Sougya : Fin du chapitre Ha-zeroa ve-ha-lehayayim. Le daf achève la liste des doutes du converti où l'on est indulgent (première tonte, dons, rachat du fils aîné, rachat de l'ânon : doute d'argent, donc exemption), rapporte la version de Ravin sur une contradiction de Resh Lakich à Rabbi Meir, puis traite du glanage là où il n'y a pas de pauvres : Levi sème à Kishar sans pauvres, Rav Chechet lui applique 'pour le pauvre et pour l'étranger tu [les] laisseras' — et non pour les corbeaux et les chauves-souris.
Suit une série d'objections (terouma, dons) pour savoir si l'on doit se donner du mal afin d'acquitter le don : la terouma et les dons au cohen ont un terme de don (netina) écrit, le glanage seulement 'tu laisseras'. On rapporte le sac de dinars que Rabbi Ami acquit (pour les pauvres, ou parce qu'un homme important est différent).
La michna définit alors précisément le zeroa (épaule droite, du genou au plat de l'épaule, = le 'zeroa cuit' du nazir), le shok parallèle à la patte arrière, et le lehi (de l'articulation de la mâchoire à l'anneau de la trachée). La guemara dérive le côté droit du 'ha' de 'ha-zeroa', étend lehayayim à la laine et au poil, et keva à sa graisse ; les 'interprètes des énigmes' rattachent les trois dons à l'acte de Pinhas (main, prière, ventre).
Enfin on concilie la michna et une braita sur le 'lieu de l'abattage' joint au lehi.
La première [laine de] tonte, les dons [au cohen], le rachat du fils [aîné] et le rachat de l'ânon [premier-né de l'ânesse] — [pour ces quatre doutes du converti, on tranche dans le sens de l'] exemption.
Fin de la liste (commencée en 134a) des quatre doutes du converti (guer) où l'on est indulgent (voir le schéma). Dans chaque cas le doute est : la chose a-t-elle eu lieu avant la conversion (donc pas d'obligation) ou après ? Comme l'enjeu n'est qu'argent (mamona) et non interdit, on applique 'celui qui veut extorquer a la charge de la preuve' : le converti est exempt. Les quatre : reshit ha-gez (première tonte), matanot (les dons sacerdotaux), pidyon ha-ben (rachat du fils aîné, cinq sela), pidyon peter hamor (rachat de l'ânon par un agneau).
Lorsque Ravin vint [de la Terre d'Israël], il dit : il oppose [le verset / la braita sur] le blé sur pied à [celui sur] le blé sur pied.
En lien avec la discussion précédente entre Resh Lakich et Rabbi Yo'hanan, Ravin rapporte de Terre d'Israël une version légèrement différente : Resh Lakich a opposé à Rabbi Meir (qui exempte du glanage le blé sur pied (kama) du converti en cas de doute) une braita disant que 'le glanage douteux est glanage' [donc obligatoire]. Rabbi Yo'hanan résout : cette seconde braita n'est de Rabbi Meir que selon Yehouda ben Agra.
Levi sema à Kishar, et il n'y avait pas de pauvres pour prendre le glanage. Il vint devant Rav Chechet.
Il lui dit : 'pour le pauvre et pour l'étranger tu [les] laisseras' (Lévitique 23:22) — et non pour les corbeaux ni pour les chauves-souris.
Au sujet des dons aux pauvres : Levi sema à Kishar (un lieu) où il n'y avait aucun pauvre pour prendre le glanage (leket). Rav Chechet tranche d'après le verset 'pour le pauvre et pour l'étranger tu [les] laisseras' — et non pour les corbeaux ni pour les chauves-souris : à défaut de pauvres, Levi peut prendre le glanage pour lui-même.
On objecte : on n'apporte pas la terouma, ni de l'aire à la ville, ni du désert vers un lieu habité ; et s'il n'y a pas là de cohen — on loue une vache et on l'apporte, à cause de la perte de la terouma.
Objection contre Rav Chechet, tirée d'une braita sur la terouma : le propriétaire n'est pas tenu de se donner du mal pour la porter de l'aire à la ville (c'est au cohen de venir) ; mais s'il n'y a pas de cohen sur place, il doit louer une vache et l'apporter, pour éviter la perte de la terouma. Donc, semblerait-il, on doit garder le glanage jusqu'à trouver des pauvres — contre la décision de Rav Chechet.
La terouma est différente, car elle rend [la récolte] tevel, et il n'est pas possible de ne pas la prélever.
Réponse : la terouma est un cas particulier, car tant qu'elle n'est pas prélevée elle rend toute la récolte tevel (interdite à la consommation) ; on est donc contraint de la prélever. Le glanage, lui, ne rend rien interdit : pas besoin de le mettre de côté ni de se donner du mal.
Mais voici les dons [au cohen], qui ne rendent pas [la bête] tevel, et [pourtant] il est enseigné : à l'endroit où l'on a coutume d'échauder [au point d'ôter le poil] les veaux [et de les manger avec la peau] — on ne dépouillera pas le zeroa [de sa peau avant de le donner].
Nouvelle objection : les dons au cohen (zeroa, lehayayim, keva) ne rendent pas la bête tevel, et pourtant la braita exige un effort. Là où l'on a coutume d'échauder les veaux dans l'eau bouillante (pour ôter le poil) et de manger la viande avec la peau, on ne doit pas dépouiller le zeroa de sa peau avant de le remettre au cohen — on le lui donne tel quel, avec sa peau.
[À l'endroit où l'on a coutume] de dépouiller la tête [de sa peau] — on ne dépouillera pas le lehi [la mâchoire] ; et s'il n'y a pas là de cohen — on les estime en argent et on les mange, à cause de la perte du cohen.
Suite de la braita : là où l'on a coutume de dépouiller la tête de sa peau, on ne doit pas dépouiller le lehi (mâchoire) — on le donne avec sa peau, que le cohen en use à sa guise. Et s'il n'y a pas de cohen, on estime la valeur des dons, on les mange, et l'on en versera la valeur à un cohen ultérieur, pour éviter la perte du cohen. Donc, ici aussi, on se donne du mal — pourquoi le glanage serait-il différent ?
Les dons au cohen sont différents, car un [terme de] don (netina) est écrit à leur sujet. Maintenant que tu es parvenu à cela, la terouma aussi : un [terme de] don est écrit à son sujet.
Réponse : les dons au cohen sont un cas particulier, car l'Écriture y emploie un terme de don (netina) — 'ils donneront au cohen le zeroa, les lehayayim et la keva' (Deut 18:3) : il faut donc activement les remettre au cohen, contrairement au glanage. Et puisqu'on en est là, on peut dire de même que la terouma exige cet effort parce qu'un terme de don y est écrit ('la première [laine de] ta tonte tu lui donneras', Deut 18:4) — et non à cause du tevel.
Mais alors, le 'tu [les] laisseras' (taazov) surabondant, pourquoi m'est-il [nécessaire] ?
Difficulté : si le glanage n'oblige aucun effort, pourquoi l'Écriture répète-t-elle le terme 'tu [les] laisseras' (taazov) — une fois dans 'Kedochim tihyou' (Lev 19) et une fois dans 'Chor o kessev' (Lev 23) ? Ce taazov surabondant n'enseigne-t-il pas que, même là où il n'y a pas de pauvres, le propriétaire doit mettre [le glanage] de côté jusqu'à en trouver ?
[Le 'tu [les] laisseras' surabondant est requis] pour ce qui est enseigné : celui qui déclare sa vigne sans maître (hefker), puis se leva tôt le matin, la [reprit] et la vendangea — il est tenu au peret [grain isolé tombé], aux olelot [grappes incomplètes], à la chikhha [oubli] et à la pea [coin du champ], et il est exempt des dîmes.
Réponse : le taazov surabondant sert à la braita suivante. Celui qui rend sa vigne sans maître (hefker) puis la reprend et la vendange : il reste tenu aux dons aux pauvres — peret (grains isolés), olelot (petites grappes non formées), chikhha (grappes oubliées) et pea (coin du champ) — mais exempt des dîmes. Alors même que normalement un champ rendu hefker est exempt de tout, le taazov surabondant inclut ce cas particulier.
Un certain sac de dinars qui vint à la maison d'étude (bet ha-midrach) — Rabbi Ami devança [les autres] et l'acquit. Or comment fait-il ainsi ?
N'est-il pas écrit 'il donnera' (venatan) — et non qu'il prenne de lui-même ! Rabbi Ami aussi l'a acquis pour les pauvres.
En lien avec le cas où le propriétaire prend pour lui : un sac de dinars [d'or] arriva à la maison d'étude (envoyé d'ailleurs pour les étudiants) ; Rabbi Ami se hâta et l'acquit. Objection : comment, alors qu'il est écrit 'il donnera' (au cohen) — donc le bénéficiaire reçoit, il ne se sert pas lui-même ? Réponse : Rabbi Ami non plus ne l'a pas pris pour lui, mais l'a acquis pour les pauvres.
Et si tu veux, dis : un homme important (adam hachouv) est différent, car il est enseigné : 'et le cohen le plus grand d'entre ses frères' (Lévitique 21:10) — qu'il soit plus grand que ses frères en beauté, en sagesse et en richesse.
Autre réponse : un homme important comme Rabbi Ami (chef de la yechiva) est différent et peut acquérir pour lui-même. Car la braita enseigne, à partir de 'le cohen le plus grand d'entre ses frères' (Lev 21:10), que le grand-prêtre doit être plus grand que ses frères en beauté, en sagesse et en richesse [il revient donc aux autres de l'enrichir].
D'autres disent : d'où [sait-on] que, s'il n'a pas [de bien], ses frères les cohanim l'enrichissent ? L'enseignement dit : 'et le cohen le plus grand d'entre ses frères' — enrichis-le du [bien] de ses frères.
Les 'autres' tirent du même verset une deuxième règle : si le grand-prêtre n'a pas de bien propre, ses frères les cohanim l'enrichissent de leur propre bien — 'le plus grand d'entre ses frères' = 'enrichis-le du bien de ses frères'. Puisque les membres de la maison d'étude doivent enrichir Rabbi Ami de leur propre bien, il lui est à plus forte raison permis de prendre ces dinars pour lui.
MICHNA. Qu'est-ce que le zeroa [qu'on donne au cohen] ?
De l'articulation du genou (arkouba) jusqu'au plat de l'épaule (kaf chel yad) ; et c'est [le zeroa] du nazir ; et son correspondant dans la patte arrière [est] le shok. Rabbi Yehouda dit : le shok [va] de l'articulation du genou jusqu'au sovekh de la patte.
Qu'est-ce que le lehi ? De l'articulation de la mâchoire (lehi) jusqu'à l'anneau (pika) de la trachée (gargeret).
La michna définit précisément les dons (voir le schéma). Le zeroa (épaule, patte avant) : de l'articulation du genou (arkouba, vendue avec la tête) jusqu'au plat de l'épaule (kaf chel yad) — c'est le 'zeroa cuit' du nazir (Nb 6:19). Son parallèle dans la patte arrière est le shok (donné du sacrifice de paix). Rabbi Yehouda : le shok va du genou jusqu'au sovekh (l'articulation entre le fémur et l'os médian). Le lehi (mâchoire) : de l'articulation de la mâchoire jusqu'à l'anneau (pika) de la trachée.
GUEMARA. Nos Maîtres ont enseigné : 'le zeroa' — c'est le zeroa [de la patte] droite.
Tu dis : c'est le zeroa droit, ou bien n'est-ce que le zeroa gauche ? L'enseignement dit : 'le zeroa' [avec l'article].
La braita dérive, du verset 'ils donneront au cohen le zeroa, les lehayayim et la keva' (Deut 18:3), que 'le zeroa' désigne le zeroa droit. La méthode : on objecte que ce pourrait être le gauche, et l'on répond que l'article défini ('ha-zeroa') tranche pour le droit.
Quel [est] l'enseignement [tiré de l'article] ? Comme l'a dit Rava : 'la cuisse (ha-yarekh)' — la plus distinguée (meyoumenet) des cuisses ; ici aussi : 'le zeroa (ha-zeroa)' — le plus distingué des zeroa.
Comment l'article indique-t-il le droit ? Comme l'a dit Rava à propos du nerf sciatique (Gn 32:33) : 'la cuisse' (ha-yarekh) désigne la cuisse la plus distinguée (meyoumenet), la droite. De même ici, 'le zeroa' (ha-zeroa) désigne le zeroa le plus distingué, c'est-à-dire le droit.
'Et les lehayayim' (mâchoires) — à quoi cela vient-il [enseigner] ? À inclure la laine qui est sur la tête des agneaux, et le poil qui est dans la barbe des boucs. 'Et la keva' (caillette) — à quoi cela vient-il ?
À inclure la graisse qui est sur la keva et la graisse qui est dans la keva. Car Rabbi Yehochoua a dit : les cohanim ont usé à son sujet d'un œil généreux (ayin yafa) et l'ont donnée aux propriétaires.
La raison [pour laquelle ils ne la prennent pas, c'est] qu'ils ont usé [d'un œil généreux] ; mais s'ils n'avaient pas usé [ainsi], elle serait sienne [au cohen].
L'article ('et les lehayayim', 've-ha-keva') sert à étendre les dons. Lehayayim inclut la laine sur la tête des agneaux et le poil de la barbe des boucs. Keva inclut la graisse sur la keva et la graisse dans la keva. Preuve : Rabbi Yehochoua dit que les cohanim ont, par générosité (ayin yafa), cédé cette graisse aux propriétaires — d'où l'on infère que, sans cette générosité, elle reviendrait au cohen de droit (donc de la Torah, par l'article surabondant).
Les interprètes des énigmes (dorchei hamourot) disaient : le zeroa — en correspondance avec la main, et ainsi est-il dit : 'et il prit une lance dans sa main' (Nombres 25:7).
Idée homilétique sur la raison des trois dons. Les dorchei hamourot (interprètes des versets obscurs) enseignent que les dons récompensent l'acte de Pinhas : le zeroa (patte/bras) correspond à sa main, celle qui tua Zimri — 'et il prit une lance dans sa main' (Nb 25:7) ; et la main qui fait la guerre, c'est la droite (autre appui pour le côté droit).
Et les lehayayim — en correspondance avec la prière (tefilla), et ainsi est-il dit : 'et Pinhas se leva et pria (vayefallel)' (Psaumes 106:30). La keva — selon son sens [littéral, le ventre], et ainsi est-il dit : 'et la femme dans son ventre (kovata)' (Nombres 25:8).
Suite du symbolisme. Les lehayayim (mâchoires) correspondent à la prière (tefilla) de Pinhas — 'et Pinhas se leva et pria (vayefallel)' (Ps 106:30). La keva (caillette / ventre) selon son sens littéral : c'est par le ventre que Pinhas transperça la Madianite — 'et la femme dans son ventre (kovata)' (Nb 25:8).
Et un [autre] tana l'apporte de ceci : 'le shok droit' (Lévitique 7:32) — je n'ai [par là] que le shok droit [du sacrifice de paix] ; le zeroa des [bêtes] consacrées (moukdachin), d'où [le sait-on] ? L'enseignement dit : 'terouma' [prélèvement].
Le zeroa des [bêtes] profanes (houlin), d'où [le sait-on] ? L'enseignement dit : 'vous donnerez'.
Un autre tana dérive le côté droit autrement. 'Le shok droit tu donneras au cohen en terouma de vos sacrifices de paix' (Lev 7:32) : on n'a d'abord que le shok droit du sacrifice de paix. Le zeroa des bêtes consacrées (le bélier du nazir), d'où ? De 'terouma'. Le zeroa des bêtes profanes (les dons sacerdotaux ordinaires), d'où ? De 'vous donnerez' (titenou).
[La michna a dit :] qu'est-ce que le lehi ? De l'articulation de la mâchoire jusqu'à l'anneau de la trachée.
Or n'est-il pas enseigné [dans une braita] : on le prend, et le lieu de l'abattage (bet chehita) avec lui ?
Objection à la michna. Celle-ci borne le lehi à l'anneau de la trachée. Mais une braita enseigne qu'on prend le lehi avec le lieu de l'abattage (bet chehita) — or le lieu de l'abattage est au-delà de l'anneau de la trachée (plus bas sur la gorge). Contradiction sur l'étendue du don.
Ce n'est pas une difficulté : ceci [est] selon les Sages (rabbanan), et cela [est] selon Rabbi Hanina ben Antigonos.
Première réponse : pas de contradiction. Tout le monde s'accorde que le cohen ne reçoit que jusqu'à l'anneau de la trachée ; la divergence vient de ce que la michna suit les Sages, tandis que la braita suit Rabbi Hanina ben Antigonos [qui élargit la zone valide d'abattage].
Car il est enseigné : [l'abattage] dévié vers le haut (mougremet) [est] invalide ; Rabbi Hanina ben Antigonos a témoigné au sujet du [couteau] dévié vers le haut qu'il est valide.
Explication de la divergence (cf. Houlin 18b). L'abattage mougremet — où le couteau dévie vers le haut, au-dessus du lieu normal de l'abattage — est tenu pour invalide par les Sages. Rabbi Hanina ben Antigonos a témoigné qu'il est valide. Pour lui, cette zone haute (jusqu'à l'anneau de la trachée, partie du lehi) est encore lieu d'abattage.
Et si tu veux, dis : celle-ci et celle-là [suivent] les Sages, et que [signifie] 'avec lui (imah)' ? 'Avec elle [la bête]' (imah de-behema) [le lieu de l'abattage reste avec la bête, c'est-à-dire avec le propriétaire].
Seconde réponse : michna et braita suivent toutes deux les Sages. Le 'avec lui (imah)' de la braita ne signifie pas que le lieu de l'abattage est pris avec le lehi [pour le cohen], mais qu'il reste avec la bête (imah de-behema) — c'est-à-dire avec le propriétaire ; le lehi, lui, est pris jusqu'à l'anneau seulement.
Nous voici de retour vers toi, [chapitre] 'Le zeroa et les lehayayim'.
Formule de clôture (hadran) du chapitre Ha-zeroa ve-ha-lehayayim ('Le zeroa et les mâchoires'), le dixième chapitre du traité Houlin, consacré aux dons au cohen.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).