Chullin 128a — le membre pendant et la règle du 'manche' (yad) pour l'impureté et l'aptitude

Chullin 128a

Sougya : La sougya poursuit la mahloket de Rabbi Meir et Rabbi Chimon sur le membre pendant (ever medouldal) d'une bête : le corps de la bête fait-il 'manche' (yad) pour ce membre, de sorte qu'il le rende apte à l'impureté (hekhcher) et la lui transmette (toum'a) ? Rabbi Yo'hanan ouvre par 'la position est inversée' (mouhlefet ha-chita), confronte à la braita de Rabbi sur l'égalité du toucher entre le tevoul yom et les autres impuretés ; Rabbi Yochia précise sa pensée.

Puis cinq Amoraim donnent cinq lectures du différend : Rava (manche pour la toum'a, pas pour le hekhcher), Rav Papa (hekhcher antérieur à l'intention, illustré par la graisse et les endives de Rabbi Akiva), Rav Aha fils de Rav Ika (le sang essuyé entre les deux simanim : la chehita va-t-elle du début à la fin ?), et Rav Achi (la chehita rend apte, et non le sang). Enfin trois questions de manche restent en suspens (teikou) : la bête vivante (Rabba), le concombre du pot de fleurs (Abaye selon Rabbi Chimon), et la demi-courge adorée comme idole (Rabbi Yirmeya).

Le membre pendant (ever medouldal) et la règle du 'manche' (yad) le corps de la bête sert-il de 'manche' au membre pour la toum'a (impureté) et pour le hekhcher (aptitude) ? Rabbi Meir Rabbi Chimon Yad / toum'a manche -> OUI (transmet l'impureté) manche -> OUI (transmet l'impureté) Yad / hekhcher manche -> OUI (le corps rend le membre apte à l'impureté) manche -> NON (le membre n'est pas rendu apte par le corps) Conclusion le membre est rendu apte et impur avec le corps le membre n'est pas rendu apte (reste pur)
Le cadre de la mahloket : le corps fait-il manche au membre pendant pour la toum'a et pour le hekhcher, selon R. Meir et R. Chimon.
Les cinq lectures de la mahloket R. Meir / R. Chimon cinq Amoraim, cinq façons d'expliquer pourquoi ils divergent sur le membre pendant 1. Rabbi Yo'hanan la position est inversée (mouhlefet ha-chita) : R. Meir tient en fait 'même si le grand ne monte pas, c'est comme lui' 2. Rava il y a manche pour la toum'a mais pas pour le hekhcher ; ils divergent sur ce principe 3. Rav Papa ils divergent sur le hekhcher antérieur à l'intention (ma'hchava) : graisse abattue avant qu'on la destiné à l'homme 4. Rav Aha fils de Rav Ika le sang fut essuyé entre les deux simanim : la chehita va-t-elle du début à la fin (sang d'abattage) ou seulement à la fin (sang de plaie) ? 5. Rav Achi ils divergent sur 'la chehita rend apte, et non le sang' : le membre interdit n'est pas rendu apte par l'abattage
Les cinq lectures amoraiques du différend (segments 1, 6, 8, 12, 14).
Trois questions de manche laissées en suspens (teikou) Rabba la bête de son vivant (non apte à la toum'a) sert-elle de manche au membre pendant ? teikou Abaye le concombre sorti du pot : la partie pure sert-elle de manche à sa moitié (R. Chimon) ? teikou Rabbi Yirmeya la demi-courge adorée (interdite à la jouissance) : sert-elle de manche à l'autre moitié ? (question ouverte)
Les trois questions de manche laissées en suspens en fin de daf (segments 15, 18, 19).
1
רבי מאיר אומר: אם אוחז בקטן וגדול עולה עמו – הרי הוא כמוהו, ואם לאו – אינו כמוהו.

Rabbi Meir dit : si, lorsqu'on saisit le petit [morceau], le grand monte avec lui — il est comme lui [ne font qu'un] ; et sinon — il n'est pas comme lui. [Or cela contredit son enseignement de la michna, où le membre partiellement séparé fait corps avec la bête même si le grand ne monte pas avec le petit.]

📜 Rachi (2)
הרי הוא כמוהו ואם נגע טבול יום באחד מן השברים פסל את חבירו:
Il est comme lui — et si un tevoul yom (immergé du jour) a touché l'un des morceaux, il a rendu son compagnon passoul (invalide).
ואם לאו חבירו טהור ואע"פ שנוגעין זה בזה אין שלישי עושה רביעי בתרומה. וגבי טבול יום תנינא לה במסכת יומא (דף יט.):
Et sinon — son compagnon [est] pur ; et bien qu'ils se touchent l'un l'autre, un troisième [degré] ne fait pas un quatrième dans la terouma. Et à propos du tevoul yom, nous l'avons appris au traité Yoma (page 19a).
🗂️ Tossefot (1)
רבי מאיר אומר אם אוחז בקטן וגדול עולה עמו ה"ג בספרים ובפי' ר"ת ובמסכת טבול יום (פ"ג מ"א) אינו כן דגרסינן ר"מ אומר אם אוחז בגדול וקטן עולה עמו הרי הוא כמוהו רבי יהודה אומר אם אוחז בקטן וגדול עולה עמו הרי הוא כמוהו ולהך גירסא תימה מאי פריך הכא דר"מ אדר"מ ולא מסתבר לפרש דר' יוחנן דאמר באוחז בקטן ואין גדול עולה עמו אליבא דר"מ לאו דוקא אלא גם הקטן אין עולה עם הגדול דלא משמע הכי:
Rabbi Meir dit : si, lorsqu'on saisit le petit, le grand monte avec lui — ainsi est la version dans les livres et dans le commentaire de Rabbenou Tam. Mais au traité Tevoul Yom (chap. 3 michna 1) ce n'est pas ainsi, car nous y lisons : 'Rabbi Meir dit : si, lorsqu'on saisit le grand, le petit monte avec lui, il est comme lui ; Rabbi Yehouda dit : si, lorsqu'on saisit le petit, le grand monte avec lui, il est comme lui.' Et selon cette version-là, [c'est] étonnant : que demande-t-on ici [de] R. Meir contre R. Meir [puisque la version de la michna y est différente] ? Et il n'est pas plausible d'expliquer que Rabbi Yo'hanan, qui dit '[on tient] le petit et le grand ne monte pas avec lui' selon R. Meir, [parle] non au sens strict, mais [qu']aussi le petit ne monte pas avec le grand — car [le texte] n'implique pas ainsi.
💡 Explication

On confronte deux propos de Rabbi Meir. Ici (traité Tevoul Yom) : deux morceaux ne font 'un' que si, en saisissant le petit, le grand monte avec lui ; sinon ils sont séparés. Mais dans notre michna (sur le membre pendant, ever medouldal), R. Meir tient le membre pour attaché au corps même si le grand ne se soulève pas avec le petit. D'où la contradiction (R. Meir contre R. Meir).

2
ואמר רבי יוחנן: מוחלפת השיטה.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : la position est inversée (mouhlefet ha-chita).

📜 Rachi (1)
מוחלפת השיטה כאן החליף ר"מ שיטתו אבל בעלמא ס"ל אוחז בקטן ואין גדול עולה עמו הרי הוא כמוהו ומדקאמר רבי יוחנן הכי ש"מ דס"ל דבאוחז בקטן ואין גדול עולה עמו קא מיפלגי:
La position est inversée — ici R. Meir a inversé sa position, mais en général il tient '[si] l'on saisit le petit et [que] le grand ne monte pas avec lui, il est comme lui' ; et du fait que Rabbi Yo'hanan parle ainsi, infère-[s'en] qu'il tient [que] c'est sur '[le cas où] l'on saisit le petit et [où] le grand ne monte pas avec lui' qu'ils divergent.
💡 Explication

Résolution de Rabbi Yo'hanan : il faut inverser l'attribution des positions au traité Tevoul Yom. En vérité, R. Meir tient que même si, en soulevant le petit, le grand ne monte pas, c'est encore une seule et même chose. Ainsi R. Yo'hanan explique le différend R. Meir / R. Chimon de la michna comme le faisait Abaye.

3
ומאי קושיא? דילמא שני ליה לרבי מאיר בין טבול יום לשאר טומאות.

Et quelle [est] la difficulté ? Peut-être Rabbi Meir distingue-t-il entre le tevoul yom (immergé du jour) et les autres impuretés !

📜 Rachi (1)
ומהדר הש"ס ומאי קשיא ליה לרבי יוחנן דלמא אע"ג דמיקל ר"מ בטבול יום שהוא טומאה דרבנן מחמיר הוא בטומאה חמורה:
Et le Talmud rapporte [l'objection] : et quelle [est] la difficulté — pour Rabbi Yo'hanan ? Peut-être, bien que R. Meir soit indulgent à propos du tevoul yom, qui est une impureté rabbinique, est-il rigoureux dans une impureté grave !
💡 Explication

Objection à R. Yo'hanan : pourquoi inverser ? Il n'y a peut-être pas de contradiction, car R. Meir peut distinguer entre le tevoul yom — impureté légère, l'homme s'étant déjà immergé et n'attendant que le coucher du soleil — où il est plus indulgent, et les autres impuretés, plus graves, où il est plus rigoureux.

4
תניא, רבי אומר: אחד טבול יום ואחד שאר טומאות.

Il est enseigné [dans une braita], Rabbi [Yehouda ha-Nassi] dit : aussi bien le tevoul yom que les autres impuretés [sont identiques quant au toucher].

📜 Rachi (2)
תניא רבי אומר תירוצא הוא כלומר הא תני רבי דלא שני ליה:
Il est enseigné, Rabbi dit — c'est une réponse, c'est-à-dire : voici que Rabbi enseigne qu'[on] ne distingue pas [entre eux].
אחד טבול יום ואחד שאר טומאות אין חילוק בנגיעתם דהקרויה בשאר טומאות נגיעה הוי בטבול יום נמי נגיעה:
Aussi bien le tevoul yom que les autres impuretés — il n'y a pas de différence dans leur contact, car ce qui est appelé 'contact' dans les autres impuretés est aussi 'contact' pour le tevoul yom.
💡 Explication

Réponse, par une braita : Rabbi enseigne qu'il n'y a aucune distinction de contact entre le tevoul yom et les autres impuretés — ce qui compte comme contact transmetteur pour l'un l'est pour l'autre. Donc R. Meir ne peut distinguer entre eux, et la contradiction subsiste : l'inversion de R. Yo'hanan se justifie.

5
ודילמא, לרבי לא שני ליה, ולרבי מאיר שני ליה?

Et peut-être, pour Rabbi [il n'y a] pas de distinction, mais pour Rabbi Meir [il y a] une distinction ?

📜 Rachi (1)
לדברי רבי דלא שני ליה החליף ר"מ שיטתו דהא כל היכא דהויא נגיעה בטבול יום הויא נגיעה בשאר טומאות והא שמעינן לר"מ דמתניתין דאע"ג דאין גדול עולה עמו חבור הוא:
Selon les paroles de Rabbi [pour qui il n'y a] pas de distinction — R. Meir a inversé sa position, car partout où il y a contact pour le tevoul yom il y a contact pour les autres impuretés ; or nous avons entendu R. Meir, dans la michna, [enseigner] que, bien que le grand ne monte pas avec lui, c'[est] un attachement (hibour).
💡 Explication

Nouvelle objection : la braita de Rabbi ne prouve rien quant à R. Meir. Peut-être Rabbi ne distingue pas entre tevoul yom et autres impuretés, mais R. Meir, lui, distingue — auquel cas il n'y a pas de contradiction chez R. Meir, et l'inversion devient inutile.

6
אמר רבי יאשיה, הכי אמר רבי יוחנן: לדברי רבי מוחלפת השיטה.

Rabbi Yochia a dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan : selon les paroles de Rabbi, la position est inversée.

💡 Explication

Précision de Rabbi Yochia sur l'intention de R. Yo'hanan : l'inversion n'est affirmée que selon Rabbi (pour qui il n'y a pas de distinction entre tevoul yom et autres impuretés). C'est dans ce cadre seulement qu'apparaît la contradiction chez R. Meir, et donc que la position de la michna de Tevoul Yom doit être inversée.

7
רבא אמר: ביש יד לטומאה, ואין יד להכשר, קמיפלגי.

Rava a dit : c'est sur [le principe qu']il y a manche (yad) pour l'impureté (toum'a), et [qu']il n'y a pas de manche pour l'aptitude (hekhcher), qu'ils divergent.

📜 Rachi (1)
רבא אמר ביש יד להכשר כי היכי דילפינן יד לטומאה בריש פרקין (חולין דף קיח.) קמיפלגי ודכ״ע בהמה נעשית יד לאבר:
Rava a dit : c'est sur [le principe qu']il y a manche pour l'aptitude — de même que nous dérivons [l'existence d'un] manche pour l'impureté au début de notre chapitre (Houlin page 118a), c'est [là-dessus] qu'ils divergent ; et de l'avis de tous, la bête fait manche pour le membre.
💡 Explication

Première des lectures amoraiques. Rava : la michna parle du cas où le sang d'abattage a touché le corps de la bête mais non le membre ; tous admettent que la bête fait manche (yad) pour le membre. Ils divergent sur ce principe : le manche vaut-il pour transmettre l'impureté (toum'a) mais non pour rendre apte (hekhcher) — le manche étant alors, pour le hekhcher, un objet à part ?

8
מר סבר יש יד לטומאה ואין יד להכשר, ומר סבר יש יד לטומאה ולהכשר.

Un Maître tient : il y a manche pour l'impureté et il n'y a pas de manche pour l'aptitude ; et un Maître tient : il y a manche pour l'impureté et pour l'aptitude.

💡 Explication

Détail de la mahloket selon Rava. Un Maître (Rabbi Chimon) : il y a manche pour la toum'a, mais pas pour le hekhcher — donc, bien que le corps fasse manche au membre, il ne le rend pas apte à l'impureté. L'autre Maître (Rabbi Meir) : il y a manche et pour la toum'a et pour le hekhcher — donc le corps rend le membre apte à l'impureté.

9
רב פפא אמר: בהכשר קודם מחשבה קמיפלגי.

Rav Papa a dit : c'est sur [le cas de] l'aptitude antérieure à l'intention (hekhcher kodem ma'hchava) qu'ils divergent.

📜 Rachi (1)
בהכשר קודם מחשבה קמיפלגי ודכ"ע יש יד לטומאה ולהכשר אלא ששחטה קודם שחישב להאכילו לעובד כוכבים דקדם הכשר למחשבה ר"ש סבר כיון דבשעת הכשר אכתי לאו בר קבולי טומאה הוא דסתמיה לאו לאכילה קאי שאף לבן נח אסור הוא הכשר נמי לא מקבל:
C'est sur l'aptitude antérieure à l'intention qu'ils divergent — et de l'avis de tous, il y a manche pour l'impureté et pour l'aptitude ; seulement, il l'a abattue avant d'avoir pensé à la donner à manger à un idolâtre, de sorte que l'aptitude a précédé l'intention. Rabbi Chimon tient : puisque, au moment de l'aptitude, [la viande] n'était pas encore apte à recevoir l'impureté — car en son état ordinaire elle ne se destiné pas à la consommation, étant [même] interdite à un fils de Noé — l'aptitude [n']est [donc] pas non plus reçue.
💡 Explication

Lecture de Rav Papa : tous admettent que le manche rend apte ; mais la michna vise un cas où l'abattage a eu lieu avant que le propriétaire ait destiné la viande à la consommation d'un non-Juif. Ils divergent sur la question : une chose peut-elle être rendue apte avant l'intention (ma'hchava) de l'employer comme aliment ? Pour R. Chimon, non (le contact eut lieu avant l'intention) ; pour R. Meir, l'aptitude prend effet et vaut une fois la pensée survenue.

10
דתנן, אמר רבי יהודה: כך היה רבי עקיבא שונה – חלב שחוטה בכפרים צריך מחשבה, ואין צריך הכשר, שכבר הוכשר בשחיטה.

Comme nous l'avons appris : Rabbi Yehouda a dit : ainsi enseignait Rabbi Akiva — la graisse (helev) d'une [bête] abattue dans les villages requiert l'intention (ma'hchava) et ne requiert pas l'aptitude (hekhcher), car elle a déjà été rendue apte par l'abattage (chehita).

📜 Rachi (2)
חלב אין דרכו לאוכלו בכפרים מפני שהעם מועט ויש להם בשר הרבה לצורך סיפוקן אבל בכרכים העם מרובה ואין להם בשר לכל הצורך אוכלין אותו ע"י הדחק. א"נ משום הכי אין דרכן לאוכלו בכפרים משום דעניים הם אבל בני כרכים שהם עשירים אוכלין אותו:
La graisse — il n'est pas d'usage de la manger dans les villages, parce que la population [y] est peu nombreuse et qu'ils ont de la viande en abondance pour leurs besoins ; mais dans les grandes villes, la population [est] nombreuse et ils n'ont pas de viande pour tout le besoin, [aussi] la mangent-ils à la rigueur. Autre version : la raison pour laquelle il n'est pas d'usage de la manger dans les villages, [c'est] parce qu'ils sont pauvres, mais les gens des grandes villes, qui sont riches, la mangent.
הוכשר בשחיטה ואע"ג דקדם הכשר למחשבה:
Elle a été rendue apte par l'abattage — et bien que l'aptitude ait précédé l'intention.
💡 Explication

Source de la mahloket de Rav Papa. Selon le premier enseignement de Rabbi Akiva : la graisse (helev, interdite à la consommation) d'une bête abattue dans les villages — où la population est rare et la viande abondante, donc on ne la mange d'ordinaire pas — requiert une intention de consommation pour devenir apte à l'impureté, mais ne requiert pas de contact liquide : elle a déjà été rendue apte par le sang de l'abattage, bien que ce contact ait précédé l'intention.

11
אמרתי לפניו: למדתנו רבינו, עולשין שלקטן והדיחן לבהמה, ונמלך עליהן לאדם – צריכות הכשר שני. וחזר רבי עקיבא להיות שונה כרבי יהודה.

J'ai dit devant lui : tu nous as enseigné, notre maître, [que] des endives (oulchin) qu'on a cueillies et rincées pour [nourrir] une bête, et [au sujet desquelles] on s'est ravisé [pour les destiner] à l'homme — requièrent une seconde aptitude (hekhcher cheni). Et Rabbi Akiva revint à enseigner comme Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (2)
עולשים עשב שקורין קרשפיל"א:
Des endives — une herbe qu'on appelle [en vernaculaire].
שלקטן לבהמה והוכשרו ואח"כ נמלך עליהם לאדם צריכין הכשר שני מפני שקדם הכשר למחשבה ור"מ סבר לה כי היכי דא"ר עקיבא מעיקרא מאכל בהמה אינו מקבל טומאה:
Qu'on a cueillies — pour une bête, et [qui] ont été rendues aptes, puis [au sujet desquelles] on s'est ravisé [pour les destiner] à l'homme, [elles] requièrent une seconde aptitude, parce que l'aptitude a précédé l'intention ; et R. Meir tient comme ce que R. Akiva disait au départ : un aliment [destiné] à une bête ne reçoit pas l'impureté.
💡 Explication

Objection de Rabbi Yehouda à Rabbi Akiva : tu nous as enseigné que des endives cueillies et rincées pour une bête, puis destinées finalement à l'homme, requièrent un second contact liquide (hekhcher cheni), car un aliment destiné aux bêtes ne contracte pas l'impureté — preuve que l'aptitude doit suivre l'intention. Rabbi Akiva se rétracta et enseigna désormais comme R. Yehouda : l'aptitude antérieure à l'intention ne vaut pas.

12
מר סבר לה כמעיקרא, ומר סבר לה כחזרה.

Un Maître tient comme [l'enseignement] premier, et un Maître tient comme la rétractation.

💡 Explication

Conclusion de Rav Papa : R. Meir et R. Chimon divergent à la manière des deux états de l'enseignement de Rabbi Akiva. R. Meir tient comme l'enseignement premier (l'aptitude antérieure à l'intention vaut), R. Chimon comme la rétractation (elle ne vaut pas).

13
רב אחא בריה דרב איקא אמר: בנתקנח הדם בין סימן לסימן קמיפלגי.

Rav Aha fils de Rav Ika a dit : c'est sur [le cas où] le sang a été essuyé entre un siman et [l'autre] siman qu'ils divergent.

📜 Rachi (1)
בנתקנח הדם כו' ודכ"ע אין יד להכשר אבל יש יד לטומאה ופלוגתייהו בשניתז הדם על האבר וקינחו בין סימן לסימן:
[Le cas où] le sang a été essuyé etc. — et de l'avis de tous, il n'y a pas de manche pour l'aptitude, mais il y a manche pour l'impureté ; et leur différend [porte] sur [le cas] où le sang a jailli sur le membre et [où] on l'a essuyé entre un siman et [l'autre] siman.
💡 Explication

Lecture de Rav Aha fils de Rav Ika : la michna vise le cas où le sang d'abattage (qui rend apte) à touché le membre pendant ; tous admettent qu'il n'y a pas de manche pour le hekhcher, mais qu'il y a manche pour la toum'a. Ils divergent sur le cas où le sang fut essuyé entre la coupe du premier siman et celle du second (la trachée et l'oesophage).

14
מר סבר ישנה לשחיטה מתחלה ועד סוף, והאי דם שחיטה הוא, ומר סבר אינה לשחיטה אלא לסוף, והאי דם מכה הוא.

Un Maître tient : la chehita [existe] du début jusqu'à la fin, et ce sang est du sang d'abattage (dam chehita) ; et un Maître tient : la chehita n'[existe] qu'à la fin, et ce sang est du sang de plaie (dam maka).

📜 Rachi (1)
דם מכה אינו מכשיר דם חללים קרוי משקה ולא דם מכה:
Du sang de plaie — il ne rend pas apte ; [c'est] le sang des [bêtes] mortes (dam halalim) qui est appelé 'liquide', et non le sang de plaie.
💡 Explication

Le cœur du différend selon Rav Aha. Un Maître (R. Meir) : la chehita se définit du début à la fin de son exécution, donc le sang qui a jailli [dès le premier siman] est du sang d'abattage (qui rend apte). L'autre Maître (R. Chimon) : la chehita ne se définit qu'à sa fin, donc ce sang [du premier siman] n'est que du sang de plaie (dam maka), qui ne rend pas apte.

15
רב אשי אמר: בשחיטה מכשרת ולא דם קמיפלגי.

Rav Achi a dit : c'est sur [le principe que] la chehita rend apte, et non le sang, qu'ils divergent.

📜 Rachi (1)
רב אשי אמר דכ"ע אית יד להכשר והאי אבר אית ליה יד דבהמה נעשית יד לאבר א"נ ס"ל אוחז בקטן ואין גדול עולה עמו הרי הוא כמוהו וכשניתז הדם על האבר ולא נתקנח קא מיפלגי ר"מ סבר דם מכשיר והרי הוכשר ור"ש לטעמיה דאמר בפרק שני (לעיל חולין לו.) שחיטה מכשרת ולא דם והאי אבר כיון דלא מהניא ליה שחיטה להתירו באכילה אע"ג דמהניא ליה לטהוריה מידי נבלה לא מכשרה ליה לטומאה דטעמא דשחיטה מכשרת היינו משום דכיון דמשויא ליה אוכלא לענין היתר אכילה משויא ליה נמי אוכלא לענין טומאה והכא ליכא למימר הכי:
Rav Achi a dit — de l'avis de tous, il y a manche pour l'aptitude, et ce membre a un manche, car la bête fait manche pour le membre ; ou bien il tient '[si] l'on saisit le petit et [que] le grand ne monte pas avec lui, il est comme lui' ; et [c'est] lorsque le sang a jailli sur le membre et [qu']il n'a pas été essuyé qu'ils divergent. R. Meir tient : le sang rend apte, et voici qu'[il] a été rendu apte. Et R. Chimon [reste fidèle] à son principe, lui qui dit au chapitre 2 (plus haut, Houlin 36a) : la chehita rend apte, et non le sang ; et ce membre, puisque l'abattage ne lui sert pas à le rendre permis à la consommation — bien qu'il lui serve à le purifier du statut de nevela (charogne) — ne le rend pas apte à l'impureté ; car la raison pour laquelle la chehita rend apte, c'est que, dès lors qu'elle en fait un aliment quant à la permission de [le] manger, elle en fait aussi un aliment quant à l'impureté ; et ici il n'y a pas lieu de le dire.
💡 Explication

Dernière lecture, celle de Rav Achi : le sang d'abattage a bien touché le membre, mais ils divergent sur le principe que c'est la chehita elle-même qui rend apte, et non le sang. Pour R. Chimon, le sang d'abattage n'est pas un liquide qui rend apte, mais la chehita rend apte car elle prépare la chair à la consommation — or le membre pendant, restant interdit, n'est pas préparé par l'abattage, donc non rendu apte. Pour R. Meir, le sang d'abattage est un liquide qui rend apte, donc le membre est rendu apte.

16
בעי רבה: בהמה בחייה, מהו שתעשה יד לאבר? תיקו.

Rabba a demandé : la bête de son vivant (be-hayéha), qu'en est-il [de la possibilité] qu'elle fasse manche pour le membre ? [La question] demeure (teikou).

📜 Rachi (1)
בעי רבה כו' רבה אוקים פלוגתייהו לעיל בבהמה נעשית יד לאבר בעי רבה לר"מ דאמר בהמה נעשית יד לאבר בשחיטה לענין הכשר בחייה מהו שתעשה יד להכניס ולהוציא טומאה היכא דהוכשר במים לאחר דלדולו דאמרינן במתניתין דמקבלין טומאה במקומן ואם נגע טומאה בבהמה מהו שתעשה יד להביא טומאה לאבר מי אמרינן כיון דבעלי חיים לא מקבלי טומאה יד נמי לא הוו או דילמא נהי דאיהי גופה טהורה יד לאבר מיהא הויא כי היכי דאמרינן גבי עצם דבשר ואוכל עליו שהוא יד לבשר להכניס ולהוציא טומאה אע"פ שאין עצם בלא בשר מקבל טומאה:
Rabba a demandé etc. — Rabba a établi plus haut leur différend [sur le point de savoir si] la bête fait manche pour le membre. Rabba demande, selon R. Meir qui dit [que] la bête fait manche pour le membre par l'abattage quant à l'aptitude : de son vivant, qu'en est-il [de la possibilité] qu'elle fasse manche pour faire entrer et sortir l'impureté, là où [le membre] a été rendu apte par [contact avec] de l'eau après son ballottement — car nous disons dans la michna [qu'un tel membre] reçoit l'impureté à sa place — et [que] l'impureté a touché la bête : fait-elle manche pour amener l'impureté au membre ? Disons-nous [que], puisque les êtres vivants ne reçoivent pas l'impureté, [le corps] ne fait pas non plus manche ? Ou peut-être, quoique [la bête] elle-même [soit] pure, fait-elle du moins manche pour le membre, de même que nous disons à propos d'un os portant chair et aliment [qu']il est manche pour la chair, pour faire entrer et sortir l'impureté, bien qu'un os sans chair ne reçoive pas l'impureté ?
🗂️ Tossefot (1)
בהמה בחייה מהו שתעשה יד לאבר תימה מאי מבעיא ליה אי משום דבהמה בחייה לאו בת קבולי טומאה היא כל ידות שבעולם נמי לא מקבלי טומאה אלא שמכניסות ומוציאות טומאה וי"ל דלא דמי לשאר ידות דמאי דלא מקבלי טומאה משום שאינן אוכל אבל בעלי חיים כי נמי הוי אוכל כגון בן פקועה איכא למ"ד פרק בהמה המקשה (לעיל חולין דף עה.) דלא מקבל טומאה:
La bête de son vivant, qu'en est-il [de la possibilité] qu'elle fasse manche pour le membre — [c'est] étonnant : que demande-t-il ? Si [c'est] parce que la bête de son vivant n'est pas apte à recevoir l'impureté — [mais] tous les manches du monde ne reçoivent pas non plus l'impureté, [et] pourtant ils font entrer et sortir l'impureté ! Et l'on peut dire [que] cela ne ressemble pas aux autres manches : car ceux-là ne reçoivent pas l'impureté parce qu'ils ne sont pas un aliment, tandis que les êtres vivants, même quand ils sont un aliment — comme le ben pekoua (foetus trouvé vivant) — il y a un avis, au chapitre Behema ha-Makcha (plus haut, Houlin 75a), [selon lequel] il ne reçoit pas l'impureté.
💡 Explication

Première des trois questions ouvertes. Rabba (qui plus haut, 127b, expliquait le différend par la question du manche) interroge selon R. Meir : si la bête, vivante, touche une source d'impureté — elle-même n'est pas susceptible d'impureté (étant vivante), mais son membre pendant l'est, comme aliment — le corps vivant fait-il manche pour transmettre l'impureté au membre ? Teikou : non tranché.

17
אמר אביי: הרי אמרו, קישות שנטעה בעציץ והגדילה ויצאת חוץ לעציץ – טהורה.

Abaye a dit : voici qu'ils [les Sages] ont dit : un concombre (kichout) qu'on a planté dans un pot de fleurs (atsits), [qui] a grandi et est sorti hors du pot — [il est] pur (tahor).

📜 Rachi (1)
קישות שנטעה בעציץ שאינו נקוב כתלושה דמיא ומקבלת טומאה כשאר אוכלין או אם היתה טמאה הרי היא בטומאתה ואם הגדילה ויצאה נופה לחוץ ונוטה על הארץ ויונק מריח הארץ דרך אויר כמחובר דמיא וטהרה כל הקישות שבעציץ לפי שחוזרים ויונקין מן הנוף הנוטה חוץ לעציץ:
Un concombre qu'on a planté dans un pot de fleurs — [un pot] non percé : [le concombre] est comme détaché et reçoit l'impureté comme les autres aliments ; ou bien, s'il était impur, le voici dans son impureté. Et s'il a grandi et que son feuillage est sorti au-dehors et surplombe la terre, et [qu']il aspire l'odeur de la terre par l'air, [il est] comme attaché, et tout le concombre [qui est] dans le pot devient pur, parce qu'ils [ré]aspirent du feuillage incliné hors du pot.
🗂️ Tossefot (1)
קישות שנטעה בעציץ והגדילה ויצאה חוץ לעציץ טהורה ואע"ג דאמר בפרק המביא גט (גיטין כב. ע"ש) אילן בארץ ונופו נוטה בחוצה לארץ בתר עיקרו אזלינן התם מרובה יניקתו במקום העיקר אבל עיקרו בעציץ אין יניקת השרשים מרובה ואין הנופות יונקות מן העציץ:
Un concombre qu'on a planté dans un pot de fleurs, [qui] a grandi et est sorti hors du pot, [il est] pur — et bien qu'on dise au chapitre Ha-Mevi Get (Guitin 22a, voir là-bas) [qu'un] arbre [enraciné] dans le pays (Terre d'Israël) dont le feuillage s'incline hors du pays, nous suivons sa racine (son tronc) — là-bas son aspiration est abondante à l'endroit de la racine, mais [quand] sa racine [est] dans un pot, l'aspiration des racines n'est pas abondante, et les feuillages [n']aspirent [donc plus] du pot.
💡 Explication

Question parallèle d'Abaye, tirée d'une michna (Oktsin). Un concombre impur planté dans un pot de fleurs non percé est tenu pour détaché du sol, donc susceptible d'impureté comme aliment ; mais s'il grandit et sort hors du pot, surplombant le sol, le concombre entier est tenu pour attaché au sol et devient pur.

18
אמר רבי שמעון: וכי מה טיבה לטהר? אלא הטמא בטומאתו, וטהור בטהרתו.

Rabbi Chimon a dit : et qu'a-t-elle [de propre] pour devenir pure ? Plutôt, l'impur [reste] dans son impureté, et le pur dans sa pureté.

📜 Rachi (2)
הטמא בטומאתו מה שבתוך העציץ מקבל טומאה לפי שהוא כתלוש:
L'impur [reste] dans son impureté — ce qui est dans le pot reçoit l'impureté, parce qu'il est comme détaché.
והטהור הנוף שיצא לחוץ ויונקת מריח הארץ דרך אויר כמחובר וטהורה:
Et le pur — le feuillage qui est sorti au-dehors et aspire l'odeur de la terre par l'air [est] comme attaché, et [donc] pur.
🗂️ Tossefot (1)
אלא הטמא בטומאתו והטהור בטהרתו ואע"ג דבעציץ נקוב אמרינן בהמצניע (שבת צה:) דלרבי שמעון הוי כמחובר לענין הכשר זרעים ומסתמא הוא הדין לענין טומאה התם ע"י הנקב הוי כמחובר אבל הכא ע"י מה שיוצא לחוץ לא יהא מה שבפנים כמחובר:
Plutôt, l'impur [reste] dans son impureté et le pur dans sa pureté — et bien que, [s'agissant] d'un pot percé, nous disions au chapitre Ha-Matsnia (Chabbat 95b) que, pour Rabbi Chimon, [le contenu est] comme attaché quant à l'aptitude des semences — et vraisemblablement il en va de même quant à l'impureté — là-bas [c'est] par le trou [qu'il est] comme attaché, mais ici, par ce qui sort au-dehors, ce qui est à l'intérieur ne sera pas comme attaché.
💡 Explication

Réserve de Rabbi Chimon sur cette michna : pourquoi tout le concombre deviendrait-il pur ? Plutôt, distinguons : la partie qui est dans le pot reste impure (comme détachée), et la partie qui est hors du pot reste pure (comme attachée au sol). Le même corps porte donc deux statuts.

19
בעי אביי: מהו שתעשה יד לחברתה? תיקו.

Abaye a demandé : [la partie pure] qu'en est-il [de la possibilité] qu'elle fasse manche pour sa compagne [la partie impure] ? [La question] demeure (teikou).

📜 Rachi (1)
לר"ש מהו שיעשה נוף הטהור יד לקישות להביא לה טומאה:
Selon R. Chimon, qu'en est-il [de la possibilité] que le feuillage pur fasse manche pour le concombre [afin] de lui amener l'impureté.
💡 Explication

Sur cette michna, Abaye pose une question selon R. Chimon : si la partie du concombre hors du pot (la partie pure) touche une source d'impureté, fait-elle manche pour sa compagne (la partie impure dans le pot) et lui transmet-elle l'impureté ? Teikou : non tranché.

20
אמר רבי ירמיה: הרי אמרו המשתחוה לחצי דלעת אסרה, בעי רבי ירמיה:

Rabbi Yirmeya a dit : voici qu'ils [les Sages] ont dit : celui qui se prosterne devant une demi-courge (hatsi delaat) l'a [rendue] interdite [à la jouissance] ; Rabbi Yirmeya a demandé :

📜 Rachi (1)
המשתחוה לחצי דלעת אסרה בהנאה משום עבודה זרה ולר"ש איסורי הנאה אין מטמאין טומאת אוכלין דנפקא ליה לקמן (חולין דף קכט.) מכל האוכל אשר יאכל דבעינן שאתה יכול להאכילו לאחרים והא הדלעת איסורי הנאה היא ותו לא מטמא טומאת אוכלין ונהי דטומאה יוצאה לה מגופה דהא עבודה זרה מטמאה כשרץ שנאמר (דברים ז) שקץ תשקצנו ולר"ע מטמאה כנדה שנאמר (ישעיהו ל) תזרם כמו דוה מיהו ההיא טומאה דרבנן היא כדאמרינן בפרק ר"ע (שבת דף פג:) וקרא אסמכתא בעלמא הוא:
Celui qui se prosterne devant une demi-courge l'a [rendue] interdite — à la jouissance, à cause [du statut d']avoda zara (idolâtrie). Et selon R. Chimon, les choses interdites à la jouissance ne contractent pas l'impureté alimentaire — il le dérive plus loin (Houlin 129a) de '[de] tout aliment qui se mange' (Lev 11:34), [car] nous requérons que tu puisses le donner à manger à autrui ; or cette courge [est] interdite à la jouissance, et donc elle ne contracte pas [non plus] l'impureté alimentaire. Et quoique l'impureté sorte d'elle-même — car l'avoda zara rend impur comme un cherets (reptile), ainsi qu'il est dit (Deut 7) 'tu l'auras en abomination (chakets techaktsénou)', et pour R. Akiva elle rend impur comme une nidda (femme menstruée), ainsi qu'il est dit (Isaie 30) 'tu les disperseras (tizrem) comme [un linge] souillé (dava)' — néanmoins cette impureté[-là] est rabbinique, comme nous le disons au chapitre Rabbi Akiva (Chabbat 83b), et le verset n'est qu'un simple appui (asmakhta).
🗂️ Tossefot (1)
הרי אמרו המשתחוה לחצי דלעת אסרה בעי רבי זירא מהו שתעשה יד לחברתה לפי' שני שבקונטרס דמבעיא ליה אי הויא חציה שלא השתחוה לה יד להוציא טומאה או לא כלום נעשה יד אוכל לאוכל אחר או לא תימה דבכולה שמעתין מוכח דאוכל נעשה יד לאוכל לקמן כוליא של נבלה בחלבה נעשה החלב יד לכוליא ולעיל נמי לא פליגי אלא בבהמה אם נעשית יד לאבר משום שהבהמה דבר גדול ואינה ראויה להיות יד אבל אם היו שוין הבהמה והאבר הויא יד לכ"ע ועוד אמאי נקט דלעת ליבעי בשתי חתיכות בשר המדובקין בעור ונטמאה אחת מהן בשרץ ואין לומר נמי דבדלעת מחוברת איירי והחצי טמא מידי דהוה אאשרה וקא מבעיא ליה אי הוי יד אידך להוציא טומאה כיון שהוא מחובר כדמבעיא ליה בקישות שנטעה בעציץ דאכתי אמאי נקט דלעת לימא המשתחוה לחצי אילן ונראה כלשון ראשון שפירש בקונטרס דבעי אם נגע שרץ בחצי שהשתחוה אם נעשית יד לחצי האחר הואיל ואין ראוי לקבל טומאה לר"ש דאמר אוכל שאין יכול להאכילו לאחרים אינו אוכל ולא דמי לשאר ידות דהתם אין מקבלות טומאה לפי שאינן ראויות לאכילה ועץ בעלמא הן אבל הכא אוכל גמור הוא אבל דבר אחר גורם לו שאין ראוי להאכילו לאחרים כדפרישית לעיל גבי בהמה בחייה מהו כו':
Voici qu'ils ont dit : celui qui se prosterne devant une demi-courge l'a [rendue] interdite ; Rabbi Zira a demandé : qu'en est-il [de la possibilité] qu'elle fasse manche pour sa compagne — selon la seconde explication du commentaire [de Rachi], [à savoir] qu'il demande si la moitié devant laquelle il ne s'est pas prosterné fait manche pour faire sortir l'impureté ou non — [à savoir] si un aliment devient manche pour un autre aliment ou non — [c'est] étonnant, car dans toute notre sougya il ressort qu'un aliment devient manche pour un aliment : plus loin, [pour] le rognon (koulya) d'une nevela [enrobé] dans sa graisse, la graisse devient manche pour le rognon ; et plus haut aussi, ils ne divergeaient que sur la bête, [pour savoir] si elle fait manche pour le membre, parce que la bête [est] une grande chose et n'est pas apte à être manche, mais si la bête et le membre étaient égaux, [le corps] ferait manche de l'avis de tous. Et de plus, pourquoi a-t-il pris une courge ? qu'il demande [le cas de] deux morceaux de viande collés par la peau, dont l'un a été rendu impur par un cherets ! Et l'on ne peut pas dire non plus qu'il s'agit d'une courge attachée [au sol], dont la moitié [est] impure — à l'instar d'une achera (arbre adoré) — et qu'il demande si l'autre fait manche pour faire sortir l'impureté, puisqu'elle est attachée, comme il le demande pour le concombre planté dans un pot ; car alors, pourquoi prendre encore une courge ? qu'il dise 'celui qui se prosterne devant un demi-arbre' ! Et il paraît [juste, donc, de retenir] la première explication qu'a donnée le commentaire [de Rachi], à savoir qu'il demande : si un cherets a touché la moitié devant laquelle il s'est prosterné, fait-elle manche pour l'autre moitié, puisqu'elle n'est pas apte à recevoir l'impureté selon R. Chimon, qui dit [qu']un aliment qu'on ne peut donner à manger à autrui n'est pas un aliment ? Et cela ne ressemble pas aux autres manches : car là-bas ils ne reçoivent pas l'impureté parce qu'ils ne sont pas aptes à la consommation et ne sont que du bois ordinaire, tandis qu'ici c'[est] un aliment véritable, mais [c'est] une autre cause qui fait qu'il n'est pas apte à être donné à manger à autrui, comme je l'ai expliqué plus haut à propos de 'la bête de son vivant, qu'en est-il', etc.
💡 Explication

Troisième question, posée par Rabbi Yirmeya selon R. Chimon. Les Sages ont dit que celui qui se prosterne devant une demi-courge (l'adorant comme idole) la rend interdite à la jouissance (avoda zara) — l'autre moitié restant permise. Sur quoi Rabbi Yirmeya pose son dilemme [poursuivi au daf suivant] : la moitié adorée, devenue interdite (et donc, pour R. Chimon, inapte à l'impureté des aliments), fait-elle malgré tout manche pour l'autre moitié ?

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).