Chullin 134b — les dons au cohen (zeroa, lehayayim, keva), le glanage sans pauvres, et la définition des dons

Chullin 134b

Sougya : Fin du chapitre Ha-zeroa ve-ha-lehayayim. Le daf achève la liste des doutes du converti où l'on est indulgent (première tonte, dons, rachat du fils aîné, rachat de l'ânon : doute d'argent, donc exemption), rapporte la version de Ravin sur une contradiction de Resh Lakich à Rabbi Meir, puis traite du glanage là où il n'y a pas de pauvres : Levi sème à Kishar sans pauvres, Rav Chechet lui applique 'pour le pauvre et pour l'étranger tu [les] laisseras' — et non pour les corbeaux et les chauves-souris.

Suit une série d'objections (terouma, dons) pour savoir si l'on doit se donner du mal afin d'acquitter le don : la terouma et les dons au cohen ont un terme de don (netina) écrit, le glanage seulement 'tu laisseras'. On rapporte le sac de dinars que Rabbi Ami acquit (pour les pauvres, ou parce qu'un homme important est différent).

La michna définit alors précisément le zeroa (épaule droite, du genou au plat de l'épaule, = le 'zeroa cuit' du nazir), le shok parallèle à la patte arrière, et le lehi (de l'articulation de la mâchoire à l'anneau de la trachée). La guemara dérive le côté droit du 'ha' de 'ha-zeroa', étend lehayayim à la laine et au poil, et keva à sa graisse ; les 'interprètes des énigmes' rattachent les trois dons à l'acte de Pinhas (main, prière, ventre).

Enfin on concilie la michna et une braita sur le 'lieu de l'abattage' joint au lehi.

Les quatre doutes du converti (guer) où l'on est INDULGENT (segment 0) doute : avant ou après la conversion ? — comme c'est de l'argent (mamona), on exempte Reshit ha-gez première tonte tondu avant ou après ? exempt Matanot les dons au cohen bête née avant ou après ? exempt Pidyon ha-ben rachat du fils aîné ne avant ou après ? exempt Peter hamor rachat de l'ânon ne avant ou après ? exempt principe : doute portant sur de l'argent -> on n'extorque pas (ha-motzi me-havero alav ha-reaya)
Les quatre doutes du converti où l'on est indulgent (segment 0) : tous portent sur de l'argent, d'où l'exemption.
Faut-il se donner du mal pour acquitter le don ? (segments 3-8) Terouma on loue une vache et on l'apporte car DON (netina) écrit à son sujet Matanot (zeroa, lehayayim, keva) si pas de cohen : on les estime, on mange, on paie la valeur — DON (netina) écrit Leket (glanage) pas de DON écrit : 'tu LAISSERAS' (taazov) pas de pauvres -> on prend pour soi (Levi / R. Ami)
Faut-il se donner du mal pour acquitter le don (segments 3-8) ? Ce qui distingue terouma et matanot du leket : le terme de DON.
Les trois dons au cohen (matanot kehouna) sur une bête profane Zeroa (épaule) patte avant DROITE de l'articulation du genou jusqu'au plat de l'épaule = le 'zeroa cuit' du nazir 'main' de Pinhas (la lance) Lehayayim (mâchoires) de l'articulation de la mâchoire jusqu'à l'anneau de la trachée + laine de tête d'agneau + poil de barbe de bouc 'prière' de Pinhas (vayefallel) Keva (caillette) l'estomac (caillette) + graisse SUR la keva + graisse DANS la keva les cohanim l'ont cédée aux propriétaires (œil généreux) 'ventre' (keva) de la femme Deut 18:3 : 'ils donneront au cohen le zeroa, les lehayayim et la keva' — terme de DON (netina)
Les trois dons au cohen définis par la michna (segments 13-18) et leur symbolisme (l'acte de Pinhas).
1
ראשית הגז והמתנות, ופדיון הבן, ופדיון פטר חמור – לפטור.

La première [laine de] tonte, les dons [au cohen], le rachat du fils [aîné] et le rachat de l'ânon [premier-né de l'ânesse] — [pour ces quatre doutes du converti, on tranche dans le sens de l'] exemption.

📜 Rachi (2)
ראשית הגז כו' כל הנך כולהו לא רמיא איסורא עלייהו אלא ממונא הילכך ספיקן לקולא:
La première [laine de] tonte etc. — sur tous ceux-ci, ce n'est pas un interdit qui pèse mais [une question d']argent ; dès lors, leur doute [se tranche] dans le sens de l'indulgence.
ופדיון פטר חמור כדפרישית מפריש טלה והוא לעצמו:
Et le rachat de l'ânon — comme je l'ai expliqué : il prélève un agneau et celui-ci [reste] à lui.
🗂️ Tossefot (1)
ראשית הגז והמתנות תימה למאן דאית ליה לעיל (חולין דף קלב:) דמתנות טבלי ליתני נמי מתנות לחיוב קודם שהורמו ולפטור אחר שהורמו המתנות דהוו שלו כי היכי דתני בבכור בהמה טמאה לחיוב ולפטור:
La première [laine de] tonte et les dons — c'est étonnant : selon celui qui tient, plus haut (Houlin 132b), que les dons rendent [la bête] tevel [interdite avant prélèvement], qu'il enseigne aussi 'les dons [obligent] avant qu'ils n'aient été prélevés, et exemptent après que les dons ont été prélevés' — [les dons] étant [alors] siens — de la même manière qu'il enseigne, pour le premier-né d'une bête impure, 'obligation' et 'exemption'.
💡 Explication

Fin de la liste (commencée en 134a) des quatre doutes du converti (guer) où l'on est indulgent (voir le schéma). Dans chaque cas le doute est : la chose a-t-elle eu lieu avant la conversion (donc pas d'obligation) ou après ? Comme l'enjeu n'est qu'argent (mamona) et non interdit, on applique 'celui qui veut extorquer a la charge de la preuve' : le converti est exempt. Les quatre : reshit ha-gez (première tonte), matanot (les dons sacerdotaux), pidyon ha-ben (rachat du fils aîné, cinq sela), pidyon peter hamor (rachat de l'ânon par un agneau).

2
כי אתא רבין, אמר: קמה אקמה רמי ליה.

Lorsque Ravin vint [de la Terre d'Israël], il dit : il oppose [le verset / la braita sur] le blé sur pied à [celui sur] le blé sur pied.

📜 Rachi (1)
קמה אקמה רמי עליה מתניתא אחריתי אשכח לר"מ דפטר בקמה של גר ספק נקצרה קודם שנתגייר ספק משנתגייר ורמייה אהא דקתני ספק לקט לקט ושני ליה בלשון בן אגרא אני שונה אותה:
Il oppose le blé sur pied au blé sur pied — il a trouvé une autre braita [enseignant] que Rabbi Meir exempte le blé sur pied d'un converti, douteux [quant à savoir s']il a été moissonné avant qu'il [ne] se convertisse [ou] après qu'il s'est converti, et il l'a opposée à ce qui est enseigné 'le glanage douteux [est] glanage' ; et il [la] lui a résolue [en disant] : 'dans le langage de ben Agra j'enseigne celle-là'.
💡 Explication

En lien avec la discussion précédente entre Resh Lakich et Rabbi Yo'hanan, Ravin rapporte de Terre d'Israël une version légèrement différente : Resh Lakich a opposé à Rabbi Meir (qui exempte du glanage le blé sur pied (kama) du converti en cas de doute) une braita disant que 'le glanage douteux est glanage' [donc obligatoire]. Rabbi Yo'hanan résout : cette seconde braita n'est de Rabbi Meir que selon Yehouda ben Agra.

3
לוי זרע בכישר, ולא הוו עניים למשקל לקט. אתא לקמיה דרב ששת, אמר ליה: ״לעני ולגר תעזב אתם״, ולא לעורבים ולא לעטלפים.

Levi sema à Kishar, et il n'y avait pas de pauvres pour prendre le glanage. Il vint devant Rav Chechet.

Il lui dit : 'pour le pauvre et pour l'étranger tu [les] laisseras' (Lévitique 23:22) — et non pour les corbeaux ni pour les chauves-souris.

📜 Rachi (1)
בכישר מקום:
À Kishar — un lieu.
💡 Explication

Au sujet des dons aux pauvres : Levi sema à Kishar (un lieu) où il n'y avait aucun pauvre pour prendre le glanage (leket). Rav Chechet tranche d'après le verset 'pour le pauvre et pour l'étranger tu [les] laisseras' — et non pour les corbeaux ni pour les chauves-souris : à défaut de pauvres, Levi peut prendre le glanage pour lui-même.

4
מיתיבי: אין מביאין תרומה, לא מגורן לעיר, ולא ממדבר לישוב, ואם אין שם כהן – שוכר פרה ומביאה, מפני הפסד תרומה.

On objecte : on n'apporte pas la terouma, ni de l'aire à la ville, ni du désert vers un lieu habité ; et s'il n'y a pas là de cohen — on loue une vache et on l'apporte, à cause de la perte de la terouma.

📜 Rachi (2)
אין מביאין אין צריך ישראל לטרוח ולהביא תרומה מן הגורן לעיר ליד כהן אלא כהן הולך ומביאה:
On n'apporte pas — l'Israélite n'est pas tenu de se donner du mal et d'apporter la terouma de l'aire à la ville, dans la main du cohen ; c'est plutôt le cohen [qui] va [la] prendre et l'apporte.
ואם אין שם כהן כו' אלמא בעי לאפרושה ולאצנועה עד דמשכח כהן ה"נ בעי לאצנועה עד דמשכח עניים:
Et s'il n'y a pas là de cohen etc. — c'est donc qu'il doit la prélever et la mettre de côté jusqu'à ce qu'il trouve un cohen ; de même ici, il devrait la mettre de côté jusqu'à ce qu'il trouve des pauvres.
💡 Explication

Objection contre Rav Chechet, tirée d'une braita sur la terouma : le propriétaire n'est pas tenu de se donner du mal pour la porter de l'aire à la ville (c'est au cohen de venir) ; mais s'il n'y a pas de cohen sur place, il doit louer une vache et l'apporter, pour éviter la perte de la terouma. Donc, semblerait-il, on doit garder le glanage jusqu'à trouver des pauvres — contre la décision de Rav Chechet.

5
שאני תרומה, דטבלה, ולא סגיא דלא מפריש לה.

La terouma est différente, car elle rend [la récolte] tevel, et il n'est pas possible de ne pas la prélever.

📜 Rachi (1)
שאני תרומה דטבלה אוסרת הכל עליו משום טבל לפיכך על כרחו צריך להפריש:
La terouma est différente, car elle rend [la récolte] tevel — elle [lui] interdit tout, à cause du tevel ; c'est pourquoi, bon gré mal gré, il doit [la] prélever.
💡 Explication

Réponse : la terouma est un cas particulier, car tant qu'elle n'est pas prélevée elle rend toute la récolte tevel (interdite à la consommation) ; on est donc contraint de la prélever. Le glanage, lui, ne rend rien interdit : pas besoin de le mettre de côté ni de se donner du mal.

6
והרי מתנות, דלא טבלי, ותניא: מקום שנהגו למלוג בעגלים – לא יפשיט את הזרוע.

Mais voici les dons [au cohen], qui ne rendent pas [la bête] tevel, et [pourtant] il est enseigné : à l'endroit où l'on a coutume d'échauder [au point d'ôter le poil] les veaux [et de les manger avec la peau] — on ne dépouillera pas le zeroa [de sa peau avant de le donner].

📜 Rachi (2)
למלוג בעגלים שמולגין אותן ברותחין עם עורן ואוכלין אותן עם העור:
Échauder les veaux — qu'on les échaude dans l'eau bouillante avec leur peau et qu'on les mange avec la peau.
אין רשאי להפשיט את הזרוע אלא נותנו לכהן כמו שהוא בעורו:
Il n'est pas autorisé à dépouiller le zeroa — il le donne plutôt au cohen tel qu'il est, avec sa peau.
💡 Explication

Nouvelle objection : les dons au cohen (zeroa, lehayayim, keva) ne rendent pas la bête tevel, et pourtant la braita exige un effort. Là où l'on a coutume d'échauder les veaux dans l'eau bouillante (pour ôter le poil) et de manger la viande avec la peau, on ne doit pas dépouiller le zeroa de sa peau avant de le remettre au cohen — on le lui donne tel quel, avec sa peau.

7
להפשיט את הראש – לא יפשיט את הלחי, ואם אין שם כהן – מעלין אותן בדמים ואוכלן, מפני הפסד כהן.

[À l'endroit où l'on a coutume] de dépouiller la tête [de sa peau] — on ne dépouillera pas le lehi [la mâchoire] ; et s'il n'y a pas là de cohen — on les estime en argent et on les mange, à cause de la perte du cohen.

📜 Rachi (3)
הראש לא יפשיט את הלחי כדמרבינן לקמן מקרא יתירא שאף הצמר שבראש כבשים הוא חייב ליתן לו וכ"ש העור:
[Dépouiller] la tête : on ne dépouillera pas le lehi — comme nous le dérivons plus loin d'un verset surabondant, [à savoir] que même la laine qui est sur la tête des agneaux, il est tenu de la lui donner, et à plus forte raison la peau.
ואם אין שם כהן לתת לו המתנות:
Et s'il n'y a pas là de cohen — à qui donner les dons.
מעלים אותם בדמים שם את דמי המתנות ואוכל המתנות ונותן דמיהם לכהן הבא ראשון:
On les estime en argent — on fixe la valeur des dons, on mange les dons et on en donne le prix au premier cohen qui se présente.
💡 Explication

Suite de la braita : là où l'on a coutume de dépouiller la tête de sa peau, on ne doit pas dépouiller le lehi (mâchoire) — on le donne avec sa peau, que le cohen en use à sa guise. Et s'il n'y a pas de cohen, on estime la valeur des dons, on les mange, et l'on en versera la valeur à un cohen ultérieur, pour éviter la perte du cohen. Donc, ici aussi, on se donne du mal — pourquoi le glanage serait-il différent ?

8
שאני מתנות כהונה, דנתינה כתיבא ביה. השתא דאתית להכי, תרומה נמי נתינה כתיבא ביה.

Les dons au cohen sont différents, car un [terme de] don (netina) est écrit à leur sujet. Maintenant que tu es parvenu à cela, la terouma aussi : un [terme de] don est écrit à son sujet.

📜 Rachi (1)
נתינה כתיבא בהו ועליו ליתנן לכהן:
Un [terme de] don est écrit à leur sujet — et il lui incombe de les donner au cohen.
💡 Explication

Réponse : les dons au cohen sont un cas particulier, car l'Écriture y emploie un terme de don (netina) — 'ils donneront au cohen le zeroa, les lehayayim et la keva' (Deut 18:3) : il faut donc activement les remettre au cohen, contrairement au glanage. Et puisqu'on en est là, on peut dire de même que la terouma exige cet effort parce qu'un terme de don y est écrit ('la première [laine de] ta tonte tu lui donneras', Deut 18:4) — et non à cause du tevel.

9
ואלא ״תעזב״ יתירא למה לי?

Mais alors, le 'tu [les] laisseras' (taazov) surabondant, pourquoi m'est-il [nécessaire] ?

📜 Rachi (1)
אלא תעזוב יתירא דכתיב בלקט למה לי חד בקדושים תהיו וחד בשור או כשב לאו לרבויי שאפילו במקום שאין עניים שעליו להצניעם עד שימצא עניים:
Mais le 'tu [les] laisseras' surabondant — qui est écrit à propos du glanage, pourquoi m'est-il [nécessaire] ? l'un [se trouve] dans 'Kedochim tihyou' et l'un dans 'Chor o kessev' — n'est-ce pas pour inclure [le cas] où, même là où il n'y a pas de pauvres, il lui incombe de les mettre de côté jusqu'à ce qu'il trouve des pauvres ?
💡 Explication

Difficulté : si le glanage n'oblige aucun effort, pourquoi l'Écriture répète-t-elle le terme 'tu [les] laisseras' (taazov) — une fois dans 'Kedochim tihyou' (Lev 19) et une fois dans 'Chor o kessev' (Lev 23) ? Ce taazov surabondant n'enseigne-t-il pas que, même là où il n'y a pas de pauvres, le propriétaire doit mettre [le glanage] de côté jusqu'à en trouver ?

10
לכדתניא: המפקיר את כרמו, ולשחר השכים ובצרו – חייב בפרט ובעוללות ובשכחה ובפאה, ופטור מן המעשרות.

[Le 'tu [les] laisseras' surabondant est requis] pour ce qui est enseigné : celui qui déclare sa vigne sans maître (hefker), puis se leva tôt le matin, la [reprit] et la vendangea — il est tenu au peret [grain isolé tombé], aux olelot [grappes incomplètes], à la chikhha [oubli] et à la pea [coin du champ], et il est exempt des dîmes.

📜 Rachi (1)
חייב בפרט ובעוללות כו' אע"ג דהפקר פטור מכולם דבכולהו כתיב קצירך כרמך ולא של הפקר ובכולהו תנן כל שהוא אוכל ונשמר פרט לשל הפקר להכי אהני תעזוב יתירא דכתיב בכולהו לאתויי הפקר כי האי גוונא דהדר איהו וזכה ביה. בלקט ופאה כתיב תעזוב יתירא חד בקדושים תהיו וחד בשור או כשב ופרט בכרם היינו לקט. עוללות חד בקדושים תהיו וכרמך לא תעולל וחד במשנה תורה (כד) כי תבצור כרמך לא תעולל אחריך. שכחה חד גבי שכחת אילן וחד גבי שכחת כרם דאמרינן לעיל (חולין דף קלא.) אחריך זו שכחה:
Il est tenu au peret, aux olelot etc. — bien que [le champ] sans maître soit exempt de tous [ces dons], car à leur sujet à tous il est écrit 'ta moisson', 'ta vigne', et non [ce qui est] sans maître, et qu'à leur sujet à tous nous avons appris 'tout ce qui est nourriture, gardée... à l'exclusion du sans-maître' — c'est pourquoi le 'tu laisseras' surabondant, écrit à propos de tous, à servi à inclure [le champ] sans maître de ce genre, [à savoir] celui qui revient et l'acquiert [à nouveau]. À propos du glanage et de la pea, 'tu laisseras' est écrit en surabondance, l'un dans 'Kedochim tihyou' et l'un dans 'Chor o kessev' ; et le peret, dans la vigne, c'est cela le glanage. Pour les olelot : l'un dans 'Kedochim tihyou' — 'et ta vigne tu ne grappilleras pas', et l'un dans le Deutéronome (24) — 'lorsque tu vendangeras ta vigne tu ne grappilleras pas après toi'. Pour la chikhha : l'un à propos de l'oubli de l'arbre et l'un à propos de l'oubli de la vigne, car nous disons plus haut (Houlin 131a) que 'après toi', c'est l'oubli.
💡 Explication

Réponse : le taazov surabondant sert à la braita suivante. Celui qui rend sa vigne sans maître (hefker) puis la reprend et la vendange : il reste tenu aux dons aux pauvres — peret (grains isolés), olelot (petites grappes non formées), chikhha (grappes oubliées) et pea (coin du champ) — mais exempt des dîmes. Alors même que normalement un champ rendu hefker est exempt de tout, le taazov surabondant inclut ce cas particulier.

11
ההוא שקא דדינרי דאתא לבי מדרשא, קדים רבי אמי וזכה בהן. והיכי עביד הכי? והא כתיב ״ונתן״ ולא שיטול מעצמו! רבי אמי נמי לעניים זכה בהן.

Un certain sac de dinars qui vint à la maison d'étude (bet ha-midrach) — Rabbi Ami devança [les autres] et l'acquit. Or comment fait-il ainsi ?

N'est-il pas écrit 'il donnera' (venatan) — et non qu'il prenne de lui-même ! Rabbi Ami aussi l'a acquis pour les pauvres.

📜 Rachi (1)
שקא דדינרי דינרי זהב ששלחו ממקום אחר לבני הישיבה:
Un sac de dinars — des dinars d'or qu'on envoya d'un autre lieu aux gens de la yechiva.
💡 Explication

En lien avec le cas où le propriétaire prend pour lui : un sac de dinars [d'or] arriva à la maison d'étude (envoyé d'ailleurs pour les étudiants) ; Rabbi Ami se hâta et l'acquit. Objection : comment, alors qu'il est écrit 'il donnera' (au cohen) — donc le bénéficiaire reçoit, il ne se sert pas lui-même ? Réponse : Rabbi Ami non plus ne l'a pas pris pour lui, mais l'a acquis pour les pauvres.

12
ואיבעית אימא: אדם חשוב שאני, דתניא: ״והכהן הגדול מאחיו״ – שיהא גדול מאחיו בנוי, בחכמה, ובעושר.

Et si tu veux, dis : un homme important (adam hachouv) est différent, car il est enseigné : 'et le cohen le plus grand d'entre ses frères' (Lévitique 21:10) — qu'il soit plus grand que ses frères en beauté, en sagesse et en richesse.

📜 Rachi (1)
ואיבעית אימא אדם חשוב כגון ממונה ראש ישיבה יכול לקדם ולזכות שהרי עליו לגדלו ולהעשירו אפילו משלו וכ"ש ממאי דאתי ליה מעלמא:
Et si tu veux, dis : un homme important — par exemple celui qui est établi chef de la yechiva peut devancer [les autres] et acquérir, car il incombe [aux autres] de le grandir et de l'enrichir, fût-ce de leur propre [bien] ; à plus forte raison [peut-il prendre] ce qui lui vient de l'extérieur.
💡 Explication

Autre réponse : un homme important comme Rabbi Ami (chef de la yechiva) est différent et peut acquérir pour lui-même. Car la braita enseigne, à partir de 'le cohen le plus grand d'entre ses frères' (Lev 21:10), que le grand-prêtre doit être plus grand que ses frères en beauté, en sagesse et en richesse [il revient donc aux autres de l'enrichir].

13
אחרים אומרים: מנין שאם אין לו, שאחיו הכהנים מגדלין אותו? תלמוד לומר: ״והכהן הגדול מאחיו״ – גדלהו משל אחיו.

D'autres disent : d'où [sait-on] que, s'il n'a pas [de bien], ses frères les cohanim l'enrichissent ? L'enseignement dit : 'et le cohen le plus grand d'entre ses frères' — enrichis-le du [bien] de ses frères.

💡 Explication

Les 'autres' tirent du même verset une deuxième règle : si le grand-prêtre n'a pas de bien propre, ses frères les cohanim l'enrichissent de leur propre bien — 'le plus grand d'entre ses frères' = 'enrichis-le du bien de ses frères'. Puisque les membres de la maison d'étude doivent enrichir Rabbi Ami de leur propre bien, il lui est à plus forte raison permis de prendre ces dinars pour lui.

14
מתני׳ איזהו הזרוע? מן הפרק של ארכובה עד כף של יד, והוא של נזיר, וכנגדו ברגל – שוק. רבי יהודה אומר: שוק מן הפרק של ארכובה עד סובך של רגל. אי זהו לחי? מן הפרק של לחי עד פיקה של גרגרת.

MICHNA. Qu'est-ce que le zeroa [qu'on donne au cohen] ?

De l'articulation du genou (arkouba) jusqu'au plat de l'épaule (kaf chel yad) ; et c'est [le zeroa] du nazir ; et son correspondant dans la patte arrière [est] le shok. Rabbi Yehouda dit : le shok [va] de l'articulation du genou jusqu'au sovekh de la patte.

Qu'est-ce que le lehi ? De l'articulation de la mâchoire (lehi) jusqu'à l'anneau (pika) de la trachée (gargeret).

📜 Rachi (6)
מתני' מן פרק של ארכובה ארכובה הנמכרת עם הראש:
MICHNA. De l'articulation du genou (arkouba) — l'arkouba qui se vend avec la tête.
עד כף של יד עצם רחב של כתף שקורין אשפלדו"ן:
Jusqu'au plat de l'épaule (kaf chel yad) — l'os large de l'épaule, qu'on appelle [omoplate] [en langue vernaculaire].
והוא של נזיר וכן זרוע בשלה האמור בנזיר (במדבר ו) כך ניטלת:
Et c'est [le zeroa] du nazir — de même le 'zeroa cuit' mentionné à propos du nazir (Nombres 6) se prend ainsi.
וכנגדו ברגל שוק האמור בשלמים (ויקרא ז) נמי הוי שתי עצמות מן הפרק של ארכובה עד בוקא דאטמא דהיינו כל הירך:
Et son correspondant dans la patte arrière [est] le shok — le [shok] mentionné à propos des sacrifices de paix (Lévitique 7) constitue aussi deux os, de l'articulation du genou jusqu'au boka de-atma [tête du fémur], c'est-à-dire toute la cuisse.
סובך של רגל היינו פרק שבין הקולית ועצם אמצעי:
Le sovekh de la patte — c'est l'articulation [qui se trouve] entre le fémur (koulit) et l'os médian.
הפרק של לחי אצל הצדעים וחותך כלפי מטה עד פיקה של גרגרת עד שיפוי כובע שהוא פקעיתא ופתחה של קנה בית הבליעה דהיינו לחיים התחתונות עם הלשון:
L'articulation de la mâchoire (lehi) — près des tempes ; et il tranche vers le bas, jusqu'à l'anneau (pika) de la trachée, jusqu'à la pointe du 'casque' [du larynx], qui est le pekaita, et l'ouverture de la trachée de l'oesophage — c'est-à-dire les mâchoires inférieures avec la langue.
🗂️ Tossefot (1)
פיקה של גרגרת היא טבעת הגדולה שעשויה עגולה כפיקה:
L'anneau (pika) de la trachée — c'est le grand anneau, fait en rond comme une pika [un peson de fuseau].
⚖️ Rosh (1)
מתני' איזוהי זרוע מן הפרק של ארכובה עד כף של יד והוא של נזיר וכנגדו ברגל שוק. ר' יהודה אומר דמן הפרק של ארכובה עד סובך של רגל. איזוהי הלחי. מן הפרק של לחי עד פיקה של גרגרת:
MICHNA. Qu'est-ce que le zeroa [le don de l'épaule au cohen] ? De l'articulation du genou (arkouba) jusqu'au plat de la patte avant (kaf chel yad) ; et c'est [le zeroa] du nazir ; et son correspondant dans la patte arrière [est] le shok. Rabbi Yehouda dit : [le shok va] de l'articulation du genou jusqu'au sovekh [l'articulation] de la patte. Qu'est-ce que le lehi [la mâchoire] ? De l'articulation de la mâchoire jusqu'à l'anneau (pika) de la trachée (gargeret).
💡 Explication

La michna définit précisément les dons (voir le schéma). Le zeroa (épaule, patte avant) : de l'articulation du genou (arkouba, vendue avec la tête) jusqu'au plat de l'épaule (kaf chel yad) — c'est le 'zeroa cuit' du nazir (Nb 6:19). Son parallèle dans la patte arrière est le shok (donné du sacrifice de paix). Rabbi Yehouda : le shok va du genou jusqu'au sovekh (l'articulation entre le fémur et l'os médian). Le lehi (mâchoire) : de l'articulation de la mâchoire jusqu'à l'anneau (pika) de la trachée.

15
גמ׳ תנו רבנן: הזרוע – זה זרוע ימין. אתה אומר זה זרוע ימין, או אינו אלא זרוע שמאל? תלמוד לומר ״הזרוע״.

GUEMARA. Nos Maîtres ont enseigné : 'le zeroa' — c'est le zeroa [de la patte] droite.

Tu dis : c'est le zeroa droit, ou bien n'est-ce que le zeroa gauche ? L'enseignement dit : 'le zeroa' [avec l'article].

📜 Rachi (1)
גמ' הזרוע ונתן לכהן הזרוע:
GUEMARA. 'Le zeroa' — '[ils] donneront au cohen le zeroa'.
⚖️ Rosh (2)
גמ' תניא מקום שנהגו למלוג בעגלים לא יפשיט את הזרוע להפשיט את הראש לא יפשיט את הלחי ואם אין שם כהן מעלה חותן בדמים ואוכלן מפני הפסד כהן. כך היא גי' הספרים ורב אלפס לא כתב כן:
GUEMARA. Il est enseigné [dans une braita] : à l'endroit où l'on a coutume d'échauder [dans l'eau bouillante pour ôter le poil] les veaux, on ne dépouillera pas le zeroa [de sa peau avant de le donner] ; [à l'endroit où l'on a coutume] de dépouiller la tête [de sa peau], on ne dépouillera pas le lehi ; et s'il n'y a pas là de cohen, on les [= les dons] estime en argent et on les mange, à cause de la perte du cohen. Telle est la leçon (guirsa) des livres [= des éditions], mais le Rif (Rav Alfas) n'a pas écrit ainsi.
גמ' ת"ר זרוע זה זרוע ימין אתה אומר זרוע ימין או אינו אלא זרוע של שמאל ת"ל הזרוע. מאי תלמודא כדאמר רבא הירך המיומנת שבירך הכי נמי הזרוע המיומן שבזרוע והלחיים להביא צמר שבראש כבשים ושיער שבזקן תיישים. והקיבה להביא חלב שעל הקיבה וחלב שבתוך הקיבה דאמר ר' יהושע כהנים נהגו בו עין יפה ונתנוהו לבעלים. טעמא שנהגו הא לא נהגו לא. איזהו לחיים וכו'. והתניא נוטלם ואת בית השחיטה עמהן. לא קשיא מתני' רבנן ברייתא רבי חנינא בן אנטיגנוס. דתניא מוגרמת פסולה והתניא העיד רבי חנינא בן אנטיגנוס על מוגרמת שהיא כשירה וקי"ל כרבי חנינא בן אנטיגנוס והיינו שייר בחיטי. לא ידענא למה הביא רב אלפס האי פיסקא הכא. אע"ג דלענין מקום השחיטה הלכה כרבי חנינא לענין לחי הלכה כמתני' ועוד דאיכא שינויא אחרינא דמוקי תרוייהו כרבנן. ועוד צ"ל דליכא דאיכא פלוגתא בלחי דבנטילת הלחי שוה לכולם: הדרן עלך הזרוע והלחיים
GUEMARA. Nos Maîtres ont enseigné : 'le zeroa' — c'est le zeroa [de la patte] droite. Tu dis : [c'est] le zeroa droit, ou bien n'est-ce que le zeroa gauche ? L'enseignement dit : 'le zeroa' [avec l'article]. Quel [est] l'enseignement [tiré de l'article] ? Comme l'a dit Rava : 'la cuisse (ha-yarekh)' — la plus distinguée (meyoumenet) des cuisses ; ici aussi : 'le zeroa (ha-zeroa)' — le plus distingué des zeroa. Et 'les lehayayim' [avec l'article] vient inclure la laine qui est sur la tête des agneaux et le poil qui est dans la barbe des boucs. Et 'la keva' [avec l'article] vient inclure la graisse qui est sur la keva [la caillette] et la graisse qui est dans la keva, car Rabbi Yehochoua a dit : les cohanim ont usé à son sujet d'un œil généreux (ayin yafa) et l'ont donnée aux propriétaires. La raison [pour laquelle elle revient aux propriétaires, c'est] qu'ils ont usé [d'un œil généreux] ; mais s'ils n'avaient pas usé [ainsi, elle serait] non [aux propriétaires mais au cohen]. 'Qu'est-ce que le lehi etc.' [suite de la michna]. Or il est enseigné [dans une braita] : il les prend, ainsi que le lieu de l'abattage (bet ha-chehita) avec eux. [Comment concilier ?] Ce n'est pas une difficulté : la michna [suit] les Sages (rabbanan), la braita [suit] Rabbi Hanina ben Antignos ; car il est enseigné : [une chehita] rendue oblique (mougremet) est passoul [invalide] ; et il est enseigné [par ailleurs] : Rabbi Hanina ben Antignos a témoigné au sujet de la [chehita] oblique qu'elle est kachère [valide], et nous tenons pour la halakha comme Rabbi Hanina ben Antignos — et c'est [le sens de] 'il a laissé [attaché] au niveau du menton (chiyer be-hitei)'. Je ne sais pas pourquoi le Rif (Rav Alfas) a apporté ce passage (pisqa) ici. Bien qu'en ce qui concerne le lieu de l'abattage la halakha soit comme Rabbi Hanina, en ce qui concerne le lehi la halakha est comme la michna. Et en outre, il y a une autre résolution (chinouya) qui établit les deux [enseignements] comme [suivant] les Sages (rabbanan). Et de plus, il faut dire qu'il n'y a personne qui soit en désaccord au sujet du lehi, car pour ce qui est de la prise du lehi [tous] sont égaux [d'accord] pour tous. Hadran alakh Ha-zeroa ve-ha-lehayayim [= nous sommes revenus à toi, chapitre 'Le zeroa et les lehayayim'].
💡 Explication

La braita dérive, du verset 'ils donneront au cohen le zeroa, les lehayayim et la keva' (Deut 18:3), que 'le zeroa' désigne le zeroa droit. La méthode : on objecte que ce pourrait être le gauche, et l'on répond que l'article défini ('ha-zeroa') tranche pour le droit.

16
מאי תלמודא? כדאמר רבא: ״הירך״ – המיומנת שבירך, הכא נמי: ״הזרוע״ – המיומן שבזרוע.

Quel [est] l'enseignement [tiré de l'article] ? Comme l'a dit Rava : 'la cuisse (ha-yarekh)' — la plus distinguée (meyoumenet) des cuisses ; ici aussi : 'le zeroa (ha-zeroa)' — le plus distingué des zeroa.

📜 Rachi (1)
כדאמר רבא בפרק גיד הנשה (לעיל חולין דף צא.) אליבא דרבי יהודה דאמר אינו נוהג אלא באחת והדעת מכרעת של ימין:
Comme l'a dit Rava — au chapitre Guid ha-nache (plus haut, Houlin 91a), selon Rabbi Yehouda qui dit [que l'interdit du nerf sciatique] ne s'applique qu'à l'une [des cuisses] et [que] le bon sens (ha-daat) tranche [pour celle] de droite.
🗂️ Tossefot (1)
הזרוע המיומנת אפילו לרבנן דדרשי פרק גיד הנשה (לעיל חולין דף צו:) הירך דפשיט איסוריה בכוליה ירך הכא מודו דלא שייך למדרש הכי:
'Le zeroa' — le plus distingué : même selon les Sages (rabbanan) qui interprètent, au chapitre Guid ha-nache (plus haut, Houlin 96b), que 'la cuisse', dont l'interdit s'étend à toute la cuisse [donc aux deux], ici ils admettent qu'il n'est pas possible d'interpréter ainsi [et que l'article désigne bien le droit].
💡 Explication

Comment l'article indique-t-il le droit ? Comme l'a dit Rava à propos du nerf sciatique (Gn 32:33) : 'la cuisse' (ha-yarekh) désigne la cuisse la plus distinguée (meyoumenet), la droite. De même ici, 'le zeroa' (ha-zeroa) désigne le zeroa le plus distingué, c'est-à-dire le droit.

17
״והלחיים״ למאי אתא? להביא צמר שבראש כבשים, ושער שבזקן תיישים. ״והקבה״ למאי אתא? להביא חלב שעל גבי הקבה, וחלב שבתוך הקבה. דאמר רבי יהושע: כהנים נהגו בו עין יפה ונתנוהו לבעלים. טעמא דנהגו, הא לא נהגו – דידיה הוא.

'Et les lehayayim' (mâchoires) — à quoi cela vient-il [enseigner] ? À inclure la laine qui est sur la tête des agneaux, et le poil qui est dans la barbe des boucs. 'Et la keva' (caillette) — à quoi cela vient-il ?

À inclure la graisse qui est sur la keva et la graisse qui est dans la keva. Car Rabbi Yehochoua a dit : les cohanim ont usé à son sujet d'un œil généreux (ayin yafa) et l'ont donnée aux propriétaires.

La raison [pour laquelle ils ne la prennent pas, c'est] qu'ils ont usé [d'un œil généreux] ; mais s'ils n'avaient pas usé [ainsi], elle serait sienne [au cohen].

📜 Rachi (3)
ה' דהלחיים למאי אתא:
Le 'hé' de 'les lehayayim' — à quoi cela vient-il ?
חלב של הקבה וחלב שבתוך הקבה חלב הקרום:
La graisse de la keva et la graisse qui est dans la keva — la graisse de la membrane.
כהנים נהגו בו עין יפה שלא ליטלו מן הבעלים. אלמא דמדאורייתא של כהנים הוא דנפקא ליה מה"א יתירא והקבה:
Les cohanim ont usé à son sujet d'un œil généreux — [en s'abstenant] de la prendre aux propriétaires. C'est donc que, de la Torah, elle appartient aux cohanim, ce qu'il déduit du 'hé' surabondant de 'et la keva' (ve-ha-keva).
💡 Explication

L'article ('et les lehayayim', 've-ha-keva') sert à étendre les dons. Lehayayim inclut la laine sur la tête des agneaux et le poil de la barbe des boucs. Keva inclut la graisse sur la keva et la graisse dans la keva. Preuve : Rabbi Yehochoua dit que les cohanim ont, par générosité (ayin yafa), cédé cette graisse aux propriétaires — d'où l'on infère que, sans cette générosité, elle reviendrait au cohen de droit (donc de la Torah, par l'article surabondant).

18
דורשי חמורות היו אומרים: הזרוע – כנגד היד, וכן הוא אומר: ״ויקח רומח בידו״.

Les interprètes des énigmes (dorchei hamourot) disaient : le zeroa — en correspondance avec la main, et ainsi est-il dit : 'et il prit une lance dans sa main' (Nombres 25:7).

📜 Rachi (3)
דורשי חמורות מקראות הסתומים:
Les interprètes des énigmes — [c'est-à-dire] des versets obscurs.
היו אומרים מנלן דשל ימין מהכא:
Disaient — d'où [savons-nous] que [c'est celui] de droite ? de ceci.
יד שנותנין לכהן כנגד ידו של פנחס שעל כך ניתנה לו ברית כהונת עולם וזה שכרו ואיזו יד שעושה מלחמה הוי אומר של ימין:
[En correspondance avec] la main — [si] l'on donne au cohen [un don] en correspondance avec la main de Pinhas, [c'est] parce que, pour cela, lui fut donnée une alliance de sacerdoce éternelle, et telle [est] sa récompense ; et quelle [est] la main qui fait la guerre ? c'est, dis-le, celle de droite.
🗂️ Tossefot (1)
דורשי חמורות פירש בערוך בשם רב סעדיה גאון כמין המעשה דבלשון ארמי מהו חמרך מה מעשיך:
Les interprètes des énigmes — le Aroukh a expliqué, au nom de Rav Saadia Gaon, [que cela signifie] 'comme l'affaire / l'acte', car en langue araméenne 'mahou hamarakh' [signifie] 'quel est ton acte ?'.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הזרוע כנגד היד (דברים יח, ג) . אף על גב דכל כהן יש לו מתנות אלו וכבר אביו וזקנו שנמשחו זכו גם כן במתנות אלו קודם מעשה פנחס הנה זכייתו היה לה יתרון על כולם שהם זכו למתנות כהונה בצדקה מאת ה' אך הוא זכה בהם על ידי מעשיו ומסירת נפשו ולכן אף על גב דגבי כהנים תנן 'ונתן' (דברים יח, ג) ולא שיטול מעצמו (לעיל דף קלג.) הנה פנחס בדין הוא שיטול מעצמו.
Le zeroa en correspondance avec la main (Deut 18:3). Bien que tout cohen possède ces dons, et que déjà son père et son grand-père, qui furent oints, aient eux aussi acquis ces dons avant l'acte de Pinhas — son acquisition [à lui] avait pourtant une supériorité sur celle de tous : car eux ont acquis les dons du sacerdoce par une faveur (tsedaka) de la part de Dieu, tandis que lui les a acquis par ses [propres] actes et par le don de sa vie (mesirout nefech) ; et c'est pourquoi, bien qu'à propos des cohanim nous ayons appris [dans la michna] 'et il donnera' (Deut 18:3) — et non qu'il prenne de lui-même (plus haut, folio 133a) — voici que Pinhas, en [toute] justice, peut prendre de lui-même.
💡 Explication

Idée homilétique sur la raison des trois dons. Les dorchei hamourot (interprètes des versets obscurs) enseignent que les dons récompensent l'acte de Pinhas : le zeroa (patte/bras) correspond à sa main, celle qui tua Zimri — 'et il prit une lance dans sa main' (Nb 25:7) ; et la main qui fait la guerre, c'est la droite (autre appui pour le côté droit).

19
ולחיים – כנגד תפלה, וכן הוא אומר: ״ויעמד פינחס ויפלל״, קבה – כמשמעה, וכן הוא אומר: ״ואת האשה אל קבתה״.

Et les lehayayim — en correspondance avec la prière (tefilla), et ainsi est-il dit : 'et Pinhas se leva et pria (vayefallel)' (Psaumes 106:30). La keva — selon son sens [littéral, le ventre], et ainsi est-il dit : 'et la femme dans son ventre (kovata)' (Nombres 25:8).

💡 Explication

Suite du symbolisme. Les lehayayim (mâchoires) correspondent à la prière (tefilla) de Pinhas — 'et Pinhas se leva et pria (vayefallel)' (Ps 106:30). La keva (caillette / ventre) selon son sens littéral : c'est par le ventre que Pinhas transperça la Madianite — 'et la femme dans son ventre (kovata)' (Nb 25:8).

20
ותנא מייתי לה מהכא: ״שוק הימין״ – אין לי אלא שוק הימין, זרוע מוקדשין מנין? תלמוד לומר ״תרומה״. זרוע חולין מנין? תלמוד לומר ״תתנו״.

Et un [autre] tana l'apporte de ceci : 'le shok droit' (Lévitique 7:32) — je n'ai [par là] que le shok droit [du sacrifice de paix] ; le zeroa des [bêtes] consacrées (moukdachin), d'où [le sait-on] ? L'enseignement dit : 'terouma' [prélèvement].

Le zeroa des [bêtes] profanes (houlin), d'où [le sait-on] ? L'enseignement dit : 'vous donnerez'.

📜 Rachi (3)
זרוע המוקדשין של איל נזיר:
Le zeroa des [bêtes] consacrées — du bélier du nazir.
ת"ל תתנו תרומה לכהן:
L'enseignement dit : 'vous donnerez' (titenou) — [c'est-à-dire] 'terouma au cohen'.
זרוע חולין מתנות כהונה:
Le zeroa des [bêtes] profanes — les dons au cohen.
💡 Explication

Un autre tana dérive le côté droit autrement. 'Le shok droit tu donneras au cohen en terouma de vos sacrifices de paix' (Lev 7:32) : on n'a d'abord que le shok droit du sacrifice de paix. Le zeroa des bêtes consacrées (le bélier du nazir), d'où ? De 'terouma'. Le zeroa des bêtes profanes (les dons sacerdotaux ordinaires), d'où ? De 'vous donnerez' (titenou).

21
איזהו לחי – מן הפרק של לחי ועד פיקה של גרגרת, והתניא: נוטלה ובית שחיטה עמה?

[La michna a dit :] qu'est-ce que le lehi ? De l'articulation de la mâchoire jusqu'à l'anneau de la trachée.

Or n'est-il pas enseigné [dans une braita] : on le prend, et le lieu de l'abattage (bet chehita) avec lui ?

📜 Rachi (1)
ובית שחיטה עמה היינו תופס בעומק הצואר באלכסון יותר מן הפיקה:
Et le lieu de l'abattage avec lui — c'est-à-dire qu'il saisit dans la profondeur du cou, en oblique, au-delà de l'anneau (pika).
💡 Explication

Objection à la michna. Celle-ci borne le lehi à l'anneau de la trachée. Mais une braita enseigne qu'on prend le lehi avec le lieu de l'abattage (bet chehita) — or le lieu de l'abattage est au-delà de l'anneau de la trachée (plus bas sur la gorge). Contradiction sur l'étendue du don.

22
לא קשיא: הא רבנן, והא רבי חנינא בן אנטיגנוס.

Ce n'est pas une difficulté : ceci [est] selon les Sages (rabbanan), et cela [est] selon Rabbi Hanina ben Antigonos.

📜 Rachi (1)
לעולם עד הפיקה ולא קשיא ברייתא דקרי לה בית שחיטה ר' חנינא היא דמכשיר שחיטה למעלה מבית הבליעה ומתניתין דלא קרי לה בית שחיטה רבנן היא:
En réalité [c'est] jusqu'à l'anneau, et ce n'est pas une difficulté — la braita, qui l'appelle 'lieu de l'abattage', [suit] Rabbi Hanina, qui valide l'abattage au-dessus du gosier (bet ha-beliaa) ; et la michna, qui ne l'appelle pas 'lieu de l'abattage', [suit] les Sages.
💡 Explication

Première réponse : pas de contradiction. Tout le monde s'accorde que le cohen ne reçoit que jusqu'à l'anneau de la trachée ; la divergence vient de ce que la michna suit les Sages, tandis que la braita suit Rabbi Hanina ben Antigonos [qui élargit la zone valide d'abattage].

23
דתניא: מוגרמת פסולה, העיד רבי חנינא בן אנטיגנוס על מוגרמת שהיא כשרה.

Car il est enseigné : [l'abattage] dévié vers le haut (mougremet) [est] invalide ; Rabbi Hanina ben Antigonos a témoigné au sujet du [couteau] dévié vers le haut qu'il est valide.

💡 Explication

Explication de la divergence (cf. Houlin 18b). L'abattage mougremet — où le couteau dévie vers le haut, au-dessus du lieu normal de l'abattage — est tenu pour invalide par les Sages. Rabbi Hanina ben Antigonos a témoigné qu'il est valide. Pour lui, cette zone haute (jusqu'à l'anneau de la trachée, partie du lehi) est encore lieu d'abattage.

24
איבעית אימא: הא והא רבנן, ומאי ״עמה״? עמה דבהמה.

Et si tu veux, dis : celle-ci et celle-là [suivent] les Sages, et que [signifie] 'avec lui (imah)' ? 'Avec elle [la bête]' (imah de-behema) [le lieu de l'abattage reste avec la bête, c'est-à-dire avec le propriétaire].

📜 Rachi (1)
ואיבעית אימא ברייתא נמי רבנן היא והאי עמה דקתני לאו עם הלחי אלא עם הבהמה היה נשאר בית שחיטה והלחי ניטל עם הפיקה:
Et si tu veux, dis — la braita aussi [suit] les Sages ; et ce 'avec lui (imah)' qui est enseigné, ce n'est pas 'avec le lehi' mais 'avec la bête' : le lieu de l'abattage restait [avec la bête], et le lehi est pris avec l'anneau (pika).
💡 Explication

Seconde réponse : michna et braita suivent toutes deux les Sages. Le 'avec lui (imah)' de la braita ne signifie pas que le lieu de l'abattage est pris avec le lehi [pour le cohen], mais qu'il reste avec la bête (imah de-behema) — c'est-à-dire avec le propriétaire ; le lehi, lui, est pris jusqu'à l'anneau seulement.

25
הדרן עלך הזרוע והלחיים.

Nous voici de retour vers toi, [chapitre] 'Le zeroa et les lehayayim'.

💡 Explication

Formule de clôture (hadran) du chapitre Ha-zeroa ve-ha-lehayayim ('Le zeroa et les mâchoires'), le dixième chapitre du traité Houlin, consacré aux dons au cohen.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).