Chullin 12a — la majorité des abatteurs sont experts, le mandataire, et les animaux retrouvés abattus

Chullin 12a

Sougya : La sougya de la majorité s'achève : même Rabbi Meir doit manger l'offrande pascale et les sacrifices, donc 'là où il est possible de vérifier on vérifie, là où c'est impossible on suit la majorité'. Rav, au nom de Rav Nahman, enseigne que celui qui regarde un abatteur ne mange que s'il l'a vu du début à la fin — la Guemara établit qu'il s'agit d'un abatteur connu pour non-savant ayant correctement abattu un seul siman.

Le principe 'la majorité de ceux qui pratiquent l'abattage sont experts' (rov metzuyin etzel chehita moumhin) permet la poule trouvée abattue. Rav Dimi bar Yossef interroge sur la différence entre 'va abattre' (valide) et 'va prélever la teroumah' (invalide) : il n'y a pas de présomption que le mandataire accomplit sa mission, mais l'abattage par un tiers reste valide par la majorité, tandis qu'un prélèvement par un tiers est 'sans l'accord du propriétaire' et invalide.

Enfin, le litige sur les chevreaux et poules retrouvés abattus (Rabbi Yehouda / Rabbi Hanina) est ramené au seul cas du tas d'ordures dans la maison, ce qui ouvre une contradiction entre les deux propos de Rabbi.

Animaux perdus, retrouvés abattus : permis ou interdit ? Dans la MAISON -> PERMIS de l'avis de tous : la majorité des abatteurs sont experts. Tas d'ordures au MARCHÉ -> INTERDIT de l'avis de tous : jeté là = sûrement devenu nevela (arrêt ou appui). Tas d'ordures DANS LA MAISON -> DISPUTE R. Yehouda : INTERDIT — un homme y jette sa nevela. R. Hanina b. R. Yossi ha-Glili : PERMIS — il ne le fait pas (mauvaise odeur).
Les trois cas des animaux retrouvés abattus (segments 10-14).
1
פֶּסַח וְקָדָשִׁים מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אֶלָּא הֵיכָא דְאֶפְשָׁר – אֶפְשָׁר, הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר – לֹא אֶפְשָׁר. הָכָא נָמֵי, הֵיכָא דְאֶפְשָׁר – אֶפְשָׁר, הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר – לֹא אֶפְשָׁר.

[Pour] l'offrande pascale et les [autres] sacrifices [qu'il faut manger], qu'y a-t-il à dire ? Plutôt, là où il est possible [de vérifier], c'est possible ; là où il n'est pas possible, ce n'est pas possible.

Ici aussi, là où il est possible, c'est possible ; là où il n'est pas possible, ce n'est pas possible.

📜 Rachi (1)
פֶּסַח דְּאָמַר רַחֲמָנָא (שְׁמוֹת י״ב:ח׳) וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר וּשְׁלָמִים דְּאָמַר רַחֲמָנָא (שָׁם כט) וְאָכְלוּ אֹותָם אֲשֶׁר כֻּופַּר בָּהֶם מְלַמֵּד שֶׁהַכַּפָּרָה תְּלוּיָה אַף בַּאֲכִילָה מַאי אִיכָּא לְמֵימַר אֶלָּא וַדַּאי אָכִיל דִּסְמִיךְ אַרֻובָּא הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר וְאַפֵּי' הָכֵי פְּלִיג בְּקָטָן וּקְטַנָּה מִשּׁוּם דְּאֶפְשָׁר. לְדִידַן נָמֵי הֵיכִי יָלְפִינַן מִינֵּיהּ אֶלָּא וַדַּאי הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הָא דְּסָמְכִינַן אַרֻובָּא אַפֵּי' הֵיכָא דְאֶפְשָׁר אִי נָמֵי אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטּוֹת (שָׁם כג) מַשְׁמַע בֵּין רֻובָּא דְּאִיתֵיהּ קַמָּן בֵּין רֻובָּא דְּלֵיתֵיהּ קַמַּן דְּמַאי שְׁנָא הַאי מֵהַאי וְאַהָא מִלְּתָא סָמְכִינַן וְלָא בָּדְקִינַן כָּל י"ח טְרֵפוֹת. וּנְקוּבַת הָרֵיאָה מִשּׁוּם דִּשְׁכִיחַ בָּהּ רֵיעוּתָא בָּדְקִינַן וְהֵיכָא דְּאִיתְרְמֵי דְּאִיפָּרַשָׁה רֵיאָה וְלֹא בָּדַק מִתְאַכְלָא דְּסָמְכִינַן אַהָא וְאַדְּרַב הוּנָא דְּאָמַר (לְעֵיל חֻולִּין דַּף ט.) נִשְׁחֲטָה בְּחֶזְקַת הֶיתֵּר עוֹמֶדֶת וְאֵין מְפַרְסְמִין הַדָּבָר:
Pessa'h — car le Miséricordieux dit (Ex 12:8) 'et ils mangeront la chair' ; et les chelamim, car le Miséricordieux dit (Ex 29) 'et ils [les] mangeront, ceux par lesquels l'expiation a été faite' — [ce qui] enseigne que l'expiation dépend aussi de la consommation : qu'y a-t-il à dire ? Plutôt, assurément il mange [et] s'appuie sur la majorité là où [c'est] impossible ; et même ainsi il diverge [et est rigoureux] pour le petit garçon et la petite fille parce que [c'est] possible [d'attendre]. Et pour nous aussi, comment [l']apprenons-nous de là ? Plutôt, assurément c'est une halakha [transmise] à Moché au Sinaï, [à savoir] que nous nous appuyons sur la majorité même là où [c'est] possible ; ou bien 'après la multitude pour incliner' (Ex 23) implique [tant] une majorité présente devant nous qu'une majorité non présente, car qu'y a-t-il de différent entre celle-ci et celle-là ? Et sur cela nous nous appuyons sans vérifier [chacune des] dix-huit terefot ; et la perforation du poumon, parce qu'une suspicion y est fréquente, nous [la] vérifions ; et là où il s'est trouvé que le poumon s'est détaché et qu'on n'a pas vérifié, [la viande] est mangée, car nous nous appuyons sur ceci et sur [l'avis de] Rav Houna qui a dit (Houlin 9a) '[une fois] abattue, elle se tient en présomption de permission' — et l'on ne publie pas la chose.
🗂️ Tossefot (1)
פֶּסַח וְקָדָשִׁים מַאי אִיכָּא לְמֵימַר מִבְּשַׂר תַּאֲוָה לָא פָּרֵיךְ מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא לָא חָייֵשׁ רַבִּי מֵאִיר לְמִיעוּטָא אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וּלְהָכִי פָּרִיךְ הָכִי נָמֵי שֶׁמַּחְמִיר שֶׁלֹּא לֶאֱכֹול בָּשָׂר כְּלָל וַאֲפִילּוּ מַחְמִיר בִּשְׁאָר בְּשַׂר פֶּסַח וְקָדָשִׁים אֵין יָכוֹל לְהַחְמִיר וּמְדַקְדֵּק כִּי הֵיכִי דלר"מ יֵשׁ חִילּוּק מִדְּרַבָּנָן בֵּין אֶפְשָׁר לְלֹא אֶפְשָׁר ה"ה לְרַבָּנָן:
'L'offrande pascale et les sacrifices, qu'y a-t-il à dire' — on n'objecte pas à partir de la viande de [simple] consommation (bessar taava), parce qu'il paraît que, de par la Torah, Rabbi Meir ne craint pas la minorité, mais [seulement] de par les Sages (mi-de-rabbanan) ; c'est pourquoi on objecte 'serait-ce donc qu'il est rigoureux au point de ne manger aucune viande ?'. Et même [s']il est rigoureux pour les autres viandes, il ne peut être rigoureux pour l'offrande pascale et les sacrifices ; et l'on en déduit précisément : de même que pour Rabbi Meir il y a une distinction, de par les Sages, entre 'possible' et 'impossible', de même pour les Sages.
💡 Explication

Conclusion (réfutant que R. Meir interdirait toute viande) : il doit manger l'offrande pascale et les sacrifices ! Donc même R. Meir admet : là où vérifier est possible, on vérifie ; là où c'est impossible, on suit la majorité. Et de même pour les Sages : les preuves précédentes ne valent que pour les cas invérifiables.

2
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַב: רָאָה אֶחָד שֶׁשָּׁחַט, אִם רָאָהוּ מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף – מֻותָּר לֶאֱכֹול מִשְּׁחִיטָתוֹ, וְאִם לָאו – אָסוּר לֶאֱכֹול מִשְּׁחִיטָתוֹ.

Rav Nahman dit au nom de Rav : [si] quelqu'un a vu [un autre] abattre — s'il l'a vu du début à la fin, il est permis de manger de son abattage ; et sinon, il est interdit de manger de son abattage.

💡 Explication

Rav Nahman au nom de Rav : qui regarde quelqu'un abattre — s'il l'a vu du début à la fin, il peut manger de cet abattage ; sinon, non (peut-être y a-t-il eu un arrêt ou un appui).

3
הֵיכִי דָמֵי? אִי דְּיָדַע דִּגְמִיר, לָמָּה לִי רָאָה? וְאִי דְּיָדַע דְּלָא גְּמִיר, פְּשִׁיטָא!

Comment cela ? Si l'on sait qu'il est savant [en abattage], pourquoi [faut-il] qu'il [l']ait vu ?

Et si l'on sait qu'il n'est pas savant, [c'est] évident !

📜 Rachi (3)
אִי דְּיָדַע דִּגְמִיר שֶׁמַּכִּיר בּוֹ שֶׁמְּלֻומָּד בְּהִלְכוֹת שְׁחִיטָה:
Si l'on sait qu'il est savant — qu'on le connaît comme versé dans les lois de l'abattage.
דְּיָדַע דְּלָא גְּמִיר שֶׁמַּכִּיר בּוֹ שֶׁאֵין יוֹדֵעַ הִלְכוֹת שְׁחִיטָה:
[Si] l'on sait qu'il n'est pas savant — qu'on le connaît comme ne sachant pas les lois de l'abattage.
פְּשִׁיטָא דְּרָאָה מֻותָּר דְּהָא לֹא שָׁהָה וְלֹא דָּרַס וְלֹא רָאָה אָסוּר שֶׁמָּא שָׁהָה אוֹ דָּרַס:
[C'est] évident — que [s']il a vu, [c'est] permis, car il n'a pas marqué d'arrêt ni appuyé ; et [s']il n'a pas vu, [c'est] interdit, [car] peut-être a-t-il marqué un arrêt ou appuyé.
💡 Explication

La Guemara : de quel cas s'agit-il ? Si on sait l'abatteur expert, pourquoi exiger de l'avoir vu (on lui ferait confiance même sans regarder) ? Si on le sait non-expert, c'est évident (vu = permis car pas d'arrêt/appui ; non vu = interdit). Où est la nouveauté ?

4
וְאֶלָּא, דְּלָא יְדַע אִי גְּמִיר אִי לָא גְּמִיר, לֵימָא: רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן.

Plutôt [le cas] où l'on ne sait pas s'il est savant ou s'il n'est pas savant ! [Mais alors] disons : la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts (rov metzouyin etzel chehita moumhin hen) [donc permis même sans avoir vu] !

📜 Rachi (1)
דְּלָא יְדַע אִי גְּמִיר אִי לָא גְּמִיר וְאַשְׁמוֹעִינַן דְּלָא סָמְכִינַן אַסְּתָמָא עַד שֶׁיְּהֵא מַכִּיר בּוֹ שֶׁיּוֹדֵעַ:
[Où] l'on ne sait pas s'il est savant ou non — et [Rav] nous enseigne que nous ne nous appuyons pas sur [le cas] indéterminé [de l'abatteur], tant qu'on ne le connaît pas comme sachant [abattre].
💡 Explication

Plutôt : le cas où l'on ignore s'il est expert ! Mais alors, disons : 'la majorité de ceux qui pratiquent l'abattage sont experts' (rov metzouyin etzel chehita moumhin) — donc permis même sans avoir regardé ! (Rav semble l'exiger : difficulté.)

5
מִי לָא תַּנְיָא: הֲרֵי שֶׁמָּצָא תַּרְנְגֹולֶת שְׁחוּטָה בַּשּׁוּק, אוֹ שֶׁאָמַר לִשְׁלוּחוֹ ״צֵא שְׁחוֹט״, וְהָלַךְ וּמָצָא שָׁחוּט – חֶזְקָתוֹ שָׁחוּט.

N'est-il pas enseigné : [si] quelqu'un a trouvé une poule abattue au marché, ou a dit à son envoyé 'va [l']abattre' et est allé [la] trouver abattue — sa présomption [est qu'elle a été] abattue [validement] ?

🗂️ Tossefot (1)
אוֹ שֶׁאָמַר לִשְׁלוּחוֹ כו' מֵעִיקָּרָא תְּנָא מָצָא תַּרְנְגֹולֶת שְׁחוּטָה בַּשּׁוּק דְּאִיכָּא לְמֵימַר בְּעָלֶיהָ שְׁחָטוּהָ וַהֲדַר אָמַר דְּאַפֵּי' אָמַר לִשְׁלוּחוֹ וּמְצָאוֹ הַשָּׁלִיחַ שֶׁהִיא שְׁחוּטָה דְּהַשְׁתָּא שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת נִשְׁחֲטָה אַפֵּ"ה חֶזְקָתוֹ שְׁחוּטָה:
'Ou a dit à son envoyé, etc.' — au départ on enseigne 'à trouvé une poule abattue au marché', ou l'on peut dire [que ce sont] ses propriétaires [qui] l'ont abattue ; puis on dit que même [s']il a dit à son envoyé [d'abattre] et que l'envoyé l'a trouvée [déjà] abattue — [cas] où, maintenant, elle a été abattue sans autorisation [par un tiers inconnu] — même ainsi sa présomption [est qu'elle a été] abattue [validement].
⚖️ Rosh (1)
וְהֵיכָא דְּרָאָה אֶחָד שֶׁשָּׁחַט וְאָזֵיל לֵיהּ לְעָלְמָא וְלָא יְדַע אִי גְּמִיר אִי לָא גְּמִיר אוֹתָהּ שְׁחִיטָה מֻותֶּרֶת דְּרֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין דְּתַנְיָא לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף יב.) הֲרֵי שֶׁמָּצָא תַּרְנְגֹולֶת בַּשּׁוּק אוֹ שֶׁאָמַר לִשְׁלוּחוֹ צֵא וּשְׁחֹוט וְהָלַךְ וּמְצָאוֹ שָׁחוּט חֶזְקָתוֹ שָׁחוּט אַלְמָא אָמְרִינַן רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין. וְאִיכָּא מַאן דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּלִישָּׁנָא קַמָּא דְּרָבִינָא. דְּבָתְרָא הוּא. דְּלָא אָמַר רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן. וַאֲנַן לָא סְבִירָא לָן הָכִי דְּמַסְּקִינַן בַּגְּמָרָא מִבָּתַר רָבִינָא דְּרֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן. וְאִי קַשְׁיָא לָךְ הָא דְּאָמַר רַב הוּנָא לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף ט.) בְּהֵמָה בְּחַיֶּיהָ בְּחֶזְקַת אִיסּוּר עוֹמֶדֶת עַד שֶׁיִּוָּדַע לָךְ בַּמֶּה נִשְׁחֲטָה דְּשָׁמַעְתָּ מִינָּהּ דִּסְפֵק שְׁחִיטָה לְחוּמְרָא וְקַייְמָא לָן דְּהִלְכְתָא הִיא. הָתָם כְּגוֹן דְּאִיתְיְלִיד רֵיעוּתָא בְּסַכִּין. אֲבָל הָכָא כֵּיוָן דְּקַיְימָא לָן רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן כְּמַאן דְּאִתְיְדַע לְךָ בַּמֶּה נִשְׁחֲטָה דָּמֵי. הִלְכָּךְ אִיתָא לְהַאי וְאִיתָא לְהַאי וְלָא קַשְׁיָין אַהֲדָדֵי וּמַה שֶׁכָּתַב רַב אִלְפָּס וְהֵיכָא דְּרָאָה אֶחָד שֶׁשָּׁחַט לָאו דַּוְקָא רָאָה דְּהָא מַיְיתֵי רְאָיָה מֻמְצָא תַּרְנְגֹולֶת שְׁחוּטָה בַּשּׁוּק אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְסַיּוֹמֵי וְאָזֵיל לֵיהּ לְעָלְמָא וּלְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאִי לָא אָזֵיל לְעָלְמָא לָא סָמְכִינַן אַרוֹב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן וּבָעֵי לְמִיבְדְּקוּהָ. וְרָאָה אֶחָד שֶׁשָּׁחַט דְּקָאָמַר פֵּירוּשׁ שֶׁרָאָהוּ מֵרָחוֹק וְלֹא הָיָה יָכוֹל לֵידַע אִם שָׁחַט יָפֶה דְּאִי הָוֵי דַּאֲחֵרִים רוֹאִין אוֹתָן אֲפִילּוּ לְרָבִינָא נָמֵי אִי לֵיתֵיהּ קַמַּן דְּלִיבְדְּקֵיהּ שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה. וּמִדִּבְרֵי רַב אִלְפָּס זַ"ל אֵין לְהוֹכִיחַ אִי בָּעֵינַן מֻוחְזָקִין. שֶׁהֲרֵי הֻוצְרַךְ לְהָבִיא רְאָיָה דְּלֵית הִלְכְתָא כְּרָבִינָא אַף עַל גַּב דְּבָתְרָאָה הוּא בְּהַךְ לִישָּׁנָא דְּמֻומְחִין. אֲבָל אֵין רְאָיָה שֶׁאֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּלִישָּׁנָא דְּמֻוחְזָקִין. וְיֵשׁ שֶׁדִּקְדְּקוּ דְּלָא בָּעֵינַן מֻוחְזָקִין מֵהָא דְּקָאָמַר לְהַךְ לִישָּׁנָא דְּמֻוחְזָקִין לְעִלּוּפוּי לָא חָייְשִׁינַן. וְאֵין נִרְאֶה לִי רְאָיָה דְּאַף עַל גַּב דְּכֻולְּהוּ לָא סָבְרִי כְּרָבִינָא בְּלִישָּׁנָא דְּמֻומְחִין הֻוצְרַךְ רַב אִלְפָּס לְהָבִיא רְאָיָה דְּלֵית הֲלָכָה כְּרָבִינָא מִשּׁוּם דְּבָתְרָא הוּא. וּמִתּוֹךְ דִּבְרֵי רַב אִלְפָּס מַשְׁמַע דְּדִין אֶחָד לְמֻומְחֶה וּמֻוחְזָקִין הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ קַמַּן צָרִיךְ לְבָודְקוֹ וְגַם לִשְׁאוֹל אִם נִתְעַלֵּף. וְהֵיכָא דְּלֵיתָא קַמַּן שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה מֵהַהִיא דְּמָצָא תַּרְנְגֹולֶת שְׁחוּטָה בַּשּׁוּק:
Et dans le cas où l'on a vu quelqu'un qui a abattu (chohet) puis s'en est allé de par le monde, sans que l'on sache s'il est compétent (gamir, instruit dans les règles de la chehita) ou non — cet abattage est permis, car « la majorité de ceux qui se trouvent auprès de la chehita (l'acte d'abattage rituel) sont experts (mumchin) » (rov metzuyin etzel chehita mumchin hen). Ainsi qu'il est enseigné (tanya) plus loin (Houlin p. 12a) : « Celui qui a trouvé une poule (au marché) abattue, ou qui a dit à son mandataire (chalia'h) : Sors et abats — puis est allé et l'a trouvée abattue : sa présomption (hazaka) est qu'elle est abattue [rituellement, et donc permise]. » Il en ressort (alma) que nous disons : « la majorité de ceux qui se trouvent auprès de la chehita sont experts. » Or il y a un avis (ikka man di-sevira leih) qui suit la première formulation (lichana kamma) de Ravina — laquelle est la formulation ultérieure (batra) — [selon laquelle] on ne dit pas que « la majorité de ceux qui se trouvent auprès de la chehita sont experts ». Mais nous, nous ne tranchons pas ainsi, car nous concluons dans la Guemara, après Ravina, que « la majorité de ceux qui se trouvent auprès de la chehita sont experts ». Et si cela te fait difficulté (kachya lakh) — ce qu'a dit Rav Houna plus loin (Houlin p. 9a) : « La bête, de son vivant, demeure dans la présomption d'interdit (bi-hezkat issour omedet) jusqu'à ce qu'il te soit établi par quel moyen elle a été abattue » — d'où tu as déduit que le doute sur la chehita [se tranche] vers la rigueur (le-humra), et il est établi pour nous que c'est là une halakha [tranchée] : là-bas [le cas est] par exemple lorsqu'une suspicion (ré'outa) est survenue au sujet du couteau (sakin). Mais ici, dès lors qu'il est établi pour nous que « la majorité de ceux qui se trouvent auprès de la chehita sont experts », c'est comme s'il t'était établi par quel moyen elle a été abattue. Aussi celui-ci [se maintient] et celui-là [se maintient], et ils ne se contredisent pas l'un l'autre. Et ce qu'a écrit Rav Alfas (le Rif) : « Et dans le cas où l'on a vu quelqu'un qui a abattu » — ce n'est pas précisément (lav davka) « a vu », car il apporte lui-même une preuve (ré'aya) du fait que l'on trouve une poule abattue au marché [sans l'avoir vue] ; mais [il a dit « à vu »] parce qu'il voulait conclure « puis s'en est allé de par le monde », et pour nous faire savoir (le-achmo'inan) que si l'abatteur ne s'en est pas allé de par le monde [mais est présent], nous ne nous appuyons pas sur « la majorité de ceux qui se trouvent auprès de la chehita sont experts » et il faut l'examiner (le-mivdekehu, l'interroger sur les lois). Et « a vu quelqu'un qui a abattu » qu'il dit — l'explication est : qu'il l'a vu de loin et ne pouvait savoir s'il a bien abattu ; car s'il s'agissait [d'un cas] où d'autres les voyaient [abattre], même selon Ravina aussi, s'il n'est pas devant nous pour qu'on l'examine, son abattage est kacher (valable). Et des paroles de Rav Alfas, de mémoire bénie, on ne peut établir si nous exigeons [des abatteurs] établis [comme experts] (muhzakin), car il a dû apporter une preuve que la halakha n'est pas comme Ravina — bien qu'il soit l'autorité ultérieure — dans cette formulation des « experts » (mumchin) ; mais il n'y a pas de preuve que la halakha n'est pas comme lui dans la formulation des « établis » (muhzakin). Et certains ont inféré (dikdeku) que nous n'exigeons pas [des abatteurs] établis, de ce qu'il dit selon cette formulation des « établis » : « du malaise (illouf, évanouissement) nous ne nous soucions pas ». Mais cela ne me paraît pas [être] une preuve : car bien que tous ne tranchent pas comme Ravina dans la formulation des « experts », Rav Alfas a néanmoins dû apporter une preuve que la halakha n'est pas comme Ravina, parce qu'il est l'autorité ultérieure (batra). Et il ressort des paroles de Rav Alfas qu'une seule et même loi vaut pour l'« expert » (mumche) et pour les « établis » (muhzakin) : là où il est devant nous, il faut l'examiner et aussi demander s'il s'est évanoui (nit'alef) ; et là où il n'est pas devant nous, son abattage est kacher, [comme il ressort] de ce cas où l'on a trouvé une poule abattue au marché.
💡 Explication

Preuve (braita) : qui trouve une poule abattue au marché, ou dit à son mandataire 'va l'abattre' puis la trouve abattue (sans savoir par qui) — sa présomption est qu'elle a été abattue validement. Preuve qu'on applique 'la majorité sont experts'.

6
אַלְמָא אָמְרִינַן: רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן. הָכָא נָמֵי לֵימָא: רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן!

Donc nous disons : la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts. Ici aussi, disons : la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts !

📜 Rachi (2)
מֻומְחִין הֵן שֶׁאִם לֹא הָיָה מֻומְחֶה לֹא הָיָה שׁוֹחֵט:
Sont experts — car [quelqu'un], s'il n'était pas expert, n'abattrait pas.
רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה כְּלוֹמַר רֹוב הַשּׁוֹחֲטִין:
La majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage — c'est-à-dire la majorité de ceux qui abattent.
💡 Explication

Donc on applique bien 'la majorité sont experts'. Alors ici aussi (l'abatteur dont on ignore la compétence), appliquons-la — pourquoi Rav exige-t-il d'avoir regardé ?

7
לְעוֹלָם דְּיָדַע דְּלָא גְּמִיר, וּכְגוֹן דִּשְׁחַט קַמַּן חַד סִימָן שַׁפִּיר. מַהוּ דְתֵימָא: מִדְּהַאי שַׁפִּיר הָךְ נָמֵי שַׁפִּיר, קָא מַשְׁמָע לַן: הַאי אִתְרְמוֹיֵי אִיתְרְמִי לֵיהּ, אִידָךְ – שֶׁמָּא שָׁהָה שֶׁמָּא דָּרַס.

En réalité [le cas] où l'on sait qu'il n'est pas savant, et par exemple [où] il a abattu devant nous un siman correctement. [On aurait pu croire :] de peur que tu ne dises 'puisque celui-ci [est] correct, celui-là [est] correct aussi' — [Rav] nous enseigne : celui-ci, [cela] lui est [seulement] arrivé [par hasard] ; l'autre — peut-être a-t-il marqué un arrêt, peut-être a-t-il appuyé.

💡 Explication

Résolution : le cas où l'on sait l'abatteur non-expert, mais il a abattu un siman correctement sous nos yeux. On aurait cru : le 1er siman bon -> le 2nd l'est aussi. Rav enseigne : non — le 1er fut bon par hasard, le 2nd a pu subir un arrêt ou un appui. (Donc voir tout est requis pour un non-expert.)

8
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב דִּימִי בַּר יוֹסֵף מֵרַב נַחְמָן: הָאוֹמֵר לִשְׁלוּחוֹ ״צֵא וּשְׁחֹוט״, וְהָלַךְ וּמָצָא שָׁחוּט, מַהוּ? אָמַר לוֹ: חֶזְקָתוֹ שָׁחוּט. הָאוֹמֵר לִשְׁלוּחוֹ ״צֵא וּתְרֹום״, וְהָלַךְ וּמָצָא תָּרוּם, מַאי? אֲמַר לֵיהּ: אֵין חֶזְקָתוֹ תָּרוּם.

Rav Dimi bar Yossef demanda à Rav Nahman : celui qui dit à son envoyé 'va et abats' et est allé [la] trouver abattue — quoi [le statut] ? Il lui dit : sa présomption [est qu'elle a été] abattue.

Celui qui dit à son envoyé 'va et prélève [la teroumah]' et est allé [la] trouver prélevée — quoi ? Il lui dit : non, sa présomption n'[est] pas [qu'elle a été] prélevée.

📜 Rachi (2)
וְהָלַךְ בַּעַל הַבַּיִת:
Et est allé — le maître de maison.
וּמָצָא תָּרוּם וְלֹא יָדַע מִי תָּרְמוּ:
Et [la] trouva prélevée — sans savoir qui a prélevé.
💡 Explication

Rav Dimi interroge Rav Nahman : 'va abattre' + trouvée abattue -> présomption abattue (valide). 'va prélever la teroumah' + trouvée prélevée -> présomption non prélevée. Pourquoi cette différence ?

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מַה נַפְשָׁךְ, אִי חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ – אֲפִילּוּ תְּרוּמָה נָמֵי, וְאִי אֵין חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ – אֲפִילּוּ שְׁחִיטָה נָמֵי לָא.

Quel que soit ton choix [il y a difficulté] : si la présomption [est que] l'envoyé accomplit sa mission (chalia'h osseh chelihouto), [alors] même [pour] la teroumah aussi [elle devrait valoir] ; et s'il n'y a pas de présomption [que] l'envoyé accomplit sa mission, [alors] même [pour] l'abattage non plus [elle ne devrait pas valoir] !

📜 Rachi (2)
חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ כָּל הַשְּׁלוּחִין עוֹשִׂין שְׁלִיחוּתָן וּמַחְזְקִינַן לְהוּ בְּכָךְ מֵאַחַר שֶׁנִּתְרַצּוּ בִּשְׁלִיחוּתָם:
Présomption [que] l'envoyé accomplit sa mission — tous les envoyés accomplissent leur mission, et nous les présumons tels dès lors qu'ils ont accepté leur mission.
וְאִם אֵין עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ אֲפִילּוּ בִּשְׁחִיטָה נָמֵי לָא דְּשֶׁמָּא לֹא שְׁלוּחוֹ שָׁחַט אֶלָּא אַחֵר שֶׁאֵינוֹ בָּקִי בְּהִלְכוֹת שְׁחִיטָה:
Et s'il n'accomplit pas sa mission, [alors] même [pour] l'abattage non plus — car peut-être n'est-ce pas son envoyé [qui] a abattu, mais un autre, qui n'est pas versé dans les lois de l'abattage.
💡 Explication

Rav Dimi objecte (mi-mah nafchach) : s'il existe une présomption que le mandataire accomplit sa mission (chalia'h osseh chelihouto), elle vaudrait aussi pour la teroumah ; sinon, elle ne vaudrait pas non plus pour l'abattage. Pourquoi distinguer ?

10
אֲמַר לֵיהּ: לְכִי תֵּיכוֹל עֲלָהּ כּוֹרָא דְּמִלְחָא, לְעוֹלָם אֵין חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ, וּשְׁחִיטָה – אִי נָמֵי דִּילְמָא אִינָשׁ אַחֲרִינָא שְׁמַע וַאֲזַל שְׁחַט – רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן. תְּרוּמָה – דִּילְמָא אִינָשׁ אַחֲרִינָא שְׁמַע וַאֲזַל תְּרַם, הָוֵה לֵיהּ תּוֹרֵם שֶׁלֹּא מִדַּעַת, וְהַתּוֹרֵם שֶׁלֹּא מִדַּעַת – אֵין תְּרוּמָתוֹ תְּרוּמָה.

Il lui dit : quand tu auras mangé là-dessus un 'kor' de sel [= après mûre réflexion] : en réalité il n'y a pas de présomption [que] l'envoyé accomplit sa mission ; et [pour] l'abattage — même si peut-être une autre personne a entendu et est allée abattre — la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts ; [pour] la teroumah — peut-être une autre personne a entendu et est allée prélever : il se trouve être 'celui qui prélève sans [l'accord du] propriétaire' (toreim chelo mi-daat), et celui qui prélève sans [l'accord du propriétaire] — son prélèvement n'[est] pas un prélèvement [valide].

📜 Rachi (4)
לְכִי תֵּיכוֹל עֲלָהּ כּוֹרָא דְּמִלְחָא כְּשֶׁתִּמְדֹּוד לִי כּוּר שֶׁל מֶלַח בְּשָׂכָר שֶׁאוֹמֵר לְךָ וּבְדִיחוּתָא בְּעָלְמָא הוּא:
Quand tu auras mangé là-dessus un 'kor' de sel — [comme qui dirait] 'quand tu me mesureras un kor de sel en paiement de ce que je te dis' ; et c'est simple plaisanterie.
אֵין חֲזָקָה כו' אֶלָּא סָפֵק עוֹשֶׂה סָפֵק אֵינוֹ עוֹשֶׂה:
Il n'y a pas de présomption, etc. — mais [c'est] un doute : peut-être accomplit-il, peut-être n'accomplit-il pas.
אִי נָמֵי שָׁמַע אִינִישׁ וְכוּ' אֲפִילּוּ שָׁמַע אִישׁ אַחֵר:
Ou bien [si] une [autre] personne a entendu, etc. — [c'est-à-dire] même [si] un autre homme a entendu.
תּוֹרֵם שֶׁלֹּא מִדַּעַת אֵינָהּ תְּרוּמָה דִּשְׁלִיחוּת דִּתְרוּמָה מִגָּם אַתֶּם אִתְרַבַּי (גִּיטִּין דַּף כג:) אַתֶּם גַּם אַתֶּם לְרַבּוֹת שְׁלוּחֲכֶם וּמִינָּהּ מָה אַתֶּם לְדַעְתְּכֶם אַף שְׁלוּחֲכֶם לְדַעְתְּכֶם:
Celui qui prélève sans [accord du propriétaire], [son prélèvement] n'[est] pas un prélèvement — car la [validité du] mandat [en matière] de teroumah est déduite de 'gam atem' (Guittin 23b) : 'atem... gam atem' [vient] inclure votre envoyé ; et de là [même source on apprend] : de même que 'vous' [agissez] de votre [propre] gré, de même votre envoyé [agit] de votre gré.
🗂️ Tossefot (1)
הָכִי גָּרְסִינַן לְעוֹלָם אֵין חֲזָקָה שָׁלִיחַ כו' מְפֹורָשׁ בְּפָ' בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין לב:):
Ainsi lit-on : 'en réalité il n'y a pas de présomption [que] l'envoyé, etc.' — [cela est] expliqué au chapitre 'Be-khôl me'arvin' (Erouvin 32b).
💡 Explication

Rav Nahman (avec humour : 'quand tu auras mangé un boisseau de sel là-dessus' = après mûre réflexion) : en fait, il n'y a pas de présomption que le mandataire accomplit sa mission. Pour l'abattage : même si un tiers a abattu, 'la majorité sont experts' -> valide. Pour la teroumah : un tiers prélevant serait un 'prélèvement sans l'accord du propriétaire' (toreim chelo mi-daat) -> invalide. D'où la différence.

🖼️ Schéma
Mandataire : abattage vs prélèvement de teroumah 'va abattre' -> trouvée abattue VALIDE même par un tiers inconnu : la majorité des abatteurs sont experts 'va prélever' -> trouvée prélevée INVALIDE un tiers = prélèvement sans accord du propriétaire (toreim shelo mi-daat) Il n'y a PAS de présomption 'le mandataire accomplit sa mission'.
Abattage vs teroumah par un mandataire.
11
לֵימָא: רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן תַּנָּאֵי הִיא? דְּתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁאָבְדוּ לוֹ גְּדָיָיו וְתַרְנְגוֹלָיו וְהָלַךְ וּמְצָאָן שְׁחוּטִים – רַבִּי יְהוּדָה אוֹסֵר, רַבִּי חֲנִינָא בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי מַתִּיר. אָמַר רַבִּי: נִרְאִין דְּבָרִים שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה שֶׁמְּצָאָן בְּאַשְׁפָּה, וְדִבְרֵי רַבִּי חֲנִינָא בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי שֶׁמְּצָאָן בְּבַיִת.

Disons : '[le principe] la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts' est [l'objet d']une divergence de Tannaïm ? Car il est enseigné : [si] quelqu'un a perdu ses chevreaux et ses poules et est allé les trouver abattus — Rabbi Yehouda interdit, Rabbi Hanina fils de Rabbi Yossi le Galiléen permet.

Rabbi dit : les paroles de Rabbi Yehouda paraissent [justes] lorsqu'il les a trouvés dans un tas d'ordures (achpa), et les paroles de Rabbi Hanina fils de Rabbi Yossi le Galiléen lorsqu'il les a trouvés dans la maison.

📜 Rachi (1)
דֶּרֶךְ נְבֵלוֹת לְהַשְׁלִיךְ לָאַשְׁפָּה: מִדְּקָאָמַר רַבִּי נִרְאִין דִּבְרֵי ר' יְהוּדָה בָּאַשְׁפָּה מִכְּלָל דִּפְלִיג רַבִּי חֲנִינָא אֲפִילּוּ בָּאַשְׁפָּה וּמִדְּקָאָמַר דִּבְרֵי ר' חֲנִינָא בַּבַּיִת מִכְּלָל דִּפְלִיג ר' יְהוּדָה אֲפִילּוּ בַּבַּיִת:
[C'est] la manière [habituelle] de jeter les nevelot dans un tas d'ordures. Du fait que Rabbi dit 'les paroles de Rabbi Yehouda paraissent [justes] dans un tas d'ordures', on en déduit que Rabbi Hanina diverge même [dans le cas du] tas d'ordures ; et du fait qu'il dit 'les paroles de Rabbi Hanina [paraissent justes] dans la maison', on en déduit que Rabbi Yehouda diverge même [dans le cas de] la maison.
🗂️ Tossefot (1)
הֲרֵי שֶׁאָבְדוּ לוֹ גְּדָיָיו ה"ה נִגְנְבוּ דְּמִשּׁוּם דַּחֲשִׁיד אַגְּנֵבָה לָא חֲשִׁיד אַנְּבֵלָה וּבַתּוֹסֶפְתָּא קָתָנֵי בְּהֶדְיָא נִגְנְבָה לוֹ תַּרְנְגֹולֶת וּמָצְאָה כו':
'[Si] quelqu'un a perdu ses chevreaux' — il en va de même [s']ils ont été volés, car [le fait] d'être suspect de vol ne [rend] pas suspect [d'abattre puis de jeter] une nevela ; et dans la Tossefta on enseigne explicitement 'une poule lui a été volée et il l'a [re]trouvée, etc.'.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הֲרֵי שֶׁאָבְדוּ לוֹ גְּדָיָיו וְתַרְנְגוֹלָיו וְהָלַךְ וּמְצָאָן שְׁחוּטִין רַבִּי יְהוּדָה אוֹסֵר. ר' חֲנִינָא בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי מַתִּיר. וּבַתּוֹסֶפְתָּא קָתָנֵי הֲרֵי שֶׁאָבְדוּ אוֹ שֶׁנִּגְנְבוּ. ואע"ג דְּגָנַב. לָא חֲשִׁיד לְמֵיכַל אִיסּוּרָא וּמַסִּיק דְּכֻולֵּי עָלְמָא רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן. וּבְבַיִת דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי. בָּאַשְׁפָּה שֶׁבַּשּׁוּק דכ"ע לָא פְלִיגִי דְּאָסוּר. כִּי פְּלִיגִי בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת מָר סָבַר אָדָם עָשׂוּי לְהַטִּיל נִבְלָתוֹ בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת וּמַר סָבַר אֵין אָדָם עָשׂוּי לְהַטִּיל נִבְלָתוֹ בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת. וּבְפֶרֶק אֵלּוּ מְצִיאוֹת (בָּבָא מְצִיעָא דַּף כֹּד:) מוּכָח דִּפְלִיגִי נָמֵי בַּשּׁוּק בְּלֹא אַשְׁפָּה. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי חֲנִינָא בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי. דְּאָמַר הָתָם רַבִּי חֲנִינָא מָצָא גְּדִי שָׁחוּט בֵּין טְבֶרְיָא לְצִפּוֹרִי וְהִתִּירוּ לוֹ מִשּׁוּם שְׁחִיטָה כְּרַבִּי חֲנִינָא בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּתַנְיָא הֲרֵי שֶׁאָבְדוּ גְּדָיָיו וְכוּ' וּמוּקֵי לָהּ בְּרוֹב יִשְׂרָאֵל אוֹ בְּרוֹב עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְרֹוב טַבָּחֵי יִשְׂרָאֵל וְהַהוּא דְּאָבְדוּ לוֹ גְּדָיָיו מַיְירֵי דְּרֹוב גַּנָּבֵי הָעִיר יִשְׂרָאֵל נִינְהוּ: וְכֻולָּן שֶׁשָּׁחֲטוּ וַאֲחֵרִים רוֹאִין אוֹתָן וְכוּ' מַאן תְּנָא דְּלָא בָּעֵינַן כַּוָּונָה לִשְׁחִיטָה אָמַר רָבָא ר' נָתָן הִיא דְּתָנֵי אוֹשַׁעְיָא זְעֵירָא דְּמִן חַבְרַיָּא זָרַק סַכִּין לְנָעֳצָהּ בַּכֹּותֶל וְהָלְכָה וְשָׁחֲטָה כְּדַרְכָּהּ רַבִּי נָתָן מַכְשִׁיר וַחֲכָמִים פּוֹסְלִין. הוּא תָּנֵי לַהּ וְהוּא אָמַר לַהּ הֲלָכָה כְּר' נָתָן. וְדַוְקָא שֶׁזֹּרְקָה אוֹ הִפִּילָה. אֲבָל נָפְלָה וּשְׁחָטָהּ כְּדַרְכָּהּ פְּסוּלָה דִּזְבִיחָה מִכֹּחַ גַּבְרָא בָּעֵינַן:
Nos maîtres ont enseigné (tanou rabbanan) : « Celui dont les chevreaux et les poules se sont perdus, et qui est allé et les a trouvés abattus — Rabbi Yehouda interdit ; Rabbi Hanina, fils de Rabbi Yossé le Galiléen, permet. » Et dans la Tossefta il est enseigné (katani) : « celui à qui ils se sont perdus ou ont été volés ». Et bien qu'il [s'agisse d'un cas où un] voleur [ait pris les bêtes], on ne le soupçonne pas de manger de l'interdit (issour). Et [la Guemara] conclut (massik) que de l'avis de tous (de-koulei alma), « la majorité de ceux qui se trouvent auprès de la chehita sont experts (mumchin) ». Et pour [des bêtes trouvées] dans la maison, de l'avis de tous il n'y a pas de désaccord : elles sont permises (chari). Pour [des bêtes trouvées] dans le tas d'ordures (achpa) qui est au marché, de l'avis de tous il n'y a pas de désaccord : elles sont interdites (assour). Là où ils divergent (ki peligi), c'est pour le tas d'ordures qui est dans la maison : un maître (mar) tient que l'homme est enclin à jeter sa charogne (nevela) dans le tas d'ordures qui est dans la maison, et un [autre] maître tient que l'homme n'est pas enclin à jeter sa charogne dans le tas d'ordures qui est dans la maison. Et au chapitre Elou Metsiot (Baba Metsia p. 24b) il est prouvé (mouhah) qu'ils divergent aussi au sujet du marché sans tas d'ordures. Et la halakha est comme Rabbi Hanina, fils de Rabbi Yossé le Galiléen. Car Rabbi Hanina a dit là-bas : « J'ai trouvé un chevreau abattu entre Tibériade et Sepphoris (Tsippori), et on le lui a permis au titre de la chehita, comme Rabbi Hanina fils de Rabbi Yossé le Galiléen — ainsi qu'il est enseigné (tanya) : celui dont les chevreaux se sont perdus, etc. » Et [la Guemara] l'établit [dans un cas] où la majorité [des habitants] sont juifs (Israël), ou bien où la majorité [des habitants] sont adorateurs d'étoiles [idolâtres] mais où la majorité des bouchers (tabahei) sont juifs ; et celui dont les chevreaux se sont perdus, [le cas] traite [de la situation] où la majorité des voleurs (ganavei) de la ville sont juifs. « Et tous ceux qui ont abattu alors que d'autres les voyaient, etc. » — Quel Tanna [enseigne] que nous n'exigeons pas d'intention (kavana) pour la chehita ? Rava a dit : c'est Rabbi Natan, ainsi qu'a enseigné Ochaya le Petit (ze'era) d'entre les Compagnons (havraya) : « [Quelqu'un] a lancé un couteau (sakin) pour le planter dans le mur, et il est allé et a abattu [une bête] selon sa manière [ordinaire d'abattage] — Rabbi Natan déclare valable (mach'hir, kacher) et les Sages déclarent invalide (posslin, passoul). » C'est lui [Rabbi Ochaya] qui l'enseigne (la baraïta) et c'est lui qui statue : la halakha est comme Rabbi Natan. Et [cela vaut] précisément (davka) lorsqu'il l'a lancé [le couteau] ou l'a fait tomber [la bête sur le couteau] ; mais si elle [la bête ou le couteau] est tombée [d'elle-même] et l'a abattue selon sa manière ordinaire, [l'abattage est] invalide (passoul), car nous exigeons un abattage procédant de la force de l'homme (mi-koah gavra).
💡 Explication

Ce principe 'la majorité sont experts' serait-il une dispute de Tannaïm ? Braita : qui a perdu ses chevreaux/poules et les retrouve abattus — R. Yehouda interdit, R. Hanina permet. Rabbi : R. Yehouda a raison s'ils sont trouvés dans un tas d'ordures (achpa) ; R. Hanina, s'ils sont trouvés dans la maison.

12
מַאי לַָאו בְּהָא קָמִיפַּלְגִי, דְּמַר סָבַר: אָמְרִינַן רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן, וּמַר סָבַר: לָא אָמְרִינַן רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן?

N'est-ce pas sur ceci qu'ils divergent : l'un (Rabbi Hanina) tient que nous disons 'la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts', et l'autre (Rabbi Yehouda) tient que nous ne disons pas 'la majorité... sont experts' ?

💡 Explication

N'est-ce pas que leur dispute porte sur ce principe : R. Hanina l'applique (la majorité sont experts -> permis), R. Yehouda non ? (Donc le principe serait contesté.)

13
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא רֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵן, וּבְבֵית – דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי, בָּאַשְׁפָּה שֶׁבַּשּׁוּק – דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאָסוּר, כִּי פְּלִיגִי בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת: מָר סָבַר אָדָם עָשׂוּי לְהַטִּיל נִבְלָתוֹ בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת, וּמַר סָבַר אֵין אָדָם עָשׂוּי לְהַטִּיל נִבְלָתוֹ בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת.

Rav Nahman bar Yitzhak dit : non — de l'avis de tous, 'la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts' ; et [s'il les a trouvés] dans la maison, de l'avis de tous ils ne divergent pas [et] c'est permis ; [s'il les a trouvés] dans un tas d'ordures qui [est] au marché, de l'avis de tous ils ne divergent pas [et] c'est interdit. Lorsqu'ils divergent, [c'est] dans un tas d'ordures qui [est] dans la maison : l'un (Rabbi Yehouda) tient qu'un homme est susceptible de jeter sa nevela dans un tas d'ordures qui est dans la maison, et l'autre (Rabbi Hanina) tient qu'un homme n'est pas susceptible de jeter sa nevela dans un tas d'ordures qui est dans la maison.

📜 Rachi (3)
דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי דְּרֹוב מְצוּיִין אֵצֶל שְׁחִיטָה מֻומְחִין הֵם:
De l'avis de tous ils ne divergent pas [et] c'est permis — car la majorité de ceux qui se trouvent auprès de l'abattage sont experts.
דְּאָסוּר דְּכֵיוָן דְּהִשְׁלִיכָם שָׁם וַדַּאי נִתְנַבְּלָה בִּשְׁחִיטָתָהּ בִּשְׁהִיָּיה אוֹ בִּדְרָסָה:
[Et] c'est interdit — car, puisqu'il les a jetés là, assurément elle est devenue nevela dans son abattage, par un arrêt ou par un appui.
אֵין אָדָם עָשׂוּי לְהַטִּיל נִבְלָתוֹ בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת מִשּׁוּם דְּמַסְרַח וְאִיכָּא רֵיחַ רַע:
Un homme n'est pas susceptible de jeter sa nevela dans un tas d'ordures qui est dans la maison — parce qu'elle pourrit et qu'il y a [alors] une mauvaise odeur.
🗂️ Tossefot (1)
כִּי פְּלִיגִי בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת הוּא הַדִּין דִּפְלִיגִי בַּשּׁוּק בְּלֹא אַשְׁפָּה כִּדְמוֹכַח בְּאֵלּוּ מְצִיאוֹת (בּ"מ דַּף כד:) גַּבֵּי ר' חֲנִינָא שֶׁמָּצָא גְּדִי שָׁחוּט בֵּין טְבֶרְיָא לְצִיפּוֹרִי:
'Lorsqu'ils divergent, [c'est] dans un tas d'ordures qui est dans la maison' — il en va de même [s']ils divergent [pour un cas] au marché sans tas d'ordures, comme il ressort dans 'Elou metziot' (Baba Metzia 24b) à propos de Rabbi Hanina qui trouva un chevreau abattu entre Tibériade et Sepphoris.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitzhak : non — tous admettent 'la majorité sont experts'. Dans la maison : tous permettent. Tas d'ordures au marché : tous interdisent (jeté là = sûrement invalide). Le désaccord porte sur le tas d'ordures dans la maison : R. Yehouda — un homme jette sa nevela dans le tas domestique (donc suspect -> interdit) ; R. Hanina — il ne le fait pas (à cause de l'odeur -> permis).

14
אָמַר מָר, אָמַר רַבִּי: נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה שֶׁמְּצָאָן בְּאַשְׁפָּה. מַאי אַשְׁפָּה? אִילֵּימָא אַשְׁפָּה שֶׁבַּשּׁוּק – הָא אָמְרַתְּ דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאָסוּר! אֶלָּא לָאו פְּשִׁיטָא בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת.

Le Maître a dit, Rabbi a dit : les paroles de Rabbi Yehouda paraissent [justes] lorsqu'il les a trouvés dans un tas d'ordures. Quel tas d'ordures ?

Si l'on dit un tas d'ordures qui [est] au marché — n'as-tu pas dit que de l'avis de tous ils ne divergent pas [et] c'est interdit ! Plutôt, n'est-ce pas évident : [c'est] dans un tas d'ordures qui [est] dans la maison.

📜 Rachi (2)
וְהָא אֲמַרְתְּ דְּכֻולֵּי עָלְמָא וְכוּ' וּמַאי נִרְאִין דִּבְרֵי פְּלוֹנִי אוֹ דִּבְרֵי פְּלוֹנִי וַהֲלֹא שְׁנֵיהֶם שָׁוִין בָּהּ:
N'as-tu pas dit que de l'avis de tous, etc. — et que [signifierait] 'les paroles d'untel paraissent [justes]' ou 'les paroles d'untel', puisque tous deux y sont d'accord ?
אֶלָּא פְּשִׁיטָא בָּאַשְׁפָּה דְּקָתָנֵי הַייְנוּ אַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת דִּפְלִיגִי בָּהּ וְאַשְׁמוֹעִינַן דִּכְרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ:
Plutôt — [c'est] évident : le 'tas d'ordures' qu'on enseigne, c'est le tas d'ordures qui [est] dans la maison, où ils divergent ; et [Rabbi] nous enseigne qu'il tient comme Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Examen : Rabbi dit 'R. Yehouda a raison dans le tas d'ordures'. Lequel ? Si au marché — mais tu as dit que là tous interdisent (pas propre à R. Yehouda) ! Donc forcément le tas d'ordures dans la maison.

15
אֵימָא סֵיפָא, וְדִבְרֵי רַבִּי חֲנִינָא בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי שֶׁמְּצָאָן בְּבַיִת. מַאי בַּיִת? אִילֵּימָא בַּיִת מַמָּשׁ – הָאָמְרַתְּ דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי! אֶלָּא פְּשִׁיטָא בְּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת. קַשְׁיָא דְּרַבִּי אַדְּרַבִּי!

Dis [maintenant] la fin (sefa) : et les paroles de Rabbi Hanina fils de Rabbi Yossi le Galiléen [paraissent justes] lorsqu'il les a trouvés dans la maison. Quelle 'maison' ?

Si l'on dit une maison [à] proprement [parler] — n'as-tu pas dit que de l'avis de tous ils ne divergent pas [et] c'est permis ! Plutôt, [c'est] évident : [dans] un tas d'ordures qui [est] dans la maison.

[Voilà une] difficulté [entre une parole] de Rabbi [et une autre] de Rabbi !

📜 Rachi (3)
הָא אֲמַרְתְּ לְכֻולֵּי עָלְמָא שָׁרִי וּמַאי נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי חֲנִינָא דְּמַשְׁמַע אֲבָל דִּבְרֵי ר' יְהוּדָה אֵין נִרְאִין ר' יְהוּדָה נָמֵי שָׁרִי בָּהּ:
N'as-tu pas dit que de l'avis de tous c'est permis — et que [signifierait] 'les paroles de Rabbi Hanina paraissent [justes]', ce qui implique 'mais les paroles de Rabbi Yehouda ne paraissent pas [justes]', [alors que] Rabbi Yehouda aussi [y] permet ?
אֶלָּא פְּשִׁיטָא מַאי בַּיִת בָּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת וּבָהּ פְּלִיגִי וְאַשְׁמוֹעִינַן רַבִּי דִּכְרַבִּי חֲנִינָא סְבִירָא לֵיהּ:
Plutôt, [c'est] évident — quel 'maison' ? [le] tas d'ordures qui [est] dans la maison, où ils divergent ; et Rabbi nous enseigne qu'il tient comme Rabbi Hanina.
קַשְׁיָא דְּרַבִּי אַדְּרַבִּי דִּבְרֵישָׁא נִרְאוּ לוֹ דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה דְּאָסַר בָּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת וּבְסֵיפָא נִרְאוּ לוֹ דִּבְרֵי רַבִּי חֲנִינָא בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּמַתִּיר בָּאַשְׁפָּה שֶׁבַּבַּיִת אִם כֵּן קַשְׁיָא דְּרַבִּי אַדְּרַבִּי:
[Voilà une] difficulté [entre une parole] de Rabbi [et une autre] de Rabbi — car au début lui ont paru [justes] les paroles de Rabbi Yehouda, qui interdit dans un tas d'ordures qui est dans la maison, et à la fin lui ont paru [justes] les paroles de Rabbi Hanina fils de Rabbi Yossi le Galiléen, qui permet dans un tas d'ordures qui est dans la maison ; si [c'est] ainsi, [il y a] difficulté [entre une parole] de Rabbi [et une autre] de Rabbi.
💡 Explication

Mais la fin : R. Hanina a raison 'dans la maison'. Laquelle ? Si une vraie maison — mais là tous permettent ! Donc forcément le tas d'ordures dans la maison. Contradiction entre les deux propos de Rabbi (au début il tranche comme R. Yehouda pour ce cas, à la fin comme R. Hanina) ! (Résolution sur 12b.)

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).