Chullin 120a — le poil comme shomer, le jus et les épices, et les interdits liquéfiés (nefesh inclut le buveur)

Chullin 120a

Sougya : Le daf prolonge la michna (peau, jus, kifa, os, tendons, cornes, sabots se joignent à la viande pour le volume d'un œuf, ke-beitsa, de l'impureté alimentaire). Premier débat : le poil est-il un shomer (gardien-protection) ?

Resh Lakich dit non (il n'y a pas de shomer sur un shomer, la peau protégeant déjà) ; Rabbi Yo'hanan dit que le poil perfore la peau (hilhoul) et protège la chair directement — d'où l'objection de Rav Aha sur l'écriture des téfilines, résolue par 'tout trou que l'encre recouvre n'est pas un trou'. La michna est ensuite expliquée mot à mot : rotev (le jus) = helev figé sorti de la viande, kifa = les épices (tavlin).

De là, la Guemara passe au thème central : un interdit liquéfié puis avalé (sang figé, graisse fondue, levain délayé, charogne d'oiseau pur fondue) demeure passible ou impur, car le verset écrit 'nefech' (âme) — Resh Lakich en tire 'pour inclure celui qui boit'. Les trois occurrences de 'nefech' sont déclarées nécessaires (tsrikhi), chacune ayant sa rigueur propre, par un long examen de déductions à fortiori.

La sougya s'achève sur 'ha-tmeim' (les impurs) qui interdit le jus, le bouillon et la kifa des reptiles, nécessaire pour enseigner que la mesure y est la lentille et non l'olive.

Le poil compte-t-il comme shomer (protection) de la chair ? le shomer se joint à la chair pour atteindre le ke-beitsa (volume d'un œuf) de l'impureté alimentaire Resh Lakich l'os est shomer -> se joint le poil n'est PAS shomer car il y a déjà la peau comme shomer, et il n'y a pas de shomer sur un shomer poil -> ne se joint pas objection 5 : le poil sert de YAD (poignée), pas de shomer (un poil parmi des poils) Rabbi Yo'hanan même le poil est shomer -> il se joint aussi le poil traverse-perfore la peau (hilhoul) et touche la chair directement objection 3 (Rav Aha) : alors les téfilines ? réponse : tout trou que l'encre recouvre n'est pas un trou (West)
Le débat d'ouverture (segments 1-6) : Resh Lakich contre Rabbi Yohanan sur le poil comme shomer, et la réponse à Rav Aha.
'Nefesh' inclut celui qui BOIT : trois interdits liquéfiés fondre puis avaler reste interdit / impur, car le verset écrit 'âme' (nefech), pas seulement 'manger' Helev (graisse) fondu et avalé -> karet spécifique : n'a jamais eu de moment d'aptitude ; et permis par exception Hamets (levain) délayé et avalé -> karet spécifique : punissable de karet ; et n'a jamais été permis par exception Nevela (charogne) oiseau pur fondu au feu -> impur (tame) au soleil : se gâte (impropre) -> pur ; spécifique : elle rend impur Les trois 'nefesh' sont nécessaires (tsrikhi) aucun ne se déduit d'un seul autre ; et aucun ne se déduit de la paire des deux autres : chacun a sa rigueur propre (karet / pas de moment d'aptitude / pas permis par exception / rend impur)
Le coeur du daf (segments 17-28) : 'nefesh' inclut celui qui boit, applique à la graisse, au levain et à la charogne ; les trois sont nécessaires.
Rotev (jus) et kifa : ce qui SE JOINT mais n'est pas mangeable seul Rotev (le jus) Rava : la graisse (choumana) réfute (Abaye) : se mange seule -> impure seule conclusion : helev de-karich le suc figé sorti de la viande figé -> se joint ; non figé -> ne se joint pas (impureté : même shiour requis, pas comme Yom Kippour) Kifa Rabba : le hachis figé (pirma) réfute (Abaye) : se mange seul -> impur seul conclusion (Rav Papa) : tavlin les épices, qu'on ne mange pas seules se joignent à la viande pour le ke-beitsa
L'explication de la michna (segments 8-14) : ce qu'est le rotev et la kifa, et pourquoi seul le figé se joint.
1
אמתניתין: ״העור והרוטב והקיפה וכו׳״ מצטרפין לטמא טומאת אכלין.

[Le débat porte] sur notre michna : 'la peau, le jus, la kifa, etc.' [tous ces éléments] se joignent [à la viande] pour [lui] communiquer l'impureté des aliments (toumat okhlin).

📜 Rachi (1)
אמתניתין דקתני עצמות מצטרפין ועל כרחך משום שומר דהא יד לא מצטרף אבל נימא לא הוי שומר ולא מצטרף דאין שומר על גבי שומר:
[Le débat porte] sur notre michna — car il y est enseigné [que] les os se joignent, et c'est forcément à cause [de leur statut de] shomer (gardien-protection), puisqu'une yad (poignée) ne se joint pas ; mais [pour] le poil, disons [qu'il] n'est pas un shomer et ne se joint pas, car il n'y a pas de shomer sur un shomer.
💡 Explication

La sougya s'ouvre en rattachant la controverse à la michna : peau, jus figé (rotev), kifa, os, tendons, cornes et sabots se joignent à la viande pour compléter le volume d'un œuf (ke-beitsa) requis afin de transmettre l'impureté des aliments.

2
אמר ריש לקיש: לא שנו אלא עצם, דהוי שומר, אבל נימא לא הויא שומר. ורבי יוחנן אמר: אפילו נימא נמי הויא שומר.

Resh Lakich a dit : on n'a enseigné [cela] que pour l'os, qui est un shomer (gardien) ; mais le poil (nima) n'est pas un shomer. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même le poil aussi est un shomer.

💡 Explication

Première position. Resh Lakich : seul l'os (et les autres éléments de la michna) se joint, parce qu'il constitue un shomer (une protection) pour la chair ; le poil, lui, n'est pas un shomer [et ne se joint pas]. Rabbi Yo'hanan : même le poil est un shomer [et se joint donc lui aussi].

3
אמר ליה ריש לקיש לרבי יוחנן: ומי איכא שומר על גבי שומר? חלחולי מחלחל.

Resh Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : mais y a-t-il [vraiment] un shomer sur un shomer [la peau protège déjà la chair, et le poil est sur la peau] ? [Rabbi Yo'hanan répondit :] il perfore-traverse [la peau] (hilhoulei mehalhel) [et touche directement la chair].

💡 Explication

Objection de Resh Lakich : il n'y a pas de shomer sur un shomer — la peau protège déjà la chair, et le poil n'est que sur la peau, donc un second shomer superflu. Réponse de Rabbi Yo'hanan : le poil perfore et traverse la peau (hilhoul) et atteint la chair, lui servant ainsi de protection directe.

4
מתקיף לה רב אחא: אלא מעתה, תפילין היכי כתבינן? הא בעינן כתיבה תמה, וליכא!

Rav Aha objecte à cela : mais alors, comment écrivons-nous les téfilines ? Or nous exigeons une écriture parfaite (ketiva tama), et [cela] manque [si la peau est percée de trous par les poils] !

💡 Explication

Objection de Rav Aha à Rabbi Yo'hanan : si les poils perforent réellement la peau, comment écrire valablement les téfilines ? La Tora exige une écriture parfaite (ketiva tama), sans trou dans les lettres — impossible si la peau est criblée de trous.

5
אישתמיטתיה הא דאמרי במערבא: כל נקב שהדיו עובר עליו – אינו נקב.

Lui avait échappé ce que l'on dit en Occident (Terre d'Israël) : tout trou (nekev) sur lequel l'encre passe [et qu'elle recouvre] n'est pas [considéré comme] un trou.

💡 Explication

Réponse : il a échappé à Rav Aha l'enseignement de la Terre d'Israël ('en Occident') — tout trou que l'encre recouvre n'est pas [tenu pour] un trou [qui invaliderait l'écriture]. Les minuscules perforations laissées par les poils ne disqualifient donc pas les téfilines.

6
איתיביה רבי יוחנן לריש לקיש: עור שיש עליו כזית בשר, הנוגע בציב היוצא ממנו, ובשערה שכנגדו – טמא. מאי לאו משום שומר? לא, משום יד.

Rabbi Yo'hanan objecta à Resh Lakich : une peau sur laquelle il y a un kazayit (volume d'une olive) de viande — celui qui touche un filament (tsiv) qui en sort, ou un poil qui lui fait face (de l'autre côté) — est impur. N'est-ce pas à cause [de leur statut de] shomer ?

[Réponse :] non, à cause [de leur statut de] yad (poignée).

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan objecte à Resh Lakich à partir d'une michna (124a) : une peau portant un kazayit de viande — celui qui touche un filament de chair qui en sort, ou un poil situé à l'opposé, devient impur. N'est-ce pas parce que le poil est un shomer ? Réponse de Resh Lakich : non, c'est parce que le poil sert de yad (poignée, prise pour soulever la chair), ce qui transmet l'impureté au contact mais ne se joint pas pour le volume.

7
נימא אחת למאי חזיא? כדאמר רבי אילעא: במלאי שבין המלאין, הכי נמי בנימא שבין הנימין.

À quoi est apte un seul poil [pour qu'il soit une yad] ? Comme l'a dit Rabbi Ila : [il s'agit] d'une barbe d'épi (malai) parmi des barbes — de même ici, [il s'agit] d'un poil parmi des poils.

💡 Explication

Difficulté : un seul poil, comment servirait-il de poignée ? Réponse, par analogie avec un enseignement de Rabbi Ila sur la barbe d'épi (malai) : il s'agit non d'un poil isolé mais d'un poil parmi plusieurs poils — la touffe permet de saisir et de soulever la chair sans que le poil se détache, d'où son statut de yad.

8
והיכא איתמר דרבי אילעא? אהא דתנן: המלאי שבשבלין מטמאין ומיטמאין ואין מצטרפין. מלאי למאי חזי? אמר רבי אילעא: במלאי שבין המלאין.

Et où l'enseignement de Rabbi Ila a-t-il été formulé ? À propos de ce que nous avons appris : la barbe d'épi qui est sur les épis devient impure et communique l'impureté, mais ne se joint pas.

À quoi est apte une barbe d'épi [pour être une yad] ? Rabbi Ila a dit : [il s'agit] d'une barbe d'épi parmi des barbes.

💡 Explication

Source de l'enseignement de Rabbi Ila : une michna sur la barbe d'épi (malai) — elle devient impure et transmet l'impureté (en tant que yad), mais ne se joint pas pour le volume. Comment une seule barbe sert-elle de poignée ? Rabbi Ila : il s'agit d'une barbe parmi plusieurs barbes. Le parallèle éclaire le cas du poil.

9
והרוטב. מאי רוטב? אמר רבא: שומנא.

'Et le jus (rotev)'. Qu'est-ce que le rotev ?

Rava a dit : la graisse (choumana).

📜 Rachi (1)
שומנא שומן שעל המרק:
La graisse (choumana) — la graisse qui [surnage] sur le bouillon.
💡 Explication

La michna mentionne le rotev (jus) parmi ce qui se joint à la viande. La Guemara demande de quoi il s'agit. Rava : c'est la graisse (choumana) qui surnage sur le bouillon de viande cuite.

10
אמר ליה אביי: הוא עצמו יטמא טומאת אכלין! אלא חלב דקריש.

Abaye lui dit : mais elle-même [cette graisse] devrait recevoir l'impureté des aliments [puisqu'on la mange] ! Plutôt, [c'est] la graisse [le suc] qui s'est figé (helev de-karich).

📜 Rachi (2)
אמר ליה אביי שומן למה לי לאצטרופי דקתני מצטרפין לטמא טומאת אוכלין בהדי בשר הא בפני עצמו לא ושומן אמאי לא אוכל מעליא הוא:
Abaye lui dit — pourquoi me faut-il de la graisse pour [parler de] se joindre, alors qu'il est enseigné 'ils se joignent pour communiquer l'impureté des aliments' avec la viande, [ce qui implique] que par elle-même [la graisse] ne [reçoit] pas [l'impureté] ? Or la graisse, pourquoi [ne recevrait-elle] pas [l'impureté] ? C'est un aliment à part entière !
חלב דקריש לחה היוצאה מן הבשר שקורין גלייר"א:
La graisse qui s'est figée (helev de-karich) — l'humeur (sécrétion) qui sort de la viande, que l'on appelle 'glaire'.
💡 Explication

Réfutation d'Abaye : si le rotev était la graisse comestible, elle recevrait l'impureté par elle-même (et n'aurait pas besoin de se 'joindre'). Conclusion : le rotev est le suc figé (helev de-karich) — la sécrétion sortie de la viande qui se coagule, qu'on ne mange pas, mais qui se joint à la viande pour le volume.

11
מאי איריא קריש? כי לא קריש נמי! דאמר ריש לקיש: ציר שעל גבי ירק מצטרף לככותבת ביום הכפורים.

Pourquoi [parler] spécialement [du suc] figé ? Même [s']il n'est pas figé [il devrait se joindre] aussi !

Car Resh Lakich a dit : la saumure (tsir) qui est sur un légume se joint [au légume] pour [atteindre la mesure d'une] datte (ka-kotevet) le jour de Kippour.

📜 Rachi (2)
ציר שעל גבי ירק משקה היוצא מן הירק. ל"א ציר שהיו מטבילין מאכלן בציר:
La saumure (tsir) qui est sur un légume — le liquide qui sort du légume. Autre version : la saumure dans laquelle on trempait sa nourriture.
מצטרפין לככותבת ואע"ג דלא קריש כיון דבהדי אוכל מיחבר אוכל הוא:
Se joint pour [atteindre la mesure d'une] datte — et quoiqu'elle ne soit pas figée, puisqu'elle est attachée à l'aliment, elle est [tenue pour] aliment.
💡 Explication

Difficulté : pourquoi le rotev ne se joint-il que figé ? Même liquide il devrait se joindre, comme l'a dit Resh Lakich : la saumure (tsir) sur un légume se joint au légume pour compléter la mesure d'une datte (ka-kotevet) qui rend passible à Yom Kippour. Un suc liquide devrait pareillement se joindre.

12
התם משום יתובי דעתא הוא, בכל דהו מיתבא דעתיה.

Là-bas [à Yom Kippour], c'est à cause [du fait que cela] apaise l'esprit (yitouvei daata) : par n'importe quelle [quantité] son esprit s'apaise [donc on est passible même pour un liquide].

📜 Rachi (1)
ומשני התם טעמא דיוה"כ לאו משום אוכלא הוא דאי נמי לאו אוכלא כיון דמייתבא דעתיה מחייב דהא לא תעונה כתיב (ויקרא כג) וזה לא התענה אבל הכא אוכל ומשקה אין מצטרפין דהא לא שוו שיעורייהו. ואע"ג דהתם נמי תנן (יומא דף עג:) אכל ושתה אין מצטרפין ה"מ אכל ושתה דקים להו לרבנן דלא מייתבא דעתיה בהכי אבל ציר שע"ג ירק קים להו לרבנן דמייתבא:
Et [la Guemara] répond : là-bas — la raison [propre] à Yom Kippour n'est pas à cause [du statut d']aliment ; car même si ce n'est pas un aliment, dès lors que son esprit s'apaise, il est passible, puisqu'il est écrit 'vous ne vous affligerez pas' (Lévitique 23) et celui-ci ne s'est pas affligé. Mais ici [pour l'impureté], aliment et liquide ne se joignent pas, car leurs mesures ne sont pas égales. Et bien que là-bas aussi nous ayons appris (Yoma 73b) 'il a mangé et il a bu, [cela] ne se joint pas' — cela [vaut pour] 'manger et boire', car il est établi pour les Sages que l'esprit ne s'apaise pas par cela ; mais [pour] la saumure sur un légume, il est établi pour les Sages que [l'esprit] s'apaise.
💡 Explication

Réponse : le cas de Yom Kippour est différent. Là, ce qui rend passible n'est pas le statut d'aliment mais le fait que cela apaise l'esprit (yitouvei daata) — or la Tora interdit toute consommation qui apaise, fût-elle liquide ('vous affligerez vos âmes'). Donc la saumure liquide compte.

13
הכא משום איצטרופי הוא, אי קריש – מצטרף, אי לא קריש – לא מצטרף.

Ici [pour l'impureté], c'est à cause de la jonction (itsteroufei) [pour compléter une mesure commune] : s'il est figé — il se joint ; s'il n'est pas figé — il ne se joint pas.

💡 Explication

Suite de la réponse : pour l'impureté, il s'agit de se joindre afin de compléter une mesure — or aliment et liquide n'ont pas la même mesure (l'aliment, le volume d'un œuf ; le liquide, un autre seuil). Donc seul le suc figé (devenu solide) se joint à la viande ; non figé, il ne se joint pas.

14
והקיפה, מאי קיפה? אמר רבה: פירמא.

'Et la kifa'. Qu'est-ce que la kifa ?

Rabba a dit : le hachis [figé] (pirma).

📜 Rachi (1)
קיפה פונדרייל"א דק שבבשר שצולל ליסוד הקדרה שקורין פונדרייל"א:
Kifa — le fin [hachis] de viande qui se dépose au fond de la marmite, que l'on appelle 'pondreille'.
💡 Explication

La michna mentionne la kifa. De quoi s'agit-il ? Rabba : le hachis de viande cuite (pirma) qui se fige et se dépose au fond de la marmite.

15
אמר ליה אביי: הוא עצמו יטמא טומאת אכלין! אלא אמר רב פפא: תבלין.

Abaye lui dit : mais lui-même [ce hachis] devrait recevoir l'impureté des aliments [puisqu'on le mange] ! Plutôt, Rav Papa a dit : [ce sont] les épices (tavlin).

📜 Rachi (1)
תבלין באנפי נפשייהו ולא אכלי להו אינשי:
Les épices (tavlin) — [prises] par elles-mêmes, les gens ne les mangent pas.
🗂️ Tossefot (1)
הוא עצמו יטמא טומאת אוכלין הוה מצי למימר יטמא טומאת נבלות א"נ טומאת נבלות לא מטמא דאיכא מילי טובא דמטמא טומאת אוכלין ולא מטמא טומאת נבלות כדתנן (לעיל חולין דף קיז:) השוחט בהמה לעובד כוכבים ומפרכסת כו':
Lui-même devrait recevoir l'impureté des aliments — il aurait pu dire [aussi] 'qu'il reçoive l'impureté des charognes (toumat nevelot)'. Ou bien [il dit toumat okhlin parce que cette graisse] ne reçoit pas l'impureté des charognes, car il y a beaucoup de choses qui reçoivent l'impureté des aliments et ne reçoivent pas l'impureté des charognes, comme nous l'avons appris (plus haut, Houlin 117b) : 'celui qui abat une bête pour un idolâtre, et [qu']elle palpite encore, etc.'
💡 Explication

Même réfutation d'Abaye : le hachis, étant comestible, recevrait l'impureté par lui-même. Conclusion de Rav Papa : la kifa désigne les épices (tavlin), qu'on ne mange pas seules mais qui se joignent à la viande pour le volume requis.

16
תנן התם: הקפה את הדם ואכלו, או שהמחה את החלב וגמעו – חייב.

Nous avons appris là-bas : celui qui a figé le sang (hikpa et ha-dam) et l'a mangé, ou qui a fondu la graisse (himha et ha-helev) et l'a gobée — est passible (hayav).

📜 Rachi (1)
הקפה הקרישו על גבי האור:
A figé (hikpa) — il l'a fait coaguler sur le feu.
🗂️ Tossefot (1)
הקפה הדם ואכלו הקפהו בחמה מיירי כדפרשינן בהקומץ רבה (מנחות דף כא.) אבל באור לא דדם שבשלו אינו עובר עליו:
Celui qui a figé le sang et l'a mangé — il s'agit de [sang] qu'il a figé au soleil, comme nous l'avons expliqué dans [le chapitre] Ha-kometz Rabba (Menahot 21a) ; mais [s'il l'a figé] au feu, non, car le sang qu'on a cuit, on ne transgresse pas à son sujet.
💡 Explication

Transition vers le grand thème du daf. Une braita : celui qui fige le sang [puis] le mange, ou qui fond la graisse [interdite, le helev] puis l'avalé d'un trait, est passible. Le sang figé devient 'aliment' ; mais la graisse fondue redevenue liquide pose problème — l'interdit porte sur le 'manger'.

17
בשלמא הקפה את הדם ואכלו, כיון דאקפיה אחשובי אחשביה, אלא המחה את החלב וגמעו – אכילה כתיבא ביה, והא לאו אכילה היא!

Soit, celui qui a figé le sang et l'a mangé [est passible] — puisqu'il l'a figé, il lui a conféré de l'importance (ahchevei) ; mais celui qui a fondu la graisse et l'a gobée — or 'manger' (akhila) est écrit à son sujet, et ceci n'est pas [un acte de] manger !

💡 Explication

Objection : pour le sang figé, c'est clair — en le figeant on lui confère de l'importance (ahchava) d'aliment. Mais pour la graisse fondue puis gobée : la Tora écrit 'manger' (akhila) à propos du helev, et avaler un liquide n'est pas manger — pourquoi serait-il passible ?

18
אמר ריש לקיש: אמר קרא ״נפש״ – לרבות את השותה.

Resh Lakich a dit : le verset dit 'âme' (nefech) — pour inclure celui qui boit.

📜 Rachi (1)
לרבות את השותה מדכתיב (ויקרא ז) ונכרתה הנפש נפש משמע כל דבר המיישב דעתו של אדם ואפילו שותה כמו (בראשית כג) אם יש את נפשכם שהיא לשון תאוה וקורת רוח שהנפש נהנה ממנו:
Pour inclure celui qui boit — du fait qu'il est écrit 'et l'âme (nefech) sera retranchée' (Lévitique 7), 'nefech' indique toute chose qui apaise l'esprit de l'homme, y compris celui qui boit ; comme [dans] (Genèse 23) 'si telle est votre âme (nefech)', qui est une expression de désir et de contentement de l'esprit, car l'âme y prend plaisir.
🗂️ Tossefot (1)
לרבות השותה וא"ת ולמה לי קרא הא שתיה הויא בכלל אכילה כדדרשי' בפ"ג דשבועות (דף כג.) מדכתיב ואכלת לפני וגו' מעשר דגנך תירושך וקרי תירוש אכילה וי"ל דהתם במילי דשתיה כגון יין ושמן והכא במידי דבר אכילה דממחי להו ושתי להו:
Pour inclure celui qui boit — et si tu dis : pourquoi me faut-il un verset, puisque le boire est inclus dans le manger, comme nous le dérivons au chapitre 3 de Chevouot (23a) du fait qu'il est écrit 'et tu mangeras devant [l'Éternel ton Dieu]... la dîme de ton blé, de ton vin nouveau (tirochekha)', et que l'on appelle le 'tiroch' (vin) 'manger' ? On peut répondre : là-bas il s'agit de choses [naturellement] à boire, comme le vin et l'huile ; mais ici il s'agit de choses [naturellement] à manger, qu'il fond et qu'il boit [donc un verset spécial est requis].
💡 Explication

Réponse de Resh Lakich : le verset sur la graisse écrit 'l'âme (nefech) qui [la] mange sera retranchée' — le mot nefech élargit l'interdit pour inclure celui qui boit (qui avalé la graisse fondue). 'Nefesh' désigne tout ce qui apaise et satisfait, donc aussi la boisson.

19
תניא נמי גבי חמץ כהאי גונא: המחהו וגמעו – אם חמץ הוא, ענוש כרת; אם מצה היא, אין אדם יוצא בה ידי חובתו בפסח.

Et il est enseigné pareillement aussi à propos du hamets (levain), de cette manière : celui qui l'a délayé-fondu (himhahou) et l'a gobé — si c'est du hamets, il est passible de karet ; si c'est de la matsa, on ne s'acquitte pas de son obligation avec elle à Pessa'h.

📜 Rachi (1)
המחהו התיכו לעוף טהור באור שקורין פונדר"א וגמעו מטמא בגדים אבית הבליעה:
Il l'a délayé (himhahou) — il l'a fondu [s'agissant d'un] oiseau pur dans le feu, ce que l'on appelle 'pondre', et il l'a gobé : [cela] rend les vêtements impurs dans le gosier (bet ha-bli'a).
💡 Explication

Enseignement parallèle pour le levain : si l'on délaye du pain dans l'eau et qu'on l'avalé d'un trait à Pessa'h — levain : passible de karet ; matsa : on ne s'acquitte pas de l'obligation de manger la matsa avec elle.

20
בשלמא אם מצה היא אין אדם יוצא בה ידי חובתו בפסח, ״לחם עני״ אמר רחמנא, והאי לאו לחם עני הוא. אלא אם חמץ הוא ענוש כרת, אכילה כתיבא ביה!

Soit, si c'est de la matsa, on ne s'acquitte pas de son obligation à Pessa'h — [car] 'pain de pauvreté' (le'hem oni) a dit le Miséricordieux, et celle-ci n'est pas du pain de pauvreté. Mais si c'est du hamets, il est passible de karet — or 'manger' (akhila) est écrit à son sujet [et avaler un liquide n'est pas manger] !

🗂️ Tossefot (2)
לחם עוני אמר רחמנא הוה מצי למימר נמי אכילה כתיב ביה:
'Pain de pauvreté' a dit le Miséricordieux — il aurait pu dire aussi [simplement] que 'manger' est écrit à son sujet [pour expliquer pourquoi on ne s'acquitte pas].
אלא אם חמץ הוא ענוש כרת הא אכילה כתיב ביה אע"ג דהוא אסור בהנאה הנאת חמץ לית ביה כרת אלא לאו:
Mais si c'est du hamets il est passible de karet, or 'manger' est écrit à son sujet — bien qu'[il soit] interdit de profit (assour be-hana'a), le profit du hamets ne comporte pas de karet, mais seulement un interdit simple (lav).
💡 Explication

Objection symétrique. Pour la matsa délayée, c'est clair : la Tora exige du 'pain de pauvreté' (le'hem oni), et ce délayage n'en est plus un. Mais pour le levain délayé, pourquoi karet ? Là encore 'manger' est écrit, et avaler n'est pas manger.

21
אמר ריש לקיש: אמר קרא ״נפש״ – לרבות את השותה.

Resh Lakich a dit : le verset dit 'âme' (nefech) — pour inclure celui qui boit.

💡 Explication

Même réponse de Resh Lakich pour le levain : le verset sur le hamets écrit 'cette âme (nefech) sera retranchée' — 'nefesh' inclut celui qui boit [le levain délayé].

22
ותניא נמי גבי נבלת עוף טהור כהאי גונא: המחהו באור – טמא, בחמה – טהור. והוינן בה: אכילה כתיב ביה!

Et il est enseigné pareillement aussi à propos de la charogne d'un oiseau pur (nivlat of tahor), de cette manière : celui qui l'a fondue au feu [et l'a gobée] — [il est] impur ; au soleil — [il est] pur. Et nous avons discuté là-dessus : 'manger' (akhila) est écrit à son sujet [comment serait-il impur en buvant] !

📜 Rachi (1)
המחהו בחמה וגמעו טהור וטעמא מפרש לקמן:
Il l'a fondue au soleil — et l'a gobée : [il reste] pur ; et la raison en est expliquée plus loin.
💡 Explication

Troisième cas parallèle : la charogne d'oiseau pur (qui rend impur quand on la mange). Celui qui la fond au feu et l'avalé devient impur ; au soleil, il reste pur (raison donnée plus loin). Objection : 'manger' est écrit à propos de l'impureté de la charogne — comment l'impureté s'attacherait-elle à un acte de boire ?

23
אמר ריש לקיש: אמר קרא ״נפש״ – לרבות את השותה. אי הכי, בחמה נמי? בחמה איסרוחי מסרח.

Resh Lakich a dit : le verset dit 'âme' (nefech) — pour inclure celui qui boit. Si [c'est] ainsi, au soleil aussi [il devrait être impur] ?

Au soleil, elle se gâte (issrouhei masrah) [donc elle n'est plus un aliment].

📜 Rachi (1)
וכל נפש אשר תאכל נבלה וגו' גבי נבלת עוף טהור כתיב (ויקרא יז):
'Et toute âme (nefech) qui mange une charogne...' — [cela] est écrit à propos de la charogne d'un oiseau pur (Lévitique 17).
💡 Explication

Même réponse : le verset sur la charogne écrit 'toute âme (nefech) qui mange une charogne' — 'nefesh' inclut celui qui boit. Objection : alors même fondue au soleil, on devrait être impur ! Réponse : au soleil, la charogne met du temps à fondre et se gâte (issrouhei masrah) — devenue impropre à la consommation, elle ne transmet plus l'impureté.

24
וצריכי, דאי כתב רחמנא חלב – חמץ לא אתי מיניה, שכן לא היתה לו שעת הכושר; נבלה לא אתי מיניה, שכן ענוש כרת.

Et [les trois versets] sont nécessaires (tsrikhi) : car si le Miséricordieux n'avait écrit [que pour] la graisse — le hamets n'en aurait pas été déduit, car [la graisse a une rigueur particulière :] elle n'a pas eu de moment d'aptitude (cheat ha-kocher) ; [et] la charogne n'en aurait pas été déduite, car [la graisse a une rigueur :] elle est passible de karet.

🗂️ Tossefot (1)
חמץ לא אתי מיניה שכן לא היתה לו שעת הכושר וא"ת חלב נמי הוי לו שעת הכושר כשהיה במעי אמו דאפילו רבי יוחנן דאמר (לעיל חולין דף עה.) תלש חלב מבן ט' חי דחדשים גרמי בבן ח' מודה ויש לומר דחמץ כמו שהוא עתה היתה לו שעת הכושר ושוב לא נשתנה אבל חלב אחר שיצא לאויר העולם לא היתה לו שעת הכושר להיתר:
Le hamets n'en est pas déduit, car elle n'a pas eu de moment d'aptitude — et si tu dis : la graisse aussi a eu un moment d'aptitude, lorsqu'elle était dans le ventre de sa mère ; car même Rabbi Yo'hanan, qui dit (plus haut, Houlin 75a) 'celui qui a arraché de la graisse d'un [foetus] de neuf mois vivant — [ce sont] les mois qui font' [son aptitude], admet pour un [foetus] de huit mois [qu'il n'y a pas d'aptitude] ? On peut répondre : le hamets, tel qu'il est maintenant, a eu un moment d'aptitude, et il n'a plus changé [d'état] ; mais la graisse, après qu'elle est sortie à l'air du monde, n'a pas eu de moment d'aptitude pour [devenir] permise.
💡 Explication

La Guemara montre que les trois 'nefesh' sont nécessaires (tsrikhi). Du seul cas de la graisse on ne déduit ni le levain ni la charogne, car la graisse a des rigueurs propres : elle n'a jamais eu de moment d'aptitude à la consommation (contrairement au levain, mangeable avant Pessa'h), et elle est passible de karet (contrairement à la charogne).

25
ואי כתב רחמנא חמץ – חלב לא אתי מיניה, שכן לא הותר מכללו, ונבלה לא אתיא מיניה, שכן ענוש כרת.

Et si le Miséricordieux n'avait écrit [que pour] le hamets — la graisse n'en aurait pas été déduite, car [le hamets a une rigueur :] il n'a pas été permis à partir de son ensemble (lo houtar mi-khlalo) ; et la charogne n'en aurait pas été déduite, car [le hamets est] passible de karet.

🗂️ Tossefot (1)
חלב לא אתי מיניה שלא הותר מכללו הקשה הר"ר שמואל מוורדו"ן לר' יוסי דלא חייש להא פירכא בפסחים (דף כג:) וחשיב חלב לא הותר מכללו דקאמר ורבי יוסי הגלילי אנן בבהמה קאמרינן בבהמה מיהא לא אשתרי וליכא למיפרך נמי מה לחמץ שכן אסור בהנאה דהא לר' יוסי הגלילי חמץ מותר בהנאה כדאמר התם וי"ל דלרבי יוסי [הגלילי] ודאי אתא נפש לדרשה אחריתי:
La graisse n'en est pas déduite, car [le hamets] n'a pas été permis à partir de son ensemble — Rabbenou Chmouel de Verdun a objecté [à partir] de Rabbi Yossi, qui ne se soucie pas de cette réfutation dans [le traité] Pessahim (23b), et qui compte [pourtant] 'la graisse n'a pas été permise à partir de son ensemble' ; car il dit : 'or Rabbi Yossi le Galiléen — nous parlons d'une bête (behema) : pour une bête, en tout cas, [la graisse] n'a pas été permise', et il n'y a pas non plus à réfuter [par] 'qu'a [donc] le hamets [de particulier] ? il est interdit de profit', puisque pour Rabbi Yossi le Galiléen le hamets est permis de profit, comme il [le] dit là-bas. Et l'on peut répondre : pour Rabbi Yossi [le Galiléen], assurément, 'nefech' vient pour une autre exégèse.
💡 Explication

Du seul cas du levain on ne déduit ni la graisse ni la charogne : le levain a ses rigueurs — il n'a jamais été permis par exception (lo houtar mi-khlalo, contrairement à la graisse, permise pour la bête sauvage) et il est passible de karet (contrairement à la charogne).

26
ואי כתב רחמנא בנבלה – הנך לא אתיא מינה, שכן מטמאה.

Et si le Miséricordieux n'avait écrit [que] pour la charogne — celles-là (graisse et hamets) n'en auraient pas été déduites, car [la charogne a une rigueur :] elle rend impur (metamea).

💡 Explication

Du seul cas de la charogne on ne déduit ni la graisse ni le levain : la charogne a une rigueur que les deux autres n'ont pas — elle communique l'impureté (metamea) à qui la mange. Les trois versets sont donc, chacun, indispensables.

27
חדא מחדא לא אתיא, תיתי חדא מתרתי! הי תיתי? לא לכתוב רחמנא בנבלה ותיתי מהנך – מה להנך שכן ענוש כרת!

[Certes] l'un ne se déduit pas de l'autre [pris isolément] ; [mais] que l'un se déduise des deux [autres] ! Lequel [se déduirait des deux autres] ?

Que le Miséricordieux n'écrive pas [le verset] pour la charogne, et qu'elle se déduise de ceux-là — [réponse :] qu'ont [donc] ceux-là [de particulier] ? Ils sont passibles de karet !

💡 Explication

Nouvelle tentative : même si aucun ne se déduit d'un seul autre, l'un ne pourrait-il se déduire de la paire des deux autres ? Premier essai : que la charogne ne soit pas écrite et se déduise de graisse + levain. Réfutation : ces deux-là sont passibles de karet (rigueur absente de la charogne) — donc la déduction ne tient pas.

28
לא לכתוב רחמנא בחמץ, ותיתי מהנך – מה להנך, שכן לא היתה להן שעת הכושר!

Que le Miséricordieux n'écrive pas [le verset] pour le hamets, et qu'il se déduise de ceux-là — [réponse :] qu'ont [donc] ceux-là [de particulier] ? Ils n'ont pas eu de moment d'aptitude (cheat ha-kocher) !

🗂️ Tossefot (1)
מה להנך שכן לא היתה להם שעת הכושר דנבלה כמו שהיא עתה מתה לא היה לה שעת הכושר א"נ מחיים היה בה איסור אבר מן החי ואפילו למ"ד (לאו) לאיברים עומדת היה בה איסור שאינה זבוחה:
Qu'ont ceux-là [de particulier] ? ils n'ont pas eu de moment d'aptitude — car la charogne, telle qu'elle est maintenant, morte, n'a pas eu de moment d'aptitude ; ou bien : de son vivant il y avait en elle l'interdit du membre [arraché] de l'animal vivant (ever min ha-haï), et même selon celui qui dit [qu'une bête vivante] n'est [pas] destinée à [être démembrée en] membres, il y avait en elle l'interdit [de ce] qui n'est pas abattu (chein zevoukha).
💡 Explication

Deuxième essai : que le levain ne soit pas écrit et se déduise de graisse + charogne. Réfutation : ces deux-là n'ont jamais eu de moment d'aptitude à la consommation (rigueur absente du levain, mangeable avant Pessa'h) — la déduction échoue.

29
לא לכתוב רחמנא בחלב, ותיתי מהנך – מה להנך שכן לא הותר מכללן, תאמר בחלב שהותר מכללו!

Que le Miséricordieux n'écrive pas [le verset] pour la graisse, et qu'elle se déduise de ceux-là — [réponse :] qu'ont [donc] ceux-là [de particulier] ? Ils n'ont pas été permis à partir de leur ensemble — diras-tu [de même] pour la graisse, qui a été permise à partir de son ensemble !

💡 Explication

Troisième essai : que la graisse ne soit pas écrite et se déduise de levain + charogne. Réfutation : ces deux-là n'ont jamais été permis par exception (lo houtar mi-khlalan), alors que la graisse, elle, a été permise par exception (celle de la bête sauvage). La déduction échoue : les trois versets sont bien tous nécessaires.

30
ומאי ניהו? אילימא חלב בהמה לגבוה – נבלה נמי אשתראי מליקת עוף לגבוה.

Et qu'est-ce [que cette permission par exception de la graisse] ? Si l'on dit [que c'est] la graisse d'une bête domestique [offerte] en haut (là-gavoha, sur l'autel) — [mais] la charogne aussi a été permise [en haut] : la melika (pincement de la nuque) d'un oiseau [offert] en haut !

💡 Explication

La Guemara cherche en quoi la graisse 'fut permise par exception'. Si l'on dit : la graisse d'une behema est permise offerte sur l'autel (là-gavoha) — objection : la charogne aussi a une permission 'en haut', car la melika (pincement de la nuque), qui fait d'un oiseau une charogne, est précisément le mode d'offrande des oiseaux sur l'autel.

31
ואלא חלב חיה להדיוט – נבלה נמי אשתראי מליקה דחטאת העוף לכהנים!

Et si plutôt [c'est] la graisse d'une bête sauvage (haya) pour le profane (le-hedyot) — [mais] la charogne aussi a été permise : la melika d'un hatat ha-of (sacrifice expiatoire d'oiseau) pour les cohanim !

💡 Explication

Autre proposition : la permission de la graisse est celle de la bête sauvage (haya), permise à la consommation ordinaire (le-hedyot). Objection : la charogne aussi a une permission au profit d'hommes, car la melika du hatat ha-of (sacrifice expiatoire d'oiseau) rend celui-ci permis à la consommation des cohanim.

32
לעולם חלב חיה להדיוט, ודקא קשיא לך כהנים – כהנים משלחן גבוה קא זכו.

En vérité, [c'est] la graisse d'une bête sauvage pour le profane ; et ce qui te faisait difficulté, [à savoir] les cohanim — les cohanim acquièrent [leur part] de la table d'en haut (mi-choulhan gavoha ka zakhou) [ce n'est donc pas une permission 'pour le profane'].

📜 Rachi (1)
משלחן גבוה זכו והיתרא משום גבוה הוא אבל לגבי הדיוט לא אשכחן דהותר:
[Ils acquièrent] de la table d'en haut — et la permission [vient] à cause [du Service] d'en haut (gavoha) ; mais quant au profane (hedyot), nous ne trouvons pas [que la charogne] ait été permise.
💡 Explication

Réponse : la permission propre à la graisse est bien celle de la haya pour le profane (le-hedyot). Quant à l'objection des cohanim [mangeant le hatat ha-of devenu charogne par melika] : ce n'est pas une permission 'profane', car les cohanim reçoivent leur part de la table d'en haut (mi-choulhan gavoha) — l'oiseau étant permis comme offrande à Dieu l'est aussi pour eux. La charogne n'a donc aucune permission strictement profane, contrairement à la graisse.

33
והא דתניא: ״הטמאים״ – לאסור צירן ורוטבן וקיפה שלהן, למה לי? ליגמר מהני!

Et ce qui est enseigné [dans une braita] : 'les impurs (ha-tmeim)' — pour interdire leur saumure (tsiran), leur jus (routban) et leur kifa — pourquoi me faut-il [ce verset] ? Qu'il [le] déduise de ceux-là [graisse, levain, charogne] !

📜 Rachi (2)
הטמאים בשרצים כתיב וה"א יתירא קא דריש:
'Les impurs (ha-tmeim)' — [cela] est écrit à propos des reptiles (cheratsim), et c'est le heh superflu qu'il interprète.
ליגמר מחלב וחמץ ונבלה דמיחוי שלהם כמותם:
Qu'il [le] déduise — de la graisse, du hamets et de la charogne, dont le dérivé liquide (mihouy) est comme eux-mêmes.
🗂️ Tossefot (1)
והא דתנן הטמאים כו' דתניא גרסינן דאינה משנה:
Et ce que nous avons appris 'ha-tmeim' etc. — il faut lire 'ce qui est enseigné [comme braita] (de-tania)', car ce n'est pas une michna.
💡 Explication

Dernière difficulté. À propos des reptiles (cheratsim), la Tora écrit 'ha-tmeim' (les impurs) ; le heh superflu est interprété pour interdire leur saumure, leur jus et leur kifa [leurs dérivés liquides ou figés]. Pourquoi un verset spécial ? Qu'on le déduise des cas précédents (graisse, levain, charogne), où le dérivé liquéfié suit le statut de l'aliment !

34
צריכי, דאי לא כתב רחמנא – הוה אמינא: דיו לבא מן הדין להיות כנדון, מה התם – עד דאיכא כזית, אף הכא נמי – עד דאיכא כזית.

[Le verset] est nécessaire (tsrikh), car si le Miséricordieux ne l'avait pas écrit, j'aurais dit : il suffit à ce qui résulte d'une déduction d'être comme [l'objet] dont il est tiré (dayo la-ba min ha-din lihiyot ka-nidon) — de même que là-bas [pour la graisse, etc.], [on n'est passible] que lorsqu'il y a un kazayit (volume d'une olive), de même ici aussi [pour les reptiles], [on ne serait passible] que lorsqu'il y a un kazayit.

💡 Explication

Réponse : le verset 'ha-tmeim' est nécessaire. Sans lui, on aurait applique le principe 'dayo' (il suffit à ce qui résulte d'une déduction d'être comme sa source) : comme la graisse, le levain et la charogne ne rendent passible qu'à partir d'un kazayit (volume d'une olive), on aurait cru les dérivés de reptiles soumis au même seuil. Le verset spécial enseigne au contraire qu'on est passible dès une lentille (ka-adacha), mesure propre au reptile lui-même.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).