
Lui a échappé ce que l'on dit en Occident (Terre d'Israël) : tout trou que l'encre recouvre (che-ha-deyo over alav) n'est pas un trou.
Réponse : Rav Aha bar Yaakov a oublié l'enseignement de Terre d'Israël : tout trou que l'encre recouvre (sur lequel l'encre passe) n'est pas un trou [invalidant]. Les minuscules perforations laissées par les poils, recouvertes par l'encre, n'entament donc pas la ketiva tama des tefilin.
Et si tu veux, dis [autrement] : tout [cela est] au titre du yad, comme l'a dit Rabbi Ela : [il s'agit] d'une barbe parmi les barbes (be-melai chebein ha-melaim).
Autre réponse à l'objection de Rabbi Yo'hanan : tout (et le filament et le poil) rend impur au titre de yad, sans contredire Resh Lakich pour un cheveu isolé. Car, comme l'a dit Rabbi Ela, la mishna parle d'une barbe parmi des barbes (melai parmi les melaim) — c'est-à-dire d'un poil parmi de nombreux poils, qui ensemble forment un yad solide.
Ici aussi, [il s'agit] d'un cheveu parmi les cheveux (be-nima chebein ha-nimin).
Application : de même, la mishna de la peau parle d'un cheveu parmi de nombreux cheveux (non d'un cheveu isolé). Plusieurs cheveux ensemble tiennent fermement la chair et constituent donc un yad — on peut soulever la chair par eux sans qu'ils se détachent.
Et où a-t-on énoncé [l'enseignement] de Rabbi Ela ? Sur ceci : les barbes (melai) qui [sont] dans les épis se rendent impures et rendent impur, mais ne se joignent pas.
La barbe, à quoi est-elle propre [pour être un yad] ? Rabbi Ilai a dit : [il s'agit] d'une barbe parmi les barbes.
Source de l'enseignement de Rabbi Ela (mishna Oukatsin 1:3). Les barbes (melai) des épis peuvent recevoir et transmettre la tum'a (elles sont yad), mais ne se joignent pas aux grains (le yad ne se compte pas dans le volume). Question : à quoi une barbe est-elle propre [pour servir de yad, puisqu'elle casse quand on la saisit] ? Réponse de Rabbi Ilai (= Rabbi Ela) : une barbe parmi les barbes — saisies ensemble, elles ne cassent pas.
Une autre version (lichna ahrina), certains l'énoncent [ainsi].
La Guemara introduit une seconde version (lichna ahrina) de la dispute Rabbi Yo'hanan / Resh Lakich. Dans cette version, tous deux conviennent qu'un cheveu isolé n'est pas un yad ; ils ne diffèrent que sur plusieurs cheveux — Resh Lakich y voyant un simple shomer, et Rabbi Yo'hanan objectant à partir de la mishna de la peau.
Et ainsi est-il logique : [c'est] au titre du shomer ; car si tu venais à penser [que c'est] au titre du yad — un seul cheveu, à quoi est-il propre ?
Argument de la seconde version : il est plus logique que la mishna de la peau rende impur au titre de shomer et non de yad ; car si c'était au titre du yad, un cheveu isolé — à quoi serait-il propre comme manche, puisqu'il casse aussitôt qu'on le saisit ?
Comme l'a dit Rabbi Ela : [il s'agit] d'une barbe parmi les barbes — ici aussi, [il s'agit] d'un cheveu parmi les cheveux.
Réponse (dans la seconde version) : on peut maintenir que c'est au titre du yad, comme l'a expliqué Rabbi Ela pour la mishna des barbes — il s'agit d'une barbe parmi les barbes ; de même ici, la peau est saisie par un cheveu parmi de nombreux cheveux, qui ensemble forment un yad.
Et où a-t-on énoncé [l'enseignement] de Rabbi Ilai ? Sur ceci, [d'après] ce que nous avons appris : les barbes (melai) qui [sont] dans les épis se rendent impures et rendent impur, mais ne se joignent pas.
La barbe, à quoi est-elle propre ? Rabbi Ilai a dit : [il s'agit] d'une barbe parmi les barbes.
Répétition de la source dans la seconde version (mishna Oukatsin) : les barbes des épis reçoivent et transmettent la tum'a mais ne se joignent pas [aux grains], car elles sont yad et non shomer ; et Rabbi Ilai précise : une barbe parmi les barbes.
Et il y a [ceux] qui l'enseignent
Charnière : la Guemara annonce encore une autre manière d'enseigner cette dispute de Rabbi Yo'hanan et Resh Lakich — l'établissant cette fois sur la mishna [de la peau elle-même], et non sur la braita des deux os. Le développement se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).