Sougya : Le daf prolonge l'étude des impuretés. Une première série de dilemmes (tous laissés en suspens, teikou) demande si une partie peut servir de 'poignée' (yad) à une autre pour lui transmettre l'impureté : la moitié permise d'une courge dont l'autre moitié est interdite (idolâtrie), le rejet de figuier détaché mais retenu par l'écorce d'où pend un second rejet, et la pierre d'angle lépreuse partagée par deux maisons mitoyennes.
La michna ('si la bête est morte') opposait le membre arraché du vivant (ever min ha-chai) au membre du cadavre (ever min ha-nevela) ; la Guemara dégage leur différence (la chair qui s'en détache) puis cherche le verset qui rend impur le membre du vivant : 'et si meurt min ha-behema' (Lev 11:39), 'min' enseignant deux choses (membre, et tereifa abattue exclue). Un second verset ('comme la mort, sans remplacement') sert de socle à la mahloket à trois voix — Rabbi Yossei ha-Gelili (critère : ne se régénère pas), Rabbi Akiva (tendons et os) et Rabbi (chair, tendons et os) — dont les nafka mina sont la jointure (arkouva) et le rein avec la lèvre.
La même braita se redit pour les reptiles (cheratzim), et la double formulation est déclarée nécessaire (tzricha). Enfin une braita : qui coupe de la chair d'un membre du vivant — l'ordre de la coupe et de la pensée (machshava) décide de la pureté ; difficulté de Rabbi Assi a Rabbi Zera, qui ouvre sur le daf suivant.
Une [moitié] sert-elle de poignée (yad) à sa compagne ? [La question] demeure (teikou).
Fin d'un dilemme (commencé en 128a) : une courge dont une moitié a été dédiée à l'idolâtrie (donc interdite) et l'autre moitié permise. La moitié permise peut-elle servir de poignée (yad) à l'autre pour la transmission de l'impureté de la Torah ? La yad est la prise par laquelle une nourriture impure transmet l'impureté à ce qu'on tient. Teikou : non tranché.
Rav Papa a dit : voici, ils ont dit [dans une michna] : un rejet (yehour) de figuier qui s'est rompu (nifchach) et [qui reste] retenu (meoure) par son écorce — Rabbi Yehouda déclare pur, et les Sages disent : s'il peut [encore] vivre — pur ; et sinon — impur.
Rav Papa rapporte une michna ('Oukatsin 3:8). Un rejet (yehour, rameau) de figuier presque arraché de l'arbre mais encore retenu par l'écorce (meoure be-klipa) : Rabbi Yehouda le tient pour encore attaché à l'arbre (donc les figues qu'il porte sont pures, comme un fruit attaché au sol). Les Sages distinguent : s'il peut reprendre vie (être regreffé) il est tenu pour attaché (pur) ; sinon il est comme détaché (impur, susceptible de recevoir l'impureté des nourritures).
Rav Papa a demandé : sert-il de poignée (yad) à son compagnon ? [La question] demeure (teikou).
Dilemme parallèle de Rav Papa, sur la position des Sages. Si d'un rejet [réattachable, donc pur] pend un second rejet, lui-même rompu et qui ne peut plus vivre (donc impur) : le premier (pur, non susceptible d'impureté) sert-il de poignée (yad) au second pour lui transmettre l'impureté ? Teikou.
Rabbi Zera a dit : voici, ils ont dit [dans une michna] : une pierre [lépreuse] qui [est] dans l'angle (zavit) — lorsqu'on l'extrait (holets), on extrait la totalité ; et lorsqu'on démolit (notets), on démolit ce qui est à soi et on laisse ce qui est à son compagnon [au voisin].
Rabbi Zera rapporte une michna (Negaim 13:2). Une grosse pierre dans l'angle d'un mur commun à deux maisons, visible des deux côtés. Si un nega (marque de lèpre) y apparaît : à l'extraction (après la semaine de clôture) on retire la pierre entière, même la part du voisin ; mais à la démolition (après récidive) on n'abat que sa propre part et on laisse celle du voisin.
Rabbi Zera a demandé : [la part pure] sert-elle de poignée (yad) à sa compagne ? [La question] demeure (teikou).
Dilemme de Rabbi Zera : la moitié de la pierre située dans la maison du voisin sert-elle de poignée (yad) à la moitié lépreuse, pour rendre impure la maison voisine — de sorte que celui qui y entre devienne impur comme celui qui entre dans la maison lépreuse ? Ou n'y a-t-il pas de yad pour l'impureté d'une maison lépreuse ? Teikou.
[La michna :] 'la bête est morte.' Quelle [différence] y a-t-il entre [le] membre arraché du vivant (ever min ha-chai) et [le] membre du cadavre (ever min ha-nevela) ?
Retour à la michna : si la bête meurt [après l'amputation], la chair pendante doit être rendue apte par un liquide pour recevoir l'impureté — son statut est celui d'un membre arraché du vivant (ever min ha-chai, pur en soi, qui rend impur comme membre du vivant), et non celui d'un membre de cadavre (ever min ha-nevela). La Guemara demande : en quoi diffèrent concrètement ces deux impuretés ?
Il y a entre eux [la] chair qui s'en détache (bassar ha-poresh mimmennou) : car la chair qui se détache d'un membre arraché du vivant ne rend pas impur, [tandis que la chair qui se détache] d'un membre du cadavre rend impur.
La nafka mina : la chair qui se détache du membre. La chair détachée d'un membre du vivant ne rend pas impur (comme la chair qui se détache directement d'un vivant). Mais un volume d'olive (ke-zayit) de chair détachée d'un membre de cadavre rend impur, comme chair de nevela.
Le membre arraché du vivant qui rend impur — quel [en est le] verset ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : 'et si meurt [une bête] des bêtes (min ha-behema)' (Lev 11:39).
Source scripturaire : d'où [sait-on] que le membre du vivant rend impur ? Rav le tire du verset sur l'impureté du cadavre : 'et si meurt min ha-behema dont vous mangez, celui qui touche sa charogne sera impur' (Lev 11:39). 'Min ha-behema' (litt. d'une partie de la bête) inclut le membre arraché.
Mais ce [verset], il en a besoin pour l'autre [enseignement] de Rav Yehouda au nom de Rav ! Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav — et certains [le] rapportent [comme] enseigné dans une braita : 'et si meurt min ha-behema' — une partie de la bête (miktsat behema) rend impur, et une partie de la bête ne rend pas impur ; et quelle est-elle [celle qui ne rend pas impur] ? c'est la [bête] tereifa qu'on a abattue.
Objection : ce verset est déjà requis pour une autre dérivation de Rav. 'Min ha-behema' enseigne qu'une partie des bêtes mortes rend impur comme nevela, et une partie non : à savoir la tereifa abattue. Bien que l'abattage ne la rende pas permise à la consommation, il la fait sortir du statut de cadavre quant à l'impureté.
Si [c'était] ainsi [un seul enseignement], que le Miséricordieux écrive 'mi-behema' [en un seul mot] ; pourquoi 'min ha-behema' [en deux mots] ? Apprends-en deux [enseignements].
Réponse : si le verset n'enseignait qu'une chose, l'Écriture aurait écrit 'mi-behema' (un seul mot). L'écriture en deux mots, 'min ha-behema', enseigne qu'il faut en tirer deux conclusions : et le membre du vivant qui rend impur, et la tereifa abattue qui ne rend pas impur.
Si [c'est] ainsi, [que] même la chair (bassar) aussi [rende impur] ! [Cela] ne te viendra pas à l'esprit, car il est enseigné dans une braita : pourrait-on [croire que] la chair qui se détache du vivant [soit] impure ? l'Écriture dit 'et si meurt min ha-behema' — de même que la mort ne fait pas d'échange (chalifin), de même tout [ce] qui ne fait pas d'échange [rend impur] ; paroles de Rabbi Yossei [ha-Gelili].
Difficulté : si 'min' inclut une partie, qu'il inclue aussi la simple chair ! Réponse, par une braita : non, car 'meurt' enseigne une analogie — de même que la mort ne fait pas d'échange (ne se régénère pas), de même seul ce qui ne se régénère pas rend impur. L'animal ne régénère pas un membre arraché, mais il régénère la chair arrachée ; telle est l'opinion de Rabbi Yossei ha-Gelili (critère : l'absence de régénération).
Rabbi Akiva dit : '[la] bête (behema)' — de même que [la] bête [à] tendons et os, de même tout [ce qui a] tendons et os [rend impur]. Rabbi [Yehouda ha-Nassi] dit : '[la] bête' — de même que [la] bête [à] chair, tendons et os, de même tout [ce qui a] chair, tendons et os [rend impur].
Deux autres critères. Rabbi Akiva tire la loi du mot 'behema' : de même que la bête à tendons et os, seul ce qui a tendons et os rend impur (donc un membre, qui en a ; mais pas la chair seule). Rabbi (Yehouda ha-Nassi) exige chair, tendons ET os ensemble — un membre complet à l'image de la bête entière.
Quelle [différence] y a-t-il entre Rabbi et Rabbi Akiva ? Il y a entre eux [la] jointure (arkouva).
Première nafka mina (voir le schéma) : la jointure (arkouva) — celle qu'on vend avec la tête, qui n'a pas de chair, seulement tendons et os. Pour Rabbi Akiva elle est un membre [impur, car tendons + os] ; pour Rabbi elle n'est pas un membre du vivant [pur, car sans chair].
Entre Rabbi Akiva et Rabbi Yossei ha-Gelili, quelle [différence] y a-t-il entre eux ? Rav Papa a dit : le rein (koulia) et la lèvre (niv sefatayim) [sont] entre eux.
Seconde nafka mina : le rein (koulia) et la lèvre supérieure (niv sefatayim) qui se détachent du vivant — ils ne se régénèrent pas mais n'ont pas d'os. Pour Rabbi Yossei ha-Gelili [critère : pas de régénération] ils sont des membres [impurs] ; pour Rabbi Akiva [critère : tendons et os] ils ne sont pas des membres [purs].
Il est aussi enseigné, au sujet des reptiles (cheratzim), de la même manière : pourrait-on [croire que] la chair qui se détache des reptiles [soit] impure ? l'Écriture dit 'à leur mort (be-motam)' (Lev 11:32) — de même que la mort ne fait pas d'échange, de même tout [ce] qui ne fait pas d'échange [rend impur]. Paroles de Rabbi Yossei ha-Gelili.
La même braita se redit pour les reptiles (cheratzim). Pourrait-on croire que la chair détachée d'un reptile vivant rende impur ? L'Écriture dit 'à leur mort' (be-motam, Lev 11:32) : de même que la mort ne fait pas d'échange, seul ce qui ne se régénère pas rend impur — donc pas la chair seule. Opinion de Rabbi Yossei ha-Gelili.
Rabbi Akiva dit : '[le] reptile (cherets)' — de même que [le] reptile [à] tendons et os, de même tout [ce qui a] tendons et os [rend impur]. Rabbi [Yehouda ha-Nassi] dit : '[le] reptile' — de même que [le] reptile [à] chair, tendons et os, de même tout [ce qui a] chair, tendons et os [rend impur].
Pour les reptiles aussi, les deux autres critères. Rabbi Akiva tire du mot 'cherets' : tendons et os. Rabbi exige chair, tendons et os ensemble — exactement comme pour la bête.
Entre Rabbi et Rabbi Akiva, il y a entre eux [la] jointure (arkouva). Entre Rabbi Akiva et Rabbi Yossei ha-Gelili, quelle [différence] y a-t-il entre eux ?
Rav Papa a dit : le rein (koulia) et la lèvre (niv sefatayim) [sont] entre eux.
Les mêmes nafka mina que pour la bête : entre Rabbi et Rabbi Akiva, la jointure (arkouva, os et tendons sans chair) ; entre Rabbi Akiva et Rabbi Yossei ha-Gelili, le rein et la lèvre (sans os, sans régénération).
Et [il est] nécessaire [d'enseigner les deux] : car s'il nous avait enseigné [seulement la] bête, c'est ceci [qui en serait] la raison [pour laquelle la chair] ne rend pas impur du vivant : parce qu'[elle] ne rend pas impur dans [la mesure d']un [volume de] lentille (ke-adacha) ; mais [pour le] reptile, qui rend impur dans [la mesure d']un [volume de] lentille, dis [que la chair] rend impur du vivant.
Pourquoi enseigner la loi deux fois (bête et reptile) ? Si l'on n'avait que la bête, on dirait : la chair du vivant ne rend pas impur parce que le cadavre de bête ne rend impur que par un volume d'olive (ke-zayit), pas par un volume de lentille (ke-adacha). Mais le reptile, qui rend impur dès un volume de lentille, [serait plus rigoureux] — on aurait pu croire que sa chair du vivant rend impur.
Et s'il nous avait enseigné [le] reptile [seulement] : c'est parce qu'[il] ne rend pas impur par le port (massa) qu'[il] ne rend pas impur du vivant ; mais [la] bête, qui rend impur par le port, dis [que la chair] rend impur du vivant. [Donc c'est] nécessaire (tzricha).
Inversement : si l'on n'avait que le reptile, on dirait : sa chair du vivant ne rend pas impur parce que le reptile ne rend pas impur par le port (massa, déplacement). Mais la bête, qui rend impur par le port [donc plus rigoureuse], [aurait pu rendre impur sa chair du vivant]. Les deux enseignements sont donc nécessaires (tzricha).
Nos Maîtres ont enseigné : celui qui coupe un volume d'olive (ke-zayit) de chair d'un membre arraché du vivant — [s']il l'a coupé[e] puis a [seulement] ensuite pensé à son sujet — [elle est] pure.
Braita. La chair coupée d'un membre du vivant est pure en soi (le membre du vivant ne transmet pas l'impureté de cadavre), mais peut recevoir l'impureté des nourritures une fois destinée à être mangée (machshava). Si l'on coupe d'abord la chair (déjà détachée, donc pure) puis on la destiné [à un non-Juif] : pure — car au moment de la pensée elle ne touchait déjà plus de source d'impureté.
[Mais s'il] a pensé à son sujet puis l'a [seulement] ensuite coupé[e] — [elle est] impure.
Cas inverse : s'il destiné d'abord la chair à être mangée [alors qu'elle est encore sur le membre, lequel porte l'impureté grave du membre du vivant], puis seulement la coupe — elle est impure, car elle a reçu l'impureté du membre (la source) avant d'en être détachée : la pensée l'a constituée en nourriture tant qu'elle touchait encore la source.
Rabbi Assi n'était pas monté à la maison d'étude (be-vei midrecha). Il trouva Rabbi Zera [et] lui dit : qu'a-t-on dit à la maison d'étude ?
Il lui dit : qu'est-ce qui te fait difficulté ? Il lui dit : ce qui est enseigné, '[s'il] a pensé puis l'a ensuite coupé[e] — [elle est] impure'.
Un jour, Rabbi Assi manque la maison d'étude. Il croise Rabbi Zera et demande ce qu'on y a dit. Rabbi Zera lui retourne : qu'est-ce qui te fait difficulté [et que tu supposes avoir été discuté] ? Rabbi Assi : justement cette clause de la braita — 'a pensé puis a coupé : impure'. La discussion (et sa résolution) se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).