Sougya : La sougya poursuit la mahloket de Rabbi Meir et Rabbi Chimon sur le membre pendant (ever medouldal) d'une bête : le corps de la bête fait-il 'manche' (yad) pour ce membre, de sorte qu'il le rende apte à l'impureté (hekhcher) et la lui transmette (toum'a) ? Rabbi Yo'hanan ouvre par 'la position est inversée' (mouhlefet ha-chita), confronte à la braita de Rabbi sur l'égalité du toucher entre le tevoul yom et les autres impuretés ; Rabbi Yochia précise sa pensée.
Puis cinq Amoraim donnent cinq lectures du différend : Rava (manche pour la toum'a, pas pour le hekhcher), Rav Papa (hekhcher antérieur à l'intention, illustré par la graisse et les endives de Rabbi Akiva), Rav Aha fils de Rav Ika (le sang essuyé entre les deux simanim : la chehita va-t-elle du début à la fin ?), et Rav Achi (la chehita rend apte, et non le sang). Enfin trois questions de manche restent en suspens (teikou) : la bête vivante (Rabba), le concombre du pot de fleurs (Abaye selon Rabbi Chimon), et la demi-courge adorée comme idole (Rabbi Yirmeya).
Rabbi Meir dit : si, lorsqu'on saisit le petit [morceau], le grand monte avec lui — il est comme lui [ne font qu'un] ; et sinon — il n'est pas comme lui. [Or cela contredit son enseignement de la michna, où le membre partiellement séparé fait corps avec la bête même si le grand ne monte pas avec le petit.]
On confronte deux propos de Rabbi Meir. Ici (traité Tevoul Yom) : deux morceaux ne font 'un' que si, en saisissant le petit, le grand monte avec lui ; sinon ils sont séparés. Mais dans notre michna (sur le membre pendant, ever medouldal), R. Meir tient le membre pour attaché au corps même si le grand ne se soulève pas avec le petit. D'où la contradiction (R. Meir contre R. Meir).
Et Rabbi Yo'hanan a dit : la position est inversée (mouhlefet ha-chita).
Résolution de Rabbi Yo'hanan : il faut inverser l'attribution des positions au traité Tevoul Yom. En vérité, R. Meir tient que même si, en soulevant le petit, le grand ne monte pas, c'est encore une seule et même chose. Ainsi R. Yo'hanan explique le différend R. Meir / R. Chimon de la michna comme le faisait Abaye.
Et quelle [est] la difficulté ? Peut-être Rabbi Meir distingue-t-il entre le tevoul yom (immergé du jour) et les autres impuretés !
Objection à R. Yo'hanan : pourquoi inverser ? Il n'y a peut-être pas de contradiction, car R. Meir peut distinguer entre le tevoul yom — impureté légère, l'homme s'étant déjà immergé et n'attendant que le coucher du soleil — où il est plus indulgent, et les autres impuretés, plus graves, où il est plus rigoureux.
Il est enseigné [dans une braita], Rabbi [Yehouda ha-Nassi] dit : aussi bien le tevoul yom que les autres impuretés [sont identiques quant au toucher].
Réponse, par une braita : Rabbi enseigne qu'il n'y a aucune distinction de contact entre le tevoul yom et les autres impuretés — ce qui compte comme contact transmetteur pour l'un l'est pour l'autre. Donc R. Meir ne peut distinguer entre eux, et la contradiction subsiste : l'inversion de R. Yo'hanan se justifie.
Et peut-être, pour Rabbi [il n'y a] pas de distinction, mais pour Rabbi Meir [il y a] une distinction ?
Nouvelle objection : la braita de Rabbi ne prouve rien quant à R. Meir. Peut-être Rabbi ne distingue pas entre tevoul yom et autres impuretés, mais R. Meir, lui, distingue — auquel cas il n'y a pas de contradiction chez R. Meir, et l'inversion devient inutile.
Rabbi Yochia a dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan : selon les paroles de Rabbi, la position est inversée.
Précision de Rabbi Yochia sur l'intention de R. Yo'hanan : l'inversion n'est affirmée que selon Rabbi (pour qui il n'y a pas de distinction entre tevoul yom et autres impuretés). C'est dans ce cadre seulement qu'apparaît la contradiction chez R. Meir, et donc que la position de la michna de Tevoul Yom doit être inversée.
Rava a dit : c'est sur [le principe qu']il y a manche (yad) pour l'impureté (toum'a), et [qu']il n'y a pas de manche pour l'aptitude (hekhcher), qu'ils divergent.
Première des lectures amoraiques. Rava : la michna parle du cas où le sang d'abattage a touché le corps de la bête mais non le membre ; tous admettent que la bête fait manche (yad) pour le membre. Ils divergent sur ce principe : le manche vaut-il pour transmettre l'impureté (toum'a) mais non pour rendre apte (hekhcher) — le manche étant alors, pour le hekhcher, un objet à part ?
Un Maître tient : il y a manche pour l'impureté et il n'y a pas de manche pour l'aptitude ; et un Maître tient : il y a manche pour l'impureté et pour l'aptitude.
Détail de la mahloket selon Rava. Un Maître (Rabbi Chimon) : il y a manche pour la toum'a, mais pas pour le hekhcher — donc, bien que le corps fasse manche au membre, il ne le rend pas apte à l'impureté. L'autre Maître (Rabbi Meir) : il y a manche et pour la toum'a et pour le hekhcher — donc le corps rend le membre apte à l'impureté.
Rav Papa a dit : c'est sur [le cas de] l'aptitude antérieure à l'intention (hekhcher kodem ma'hchava) qu'ils divergent.
Lecture de Rav Papa : tous admettent que le manche rend apte ; mais la michna vise un cas où l'abattage a eu lieu avant que le propriétaire ait destiné la viande à la consommation d'un non-Juif. Ils divergent sur la question : une chose peut-elle être rendue apte avant l'intention (ma'hchava) de l'employer comme aliment ? Pour R. Chimon, non (le contact eut lieu avant l'intention) ; pour R. Meir, l'aptitude prend effet et vaut une fois la pensée survenue.
Comme nous l'avons appris : Rabbi Yehouda a dit : ainsi enseignait Rabbi Akiva — la graisse (helev) d'une [bête] abattue dans les villages requiert l'intention (ma'hchava) et ne requiert pas l'aptitude (hekhcher), car elle a déjà été rendue apte par l'abattage (chehita).
Source de la mahloket de Rav Papa. Selon le premier enseignement de Rabbi Akiva : la graisse (helev, interdite à la consommation) d'une bête abattue dans les villages — où la population est rare et la viande abondante, donc on ne la mange d'ordinaire pas — requiert une intention de consommation pour devenir apte à l'impureté, mais ne requiert pas de contact liquide : elle a déjà été rendue apte par le sang de l'abattage, bien que ce contact ait précédé l'intention.
J'ai dit devant lui : tu nous as enseigné, notre maître, [que] des endives (oulchin) qu'on a cueillies et rincées pour [nourrir] une bête, et [au sujet desquelles] on s'est ravisé [pour les destiner] à l'homme — requièrent une seconde aptitude (hekhcher cheni). Et Rabbi Akiva revint à enseigner comme Rabbi Yehouda.
Objection de Rabbi Yehouda à Rabbi Akiva : tu nous as enseigné que des endives cueillies et rincées pour une bête, puis destinées finalement à l'homme, requièrent un second contact liquide (hekhcher cheni), car un aliment destiné aux bêtes ne contracte pas l'impureté — preuve que l'aptitude doit suivre l'intention. Rabbi Akiva se rétracta et enseigna désormais comme R. Yehouda : l'aptitude antérieure à l'intention ne vaut pas.
Un Maître tient comme [l'enseignement] premier, et un Maître tient comme la rétractation.
Conclusion de Rav Papa : R. Meir et R. Chimon divergent à la manière des deux états de l'enseignement de Rabbi Akiva. R. Meir tient comme l'enseignement premier (l'aptitude antérieure à l'intention vaut), R. Chimon comme la rétractation (elle ne vaut pas).
Rav Aha fils de Rav Ika a dit : c'est sur [le cas où] le sang a été essuyé entre un siman et [l'autre] siman qu'ils divergent.
Lecture de Rav Aha fils de Rav Ika : la michna vise le cas où le sang d'abattage (qui rend apte) à touché le membre pendant ; tous admettent qu'il n'y a pas de manche pour le hekhcher, mais qu'il y a manche pour la toum'a. Ils divergent sur le cas où le sang fut essuyé entre la coupe du premier siman et celle du second (la trachée et l'oesophage).
Un Maître tient : la chehita [existe] du début jusqu'à la fin, et ce sang est du sang d'abattage (dam chehita) ; et un Maître tient : la chehita n'[existe] qu'à la fin, et ce sang est du sang de plaie (dam maka).
Le cœur du différend selon Rav Aha. Un Maître (R. Meir) : la chehita se définit du début à la fin de son exécution, donc le sang qui a jailli [dès le premier siman] est du sang d'abattage (qui rend apte). L'autre Maître (R. Chimon) : la chehita ne se définit qu'à sa fin, donc ce sang [du premier siman] n'est que du sang de plaie (dam maka), qui ne rend pas apte.
Rav Achi a dit : c'est sur [le principe que] la chehita rend apte, et non le sang, qu'ils divergent.
Dernière lecture, celle de Rav Achi : le sang d'abattage a bien touché le membre, mais ils divergent sur le principe que c'est la chehita elle-même qui rend apte, et non le sang. Pour R. Chimon, le sang d'abattage n'est pas un liquide qui rend apte, mais la chehita rend apte car elle prépare la chair à la consommation — or le membre pendant, restant interdit, n'est pas préparé par l'abattage, donc non rendu apte. Pour R. Meir, le sang d'abattage est un liquide qui rend apte, donc le membre est rendu apte.
Rabba a demandé : la bête de son vivant (be-hayéha), qu'en est-il [de la possibilité] qu'elle fasse manche pour le membre ? [La question] demeure (teikou).
Première des trois questions ouvertes. Rabba (qui plus haut, 127b, expliquait le différend par la question du manche) interroge selon R. Meir : si la bête, vivante, touche une source d'impureté — elle-même n'est pas susceptible d'impureté (étant vivante), mais son membre pendant l'est, comme aliment — le corps vivant fait-il manche pour transmettre l'impureté au membre ? Teikou : non tranché.
Abaye a dit : voici qu'ils [les Sages] ont dit : un concombre (kichout) qu'on a planté dans un pot de fleurs (atsits), [qui] a grandi et est sorti hors du pot — [il est] pur (tahor).
Question parallèle d'Abaye, tirée d'une michna (Oktsin). Un concombre impur planté dans un pot de fleurs non percé est tenu pour détaché du sol, donc susceptible d'impureté comme aliment ; mais s'il grandit et sort hors du pot, surplombant le sol, le concombre entier est tenu pour attaché au sol et devient pur.
Rabbi Chimon a dit : et qu'a-t-elle [de propre] pour devenir pure ? Plutôt, l'impur [reste] dans son impureté, et le pur dans sa pureté.
Réserve de Rabbi Chimon sur cette michna : pourquoi tout le concombre deviendrait-il pur ? Plutôt, distinguons : la partie qui est dans le pot reste impure (comme détachée), et la partie qui est hors du pot reste pure (comme attachée au sol). Le même corps porte donc deux statuts.
Abaye a demandé : [la partie pure] qu'en est-il [de la possibilité] qu'elle fasse manche pour sa compagne [la partie impure] ? [La question] demeure (teikou).
Sur cette michna, Abaye pose une question selon R. Chimon : si la partie du concombre hors du pot (la partie pure) touche une source d'impureté, fait-elle manche pour sa compagne (la partie impure dans le pot) et lui transmet-elle l'impureté ? Teikou : non tranché.
Rabbi Yirmeya a dit : voici qu'ils [les Sages] ont dit : celui qui se prosterne devant une demi-courge (hatsi delaat) l'a [rendue] interdite [à la jouissance] ; Rabbi Yirmeya a demandé :
Troisième question, posée par Rabbi Yirmeya selon R. Chimon. Les Sages ont dit que celui qui se prosterne devant une demi-courge (l'adorant comme idole) la rend interdite à la jouissance (avoda zara) — l'autre moitié restant permise. Sur quoi Rabbi Yirmeya pose son dilemme [poursuivi au daf suivant] : la moitié adorée, devenue interdite (et donc, pour R. Chimon, inapte à l'impureté des aliments), fait-elle malgré tout manche pour l'autre moitié ?
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).