Sougya : La Guemara examine si l'impureté par contact (maga, nogea) et l'impureté par recouvrement (ohel, maahil) forment un seul et même concept, comme le soutient Rabbi Yo'hanan. La michna semble se contredire : la clause d'ouverture joint un demi-kazaït touché à un demi-kazaït recouvert (donc impur), mais la clause finale, où un tiers recouvre les deux, déclare pur.
Rabbi Zera résout par le cas de l'impureté pressée (retsutsa) entre deux buffets sans vide d'un tefah, où tout est tenu pour contact. La Guemara cherche alors quel Tana appelle le toit 'nogea' (touche) : c'est Rabbi Yossi, qui dit qu'une cuillerée de poussière de mort (rakav) rend impur par contact, par portage et par toit.
Aboye et Rava divergent sur l'étendue de cet 'ohel-nogea' : pour Aboye il se limite à moins d'un tefah au-dessus de l'impureté, pour Rava il vaut même au-dessus d'un tefah, le 'toit pur et simple' n'étant que par hamshakha (un tiers qui conduit l'impureté). Rava étaye sa lecture par les liens de lit et les grillages de fenêtres tendus au-dessus d'un mort, puis par la mishna du buffet à compartiment : l'impureté a vocation à sortir mais non à entrer, et Rabbi Yossi déclare pur ce qui peut être sorti par moitiés ou brûlé sur place.
Celui qui touche un demi-kazaït (un demi-volume d'olive de chair d'un mort), et un tiers (un autre objet) recouvre à la fois lui-même et un [autre] demi-kazaït — [il est] pur.
Fin de la michna (commencée en 125a). On joint deux modes d'impureté sur un seul homme : il touche un demi-kazaït de chair de mort, et en même temps un objet le recouvre (fait ohel, toit) ainsi qu'un second demi-kazaït. La michna tranche : pur — les deux demi-mesures ne se joignent pas pour former le kazaït requis, car contact et toit seraient deux concepts distincts.
Or si [contact et toit] sont un seul et même concept (had chma hou), pourquoi [serait-il] pur ? [Il devrait être impur, les deux demi-kazaït se joignant.] Plutôt, [c'est] la clause d'ouverture (recha) [qui] fait difficulté.
Raisonnement à rebours. Si l'on tient, avec Rabbi Yo'hanan, que contact (maga) et toit (ohel) sont un seul concept, alors les deux demi-kazaït devraient se joindre et l'homme être impur — or la clause finale dit pur ! Donc, à l'inverse, c'est la clause d'ouverture (qui, elle, déclarait impur en joignant un demi-kazaït touché et un demi-kazaït recouvert) qui devient difficile à expliquer.
Rabbi Zera a dit : nous traitons [dans la clause d'ouverture] d'une impureté pressée (retsutsa) entre deux buffets (migdalim), sans qu'il y ait entre eux une ouverture d'un tefah — de sorte que [le] tout [est] contact (négiaa).
Rabbi Zera résout : la clause d'ouverture parle d'une impureté pressée (tum'a retsutsa) coincée entre deux buffets (migdalim, armoires de bois) sans vide d'un tefah (un palme) entre eux. Une impureté pressée 'perce et monte' (par halakha de Moché au Sinaï) : c'est comme si tout le creux était rempli d'impureté. Tout est donc tenu pour contact, et la michna ne prouve plus l'opinion de Rabbi Yo'hanan.
Et quel Tana appelle le toit (ohel) 'celui qui touche' (nogea) ? C'est Rabbi Yossi, comme il est enseigné : Rabbi Yossi dit : une pleine cuillerée (tarvad) de poussière de décomposition (rakav) rend impur par contact (be-maga), par portage (be-massa) et par toit (be-ohel).
La Guemara cherche un Tana pour qui le toit peut être appelé nogea ('touche') — nécessaire pour lire la michna selon Rabbi Yo'hanan. C'est Rabbi Yossi : une pleine cuillerée de rakav (la poussière de décomposition trouvée dans le cercueil d'un mort) rend impur de trois manières — contact, portage, toit.
Soit, pour [l'impureté] par portage et par toit [tout va bien] : celui-ci porte le tout (kouléih), et celui-là recouvre le tout. Mais 'celui qui touche' — or il n'a pas touché le tout !
Plutôt, n'est-ce pas [qu']il faut en conclure (chma minah) : que signifie 'celui qui touche' ? [c'est] celui qui recouvre.
Difficulté interne à l'enseignement de Rabbi Yossi sur le rakav. Le portage et le toit se conçoivent : on porte ou l'on recouvre toute la cuillerée de poussière. Mais le contact ? La poussière étant un amas de grains séparés, on n'en touche jamais la totalité requise. Force est de conclure que, chez Rabbi Yossi, 'celui qui touche' désigne en réalité celui qui recouvre (maahil) — le toit est appelé contact.
Mais [la braita] enseigne 'celui qui touche' et enseigne [aussi] 'celui qui recouvre' [séparément, comme deux choses distinctes] ! Aboye a dit : à moins d'un tefah — [c'est] un toit-contact (ohel négiaa) ; à plus d'un tefah — [c'est] un toit pur et simple (ohel grida).
Objection : si 'celui qui touche' = 'celui qui recouvre', pourquoi Rabbi Yossi énumère-t-il les deux séparément (contact ET toit) ? Aboye répond par une distinction de hauteur (voir le schéma) : à moins d'un tefah au-dessus de l'impureté, le recouvrement est un ohel-nogea (toit-contact, appelé 'touche') ; à plus d'un tefah, c'est un ohel grida (toit pur et simple, appelé 'recouvre'). Les deux termes sont donc bien distincts.
Rava a dit : même à plus d'un tefah, [c'est] aussi un toit-contact ; et qu'est-ce qu'un toit pur et simple ? [c'est] par conduction (be-hamchakha).
Rava élargit (voir le schéma) : même au-dessus d'un tefah, le recouvrement direct reste un ohel-nogea (toit-contact). Le toit pur et simple (ohel grida) ne se rencontre que dans la hamshakha : un objet tiers recouvre à la fois l'homme et l'impureté, sans que ni l'homme ni l'impureté ne se recouvrent l'un l'autre — c'est ce tiers qui conduit l'impureté jusqu'à lui.
Rava a dit : d'où dis-je [cela] ? De ce que nous avons appris : Rabbi Yossi dit : les liens d'un lit (havilei mita) et les grillages de fenêtres (serigei halonot) font écran (hotzetzin) entre la maison et l'étage, pour ne pas introduire l'impureté dans l'autre côté.
Rava étaye sa lecture par une braita. Des liens de lit (sangles tressées d'un cadre de lit) et des grillages de fenêtres (treillis de lattes ou de fer), une fois étalés comme plafond entre le rez-de-chaussée et l'étage, deviennent partie du bâtiment, cessent de recevoir l'impureté et font écran (hatsitsa) : l'impureté d'un mort en bas ne monte pas à l'étage, bien que le treillis soit ajouré (les trous faisant moins d'un tefah).
[Mais s']il les a étalés sur la face du mort en plein air (ba-avir), celui qui touche en face du trou — [est] impur ; [celui qui touche] non en face du trou — [est] pur.
Cas inverse : si l'on tend ces mêmes treillis au-dessus d'un mort, à l'air libre (de façon non permanente, sans en faire un plafond fixe), ils ne font plus écran. Celui qui recouvre le mort en face d'un trou est impur (il recouvre directement le mort) ; hors d'un trou, il est pur (les sangles, détachées du lit, ne reçoivent pas l'impureté et font donc écran à cet endroit).
Quel est le cas (heikhi dami) ? Si tu dis [qu'il les a étalés] à moins d'un tefah [au-dessus du mort], [celui qui touche] non en face du trou — pourquoi [serait-il] pur ?
[Dans ce cas] c'est 'un mort dans son vêtement' (met bi-khessouto), et un mort dans son vêtement rend impur !
Analyse de l'avant-dernier cas. Si le treillis est tendu à moins d'un tefah du mort, il en est trop proche : c'est comme un mort dans son vêtement (met bi-khessouto), le vêtement ne faisant pas écran. L'homme qui recouvre, même hors d'un trou, devrait donc être impur — contre ce qu'enseigne la braita. Ce n'est donc pas de ce cas qu'elle parle.
Plutôt, n'est-ce pas [qu'il les a étalés] à plus d'un tefah, et [pourtant Rabbi Yossi] l'appelle 'celui qui touche' ?
Conclusion de Rava : la braita parle donc forcément d'un treillis tendu à plus d'un tefah au-dessus du mort, et c'est là que Rabbi Yossi appelle le recouvrement 'celui qui touche'. Preuve, contre Aboyé, que l'ohel-nogea vaut même au-dessus d'un tefah.
Aboyé a dit : en réalité (le-olam) [il les a étalés] à moins d'un tefah ; et ce que tu dis, [savoir] que c'est 'un mort dans son vêtement' — [non,] un mort dans son vêtement, on l'[a] annulé (mevatel leih), [tandis qu']ici on ne l'annule pas (là mevatel leih).
Aboyé réfute la preuve de Rava : on peut maintenir que le treillis est à moins d'un tefah. La différence avec le mort dans son vêtement tient à l'intention : le vêtement du mort est annulé (mevatel) — voué à rester sur lui, donc il ne fait pas écran ; mais ces treillis, on entend les retirer ensuite, on ne les annule pas — ils gardent leur statut d'ustensile et font écran. La preuve de Rava ne tient donc pas.
Mais que [cela] soit comme une impureté enfouie (tmouna) [qui] perce et monte (bokaat ve-ola) ? [Réponse :] Rabbi Yossi tient [que] l'impureté enfouie ne perce pas.
Nouvelle objection à Aboyé : si le treillis est à moins d'un tefah du mort sans l'annuler, l'impureté d'en dessous devrait être une impureté enfouie (tum'a tmouna) qui n'a pas de vide d'un tefah — or une telle impureté 'perce et monte' (bokaat ve-ola) jusqu'au ciel, donc elle rendrait impur même hors d'un trou ! Réponse : Rabbi Yossi tient que l'impureté enfouie ne perce pas — d'où la pureté hors du trou.
Et d'où [le] dis-tu (mena teima) ? De ce que nous avons appris : le coffre d'un buffet (teivat ha-migdal) qui a [un creux intérieur d']une ouverture d'un tefah mais dont la sortie (yetsiata) n'a pas une ouverture d'un tefah — [s'il y a de] l'impureté à l'intérieur, la maison [est] impure ; [s'il y a de] l'impureté dans la maison, ce qui [est] à l'intérieur [du coffre est] pur.
Source de la règle 'l'impureté enfouie ne perce pas' chez Rabbi Yossi. Un coffre de buffet (compartiment d'armoire) ayant un creux intérieur d'au moins un tefah mais une ouverture vers la maison de moins d'un tefah (voir le schéma) : si l'impureté est dedans, la maison est impure (l'impureté a vocation à sortir) ; si l'impureté est dans la maison, ce qui est dans le coffre reste pur (l'ouverture étroite empêche l'entrée).
Parce qu'il est dans la nature de l'impureté de sortir, et qu'il n'est pas dans la nature de l'impureté d'entrer.
La raison de l'asymétrie (voir le schéma) : l'impureté a vocation à sortir (la maison devient impure quand l'impureté est dans le coffre), mais elle n'a pas vocation à entrer (ce qui est dans le coffre reste pur quand l'impureté est dans la maison). Tel est le principe du Tana premier de cette mishna.
Et Rabbi Yossi déclare pur (metaher), parce qu'il peut la sortir par moitiés (le-hatsaïn), ou la brûler à sa place (bi-mkoma).
Position de Rabbi Yossi : même quand l'impureté est dans le coffre, il déclare la maison pure — car il n'est pas certain que l'impureté sortira par cette ouverture étroite en quantité suffisante : on peut la sortir par moitiés (en morceaux chacun inférieur à la mesure d'impureté) ou la brûler sur place. C'est l'indice que, pour Rabbi Yossi, l'impureté enfouie (qui pourrait ne pas 'sortir') ne perce pas nécessairement.
Et [la mishna] enseigne dans la clause finale (sefa) : [s']il l'a placée dans l'entrée (be-petah) et que son ouverture [est] vers l'extérieur (la-houtz) — [s'il y a de] l'impureté à l'intérieur, la maison [est] pure ; [s'il y a de] l'impureté dans la maison, ce qui [est] à l'intérieur [est] pur.
Clause finale de la mishna d'Oholot. Si l'on place le buffet dans l'entrée de la maison, son ouverture tournée vers l'extérieur : impureté dedans -> la maison reste pure (l'impureté sortira vers le dehors, non vers la maison) ; impureté dans la maison -> ce qui est dans le coffre reste pur (l'impureté n'entre pas). Cette clause confirme la règle 'l'impureté sort, elle n'entre pas', et donc que Rabbi Yossi tient l'impureté enfouie pour non perçante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).