Sougya : La sougya cherche la mesure de la première toison (rechit ha-gez) due au cohen : R. Dossa exige un mane par brebis, les Sages 'tant soit peu' ; Rav dit mane et demi, Chmouel soixante sela (dont un au cohen), R.
Yo'hanan six sela (cinq au cohen, un pour soi), Oula au nom de R. Elazar 'tant soit peu' même un seul sela.
La Guemara confronte chaque avis au don fixe de cinq sela enseigné dans la michna (135a) et résout la difficulté : les cinq sela visent le cas d'un homme riche en toison qui veut donner à plusieurs cohanim, sans descendre au-dessous de cinq sela par cohen. Vient ensuite le principe de Rav et Chmouel : rechit ha-gez, terouma et pea [sont] 'à un soixantième', que la Guemara nuance — terouma de la Torah selon Chmouel 'un grain exempte le tas', le 1/60 et le 1/40 étant rabbiniques ; pea 'sans mesure' en Terre d'Israël, 1/60 au-dehors.
Enfin l'aggada : Isi bar Hini monte en Terre d'Israël, R. Yo'hanan corrige son 'rehelim' en 'rehelot' (langue de la Torah à part, langue des Sages à part), puis le reprend d'avoir appelé Rav 'Abba Arikha', en évoquant les étincelles de feu (zikoukin) jaillissant entre la bouche de Rav et celle de Rabbi.
La page se clôt sur Rav Dimi (Rav soixante, R. Yo'hanan au nom de R.
Yannai six) et la conciliation du 'mane' de Rav, lu comme un grand mane de quarante sela.
Rabbi Yo'hanan a dit : il [Rabbi] l'a dit d'après une tradition reçue (chemoua), de la bouche de Hagaï, Zekharia et Malachi. [Si Rabbi a tranché comme Rabbi Yossei, ce n'est pas à titre de compromis, mais parce qu'une tradition prophétique appuie son avis.]
Fin de la sougya précédente : pourquoi Rabbi a-t-il tranché comme Rabbi Yossei ? Réponse de R. Yo'hanan : non parce que c'était un compromis, mais parce que Rabbi Yossei parlait d'après une tradition (chemoua) remontant aux derniers prophètes, Hagaï, Zekharia et Malachi — d'où la halakha selon lui.
[La michna :] 'Rabbi Dossa ben Harkinas dit, etc.' [il faut cinq brebis dont la toison de chacune pèse cent cinquante dinars]. Et combien [vaut] le 'tant soit peu' [des Sages] ?
Rav a dit : un mane et un demi [-mane] (mane oufrass), pourvu qu'[elles] soient réparties en cinq (mehoumachot) ; et Chmouel a dit : soixante [sela], et il en donne un sela au cohen.
La michna : R. Dossa exige cinq brebis à cent cinquante dinars de toison chacune ; les Sages se contentent de 'tant soit peu' (kol che-hen). Combien ? Pour Rav : un mane et demi (cent cinquante dinars au total), répartis également (mehoumachot) sur les cinq bêtes. Pour Chmouel : soixante sela, dont on prélèvera un sela (1/60) pour le cohen.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : six [sela] — au cohen cinq, et un pour lui. Oula a dit au nom de Rabbi Elazar : c'est 'tant soit peu' que nous avons appris [même un seul sela].
Deux autres avis. Rabbi Yo'hanan (via Rabba bar bar Hana) : il faut six sela de toison — cinq pour le cohen, un qu'on garde pour soi. R. Elazar (via Oula) prend la michna à la lettre : 'tant soit peu' veut dire n'importe quel poids, fût-ce un seul sela.
Nous avons appris [michna 135a] : 'Et combien lui donne-t-on ? Le poids de cinq sela en Judée, qui [font] dix sela en Galilée.' Soit, pour Rav et Rabbi Yo'hanan — cela va ; mais pour Chmouel et Rabbi Elazar — [c'est une] difficulté !
Objection depuis la michna 135a : on donne au cohen cinq sela (de Judée, soit dix de Galilée — le sela de Galilée valant la moitié). Pour Rav (mane et demi = trente-sept sela et demi, dont on peut tirer cinq) et R. Yo'hanan (cinq au cohen) : pas de problème. Mais pour Chmouel (un seul sela au cohen) et R. Elazar ('tant soit peu') : d'où tirer les cinq sela exigés ?
Et selon ton raisonnement, pour Rav cela va-t-il [vraiment] ? Or Rav et Chmouel ont dit tous deux : la première toison [se donne] à un soixantième (be-chichim) !
[Le mane et demi de Rav, dont le soixantième ne fait pas cinq sela, n'est donc pas non plus conforme à la michna.]
La Guemara retourne l'objection : pour Rav aussi, cela ne va pas ! Car Rav et Chmouel disent ensemble que la rechit ha-gez se donne au soixantième (1/60). Or le soixantième de mane et demi (trente-sept sela et demi) est bien moins que cinq sela — donc l'avis de Rav non plus ne colle pas avec la michna.
[Mais] il a [déjà] été énoncé à propos de cette [règle-là] : Rav et Chmouel ont dit tous deux : nous traitons d'un Israélite qui a beaucoup de toisons et qui demande à les donner au cohen [à plusieurs cohanim] ; et nous lui disons : pour chacun et chacun [des cohanim], ne lui retranche pas [le don] au-dessous de cinq sela.
Résolution : le don de cinq sela de la michna ne contredit pas le 1/60. On l'a expliqué ainsi : il s'agit d'un Israélite riche en toison dont le soixantième suffit à partager entre plusieurs cohanim ; on lui dit alors de ne donner à aucun cohen moins de cinq sela (un don digne de ce nom). Pour une petite toison, en revanche, le 1/60 suffit, fût-il inférieur à cinq sela.
[Reprise de] la chose même (goufa) : Rav et Chmouel ont dit tous deux : la première toison [se donne] à un soixantième, la terouma à un soixantième, la pea à un soixantième.
La Guemara revient sur l'énoncé lui-même (goufa). Rav et Chmouel établissent une proportion commune de 1/60 (voir le schéma) : pour la rechit ha-gez (première toison), pour la terouma (prélèvement du cohen) et pour la pea (coin du champ laissé au pauvre).
La terouma à un soixantième ? Or nous avons appris [michna Teroumot 4:3] : la terouma, à œil généreux (ayin yafa) — un quarantième !
[Réponse :] [celle] de la Torah, à un soixantième ; [celle] des Sages (de-rabbanan), à un quarantième.
Difficulté sur la terouma : la michna (Teroumot 4:3) fixe, pour qui donne généreusement (ayin yafa), un quarantième — comment Rav et Chmouel disent-ils 1/60 ? Réponse : la mesure de la Torah est 1/60 (le minimum, l'ayin raa) ; le 1/40 (généreux) et le 1/50 (moyen) sont des mesures fixées par les Sages.
[Celle] de la Torah, à un soixantième ? Or Chmouel a dit : un seul grain de blé exempte le tas (kri) !
[Réponse :] [la mesure] de la Torah, comme [l'a dit] Chmouel [le minimum strict] ; [la mesure] rabbinique pour [un produit soumis] de la Torah — un quarantième ; [la mesure] rabbinique pour [un produit soumis seulement] de [par] les Sages — à un soixantième.
Nouvelle difficulté : la terouma de la Torah serait-elle d'un soixantième ? Or Chmouel dit qu'un seul grain de blé exempte tout le tas (kri) — donc la Torah ne fixe aucune mesure ! Réponse, en trois étages : de la Torah, comme dit Chmouel (un grain suffit) ; rabbinique sur un produit soumis de la Torah (blé, vin, huile) — 1/40 ; rabbinique sur un produit soumis seulement par les Sages (fruits de l'arbre, légumes) — 1/60.
La pea à un soixantième ? Or nous avons appris [michna Pea 1:1] : voici les choses qui n'ont pas de mesure : la pea, les prémices (bikourim) et l'apparition [au Temple] (raayon).
[Réponse :] [celle] de la Torah n'a pas de mesure ; [celle] des Sages, à un soixantième.
Difficulté sur la pea : la michna (Pea 1:1) la range parmi les mitsvot sans mesure (avec les bikourim et le sacrifice d'apparition au Temple lors des fêtes). Comment alors fixer 1/60 ? Réponse : de la Torah, la pea n'a aucune mesure ; le 1/60 est une mesure minimale fixée par les Sages.
Que nous apprend-il [de neuf] ? Nous l'avons [déjà] appris [michna Pea 1:2] : on ne retranche pas, pour la pea, en deçà d'un soixantième, bien qu'ils aient dit [que] la pea n'a pas de mesure !
[Réponse :] là-bas [c'est] en Terre [d'Israël], ici [c'est] hors de la Terre [d'Israël].
Objection : qu'apportent Rav et Chmouel, puisque la michna suivante (Pea 1:2) dit déjà qu'on ne donne pas moins d'un soixantième de pea, 'bien qu'ils aient dit qu'elle n'a pas de mesure' ? Réponse : la michna parle de la pea en Terre d'Israël ; Rav et Chmouel, eux, traitent de la pea hors de la Terre d'Israël [la nouveauté portant sur la diaspora].
Lorsque Isi bar Hini monta [en Terre d'Israël], il trouva Rabbi Yo'hanan en train d'enseigner à son fils 'rehelim' [au masculin]. Il lui dit : enseigne-lui 'rehelot' [au féminin].
Il lui dit : comme il est écrit 'deux cents rehelim' (Genèse 32:15) ! Il lui dit : la langue de la Torah [est] pour elle-même, la langue des Sages [est] pour elle-même.
Aggada (voir le schéma). Isi bar Hini, monté de Babylonie, enseigne la michna avec 'rehelim' (pluriel masculin de rahel, brebis). R. Yo'hanan le corrige : dis 'rehelot' (féminin). Isi se réclame du verset 'deux cents rehelim' (Gen 32:15). R. Yo'hanan tranche : la langue de la Torah et la langue des Sages sont distinctes — la michna emploie 'rehelot' même là où l'Écriture dit 'rehelim'.
Il lui dit : qui [est] le chef de l'académie (rech sidra) en Babylonie ? Il lui dit : Abba Arikha [Abba le grand].
Il lui dit : Abba Arikha, [c'est ainsi que] tu l'appelles ?! Je me souviens [du temps] où je siégeais dix-sept rangs derrière Rav, devant Rabbi, et [où] des étincelles de feu (zikoukin de-nour) jaillissaient de la bouche de Rav vers la bouche de Rabbi, et de la bouche de Rabbi vers la bouche de Rav, et je ne savais pas ce qu'ils disaient — et toi, 'Abba Arikha' [c'est ainsi que] tu l'appelles ?!
R. Yo'hanan demande qui dirige l'académie de Babylonie. Isi répond : 'Abba Arikha' (Abba le grand — surnom de Rav, le plus grand de sa génération). R. Yo'hanan le reprend de ce ton familier : il se souvient d'avoir siégé dix-sept rangs derrière Rav, lui-même devant Rabbi, et des étincelles de feu (zikoukin de-nour — l'échange brûlant de la halakha) jaillissant entre la bouche de Rav et celle de Rabbi, si profond qu'il n'en saisissait pas le contenu ; comment Isi ose-t-il appeler un tel maître 'Abba Arikha' [sans titre d'honneur] ?
Il lui dit, lui [Isi à R. Yo'hanan] : la première toison, [elle est] de combien ?
Rabbi Yo'hanan lui dit : à un soixantième. [Isi :] or nous avons appris 'tant soit peu' !
Il lui dit : si [c'était] ainsi [si la michna se comprenait à la lettre], quelle [serait la] différence entre moi et toi ?
Isi interroge à son tour : quelle est la mesure de la rechit ha-gez ? R. Yo'hanan : 1/60 [soixante sela déclenchent l'obligation]. Isi objecte : la michna dit 'tant soit peu' ! R. Yo'hanan répond avec hauteur : si la michna se lisait au pied de la lettre, quelle différence entre nous ? — le maître détient la conclusion halakhique, l'élève seulement la lettre du texte ; 'tant soit peu' n'est qu'une formule, mais il faut au moins six sela pour qu'un sela revienne au cohen.
Lorsque Rav Dimi vint [de Terre d'Israël], il dit : la première toison — Rav a dit à un soixantième, et Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yannai, a dit à six. Abaye dit à Rav Dimi : tu nous as posé [à plat] une [contradiction] et tu nous en as soulevé une [autre].
Tradition de Rav Dimi (revenu d'Israël) : pour la rechit ha-gez, Rav dit 1/60 [soixante sela], et R. Yo'hanan au nom de R. Yannai dit six sela. Abaye réagit : cette tradition en résout une contradiction mais en crée une autre.
Soit [la contradiction] de Rabbi Yo'hanan sur Rabbi Yo'hanan, [elle] n'[est] pas une difficulté : celle-ci [est] de lui-même, celle-là [est] de son maître.
Abaye précise : la contradiction interne à R. Yo'hanan se résout — il avait dit 'soixante' (à Isi) et 'six' (via Rabba bar bar Hana). Selon Rav Dimi : 'soixante' est son propre avis, tandis que 'six' est celui de son maître R. Yannai ; pas de contradiction.
Mais [la contradiction] de Rav sur Rav [est] une difficulté, car Rav a [pourtant] dit 'mane et demi' ! [Réponse :] [celle] de Rav sur Rav non plus n'[est] pas une difficulté : quel 'mane' a-t-il dit ?
[un mane] de quarante sela, ce qui fait [pour lui]
Reste la contradiction de Rav sur Rav : ici 'à un soixantième' (donc soixante sela), là 'mane et demi' (cent cinquante dinars = trente-sept sela et demi) ! Résolution : le 'mane' de Rav n'est pas le mane ordinaire de vingt-cinq sela, mais un grand mane de quarante sela — un mane et demi en font alors soixante sela, conformes à 'un soixantième' (le verset se poursuit au folio suivant).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).