Sougya : La braita poursuit l'exégèse de Lévitique 11 : trois mots ('ba-cheretz', 'ha-choretz', 'al ha-aretz') enseignent successivement que la souris engendrée de la terre (moitié chair moitié terre) est impure, que la souris de mer aussi est impure ('tout lieu où il grouille'), mais que descendue à la mer elle n'est plus impure. Un sage objecte à Rava une lecture inverse ; Rava la réfute (si la mer est lieu d'impureté, peu importe où se trouve la souris) et l'on rappelle que 'al ha-aretz', écrit deux fois, sert aussi à exclure le doute d'une impureté flottante.
Une braita inclut dans le tzav l'arvad, les nefilim et la salamandre (salamandra, engendrée du feu) ; Rabbi Akiva s'exclame 'que Tes œuvres sont grandes' devant les créatures liées à leur milieu (mer, terre, feu, air). On enseigne que tout animal terrestre a son équivalent marin sauf la houlda (belette), les bibrei de Nerech, l'excommunication de Nerech par Rav Papa et les dictons de Rav Guidel sur les voleurs de Nerech, Nehar Pekod et Poumbedita.
Enfin Rav Houna bar Tourta raconte le serpent enroulé sur le tzav d'où sortit un arvad, Rabbi Chimon le Pieux y voit une punition divine, et l'on conclut 'un miracle dans un miracle' pour le châtiment. La michna finale traite du membre et de la chair qui pendent (meduldalin) de la bête : leur statut propre et leur impureté d'aliment, qui requiert le hekhcher.
L'enseignement dit (talmud lomar) : 'qui grouille (ha-choretz)' — [pour inclure] tout lieu où [la créature] grouille [y compris la mer].
Suite d'une braita (commencée en 126b) exposant Lévitique 11. Le verset aurait pu dire simplement 'vous sera impur parmi le grouillement de la terre' ; le mot supplémentaire 'qui grouille' (ha-choretz) est libre pour la deracha : la créature rampante rend impur partout où elle grouille, y compris dans la mer (où la souris peut flotter). Dès lors, 'sur la terre' (al ha-aretz) sert à enseigner que la souris de mer [proprement marine] ne rend pas impure.
Ou bien n'est-ce que 'qui grouille' [à entendre autrement] : pourrait-on [croire que] tout ce qui se reproduit (machritz) rend impur, [mais] que ce qui ne se reproduit pas ne rend pas impur ? J'exclurai [alors] une souris dont la moitié [est] chair et la moitié terre, qui ne se multiplie ni ne croît.
Lecture alternative du même mot. Et si 'qui grouille' (ha-choretz, de la racine 'pullulent et grouillent', Ex 1) signifiait : seul ce qui se reproduit (machritz) rend impur ? On exclurait alors la souris moitié chair moitié terre — celle qui s'engendre spontanément du sol et ne se multiplie ni ne croît (péri ou-revi).
Or [voici] un raisonnement (din) : il a déclaré impure la belette (houlda) et il a déclaré impure la souris ; de même que la belette — tout ce qui s'appelle belette, ainsi la souris — tout ce qui s'appelle souris ; j'inclurai [donc] la souris dont la moitié [est] chair et la moitié terre.
Objection à la lecture restrictive, par raisonnement (din). Le verset déclare impures la houlda (belette) et la souris ; de même que 'belette' vise tout ce qui porte ce nom, 'souris' vise tout ce qui s'appelle souris — y compris la souris moitié chair moitié terre. Mieux vaut donc lire 'ha-choretz' comme incluant [la souris descendue à la mer] et non comme excluant celle-ci.
Ou bien va-t'en par cette voie-ci : de même que la belette se multiplie et croît, ainsi la souris [ne viserait que celle] qui se multiplie et croît ? L'enseignement dit : 'parmi le grouillement (ba-cheretz)'.
Contre-raisonnement possible : de même que la belette se reproduit, peut-être 'souris' ne vise-t-elle que celle qui se multiplie et croît, excluant la souris engendrée de la terre. Pour trancher, l'enseignement dit 'ba-cheretz' (mot superflu) — qui inclut la souris spontanée. Conclusion : 'ha-choretz' enseigne l'impureté sur terre et en mer, et 'al ha-aretz' exclut la souris proprement marine.
Un certain [sage] d'entre les rabbanan dit à Rava : dis [plutôt] : 'parmi le grouillement (ba-cheretz)' [vient] inclure la souris dont la moitié [est] chair et la moitié terre ; 'qui grouille (ha-choretz)' — tout ce qui grouille, et même la souris de mer ; et si [tu objectes] à cause de 'sur la terre' — [comprends :] sur la terre elle rend impure, [mais] descendue à la mer — elle ne rend pas impure.
Un sage propose à Rava de redistribuer les trois mots autrement : 'ba-cheretz' inclut la souris moitié chair moitié terre ; 'ha-choretz' inclut même la souris de mer [marine] ; et 'al ha-aretz' enseignerait seulement que la créature rend impure sur la terre mais non une fois descendue à la mer. Cette lecture rendrait donc la souris de mer elle-même impure.
Il lui dit : du moment que tu as fait de la mer un lieu d'impureté, que m'importe [qu'elle soit] ici, que m'importe [qu'elle soit] là.
Rava réfute le sage : si, selon ta lecture, la souris de mer (étant dans la mer) rend impure, alors tu as fait de la mer un lieu d'impureté ; il devient incohérent de dire qu'une souris [de terre] descendue à la mer cesse d'être impure. Une fois la mer reconnue lieu d'impureté, peu importe que la souris soit ici [sur terre] ou la [en mer]. On ne lit pas les versets de cette manière [forcée] : il faut s'en tenir à la tradition reçue.
Mais ce 'sur la terre' lui est nécessaire pour exclure un doute d'impureté flottante ! car Rav Yitzhak bar Avdimi a dit : 'sur la terre' — pour exclure un doute d'impureté flottante !
Objection à toute la braita : comment 'al ha-aretz' pourrait-il enseigner [seulement] que la souris de mer ne rend pas impure, alors qu'il est nécessaire pour exclure le doute d'une impureté flottante ? Selon Rav Yitzhak bar Avdimi, si l'on doute d'avoir touché une source d'impureté flottant sur l'eau — même dans un domaine privé (où le doute rend normalement impur) — on reste pur : 'sur la terre' l'enseigne.
Deux [fois] 'sur la terre' sont écrits.
Réponse : l'expression 'sur la terre' figure deux fois dans le passage. L'une sert à exclure le doute d'impureté flottante (Rav Yitzhak bar Avdimi), l'autre enseigne que la souris de mer ne rend pas impure. Les deux deracha tiennent donc ensemble.
Nos Maîtres ont enseigné : 'le tzav selon ses espèces (le-minehou)' — pour inclure l'arvod, et de même les nefilim et la salamandre (salamandra).
Nouvelle braita sur les huit grouillants de Lévitique 11. 'Le tzav selon ses espèces' (le-minehou) inclut l'arvod (une espèce de serpent venimeux), ainsi que les nefilim et la salamandre — cette dernière réputée s'engendrer du feu. Rabbi Akiva tient pour acquis qu'elle est de l'espèce du tzav.
Et lorsque Rabbi Akiva parvenait à ce verset, il disait : 'que Tes œuvres sont grandes, Éternel' ! Tu as des créatures qui croissent dans la mer, et tu as des créatures qui croissent sur la terre sèche.
Celles [qui sont] dans la mer — si elles montaient à la terre sèche, aussitôt elles mourraient ; celles [qui sont] sur la terre — si elles descendaient à la mer, aussitôt elles mourraient.
À propos de la salamandre, Rabbi Akiva s'émerveille : 'que Tes œuvres sont grandes, Éternel' (Ps 104:24). Chaque créature est liée à son milieu : celle de la mer meurt sur la terre sèche, celle de la terre meurt dans la mer (voir le schéma). Le Créateur a assigné à chacune son élément vital.
Tu as des créatures qui croissent dans le feu, et tu as des créatures qui croissent dans l'air. Celles [qui sont] dans le feu — si elles montaient à l'air, aussitôt elles mourraient ; celles [qui sont] dans l'air — si elles descendaient au feu, aussitôt elles mourraient. 'Que Tes œuvres sont grandes, Éternel' !
De même, dit Rabbi Akiva, il y a des créatures qui croissent dans le feu (la salamandre) et d'autres dans l'air : sorties de leur élément, elles meurent aussitôt. D'où l'exclamation finale : 'que Tes œuvres sont grandes, Éternel'.
Nos Maîtres ont enseigné : tout ce qui [existe] sur la terre sèche [existe] dans la mer, hormis la belette (houlda). Rabbi Zeira a dit : quel est le verset ? 'Prêtez l'oreille, vous tous, habitants du monde (heled)' [Ps 49:2].
Braita (Tossefta Kilayim) : à chaque animal terrestre correspond un animal marin, sauf la belette (houlda), qui n'existe que sur la terre. Rabbi Zeira y rattache un verset : la terre est appelée 'heled' (monde habité) parce qu'elle est le seul séjour de la houlda — jeu de mots heled / houlda.
Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : les bibrei de Nerech ne sont pas du [domaine] habité.
Rav Houna fils de Rav Yehochoua applique le principe : les bibrei de Nerech [certaines bêtes de cette région, des castors selon Rachi] ne sont pas du domaine habité [du yichouv], car elles vivent seulement dans l'eau, non sur la terre sèche. Conséquence : celui qui en mange n'encourt pas la flagellation pour 'tout grouillant qui grouille sur la terre'.
Rav Papa a dit : excommuniée soit Nerech — sa graisse, sa peau et sa queue. 'Terre, terre, terre, écoute la parole de l'Éternel' [Jérémie 22:29] — Rav Papa a dit : Nerech n'a pas voulu écouter la parole de l'Éternel.
À propos de Nerech, Rav Papa lance une malédiction : excommuniée soit Nerech, tous ses habitants étant mauvais — 'sa graisse, sa peau et sa queue', c'est-à-dire tous, du plus petit au plus grand. Et il applique à Nerech le verset 'terre, terre, terre, écoute la parole de l'Éternel' (Jer 22:29) : Nerech n'a pas voulu l'écouter.
Rav Guidel a dit au nom de Rav : [si] un homme de Nerech t'embrasse, compte tes dents ; [si] un homme de Nehar Pekod t'accompagne, [c'est] à cause du beau manteau qu'il voit sur toi ; [si] un homme de Poumbedita t'accompagne, change de logis.
Dictons de Rav (rapportés par Rav Guidel) sur les voleurs notoires de trois villes : si un homme de Nerech t'embrasse, compte tes dents (de peur qu'il n'en dérobe une) ; si un homme de Nehar Pekod se joint à toi en chemin, c'est pour convoiter ton beau manteau ; si un homme de Poumbedita t'accompagne, change de logis [pour qu'il ignore où tu couches], car ce sont des voleurs experts.
Rav Houna bar Tourta a dit : une fois je suis allé à Vaad, et j'ai vu un serpent enroulé sur un tzav ; quelque temps après, un arvod sortit d'entre eux.
Rav Houna bar Tourta raconte : à Vaad [lieu de gens mauvais qui accouplaient des espèces interdites, kilayim], il vit un serpent enroulé sur un tzav [un grand lézard], les deux s'accouplant ; quelque temps après, un arvod (serpent mortel pour l'homme) sortit d'entre eux.
Et lorsque je suis venu devant Rabbi Chimon le Pieux, il me dit : le Saint, béni soit-Il, a dit : eux ont produit une créature que Je n'ai pas créée dans Mon monde ; Moi aussi, J'amènerai sur eux une créature que Je n'ai pas créée dans Mon monde.
Rabbi Chimon le Pieux explique pourquoi cet accouplement engendra un arvod : le Saint béni soit-Il dit : ces gens de Vaad ont fait surgir une créature que Je n'ai pas créée dans Mon monde [en croisant un serpent et un tzav] ; en retour J'amènerai sur eux une créature pareillement inédite — à savoir l'arvod, fléau mortel — pour les châtier.
Mais le Maître n'a-t-il pas dit : tous ceux dont l'accouplement et la gestation sont identiques engendrent et nourrissent l'un de l'autre, et tous ceux dont l'accouplement et la gestation ne sont pas identiques n'engendrent ni ne nourrissent l'un de l'autre [comment donc un serpent et un tzav ont-ils pu engendrer] ?
Objection : le Maître a enseigné que seuls les animaux dont l'accouplement et la gestation sont identiques peuvent engendrer et élever ensemble ; ceux dont ces conditions diffèrent ne le peuvent pas. Or la gestation du serpent (sept ans) diffère de celle du tzav — comment un arvod a-t-il pu naître de leur union ?
Rav a dit : un miracle dans un miracle ! [La Guemara objecte :] mais c'est un châtiment [un malheur] !
Que [signifie] 'un miracle dans un miracle' ? — pour [accomplir] le châtiment.
Rav répond : ce fut un miracle dans un miracle qu'ils aient pu engendrer [malgré la différence de gestation]. Objection : en quoi est-ce un miracle, puisque c'est un malheur (la naissance d'un arvod) ? Réponse : 'miracle dans un miracle' signifie ici un prodige destiné au châtiment des méchants.
MICHNA. Le membre et la chair qui pendent (meduldalin) d'une bête rendent impurs de l'impureté des aliments là où ils sont (be-mekoman), et requièrent le hekhcher.
Michna. Un membre (avec chair, tendons et os) ou de la chair seule, partiellement arrachés mais encore rattachés à la bête vivante (meduldalin), n'ont pas le statut de membre d'un vivant (qui rendrait impur comme une charogne) ni de chair d'un vivant (qui serait pure). Si l'on a pensé à les manger, ils reçoivent l'impureté des aliments là où ils sont [encore attachés] et la transmettent ; mais ils requièrent le hekhcher — le contact avec l'un des sept liquides qui rendent réceptif à l'impureté.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).