Sougya : La chaîne des sources du principe 'suis la majorité' se poursuit : le bouc émissaire précipité vivant (Rav Aha bar Yaakov), celui qui frappe son père — la majorité des accouplements d'une femme mariée se rapportant au mari, et 'il n'y a pas de gardien contre les unions interdites' (Rav Mari), le meurtrier dont la victime pourrait être terefa (Rav Kahana), les témoins comploteurs dont l'accusé pourrait être terefa — mais 'comme il avait projeté et non comme il a fait', donc on ne les met pas à mort une fois l'accusé tué (Ravina), et enfin l'abattage lui-même, où l'on pourrait craindre une perforation cachée (Rav Achi). La conclusion fixe le principe : là où la vérification est possible on examine et l'on ne s'appuie pas sur la majorité ; là où elle est impossible on suit la majorité.
Sinon, selon Rabbi Meir qui craint la minorité, on ne mangerait jamais de viande — preuve que la halakha n'est pas comme lui.
...peut-être l'un d'eux est-il terefa ? Plutôt, n'est-ce pas parce que nous disons 'va selon la majorité' ?
Suite de 11a (Rav Aha bar Yaakov, bouc émissaire) : le bouc pour Azazel est précipité vivant d'une falaise (non abattu) — on ne peut vérifier s'il est terefa. Et il faut que les deux boucs soient aptes ! Donc on suit la majorité (des bêtes saines).
Et si tu dis : quelle différence cela nous fait-il ? — [or] le sort (goral) ne fixe [un bouc] pour Azazel que par une chose apte au Nom (ra'ui la-Chem). Et si tu dis qu'on l'examine — n'avons-nous pas appris : 'il n'atteignait pas la moitié de la montagne qu'il était [déjà] mis en morceaux (avarim avarim)' !
Objection : qu'importe qu'il soit terefa ? Réponse : le tirage au sort ne désigne le bouc d'Azazel que s'il est apte au Nom (donc non-terefa) — la terefa importe. Et l'examiner après ? Non : on a appris qu'avant la mi-montagne il était déjà déchiqueté (Yoma 67a) — impossible d'examiner. Donc on suit la majorité.
Rav Mari dit : cela provient de celui qui frappe son père ou sa mère, car le Miséricordieux dit 'qu'on le mette à mort' ; et craignons donc que [l'homme frappé] ne soit peut-être pas son père ! Plutôt, n'est-ce pas parce que nous disons 'va selon la majorité' — et la majorité des accouplements [d'une femme mariée se rapportent] au mari (rov be'ilot achar ha-baal) ?
Rav Mari : [de] celui qui frappe son père ou sa mère (passible de mort, Ex 21:15). Comment être sur que c'est son père ? Craignons un autre géniteur ! Donc on suit la majorité : la plupart des rapports d'une femme mariée sont de son mari (rov be'ilot achar ha-baal).
D'où [cela] ? Peut-être [le cas] où son père et sa mère étaient enfermés ensemble en prison !
Même ainsi : il n'y a pas de gardien (apotropos) contre les unions interdites (ein apotropos le-arayot).
Réfutation : peut-être le cas où père et mère étaient enfermés ensemble en prison (donc paternité certaine, pas par majorité) ! Réponse : même ainsi — 'il n'y a pas de gardien contre l'immoralité' (ein apotropos le-arayot) : on ne peut être absolument certain ; c'est donc bien la majorité qui fonde la paternité.
Rav Kahana dit : cela provient de celui qui tue [autrui], car le Miséricordieux dit 'qu'on le mette à mort' ; et craignons donc que [la victime] ne fût terefa ! Plutôt, n'est-ce pas parce que nous disons 'va selon la majorité' ?
Rav Kahana : [de] celui qui tue autrui (passible de mort, Ex 21:12). Or qui tue une terefa (un homme déjà condamné par une lésion mortelle) est exempt (comme s'il tuait un mort). Craignons que la victime fût terefa ! Donc on suit la majorité (des gens sains).
Et si tu dis qu'on l'examine [le cadavre] — il serait [alors] outragé (menouval) ! Et si tu dis : à cause de la perte de la vie de celui-ci [le meurtrier], outrageons-le [le cadavre] — [encore faudrait-il] craindre que [le coup] ne fût [porté] à l'endroit [d'une] perforation [préexistante] [au lieu même] du glaive.
Réfutation : examiner le cadavre le mutilerait. Et si l'on dit : pour éviter une exécution injustifiée du meurtrier, mutilons-le quand même — il resterait à craindre une perforation [mortelle préexistante] juste à l'endroit du coup de glaive (indétectable). Donc on s'appuie sur la majorité.
Ravina dit : cela provient des témoins réfutés (edim zomemim), car le Miséricordieux dit 'et vous lui ferez comme il avait projeté [de faire à son frère], etc.' ; et craignons donc que celui sur qui ils ont témoigné ne fût terefa ! Plutôt, n'est-ce pas parce que nous disons 'va selon la majorité' ?
Ravina : [des] témoins comploteurs (edim zomemim, Deut 19:19) — on leur fait ce qu'ils voulaient infliger. Craignons que l'accusé fût terefa (alors ils ne seraient pas exécutés) ! Donc on suit la majorité.
Et si tu dis qu'on l'examine — n'est-il pas enseigné : 'Beribbi' dit : [s']ils n'ont pas [encore] tué, ils sont mis à mort ; [s']ils ont tué, ils ne sont pas mis à mort ?
Réfutation : examiner le cadavre de l'exécuté ? Non — une braita (le Sage 'Beribbi') enseigne : si les comploteurs n'ont pas encore fait tuer l'accusé, on les exécute ; mais s'ils l'ont déjà fait tuer, on ne les exécute pas ('comme il avait projeté', non 'comme il a fait'). Donc on ne va jamais examiner le cadavre — preuve qu'on suit la majorité.
Rav Achi dit : cela provient de l'abattage lui-même, car le Miséricordieux dit 'abats et mange' ; et craignons donc qu'il n'abatte à l'endroit d'une perforation ! Plutôt, n'est-ce pas parce que nous disons 'va selon la majorité' ?
Rav Achi : [de] l'abattage lui-même — 'abats et mange'. Craignons qu'on abatte juste à l'endroit d'une perforation [préexistante] de l'oesophage (qui rend terefa pour la moindre perforation) ! Donc on suit la majorité.
Rav Achi dit : j'ai énoncé cet enseignement devant Rav Kahana — et certains disent : Rav Kahana [l'énonça] devant Rav Chimi — et il lui dit : et peut-être [est-ce que], là où il est possible [de vérifier], c'est possible [donc on vérifie] ; [et] là où il n'est pas possible [de vérifier], ce n'est pas possible [donc on suit la majorité].
Conclusion : Rav Achi rapporte la sougya à Rav Kahana (ou Rav Kahana à Rav Chimi), qui pose le principe directeur : là où l'examen est possible, on examine (on ne s'appuie pas sur la majorité) ; là où il est impossible, on suit la majorité. Toutes les preuves précédentes portaient sur des cas impossibles à vérifier.
Car si tu ne dis pas ainsi : selon Rabbi Meir, qui craint la minorité, [serait-ce] donc qu'on ne mange pas de viande ? Et si tu dis : en effet, [c'est] ainsi [aussi pour lui]...
Preuve du principe : sinon, selon R. Meir qui se soucie de la minorité, faudrait-il ne jamais manger de viande (de peur d'avoir abattu sur une perforation) ?! Et si l'on répond 'oui, en effet [pour R. Meir]'... (la suite, sur 12a, écarte cette idée).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).