Chullin 127a — la souris de mer et la souris-terre, les créatures liées à leur milieu, et le membre qui pend (meduldal)

Chullin 127a

Sougya : La braita poursuit l'exégèse de Lévitique 11 : trois mots ('ba-cheretz', 'ha-choretz', 'al ha-aretz') enseignent successivement que la souris engendrée de la terre (moitié chair moitié terre) est impure, que la souris de mer aussi est impure ('tout lieu où il grouille'), mais que descendue à la mer elle n'est plus impure. Un sage objecte à Rava une lecture inverse ; Rava la réfute (si la mer est lieu d'impureté, peu importe où se trouve la souris) et l'on rappelle que 'al ha-aretz', écrit deux fois, sert aussi à exclure le doute d'une impureté flottante.

Une braita inclut dans le tzav l'arvad, les nefilim et la salamandre (salamandra, engendrée du feu) ; Rabbi Akiva s'exclame 'que Tes œuvres sont grandes' devant les créatures liées à leur milieu (mer, terre, feu, air). On enseigne que tout animal terrestre a son équivalent marin sauf la houlda (belette), les bibrei de Nerech, l'excommunication de Nerech par Rav Papa et les dictons de Rav Guidel sur les voleurs de Nerech, Nehar Pekod et Poumbedita.

Enfin Rav Houna bar Tourta raconte le serpent enroulé sur le tzav d'où sortit un arvad, Rabbi Chimon le Pieux y voit une punition divine, et l'on conclut 'un miracle dans un miracle' pour le châtiment. La michna finale traite du membre et de la chair qui pendent (meduldalin) de la bête : leur statut propre et leur impureté d'aliment, qui requiert le hekhcher.

La deracha de la braita : trois mots, trois enseignements ba-cheretz (bichroutz) mot superflu = inclut la souris moitié chair moitié terre -> impure ha-choretz tout lieu où il grouille la souris de mer aussi est impure al ha-aretz sur la terre seulement descendue à la mer -> n'est pas impure L'objection de Rava (segments 4-5) Le sage propose d'inverser ha-choretz = tout ce qui se reproduit (même la souris de mer) al ha-aretz = descendue à la mer, pas impure Rava réfute si tu fais de la mer un lieu d'impureté, qu'elle soit ici ou la, peu importe : on ne lit pas les versets de cette façon
Les trois mots de la braita (segments 0-5) : ce qu'inclut et exclut chaque terme, puis l'objection de Rava.
'Que Tes œuvres sont grandes' : chaque créature liée à son milieu (R. Akiva) sortie hors de son élément -> mort immédiate Mer créatures de l'eau à la terre sèche -> meurent Terre sèche créatures du sol descendues à la mer -> meurent Feu salamandre montée à l'air -> meurt Air créatures de l'air descendues au feu -> meurent
L'exclamation de Rabbi Akiva (segments 9-10) : chaque créature attachée à son élément, mortelle ailleurs.
Mishna : le membre et la chair qui pendent (meduldalin) arrachés en partie mais encore rattachés à la bête vivante Statut PROPRE (en soi) PAS membre d'un vivant (ne rend pas impur comme une charogne) PAS chair d'un vivant impure tant qu'ils restent attachés : pas d'impureté propre (il faut tout détacher) Statut d'ALIMENT si l'on a pensé à les manger : reçoivent l'impureté des aliments là où ils sont (be-mekoman) MAIS hekhcher requis contact avec un des 7 liquides une fois -> impureté pour toujours
La michna (segment 19) : le membre et la chair qui pendent — statut propre contre statut d'aliment.
1
תַּלְמוּד לוֹמַר ״הַשֹּׁורֵץ״ – כָּל מָקוֹם שֶׁשּׁוֹרֵץ.

L'enseignement dit (talmud lomar) : 'qui grouille (ha-choretz)' — [pour inclure] tout lieu où [la créature] grouille [y compris la mer].

📜 Rachi (1)
ת"ל הַשֹּׁורֵץ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְזֶה לָכֶם הַטָּמֵא בַּשֶּׁרֶץ הָאָרֶץ וּכְתִיב בַּשֶּׁרֶץ הַשֹּׁורֵץ עַל הָאָרֶץ אִיַּיתַּר לֵיהּ הַשֹּׁורֵץ לִדְרֹושׁ כָּל מָקוֹם שֶׁהוּא יָכוֹל לִשְׁרֹוץ לִרְחֹושׁ וְלָנוּעַ וַהֲרֵי אַף בַּיָּם הוּא שָׁט שֶׁמִּינּוּ עַכְבָּר הָאָרֶץ הִלְכָּךְ ע"כ עַל הָאָרֶץ לְמִין הָאָרֶץ הוּא דַּאֲתָא וְלָאו לִמְעוּטֵי יָרַד לַיָּם:
L'enseignement dit 'qui grouille' — il aurait dû dire 'et celui-ci vous sera impur parmi le grouillement de la terre', et il est écrit 'parmi le grouillement qui grouille sur la terre' : 'qui grouille' lui est donc superflu, pour exposer [que la créature rend impure] en tout lieu où elle peut grouiller, ramper et se mouvoir — or [la souris] flotte aussi dans la mer, [celle] dont l'espèce est la souris de terre ; des lors, force est [d'admettre] que 'sur la terre' vient [enseigner] sur l'espèce de terre, et non pour exclure [la souris de terre] descendue à la mer.
💡 Explication

Suite d'une braita (commencée en 126b) exposant Lévitique 11. Le verset aurait pu dire simplement 'vous sera impur parmi le grouillement de la terre' ; le mot supplémentaire 'qui grouille' (ha-choretz) est libre pour la deracha : la créature rampante rend impur partout où elle grouille, y compris dans la mer (où la souris peut flotter). Dès lors, 'sur la terre' (al ha-aretz) sert à enseigner que la souris de mer [proprement marine] ne rend pas impure.

2
אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא ״הַשֹּׁורֵץ״ – יָכוֹל כָּל הַמַּשְׁרִיץ יְטַמֵּא, שֶׁאֵין מַשְׁרִיץ לֹא יְטַמֵּא? אוֹצִיא עַכְבָּר שֶׁחֶצְיוֹ בָּשָׂר וְחֶצְיוֹ אֲדָמָה, שֶׁאֵין פָּרָה וְרָבָה.

Ou bien n'est-ce que 'qui grouille' [à entendre autrement] : pourrait-on [croire que] tout ce qui se reproduit (machritz) rend impur, [mais] que ce qui ne se reproduit pas ne rend pas impur ? J'exclurai [alors] une souris dont la moitié [est] chair et la moitié terre, qui ne se multiplie ni ne croît.

📜 Rachi (2)
אוֹ אֵינוֹ אוֹמֵר הַשֹּׁורֵץ לִדְרָשָׁה זוֹ אֶלָּא לִמְעוּטֵי עַכְבָּר הַנּוֹצָר מֵאֲדָמָה:
Ou bien n'est-ce — [il] dit 'qui grouille' pour cette deracha-ci, [à savoir] pour exclure la souris engendrée de la terre.
שֶׁאֵין פָּרָה וְרָבָה כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא הָיָה מִפְּרִיָּה וּרְבִיָּה שֶׁל עַכְבָּר לְפִי שֶׁנּוֹצַר מֵאֵלָיו הוֹאִיל שֶׁאֵינוֹ מַשְׁרִיץ טָהוֹר דְּהַאי שׁוֹרֵץ לְשׁוֹן פְּרוּ וְיִשְׁרְצוּ הוּא (שְׁמוֹת א) וְלֹא לְשׁוֹן רִיחוּשׁ וְנִיעְנוּעַ וּלְעוֹלָם יָרַד לַיָּם לֹא יִטָּמֵא דְּהָכִי קָאָמַר עַל הָאָרֶץ וַאֲפִילּוּ עַכְבָּר הַיָּם יָרַד לַיָּם לֹא יִטַּמָּא וַאֲפִילּוּ שֶׁל יְבֵשָׁה וְהַשּׁוֹרֵץ וּפָרָה וְרָבֶה יִטָּמֵא שֶׁאֵינוֹ שׁוֹרֵץ לֹא יִטַּמָּא:
Qui ne se multiplie ni ne croît — c'est-à-dire qu'il n'y avait pour elle ni multiplication ni croissance de souris, puisqu'elle s'est engendrée d'elle-même ; dès lors qu'elle ne se reproduit pas, elle est pure ; car ce 'choretz'-ci [serait] un terme [de] 'pullulent et grouillent' (Ex 1) et non un terme de reptation et de mouvement ; et toujours [la souris] descendue à la mer ne rend pas impure, car voici ce qu'il dit : 'sur la terre' — et même la souris de mer descendue à la mer ne rend pas impure, et même [celle] de terre ; et [seul] ce qui grouille, se multiplie et croît rend impur, [tandis que] ce qui ne grouille pas ne rend pas impur.
💡 Explication

Lecture alternative du même mot. Et si 'qui grouille' (ha-choretz, de la racine 'pullulent et grouillent', Ex 1) signifiait : seul ce qui se reproduit (machritz) rend impur ? On exclurait alors la souris moitié chair moitié terre — celle qui s'engendre spontanément du sol et ne se multiplie ni ne croît (péri ou-revi).

3
וְדִין הוּא: טִימֵּא בְּחֻולְדָּה וְטִימֵּא בְּעַכְבָּר, מֶה חֻולְדָּה – כֹּל שֶׁשְּׁמָהּ חֻולְדָּה, אַף עַכְבָּר – כֹּל שֶׁשְּׁמוֹ עַכְבָּר, אָבִיא עַכְבָּר שֶׁחֶצְיוֹ בָּשָׂר וְחֶצְיוֹ אֲדָמָה.

Or [voici] un raisonnement (din) : il a déclaré impure la belette (houlda) et il a déclaré impure la souris ; de même que la belette — tout ce qui s'appelle belette, ainsi la souris — tout ce qui s'appelle souris ; j'inclurai [donc] la souris dont la moitié [est] chair et la moitié terre.

📜 Rachi (1)
וְדִין הוּא דְּלָא נִימְעָטֶיהָ מִכְּלַל טֻומְאָה וְלָא נִדְרוֹשׁ הָכִי דְּהָא טִימֵּא כָּל שֶׁשְּׁמוֹ עַכְבָּר וְנִיחָא לֵיהּ לְמִדְרַשׁ הַשֹּׁורֵץ לְרַבּוֹיֵי יָרַד לַיָּם וְלָא לִמְעוּטֵי הַאי. וּלְקַמֵּיהּ פָּרִיךְ הָא מְטַהֵר עַכְבָּר הַיָּם מִמִּיעוּטָא דְּעַל הָאָרֶץ וּמַאי חָזֵית דְּמִיעוּטָא לְעַכְבָּר הַיָּם וְרִבּוּי לֵירֵד לַיָּם:
Or [voici] un raisonnement — [à savoir] que nous ne l'excluons pas du cadre de l'impureté et que nous n'exposons pas ainsi, car il a déclaré impur tout ce qui s'appelle souris ; et il lui [convient] d'exposer 'qui grouille' pour inclure [la souris] descendue à la mer, et non pour exclure celle-ci. Et plus loin il objecte : mais [le verset] déclare pure la souris de mer par l'exclusion de 'sur la terre' ! et qu'as-tu vu [pour décréter] que l'exclusion [vise] la souris de mer et l'inclusion [vise la souris] descendue à la mer ?
💡 Explication

Objection à la lecture restrictive, par raisonnement (din). Le verset déclare impures la houlda (belette) et la souris ; de même que 'belette' vise tout ce qui porte ce nom, 'souris' vise tout ce qui s'appelle souris — y compris la souris moitié chair moitié terre. Mieux vaut donc lire 'ha-choretz' comme incluant [la souris descendue à la mer] et non comme excluant celle-ci.

4
אוֹ כַּלֵּךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: מָה חֻולְדָּה פָּרָה וְרָבָה, אַף עַכְבָּר פָּרֶה וְרָבֶה? תַּלְמוּד לוֹמַר ״בְּשֶׁרֶץ״.

Ou bien va-t'en par cette voie-ci : de même que la belette se multiplie et croît, ainsi la souris [ne viserait que celle] qui se multiplie et croît ? L'enseignement dit : 'parmi le grouillement (ba-cheretz)'.

📜 Rachi (1)
בְּשֶׁרֶץ קְרָא יַתִּירָא הוּא דְּהָא כְּתִיב בְּתַרְוַיְיהוּ אֵלֶּה הַטְּמֵאִים לָכֶם בְּכָל הַשָּׁרֶץ:
'Parmi le grouillement' — c'est un verset superflu, car il est écrit dans les deux : 'ceux-ci vous sont impurs parmi tout le grouillement'.
🗂️ Tossefot (1)
תַּלְמוּד לוֹמַר בְּשֶׁרֶץ וא"ת לָמָּה לִי קְרָא דִּבְשֶׁרֶץ מִמֵּילָא כֵּיוָן דְּאִיכָּא לְאַקּוֹשֵׁי לְקֻולָּא וּלְחוּמְרָא לְחוּמְרָא מַקְּשִׁינַן דְּהָא לְעֵיל אִי לֹא עַל הָאָרֶץ לִמְעוּטֵי עַכְבָּר שֶׁבַּיָּם הֲוָה אָזְלִינַן לְחוּמְרָא וְאוֹמֵר רַבֵּינוּ יִצְחָק דְּאִצְטְרִיךְ בְּשֶׁרֶץ לְעַכְבָּר שֶׁחֶצְיוֹ בָּשָׂר וְחֶצְיוֹ אֲדָמָה מִשּׁוּם דְּהַשּׁוֹרֵץ מַשְׁמַע טְפֵי כָּל שֶׁהוּא מַשְׁרִיץ:
L'enseignement dit 'ba-cheretz' — et si tu dis : pourquoi me faut-il le verset 'ba-cheretz' ? de soi-même, puisqu'il y a [matière] à rapprocher [l'analogie] vers l'indulgence et vers la rigueur, c'est vers la rigueur que nous rapprochons, car plus haut, sans 'sur la terre' qui exclut la souris de mer, nous serions allés vers la rigueur ! Et notre maître Yitzhak dit que 'ba-cheretz' était nécessaire pour la souris dont la moitié [est] chair et la moitié terre, parce que 'ha-choretz' suggère davantage tout ce qui se reproduit.
💡 Explication

Contre-raisonnement possible : de même que la belette se reproduit, peut-être 'souris' ne vise-t-elle que celle qui se multiplie et croît, excluant la souris engendrée de la terre. Pour trancher, l'enseignement dit 'ba-cheretz' (mot superflu) — qui inclut la souris spontanée. Conclusion : 'ha-choretz' enseigne l'impureté sur terre et en mer, et 'al ha-aretz' exclut la souris proprement marine.

5
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִדְּרַבָּנַן לְרָבָא: אֵימָא ״בְּשֶׁרֶץ״, לְאֵתוֹיֵי עַכְבָּר שֶׁחֶצְיוֹ בָּשָׂר וְחֶצְיוֹ אֲדָמָה, ״הַשֹּׁורֵץ״ – כָּל שֶׁהוּא שׁוֹרֵץ, וַאֲפִילּוּ עַכְבָּר שֶׁבַּיָּם, וְאִי מִשּׁוּם ״עַל הָאָרֶץ״ – עַל הָאָרֶץ יִטְמָא, יֵרֵד לַיָּם – לֹא יִטַּמָּא.

Un certain [sage] d'entre les rabbanan dit à Rava : dis [plutôt] : 'parmi le grouillement (ba-cheretz)' [vient] inclure la souris dont la moitié [est] chair et la moitié terre ; 'qui grouille (ha-choretz)' — tout ce qui grouille, et même la souris de mer ; et si [tu objectes] à cause de 'sur la terre' — [comprends :] sur la terre elle rend impure, [mais] descendue à la mer — elle ne rend pas impure.

📜 Rachi (1)
וְאֵימָא הַשֹּׁורֵץ לָא דָּרְשִׁינַן לֵיהּ הָכִי כָּל מָקוֹם שֶׁהוּא רוֹחֵשׁ וְלִרְבּוֹת עַכְבָּר הָאָרֶץ שֶׁיָּרַד לַיָּם אֶלָּא הָכִי דָּרְשִׁינַן הַשֹּׁורֵץ כָּל שֶׁהוּא פָּרָה וְרָבָה לְרַבּוֹת עַכְבָּר הַיָּם וּמִיעוּט דְּעַל הָאָרֶץ דְּמַשְׁמַע עַל הָאָרֶץ יִטָּמֵא וְלָאו שֶׁרֶץ הַיָּם אֲתָא לְאוֹרוֹיֵי דְּאֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה עַל הָאָרֶץ יִטָּמְאוּ יֵרְדוּ לַיָּם אֵין מְטַמְּאִין:
Dis [plutôt] 'ha-choretz' — nous ne l'exposons pas ainsi 'tout lieu où elle remue, pour inclure la souris de terre descendue à la mer', mais nous exposons ainsi : 'ha-choretz' — tout ce qui se multiplie et croît, pour inclure la souris de mer ; et l'exclusion de 'sur la terre', qui suggère [que] sur la terre elle rend impure et non [qu'il s'agit] de la créature de mer, vient enseigner que l'une [comme] l'autre rendent impures sur la terre [mais que], descendues à la mer, elles ne rendent pas impures.
💡 Explication

Un sage propose à Rava de redistribuer les trois mots autrement : 'ba-cheretz' inclut la souris moitié chair moitié terre ; 'ha-choretz' inclut même la souris de mer [marine] ; et 'al ha-aretz' enseignerait seulement que la créature rend impure sur la terre mais non une fois descendue à la mer. Cette lecture rendrait donc la souris de mer elle-même impure.

6
אֲמַר לֵיהּ: וּמֵאַחַר דְּשַׁוִּיתֵיהּ לְיָם מְקוֹם טֻומְאָה, מַה לִי הָכָא, מַה לִי הָכָא.

Il lui dit : du moment que tu as fait de la mer un lieu d'impureté, que m'importe [qu'elle soit] ici, que m'importe [qu'elle soit] là.

📜 Rachi (2)
א"ל וּמֵאַחַר דְּשַׁוִּיתֵיהּ לְיָם מְקוֹם טֻומְאָה דְּמֵרִבִּית מִין הַיָּם לְטֻומְאָה:
Il lui dit : du moment que tu as fait de la mer un lieu d'impureté — puisque tu inclus l'espèce de mer pour l'impureté.
מַה לִי בְּעוֹדוֹ בַּיָּם מַה לִי יָצָא לַחוּץ אֵין נוֹחַ לִדְרֹושׁ הַמִּקְרָאוֹת בְּמִדָּה זוֹ אֶלָּא לוֹמַר דָּבָר הַמְקֻובָּל:
Que m'importe — [qu'elle soit] encore dans la mer, que m'importe [qu'elle soit] sortie au-dehors : il n'est pas aisé d'exposer les versets selon cette mesure, mais [il faut] dire la chose reçue [par tradition].
🗂️ Tossefot (1)
מַה לִי הָכָא וּמַה לִי הָכָא ומ"מ אִצְטְרִיךְ הַשֹּׁורֵץ כָּל מָקוֹם שֶׁשּׁוֹרֵץ דְּלָא נְמַעֵט מֵעַל הָאָרֶץ תַּרְוַיְיהוּ יָרַד לַיָּם וְעַכְבָּר שֶׁבַּיָּם:
Que m'importe ici, que m'importe là — néanmoins 'ha-choretz' [reste] nécessaire [pour enseigner] tout lieu où elle grouille, afin que nous n'excluions pas, par 'sur la terre', les deux [à la fois] : [la souris] descendue à la mer et la souris de mer.
💡 Explication

Rava réfute le sage : si, selon ta lecture, la souris de mer (étant dans la mer) rend impure, alors tu as fait de la mer un lieu d'impureté ; il devient incohérent de dire qu'une souris [de terre] descendue à la mer cesse d'être impure. Une fois la mer reconnue lieu d'impureté, peu importe que la souris soit ici [sur terre] ou la [en mer]. On ne lit pas les versets de cette manière [forcée] : il faut s'en tenir à la tradition reçue.

7
וְהַאי ״עַל הָאָרֶץ״ מִיבְּעֵי לֵיהּ לְהוֹצִיא סְפֵק טֻומְאָה צָפָה, דְּאָמַר רַב יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי: ״עַל הָאָרֶץ״ – לְהוֹצִיא סְפֵק טֻומְאָה צָפָה!

Mais ce 'sur la terre' lui est nécessaire pour exclure un doute d'impureté flottante ! car Rav Yitzhak bar Avdimi a dit : 'sur la terre' — pour exclure un doute d'impureté flottante !

📜 Rachi (1)
וּפָרְכִינַן הַאי עַל הָאָרֶץ מִיבְּעֵי לֵיהּ לְהוֹצִיא סְפֵק טֻומְאָה צָפָה שֶׁרֶץ מֵת צָף עַל הַמַּיִם סָפֵק נָגַע סָפֵק לֹא נָגַע אַף בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד סְפֵקוֹ טָהוֹר וּמֵהַאי קְרָא נָפְקָא לָן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּנָזִיר (דַּף סד.) כְּתִיב הַשֹּׁרֵץ כָּל מָקוֹם שֶׁשּׁוֹרֵץ וַאֲפִילּוּ עַל הַמַּיִם וּכְתִיב עַל הָאָרֶץ הָא כֵּיצַד כָּאן בְּטֻומְאַת וַדַּאי כָּאן בְּטֻומְאַת סָפֵק:
Et nous objectons : ce 'sur la terre' lui est nécessaire pour exclure un doute d'impureté flottante — un grouillant mort flotte sur les eaux, [il est] douteux qu'on l'ait touché ou non : même en domaine privé, son doute [demeure] pur. Et de ce verset nous le dérivons, au dernier chapitre de Nazir (64a) : il est écrit 'le grouillement' [pour] tout lieu où il grouille, et même sur les eaux, et il est écrit 'sur la terre' — comment cela ? ici dans une impureté certaine, là dans une impureté douteuse.
💡 Explication

Objection à toute la braita : comment 'al ha-aretz' pourrait-il enseigner [seulement] que la souris de mer ne rend pas impure, alors qu'il est nécessaire pour exclure le doute d'une impureté flottante ? Selon Rav Yitzhak bar Avdimi, si l'on doute d'avoir touché une source d'impureté flottant sur l'eau — même dans un domaine privé (où le doute rend normalement impur) — on reste pur : 'sur la terre' l'enseigne.

8
תַּרְתֵּי ״עַל הָאָרֶץ״ כְּתִיבִי.

Deux [fois] 'sur la terre' sont écrits.

💡 Explication

Réponse : l'expression 'sur la terre' figure deux fois dans le passage. L'une sert à exclure le doute d'impureté flottante (Rav Yitzhak bar Avdimi), l'autre enseigne que la souris de mer ne rend pas impure. Les deux deracha tiennent donc ensemble.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: ״הַצָּב לְמִינֵהוּ״ – לְהָבִיא הֶעָרוֹד, וְכֵן הַנְּפִילִים וְסָלָמַנְדְּרָא.

Nos Maîtres ont enseigné : 'le tzav selon ses espèces (le-minehou)' — pour inclure l'arvod, et de même les nefilim et la salamandre (salamandra).

📜 Rachi (3)
עָרוֹד מִן הַצָּב וּמִן הַנָּחָשׁ הוּא בָּא כְּדִלְקַמָּן:
Arvod — il provient du tzav et du serpent, comme [il sera dit] plus loin.
וְכֵן הַנְּפִילִים שֶׁרֶץ מִין צב:
Et de même les nefilim — un grouillant, espèce de tzav.
וְסָלָמַנְדְּרָא שֶׁרֶץ הַנּוֹצָר מִן הָאוּר מֵעֲצֵי הֲדַס עַל יְדֵי כְּשָׁפִים וְהַסַּךְ מִדָּמוֹ אֵין הָאוּר שׁוֹלֵט בּוֹ וְקִים לֵיהּ לְר"ע דְּמִינָא דְּצָב הוּא:
Et la salamandre — un grouillant engendré du feu, [à partir] de bois de myrte, par sortilèges ; celui qui s'enduit de son sang, le feu n'a pas de prise sur lui. Et il tient pour établi, selon Rabbi Akiva, qu'elle est de l'espèce du tzav.
💡 Explication

Nouvelle braita sur les huit grouillants de Lévitique 11. 'Le tzav selon ses espèces' (le-minehou) inclut l'arvod (une espèce de serpent venimeux), ainsi que les nefilim et la salamandre — cette dernière réputée s'engendrer du feu. Rabbi Akiva tient pour acquis qu'elle est de l'espèce du tzav.

10
וּכְשֶׁהָיָה רַבִּי עֲקִיבָא מַגִּיעַ לְפָסוּק זֶה, אוֹמֵר: ״מָה רַבּוּ מַעֲשֶׂיךָ ה׳״! יֵשׁ לְךָ בְּרִיּוֹת גְּדֵלוֹת בַּיָּם, וְיֵשׁ לְךָ בְּרִיּוֹת גְּדֵלוֹת בַּיַּבָּשָׁה. שֶׁבַּיָּם – אִילְמָלֵי עוֹלוֹת (בַּיַּבָּשָׁה) [לַיַּבָּשָׁה] מִיָּד מֵתוֹת, שֶׁבַּיַּבָּשָׁה – אִילְמָלֵי יוֹרְדוֹת לַיָּם מִיָּד מֵתוֹת.

Et lorsque Rabbi Akiva parvenait à ce verset, il disait : 'que Tes œuvres sont grandes, Éternel' ! Tu as des créatures qui croissent dans la mer, et tu as des créatures qui croissent sur la terre sèche.

Celles [qui sont] dans la mer — si elles montaient à la terre sèche, aussitôt elles mourraient ; celles [qui sont] sur la terre — si elles descendaient à la mer, aussitôt elles mourraient.

📜 Rachi (1)
לְפָסוּק זֶה מִשּׁוּם דְּמַייְרֵי בְּסָלַמְנַדְרָא:
À ce verset — parce qu'il traite de la salamandre.
💡 Explication

À propos de la salamandre, Rabbi Akiva s'émerveille : 'que Tes œuvres sont grandes, Éternel' (Ps 104:24). Chaque créature est liée à son milieu : celle de la mer meurt sur la terre sèche, celle de la terre meurt dans la mer (voir le schéma). Le Créateur a assigné à chacune son élément vital.

11
יֵשׁ לְךָ בְּרִיּוֹת גְּדֵלוֹת בָּאוּר, וְיֵשׁ לְךָ בְּרִיּוֹת גְּדֵלוֹת בָּאֲוִיר. שֶׁבָּאוֹר – אִילְמָלֵי עוֹלוֹת לָאֲוִיר מִיָּד מֵתוֹת, שֶׁבָּאֲוִיר – אִילְמָלֵי יוֹרְדוֹת לָאוּר מִיָּד מֵתוֹת. ״מָה רַבּוּ מַעֲשֶׂיךָ ה׳״.

Tu as des créatures qui croissent dans le feu, et tu as des créatures qui croissent dans l'air. Celles [qui sont] dans le feu — si elles montaient à l'air, aussitôt elles mourraient ; celles [qui sont] dans l'air — si elles descendaient au feu, aussitôt elles mourraient. 'Que Tes œuvres sont grandes, Éternel' !

📜 Rachi (1)
יֵשׁ לְךָ בְּרִיּוֹת גְּדֵלוֹת בָּאוּר סָלָמַנְדְּרָא:
Tu as des créatures qui croissent dans le feu — la salamandre.
💡 Explication

De même, dit Rabbi Akiva, il y a des créatures qui croissent dans le feu (la salamandre) et d'autres dans l'air : sorties de leur élément, elles meurent aussitôt. D'où l'exclamation finale : 'que Tes œuvres sont grandes, Éternel'.

12
תָּנוּ רַבָּנַן: כֹּל שֶׁיֵּשׁ בַּיַּבָּשָׁה יֵשׁ בַּיָּם, חוּץ מִן הַחֻולְדָּה. אָמַר רַבִּי זֵירָא: מַאי קְרָאָהּ? ״הַאֲזִינוּ כָּל יֹשְׁבֵי חָלֶד״.

Nos Maîtres ont enseigné : tout ce qui [existe] sur la terre sèche [existe] dans la mer, hormis la belette (houlda). Rabbi Zeira a dit : quel est le verset ? 'Prêtez l'oreille, vous tous, habitants du monde (heled)' [Ps 49:2].

📜 Rachi (1)
יוֹשְׁבֵי חֶלֶד יוֹשְׁבֵי הָאָרֶץ שֶׁהוּא מָקוֹם מְיֻושָּׁב לְחֻולְדּוֹת:
Habitants du heled — habitants de la terre, qui est un lieu habité par les belettes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תנו רבנן: כל שיש ביבשה יש בים חוץ מן החלדה (תהלים קד, כד) . ראיתי בספר מטעם המלך (חלק ד' סימן תר"ב) דאיתא בספרי המקובלים ז"ל כל מין טהור חיותם משם י־ה וכל מין טמא חיותם מן אותיות ו"ה גם ידוע כל מה שיש ביבשה טהור הוא טמא בים וכל מה שביבשה טמא הוא טהור בים נמצא לפי זה יהללו שם י־ה הטהורים שבים וגם יהללו שם י־ה הטהורים שביבשה שהם טמאים בים הרי כל המינים מהללים בשם י־ה וכל המינים מהללים באותיות י־ה ורק מין החולדה לא משכחת לה שתהלל שם י־ה כי מין זה הוא טמא ביבשה ואין כנגדו טהור בים לכן אמרו רבותינו ז"ל בפרקי שירה חולדה אומרת 'כל הנשמה תהלל י־ה' (תהלים קנ, ו) כלומר כל אותם שהם לבד מדידי כל מין שיהיה יהלל בשם י־ה ורק מין דידי לא אפשר להלל בשם י־ה עד כאן דבריו. ונראה לי בס"ד לכך נקראת 'חולדה' אותיות 'חלד ו"ה' והיינו לשון כניסה וכיסוי שהיא מכוסית ונכנסת באחיזת ו"ה ולא באחיזת י־ה.
Nos Maîtres ont enseigné : tout ce qui existe sur la terre sèche existe dans la mer, hormis la houlda (belette) (Psaumes 104, 24). J'ai vu dans le livre Mi-Ta'am ha-Melekh (4e partie, paragraphe 602) qu'il est rapporté dans les livres des kabbalistes (mekoubalim), de mémoire bénie, que toute espèce pure tient sa vitalité (h'iout) des lettres du Nom Y-H, et que toute espèce impure tient sa vitalité des lettres W-H. Il est connu aussi que tout ce qui est pur sur la terre sèche est impur dans la mer, et que tout ce qui est impur sur la terre sèche est pur dans la mer. Il ressort de là que les espèces pures de la mer louent le Nom Y-H, et que les espèces pures de la terre sèche — qui sont [pourtant] impures dans la mer — louent elles aussi le Nom Y-H : ainsi toutes les espèces louent le Nom Y-H, toutes les espèces louent par les lettres Y-H. Seule l'espèce de la houlda, on ne lui trouve pas [de moyen] de louer le Nom Y-H, car cette espèce est impure sur la terre sèche et n'a pas de [pendant] pur dans la mer. C'est pourquoi nos Maîtres, de mémoire bénie, ont dit dans le Perek Chira (Chapitre du Chant) : la houlda dit « Que toute âme (nechama) loue Y-H » (Psaumes 150, 6) — c'est-à-dire : que tous ceux qui sont autres que moi, toute espèce qui soit, louent le Nom Y-H ; seule mon espèce à moi ne peut louer par le Nom Y-H. Fin de ses propos. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela qu'elle est appelée « houlda » (חולדה), [dont les] lettres [forment] « h'eled W-H » (חלד ו״ה) ; et cela est un terme [exprimant] l'entrée et le recouvrement, car elle est recouverte (cachée) et entre par la saisie (l'attache) des lettres W-H, et non par la saisie des lettres Y-H.
💡 Explication

Braita (Tossefta Kilayim) : à chaque animal terrestre correspond un animal marin, sauf la belette (houlda), qui n'existe que sur la terre. Rabbi Zeira y rattache un verset : la terre est appelée 'heled' (monde habité) parce qu'elle est le seul séjour de la houlda — jeu de mots heled / houlda.

13
אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: בִּיבְרֵי דְּנָרֶשׁ אֵינָן מִן הַיִּשּׁוּב.

Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : les bibrei de Nerech ne sont pas du [domaine] habité.

📜 Rachi (2)
בֵּיבְרֵי דְּנָרָשׁ חַיּוֹת הַמְּצוּיוֹת בְּאוֹתוֹ מָקוֹם ביברונ"ש בְּלַעַ"ז:
Les bibrei de Nerech — les bêtes répandues en ce lieu, [castors] en langue vernaculaire.
אֵינָן מִן הַיִּשּׁוּב אֵינָן גַּדְלוּת אֶלָּא בְּמַיִם:
Ne sont pas du [domaine] habité — elles ne croissent que dans les eaux.
🗂️ Tossefot (1)
הָנֵי בִּיבְרֵי דְּנָרֶשׁ אֵינָן מִן הַיִּשּׁוּב פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס ביברונ"ש בְּלַעַ"ז שֶׁאֵין לוֹקִים עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם הַשֶּׁרֶץ הַשֹּׁורֵץ שֶׁהֵן גְּדֵלוֹת בַּמַּיִם ור"ת אוֹמֵר דְּגָרְסִינַן בֵּיבְרֵי וְנָרָשׁ וַעֲייָרוֹת הֵן כִּדְמַשְׁמַע בְּכֵיצַד מְעַבְּרִין (עֵירוּבִין דַּף נו.) הָנֵי מַעֲלוֹת וּמוֹרָדוֹת דְּבֵיבְרֵי וְנָרָשׁ אַזְּקִינַן ובפ"ק דְּסוֹטָה (דַּף י.) גַּבֵּי וַיֵּרֶד שִׁמְשׁוֹן תִּמְנָתָה וַיַּעַל יְהוּדָה תִּמְנָתָה אָמַר רַב פָּפָּא חֲדָא תְּמֻנַת הֲוַאי דְּמֵהַאי גִּיסָא סָלְקִי וּמֵהַאי נָחֲתִי כְּמוֹ [שֵׁם] וֻרְדִּינַיָּא וּבֵיבְרֵי [וְשׁוּקָא] דְּנָרָשׁ וְקָאֵי הָכָא אַקְּרָא דְּאַיְּיתִי לְעֵיל הַאֲזִינוּ כָּל יֹושְׁבֵי חָלֶד וְקָאָמַר דְּהָנֵי אֵינָן מִן הַיִּשּׁוּב כְּלוֹמַר בִּכְלַל יוֹשְׁבֵי חֶלֶד כִּי רְשָׁעִים הֵם וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה אָמַר פ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף מ:) כֹּל שֶׁאֵינוֹ לֹא בַּמִּקְרָא וְלֹא בַּמִּשְׁנָה וְלֹא בְּדֶרֶךְ אֶרֶץ אֵינוֹ מִן הַיִּשּׁוּב וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַב פָּפָּא בְּסָמוּךְ בְּשַׁמְתָּא נָרָשׁ כו':
Ces bibrei de Nerech ne sont pas du [domaine] habité — le Commentaire (Rachi) a expliqué '[castors] en langue vernaculaire', [à savoir] qu'on n'est pas flagellé à leur sujet au titre de 'le grouillant qui grouille', parce qu'elles croissent dans les eaux. Et Rabbenou Tam dit que l'on lit 'bibrei et Nerech', [qui] sont des localités, comme [cela] ressort dans [le chapitre] Ke-tzad Me'abberin (Erouvin 56a) : 'ces montées et descentes de Bibrei et Nerech nous ont épuisés' ; et au premier chapitre de Sota (10a), à propos de 'et Samson descendit à Timna' et 'et Yehouda monta à Timna', Rav Papa a dit : il y avait une seule Timna, [mais] de ce côté-ci on montait et de ce côté-là on descendait, comme [pour] Vardinia, Bibrei et le marché de Nerech ; et [le propos] se tient ici sur le verset apporté plus haut 'prêtez l'oreille, vous tous, habitants du heled', et il dit que ces [gens-là] ne sont pas du [domaine] habité — c'est-à-dire [pas] dans le cadre des 'habitants du heled', car ils sont mauvais ; et de semblable au premier chapitre de Kiddouchin (40b) : quiconque n'est ni dans l'Écriture, ni dans la Michna, ni dans la bonne conduite n'est pas du [domaine] habité ; et c'est [le sens de] ce que dit Rav Papa ci-après : 'Nerech soit en excommunication etc.'
💡 Explication

Rav Houna fils de Rav Yehochoua applique le principe : les bibrei de Nerech [certaines bêtes de cette région, des castors selon Rachi] ne sont pas du domaine habité [du yichouv], car elles vivent seulement dans l'eau, non sur la terre sèche. Conséquence : celui qui en mange n'encourt pas la flagellation pour 'tout grouillant qui grouille sur la terre'.

14
אָמַר רַב פָּפָּא: בְּשַׁמְתָּא נָרָשׁ, תְּרַבְּיֵהּ מַשְׁכֵּיהּ וַאֲלִיתֵיהּ. ״אֶרֶץ אֶרֶץ אָרֶץ שִׁמְעִי דְּבַר ה׳״ – אָמַר רַב פָּפָּא: לֹא אָבָה נָרֶשׁ שְׁמוֹעַ דְּבַר ה׳.

Rav Papa a dit : excommuniée soit Nerech — sa graisse, sa peau et sa queue. 'Terre, terre, terre, écoute la parole de l'Éternel' [Jérémie 22:29] — Rav Papa a dit : Nerech n'a pas voulu écouter la parole de l'Éternel.

📜 Rachi (3)
בְּשַׁמְתָּא נֶרֶשׁ כְּלוֹמַר כָּל יוֹשְׁבֶיהָ רְשָׁעִים כֻּולָּם יִהְיוּ בְּשַׁמְתָּא:
Excommuniée soit Nerech — c'est-à-dire : tous ses habitants [étant] mauvais, qu'ils soient tous en excommunication.
תְּרַבְּיֵהּ מַשְׁכֵּיהּ וַאֲלִיתֵיהּ הַחֵלֶב וְהָעוֹר עִם הַבָּשָׂר וְהָאַלְיָה כְּלוֹמַר כֻּולָּן כְּקָטָן כַּגָּדוֹל:
Sa graisse, sa peau et sa queue — la graisse et la peau avec la chair et la queue, c'est-à-dire tous, le petit comme le grand.
לֹא אָבָה נָרָשׁ כו' לְפִי שֶׁכֻּולָּן הָיוּ רְשָׁעִים:
Nerech n'a pas voulu etc. — parce qu'ils étaient tous mauvais.
💡 Explication

À propos de Nerech, Rav Papa lance une malédiction : excommuniée soit Nerech, tous ses habitants étant mauvais — 'sa graisse, sa peau et sa queue', c'est-à-dire tous, du plus petit au plus grand. Et il applique à Nerech le verset 'terre, terre, terre, écoute la parole de l'Éternel' (Jer 22:29) : Nerech n'a pas voulu l'écouter.

15
אָמַר רַב גִּידֵּל, אָמַר רַב: נַרְשָׁאָה נַשָּׁקֶיךָ – מַנִּי כַּכָּיךְ; נְהַר פְּקוֹדָאָה לֵוָיִיךְ – מִגְּלִימָא שַׁפִּירָא דְּחָזֵי עֲלָךְ; פּוּמְבְּדִיתָאָה לֵוָיִיךְ – אַשְּׁנֵי אֻושְׁפִּיזָךְ.

Rav Guidel a dit au nom de Rav : [si] un homme de Nerech t'embrasse, compte tes dents ; [si] un homme de Nehar Pekod t'accompagne, [c'est] à cause du beau manteau qu'il voit sur toi ; [si] un homme de Poumbedita t'accompagne, change de logis.

📜 Rachi (5)
נַרְשָׁאָה נַשְּׁקָיךְ מָנֵי כַּכָּיךְ אִם נִשְׁקְךָ אֶחָד מִיּוֹשְׁבֵי נָרָשׁ מָנֶה שִׁנַּיִךְ אִם תִּמְצָאֵם כֻּולָּם כִּי מֻוחְזָק גַּנָּב הוּא:
[Si] un homme de Nerech t'embrasse, compte tes dents — s'il t'a embrassé, l'un des habitants de Nerech, compte tes dents [pour voir] si tu les trouves toutes, car il est réputé voleur.
נְהַר פקודאה אִם מִיּוֹשְׁבֵי נְהַר פְּקוֹד:
Nehar Pekod — s'[il est] des habitants de Nehar Pekod.
לֵוָיִיךְ נִתְלַוָּה עִמְּךָ בַּדֶּרֶךְ:
T'accompagne — s'est joint à toi en chemin.
מִגְּלִימָא שַׁפִּירָא דְּחָזֵי עֲלָךְ מֵחֲמַת שֶׁרָאָה לְךָ טַלִּית נָאָה וְדַעְתּוֹ לְגָונְבוֹ נִתְחַבֵּר עִמְּךָ:
À cause du beau manteau qu'il voit sur toi — parce qu'il t'a vu un beau manteau et qu'il a l'intention de le dérober, il s'est associé à toi.
אַשְּׁנִי אֻושְׁפִּיזָךְ שֶׁלֹּא יָדַע הֵיכָן תִּשְׁכַּב שֶׁגַּנָּבִים מֻומְחִין הֵם:
Change de logis — qu'il ne sache pas où tu vas coucher, car ce sont des voleurs experts.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב: נַרְשָׁאָה נִשְׁקִיךְ, מַנִּי כַּכָּיךְ (יִרְמְיָה כב, כט) . נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז בָּזֶה עַל נְשָׁמָה שֶׁל אָדָם רָשָׁע אִם נִתְחַבְּרָה עִמְּךָ 'מִנִּי כַּכָּיךְ' כִּי בְּוַדַּאי נִתְחַבְּרָה עִמְּךָ כְּדֵי לִגְנֹוב מִמְּךָ נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה מִתּוֹרָה וּמִצְוֹת וְקוֹרֵא אוֹתָהּ 'נַרְשָׁאָה' חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וּקְרֵי בָּהּ 'נֵר שֹׁאָה' וְהַייְנוּ כִּי כָּל נְשָׁמָה נִקְרֵאת 'נֵר וְשֹׁאָה' לְשׁוֹן שֶׁמָּמוֹן מִלְּשׁוֹן הָשִׁיבָה נַפְשִׁי מִשֹּׁאֵיהֶם (תְּהִלִּים לה, יז) וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בִּדְרוּשׁ נְפִילַת אַפַּיִם וּכְמוֹ עִנְיַן יוֹחָנָן כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁנַּעֲשָׂה צָדוֹקִי. וְאָמַר עוֹד ' נְהַר פְּקוֹדָאָה לַוְיָךְ מִגְּלִימָא שַׁפִּירָא דְּחָזֵי עָלֶיךָ ' רֶמֶז עַל יְסוֹד דִּקְלִיפָּה שֶׁנִּקְרָא נָהָר וּקְרָאוֹ פְּקוֹדָאָה לְשׁוֹן חִסָּרוֹן כְּמוֹ וְלֹא נִפְקַד מִמֶּנּוּ אִישׁ (בַּמִּדְבָּר לא, מט) שֶׁעָתִיד לִיפָּקֵד וּלְהֵחָסֵר מִן הָעוֹלָם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְאֶת רוּחַ הַטֻּמְאָה אַעֲבִיר מִן הָאָרֶץ (זְכַרְיָה יג, ב) אִם נִתְלַוָּוה עִמְּךָ הוּא בַּעֲבוּר לִגְזֹול גְּלִימָא שַׁפִּירָא דַּעֲלָךְ הוּא חֲלוּקָא דְּרַבָּנָן הַנַּעֲשֶׂה מִתּוֹרָה וּמִצְוֹת. וְאָמַר עוֹד ' דְּפוּמְבְּדִיתְאָה לֵוָיָךְ אַשְּׁנֵי אֻושְׁפִּיזָךְ ' פּוּמְבְּדִיתָא רֶמֶז לְיֵצֶר הָרַע 'פּוּם בְּדִיתָא' רְצוֹנוֹ לוֹמַר פֶּה כּוֹזֵב וּמְשַׁקֵּר שֶׁהִיא בַּדַּאי וְדוֹבֵר שְׁקָרִים לֵוָיִיךְ רוֹצֶה לְחַבֵּר אוֹתְךָ וּלְלַוּוֹת אוֹתְךָ עִם חֲבוּרָה שֶׁל רְשָׁעִים שְׁנֵי אֻושְׁפִּיזֶיךָ לֹא תֵּלֵךְ לִמְקוֹם חֲבוּרַת אֲנָשִׁים כְּדֵי שֶׁלֹּא יִמְשֹׁוךְ רוּחֲךָ לַחֲבוּרַת רְשָׁעִים.
Rav a dit : [si] un homme de Nerech t'embrasse (narshaah nichkikh), compte tes dents (Jérémie 22, 29). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'il] y a là une allusion (remez) à la nechama (âme) d'un homme mauvais (rasha) : si elle s'est associée à toi, « compte tes dents », car assurément elle s'est associée à toi afin de te dérober des étincelles de sainteté (nitzotzei kedoucha) [provenant] de la Torah et des mitsvot. Et il l'appelle « narshaah » [en] divisant le mot en deux et [en] lisant « ner choah » (נֵּר שֹאָה) ; et cela [parce que] toute nechama est appelée « ner » (lampe), et « choah » est un terme [désignant] un pillage (mammon, butin), du langage de « ramène mon âme de leurs dévastations (mi-choeihem) » (Psaumes 35, 17) ; comme l'a dit notre Maître [le Ari], de mémoire bénie, dans le Chaar ha-Kavanot, dans le sujet (drouch) de la nefilat apayim (chute sur la face), et comme [dans] l'affaire de Yo'hanan le Grand Prêtre qui devint sadducéen (tzedoki). Et il dit encore : « [si] un homme de Nehar Pekod t'accompagne (nehar pekodaah lavyakh), [c'est] à cause du beau manteau (guelima chapira) qu'il voit sur toi » — [c'est] une allusion (remez) au yesod (fondement) de la klipa (écorce), qui est appelé « nahar » (fleuve), et il l'appelle « pekodaah », terme [exprimant] le manque, comme dans « et il ne manqua (nifkad) d'entre nous aucun homme » (Nombres 31, 49), [car elle est destinée] à être un jour retranchée (lipaked) et à manquer du monde, comme il est dit « et l'esprit d'impureté (roua'h' ha-toumea), Je le ferai passer de la terre » (Zacharie 13, 2). Si elle s'est associée à toi, [c'est] afin de te ravir le « beau manteau » qui est sur toi, [à savoir] le vêtement des Sages (h'aloukah de-rabbanan) qui se fait [à partir] de la Torah et des mitsvot. Et il dit encore : « [si] un homme de Poumbedita t'accompagne (de-poumbeditaah lavyakh), change de logis (achni ouchpizakh) » — « Poumbedita » [est] une allusion (remez) au mauvais penchant (yetzer hara), « poum bedita » (פום בדיתא), c'est-à-dire une bouche menteuse et trompeuse, qui est faussaire (badai) et profère des mensonges. « Lavyakh » (t'accompagne) : il veut t'attacher et t'associer à une bande de gens mauvais (rechaim). « Achni ouchpizakh » (change de logis) : ne va pas au lieu de la société de [tels] hommes, afin qu'ils n'entraînent pas ton esprit vers la société des mauvais.
💡 Explication

Dictons de Rav (rapportés par Rav Guidel) sur les voleurs notoires de trois villes : si un homme de Nerech t'embrasse, compte tes dents (de peur qu'il n'en dérobe une) ; si un homme de Nehar Pekod se joint à toi en chemin, c'est pour convoiter ton beau manteau ; si un homme de Poumbedita t'accompagne, change de logis [pour qu'il ignore où tu couches], car ce sont des voleurs experts.

16
אָמַר רַב הוּנָא בַּר תּוֹרְתָּא: פַּעַם אַחַת הָלַכְתִּי לַווַּעַד, וְרָאִיתִי נָחָשׁ שֶׁהוּא כָּרוּךְ עַל הַצָּב, לְיָמִים יָצָא עַרְוָד מִבֵּינֵיהֶם.

Rav Houna bar Tourta a dit : une fois je suis allé à Vaad, et j'ai vu un serpent enroulé sur un tzav ; quelque temps après, un arvod sortit d'entre eux.

📜 Rachi (3)
לְווַעַד מְקוֹם רְשָׁעִים וּמֵרְבִיעֵי כִּלְאַיִם:
À Vaad — un lieu de gens mauvais qui accouplent des espèces [interdites] (kilayim).
כָּרוּךְ עַל הַצָּב כָּל שָׁעָה הָיָה מָצוּי אֶצְלוֹ וְהָיָה נִזְקָק עִמּוֹ כִּדְאָמְרִינַן בְּקִדּוּשִׁין (דַּף עט:) בִּכְרֻוכִּין אַחֲרֶיהָ וּבִבְכוֹרוֹת (דַּף כֹּד.) חֲזִיר שֶׁכָּרוּךְ אַחַר רָחֵל כְּלוֹמַר נִמְשָׁךְ וְשׁוֹכֵן אֶצְלוֹ תָּמִיד:
Enroulé sur le tzav — il se tenait sans cesse auprès de lui et s'accouplait avec lui, comme nous disons dans Kiddouchin (79b) 'enroulés après elle', et dans Bekhorot (24a) 'un porc enroulé après une brebis', c'est-à-dire attiré [par lui] et se tenant auprès de lui sans cesse.
יָצָא עָרוֹד מִבֵּינֵיהֶם וְהָיָה נוֹשֵׁךְ בְּנֵי אָדָם וּמֵמִית כִּדְאָמְרִינַן בִּבְרָכוֹת (דַּף לג.) גַּבֵּי עָרוֹד דְּרַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא:
Un arvod sortit d'entre eux — et il mordait les gens et [les] faisait mourir, comme nous disons dans Berakhot (33a) à propos de l'arvod de Rabbi Hanina ben Dossa.
💡 Explication

Rav Houna bar Tourta raconte : à Vaad [lieu de gens mauvais qui accouplaient des espèces interdites, kilayim], il vit un serpent enroulé sur un tzav [un grand lézard], les deux s'accouplant ; quelque temps après, un arvod (serpent mortel pour l'homme) sortit d'entre eux.

17
וּכְשֶׁבָּאתִי לִפְנֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן הֶחָסִיד, אָמַר לִי: אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: הֵם הֵבִיאוּ בְּרִיָּה שֶׁלֹּא בָּרָאתִי בְּעוֹלָמִי, אַף אֲנִי אָבִיא עֲלֵיהֶם בְּרִיָּה שֶׁלֹּא בָּרָאתִי בְּעוֹלָמִי.

Et lorsque je suis venu devant Rabbi Chimon le Pieux, il me dit : le Saint, béni soit-Il, a dit : eux ont produit une créature que Je n'ai pas créée dans Mon monde ; Moi aussi, J'amènerai sur eux une créature que Je n'ai pas créée dans Mon monde.

📜 Rachi (2)
אַנְשֵׁי ווַעַד הֵן הֵבִיאוּ כו' מִזִּוּוּגֵי כִּלְאַיִם הָיוּ:
Les gens de Vaad, eux ont produit etc. — ils étaient des accoupleurs d'espèces [interdites].
אַף אֲנִי אָבִיא עֲלֵיהֶם בְּרִיָּה כו' וְהַייְנוּ עָרוֹד:
Moi aussi J'amènerai sur eux une créature etc. — et c'est l'arvod.
💡 Explication

Rabbi Chimon le Pieux explique pourquoi cet accouplement engendra un arvod : le Saint béni soit-Il dit : ces gens de Vaad ont fait surgir une créature que Je n'ai pas créée dans Mon monde [en croisant un serpent et un tzav] ; en retour J'amènerai sur eux une créature pareillement inédite — à savoir l'arvod, fléau mortel — pour les châtier.

18
וְהָאָמַר מַר: כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישָׁן וְעִיבּוּרָן שָׁוֶה – יוֹלְדִין וּמְגַדְּלִין זֶה מִזֶּה, וְכֹל שֶׁאֵין תַּשְׁמִישָׁן וְעִיבּוּרָן שָׁוֶה – אֵין יוֹלְדִין וּמְגַדְּלִין זֶה מִזֶּה.

Mais le Maître n'a-t-il pas dit : tous ceux dont l'accouplement et la gestation sont identiques engendrent et nourrissent l'un de l'autre, et tous ceux dont l'accouplement et la gestation ne sont pas identiques n'engendrent ni ne nourrissent l'un de l'autre [comment donc un serpent et un tzav ont-ils pu engendrer] ?

📜 Rachi (4)
תַּשְׁמִישָׁן שָׁוֶה שֶׁמְּשַׁמְּשִׁין שְׁנֵיהֶם פָּנִים כְּנֶגֶד פָּנִים כְּגוֹן אָדָם אוֹ פָּנִים כְּנֶגֶד עֹורֶף כְּגוֹן בְּהֵמָה:
Dont l'accouplement [est] identique — qu'ils s'accouplent tous deux face contre face, comme l'homme, ou face contre nuque, comme la bête.
וְעִיבּוּרָן יְמֵי עִיבּוּר:
Et la gestation — les jours de gestation.
יוֹלְדִים זֶה מִזֶּה מִתְעַבְּרִים זֶה מִזֶּה:
Engendrent l'un de l'autre — sont fécondés l'un par l'autre.
וּמְגַדְּלִין מְנִיקִים זֶה בְּנוֹ שֶׁל זֶה. וִימֵי עִיבּוּרוֹ שֶׁל נָחָשׁ אֵינוֹ שָׁוֶה לֹא לְשֶׁרֶץ וּבְהֵמָה וְחַיָּה כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק דִּבְכוֹרוֹת (דַּף ח.) שׁוּעָל וְכָל מִינֵי שְׁרָצִים לְשִׁשָּׁה חֳדָשִׁים וְנָחָשׁ לְשֶׁבַע שָׁנִים וְאָמְרִינַן הָתָם וּלְאוֹתוֹ רָשָׁע נָחָשׁ לֹא מָצִינוּ חָבֵר וְהֵיאַךְ יָצָא אוֹתוֹ עָרוֹד מַצָּב וּמְנַחֵשׁ:
Et nourrissent — allaitent l'un le petit de l'autre. Or les jours de gestation du serpent ne sont identiques ni au grouillant, ni à la bête domestique, ni à la bête sauvage, comme nous disons au premier chapitre de Bekhorot (8a) : le renard et toutes les espèces de grouillants [enfantent] à six mois, et le serpent à sept ans ; et nous disons là-bas : à ce méchant [le serpent du jardin d'Éden] nous n'avons pas trouvé de compagnon. Comment donc cet arvod est-il sorti du tzav et du serpent ?
💡 Explication

Objection : le Maître a enseigné que seuls les animaux dont l'accouplement et la gestation sont identiques peuvent engendrer et élever ensemble ; ceux dont ces conditions diffèrent ne le peuvent pas. Or la gestation du serpent (sept ans) diffère de celle du tzav — comment un arvod a-t-il pu naître de leur union ?

19
אָמַר רַב: נֵס בְּתוֹךְ נֵס! הַאי פֻּורְעָנוּתָא הוּא? מַאי נֵס בְּתוֹךְ נֵס – לְפוּרְעָנוּת.

Rav a dit : un miracle dans un miracle ! [La Guemara objecte :] mais c'est un châtiment [un malheur] !

Que [signifie] 'un miracle dans un miracle' ? — pour [accomplir] le châtiment.

📜 Rachi (1)
נֵס בְּתוֹךְ נֵס לְפֻורְעָנוּת כְּדֵי לִיפָּרַע מִן הָרְשָׁעִים:
Un miracle dans un miracle, pour le châtiment — afin de châtier les méchants.
💡 Explication

Rav répond : ce fut un miracle dans un miracle qu'ils aient pu engendrer [malgré la différence de gestation]. Objection : en quoi est-ce un miracle, puisque c'est un malheur (la naissance d'un arvod) ? Réponse : 'miracle dans un miracle' signifie ici un prodige destiné au châtiment des méchants.

20
מַתְנִי׳ הָאֵבֶר וְהַבָּשָׂר הַמְדֻולְדָּלִין בִּבְהֵמָה, מְטַמְּאִין טֻומְאַת אֳכָלִין בִּמְקוֹמָן, וּצְרִיכִין הֶכְשֵׁר.

MICHNA. Le membre et la chair qui pendent (meduldalin) d'une bête rendent impurs de l'impureté des aliments là où ils sont (be-mekoman), et requièrent le hekhcher.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' הַמְדֻולְדָּלִין בִּבְהֵמָה נִתְלַשׁ מִמֶּנָּה אֵבֶר בָּשָׂר גִּידִים וַעֲצָמוֹת אוֹ נִתְלַשׁ מִמֶּנָּה בָּשָׂר לְבַדּוֹ וַעֲדַייִן הֵן מְעוֹרִים בָּהּ בְּמִקְצָת. וְיֵשׁ הֶפְרֵשׁ בֵּין אֵבֶר מִן הַחַי לְבָשָׂר מִן הַחַי שֶׁהָאֵבֶר מְטַמֵּא אָדָם וְכֵלִים כִּנְבֵלָה וְהַבָּשָׂר שֶׁאֵינוֹ אֵבֶר טָהוֹר מִכְּלוּם כִּדְיָלְפִינַן לְקַמָּן בְּפִירְקִין (חוֹלִין דַּף קכח:):
MICHNA. Qui pendent d'une bête — il s'est arraché d'elle un membre [fait de] chair, de tendons et d'os, ou il s'est arraché d'elle de la chair seule, et ils [sont] encore reliés à elle en partie. Et il y a une différence entre un membre [pris] du vivant et de la chair [prise] du vivant : car le membre rend impurs l'homme et les ustensiles comme une charogne, tandis que la chair qui n'est pas un membre est pure de tout, comme nous le dérivons plus loin dans ce chapitre (Houlin 128b).
בִּמְקוֹמָן אע"פ שֶׁהֵן מְחֻובָּרִין אִם חִישֵּׁב עֲלֵיהֶן לְהַאֲכִילָן לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָוֵי אֹוכֶל לְקַבֵּל טֻומְאָה וּלְטַמֵּא אֲחֵרִים דְּטֻומְאַת עַצְמָן אֵין בָּהֶן עַד שֶׁיִּתָּלְשׁוּ כֻּולָּן כִּדְיָלְפִינַן בַּגְּמָרָא אֲבָל מְקַבְּלִים טֻומְאָה מִן הַשֶּׁרֶץ וּמְטַמְּאִין בָּהּ אֶת אֲחֵרִים:
Là où ils sont — bien qu'ils soient attachés, si l'on a pensé à les donner à manger à un idolâtre, [c'est] un aliment apte à recevoir l'impureté et à rendre les autres impurs ; car d'impureté propre, ils n'en ont pas jusqu'à ce qu'ils soient entièrement arrachés, comme nous le dérivons dans la Guemara ; mais ils reçoivent l'impureté du grouillant et rendent par elle les autres impurs.
וּצְרִיכִין הֶכְשֵׁר לָבֹא בְּמַיִם פַּעַם אַחַת לְאַחַר שֶׁנִּדַּלְדְּלוּ וְשׁוּב מְקַבְּלִים טֻומְאָה עוֹלָמִית. וְלֵיכָּא לְמֵימַר בְּהַאי אֵבֶר שֶׁסּוֹפוֹ לְטַמֵּא טֻומְאָה חֲמוּרָה דְּאֵינוֹ מְטַמֵּא טֻומְאַת אֵבֶר מִן הַחַי עַד שֶׁיָּמוּת וְשֶׁמָּא לֹא יָבֹא לִידֵי טֻומְאָה חֲמוּרָה דְּשֶׁמָּא יִשְׁחָטֶנָּה וְאֵין שְׁחִיטָה עוֹשָׂה נִיפּוּל:
Et requièrent le hekhcher — [à savoir] de venir au contact de l'eau une fois après qu'ils ont pendu, et dès lors ils reçoivent l'impureté pour toujours. Et l'on ne peut dire de ce membre que sa fin [est] de rendre impur d'une impureté grave [le dispensant du hekhcher], car il ne rend pas impur de l'impureté du membre [pris] du vivant jusqu'à ce qu'[elle] meure ; et peut-être ne viendra-t-il pas à l'impureté grave, car peut-être l'abattra-t-on, et l'abattage ne fait pas [de la bête] une 'tombée' (nefel).
💡 Explication

Michna. Un membre (avec chair, tendons et os) ou de la chair seule, partiellement arrachés mais encore rattachés à la bête vivante (meduldalin), n'ont pas le statut de membre d'un vivant (qui rendrait impur comme une charogne) ni de chair d'un vivant (qui serait pure). Si l'on a pensé à les manger, ils reçoivent l'impureté des aliments là où ils sont [encore attachés] et la transmettent ; mais ils requièrent le hekhcher — le contact avec l'un des sept liquides qui rendent réceptif à l'impureté.

🖼️ Schéma
Mishna : le membre et la chair qui pendent (meduldalin) arrachés en partie mais encore rattachés à la bête vivante Statut PROPRE (en soi) PAS membre d'un vivant (ne rend pas impur comme une charogne) PAS chair d'un vivant impure tant qu'ils restent attachés : pas d'impureté propre (il faut tout détacher) Statut d'ALIMENT si l'on a pensé à les manger : reçoivent l'impureté des aliments là où ils sont (be-mekoman) MAIS hekhcher requis contact avec un des 7 liquides une fois -> impureté pour toujours
Le membre et la chair qui pendent : pas d'impureté propre tant qu'ils tiennent, mais impureté d'aliment si l'on a pensé à les manger, sous condition de hekhcher.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).