Chullin 121a — qu'est-ce que l'alal, le bec, les serrés et les cornes, et la viande qui palpite : se joindre pour l'impureté des aliments

Chullin 121a

Sougya : Après la fin de la dérivation de l'orla à partir des bikkurim (pri-pri), la sougya ouvre le grand débat sur l'alal : R. Yo'hanan dit que c'est le marteka (le ligament de la nuque et de l'échine, large, blanc et très dur), Resh Lakich dit que c'est la chair que le couteau a lâchée sur la peau au dépouillement.

La Guemara confronte cette mahloket au verset de Job ('rofeei elil') puis à la michna de R. Yehouda sur l'alal rassemblé, et conclut que dans le verset tous s'accordent (= le ligament) tandis que dans la michna ils ne divergent que selon les Sages.

Elle précise ensuite comment la chair lâchée par le couteau peut se joindre sans être impure seule (mahshava partielle, ou part lâchée par la bête contre part lâchée par le couteau). Puis viennent le bec (chartom), les serrés (tsiporna'im) et les cornes (karna'im) de l'oiseau : seule la partie tendre ou la racine enfoncée dans la chair compte comme aliment.

Enfin la michna de celui qui abat (Israélite sur bête impure, non-Juif sur bête pure) : il faut mahshava et hekhsher par de l'eau venue d'ailleurs ; et l'école de R. Yichmael fonde le principe que seul ce qui ne finira pas en impureté grave requiert le hekhsher.

Qu'est-ce que l'alal ? R. Yo'hanan contre Resh Lakich R. Yo'hanan : marteka Resh Lakich : chair lâchée par le couteau Nature le ligament de la nuque/échine (large, blanc, très dur) résidu de chair resté sur la peau après que le couteau a dépouillé Verset Job rofeei elil cadre : sans remède (le ligament rompu ne se recolle pas) problème : la chair, elle, se soigne (on la rattache, elle reprend) Verset Job (conclusion) le elil du VERSET = le ligament (marteka), tous d'accord Michna, selon R. Yehouda l'alal = chair lâchée par le couteau (tous d'accord) Selon les Sages le ligament se joint AUSSI le ligament ne se joint PAS (bois)
La mahloket sur l'alal (segments 1-6) : ce que désigne le terme dans le verset de Job, dans la michna selon R. Yehouda, et selon les Sages.
La chair lâchée par le couteau : comment peut-elle se joindre sans se contaminer seule ? si on y a pensé -> impure même seule ; si on n'y a pas pensé -> annulée. Donc cas mixte : 1re réponse (un Sage) on a pensé à EN MANGER UNE PART (sans préciser laquelle) pas un volume d'œuf complet pensé -> pas impure seule, mais se joint 2e réponse (l'autre Sage) une part lâchée par la BÈTE (du vivant) une part lâchée par le COUTEAU on ne sait laquelle est laquelle -> la part de la bête se joint
Comment la chair lâchée par le couteau se joint sans être impure isolément (segments 7-9) : les deux réponses de R. Avin et R. Meyacha.
Mahshava et hekhsher : quand un aliment doit-il être 'préparé' par un liquide ? Principe de l'école de R. Yichmael (verset 'si de l'eau est mise sur la semence') l'aliment qui ne finira PAS par contracter une impureté grave -> requiert le hekhsher (liquide) Finira en impureté grave ex. la chair qui deviendra nevela à la mort de la bête -> PAS besoin de hekhsher Ne finira PAS en impureté grave ex. les semences (zeraïm) ; la nevela d'oiseau pur -> requiert le hekhsher
Le principe de l'école de R. Yichmael (segments 16-17) : qui requiert le hekhsher par un liquide et qui en est dispensé.
1
והדר מייתי לה לערלה ״פרי״ ״פרי״ מבכורים.

Et ensuite il dérive [la règle du liquide qui sort] de l'orla [par une guezera chava] 'fruit'-'fruit' à partir des bikkurim (prémices). [Pour l'orla il est écrit 'vous tiendrez son fruit pour incirconcis', et pour les prémices 'tu prendras des prémices de tout le fruit du sol' ; de même que pour les prémices seuls le jus du raisin et de l'olive a le statut du fruit, de même pour l'orla.]

🗂️ Tossefot (1)
והדר מייתי [לה] לערלה פרי פרי מבכורים וא"ת דבפ' כל שעה (פסחים כד:) פשיט מהך משנה דכל איסורים שבתורה אין לוקין עליהם אלא כדרך הנאתן והכא קאמר משום דגמר לה מבכורים וי"ל דרבוי דהכא צריכי דלא נימא זיעה בעלמא הוא:
Et ensuite il dérive [la règle] de l'orla [par] 'fruit'-'fruit' à partir des bikkurim — et si tu objectes : au chapitre Kol Chaa (Pessahim 24b) on tranche, à partir de cette michna [même], que pour tous les interdits de la Torah on n'est passible que [s'ils sont consommés] selon leur mode [normal] de jouissance — et ici [pourtant] il dit [qu'on est passible pour le jus] parce qu'il le dérive des bikkurim ! Et l'on peut dire : l'inclusion [scripturaire] d'ici est nécessaire, afin que nous ne disions pas [que le jus] n'est qu'une simple suintation (zeia).
💡 Explication

Fin de la sougya précédente. On y dérivait, par guezera chava (analogie de mots), le statut du jus qui sort de l'orla (les fruits des trois premières années d'un arbre) à partir des bikkurim : le mot 'fruit' figure dans les deux versets. Conclusion : on n'est passible que pour le jus du raisin et de l'olive, non pour le jus des autres fruits.

2
והאלל. מאי אלל? רבי יוחנן אמר: מרטקא, וריש לקיש אמר: בשר שפלטתו סכין.

[La michna a enseigné que] 'l'alal [se joint à la chair pour compléter le volume requis, bien que lui-même ne soit pas un aliment].' Qu'est-ce que l'alal ? Rabbi Yo'hanan dit : le marteka (le ligament [de la nuque et de l'échine]) ; et Resh Lakich dit : la chair que le couteau a lâchée (bessar che-paltato sakin).

📜 Rachi (2)
מרטקא גיד השדרה והצואר והוא רחב ולבן וקשה מאד וקורין אותו ייבו"ל:
Marteka — le ligament (guid) de l'échine et du cou ; il est large, blanc et très dur, et on l'appelle 'yibol' [en langue vernaculaire].
בשר שפלטתו סכין כשמפשיטין את הבהמה פעמים שהסכין פולט מן הבשר אצל העור ולא חשיב. ולקמיה פריך היכי דמי דאצרופי מצרף ובאפי נפשיה אין מקבל טומאה:
La chair que le couteau a lâchée — lorsqu'on dépouille la bête, parfois le couteau lâche une part de la chair du côté de la peau, et [cette chair-là] n'est pas comptée [comme aliment]. Et plus loin [la Guemara] objecte : comment cela ? [si] elle se joint mais ne reçoit pas l'impureté par elle-même [c'est contradictoire].
🗂️ Tossefot (1)
מרטקא פי' ר"ח בשר מת וכן נראה לר"ת ולא כפי' הקונטרס שפי' גידי הצואר מדאמרינן פרק כל הפסולים (זבחים דף לה.) פגל באלל נתפגלה מוראה פגל במוראה לא נתפגלה אלל ובעוף אין גידי צואר קשין ומוראה לא שייך אלא בעוף ולמאן דמפרש בשר שפלטתו סכין לא קשה ליה מהתם דהא אמרי' בסמוך דלכ"ע מרטקא נמי הוי אלל:
Marteka — Rabbenou Hananel a expliqué : de la chair morte ; et ainsi parut-il à Rabbenou Tam, et non comme l'explication du Commentaire (Rachi) qui a expliqué [que c'est] le ligament du cou — car nous disons au chapitre Kol ha-Pessoulim (Zevahim 35a) : '[s'il y a eu intention de] piggoul dans l'alal, la mor'a (le jabot ?) est devenue piggoul ; [s'il y a eu] piggoul dans la mor'a, l'alal n'est pas devenu piggoul' — or pour un oiseau les ligaments du cou ne sont pas durs, et la mor'a ne se rapporte qu'à l'oiseau ; et pour celui qui explique 'la chair que le couteau a lâchée', [le passage] de là-bas ne fait pas difficulté, car nous disons plus bas que de l'avis de tous le marteka aussi est de l'alal.
💡 Explication

La michna enseigne que l'alal (un résidu charnu) se joint à la chair pour compléter le volume d'un œuf qui rend susceptible de l'impureté des aliments (tum'at okhlin), bien qu'il ne soit pas lui-même un aliment. Qu'est-ce que cet alal ? R. Yo'hanan : le marteka, le ligament de la nuque et de l'échine (large, blanc, très dur). Resh Lakich : la chair lâchée par le couteau au moment où l'on dépouille la bête, qui reste collée à la peau.

3
מיתיבי: ״ואולם אתם טפלי שקר רפאי אלל כלכם״. בשלמא למאן דאמר מרטקא – היינו דלאו בר רפואה הוא, אלא למאן דאמר בשר שפלטתו סכין – בר רפואה הוא!

On objecte : '[Mais] vous, vous êtes des badigeonneurs de mensonge, des guérisseurs de néant (rofeei elil), vous tous' (Job 13:4). Admettons, pour celui qui dit 'le marteka' — c'est bien là [le sens, car le ligament] n'est pas susceptible de guérison ; mais pour celui qui dit 'la chair que le couteau a lâchée' — elle, [pourtant,] est susceptible de guérison !

📜 Rachi (2)
ואולם אתם טופלי שקר איוב אמר לחביריו מחברי דברי שקר אתם ודבר שאין בו רפואה אתם אומרין לרפואתי. ומרטקא משנפסק אין לו רפואה להחבר עוד:
'Mais vous, vous êtes des badigeonneurs de mensonge' — Job dit à ses compagnons : vous êtes des assembleurs de paroles de mensonge, et c'est une chose sans remède que vous proposez pour ma guérison ; et le marteka, une fois rompu, n'a plus de remède pour se recoller.
בשר שפלטתו סכין בר רפואה הוא המדלדל בשר מן החי פעמים שקושרין אותו במקומו והוא נדבק ומעלה ארוכה:
La chair que le couteau a lâchée est susceptible de guérison — [la chair] qui pend du [corps] vivant, parfois on la fixe à sa place, et elle se recolle et reprend une cicatrisation (aroukha).
💡 Explication

Objection à Resh Lakich, depuis le verset de Job : 'guérisseurs de elil' (même racine qu'alal). Job reproche à ses amis de prodiguer des soins sans valeur, comme qui voudrait guérir un ligament rompu — chose impossible à recoller. Cela colle pour R. Yo'hanan (le ligament). Mais si l'alal est la chair lâchée par le couteau, celle-ci peut guérir (on la rattache, elle se ressoude) — le reproche de Job n'aurait pas de sens.

4
באלל דקרא, דכולי עלמא לא פליגי; כי פליגי – באלל דמתניתין.

[Réponse :] quant à l'alal du verset, tous s'accordent [qu'il s'agit du ligament] ; lorsqu'ils divergent, [c'est] au sujet de l'alal de la michna.

💡 Explication

Résolution : pour le mot elil du verset de Job, tous reconnaissent qu'il désigne le ligament (marteka). La divergence entre R. Yo'hanan et Resh Lakich ne porte que sur le sens de l'alal de la michna.

5
תא שמע, רבי יהודה אומר: האלל המכונס, אם יש כזית במקום אחד – חייבין עליו, ואמר רב הונא: והוא שכנסו.

Viens entendre : Rabbi Yehouda dit : l'alal rassemblé (ha-meKounas), s'il y en a un volume d'olive (ka-zayit) en un seul endroit, on est passible à son sujet [il transmet l'impureté de charogne]. Et Rav Houna a dit : et [c'est] lorsqu'on l'a [effectivement] rassemblé.

📜 Rachi (3)
המכונס הנאסף יחד יפה:
Rassemblé — celui qui a été bien réuni ensemble.
חייבין עליו משום נבלה בין שאוכלו בין שנוגע בו ונכנס למקדש ופליג אמתני' דקתני אבל לא טומאת נבלות:
On est passible à son sujet — au titre de la charogne (nevela), qu'on le mange ou qu'on le touche puis entre au Temple ; et [R. Yehouda] diverge de la michna, qui enseigne 'mais non l'impureté de charogne'.
והוא שכנסו דאחשביה וגלי דעתיה דלא בטליה מעיקרא אבל מתכנס מאליו או ע"י תינוקות שלא במתכוין לא פליג ר' יהודה דליהוי נבלה:
Et [c'est] lorsqu'on l'a rassemblé — car il l'a [ainsi] tenu pour important et a manifesté son intention de ne pas l'avoir annulé au départ ; mais [s']il s'est rassemblé de lui-même, ou par l'entremise d'enfants sans intention, R. Yehouda ne diverge pas [pour dire] qu'il serait charogne.
🗂️ Tossefot (2)
ר' יהודה אומר חייבים עליו הא דלא קאמר מטמא טומאת נבלות דלא תימא מדרבנן להכי קאמר חייבין עליו:
R. Yehouda dit : on est passible à son sujet — s'il n'a pas dit 'il transmet l'impureté de charogne', [c'est] pour que tu ne dises pas [que c'est] d'ordre rabbinique ; c'est pourquoi il dit 'on est passible à son sujet'.
והוא שכנסו תימה מה שייכא מחשבה לאיסור דגבי טומאה שייך לחלק דאי מבטל ליה עץ בעלמא הוא אבל משום דבטליה לא משתרי באכילה לכך נראה דחייבין עליו לא מיירי לענין אכילה דלא צריך כנסו אלא לענין אם נכנס למקדש כמו שפי' בקונטרס בלשון אחר והא דלא נקט טמא דלא תימא מדרבנן כדפי' וכן נראה דאי אאכילה הא כיון דאכלו אין לך כינוס גדול מזה:
Et [c'est] lorsqu'on l'a rassemblé — c'est étonnant : en quoi l'intention (mahshava) se rattache-t-elle à l'interdit [de consommation] ? Car pour l'impureté il y a lieu de distinguer : s'il l'annule, ce n'est que du bois pur ; mais du fait qu'il l'a annulé, [cela] ne le rend pas permis à la consommation ! C'est pourquoi il paraît [que] 'on est passible à son sujet' ne traite pas de la consommation — qui ne requiert pas qu'on l'ait rassemblé — mais [du cas] où l'on est entré au Temple, comme l'a expliqué le Commentaire (Rachi) dans une autre version. Et s'il n'a pas dit 'impur', [c'est] pour que tu ne dises pas [que c'est] d'ordre rabbinique, comme [on l'a] expliqué ; et de même il paraît [que], s'il s'agissait de la consommation, [c'est sans objet], car dès lors qu'il l'a mangé, il n'y a pas de plus grand rassemblement que celui-là.
💡 Explication

Preuve depuis la michna : R. Yehouda enseigne que l'alal rassemblé (mis en tas), s'il en réunit un volume d'olive en un seul endroit, rend passible — c'est-à-dire qu'il transmet l'impureté de charogne (nevela) et non seulement celle des aliments. Rav Houna précise : à condition qu'une personne l'ait sciemment rassemblé ; ce faisant elle montre qu'elle le tient pour un aliment.

6
בשלמא למאן דאמר בשר שפלטתו סכין, היינו דכי איכא כזית מיחייב, אלא למאן דאמר מרטקא, כי איכא כזית מאי הוי? עץ בעלמא הוא!

Admettons, pour celui qui dit 'la chair que le couteau a lâchée' — c'est bien là [pourquoi], lorsqu'il y a un volume d'olive, on est passible ; mais pour celui qui dit 'le marteka', lorsqu'il y a un volume d'olive, qu'en est-il ? Ce n'est que du bois !

📜 Rachi (1)
בשלמא למ"ד אלל היינו בשר שפלטתו סכין היינו דמחייב דאיכא למימר כיון דכנסו אחשביה והדר למילתיה וגלי דעתיה דלא בטליה מעיקרא:
Admettons, pour celui qui dit — [que] l'alal est la chair que le couteau a lâchée, c'est bien là [pourquoi] on est passible, car il y a lieu de dire : du fait qu'il l'a rassemblé, il l'a tenu pour important et l'a fait revenir à son état [d'aliment], manifestant son intention de ne pas l'avoir annulé au départ.
💡 Explication

La michna de R. Yehouda appuie Resh Lakich : la chair (lâchée par le couteau), une fois rassemblée en volume d'olive, redevient un aliment par l'intention — d'où la passibilité. Mais pour R. Yo'hanan (le ligament), même rassemblé en volume d'olive, comment serait-on passible ? Le ligament n'est que du bois (impropre à la consommation), et l'intention ne le transforme pas en aliment.

7
אליבא דרבי יהודה לא פליגי, כי פליגי אליבא דרבנן: רבי יוחנן אמר: מרטקא נמי מצטרף, וריש לקיש אמר: דוקא בשר שפלטתו סכין, אבל מרטקא לא מצטרף.

Selon Rabbi Yehouda, ils ne divergent pas [tous deux reconnaissent que son alal est la chair que le couteau a lâchée] ; lorsqu'ils divergent, [c'est] selon [l'avis des] Sages : Rabbi Yo'hanan dit : le marteka aussi se joint ; et Resh Lakich dit : précisément la chair que le couteau a lâchée [se joint], mais le marteka, lui, ne se joint pas.

📜 Rachi (2)
באלל דר' יהודה לא פליגי דודאי רבי יהודה אבשר שפלטתו סכין קאי ורבי יוחנן נמי מודי דבשר שפלטתו סכין איקרי אלל ובמרטקא הוא דפליגי ולת"ק ר' יוחנן אמר מרטקא נמי מקרי אלל כדאשכחן בקרא ואלל דמתני' דקאמר מצטרף בכולהו אלל קאמר דמצטרפי ובאפי נפשייהו לא מטמו ואתא רבי יהודה למימר באלל מרטקא מודינא דלא הוי בשר באנפי נפשיה לענין נבלות אבל בשר שפלטתו סכין אם חזר וכינסו גלי אדעתיה דלא בטליה וחייבין עליו משום נבלה:
Selon l'alal de R. Yehouda ils ne divergent pas — car assurément R. Yehouda vise la chair que le couteau a lâchée, et R. Yo'hanan lui aussi admet que la chair que le couteau a lâchée s'appelle alal ; c'est sur le marteka qu'ils divergent. Et selon le tana anonyme (premier tana), R. Yo'hanan dit [que] le marteka aussi s'appelle alal, comme nous le trouvons dans le verset ; et l'alal de la michna dont il dit qu'il 'se joint' — [il veut dire que] tous [les types d'alal] se joignent et ne contaminent pas par eux-mêmes ; et R. Yehouda vient dire : quant à l'alal-marteka, je reconnais qu'il n'est pas de la chair par lui-même pour [l'impureté] de charogne ; mais la chair que le couteau a lâchée, s'il l'a rassemblée à nouveau, il a manifesté son intention de ne pas l'avoir annulée, et on est passible à son sujet au titre de la charogne.
אבל מרטקא לא מצטרף דעץ בעלמא הוא:
Mais le marteka ne se joint pas — car ce n'est que du bois.
🗂️ Tossefot (1)
ורבי יוחנן אמר אף מרטקא מצטרף ולאו בכה"ג דהוי שומר דא"כ מ"ט דר"ל עור ועצם מצטרפים משום שומר וצירוף שומר מקראי דרשינן לעיל (חולין דף קיח.) אלא מיירי כגון שיש בראשו כזית בשר דאע"ג דלא הוי שומר מצטרף דראוי הוא שיאכל אגב בשר וריש לקיש סבר דלא מצטרף דאין ראוי לאכילה דעץ בעלמא הוא:
Et Rabbi Yo'hanan dit : le marteka aussi se joint — et [ce] n'[est] pas dans un cas tel qu'il serait un protecteur (chômer) ; car s'il en était ainsi, quelle [serait] la raison de Resh Lakich [pour dire que] la peau et l'os se joignent au titre de protecteur — et [d'ailleurs] le fait de se joindre du protecteur, nous le dérivons de versets plus haut (Houlin 118a) ? Plutôt, il s'agit [d'un cas] où il y a à son extrémité un volume d'olive de chair : bien qu'il ne soit pas un protecteur, il se joint, car il est propre à être mangé avec la chair ; et Resh Lakich tient qu'il ne se joint pas, car il n'est pas propre à la consommation, n'étant que du bois.
💡 Explication

Conciliation. Selon R. Yehouda, les deux Maîtres s'accordent : son alal est la chair lâchée par le couteau. La divergence ne porte que sur l'alal des Sages (le tana anonyme de la michna). R. Yo'hanan : le marteka aussi se joint à la chair. Resh Lakich : seule la chair lâchée par le couteau se joint, mais le marteka ne se joint pas [car ce n'est que du bois].

8
האי בשר שפלטתו סכין, היכי דמי? אי דחשיב עליה – אפילו באנפי נפשיה מיטמא, ואי דלא חשיב עליה – בטוליה בטליה!

Cette chair que le couteau a lâchée, comment cela [se présente-t-il] ? Si l'on a [formé une] intention à son sujet [de la manger], elle se contamine même par elle-même ; et si l'on n'a pas [formé d']intention à son sujet, on l'a [complètement] annulée !

📜 Rachi (2)
אי דחשיב עליה אפילו בתר הכי:
Si l'on a [formé une] intention à son sujet — même après cela [après le dépouillement].
באנפי נפשיה נמי ליטמא טומאת אוכלין דקי"ל דמחשבה שויא אוכלא כל מידי דמצי למיכליה ואע"ג דלאו אורחיה כדאמרן בפרק בהמה המקשה (לעיל חולין דף עז:) עור ששלקו ושליא שחישב עליה מטמא טומאת אוכלין ונהי דתו לא הדר הוי בשר לענין טומאת נבלות דהא נעשה עור בבטולו הראשון אבל לאוכלו מיהא הוי לטמא טומאת אוכלין אם נגע בשרץ דלא גרע מעור ששלקו:
Par elle-même [aussi] qu'elle se contamine — de l'impureté des aliments ; car nous tenons que l'intention rend aliment toute chose qu'on peut manger, même si ce n'est pas son mode [habituel], comme nous l'avons dit au chapitre Behema ha-Makcha (Houlin 77b) : la peau qu'on a fait bouillir, et le placenta sur lequel on a [formé une] intention, se contaminent de l'impureté des aliments. Et certes, [cette chair] ne redevient pas 'chair' pour l'impureté de charogne, car elle est devenue 'peau' par sa première annulation ; mais pour la manger, du moins, elle est [aliment] pour se contaminer de l'impureté des aliments si elle a touché un reptile (cherets), car elle n'est pas inférieure à la peau qu'on a fait bouillir.
💡 Explication

Difficulté sur la position de la michna : la chair lâchée par le couteau se joint mais ne se contamine pas seule. Or, de deux choses l'une : si on a l'intention de la manger, elle est un aliment à part entière et se contamine même seule ; si on n'a pas cette intention, on l'a totalement annulée (elle n'est plus aliment) et elle ne devrait pas se joindre du tout. Comment, alors, se joint-elle sans être impure isolément ?

9
רבי אבין ורבי מיישא, חד אמר: מקצתו חישב עליו.

Rabbi Avin et Rabbi Meyacha — l'un dit : on a [formé une] intention sur une partie d'elle [seulement].

📜 Rachi (1)
מקצתו חישב עליו ולא פי' איזה קצת הלכך כביצה מיניה לא מקבל טומאה דהא לא חישב על כולו אבל כי מצטרף בהדי שאר אוכלין מצטרף ההוא קצת מחשבה דאית ביה לאשלומי שיעורא:
On a [formé une] intention sur une partie d'elle — sans préciser quelle partie ; des lors, un volume d'œuf pris d'elle ne reçoit pas l'impureté, puisqu'il n'a pas [formé d']intention sur la totalité ; mais lorsqu'elle se joint avec d'autres aliments, cette part sur laquelle porte l'intention se joint pour compléter la mesure.
💡 Explication

Première réponse (R. Avin ou R. Meyacha). Cas où l'on a eu l'intention d'en manger une partie seulement, sans préciser laquelle. De ce fait, un volume d'œuf pris d'elle seule ne se contamine pas (l'intention ne porte pas sur le tout) ; mais quand elle se joint à d'autres aliments, la part visée par l'intention complète la mesure.

10
וחד אמר: מקצתו פלטתו חיה, ומקצתו פלטתו סכין.

Et l'un dit : une partie d'elle, la bête l'a lâchée, et une partie d'elle, le couteau l'a lâchée.

📜 Rachi (1)
פלטתו חיה נשכה כלב ודלדל מן הבשר לצד העור ואח"כ שחטה והפליט גם הסכין עוד ואין ידוע אי זה מהן פלטה חיה ואיזה סכין וההוא דפלטתו חיה לא בטיל מסתמא וההוא דסכין בטליה מדעת וכולה בדלא חשיב עליה הלכך כי הוי בהדי שאר אוכלין מצטרף ההוא קצת דחיה בהדייהו ולטומאת נבלות לא ואע"ג דפלטתו חיה דמתניתין רבי עקיבא היא דאמר העור מבטלו מטומאת נבלות ואפילו פלטתו חיה לקמן (חולין דף קכב.):
La bête l'a lâchée — un chien l'a mordue et a [fait] pendre [une part] de la chair du côté de la peau, puis on a abattu [la bête] et le couteau en a lâché encore [une part] ; et l'on ne sait laquelle la bête à lâchée et laquelle le couteau : celle que la bête à lâchée n'est, par défaut, pas annulée, et celle [lâchée par] le couteau, on l'a annulée sciemment — et le tout [se passe] dans un cas où l'on n'a pas [formé d']intention à son sujet ; des lors, lorsqu'elle se trouve avec d'autres aliments, cette part [lâchée par] la bête se joint à eux, mais non pour l'impureté de charogne. Et bien que '[la chair] que la bête à lâchée' de la michna [relève] de Rabbi Akiva, qui dit [que] la peau l'annule de l'impureté de charogne — et même [celle] que la bête à lâchée — [voir] plus loin (Houlin 122a).
💡 Explication

Seconde réponse. Cas où l'on n'a d'intention sur aucune partie. Plutôt, une bête (un chien) a arraché du vivant une part de la chair (laquelle garde son statut d'aliment), et le couteau en a lâché une autre (laquelle est annulée). Comme on ignore quelle part est laquelle, l'ensemble ne se contamine pas seul ; mais la part lâchée par la bête se joint à d'autres aliments pour compléter la mesure.

11
תנן התם: החרטום והצפרנים מיטמאין ומטמאין ומצטרפין. חרטום – עץ בעלמא הוא!

Nous avons appris là-bas : le bec (ha-chartom) et les serrés (ha-tsiporna'im) se contaminent, contaminent, et se joignent. [Mais] le bec n'est-il pas du simple bois !

📜 Rachi (4)
תנן התם במסכת טהרות (פ"א מ"ב) בסדר טהרות גבי נבלת עוף טהור:
Nous avons appris là-bas — au traité Teharot (1:2), dans l'Ordre Teharot, à propos de la nevela d'un oiseau pur.
החרטום בי"ק בלע"ז:
Le bec — 'bik' [en langue vernaculaire].
מיטמאין אם קבל העוף טומאה מן השרץ אלו נעשין יד להכניס ולהוציא טומאת. עוף אין לו טומאת מגע משום נבלה אא"כ קבלה מאחרים שהרי אין לך אלא האמור בה טומאת אכילה לטמא בבית הבליעה:
Se contaminent — si l'oiseau a reçu l'impureté d'un reptile (cherets), ceux-ci [le bec, les serrés] deviennent une 'poignée' (yad) pour faire entrer et sortir l'impureté. L'oiseau [pur] n'a pas d'impureté de contact au titre de la charogne, sauf s'il l'a reçue d'autrui ; car tu n'as à son sujet que ce qui est dit à son propos : l'impureté de consommation, pour contaminer dans la gorge (beit ha-beli'a).
ומצטרפין לכביצה:
Et se joignent — pour [compléter] le volume d'œuf.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ג במשנה בטהרות החרטום והצפרנים מטמאין כו' ולא גרסינן בה קרנים וקרנים דמפרש בה רב פפא בסמוך אמתני' דהכא קאי:
Ainsi faut-il lire dans la michna [du traité] Teharot : 'le bec et les serrés se contaminent etc.' — et l'on ne lit pas la 'les cornes' (karna'im) ; les cornes, dont Rav Papa traite plus loin, se rapportent à la michna d'ici [Houlin].
💡 Explication

La michna a enseigné que les cornes se joignent. La Guemara cite une michna parallèle (Teharot 1:2) sur la nevela d'un oiseau pur : le bec (chartom) et les serrés (tsiporna'im) se contaminent (si l'oiseau a reçu l'impureté d'un reptile), contaminent les aliments, et se joignent à la chair pour la mesure. Objection : le bec n'est que du bois (matière dure, non comestible) — comment se joindrait-il ?

12
אמר רבי אלעזר: בחרטום תחתון. תחתון נמי עץ בעלמא הוא! אמר רב פפא: תחתון של עליון.

Rabbi Eleazar dit : [il s'agit] du bec inférieur. [Mais] l'inférieur aussi n'est-il pas du simple bois !

Rav Papa dit : l'[intérieur] inférieur du [bec] supérieur [la fine membrane attachée à l'intérieur du bec].

📜 Rachi (1)
תחתון של עליון קליפת רצועה דקה יש בתוך הפה דבוקה לחרטום בעליון לארכו:
L'[intérieur] inférieur du [bec] supérieur — une fine membrane en lamelle (kelipat retsoua) se trouve à l'intérieur de la bouche, collée au bec supérieur, dans sa longueur.
💡 Explication

R. Eleazar : la michna vise le bec inférieur (la mandibule du bas). Objection : lui aussi n'est que du bois. Rav Papa précise : il s'agit de la partie inférieure (interne) du bec supérieur — c'est-à-dire la fine membrane en lamelle qui tapisse l'intérieur de la bouche, collée au bec, et qui, elle, est tendre [donc comestible].

13
צפרנים, אמר רבי אלעזר: מקום (המובלעים) [המובלע] בבשר.

Les serrés — Rabbi Eleazar dit : l'endroit enfoncé (mouvla) dans la chair.

📜 Rachi (2)
צפרנים היכא הוו אוכל:
Les serrés — où seraient-elles aliment [à quel endroit] ?
מקום המובלע בבשר שרשי הצפרנים:
L'endroit enfoncé dans la chair — les racines des serrés.
💡 Explication

De même pour les serrés (tsiporna'im) : la michna ne vise pas la serre dure elle-même, mais l'endroit de sa base enfoncé dans la chair (les racines de la serre), partie tendre et donc susceptible de se joindre comme aliment.

14
קרנים, אמר רב פפא: במקום שחותכין ויוצא מהן דם.

Les cornes — Rav Papa dit : à l'endroit où on les coupe et où il en sort du sang.

💡 Explication

De même pour les cornes (karna'im) de la michna [d'ici] : non la matière dure de la corne, mais l'endroit de la base où, si on la coupe, il en sort du sang — partie vive et tendre, qui compte comme aliment.

15
כיוצא בו, השוחט בהמה.

[La michna :] de même, celui qui abat [une bête impure pour un non-Juif, et elle palpite encore : elle contamine de l'impureté des aliments mais non de l'impureté de charogne].

📜 Rachi (1)
השוחט בהמה טמאה לעובד כוכבים הא פרישית לה (לעיל חולין קיז:) דכיון דדכוותה בשחיטת ישראל בטהורה משויא לה אוכלא בעודה מפרכסת ולישראל שריא דהא בשחיטה תליא להו מילתא השתא נמי הואיל וישראל שחטה שחיטה מעליא אע"ג דבטמאה לא שייכא שחיטה ולעובד כוכבים לא משתרי עד שתמות דאבר מן החי הוא לגביה אפ"ה מהניא מחשבת ישראל להאכילה לעובד כוכבים לשויא אוכלא בעודה מפרכסת וכ"ש טהורה שאוכל היתר גמור הוא בעודה מפרכסת והא דאמרינן אסור לאכול מבהמה קודם שתצא נפשה מדרבנן הוא וכן עובד כוכבים בטהורה תניא נמי לקמן דהואיל וטהורה היא ואשכחן היתר בטהורה מפרכסת ששחטה ישראל השתא נמי כי שחטה עובד כוכבים הויא אוכל לטמא טומאת אוכלין מן השרץ שאם תחזור ותגע באוכלין אחרים קודם שתמות ותעשה נבלה תטמאם אבל ישראל בטהורה אין צריכה מחשבה ועובד כוכבים בטמאה לא מהניא לה מחשבה בעודה מפרכסת דלא אשכחן היתר בדכוותה:
Celui qui abat une bête impure pour un non-Juif — je l'ai déjà expliqué (Houlin 117b) : puisque, dans un cas semblable, l'abattage par un Israélite d'une bête pure en fait un aliment tant qu'elle palpite, et qu'à l'Israélite [cette bête pure] est permise, car pour elle tout dépend de l'abattage — de même ici, puisque l'Israélite l'a abattue d'un abattage valable, bien que pour une bête impure l'abattage [rituel] ne s'applique pas, et que pour le non-Juif [la bête impure] n'est permise qu'à sa mort (car elle est pour lui 'membre [arraché] du vivant', ever min ha-haï), néanmoins l'intention de l'Israélite de la donner à manger au non-Juif est efficace pour en faire un aliment tant qu'elle palpite ; et à plus forte raison une bête pure, qui est d'une permission totale tant qu'elle palpite. Et ce que nous disons [qu']il est interdit de manger d'une bête avant que son âme ne soit sortie, [c'est] d'ordre rabbinique. Et de même un non-Juif sur une bête pure : il est enseigné plus loin que, puisqu'elle est pure et que nous trouvons une permission pour une bête pure palpitante abattue par un Israélite, de même ici, lorsqu'un non-Juif l'abat, elle est un aliment pour se contaminer de l'impureté des aliments par un reptile — de sorte que, si elle revient toucher d'autres aliments avant de mourir et de devenir charogne, elle les contamine. Mais un Israélite sur une bête pure n'a pas besoin d'intention, et un non-Juif sur une bête impure : l'intention ne lui est d'aucun effet tant qu'elle palpite, car nous ne trouvons pas de permission dans un cas semblable.
💡 Explication

La michna enchaîne : 'de même, celui qui abat une bête impure pour un non-Juif', alors qu'elle palpite encore (mefarkeset). Si elle touche une source d'impureté, elle contamine de l'impureté des aliments (car l'abattage par un Israélite, même d'une bête impure, en fait un aliment pour le non-Juif), mais non de l'impureté de charogne [tant qu'elle n'est pas morte].

16
אמר רבי אסי: שונין ישראל בטמאה, וגוי בטהורה – צריכין מחשבה והכשר מים ממקום אחר.

Rabbi Assi dit : certains enseignent [que] l'Israélite [abattant] une bête impure, et le non-Juif [abattant] une bête pure, requièrent [une] intention (mahshava) et la préparation (hekhsher) par de l'eau venue d'un autre endroit.

📜 Rachi (2)
שונים יש תנאים ששונים שישראל בטמאה צריך מחשבה להאכילה לעובד כוכבים ואי לא חישב לא הויא אוכל עד שתמות וכן עובד כוכבים בטהורה:
Certains enseignent — il y a des tanaim qui enseignent qu'un Israélite [abattant] une bête impure requiert une intention pour la donner à manger au non-Juif ; et s'il n'a pas eu d'intention, elle n'est pas un aliment jusqu'à sa mort ; et de même un non-Juif [abattant] une bête pure.
והכשר ממקום אחר הכשר מים דדם שחיטה דילה לא מכשר לה דלא איקרי משקה אלא דם חללים כדאמרינן בהשוחט (לעיל חולין דף לה:) ומיהו דם שחיטה הוגנת מכשיר דאיתקש למים דכתיב על הארץ תשפכנו כמים כדאמרינן בהשוחט (שם) אבל דעובד כוכבים לאו דם חללים הוא ולא דם שחיטה הוא והוי כדם מגפתו וכדם המת דחלל לא מיקרי אלא על ידי גיסטרא ומצואר כדאמרינן בסוטה (דף מה:) לתת אותה על צוארי חלל רשע:
Et la préparation [par de l'eau] venue d'un autre endroit — la préparation par de l'eau, car le sang de son [propre] abattage ne la prépare pas : il n'est appelé 'liquide' que le 'sang des tués' (dam halalim), comme nous le disons dans Ha-Chohet (Houlin 35b). Toutefois le sang d'un abattage conforme prépare, car il est rapproché [par analogie] de l'eau, ainsi qu'il est écrit 'tu le répandras à terre comme l'eau' (Deut 12:24), comme nous le disons dans Ha-Chohet (là-bas) ; mais [le sang] du non-Juif n'est pas 'sang des tués' ni sang d'abattage [valide], et il est comme le sang d'une blessure ou le sang d'un mort — car '[le] tué' ne se nomme ainsi que par le glaive et à la gorge, comme nous le disons dans Sota (Sota 45b) : 'pour la déposer sur le cou du tué impie'.
💡 Explication

R. Assi rapporte un enseignement de certains tanaim : quand un Israélite abat une bête impure ou qu'un non-Juif abat une bête pure, pour que la chair soit susceptible d'impureté il faut (1) une intention (mahshava) du sacrificateur de la désigner comme aliment tant qu'elle palpite, et (2) un hekhsher par de l'eau venue d'ailleurs — le sang de cet abattage ne 'prépare' pas, lui, car il n'est pas considéré comme le sang d'un abattage valide.

17
הכשר למה לי? סופו לטמא טומאה חמורה, וכל שסופו לטמא טומאה חמורה – לא בעי הכשר.

Pourquoi me faut-il la préparation (hekhsher) ? Sa fin [sera] de se contaminer d'une impureté grave (touma hamoura), et tout ce dont la fin [est] de se contaminer d'une impureté grave ne requiert pas de préparation !

💡 Explication

Difficulté sur le hekhsher exigé. La chair finira par contracter une impureté grave (celle de la charogne, à la mort de la bête). Or il existe un principe : tout aliment qui finira par contracter une impureté grave ne requiert pas de hekhsher (préparation par un liquide) pour devenir susceptible de l'impureté des aliments. Pourquoi donc exiger ici le hekhsher ?

18
דתני דבי רבי ישמעאל: ״וכי יתן מים על זרע״, מה זרעים שאין סופן לטמא טומאה חמורה צריכין הכשר, אף כל שאין סופו לטמא טומאה חמורה צריך הכשר.

Car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : '[mais] si de l'eau est mise sur la semence' (Lévitique 11:38) — de même que les semences (zeraïm), dont la fin n'[est] pas de se contaminer d'une impureté grave, requièrent la préparation, de même tout ce dont la fin n'[est] pas de se contaminer d'une impureté grave requiert la préparation.

📜 Rachi (2)
הרי סופה לטמא טומאה חמורה אדם וכלים בכזית ואפילו במשא כשתמות:
Voici, sa fin [sera] de se contaminer d'une impureté grave — [au point de contaminer] l'homme et les ustensiles par un volume d'olive, et même par portage (massa), lorsqu'elle mourra.
זרעים אינן נעשין אב הטומאה עולמית ואפילו נגעו במת שהוא אבי אבות ואינן נעשין אב לטמא אדם וכלים דמהיכא נפקא דנוגע במת מטמא אדם מהאי קרא דכתיב (במדבר יט) וכל אשר יגע בו הטמא יטמא והנפש הנוגעת באותו טמא תטמא עד הערב וכי כתיב האי קרא בדבר שיש לו טהרה בהזאה ובטבילה כתיב דכתיב לעיל מיניה והזה הטהור על הטמא וגו' ובההוא טמא קאי והנפש הנוגעת יצאו אוכלין ומשקין וכלי חרס הואיל ואין להם טהרה במקוה אין נעשין אב הטומאה:
Les semences — elles ne deviennent jamais 'père de l'impureté' (av ha-touma), même si elles ont touché un mort (qui est 'père des pères'), et elles ne deviennent pas 'père' pour contaminer l'homme et les ustensiles. D'où [savons-nous] que le contact avec un mort contamine l'homme ? De ce verset : 'et tout ce que touchera l'impur sera impur, et la personne qui [le] touchera sera impure jusqu'au soir' (Nombres 19:22) ; or ce verset est écrit à propos d'une chose qui a une voie de purification par l'aspersion (haza'a) et l'immersion (tevila), car il est écrit plus haut 'et le pur aspergera sur l'impur...' — et c'est de ce [genre d']impur qu'il traite, '[et] la personne qui [le] touchera' ; en sont exclus les aliments, les liquides et les ustensiles de terre, qui, n'ayant pas de purification au mikve, ne deviennent pas 'père de l'impureté'.
💡 Explication

Source du principe (voir le schéma). L'école de R. Yichmael dérive du verset 'si de l'eau est mise sur la semence...' (Lev 11:38) : de même que les semences, qui ne contracteront jamais une impureté grave (l'impureté grave ne s'applique qu'à la chair), requièrent le hekhsher pour leur impureté légère, de même tout aliment qui ne finira pas en impureté grave requiert le hekhsher ; a contrario, ce qui finira en impureté grave en est dispensé.

19
ותניא, אמר רבי יוסי: מפני מה אמרו נבלת עוף טהור צריכה מחשבה ואינה צריכה הכשר? מפני

Et il est enseigné : Rabbi Yossi a dit : pour quelle raison ont-ils dit [que] la nevela d'un oiseau pur requiert une intention (mahshava) et ne requiert pas de préparation (hekhsher) ? Parce que

📜 Rachi (2)
נבלת עוף טהור צריכה מחשבה לקבל טומאת אוכלים מן השרץ שאם לא חישב עליה לאוכלה אינה מקבלת טומאה ואם חזרה ונגעה באוכלים לא נטמאו:
La nevela d'un oiseau pur requiert une intention — pour recevoir l'impureté des aliments par un reptile ; car si l'on n'a pas eu l'intention de la manger, elle ne reçoit pas l'impureté, et si elle revient toucher des aliments, ils ne sont pas contaminés.
ואינה צריכה הכשר משנה היא במסכת טהרות (פ"א מ"א) שלשה עשר דברים נאמרו בעוף טהור וזו אחת מהן:
Et ne requiert pas de préparation — c'est une michna au traité Teharot (1:1) : treize choses ont été dites au sujet de l'oiseau pur, et celle-ci en est une.
💡 Explication

Ouverture d'une braita (dont la suite est au daf suivant). R. Yossi demande : pourquoi a-t-on dit que la nevela d'un oiseau pur requiert une intention (mahshava, pour la désigner comme aliment) mais ne requiert pas de hekhsher ? 'Parce que...' — la raison se poursuit en 121b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).