Sougya : La sougya poursuit la michna sur l'impureté de charogne (nevela) d'une peau portant deux demi-mesures d'olive (chatzaye zeitim) de chair, sans qu'aucun morceau seul n'atteigne le kazayit. Bar Pada, au nom de Rabbi Yichmael, soutient le principe 'on touche et on retouche' (negiya ve-negiya se réunissent), de sorte que toucher la chair par-devant rend impur ; Rabbi Yo'hanan le nie et rapproche Rabbi Yichmael de Rabbi Dossa ben Harkinas (pas d'auvent-et-auvent, ohel, dans Oholot), contre les Sages qui suivraient Rabbi Akiva — objection levée car Rabbi Akiva n'allège que pour la peau, qui annule les morceaux (mevatel).
Rav Oukva bar Hama oppose la braita dérivée de 'be-nivlatam' (et non d'une peau aux deux demi-olives), où Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva exposent 'ce qui entre au contact entre au port' ; Rava précise : au contact en TOUT sens. Rav Avya l'Ancien interroge alors sur l'os fémoral scellé (koulit setouma) selon Rabbi Yichmael — Rabba bar Rav Houna esquive ('un corbeau vole'), épuisé par sa deracha de fête.
Enfin Oulla pose : deux demi-olives enfilées sur un fétu, même portées tout le jour, restent pures, car le port exige une masse portée d'un seul coup (nissa be-vat ahat) — d'où le cas de la michna se ramène à la chair étirée (merouddad), et une braita tannaitique (Rabbi Eliezer) est confrontée. Le daf s'achève par l'ouverture de la michna sur l'os fémoral du cadavre humain.
[Il s'agit] d'une [chair] étirée (merouddad) ; ici aussi [il s'agit] d'une [chair] étirée.
Conclusion d'une discussion (ouverte en 124a) sur un propos de Rabbi Yo'hanan : on l'établit comme parlant d'une chair étirée (merouddad) — une fine couche de chair attachée à la peau, mince mais longue et large, de sorte que, si on la rassemblait, elle ferait une olive (kazayit) ; mais nul ne se donne la peine de la rassembler, et elle est annulée par la peau.
'Il y avait sur elle [deux demi-olives]' [reprise de la michna].
La Guemara reprend la clause de la michna : si sur la peau il y avait deux demi-mesures d'olive (chenei chatzaye zeitim) de chair, elle communique l'impureté de charogne par port (massa) mais non par contact (maga) ; tel est l'avis de Rabbi Yichmael.
Bar Pada a dit : on n'a enseigné [cela] que [pour celui qui touche] par-derrière (me-aharav), mais par-devant (mi-lefanav) — il y a [le principe] 'on touche et on retouche' (yech noguea ve-hozer ve-noguea).
Bar Pada précise l'avis de Rabbi Yichmael : la peau ne communique pas l'impureté par contact seulement pour qui la touche par-derrière (du côté opposé à la chair) ; mais qui touche directement les morceaux de chair par-devant devient impur, en vertu du principe 'on touche et on retouche' (noguea ve-hozer ve-noguea) — deux contacts de moins d'une olive se réunissent pour former la mesure.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : il n'y a pas [de principe] 'on touche et on retouche'. Et Rabbi Yo'hanan suit son [propre] raisonnement, car Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi Yichmael et Rabbi Dossa ben Harkinas ont dit une seule [et même] chose.
Rabbi Yo'hanan réfute Bar Pada : il n'y a pas de 'on touche et on retouche'. Cela s'accorde avec son propre principe : Rabbi Yichmael (sur notre peau) et Rabbi Dossa ben Harkinas (sur l'impureté par auvent, ohel, dans Oholot) disent une seule et même chose — à savoir que deux moitiés ne se réunissent pas.
Rabbi Yichmael — c'est ce que nous avons dit ; Rabbi Dossa ben Harkinas — [c'est] ce que nous avons appris (Oholot 3:1) : tout ce qui rend impur par auvent (ba-ohel), [si] cela a été divisé et [qu']on [l']a introduit dans la maison — Rabbi Dossa ben Harkinas déclare pur, et les Sages déclarent impur.
Rappel des deux positions. Pour Rabbi Yichmael : comme dit, deux contacts ne se réunissent pas. Pour Rabbi Dossa ben Harkinas (michna d'Oholot) : tout ce qui rend impur par auvent (une olive de cadavre, un quart [de kav] d'ossements, une pleine cuillerée de pourriture), si la mesure est divisée en deux et qu'on introduit les deux moitiés dans la maison — Rabbi Dossa déclare pur (les auvents ne se réunissent pas), et les Sages déclarent impur.
N'est-ce pas [que] Rabbi Dossa ben Harkinas a dit là-bas : il n'y a pas d'auvent-et-auvent (ein maahil ve-hozer u-maahil) ? Ici aussi [pour Rabbi Yichmael] : il n'y a pas [de] 'touche-et-retouche' (ein noguea ve-hozer ve-noguea).
Rabbi Yo'hanan établit son rapprochement : de même que Rabbi Dossa nie 'auvent-et-auvent' (les deux auvents successifs ne se réunissent pas pour former la mesure), de même Rabbi Yichmael nie 'touche-et-retouche'. Conclusion : Rabbi Yichmael, comme Bar Pada le prétendait, n'admet pas la jonction des contacts.
Et du fait que Rabbi Dossa ben Harkinas [suit] Rabbi Yichmael, [il s'ensuit que] les Sages [suivent] Rabbi Akiva ? Or voici que Rabbi Akiva, [au contraire,] déclare pur !
Objection contre Rabbi Yo'hanan : puisque Rabbi Dossa (qui déclare pur) s'aligne sur Rabbi Yichmael, alors les Sages (qui déclarent impur, contre Rabbi Dossa) devraient s'aligner sur Rabbi Akiva (qui diverge de Rabbi Yichmael). Mais c'est inverse : Rabbi Akiva est plus indulgent (il déclare pur dans les deux cas, contact et port), tandis que les Sages sont plus sévères que Rabbi Dossa !
Rabbi Akiva ne déclare pur que pour la peau, mais en général il déclare impur, comme l'enseigne la clause finale : et Rabbi Akiva concède, dans [le cas de] deux demi-olives qu'on a enfilées sur un fétu (kissam) et [qu']on a déplacées (hé-sîtan), qu'[on] est impur. Et pour quelle raison Rabbi Akiva déclare-t-il pur pour la peau ?
Parce que la peau les annule (mevatlan).
Réponse : Rabbi Akiva n'allège que pour la peau, parce que celle-ci annule (mevatel) les morceaux de chair. En général, il déclare bien impur (les morceaux se réunissent), comme le montre la clause finale : il concède que deux demi-olives enfilées sur un fétu et déplacées (hé-sît) rendent impur. Sa raison pour la peau n'est donc pas qu'il nie la jonction, mais que la peau sépare et annule.
Rav Oukva bar Hama objecte : 'par leur charogne (be-nivlatam)' — et non par une peau qui porte deux demi-olives.
Rav Oukva bar Hama objecte à Bar Pada (pour qui Rabbi Yichmael admet la jonction des contacts), depuis une braita dérivée du verset (Lévitique 11:24-25) : 'par leur charogne (be-nivlatam)' — c'est la charogne elle-même qui rend impur par contact, mais non une peau portant deux demi-olives ; car chaque contact pris isolément n'atteint pas la mesure d'une charogne.
Pourrait-on [croire] qu'[il en va] aussi de même pour le port (massa) ? L'Écriture dit : 'et celui qui [le] porte deviendra impur' — paroles de Rabbi Yichmael.
Rabbi Akiva dit : 'celui qui touche' [et] 'celui qui porte' — ce qui est venu dans le domaine du contact, est venu dans le domaine du port ; [ce qui] n'est pas venu dans le domaine du contact, n'est pas venu dans le domaine du port.
Suite de la braita. On aurait pu croire que la peau aux deux demi-olives ne rend pas impur même par port ; le verset 'et celui qui [le] porte deviendra impur' enseigne que si — c'est l'avis de Rabbi Yichmael. Rabbi Akiva, lui, rapproche 'celui qui touche' et 'celui qui porte' : 'ce qui entre dans le domaine du contact, entre dans le domaine du port ; ce qui n'entre pas au contact, n'entre pas au port' — donc, pour lui, pas d'impureté par port ici non plus.
Et s'il en est ainsi [selon Bar Pada] — voici qu'[elle] entre dans le domaine du contact par-devant (mi-lefanav) !
Difficulté contre Bar Pada : si Rabbi Yichmael admet vraiment 'on touche et on retouche', alors la peau aux deux demi-olives entre bien dans le domaine du contact par-devant (quand on touche directement la chair) ! Que répond donc Rabbi Akiva à Rabbi Yichmael, puisque celui-ci concéderait l'entrée au contact ?
Rava a dit : voici ce qu'il [Rabbi Akiva] dit : ce qui entre dans le domaine du contact en tout sens (be-khôl tzad) — entre dans le domaine du port ; [ce qui] n'entre pas dans le domaine du contact en tout sens — n'entre pas dans le domaine du port.
Rava sauve Bar Pada en précisant le propos de Rabbi Akiva : 'entre au contact' veut dire en tout sens (be-khôl tzad) — y compris par-derrière. La peau aux deux demi-olives n'entre au contact que par-devant, non par-derrière ; n'entrant donc pas au contact 'en tout sens', elle n'entre pas non plus au port. La divergence Yichmael/Akiva subsiste.
Rav Avya l'Ancien a demandé à Rabba bar Rav Houna : un os fémoral scellé (koulit setouma), selon Rabbi Yichmael, qu'en est-il [quant à savoir] s'il rend impur ?
Nouvelle question, encore sur Rabbi Yichmael. Un os fémoral scellé (koulit setouma) — clos, sans chair au-dehors mais contenant de la moelle au-dedans. La michna (plus loin) enseigne qu'on le touche en restant pur (il n'entre pas au contact, l'os de charogne n'ayant pas d'impureté et la moelle étant inaccessible). Selon Rabbi Yichmael, rend-il impur par port ?
[Soit] Rabbi Yichmael tient : ce qui entre dans le domaine du contact — entre dans le domaine du port ; [ce qui] n'entre pas dans le domaine du contact — n'entre pas dans le domaine du port ; et ici [dans la braita], voici la raison [pour laquelle il rend impur par port] : parce qu'[elle] entre dans le domaine du contact par-devant.
Les deux branches du doute. Soit Rabbi Yichmael tient le principe 'ce qui entre au contact entre au port', et s'il a déclaré la peau aux deux demi-olives impure par port, c'est uniquement parce qu'elle entre au contact par-devant (selon Bar Pada). Alors l'os fémoral scellé, qui n'entre en aucun sens au contact, n'entrerait pas non plus au port.
Ou peut-être ne [le] tient-il pas [ce principe] ?
L'autre branche du doute : peut-être Rabbi Yichmael ne tient pas le principe 'ce qui entre au contact entre au port'. En ce cas, il rendrait la peau aux deux demi-olives impure par port même si elle n'entrait pas au contact ; et alors l'os fémoral scellé serait lui aussi impur par port, bien qu'il n'entre en rien dans le domaine du contact. Le doute reste ouvert.
Il lui dit : un corbeau vole (orva parah) !
Pour esquiver la question, Rabba bar Rav Houna détourne l'attention de Rav Avya l'Ancien en lui disant : 'un corbeau vole dans les airs' — c'est-à-dire qu'il l'entraîne vers autre chose, n'ayant pas de réponse immédiate.
Rava, son fils, lui dit : mais n'est-ce pas là ce Rav Avya l'Ancien de Poumbedita, dont le Maître nous fait l'éloge [en disant] qu'il est un grand homme ? Il lui dit : aujourd'hui [c'est de moi qu'on a dit] 'soutenez-moi par des gâteaux de raisin (achichot)', et il m'a demandé une chose qui requiert réflexion (de-baei taama).
Rava, fils de Rabba bar Rav Houna, s'étonne : n'est-ce pas le fameux Rav Avya l'Ancien de Poumbedita, que tu loues comme un grand homme ? Pourquoi l'avoir esquivé ? Réponse : 'aujourd'hui, soutenez-moi par des gâteaux de raisin' (Cantique 2:5) — je suis épuisé [par la deracha publique tenue ce jour de fête], et il m'a posé une question qui exige réflexion ; je ne pouvais répondre sur-le-champ.
Oulla a dit : deux demi-olives qu'on a enfilées sur un fétu (kissam), même [si] on les mène et [les] ramène (molikh oumevi) tout le jour entier — [on est] pur.
Oulla pose un principe : deux demi-olives enfilées sur un fétu (kissam), portées (menées et ramenées) tout le jour, ne rendent pas impur par port — on reste pur. La raison suit au segment suivant : le port impur exige une masse portée d'un seul coup.
Quelle [en est] la raison ? Il est écrit 've-nassa' [défectif] et nous lisons 'nosse' : nous exigeons 'nosse' (celui qui porte), et [encore faut-il] que [la masse] soit portée d'un seul coup (ve-hou de-nissa be-vat ahat).
Raison du principe d'Oulla. Le verset 'et celui qui [le] porte (ve-nosse) sa charogne' (Lev 11:40) est écrit défectif (sans waw), si bien qu'on pourrait le lire ve-nissa ('est porté') ; mais la lecture reçue est nosse ('porte'). On en déduit qu'il faut à la fois quelqu'un qui porte (nosse) la mesure d'olive, et que cette olive soit portable d'un seul coup (be-vat ahat), sans l'aide d'un ustensile — ce que le fétu ne permet pas.
Nous avons appris [michna] : il y avait sur elle deux demi-olives — elles rendent impur par port mais non par contact ; paroles de Rabbi Yichmael. Pourquoi ? or voici que [cela] n'est pas porté [d'un seul coup] (lav nissa hou) !
Objection contre Oulla, depuis notre michna : selon Rabbi Yichmael, la peau aux deux demi-olives rend impur par port. Pourquoi ? Cette peau ne remplit pas la condition d'Oulla, [à savoir] que la masse d'olive soit portable d'un seul coup sans ustensile — car il faut la peau pour les porter !
Rav Papa a dit : [il s'agit] d'une [chair] étirée (merouddad).
Rav Papa résout l'objection : la michna parle d'une chair étirée (merouddad) — une bande de chair fine qui relie les deux demi-olives, de sorte qu'on les porte d'un seul coup sans l'aide de la peau. Ainsi elles rendent impur par port (la masse tient d'un seul tenant) mais non par contact (aucun morceau seul n'atteint l'olive).
Viens [et] entends [tu echma] : Rabbi Akiva concède, dans [le cas de] deux demi-olives qu'on a enfilées sur un fétu et [qu']on a déplacées (hé-sîtan), qu'[on] est impur. Pourquoi ? or voici que [cela] n'est pas porté [d'un seul coup] !
Ici aussi [il s'agit] d'une [chair] étirée.
Tentative de réfutation d'Oulla depuis la michna : Rabbi Akiva concède que deux demi-olives enfilées sur un fétu et déplacées (hé-sît) rendent impur — alors que cela n'est pas porté 'd'un seul coup' ! La Guemara répond : ici aussi, il s'agit d'une chair étirée reliant les deux morceaux ; l'objection tombe.
[C'est] comme [une divergence] de Tannaim : [pour] aussi bien celui qui touche que celui qui déplace (ha-mesit), Rabbi Eliezer dit : aussi (af) celui qui porte (ha-nosse). Est-ce à dire que celui qui porte n'est pas [déjà inclus dans] celui qui déplace ?
Oulla s'appuie sur une mahloket tannaitique (braita) : pour deux morceaux dont aucun n'atteint l'olive, sont impurs 'aussi bien celui qui touche que celui qui déplace' (ha-mesit) ; Rabbi Eliezer ajoute : 'aussi celui qui porte' (af ha-nosse). Difficulté : qu'ajoute Rabbi Eliezer ? Le port (nosse) n'est-il pas déjà inclus dans le déplacement (hesset) ?
Plutôt, n'est-ce pas ainsi qu'il dit : aussi bien celui qui touche que celui qui déplace [est impur] sans [même] que [la masse] soit portée [d'un seul coup] ; et Rabbi Eliezer vient dire : [non, il faut] que [la masse] soit portée [d'un seul coup] (ve-hou de-nissa). Et que [signifie] 'aussi' (af) ?
Dis : [c'est] que [la masse] soit portée [d'un seul coup].
Relecture de la braita à l'appui d'Oulla : le premier avis tient impur 'celui qui touche / celui qui déplace' même sans port d'un seul coup ; Rabbi Eliezer restreint : seulement si la masse est portée d'un seul coup (ve-hou de-nissa), exactement le principe d'Oulla. La Guemara corrige alors le mot 'aussi' (af) : lis-le comme '[à la condition] que la masse soit portée d'un seul coup'.
Michna. L'os fémoral du mort (koulit ha-met) [...]
Ouverture de la nouvelle michna : l'os fémoral d'un cadavre humain (koulit ha-met) — dont la suite (au daf suivant) traite l'impureté. Rachi note qu'il est impur, car un os de la taille d'un grain d'orge provenant d'un mort rend impur par contact et par port, ainsi qu'il est écrit 'ou sur un os d'homme' (Nombres 19:16).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).