Chullin 123a — la peau dépouillée, sa 'connexion' (chibour) à la chair pour la toumea, et le manteau déchiré

Chullin 123a

Sougya : Le daf clôture d'abord la sougya précédente (Aivu, au nom de Reish Lakish, énonce quatre règles sur la mesure de quatre mil ; Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina et Rav Aha bar Yaakov précisent jusqu'où l'on revient pour la prière ou l'eau), puis rapporte une braita sur la légion et les 'scalps' (kerakefel). Vient la michna sur celui qui dépouille (mafshit) une peau : selon l'usage visé (tapis, outre, ou dépouille par le bas), la peau reste 'connectée' (chibour) à la chair pour la toumea jusqu'à un certain point — 'de quoi saisir' (kedei ahiza) pour le tapis, le poitrail pour l'outre, tout pour le margil ; mahloket sur la peau du cou (Rabbi Yo'hanan ben Nouri contre les Sages).

La Guemara demande le statut au-delà de 'de quoi saisir' : Rav déclare tout le dépouillé pur, Rabbi Assi tient pour tameh le tefah collé à la chair (poignée, yad) ; trois braitot sont confrontées à Rabbi Assi, et la mesure 'de quoi saisir' est fixée à un tefah double (Abaye). Enfin la Guemara rapproche le cas du manteau (talit) tameh que l'on déchire : la majorité suffit pour un tevoul yom (Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh), contre quoi Rabba soulève deux objections.

Quand la peau (or) reste-t-elle 'connectée' (chibour) à la chair pour la toumea ? tant qu'elle est chibour, toucher la peau = toucher la chair (transmet ou reçoit la toumea) Pour un tapis (chetiah) on fend tête->queue, on écarte chibour jusqu'à 'de quoi saisir' (kedei ahiza) = un tefah double (Abaye) au-delà : détaché, pur Pour une outre (hemet) on incise au cou, on retourne chibour jusqu'à avoir dépouillé le poitrail (le poitrail est dur à dépouiller) Du bas (margil) on commence par les pattes tout est chibour jusqu'à tout dépouiller peau du cou : R. Yo'hanan b. Nouri non chibour / Sages : oui Guemara : au-delà de 'de quoi saisir', le morceau dépouillé Rav : tout le dépouillé est PUR ; Rabbi Assi : le tefah collé à la chair reste TAMEH (il sert de poignée)
La michna et le début de la Guemara (segments 3-12) : jusqu'où la peau dépouillée reste 'connectée' à la chair pour la toumea, selon l'usage visé et selon Rav / Rabbi Assi.
Le manteau (talit) tameh qu'on déchire : à partir de quand pur ? déchirer la majorité (rouba) annule le nom de 'vêtement' -> pur Tevoul yom (R. Nahman / Rabba b. Avouh) déjà immergé le jour même il ne ménage plus le vêtement la majorité suffit (il déchirera sûrement rouba) Non immergé (Rabba objecte) on craint qu'il ménage le tissu et n'en déchire que la moitié il faut tout déchirer Rabba : deux objections (voir seg 18)
Le cas parallèle du manteau déchiré (segments 15-18) : pourquoi la majorité suffit pour un tevoul yom mais non pour un vêtement non immergé, et les deux objections de Rabba.
1
איבו אמרה, וארבעי אמר בה, וחדא מינייהו עבודה.

[C'est] Aivou [qui] l'a énoncée [cette tradition, au nom de Reish Lakish] ; et [c'est] quatre [règles qu']il a dites à son sujet [à propos de la mesure de quatre mil], et l'une d'elles [est] 'le [temps d'un] travail' (avoda) [= le tannage de la michna].

📜 Rachi (3)
איבו אמרה להא שמעתא משמיה דריש לקיש והשומע טעה בין איבו לאבהו:
[C'est] Aivou [qui] l'a énoncée — cette tradition (chemaeta) au nom de Reish Lakish ; et celui qui [l']entendit se trompa entre Aivou et Abahou.
וארבעי אמר בה וארבעה דברים היה אומר בה בשיעור ד' מילין:
Et [c'est] quatre [règles qu']il a dites à son sujet — et [c'est] quatre choses (devarim) qu'il disait à son sujet, dans [le cadre de] la mesure de quatre mil.
עבודה האי כדי עבודה דמתניתין:
Le travail (avoda) — ce 'temps d'un travail' (kedei avoda) de la michna [= le temps du tannage].
💡 Explication

Clôture de la sougya précédente (sur la mesure de quatre mil). La tradition rapportée au nom de Reish Lakish vient en réalité d'Aivou (un auditeur a confondu Aivou et Abahou), et il en énonça quatre règles, non trois ; la quatrième est celle de notre michna : des peaux foulées au sol pendant le temps d'un tannage (le temps de parcourir quatre mil) ne sont plus 'chair' et sont pures.

2
אמר רבי יוסי ברבי חנינא: לא שנו אלא לפניו, אבל לאחריו – אפילו מיל אחד אינו חוזר. רב אחא בר יעקב אמר, ומינה: מיל הוא דאינו חוזר, הא פחות ממיל – חוזר.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : on n'a enseigné [cela] que [lorsque c'est] devant lui [= sur son chemin], mais [lorsque c'est] derrière lui — même un seul mil, il ne revient pas. Rav Aha bar Yaakov a dit : et il en ressort [précisément] (minah) : [c'est] un mil qu'il ne revient pas [faire en arrière], mais [pour] moins d'un mil — il revient.

💡 Explication

Application à la prière et à l'eau (pour se laver les mains avant l'office). On ne doit faire jusqu'à quatre mil pour trouver une synagogue ou de l'eau que si elles sont devant soi, dans le sens de la marche ; derrière soi, on ne revient pas en arrière même d'un seul mil. Rav Aha bar Yaakov infère de la formulation : c'est d'un mil qu'on ne revient pas, mais pour moins d'un mil en arrière, on revient.

3
תנו רבנן: ליגיון העובר ממקום למקום, ונכנס לבית – הבית טמא, שאין לך כל ליגיון וליגיון שאין לו כמה קרקפלין. ואל תתמה, שהרי קרקפלו של רבי ישמעאל מונח בראש מלכים.

Nos Maîtres ont enseigné : une légion (ligyon) qui passe d'un lieu à un autre et entre dans une maison — la maison [est] impure (tameh), car il n'y a pas de légion qui n'ait plusieurs scalps (kerakefel). Et ne t'en étonne pas, car le scalp de Rabbi Yichmael est déposé sur la tête des rois.

📜 Rachi (2)
ליגיון גדוד העוברים להלחם על בית מלחמתם:
Une légion (ligyon) — une troupe [d'hommes] qui passent pour combattre leur ennemi de guerre.
קרקפלין עור ראש אדם מת וזה למכשפות במלחמה:
Kerakefel — la peau de la tête d'un homme mort, et ceci [sert] aux sortilèges (mekhachefot) à la guerre.
💡 Explication

Braita sur la toumea que transmet un mort (la michna a dit que la peau d'un cadavre humain est impure comme sa chair). Une légion de soldats qui traverse et entre dans une maison rend cette maison tameh, car chaque légion porte plusieurs kerakefel — des peaux de tête d'hommes morts, utilisées pour la sorcellerie à la guerre. Preuve qu'on en fait grand cas : le scalp de Rabbi Yichmael [martyr] est conservé auprès des rois.

4
מתני׳ המפשיט בבהמה ובחיה, בטהורה ובטמאה, בדקה ובגסה –

MICHNA. Celui qui dépouille (mafshit) [la peau] d'une bête domestique (behema) ou d'une bête sauvage (haya), d'une [bête] pure ou d'une [bête] impure, d'une [bête] menue ou d'une [bête] grosse —

📜 Rachi (1)
מתני' המפשיט בבהמה ובחיה בטהורה שחוטה והוא טמא או בטמאה נבלה והוא טהור אם מפשיטו לעשות מן העור שטיח למטה ושלחן דמפשיטו פשוט כדרך שאנו עושין:
MICHNA. Celui qui dépouille [la peau] d'une bête domestique ou d'une bête sauvage, d'une [bête] pure — [c'est-à-dire] abattue (chehouta), et lui [est] impur ; ou d'une [bête] impure, [c'est-à-dire] charogne (neveila), et lui [est] pur ; s'il la dépouille pour faire de la peau un tapis (chatiah) pour [poser] sous une table — car il la dépouille à plat (pachout) selon la manière dont nous faisons [d'ordinaire].
💡 Explication

Ouverture de la michna. Une fois la peau séparée de la chair, son statut n'est plus celui de la chair pour la toumea. Mais tant que la peau reste attachée, elle peut encore être 'connectée' (chibour) à la chair. La michna envisage tous les cas : behema ou haya, bête pure (abattue, et c'est l'homme qui est impur) ou impure (charogne, neveila, et c'est l'homme qui est pur), menue (brebis) ou grosse (bœuf).

5
לשטיח, כדי אחיזה.

[s'il dépouille] pour [en faire] un tapis (chatiah) — [la peau reste connectée] de quoi [la] saisir (kedei ahiza).

📜 Rachi (1)
כדי אחיזה הוי חבור יד להוציא טומאה מן הנבלה אם נוגע בו ולהכניס טומאה לבשר אם טהורה היא וטפי מהכא לא הוי יד להכניס ולהוציא טומאה. ולקמן מפרש כמה כדי אחיזה:
De quoi [la] saisir (kedei ahiza) — [cette portion] est une connexion-poignée (hibour yad) pour faire sortir la toumea de la charogne (neveila) si l'on [la] touche, et pour faire entrer la toumea dans la chair si elle [la bête] est pure ; mais au-delà de cela [ce] n'[est] plus une poignée (yad) pour faire entrer ou sortir la toumea. Et plus loin [le texte] explique combien [vaut] 'de quoi [la] saisir'.
💡 Explication

Premier usage : dépouiller pour faire un tapis. On fend la peau dans la longueur (de la tête à la queue) puis on l'écarte des deux côtés. Dans ce cas, la portion déjà détachée reste 'connectée' (chibour) à la chair tant qu'on n'a pas dépouillé la mesure 'de quoi saisir' (kedei ahiza) — deux paumes. En deçà de cette mesure, la peau sert encore de poignée (yad) : la toucher transmet ou reçoit la toumea.

6
ולחמת – עד שיפשיט את החזה.

Et [s'il dépouille] pour [en faire] une outre (hemet) — jusqu'à ce qu'il ait dépouillé le poitrail (haze).

📜 Rachi (2)
ולחמת אם מפשיטו כפול לצורך חמת כעין אותן שעושין לצורך דבש ומתחיל מפיה והופכו כלפי זנבה:
Et [s'il dépouille] pour [en faire] une outre — s'il la dépouille pliée (kafoul) pour [en faire] une outre, comme celles qu'on fait pour [contenir] le miel, et [qu']il commence par son ouverture [le cou] et la retourne vers sa queue.
עד שיפשיט את החזה הוי חבור והנוגע בעור כנוגע בבשר בין ליטמא בין לטמא מפני שהחזה קשה להפשיט מכל האברים:
Jusqu'à ce qu'il ait dépouillé le poitrail — [c'est] une connexion (hibour), et celui qui touche la peau [est] comme celui qui touche la chair, que ce soit pour devenir impur ou pour rendre impur, parce que le poitrail [est], de tous les membres, le plus dur à dépouiller.
💡 Explication

Deuxième usage : dépouiller pour une outre (à liquide). On incise un cercle près du cou et l'on retire la peau d'un seul tenant en la retournant vers le bas. Ici, la peau reste connectée à la chair jusqu'à ce qu'on ait dépouillé tout le poitrail (haze) — parce que le poitrail est, de tous les membres, le plus dur à dépouiller : tant qu'il n'est pas fait, l'ouvrage n'est pas achevé.

7
המרגיל – כולו חבור לטומאה, ליטמא ולטמא. עור שעל הצואר – רבי יוחנן בן נורי אומר: אינו חבור, וחכמים אומרים: חבור עד שיפשיט את כולו.

Celui qui [dépouille] par le bas (margil) — tout est connexion (hibour) pour la toumea, [aussi bien] pour devenir impur que pour rendre impur. La peau qui [recouvre] le cou (tzavar) : Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : [elle n']est pas une connexion ; et les Sages disent : [elle est] une connexion jusqu'à ce qu'il ait tout dépouillé.

📜 Rachi (2)
המרגיל שהתחיל לחותכו מרגליה כלפי ראשה ומפשיטה כפול לחמת כולו חבור מפני שהחזה לסוף הפשטו הוא לפיכך כולו חבור והנוגע אף בעור המופשט כנוגע בבשר:
Celui qui [dépouille] par le bas (margil) — qui a commencé à la couper depuis ses pattes vers sa tête et la dépouille pliée pour [en faire] une outre — tout est connexion (hibour), parce que le poitrail [vient] à la fin de son dépouillement ; c'est pourquoi tout est connexion, et celui qui touche même la peau déjà dépouillée [est] comme celui qui touche la chair.
עור שעל הצואר מעצמו נפשט לפיכך אינו חבור לעשות המופשט הראשון חבור כדרך שהחזה עושה דהא כולו חבור דקתני לאו דוקא כולו אלא עד החזה:
La peau qui [recouvre] le cou — d'elle-même elle se dépouille [se détache], c'est pourquoi [elle n']est pas une connexion [au point] de rendre connexion la [partie] dépouillée en premier, à la manière dont le poitrail [le] fait ; car ce 'tout est connexion' qui est enseigné [ne signifie] pas littéralement 'tout', mais [seulement] jusqu'au poitrail.
💡 Explication

Troisième usage : le margil, celui qui commence à dépouiller par les pattes [le bas] en remontant vers la tête, pour une outre. Comme le poitrail vient en dernier dans ce procédé, toute la peau reste connectée à la chair tant qu'on n'a pas tout dépouillé. Reste la peau du cou (tzavar), qui se détache d'elle-même : pour Rabbi Yo'hanan ben Nouri, elle n'est pas chibour ; pour les Sages, elle l'est jusqu'à ce que tout soit dépouillé.

8
גמ׳ מכאן ואילך מאי?

GUEMARA. À partir de la (mikan ve-eilakh), quoi [quel statut] ?

📜 Rachi (1)
גמ' מכאן ואילך משהפשיט כדי אחיזה בפשוט על פני כולו לאחר שסדקו מן הצואר עד הזנב באמצעית כדרך המפשיטין והפשיט כדי אחיזה סביבות כולו:
GUEMARA. À partir de la (mikan ve-eilakh) — après qu'il a dépouillé 'de quoi saisir' à plat sur toute [la bête], après l'avoir fendue depuis le cou jusqu'à la queue par le milieu, à la manière de ceux qui dépouillent, et [qu']il a dépouillé 'de quoi saisir' tout autour.
💡 Explication

La michna a dit que, pour le tapis, la peau reste connectée jusqu'à la mesure 'de quoi saisir'. La Guemara demande : au-delà de cette mesure (mikan ve-eilakh), une fois dépouillée plus que 'de quoi saisir', quel est le statut de la peau pour la toumea ?

9
אמר רב: טהור המופשט, רבי אסי אמר: טפח הסמוך לבשר טמא.

Rav a dit : le [morceau] dépouillé [est] pur (tahor) ; Rabbi Assi a dit : le [tefah,] la paume (tefah) proche de la chair [est] impur (tameh).

📜 Rachi (2)
טהור המופשט עד מקום חבורו אבל מחבורו ואילך הוא טמא משום שומר כדאמרן בנוגע כנגד הבשר מאחוריו:
Le [morceau] dépouillé [est] pur — jusqu'à l'endroit de sa connexion (mekom hibouro) ; mais à partir de sa connexion et au-delà, il [est] impur à titre de protection (chômer), comme nous l'avons dit (plus haut, 118a) au sujet de celui qui touche en face de la chair, par-derrière.
טפח מן העור המופשט סמוך למקום חבור סביבות כולו הוי בית יד וטמא מפני שצריך לו שאוחז שם ומושך ומפשיט מאליו ולרב לאו יד חשיב ליה אא"כ מטלטלין בו את האוכל:
[Le] tefah — de la peau dépouillée, proche de l'endroit de la connexion tout autour, [est] une poignée (bet yad) et [est] impur, parce qu'on en a besoin : on [le] saisit la, on tire et l'on dépouille de soi-même [le reste] ; et pour Rav [ce n']est pas considéré comme une poignée, à moins qu'on n'y déplace de la nourriture.
🗂️ Tossefot (1)
טהור המופשט למאי דפירש בקונטרס דסבר רב דכל יד שאין מטלטלין בו את האוכל אינו יד תימה דאמאי עד כדי אחיזה חשיב יד טפי ונראה משום דבכדי אחיזה ואילך יכול לאחוז בבשר עצמו ולטלטלו אי נמי משום דכל זמן שלא הפשיט כדי אחיזה הוא קשה להפשיטו ופעמים שמניחו כך וצריך לו לטלטלו ממקום למקום אבל משהפשיט כדי אחיזה שוב אין קשה להפשיט ואין זז משם עד שיפשיט כולו וכן בחמת עד שיפשיט את החזה לפי שהחזה קשה להפשיט ולכך לפעמים מניחו כך שעה אחת ותוך כך יצטרך לטלטלו אבל משהופשט החזה אין דרך להניחו כך ועוד יש לפרש טעמא דרב דאמר מכאן ואילך טהור המופשט מפני שכדי אחיזה צריך העור להיות יד לצורך הפשטה אבל ביותר מכדי אחיזה לא לפי שאם מחזיק בשפת העור אין יכול למשוך בכח ולהפשיט ובכדי אחיזה סמוך לבשר אין יכול להחזיק בידו העור היטב ולמשוך הלכך עד [כדי] אחיזה יכול להחזיק ולמשוך בשפת העור טפי לא כדפי' הקונט' גבי הא דמשני בסמוך ההוא בטפח ראשון שכשהפשיט שלשה טפחים שאין יכול להחזיק לא בשפת העור ולא באמצע העור וי"מ כולה מתני' משום שומר דעד כדי אחיזה הוי חבור וכ"ש פחות אם נגע שרץ בעור המופשט מכניס טומאה לבשר משום שומר ואע"ג דאמר לעיל (חולין דף קיח.) דעור כנגד הבשר דוקא הוי שומר הכא חשיב כנגד הבשר כיון דחשיב הכל כמחובר וכן לחמת כל זמן שהחזה מחובר חשיב הכל מחובר אבל משום יד אין לפרש דלרב אסי דאמר טפח סמוך לבשר טמא משום יד דלחמת אמאי כל העור חבור לא היה לטמא אלא טפח הסמוך לחזה דמאי שנא בין חזה לשאר אברים אלא ודאי משום שומר הוי דחשיב כל העור מחובר וכן לשון דהרי זה חבור משמע דהוי משום שומר דביד מה שייך לשון חבור והכי מוכח בת"כ דתניא התם בנבלתה ולא במפשיט לשטיח כדי אחיזה ולחמת עד שיוציא כל החזה יכול שאני מוציא פחות מכשיעור ת"ל יטמא אלמא דטעמא דשטיח כדי אחיזה הוי משום שומר דהא מיטמא דרשינן לעיל (שם) שומר דנבלה ויד דריש לעיל מלכם כך פי' הרב רבינו יעקב מאורלינ"ש ואין הגי' כן בת"כ ולפי פירושו לא מטמא בת"כ וגם בשמעתין אלא עד כדי אחיזה ולא כדי אחיזה בכלל דהיינו פחות מכשיעור שמזכיר לשם:
Le [morceau] dépouillé [est] pur — selon ce qu'a expliqué [Rachi] dans le commentaire (kuntress), [à savoir] que Rav tient [que] toute poignée avec laquelle on ne déplace pas de nourriture n'est pas une poignée — [c'est] étonnant : pourquoi donc, jusqu'à 'de quoi saisir', [la peau] est-elle davantage considérée comme une poignée ? Et il [nous] semble [que c'est] parce que, à partir de 'de quoi saisir' et au-delà, on peut saisir la chair elle-même et la déplacer. Ou bien parce que, tant qu'il n'a pas dépouillé 'de quoi saisir', [la peau] est dure à dépouiller, et parfois il la laisse ainsi et il a besoin de la déplacer d'un endroit à l'autre ; mais une fois qu'il a dépouillé 'de quoi saisir', il n'[est] plus dur de dépouiller [le reste], et [la peau] ne bouge plus de là jusqu'à ce qu'il ait tout dépouillé. Et de même pour l'outre, jusqu'à ce qu'il ait dépouillé le poitrail, parce que le poitrail [est] dur à dépouiller, et c'est pourquoi parfois il la laisse ainsi un moment, et entre-temps il aura besoin de la déplacer ; mais une fois le poitrail dépouillé, il n'[est] pas d'usage de la laisser ainsi. Et l'on peut encore expliquer la raison de Rav, qui dit 'à partir de là, le [morceau] dépouillé [est] pur' : parce que, [pour] 'de quoi saisir', la peau a besoin d'être une poignée pour les besoins du dépouillement, mais au-delà de 'de quoi saisir' [ce n']est pas [le cas], car si l'on tient le bord de la peau on ne peut tirer avec force et dépouiller, et [pour] 'de quoi saisir' proche de la chair on ne peut bien tenir la peau en main et tirer ; dès lors, jusqu'à 'de quoi saisir' on peut tenir et tirer par le bord de la peau, au-delà non — comme l'a expliqué le kuntress à propos de ce qu'[on] résout plus bas, [à savoir que] 'ceci [vaut] pour le premier tefah', car lorsqu'il a dépouillé trois paumes (telata tefahim), on ne peut tenir ni le bord de la peau ni le milieu de la peau. Et il y a [ceux] qui expliquent toute la michna à titre de protection (chômer) : [à savoir que] jusqu'à 'de quoi saisir' [c'est] une connexion, et à plus forte raison [pour] moins [que cela] ; si un cheretz [reptile impur] a touché la peau dépouillée, il fait entrer la toumea dans la chair à titre de protection. Et bien qu'on ait dit plus haut (Houlin 118a) [que c'est] la peau en face de la chair, précisément, qui est protection, ici [elle est] considérée [comme] en face de la chair puisqu'on considère le tout comme attaché ; et de même pour l'outre, tant que le poitrail est attaché, on considère le tout comme attaché. Mais à titre de poignée (yad) [on] ne [peut] pas l'expliquer, car selon Rabbi Assi, qui dit [que] le tefah proche de la chair [est] impur à titre de poignée, [alors] pour l'outre pourquoi toute la peau [serait-elle] une connexion ? il n'aurait fallu rendre impur que le tefah proche du poitrail ! quelle différence y a-t-il entre le poitrail et les autres membres ? Plutôt, c'est certainement à titre de protection [qu'il faut l'expliquer], puisqu'on considère toute la peau comme attachée. Et de même l'expression 'voici que ceci [est] une connexion' indique [que c'est] à titre de protection, car à propos d'une poignée, quel rapport [aurait] l'expression 'connexion' ? Et ainsi le prouve le Torat Kohanim, où il est enseigné : 'be-nivlata' [par sa charogne] — et non par celui qui dépouille pour [en faire] un tapis 'de quoi saisir', ni [pour] une outre jusqu'à ce qu'il fasse sortir tout le poitrail ; peut-on [croire] que j'exclus [même s'il a dépouillé] moins que la mesure ? L'enseignement dit 'yitma' [il rendra impur] ; il ressort [donc] que la raison du tapis 'de quoi saisir' [est] à titre de protection, car 'mittama' [il devient impur] nous le dérivons plus haut [comme] protection de la charogne, et la poignée, nous la dérivons plus haut de '[la]chem' [à vous]. Ainsi l'a expliqué notre maître Rabbenou Yaakov d'Orléans ; mais la version [du texte] n'est pas ainsi dans le Torat Kohanim, et selon son explication [le morceau] ne rend pas impur dans le Torat Kohanim ni dans notre sougya, si ce n'est jusqu'à 'de quoi saisir' [exclusivement], et non 'de quoi saisir' inclus — c'est-à-dire [à partir de] moins que la mesure qu'il mentionne là.
💡 Explication

Mahloket sur le statut de la peau au-delà de 'de quoi saisir'. Pour Rav, tout le morceau déjà dépouillé est pur (il ne sert plus de poignée à la chair ; seule la peau encore attachée, en face de la chair, transmet la toumea comme 'protection', chômer). Pour Rabbi Assi, la paume (tefah) de peau dépouillée qui jouxte la chair reste impure, car celui qui dépouille saisit la cette portion : elle sert donc encore de poignée (yad).

10
מיתיבי: המפשיט כשיעור הזה, מכאן ואילך, הנוגע במופשט טהור. מאי לאו אפילו בטפח הסמוך לבשר? לא, לבר מטפח הסמוך לבשר.

On [lui] objecte : celui qui dépouille [d'une charogne] cette mesure[-ci, 'de quoi saisir'] — à partir de là, celui qui touche le [morceau] dépouillé [est] pur. N'est-ce pas [même] [pour] le tefah proche de la chair [qu'il dit cela] ?

Non : à l'exception du tefah proche de la chair.

📜 Rachi (1)
כשיעור הזה כדי אחיזה:
Cette mesure[-ci] — 'de quoi saisir'.
💡 Explication

Objection à Rabbi Assi, tirée d'une braita : une fois la peau dépouillée de 'de quoi saisir', 'celui qui touche le [morceau] dépouillé est pur'. Cela ne vise-t-il pas aussi le tefah proche de la chair, contre Rabbi Assi ? Réponse : non — la braita parle du reste dépouillé, à l'exception du tefah proche de la chair [que Rabbi Assi tient pour impur].

11
תא שמע: בעור שכנגד הבשר – טמא. עור שכנגד הבשר – טמא, הא בטפח הסמוך לבשר – טהור. תנא: כל טפח הסמוך לבשר, עור שכנגד הבשר קרי ליה.

Viens et entends [une preuve] : [si l'on touche] la peau qui [est] en face de la chair — [c'est] impur. 'La peau qui [est] en face de la chair [est] impur' — voici [donc] que le tefah proche de la chair [est] pur ! [Réponse :] le tana, tout le tefah proche de la chair, il l'appelle 'la peau qui [est] en face de la chair'.

📜 Rachi (1)
בעור שכנגד הבשר שלא נפשט עדיין:
[La peau] en face de la chair — qui n'a pas encore été dépouillée.
💡 Explication

Autre objection à Rabbi Assi. Une braita dit que seule 'la peau en face de la chair' [encore attachée] est impure — ce qui impliquerait que le tefah dépouillé proche de la chair est pur. Réponse : non — ce tana inclut justement tout le tefah dépouillé proche de la chair sous l'appellation 'peau en face de la chair' ; la braita ne contredit donc pas Rabbi Assi.

12
תא שמע: המפשיט בבהמה ובחיה, בטהורה ובטמאה, בדקה ובגסה, לשטיח – כדי אחיזה, וטפח הסמוך לבשר – טהור.

Viens et entends [une preuve] : celui qui dépouille [la peau] d'une bête domestique ou d'une bête sauvage, d'une [bête] pure ou d'une [bête] impure, d'une [bête] menue ou d'une [bête] grosse, [s'il dépouille] pour [en faire] un tapis — [chibour jusqu'à] 'de quoi saisir', et le tefah proche de la chair [est] pur !

🗂️ Tossefot (1)
בפירוש ר"ח גרסינן בטפח הסמוך לבשר טמא ופריך לרב דאמר טהור המופשט ומשני הכא במאי עסקינן בטפח ראשון פירוש טפח ראשון כשמתחיל להפשיט העור עד כדי אחיזה וטפח הוי טפח כפול כמו שמפרש בסמוך ופרושי קא מפרש עד כמה כדי אחיזה היינו טפח סמוך לבשר:
Dans le commentaire de Rabbenou Hananel, nous lisons 'le tefah proche de la chair [est] impur', et [le texte] objecte à Rav, qui a dit 'le [morceau] dépouillé [est] pur', et [le texte] résout : 'de quoi parlons-nous ici ? du premier tefah' — c'est-à-dire le premier tefah, lorsqu'il commence à dépouiller la peau jusqu'à 'de quoi saisir' ; et [ce] tefah [est] un tefah double (tefah kafoul), comme [le texte] l'explique plus bas. Et [la braita] vient expliquer combien [vaut] 'de quoi saisir' : à savoir le tefah proche de la chair.
💡 Explication

Troisième objection à Rabbi Assi, tirée d'une braita (Tossefta) qui reprend les termes de la michna et conclut explicitement : 'le tefah proche de la chair est pur' — exactement le contraire de Rabbi Assi.

13
הכא במאי עסקינן? בטפח ראשון.

De quoi parlons-nous ici (hakha be-mai askinan) ? Du premier tefah (be-tefah richon).

📜 Rachi (1)
בטפח ראשון הסמוך לכדי אחיזה כגון שלא הפשיט אלא טפחיים דאותו טפח הסמוך לכדי אחיזה אינו אוחז בו ומושך לפי שנוח לו לאחוז בשפת העור ולמשוך ולא זה ולא זה טוב לו אלא מפשיט בסכין אבל לאחר שהפשיט קצת שלשה טפחים וארבעה והעור המופשט מכביד כלפי מטה אוחז בטפח הסמוך לבשר ומושך וכובד העור מסייעו:
Du premier tefah — proche de 'de quoi saisir', par exemple lorsqu'il n'a dépouillé que deux paumes (tefahayim), car ce tefah proche de 'de quoi saisir', il ne le saisit pas pour tirer, parce qu'il lui [est] commode de saisir le bord de la peau et de tirer ; ni l'un ni l'autre [moyen] ne lui [est] bon, mais il dépouille au couteau (sakin). Mais après qu'il a dépouillé un peu — trois paumes (chalocha tefahim) et quatre — et [que] la peau dépouillée s'alourdit vers le bas, il saisit le tefah proche de la chair et tire, et le poids de la peau l'aide.
💡 Explication

Réponse à la troisième objection (selon la version de Rachi, c'est une difficulté résolue en faveur de Rabbi Assi) : la braita parle du premier tefah — le cas où l'on n'a dépouillé que deux paumes en tout. Alors le tefah jouxtant 'de quoi saisir' n'est pas celui qu'on saisit (il est plus commode de tenir le bord de la peau, ou de continuer au couteau) ; il ne sert donc pas de poignée et reste pur. Mais une fois trois ou quatre paumes dépouillées, le poids de la peau pendante fait qu'on saisit le tefah proche de la chair, qui redevient poignée — là, Rabbi Assi a raison.

14
תנא: כמה כדי אחיזה? טפח. והא תניא: טפחיים!

Un tana [a enseigné] : combien [vaut] 'de quoi saisir' ? Un tefah.

Mais n'a-t-on pas enseigné [ailleurs] : deux paumes (tefahayim) !

💡 Explication

La Guemara précise la mesure de 'de quoi saisir'. Une braita dit : un tefah (une paume). Objection d'une autre braita : c'est deux paumes ! Contradiction à résoudre.

15
אמר אביי: טפח כפול. תניא נמי הכי: כמה כדי אחיזה? טפח כפול.

Abaye a dit : un tefah double (tefah kafoul). De même a-t-on enseigné [explicitement] : combien [vaut] 'de quoi saisir' ?

Un tefah double.

📜 Rachi (1)
יש טפח ששיעורו כפול:
Il est un tefah dont la mesure [est] double (kafoul).
💡 Explication

Résolution d'Abaye : 'de quoi saisir' vaut un tefah double — on plie les deux premières paumes l'une sur l'autre et l'on saisit le tout. Ainsi se concilient 'un tefah' (la mesure pliée) et 'deux paumes' (la mesure déployée). Une braita (Tossefta) confirme : 'un tefah double'.

16
תנן התם: טלית שהתחיל בה לקורעה, כיון שנקרע רובה – שוב אינו חבור, וטהורה.

Nous avons appris là [dans une michna, Kelim 28:8] : un manteau (talit) [impur] qu'on a commencé à déchirer — dès lors que sa majorité (roubo) est déchirée, il n'[est] plus une connexion (hibour) et [il est] pur.

📜 Rachi (1)
טלית שהתחיל בה לקורעה שנטמאה ובא לקורעה לבטלה מתורת טלית ומאחר שאינה ראויה למלאכה הראשונה ואין שמה עליה מטהרת אע"פ שיש בשיריה שלש על שלש ועדיין ראויה לקבל טומאה טהורה מטומאתה ראשונה דומיא דכלי חרס דשבירתו מטהרתו ושבריו מקבלין טומאה כדאמרי' באלו טרפות (לעיל חולין דף נד:) הן וקרקרותיהן ודופנותיהן. ואף על גב דאמר בבהמה המקשה (לעיל חולין דף עב:) שלשה על שלשה שהיה טמא מדרס ומגע הזב וחלקו טהור מן המדרס ועדיין טמא מגע הזב אלמא טומאת שלשה על שלשה דחזי ליה לא בטלה מיניה התם הוא דהוו עליה ב' טומאות טומאת מדרס חמורה וטומאת מגע קלה אהניא ליה חלוקה לבטל ממנו טומאת מדרס דתו לא חזי ליה ופשה לה טומאת מגע דחזיא לשלש אצבעות אבל הכא חד שמא הוא כולה טומאה דשלשה על שלשה היא וקריעה מהניא לבטולי שמא מינה דתו לא פש עלה מידי:
Un manteau (talit) qu'on a commencé à déchirer — qui est devenu impur, et [qu']on vient déchirer pour l'annuler de son statut de manteau ; et dès lors qu'il n'[est] plus apte au travail premier et que son nom [de vêtement] n'[est] plus sur lui, il [se] purifie [de sa toumea première], bien qu'il reste de ses fragments [un morceau de] trois sur trois [doigts] encore apte à recevoir la toumea : il [est] pur de sa toumea première — à l'instar d'un ustensile de terre (kli hères), dont le bris [le] purifie, tandis que ses tessons reçoivent [à nouveau] la toumea, comme nous le disons au [chapitre] Elou Tereifot (plus haut, Houlin 54b) : 'eux et leurs fonds et leurs parois'. Et bien qu'on dise au [chapitre] Behema ha-Makcha (plus haut, Houlin 72b) [qu']un [morceau de] trois sur trois qui était impur par midras et par contact d'un zav, et [qu']on a divisé — [il est] pur du midras mais encore impur par le contact du zav ; il ressort [donc] que la toumea d'un [morceau de] trois sur trois, qui lui est apte, ne s'annule pas de lui [si facilement] — là [c'est différent], car il y avait sur lui deux toumeot, la toumea de midras [qui est] grave et la toumea de contact [qui est] légère, et la division lui a servi à annuler de lui la toumea de midras, car il n'[est] plus apte à cela [au midras], et la toumea de contact [lui] reste, [puisqu'il] convient [encore à un usage] de trois doigts ; mais ici [c'est] un seul nom (chem), [c'est] toute la toumea de 'trois sur trois', et la déchirure sert à en annuler le nom, car il ne reste [alors] plus rien sur lui.
🗂️ Tossefot (1)
טלית שהתחיל בה לקורעה כו' פר"ת כיון שנקרע רובה הויא טהורה למפרע מתחלת קריעה ולשון שהתחיל לקורעה משמע כפירושו ומה שקשה לפירוש הקונטרס מפורש בפרק בהמה המקשה (לעיל חולין דף עב: ד"ה בשעת):
Un manteau qu'on a commencé à déchirer, etc. — Rabbenou Tam a expliqué : dès lors que sa majorité est déchirée, [il est] pur rétroactivement (le-mafrea), depuis le début de la déchirure ; et l'expression 'qu'on a commencé à déchirer' indique [conformément] à son explication. Et ce qui fait difficulté à l'explication du kuntress est exposé au [chapitre] Behema ha-Makcha (plus haut, Houlin 72b), au [commentaire commençant par] 'be-cheaat'.
💡 Explication

La Guemara rapproche un cas voisin (peau partiellement détachée / vêtement partiellement déchiré). Un manteau (talit) impur qu'on entreprend de déchirer [pour le retirer de son statut de vêtement] : dès que sa majorité (rouba) est déchirée, les deux pans ne sont plus 'connectés', l'objet n'est plus un 'vêtement' utilisable — il est donc pur [de sa toumea première].

17
אמר רב נחמן אמר רבה בר אבוה: לא שנו אלא בטלית טבולת יום.

Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : on n'a enseigné [cela] que [pour] un manteau de [type] tevoul yom [déjà immergé le jour même].

📜 Rachi (1)
לא שנו אלא בטלית טבולת יום שנטמאה והטבילה וצריך להשתמש בה טהרות קודם שיעריב שמשה ולפיכך בא לקורעה דהכא הוא דלא גזרינן דליקרעיה כולה אבל רובא לא דילמא חייס עלה ולא אתי למקרע רובא דכיון דלא חס עליה אטבילה שהמים קשין לה ולא חס לכך לא חייס עלה נמי וקרע רובא:
On n'a enseigné [cela] que [pour] un manteau de [type] tevoul yom — qui est devenu impur, et [qu']on a immergé, et [dont] on a besoin pour s'en servir pour des [aliments] purs (taharot) avant que son soleil ne se couche ; c'est pourquoi il vient le déchirer. [C'est] ici précisément qu'on ne décrète pas — car il [le] déchirera entièrement ; mais [pour] la majorité [seule], non, de peur qu'il ne le ménage et n'en vienne pas à déchirer la majorité. Car, dès lors qu'il ne l'a pas ménagé au [moment de l']immersion — alors que l'eau [lui] est nuisible — et [qu']il ne [l']a pas ménagé, il ne le ménagera pas non plus [ici] et il en déchirera la majorité.
💡 Explication

Restriction de Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh : la règle (la majorité déchirée suffit à purifier) ne vaut que pour un manteau 'tevoul yom' — déjà immergé au bain rituel le jour même, mais qui doit attendre la tombée de la nuit (heerev chemech) pour être pleinement pur. Dans ce cas seul, déchirer la majorité suffit ; on n'exige pas de tout déchirer.

18
דמיגו דלא חס עלה ואטבלה, לא חייס עלה וקרע לה רובה. אבל טלית שאינה טבולת יום – לא, גזרה דלמא לא אתי למיקרעה רובה.

Car, du fait qu'il ne l'a pas ménagé et [qu']il l'a immergé, il ne le ménagera pas [non plus] et il en déchirera la majorité (roubah). Mais un manteau qui n'est pas [de type] tevoul yom — non, [on] décrète de peur qu'il n'en vienne pas à en déchirer la majorité.

📜 Rachi (2)
אבל טמאה ולא הטבילה ובא לטהרה בקריעה זו לא סגי לה ברובא עד שיקרענה כולה:
Mais [un manteau] — impur qu'on n'a pas immergé, et [qu']on vient purifier par cette déchirure : la majorité ne lui suffit pas, jusqu'à ce qu'il le déchire entièrement.
דילמא לא אתי למעבד רובא אלא פלגא ואמר רובא הוא:
De peur qu'il n'en vienne pas — à [en] faire la majorité, mais [seulement] la moitié, et [qu']il [ne] dise [à tort que] c'est la majorité.
💡 Explication

Raison de la distinction. Pour le tevoul yom : puisqu'il a déjà ménagé si peu le vêtement qu'il l'a immergé (l'eau abîme le tissu), il ne le ménagera pas davantage et déchirera sûrement la majorité — donc la majorité suffit. Mais pour un manteau non immergé : on décrète qu'il faut tout déchirer, de peur qu'il ne ménage le tissu et n'en déchire que la moitié [en croyant que c'est la majorité].

19
אמר רבה: שתי תשובות בדבר: חדא – שמא יאמרו טבילה בת יומא עולה, ועוד –

Rabba a dit : [il y a] deux objections (techouvot) en la matière. L'une — de peur qu'on [ne] dise [qu']une immersion du jour même suffit (ola) [sans attendre la tombée de la nuit] ; et de plus —

📜 Rachi (2)
חדא בטבולת יום ליכא לאוקומה ולהשתמש בה ביום שהטבילה שהרואה אינו מבין בה שנקרעה לטהר וסבור על ידי טבילתה משתמשין בה ויאמרו טבילה בת יומא עולה בלא הערב שמש ועל כרחך מתניתין לאו ביום טבילה עסקינן אלא בשלא הוטבלה כל עיקר וקרעה ביום המחרת לטומאתה דהרואהו משתמש בה אומר שהטבילה אתמול:
L'une — pour un tevoul yom, [il n']y a pas [lieu] de l'établir et de s'en servir le jour de son immersion, car celui qui [le] voit ne comprend pas qu'on [l']a déchiré pour [le] purifier, et il pense [que c'est] par son immersion qu'on s'en sert, et l'on dira [qu']une immersion du jour même suffit (ola) sans tombée de la nuit (heerev chemech) ; et force [est de dire que] notre michna ne traite pas du jour de l'immersion, mais [d'un manteau] qu'on n'a pas immergé du tout et [qu']on a déchiré le lendemain de sa toumea — car celui qui le voit s'en servir dit [qu']on l'a immergé la veille.
ועוד דקאמרת גזירה רובה אטו חציה:
Et de plus — [à savoir] ce que tu as dit : [on] décrète la majorité à cause de la moitié.
💡 Explication

Rabba objecte à Rav Nahman par deux arguments. Premier : le décret devrait s'appliquer aussi au tevoul yom — car celui qui verrait quelqu'un manger des [aliments] purs avec un tel manteau (immergé mais pas encore au coucher du soleil) pourrait croire qu'une immersion du jour même suffit (ola), sans attendre heerev chemech ; il faut donc supposer que la michna ne parle pas d'un jour d'immersion. Second argument : [le 'de plus' annonce une seconde objection, qui se développe au daf suivant — sur le décret 'la majorité à cause de la moitié'].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).