Chullin 137b — la mesure de la première toison (rechit ha-gez), terouma et pea, et l'aggada d'Isi bar Hini

Chullin 137b

Sougya : La sougya cherche la mesure de la première toison (rechit ha-gez) due au cohen : R. Dossa exige un mane par brebis, les Sages 'tant soit peu' ; Rav dit mane et demi, Chmouel soixante sela (dont un au cohen), R.

Yo'hanan six sela (cinq au cohen, un pour soi), Oula au nom de R. Elazar 'tant soit peu' même un seul sela.

La Guemara confronte chaque avis au don fixe de cinq sela enseigné dans la michna (135a) et résout la difficulté : les cinq sela visent le cas d'un homme riche en toison qui veut donner à plusieurs cohanim, sans descendre au-dessous de cinq sela par cohen. Vient ensuite le principe de Rav et Chmouel : rechit ha-gez, terouma et pea [sont] 'à un soixantième', que la Guemara nuance — terouma de la Torah selon Chmouel 'un grain exempte le tas', le 1/60 et le 1/40 étant rabbiniques ; pea 'sans mesure' en Terre d'Israël, 1/60 au-dehors.

Enfin l'aggada : Isi bar Hini monte en Terre d'Israël, R. Yo'hanan corrige son 'rehelim' en 'rehelot' (langue de la Torah à part, langue des Sages à part), puis le reprend d'avoir appelé Rav 'Abba Arikha', en évoquant les étincelles de feu (zikoukin) jaillissant entre la bouche de Rav et celle de Rabbi.

La page se clôt sur Rav Dimi (Rav soixante, R. Yo'hanan au nom de R.

Yannai six) et la conciliation du 'mane' de Rav, lu comme un grand mane de quarante sela.

Combien de laine donne-t-on au cohen ? (rechit ha-gez) la michna : pour le cohen, le poids de cinq sela ; combien de toison déclenche l'obligation ? Rav mane et demi (150 dinars) réparti également sur les cinq brebis Chmouel soixante sela il en donne un sela au cohen (1/60) R. Yo'hanan six sela cinq au cohen, un pour lui Oula au nom de R. Elazar 'tant soit peu' (kol che-hen) : même un seul sela R. Dossa b. Harkinas mane par brebis (150 d.) Le verset de la michna (135a) : cinq sela en Judée = dix sela en Galilée il faut concilier chaque opinion avec ce don fixe de cinq sela au cohen
Les opinions sur la mesure de la rechit ha-gez (segments 1-3) confrontées au don fixe de cinq sela de la michna.
La proportion 'un sur soixante' : trois dons comparés Rechit ha-gez 1/60 (Rav et Chmouel) la première toison Terouma Torah : 1/60 rabbinique : 1/40 (œil généreux ; moyen 1/50) Pea (coin du champ) Torah : sans mesure rabbinique : 1/60 (au moins ; jamais moins) Terouma de la Torah, selon Chmouel : un seul grain de blé exempte tout le tas (kri) le 1/60 et le 1/40 ne sont que des mesures rabbiniques Pea 'sans mesure' = en Terre d'Israël (Torah) ; le 1/60 de Rav et Chmouel = hors de la Terre (rabbinique)
Le principe 'un sur soixante' (segments 6-10) : rechit ha-gez, terouma et pea, et le partage Torah / rabbinique.
Isi bar Hini et R. Yo'hanan : 'Abba Arikha', et les étincelles de feu Rabbi (au centre) Rabbi Rav étincelles (zikoukin) échange si profond qu'on ne le saisit pas R. Yo'hanan se souvient il était assis dix-sept rangs derrière Rav, devant Rabbi 'Tu l'appelles Abba Arikha ?' reproche à Isi son manque d'égard Rav = Abba 'le grand' (arikha) de sa génération 'langue de la Torah à part, langue des Sages à part' : 'rehelim' (Écriture) vs 'rehelot' (michna)
L'aggada d'Isi bar Hini (segments 11-12) : 'rehelim' contre 'rehelot', et les étincelles entre Rav et Rabbi.
1
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפִּי שְׁמוּעָה אֲמָרָהּ, מִפִּי חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי.

Rabbi Yo'hanan a dit : il [Rabbi] l'a dit d'après une tradition reçue (chemoua), de la bouche de Hagaï, Zekharia et Malachi. [Si Rabbi a tranché comme Rabbi Yossei, ce n'est pas à titre de compromis, mais parce qu'une tradition prophétique appuie son avis.]

📜 Rachi (1)
א"ר יוֹחָנָן מִפִּי הַשְּׁמוּעָה אֲמָרָהּ ר' יוֹסֵי הִלְכָּךְ הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ:
Rabbi Yo'hanan a dit : il l'a dit d'après une tradition reçue — [c'est] Rabbi Yossei [qui le tient ainsi] ; dès lors la halakha [est] comme lui.
💡 Explication

Fin de la sougya précédente : pourquoi Rabbi a-t-il tranché comme Rabbi Yossei ? Réponse de R. Yo'hanan : non parce que c'était un compromis, mais parce que Rabbi Yossei parlait d'après une tradition (chemoua) remontant aux derniers prophètes, Hagaï, Zekharia et Malachi — d'où la halakha selon lui.

2
רַבִּי דּוֹסָא בֶּן הַרְכִּינָס אוֹמֵר וְכוּ׳. וְכַמָּה ״כָּל שֶׁהֵן״? אָמַר רַב: מָנֶה וּפְרָס, וּבִלְבַד שֶׁיְּהוּ מְחֻומָּשׁוֹת, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שִׁשִּׁים, וְנוֹתֵן סֶלַע אַחַת לְכֹהֵן.

[La michna :] 'Rabbi Dossa ben Harkinas dit, etc.' [il faut cinq brebis dont la toison de chacune pèse cent cinquante dinars]. Et combien [vaut] le 'tant soit peu' [des Sages] ?

Rav a dit : un mane et un demi [-mane] (mane oufrass), pourvu qu'[elles] soient réparties en cinq (mehoumachot) ; et Chmouel a dit : soixante [sela], et il en donne un sela au cohen.

📜 Rachi (3)
מָנֶה וּפְרָס הַחֲמִשָּׁה כֻּולָּן:
Un mane et un demi-mane — [pour] les cinq [bêtes] toutes ensemble.
שֶׁיְּהוּ מְחֻומָּשׁוֹת לְכָל אַחַת מֵהֶן שִׁבְעָה סְלָעִים וָחֵצִי דְּהָווּ לָהּ כּוּלְּהוּ מָנֶה וּפְרָס שֶׁהַמָּנֶה מֵאָה זוּז עֶשְׂרִים וַחֲמִשָּׁה סְלָעִים הֲרֵי ל"ז סְלָעִים וָחֵצִי:
Qu'[elles] soient réparties en cinq — sept sela et demi pour chacune d'elles, ce qui fait pour toutes un mane et demi ; car le mane [vaut] cent zouz, [soit] vingt-cinq sela : voilà donc trente-sept sela et demi.
וְנוֹתֵן סֶלַע מֵהֶם לַכֹּהֵן וּלְקַמֵּיהּ פָּרֵיךְ לֵיהּ מִמַּתְנִיתִין:
Et il en donne un sela au cohen — et plus loin [la Guemara] lui objecte [cela] depuis notre michna.
🗂️ Tossefot (1)
עַד שֶׁצְּבָעוֹ פָּטוּר פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס מִשּׁוּם דְּהָוֵי כְּמוֹ מַזִּיק מַתָּנוֹת אוֹ אוֹכְלָן דְּפָטוּר וה"נ גּוֹזֵל וְתֵימַהּ דְּא"כ מַאי קמ"ל רַב חִסְדָּא כֵּיוָן דְּמַתְנִי' הִיא וּבְפִי' רַשִׁ"י הָרִאשׁוֹנִים בְּמִכְתָּב יָדוֹ פֵּירֵשׁ שֶׁקֹּודֶם שֶׁגָּזַז חָמֵשׁ צֹאן דְּהַייְנוּ כְּדֵי חִיּוּב צֶבַע מַה שֶׁגָּזַז שֶׁלֹּא בָּא לִידֵי חִיּוּב עַד שֶׁצְּבָעוֹ וְהֶעֱבִיר עָלָיו קוּלְמוֹס וְנִרְאֶה דקמ"ל רַב חִסְדָּא שֶׁלֹּא נְפָרֵשׁ מַתְנֵי' כְּפֵירוּשׁ שֶׁמָּחַק בַּקּוּנְטְרֵס אֶלָּא פָּטוּר מִשּׁוּם דְּמַזִּיק מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה שֶׁקְּנָאָן בְּשִׁינּוּי:
Jusqu'à ce qu'il [l']ait teint, [il est] exempt — le commentateur (Rachi) a expliqué : parce que c'est comme [le cas de] celui qui endommage les dons [du cohen] ou les consomme, qui [en] est exempt, et ainsi en va-t-il pour [celui qui] vole [la toison]. Et [c'est] étonnant : car s'il en est ainsi, qu'est-ce que Rav Hisda nous apprend [de nouveau], puisque c'est [déjà] notre michna ? Et dans le commentaire de Rachi première version, écrit de sa main, il a expliqué [qu'il s'agit du cas] où, avant d'avoir tondu cinq brebis — c'est-à-dire la quantité [requise] pour l'obligation [de donner] la teinture — ce qu'il a tondu n'était pas [encore] parvenu à l'obligation [au moment] où il l'a teint et [ou] il a passé dessus le 'pinceau' [du teinturier, le rendant inutilisable pour le don] ; et il paraît [bien] que Rav Hisda nous apprend de ne pas expliquer notre michna selon le commentaire que [Rachi] a effacé, mais [que l'on est] exempt parce que [c'est] comme [celui qui] endommage les dons du sacerdoce (matnot kehouna), [puisqu']il les a acquis par un changement (chinouy).
💡 Explication

La michna : R. Dossa exige cinq brebis à cent cinquante dinars de toison chacune ; les Sages se contentent de 'tant soit peu' (kol che-hen). Combien ? Pour Rav : un mane et demi (cent cinquante dinars au total), répartis également (mehoumachot) sur les cinq bêtes. Pour Chmouel : soixante sela, dont on prélèvera un sela (1/60) pour le cohen.

3
רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֵׁשׁ – לְכֹהֵן חָמֵשׁ, וְאַחַת לוֹ. עֻולָּא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: ״כָּל שֶׁהֵן״ שָׁנִינוּ.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : six [sela] — au cohen cinq, et un pour lui. Oula a dit au nom de Rabbi Elazar : c'est 'tant soit peu' que nous avons appris [même un seul sela].

📜 Rachi (2)
רַבִּי יוֹחָנָן אוֹמֵר שֵׁשׁ סְלָעִים הָוֵי כָּל שֶׁהֵן וְיִתֵּן מֵהֶם חָמֵשׁ סְלָעִים כְּדִתְנַן בְּמָתְנֵי':
Rabbi Yo'hanan dit : six — sela, [voilà] le 'tant soit peu', et il en donnera cinq sela, comme nous l'avons appris dans notre michna.
וְאֶחָד לוֹ וַאֲפִילּוּ הֵן גּוֹזְזוֹת אֶלֶף סְלָעִים סַגִּי לֵיהּ נָמֵי בַּחֲמִשָּׁה סְלָעִים לַכֹּהֵן:
Et un pour lui — et même [si] elles tondent mille sela, cinq sela au cohen lui suffisent aussi.
💡 Explication

Deux autres avis. Rabbi Yo'hanan (via Rabba bar bar Hana) : il faut six sela de toison — cinq pour le cohen, un qu'on garde pour soi. R. Elazar (via Oula) prend la michna à la lettre : 'tant soit peu' veut dire n'importe quel poids, fût-ce un seul sela.

4
תְּנַן: וְכַמָּה נוֹתֵן לוֹ? מִשְׁקַל חֲמֵשׁ סְלָעִים בִּיהוּדָה, שֶׁהֵן עֶשֶׂר סְלָעִים בַּגָּלִיל. בִּשְׁלָמָא לְרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן – נִיחָא, אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל וְרַבִּי אֶלְעָזָר – קַשְׁיָא!

Nous avons appris [michna 135a] : 'Et combien lui donne-t-on ? Le poids de cinq sela en Judée, qui [font] dix sela en Galilée.' Soit, pour Rav et Rabbi Yo'hanan — cela va ; mais pour Chmouel et Rabbi Elazar — [c'est une] difficulté !

📜 Rachi (3)
כָּל שֶׁהֵן תְּנַן וַאֲפִילּוּ אֵין גּוֹזְזוֹת כֻּולָּן אֶלָּא סֶלַע אֶחָד:
'Tant soit peu' avons-nous appris — même [si] elles ne tondent toutes qu'un seul sela.
בִּשְׁלָמָא לְרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן נִיחָא דְּרַב לָא אַייְרֵי בִּנְתִינַת כֹּהֵן כְּלָל וְאִיכָּא לְמֵימַר דְּהוּא נָמֵי סְבִירָא לֵיהּ דְּנוֹתֵן מֵהָנָךְ ל"ז סְלָעִים לַכֹּהֵן ה' סְלָעִים:
Soit, pour Rav et Rabbi Yo'hanan, cela va — car Rav n'a pas du tout traité du don au cohen, et l'on peut dire que lui aussi tient que, de ces trente-sept sela et demi, il donne cinq sela au cohen.
אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר נוֹתֵן סֶלַע לַכֹּהֵן הָא אֲנַן חָמֵשׁ תְּנַן וּלְעֻולָּא נָמֵי דְּאָמַר כָּל שֶׁהוּא קַשְׁיָא דְּמֵהֵיכָא יִתֵּן לַכֹּהֵן ה' סְלָעִים:
Mais pour Chmouel — qui dit [qu']il donne un sela au cohen : or nous, [c'est] cinq que nous avons appris ! et pour Oula aussi, qui dit 'tant soit peu', [c'est une] difficulté : d'où donnera-t-il au cohen cinq sela ?
💡 Explication

Objection depuis la michna 135a : on donne au cohen cinq sela (de Judée, soit dix de Galilée — le sela de Galilée valant la moitié). Pour Rav (mane et demi = trente-sept sela et demi, dont on peut tirer cinq) et R. Yo'hanan (cinq au cohen) : pas de problème. Mais pour Chmouel (un seul sela au cohen) et R. Elazar ('tant soit peu') : d'où tirer les cinq sela exigés ?

5
וְלִיטַעֲמֵיךְ, וּלְרַב מִי נִיחָא? וְהָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: רֵאשִׁית הַגֵּז בְּשִׁשִּׁים!

Et selon ton raisonnement, pour Rav cela va-t-il [vraiment] ? Or Rav et Chmouel ont dit tous deux : la première toison [se donne] à un soixantième (be-chichim) !

[Le mane et demi de Rav, dont le soixantième ne fait pas cinq sela, n'est donc pas non plus conforme à la michna.]

📜 Rachi (1)
וּלְרַב מִי נִיחָא וְהָאָמַר רֵאשִׁית הַגֵּז בָּס' וְכֵיוָן דְּאָמַר שִׁבְעָה וּשְׁלֹשִׁים סְלָעִים וָחֵצִי חַייָּבִין בְּרֵאשִׁית הַגֵּז אִם מֵחָמֵשׁ רְחֵלוֹת בָּאוּ צֵא מֵהֶם חֵלֶק ס' מָטֵי לִשְׁלֹשִׁים סְלָעִים חֲצִי סֶלַע וּלְשִׁבְעָה סְלָעִים וַחֲצִי דָּבָר מוּעָט וא"נ מוֹקְמִינַן לָהּ כְּדִלְקַמָּן בְּמָנֶה בֶּן מ' סְלָעִים אַכַּתִּי סֶלַע הוּא דְּהָוֵי וַאֲנַן ה' סְלָעִים לַכֹּהֵן תְּנַן:
Mais pour Rav cela va-t-il ? or il a dit [que] la première toison [se donne] à un soixantième — et puisqu'il dit [que] trente-sept sela et demi sont soumis à la rechit ha-gez, si elles proviennent de cinq brebis, prélève-en le soixantième : tu arrives à trente sela et demi[-sela], et pour [ces] sept sela et demi [c'est] une [bien] petite chose ; et même si nous l'établissons, comme plus loin, [d'après] un mane de quarante sela, [ce n']est encore qu'un sela [qu'on obtient], or nous avons appris [qu'il faut donner] cinq sela au cohen.
💡 Explication

La Guemara retourne l'objection : pour Rav aussi, cela ne va pas ! Car Rav et Chmouel disent ensemble que la rechit ha-gez se donne au soixantième (1/60). Or le soixantième de mane et demi (trente-sept sela et demi) est bien moins que cinq sela — donc l'avis de Rav non plus ne colle pas avec la michna.

6
הָא אִיתְּמַר עֲלַהּ דְּהַהִיא, רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁיֵּשׁ לוֹ גִּיזִּין הַרְבֵּה עָסְקִינַן, וּמְבַקֵּשׁ לִיתְּנָן לַכֹּהֵן, וְאָמְרִינַן לֵיהּ: כָּל חַד וְחַד לָא תְּבַצַּר לֵיהּ מֵחֲמֵשֶׁת סְלָעִים.

[Mais] il a [déjà] été énoncé à propos de cette [règle-là] : Rav et Chmouel ont dit tous deux : nous traitons d'un Israélite qui a beaucoup de toisons et qui demande à les donner au cohen [à plusieurs cohanim] ; et nous lui disons : pour chacun et chacun [des cohanim], ne lui retranche pas [le don] au-dessous de cinq sela.

📜 Rachi (2)
הָא אִתְּמַר עֲלַהּ כְּלוֹמַר וּלְעוֹלָם רֵאשִׁית הַגֵּז בְּשִׁשִּׁים בֵּין רַב לִמְעַט וּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי חָמֵשׁ סְלָעִים לָאו אַרֵישָׁא קָאֵי אֶלָּא מִילְּתָא בְּאַנְפֵּי נַפְשָׁהּ הִיא:
[Mais] il a été énoncé à propos de cette [règle] — c'est-à-dire : en réalité, la première toison [se donne] toujours à un soixantième, [que la toison soit] grande ou petite ; et la michna qui enseigne 'cinq sela' ne porte pas sur le début [le cas précédent], mais [c'est] une règle à part.
בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁיֵּשׁ לוֹ גִּיזִּין הַרְבֵּה דְּחֵלֶק שִׁשִּׁים שֶׁבָּהֶם יֵשׁ בּוֹ כְּדֵי לְחַלֵּק לַכֹּהֲנִים הַרְבֵּה וּמְבַקֵּשׁ לְיִתְּנֵם לַכֹּהֲנִים הַרְבֵּה דְּאָמְרִי' לֵיהּ כָּל חַד וְחַד כֹּהֵן לָא תִּבְצֹר לֵיהּ מֵחֲמִשָּׁה סְלָעִים דְּהוֹאִיל וְיֵשׁ לוֹ לִיתֵּן בָּעֵינַן נְתִינָה רְאוּיָה לְכָל כֹּהֵן כְּדִלְקַמָּן וְהֵיכָא דְּגוֹזְזוֹת מְעַט נָמֵי סַגִּי לֵיהּ בְּשִׁשִּׁים. יֵשׁ לְשׁוֹנוֹת אֲחֵרִים וְאֵין בָּהֶם מַמָּשׁ:
Un Israélite qui a beaucoup de toisons — dont le soixantième contient de quoi partager entre plusieurs cohanim, et qui demande à les donner à plusieurs cohanim ; [alors] nous lui disons : pour chaque cohen, ne lui retranche pas [le don] au-dessous de cinq sela, car, puisqu'il a de quoi donner, il faut un don convenable pour chaque cohen, comme plus loin ; et là où [les bêtes] tondent peu, le soixantième lui suffit aussi. Il y a d'autres versions, et elles n'ont aucune consistance.
💡 Explication

Résolution : le don de cinq sela de la michna ne contredit pas le 1/60. On l'a expliqué ainsi : il s'agit d'un Israélite riche en toison dont le soixantième suffit à partager entre plusieurs cohanim ; on lui dit alors de ne donner à aucun cohen moins de cinq sela (un don digne de ce nom). Pour une petite toison, en revanche, le 1/60 suffit, fût-il inférieur à cinq sela.

7
גּוּפָא: רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: רֵאשִׁית הַגֵּז בְּשִׁשִּׁים, תְּרוּמָה בְּשִׁשִּׁים, פֵּאָה בְּשִׁשִּׁים.

[Reprise de] la chose même (goufa) : Rav et Chmouel ont dit tous deux : la première toison [se donne] à un soixantième, la terouma à un soixantième, la pea à un soixantième.

💡 Explication

La Guemara revient sur l'énoncé lui-même (goufa). Rav et Chmouel établissent une proportion commune de 1/60 (voir le schéma) : pour la rechit ha-gez (première toison), pour la terouma (prélèvement du cohen) et pour la pea (coin du champ laissé au pauvre).

8
תְּרוּמָה בְּשִׁשִּׁים? וְהָא אֲנַן תְּנַן: תְּרוּמָה עַיִן יָפָה – אֶחָד מֵאַרְבָּעִים! דְּאוֹרָיְיתָא – בְּשִׁשִּׁים, דְּרַבָּנָן – בְּאַרְבָּעִים.

La terouma à un soixantième ? Or nous avons appris [michna Teroumot 4:3] : la terouma, à œil généreux (ayin yafa) — un quarantième !

[Réponse :] [celle] de la Torah, à un soixantième ; [celle] des Sages (de-rabbanan), à un quarantième.

📜 Rachi (3)
וְהָא תַּנְיָא עַיִן יָפָה אֶחָד מֵאַרְבָּעִים וְהֵיכִי רַב וּשְׁמוּאֵל אַעַיִן רָעָה נָקְטִי שִׁיעוּרַיְיהוּ:
Or il est enseigné : à œil généreux, un quarantième — et comment Rav et Chmouel ont-ils fixé leur mesure d'après un œil [chiche] ?
וּמְשַׁנֵּי דְּאוֹרָיְיתָא בְּשִׁשִּׁים מִדְּאוֹרַייְתָּא סַגִּי לֵיהּ בְּשִׁשִּׁים וְהַייְנוּ דְּקָתָנֵי עַיִן רָעָה אֶחָד מִשִּׁשִּׁים. רַב וּשְׁמוּאֵל שִׁיעוּרָא דְּאוֹרָייְתָא אָתוּ לְאַשְׁמוֹעִינַן. וּבִיחֶזְקֵאל (מַה) רְמִיזָא וְשִׁשִּׁיתֶם הָאֵיפָה מֵחֹומֶר הַחִטִּים וְשִׁשִּׁיתֶם הָאֵיפָה מֵחֹומֶר הַשְּׂעֹורִים חֹומֶר ל' סְאִין אֵיפָה שָׁלֹשׁ סְאִין שְׁתוּת שֶׁלָּהּ חֲצִי סְאָה כְּשֶׁתּוֹצִיא חֲצִי סְאָה תְּרוּמָה מִשְּׁלֹשִׁים הֲרֵי אֶחָד מִשִּׁשִּׁים:
Et [la Guemara] répond : [celle] de la Torah, à un soixantième — de par la Torah, un soixantième lui suffit, et c'est [le sens de] ce qui est enseigné 'à œil chiche (ayin raa), un soixantième' ; Rav et Chmouel sont venus nous enseigner la mesure de la Torah. Et dans Ye'hezkel (45) [cela] est suggéré : 'et vous donnerez en sixième (vechichitem) l'epha sur le homer de blé, et vous donnerez en sixième l'epha sur le homer d'orge' — le homer [vaut] trente sea, l'epha [en vaut] trois, son sixième [est] une demi-sea : lorsque tu prélèves une demi-sea de terouma sur trente, voilà un sur soixante.
דְּרַבָּנָן מֵאַרְבָּעִים וְאָתוּ רַבָּנָן וְתַקּוּן דְּנֵיהֵיב עַיִן יָפָה מֵאַרְבָּעִים וּבֵינוֹנִית בַּחֲמִשִּׁים:
[Celle] des Sages, à un quarantième — et les Sages sont venus instituer que [l'on] donne, à œil généreux, un quarantième, et [à œil] moyen, un cinquantième.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא אֲנַן תְּנַן שִׁיעוּר תְּרוּמָה עַיִן יָפָה אֶחָד מֵאַרְבָּעִים וְלָא בָּעֵי לְמֵימַר דִּשְׁמוּאֵל אַייְרֵי בְּעַיִן רָעָה דְּאִם כֵּן מַאי קמ"ל מַתְנִיתִין הִיא בְּמַסֶּכֶת תְּרוּמוֹת (פֶּרֶק ד מ"ג) עַיִן רָעָה אֶחָד מִשִּׁשִּׁים:
Or nous avons appris — [que] la mesure de la terouma à œil généreux [est] un quarantième ; et il n'a pas voulu dire que Chmouel traite d'un œil chiche, car s'il en était ainsi, qu'est-ce qu'il nous apprend [de nouveau] ? c'est [déjà] une michna au traité Teroumot (chapitre 4, michna 3) : 'à œil chiche, un soixantième'.
💡 Explication

Difficulté sur la terouma : la michna (Teroumot 4:3) fixe, pour qui donne généreusement (ayin yafa), un quarantième — comment Rav et Chmouel disent-ils 1/60 ? Réponse : la mesure de la Torah est 1/60 (le minimum, l'ayin raa) ; le 1/40 (généreux) et le 1/50 (moyen) sont des mesures fixées par les Sages.

9
דְּאוֹרָייְתָא בְּשִׁשִּׁים? וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל: חִטָּה אַחַת פּוֹטֶרֶת אֶת הַכְּרִי! דְּאוֹרָיְיתָא – כְּדִשְׁמוּאֵל, דְּרַבָּנָן בִּדְאוֹרָייְתָא – אַחַת מֵאַרְבָּעִים, דְּרַבָּנָן בִּדְרַבָּנָן – בְּשִׁשִּׁים.

[Celle] de la Torah, à un soixantième ? Or Chmouel a dit : un seul grain de blé exempte le tas (kri) !

[Réponse :] [la mesure] de la Torah, comme [l'a dit] Chmouel [le minimum strict] ; [la mesure] rabbinique pour [un produit soumis] de la Torah — un quarantième ; [la mesure] rabbinique pour [un produit soumis seulement] de [par] les Sages — à un soixantième.

📜 Rachi (4)
פּוֹטֶרֶת אֶת הַכְּרִי רֵאשִׁית דְּגָנְךָ וְלָא יָהֵיב בֵּיהּ קְרָא שִׁיעוּר:
Exempte le tas — [de] 'la première de ton grain' (Deut 18), et le verset n'y a pas mis de mesure.
דְּאוֹרָייְתָא כְּדִשְׁמוּאֵל מִדְּאוֹרַייְתָּא בְּכָל שֶׁהֵן מִיפְטָר:
[La mesure] de la Torah, comme Chmouel — de par la Torah, on s'acquitte avec 'tant soit peu'.
דְּרַבָּנָן בִּדְאוֹרָיְיתָא בְּאַרְבָּעִים וְשִׁעוּרָא דְּרַבָּנָן אִתְּמַר בִּתְרוּמָה שֶׁהִיא מִן הַתּוֹרָה כְּגוֹן תְּרוּמַת תִּירוֹשׁ וְיִצְהָר שֶׁתִּנָּתֵן בְּאַרְבָּעִים:
[La mesure] rabbinique pour [un produit] de la Torah, à un quarantième — et la mesure rabbinique a été énoncée pour une terouma qui [relève] de la Torah, comme la terouma du moût [de raisin] (tiroch) et de l'huile (yitzhar), [pour] laquelle on donne un quarantième.
וְשִׁיעוּר דְּרַבָּנָן בִּדְרַבָּנָן וְשִׁיעוּרָא דַּאֲמוּר רַבָּנַן בִּתְרוּמָה דִּידְהוּ כְּגוֹן פֵּירוֹת הָאִילָן וְיָרָק בְּשִׁשִּׁים וּרְמִיזָא דִּיחֶזְקֵאל אַצָּרֵי עַיִן אֲמָרָהּ:
Et la mesure rabbinique pour [un produit] des Sages — et la mesure que les Sages ont dite pour leur terouma à eux, comme les fruits de l'arbre et le légume, [est] à un soixantième ; et [cela] est suggéré chez Ye'hezkel — un œil chiche l'a dit.
💡 Explication

Nouvelle difficulté : la terouma de la Torah serait-elle d'un soixantième ? Or Chmouel dit qu'un seul grain de blé exempte tout le tas (kri) — donc la Torah ne fixe aucune mesure ! Réponse, en trois étages : de la Torah, comme dit Chmouel (un grain suffit) ; rabbinique sur un produit soumis de la Torah (blé, vin, huile) — 1/40 ; rabbinique sur un produit soumis seulement par les Sages (fruits de l'arbre, légumes) — 1/60.

10
פֵּאָה בְּשִׁשִּׁים, וְהִתְנָן: אֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁאֵין לָהֶן שִׁיעוּר: הַפֵּאָה, וְהַבִּכּוּרִים, וְהָרֵאָיוֹן. דְּאוֹרָיְיתָא – אֵין לָהּ שִׁיעוּר, דְּרַבָּנָן – בְּשִׁשִּׁים.

La pea à un soixantième ? Or nous avons appris [michna Pea 1:1] : voici les choses qui n'ont pas de mesure : la pea, les prémices (bikourim) et l'apparition [au Temple] (raayon).

[Réponse :] [celle] de la Torah n'a pas de mesure ; [celle] des Sages, à un soixantième.

📜 Rachi (2)
וְהָרֵאָיוֹן מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ' דַּחֲגִיגָה (דַּף ז.) דְּכָל כַּמָּה דְּבָעֵי לְאִתַּחְזוֹיֵי בָּעֲזָרָה בָּרֶגֶל מִיתְחֲזֵי וּמַייְתִי קָרְבָּן עוֹלַת רְאִיָּה וְגַם הַקָּרְבָּן אֵין שִׁיעוּרָא לְדָמִים אִם מְרֻובֶּה אִם מוּעָט מִן הַתּוֹרָה אֲבָל חֲכָמִים אָמְרוּ הָרְאִיָּה מָעָה כֶּסֶף וְהַחֲגִיגָה שְׁתֵּי כֶסֶף:
Et l'apparition — [cela] est expliqué dans la Guemara de Haguiga (folio 7a) : autant qu'il veut se montrer dans le parvis (azara) durant la fête, il se montre, et il apporte le sacrifice de l'holocauste d'apparition (olat reaya) ; et ce sacrifice non plus n'a pas de mesure quant à sa valeur, [qu'elle soit] grande ou petite, de par la Torah ; mais les Sages ont dit : l'apparition [coûte au moins] une mea d'argent, et l'offrande de fête (haguiga) deux [pièces] d'argent.
דְּאוֹרָייְתָא אֵין לָהּ שִׁיעוּר כְּלָל וְרַבָּנָן יְהַבוּ לָן בָּהּ שִׁיעוּרָא בְּשִׁשִּׁים אֲבָל בִּתְרוּמָה אַף עַל גַּב דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא נָמֵי בְּכָל דְּהוּ מִפְּטַר נְהִי דְּמִפְּטַר מִמִּיתָה דְּטֶבֶל מִיהוּ לְכַתְּחִלָּה רְמִיזָא שִׁיעוּרָא דִּילָּה חֲמִשִּׁים וְשִׁשִּׁים דִּתְנָא בַּתּוֹסֶפְתָּא אָמַר רַבִּי יוֹסֵי מִנַּיִן לִתְרוּמָה שֶׁהִיא אֶחָד מֵחֲמִשִּׁים שֶׁנֶּאֱמַר בְּמִדְיָן (בַּמִּדְבָּר לֹא) תִּקַּח אֶחָד אָחֻוז מִן הַחֲמִשִּׁים אָחוּז שֶׁאָמַרְתִּי לְךָ בְּמָקוֹם אַחֵר כָּזֶה וּמִנַּיִן אִם תָּרַם וְעָלָה בְיָדוֹ אֶחָד מִשִּׁשִּׁים שֶׁאֵין צָרִיךְ לִתְרֹום שֶׁנֶּאֱמַר וְזֹאת הַתְּרוּמָה אֲשֶׁר תָּרִימוּ שִׁשִּׁית הָאֵיפָה מֵחֹומֶר הַחִטִּים וְגוֹ' אַלְמָא דְּמִתְיְיהֵב בָּהּ שִׁיעוּרָא הִלְכָּךְ לָא תָּנֵי לָהּ בִּדְבָרִים שֶׁאֵין לָהֶם שִׁיעוּר:
[Celle] de la Torah n'a pas de mesure — du tout ; et les Sages nous y ont donné une mesure, à un soixantième. Mais pour la terouma, bien que de la Torah elle aussi on s'acquitte avec 'tant soit peu' — certes [on] s'acquitte de la peine [de mort encourue pour avoir mangé du] tevel, néanmoins [pour] a priori [sa] mesure est suggérée : cinquante et soixante ; car il est enseigné dans la Tossefta : 'Rabbi Yossei a dit : d'où [sait-on] que la terouma [est] un cinquantième ? car il est dit à propos de Midian (Nombres 31) tu prendras un sur cinquante : [c'est] la part que je t'ai dite ailleurs comme celle-ci. Et d'où [sait-on que], si l'on a prélevé et qu'il s'est trouvé en sa main un soixantième, [il] n'a pas besoin de [re]prélever ? car il est dit (Ye'hezkel 45) et voici la terouma que vous prélèverez : un sixième de l'epha sur le homer de blé, etc.' — il appert donc qu'on lui donne une mesure ; c'est pourquoi [la michna] ne l'a pas enseignée parmi les choses qui n'ont pas de mesure.
🗂️ Tossefot (1)
אֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁאֵין לָהֶם שִׁיעוּר הַפֵּאָה כו' בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּמַסֶּכֶת פֵּאָה פָּרִיךְ אַמַּאי לָא חָשֵׁיב נַמֵּי תְּרוּמָה בַּהֲדַייְהוּ דְּחִטָּה אַחַת פּוֹטֶרֶת הַכְּרִי כְּדִשְׁמוּאֵל וּמְשַׁנֵּי דִּתְרוּמָה יֵשׁ לָהּ שִׁיעוּר לְמַעְלָה שֶׁאֵין יָכוֹל לַעֲשׂוֹת כָּל גָּרְנוֹ תְּרוּמָה כְּדִתְנַן הָעוֹשֶׂה כָּל גָּרְנוֹ תְּרוּמָה וְכָל עִיסָּתוֹ חַלָּה לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וּפָרִיךְ וַהֲרֵי פֵּאָה דְּאֵין אָדָם עוֹשֶׂה כָּל שָׂדֵהוּ פֵּאָה וְקָתָנֵי וּמְשַׁנֵּי פֵּאָה בִּשְׁעַת חִיּוּבָא דְּהַיְינוּ מִשֶּׁמַּתְחִיל לִקְצֹור אָדָם עוֹשֶׂה כָּל שָׂדֵהוּ פֵּאָה דְּהָוֵי פֵּאָה לְמַה שֶׁכְּבָר קָצַר אֲבָל תְּרוּמָה בָּתַר חִיּוּבָא דְּהַיְינוּ אַחַר מֵירוּחַ אֵין יָכוֹל לַעֲשׂוֹת כָּל גָּרְנוֹ תְּרוּמָה בגמ' דְּהָרֵאָיוֹן פָּרֵיךְ אַמַּאי לָא חֲשִׁיב אֵפֶר פָּרָה וַעֲפַר סוֹטָה וְרֹוק יְבָמָה וּמְשַׁנֵּי דְּלָא חֲשִׁיב בְּמָתְנֵי' אֶלָּא דְּבָרִים דְּאִי עֲבִיד טוּבָא הָוֵי מִצְוָה אֲבָל אֵין מְחֻויָּב לַעֲשׂוֹת אֶלָּא כָּל שֶׁהוּא:
Voici les choses qui n'ont pas de mesure, la pea, etc. — dans le Yerouchalmi du traité Pea, [la Guemara] objecte : pourquoi ne compte-t-elle pas aussi la terouma parmi elles, puisqu'un seul grain de blé exempte le tas, comme [dit] Chmouel ? Et elle répond : la terouma a une mesure par le haut (le-maala), car on ne peut faire de tout son aire (gorno) une terouma, comme nous avons appris 'celui qui fait de toute son aire une terouma et de toute sa pâte une halla n'a rien fait'. Et elle objecte : mais voici la pea, [puisque] nul ne fait de tout son champ une pea, et [pourtant la michna l']enseigne [comme sans mesure] ! Et elle répond : la pea, au moment de l'obligation — c'est-à-dire dès qu'il commence à moissonner — un homme peut faire de tout son champ une pea, [laquelle vaut] pea pour ce qu'il a déjà moissonné ; mais la terouma, [c'est] après l'obligation — c'est-à-dire après le lissage [du tas] (mirouah) — [qu']il ne peut [plus] faire de tout son aire une terouma. Dans la Guemara [traitant] de l'apparition, [la Guemara] objecte : pourquoi ne compte-t-elle pas [aussi] la cendre de la [vache] rousse (efer para), la poussière de la sota et le crachat de la yevama ? Et elle répond : la michna n'a compté que les choses qui, si l'on en fait beaucoup, [restent] une mitsva, mais [pour] lesquelles on n'est tenu d'en faire que 'tant soit peu'.
💡 Explication

Difficulté sur la pea : la michna (Pea 1:1) la range parmi les mitsvot sans mesure (avec les bikourim et le sacrifice d'apparition au Temple lors des fêtes). Comment alors fixer 1/60 ? Réponse : de la Torah, la pea n'a aucune mesure ; le 1/60 est une mesure minimale fixée par les Sages.

11
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא: אֵין פּוֹחֲתִין לַפֵּאָה מִשִּׁשִּׁים, אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ הַפֵּאָה אֵין לָהּ שִׁיעוּר! הָתָם בָּאָרֶץ, הָכָא בְּחוּצָה לָאָרֶץ.

Que nous apprend-il [de neuf] ? Nous l'avons [déjà] appris [michna Pea 1:2] : on ne retranche pas, pour la pea, en deçà d'un soixantième, bien qu'ils aient dit [que] la pea n'a pas de mesure !

[Réponse :] là-bas [c'est] en Terre [d'Israël], ici [c'est] hors de la Terre [d'Israël].

💡 Explication

Objection : qu'apportent Rav et Chmouel, puisque la michna suivante (Pea 1:2) dit déjà qu'on ne donne pas moins d'un soixantième de pea, 'bien qu'ils aient dit qu'elle n'a pas de mesure' ? Réponse : la michna parle de la pea en Terre d'Israël ; Rav et Chmouel, eux, traitent de la pea hors de la Terre d'Israël [la nouveauté portant sur la diaspora].

12
כִּי סְלֵיק אִיסִי בַּר הִינִי, אַשִּׁכְחֵיהּ (לְרַבִּי) [רַבִּי] יוֹחָנָן דְּקָא מַתְנֵי לֵיהּ לִבְרֵיהּ ״רְחֵלִים״, אֲמַר לֵיהּ: אַתַּנְיָיה ״רְחֵלוֹת״, אֲמַר לֵיהּ: כְּדִכְתִיב ״רְחֵלִים מָאתַיִם״, אֲמַר לֵיהּ: לְשׁוֹן תּוֹרָה לְעַצְמָהּ, לְשׁוֹן חֲכָמִים לְעַצְמָן.

Lorsque Isi bar Hini monta [en Terre d'Israël], il trouva Rabbi Yo'hanan en train d'enseigner à son fils 'rehelim' [au masculin]. Il lui dit : enseigne-lui 'rehelot' [au féminin].

Il lui dit : comme il est écrit 'deux cents rehelim' (Genèse 32:15) ! Il lui dit : la langue de la Torah [est] pour elle-même, la langue des Sages [est] pour elle-même.

📜 Rachi (3)
אַשִּׁכְחֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְאִיסִי בַּר הִינִי:
Il [le] trouva — Rabbi Yo'hanan [trouva] Isi bar Hini.
דְּמַתְנֵי לִבְרֵיהּ מַתְנִיתִין חָמֵשׁ רְחֵלִים גּוֹזְזוֹת מָנֶה מָנֶה וּפְרָס:
En train d'enseigner à son fils — la michna 'cinq brebis qui tondent un mane, un mane chacune'.
אֲמַר לֵיהּ אִיסִי כְּדִכְתִיב קְרָא קָא מַתְנֵי רְחֵלִים מָאתַיִם אֲמַר לֵיהּ לְשׁוֹן תּוֹרָה לְחוּד וְכוּ':
Il lui dit — Isi : comme il est écrit dans le verset, ainsi [l']enseigne-t-il, 'deux cents rehelim' ; il lui dit : la langue de la Torah [est] à part, etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: לְשׁוֹן תּוֹרָה לְעַצְמָהּ, לְשׁוֹן חֲכָמִים לְעַצְמָן. הִקְשָׁה הַגָּאוֹן בְּכוֹר שׁוֹר זַ"ל הָא בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים נָמֵי מָצִינוּ 'רְחֵלִים' בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת דִּתְנַן (מִשְׁנָה שַׁבָּת ה, ב) חוּץ מִן הָרְחֵלִים הַכְּבוּנוֹת, וּבְמַסֶּכֶת כִּלְאַיִם (מִשְׁנָה כִּלְאַיִם ט, א) צֶמֶר גְּמַלִּים וְצֶמֶר רְחֵלִים שֶׁטְּרָפָן זֶה בָּזֶה וּבִמְצִיעָא פֶּרֶק אֵיזֶהוּ נֶשֶׁךְ (בָּבָא מְצִיעָא סח:) שָׁמִין אֶת הָעִזִּים וְאֶת הָרְחֵלִים עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ הַהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין שִׁבְעָה לְשִׁבְעַת וּבֵין שָׁלֹשׁ לִשְׁלֹשֶׁת שֶׁזֶּה קָאֵי עַל הִתְחַבְּרוּת וְזֶה עַל נִפְרָדִים וְהִנֵּה בְּכָל הָנָךְ דֻּוכְתֵי דְּשַׁבָּת וְכִלְאַיִם וּמְצִיעָא מַזְכִּירִין חֲכָמִים שֵׁם הַמִּין לְכָךְ נָקְטִי 'רְחֵילִים' שֶׁבָּזֶה אֵין טַעַם לִמְנַקַּט 'רְחֵילוֹת' שֶׁהוּא לָשׁוֹן הַמּוֹרֶה עַל הִתְחַבְּרוּת אַךְ כָּאן בְּרֵאשִׁית הַגֵּז אָמְרוּ 'רֵאשִׁית הַגֵּז אֵינוֹ אֶלָּא בִּרְחֵלוֹת' שֶׁהוּא לְשׁוֹן הִתְחַבְּרוּת מִשּׁוּם דְּהָכָא קָפְדִינַן אַמִּנְיָינָא שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ אֶצְלוֹ חָמֵשׁ בְּיַחַד קֹודֶם גִּיזָּה שֶׁאִם הָיָה לוֹ רַק רָחֵל אַחַת וּגְזָזָהּ וְהִנִּיחַ גִּיזָּתָהּ וְקָנָה עוֹד רָחֵל וּגְזָזָהּ וְקָנָה עוֹד רָחֵל וּגְזָזָהּ עַד שֶׁהִשְׁלִים לְחָמֵשׁ אֵין מִצְטָרְפִים וּפָטוּר מֵרֵאשִׁית הַגֵּז אַף עַל פִּי שֶׁכָּל הַגִּיזּוֹת עוֹדָם לְפָנָיו, וְלָכֵן נָקֵיט 'רְחֵילוֹת' שֶׁהוּא לְשׁוֹן הַמּוֹרֶה עַל הִתְחַבְּרוּת וְלָא נָקֵיט 'רְחֵילִים' שֶׁהוּא לְשׁוֹן הַמּוֹרֶה עַל נִפְרָדִים דְּאִם הָיוּ נִפְרָדִים בִּשְׁעַת גִּיזָּה שֶׁקָּנָה זוֹ אַחַר שֶׁגָּזַז זוֹ אֵינָם חַייָּבִים. וְכָל זֶה הוּא בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים דְּקָפְדִי בִּכְהַאי גַּוְנָא אֲבָל בִּלְשׁוֹן תּוֹרָה לָא קָפֵיד קְרָא בְּדָבָר כַּיּוֹצֵא בָּזֶה וּכְמוֹ הַךְ קְרָא ד'רְחֵלִים מָאתַיִם' (בְּרֵאשִׁית לב, טו) דְּהָיָה רָאוּי לוֹמַר 'רְחֵילוֹת מָאתַיִם' שֶׁהוּא לְשׁוֹן הַמּוֹרֶה עַל הִתְחַבְּרוּת לְלַמֵּד שֶׁשָּׁלַח כָּל הַמָּאתַיִם בְּיַחַד וְלֹא שְׁלָחָם נִפְרָדִים בְּזֶה אֶת זֶה אַךְ לְשׁוֹן תּוֹרָה לְחוּד דְּלָא קָפֵיד קְרָא לְהַךְ דִּיּוּקָא בְּלִישָּׁנָא כִּדְקָפְדִי חֲכָמִים וְדָיְיקִי בִּלְשׁוֹנָם וְלָכֵן בַּתְּחִילָּה שָׁנָה לוֹ 'רְחֵלִים' דְּאָזֵיל בָּתַר לִישָּׁנָא דִּקְרָא דְּלָא אָזֵיל בָּתַר דִּיּוּקִים אֵלּוּ וְכִדְאָמַר רְחֵלִים מָאתַיִם וְאָמַר לוֹ רַבִּי יוֹחָנָן לֹא כֵן הוּא אֶלָּא צָרִיךְ לִמְנַקַּט הָכָא רְחֵילוֹת דִּלְשׁוֹן חֲכָמִים לְחוּד לְמֵידַק מִינָּהּ דִּיּוּקָא לְעִנְיַן דִּינָא כְּדַאֲמָרָן.
Il lui dit : la langue de la Torah [est] pour elle-même, la langue des Sages [est] pour elle-même. Le Gaon Bekhor Chor, de mémoire bénie, a soulevé [une difficulté] : or dans la langue des Sages aussi nous trouvons 'rehelim' [au masculin] — au traité Chabbat, comme nous l'avons appris (Michna Chabbat 5,2) 'sauf les brebis (rehelim) enveloppées [d'une couverture]', et au traité Kilayim (Michna Kilayim 9,1) 'la laine de chameaux et la laine de brebis (rehelim) qu'on a mélangées l'une à l'autre', et dans [le traité Baba] Metsia, au chapitre Eizehou Nechekh (Baba Metsia 68b) 'on évalue les chèvres et les brebis (rehelim)', vois-y. Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, que [voici la réponse] : connue [est] la différence qu'il y a entre 'chiva' et 'chivat' [sept], et entre 'chaloch' et 'chelochet' [trois] — [à savoir] que celle-ci [la forme construite, comme 'chelochet'] porte sur le rassemblement [des éléments] et que celle-là [la forme simple] porte sur des [éléments] séparés. Or voici que dans tous ces passages-là — de Chabbat, de Kilayim et de Metsia — les Sages mentionnent le nom de l'espèce ; c'est pourquoi ils emploient 'rehelim', car là il n'y a pas lieu d'employer 'rehelot', qui est une forme indiquant le rassemblement. Mais ici, à propos de la première toison (rechit ha-gez), ils ont dit 'la rechit ha-gez n'est [obligatoire] que pour des rehelot' — qui est une forme [marquant] le rassemblement — parce qu'ici nous sommes exigeants sur le nombre, car il faut qu'il ait cinq [brebis] ensemble avant la tonte. Car s'il n'avait qu'une seule brebis et l'a tondue et a mis de côté sa toison, puis a acheté une autre brebis et l'a tondue, puis a acheté encore une brebis et l'a tondue, jusqu'à compléter cinq — [ces toisons] ne se joignent pas et [il] est exempt de la rechit ha-gez, bien que toutes les toisons soient encore devant lui. C'est pourquoi [la michna] emploie 'rehelot', qui est une forme indiquant le rassemblement, et n'emploie pas 'rehelim', qui est une forme indiquant des [bêtes] séparées ; car si elles étaient séparées au moment de la tonte — [c'est-à-dire] qu'il a acheté celle-ci après avoir tondu celle-là — elles ne sont pas soumises [à l'obligation]. Et tout cela [vaut] dans la langue des Sages, qui sont exigeants en pareil cas ; mais dans la langue de la Torah le verset n'est pas exigeant sur une chose de ce genre, comme ce verset 'deux cents rehelim' (Genèse 32,15), où il aurait convenu de dire 'deux cents rehelot' — qui est une forme indiquant le rassemblement — pour enseigner qu'il envoya les deux cents ensemble et ne les envoya pas séparées l'une de l'autre. Mais la langue de la Torah [est] à part, car le verset n'est pas exigeant sur cette nuance (diyouk) dans la formulation, comme le sont exigeants les Sages, qui sont précis dans leur langage. C'est pourquoi, au début, il [Isi] lui enseigna 'rehelim', suivant la formulation du verset, qui ne suit pas ces nuances, [tout] comme il est dit 'deux cents rehelim'. Et Rabbi Yo'hanan lui dit : il n'en est pas ainsi, mais il faut employer ici 'rehelot', car la langue des Sages [est] à part, pour en déduire une nuance quant à la halakha, comme nous l'avons dit.
💡 Explication

Aggada (voir le schéma). Isi bar Hini, monté de Babylonie, enseigne la michna avec 'rehelim' (pluriel masculin de rahel, brebis). R. Yo'hanan le corrige : dis 'rehelot' (féminin). Isi se réclame du verset 'deux cents rehelim' (Gen 32:15). R. Yo'hanan tranche : la langue de la Torah et la langue des Sages sont distinctes — la michna emploie 'rehelot' même là où l'Écriture dit 'rehelim'.

13
אֲמַר לֵיהּ: מַאן רֵישׁ סִדְרָא בְּבָבֶל? אֲמַר לֵיהּ: אַבָּא אֲרִיכָא. אֲמַר לֵיהּ: אַבָּא אֲרִיכָא קָרֵית לֵיהּ?! דְּכִירְנָא כַּד הֲוָה יָתֵיבְנָא אַחַר שְׁבַע עֶשְׂרֵה שׁוּרָן אֲחוֹרֵיהּ דְּרַב קַמֵּיהּ דְּרַבִּי, וְנָפְקִי זִיקּוּקִין דְּנוּר מִפֻּומֵּיהּ דְּרַב לְפֻומֵּיהּ דְּרַבִּי, וּמִפֻּומֵּיהּ דְּרַבִּי לְפֻומֵּיהּ דְּרַב, וְלֵית אֲנָא יָדַע מָה הֵן אָמְרִין, וְאֶת ״אַבָּא אֲרִיכָא״ קָרֵית לֵיהּ?!

Il lui dit : qui [est] le chef de l'académie (rech sidra) en Babylonie ? Il lui dit : Abba Arikha [Abba le grand].

Il lui dit : Abba Arikha, [c'est ainsi que] tu l'appelles ?! Je me souviens [du temps] où je siégeais dix-sept rangs derrière Rav, devant Rabbi, et [où] des étincelles de feu (zikoukin de-nour) jaillissaient de la bouche de Rav vers la bouche de Rabbi, et de la bouche de Rabbi vers la bouche de Rav, et je ne savais pas ce qu'ils disaient — et toi, 'Abba Arikha' [c'est ainsi que] tu l'appelles ?!

📜 Rachi (6)
אֲמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן לְאִיסִי:
Il lui dit — Rabbi Yo'hanan à Isi.
מַאן רֵישׁ סִידְרָא בְּבָבֶל רֹאשׁ יְשִׁיבָה:
Qui [est] le chef de l'académie en Babylonie — le chef de la yechiva.
אַבָּא אֲרִיכָא רַב קֶרִי אֲרִיכָא שֶׁאָרֹוךְ בְּדוֹרוֹ הָיָה כִּדְאָמְרִינַן בְּהַמַּפֶּלֶת בְּנִדָּה (דַּף כֹּד:):
Abba Arikha — on appelle Rav 'Arikha' [le long, le grand] car il était grand [par la taille et l'éminence] dans sa génération, comme nous [le] disons dans [le chapitre] Ha-Mapelet, au traité Nidda (folio 24b).
אַבָּא אֲרִיכָא קָרֵית לֵיהּ וְלֹא אָמַרְתָּ רַבֵּינוּ בִּלְשׁוֹן כָּבוֹד:
Abba Arikha, [c'est ainsi que] tu l'appelles — et tu n'as pas dit 'notre maître', en [terme de] respect.
דְּכִירְנָא כְּשֶׁהָיָה בְּכָאן קֹודֶם שֶׁיָּרַד לְבָבֶל הָיָה חָשׁוּב מִמֶּנִּי שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב לִפְנֵי רַבִּי וַאֲנִי הָיִיתִי יוֹשֵׁב שִׁבְעָה עָשָׂר שׁוּרוֹת מֵאַחֲרָיו:
Je me souviens — [du temps] où il était ici, avant de descendre en Babylonie : il était plus considéré que moi, car il siégeait devant Rabbi, et moi je siégeais dix-sept rangs derrière lui.
זִיקּוּקִין נוֹשְׂאִין וְנוֹתְנִין בַּהֲלָכָה:
Des étincelles — ils discutaient et débattaient (nossin ve-notnin) dans la halakha.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאֶת 'אַבָּא אֲרִיכָא' קָרֵית לֵיהּ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל וְלֹא אָמַרְתָּ רַבֵּינוּ בִּלְשׁוֹן כָּבוֹד. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'אַבָּא קָרֵית לֵיהּ' דְּכָל טַעֲנָתוֹ הִיא בִּשְׁבִיל שֶׁקְּרָאוֹ אַבָּא בִּשְׁמוֹ כִּי הוּא שְׁמוֹ אַבָּא וְלָא קָרֵי לֵיהּ 'רַבֵּינוּ' אֲבָל עַל מַה שֶׁקְּרָאוֹ 'אֲרִיכָא' אֵין עָלָיו תַּרְעֹומֶת בָּזֶה כִּי אֲרִיכָא הַייְנוּ שֶׁהָיָה אֲרִיךְ בְּדוֹרוֹ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (נִדָּה כד:) רַב אֲרִיךְ בְּדוֹרוֹ הָיָה וְיָדוּעַ אֲרִיכוּת הַקּוֹמָה הוּא שֶׁבַח וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב זֹאת קוֹמָתֵךְ דָּמְתָה לְתָמָר (שִׁיר הַשִּׁירִים ז, ח) וְכֵן מָצִינוּ דְּרַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שִׁבְחוֹ אֶת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בַּאֲרִיכוּת קוֹמָה שֶׁהָיְתָה קוֹמָתוֹ עֶשֶׂר אַמּוֹת וְכֵן שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה שֶׁבַח אֶת שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה לִפְנֵי יִשְׂרָאֵל הַרְּאִיתֶם וְכוּ' מִשִּׁכְמוֹ וָמַעְלָה גָּבֹהַּ מִכָּל הָעָם (שְׁמוּאֵל א' ט, ב) אִם כֵּן אֲרִיכָא הוּא שֶׁבַח וְאֵין לוֹ עָלָיו תַּרְעֹומֶת בָּזֶה וְרַק הִתְרַעֵם עָלָיו דִּקְרָאוֹ אַבָּא בִּשְׁמוֹ וְלֹא אָמַר 'רַבֵּינוּ' וְעַל כֵּן הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְאֶת 'אַבָּא' קָרֵית לֵיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בֶּאֱמֶת אִי הֲוָה אָמַר אַבָּא בִּלְבַד לֹא הָיָה מִתְרַעֵם עָלָיו כִּי רַב אַף עַל גַּב דְּשֵׁם הָעֶצֶם שֶׁלּוֹ הוּא אַבָּא הָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ אַבָּא בִּסְתָם שֶׁהוּא כִּינּוּי שֶׁל כָּבוֹד כְּלוֹמַר הוּא אָב שֶׁל יִשְׂרָאֵל עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁנֶּאֱמַר וְיִקְרְאוּ לְפָנָיו אֲבָרֵךְ (בְּרֵאשִׁית מא, מג) וְתִרְגֵּם אוּנְקְלוֹס דִּין אַבָּא לְמַלְכָּא וְגַם הַנּוֹצְרִים קוֹרִין עַתָּה לַכּוֹמְרִים בְּשֵׁם אָב בִּסְתָם וְכֵן מָצִינוּ בְּסוֹף יוֹמָא (יוֹמָא פז.) דְּאָמַר רַב הוּנָא תַּלְמִידוֹ שֶׁל רַב עַל רַב אָזֵיל אַבָּא לְמִקְטַל גַּבְרָא וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י אַף עַל גַּב דְּרַב שְׁמוֹ אַבָּא לֹא קָרָא אֶת רַבּוֹ בִּשְׁמוֹ אֶלָּא קְרָאוֹ בְּשֵׁם אַבָּא לְכָבוֹד כְּלוֹמַר אָב. וְעַל כֵּן אִם כְּשֶׁשָּׁאַל 'מַאן רֵישׁ סִדְרָא בְּבָבֶל?' וְהָיָה מֵשִׁיב לוֹ 'אַבָּא' לֹא הָיָה מַקְפִּיד וּמִתְרַעֵם רַבִּי יוֹחָנָן עָלָיו כִּי קוֹרִין לְרַב אַבָּא בִּסְתָם לְשׁוֹן כָּבוֹד כְּדַאֲמָרָן אַךְ כֵּיוָן דְּאָמַר 'אַבָּא אֲרִיכָא' הִנֵּה מַה שֶׁאָמַר 'אֲרִיכָא' קָאֵי עַל גּוּפוֹ שֶׁהָיָה אֲרִיךְ וּמִמֵּילָא מַשְׁמַע גַּם 'אַבָּא' הוּא קָאֵי עַל גּוּף הָעֶצֶם שֶׁלּוֹ דְּאֵין לְפָרֵשׁ כַּוָּנָתוֹ בְּאוֹמְרוֹ אַבָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר אָב שֶׁל יִשְׂרָאֵל דְּעַל זֶה אֵין קֶשֶׁר לְמַה שֶׁאָמַר עָלָיו אֲרִיכָא וְכֵיוָן דְּאָמַר 'אֲרִיכָא' דְּקָאֵי עַל גּוּפוֹ מַשְׁמַע גַּם 'אַבָּא' הוּא שֵׁם גּוּף שֶׁלּוֹ וְלָכֵן הִקְפִּיד עָלָיו דְּלָא אָמַר רַבֵּינוּ כִּדְפֵירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל.
'Abba Arikha', [c'est ainsi que] tu l'appelles ! Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : et tu n'as pas dit 'notre maître', en [terme de] respect. [Mais] il [Rachi] aurait dû [plutôt] dire ['Abba', c'est ainsi que] tu l'appelles ?', car toute la récrimination [de R. Yo'hanan] tient à ce qu'il [Isi] l'a appelé 'Abba' par son nom — car son nom [est] Abba — et ne l'a pas appelé 'notre maître' ; mais quant à ce qu'il l'a appelé 'Arikha', il n'y a pas là-dessus de grief, car 'Arikha' signifie qu'il était 'arikh' [élevé, de haute stature] dans sa génération, comme ils ont dit dans la Guemara (Nidda 24b) 'Rav était arikh dans sa génération' ; et il est connu que la hauteur de stature est une louange, comme l'a dit le verset 'ta stature ressemble au palmier' (Cantique des cantiques 7,8). Et de même nous trouvons que nos maîtres, de mémoire bénie, ont loué Moche notre maître, paix sur lui, pour sa haute stature, [disant] que sa taille était de dix coudées ; et de même Chmouel le prophète, paix sur lui, a loué le roi Chaoul, paix sur lui, devant Israël : 'avez-vous vu [celui qu'a choisi le Seigneur]... depuis son épaule et au-dessus il [était] plus haut que tout le peuple' (Samuel I 9,2). S'il en est ainsi, 'Arikha' [est] une louange et il n'a là-dessus aucun grief ; il s'est récriminé uniquement de ce qu'il l'a appelé 'Abba' par son nom et n'a pas dit 'notre maître'. C'est pourquoi il aurait dû [plutôt] dire : 'Abba', [c'est ainsi que] tu l'appelles ? Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité, s'il avait dit 'Abba' seul, il ne se serait pas récriminé contre lui ; car Rav, bien que son nom propre soit Abba, on l'appelait 'Abba' tout court [parce] que c'est une appellation d'honneur, c'est-à-dire qu'il [est] un père d'Israël, à la manière de ce qui est dit 'et l'on criait devant lui Avrekh' (Genèse 41,43), [que] Onkelos a traduit 'celui-ci [est] le père du roi' ; et les chrétiens aussi appellent aujourd'hui les prêtres du nom de 'père' tout court. Et de même nous trouvons à la fin de [traité] Yoma (Yoma 87a) que Rav Houna, disciple de Rav, dit à propos de Rav 'Abba va faire mourir un homme', et Rachi a expliqué : bien que le nom de Rav soit Abba, il n'a pas appelé son maître par son nom, mais l'a appelé du nom de 'Abba' par respect, c'est-à-dire [au sens de] 'père'. C'est pourquoi, lorsqu'[Isi], en demandant 'qui [est] le chef de l'académie (rech sidra) en Babylonie ?', lui aurait répondu 'Abba', Rabbi Yo'hanan n'aurait pas été contrarié ni récriminé contre lui, car on appelle Rav 'Abba' tout court en [terme de] respect, comme nous l'avons dit. Mais puisqu'il a dit 'Abba Arikha' — voici que ce qu'il a dit, 'Arikha', porte sur sa personne (gouf), qui était 'arikh' [de haute taille], et de la même [manière] il en ressort que 'Abba' aussi porte sur sa personne même [son nom propre] ; car on ne peut interpréter son intention, en disant 'Abba', comme voulant dire 'père d'Israël', puisqu'à cela il n'y a aucun lien avec ce qu'il a dit à son sujet, 'Arikha'. Et puisqu'il a dit 'Arikha', qui porte sur sa personne, il en ressort que 'Abba' aussi [est] le nom de sa personne [son nom propre] ; c'est pourquoi il s'est offusqué contre lui de ce qu'il n'a pas dit 'notre maître', comme l'a expliqué Rachi, de mémoire bénie.
💡 Explication

R. Yo'hanan demande qui dirige l'académie de Babylonie. Isi répond : 'Abba Arikha' (Abba le grand — surnom de Rav, le plus grand de sa génération). R. Yo'hanan le reprend de ce ton familier : il se souvient d'avoir siégé dix-sept rangs derrière Rav, lui-même devant Rabbi, et des étincelles de feu (zikoukin de-nour — l'échange brûlant de la halakha) jaillissant entre la bouche de Rav et celle de Rabbi, si profond qu'il n'en saisissait pas le contenu ; comment Isi ose-t-il appeler un tel maître 'Abba Arikha' [sans titre d'honneur] ?

14
אָמַר לֵיהּ אִיהוּ: רֵאשִׁית הַגֵּז בְּכַמָּה? אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: בְּשִׁשִּׁים. וְהָאֲנַן ״בְּכָל שֶׁהֵן״ תְּנַן! אֲמַר לֵיהּ: אִם כֵּן, מַה בֵּין לִי וּלְךָ?

Il lui dit, lui [Isi à R. Yo'hanan] : la première toison, [elle est] de combien ?

Rabbi Yo'hanan lui dit : à un soixantième. [Isi :] or nous avons appris 'tant soit peu' !

Il lui dit : si [c'était] ainsi [si la michna se comprenait à la lettre], quelle [serait la] différence entre moi et toi ?

📜 Rachi (3)
א"ל אִיהוּ אִיסִי לְרַבִּי יוֹחָנָן:
Il lui dit, lui — Isi à Rabbi Yo'hanan.
רֵאשִׁית הַגֵּז בְּכַמָּה כַּמָּה יִהְיֶה לוֹ וְיִתְחַייֵּב בְּרֵאשִׁית הַגֵּז אֲמַר לֵיהּ בְּשִׁשִּׁים סְלָעִים:
La première toison, [elle est] de combien — combien doit-il avoir pour être tenu à la rechit ha-gez ? il lui dit : à soixante sela.
מַה בֵּין לִי וּלְךָ אִם אֵינִי יוֹדֵעַ פֵּירוּשָׁהּ שֶׁל מִשְׁנָתֵינוּ יוֹתֵר מִמְּךָ מָה אֲנִי גָּדוֹל מִמְּךָ אֲנִי יֵשׁ בְּיָדִי דְּכָל שֶׁהוּא לָאו דַּוְקָא אֶלָּא אַיְּידֵי דְּאָמַר ר' דּוֹסָא שִׁיעוּרָא רַבָּה אֲמוּר רַבָּנַן לְשׁוֹן שִׁיעוּר מוּעָט וְגֻוזְמָא הוּא וּמִיהוּ שִׁשָּׁה סְלָעִים בָּעֵינַן כִּי הֵיכִי דְּלִימְטֵי סֶלַע לַכֹּהֵן דִּבְצִיר מֵהָכִי לֵיכָּא לְמַאן דְּאָמַר דְּתֶיהֱוֵי נְתִינָה:
Quelle [serait la] différence entre moi et toi — si je ne connais pas le sens de notre michna mieux que toi, en quoi suis-je plus grand que toi ? Moi, je détiens [ceci] : que 'tant soit peu' n'est pas à prendre au pied de la lettre, mais [que], du fait que Rabbi Dossa a énoncé une grande mesure, les Sages ont employé un terme de mesure menue, et [c'est] une exagération (gouzma) ; toutefois, il faut six sela, afin qu'un sela parvienne au cohen, car en deçà de cela, nul n'est d'avis que ce soit [encore] un [vrai] don.
💡 Explication

Isi interroge à son tour : quelle est la mesure de la rechit ha-gez ? R. Yo'hanan : 1/60 [soixante sela déclenchent l'obligation]. Isi objecte : la michna dit 'tant soit peu' ! R. Yo'hanan répond avec hauteur : si la michna se lisait au pied de la lettre, quelle différence entre nous ? — le maître détient la conclusion halakhique, l'élève seulement la lettre du texte ; 'tant soit peu' n'est qu'une formule, mais il faut au moins six sela pour qu'un sela revienne au cohen.

15
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: רֵאשִׁית הַגֵּז – רַב אָמַר בְּשִׁשִּׁים, וְרַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יַנַּאי אָמַר בְּשֵׁשׁ. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב דִּימִי: אַנַּחְתְּ לַן חֲדָא וְאַקְשֵׁת לַן חֲדָא.

Lorsque Rav Dimi vint [de Terre d'Israël], il dit : la première toison — Rav a dit à un soixantième, et Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yannai, a dit à six. Abaye dit à Rav Dimi : tu nous as posé [à plat] une [contradiction] et tu nous en as soulevé une [autre].

📜 Rachi (2)
בְּשִׁשִּׁים חֵלֶק שִׁשִּׁים יִתֵּן לַכֹּהֵן. לִישָּׁנָא אַחְרִינָא שִׁשִּׁים סְלָעִים חַיָּיבִים בְּרֵאשִׁית הַגֵּז:
À un soixantième — il [en] donne le soixantième au cohen. Autre version : soixante sela sont soumis à la première toison.
אַנַּחְתְּ לָן חֲדָא אַחַת מִדְּבָרֶיךָ יְכוֹלָה לְהִתְקַיֵּים:
Tu nous as posé [à plat] une — l'un de tes propos peut tenir.
💡 Explication

Tradition de Rav Dimi (revenu d'Israël) : pour la rechit ha-gez, Rav dit 1/60 [soixante sela], et R. Yo'hanan au nom de R. Yannai dit six sela. Abaye réagit : cette tradition en résout une contradiction mais en crée une autre.

16
בִּשְׁלָמָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן לָא קַשְׁיָא: הָא דִּידֵיהּ, הָא דְּרַבֵּיהּ.

Soit [la contradiction] de Rabbi Yo'hanan sur Rabbi Yo'hanan, [elle] n'[est] pas une difficulté : celle-ci [est] de lui-même, celle-là [est] de son maître.

📜 Rachi (3)
בִּשְׁלָמָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן דַּאֲמַרְתְּ מִשְּׁמֵיהּ בְּשִׁשִּׁים:
Soit [celle] de Rabbi Yo'hanan — [ce] que tu as dit en son nom, 'à soixante'.
אֶדֶר' יוֹחָנָן דְּאָמַר לְעֵיל כַּמָּה כֹּל שֶׁהֵן שֵׁשׁ חָמֵשׁ לַכֹּהֵן וְאֶחָד לוֹ לָא קַשְׁיָא:
Sur [celle] de Rabbi Yo'hanan — qui a dit plus haut 'combien [vaut] tant soit peu ? six, cinq au cohen et un pour lui' — [cela] n'[est] pas une difficulté.
הָא דִידֵיהּ הָא דְרַבֵּיהּ מִשּׁוּם רַבִּי יַנַּאי כִּדְקָאָמְרִינַן:
Celle-ci [est] de lui-même, celle-là [est] de son maître — au nom de Rabbi Yannai, comme nous [le] disons.
💡 Explication

Abaye précise : la contradiction interne à R. Yo'hanan se résout — il avait dit 'soixante' (à Isi) et 'six' (via Rabba bar bar Hana). Selon Rav Dimi : 'soixante' est son propre avis, tandis que 'six' est celui de son maître R. Yannai ; pas de contradiction.

17
אֶלָּא דְּרַב אַדְּרַב קַשְׁיָא, דְּהָא אָמַר רַב מָנֶה וּפְרָס! דְּרַב אַדְּרַב נָמֵי לָא קַשְׁיָא, מַאי מָנֶה דְּקָאָמַר? בֶּן אַרְבָּעִים סְלָעִים, דַּהֲוָה לֵיהּ

Mais [la contradiction] de Rav sur Rav [est] une difficulté, car Rav a [pourtant] dit 'mane et demi' ! [Réponse :] [celle] de Rav sur Rav non plus n'[est] pas une difficulté : quel 'mane' a-t-il dit ?

[un mane] de quarante sela, ce qui fait [pour lui]

📜 Rachi (2)
אֶלָּא דְּרַב אַדְּרַב קַשְׁיָא דְּאָמַר רַב (כֻּולּוֹ) מָנֶה וּפְרָס חַייָּבוֹת בְּרֵאשִׁית הַגֵּז וְאִי רֵאשִׁית הַגֵּז בְּשִׁשִּׁים לָא מָטוּ לֵיהּ לְכֹהֵן סֶלַע וּבְצִיר מֵהָכִי לֵיכָּא לְמַאן דְּאָמַר:
Mais [celle] de Rav sur Rav [est] une difficulté, car Rav a dit 'mane et demi' — [qu'elles] sont soumises à la première toison ; or si la première toison [est] à un soixantième, il n'en revient pas un sela au cohen, et en deçà de cela nul n'est d'avis [que ce soit un don].
בְּמָנֶה בֶּן אַרְבָּעִים סְלָעִים יֵשׁ מָנֶה גָּדוֹל כָּךְ כְּדִלְקַמָּן דְּהָווּ מָנֶה וּפְרָס שִׁשִּׁים וּמֵהֶן יִתֵּן סֶלַע לַכֹּהֵן:
[Un mane] de quarante sela — il existe un grand mane de la sorte, comme [on le verra] plus loin, [tel] qu'un mane et demi [font] soixante, et il en donne un sela au cohen.
💡 Explication

Reste la contradiction de Rav sur Rav : ici 'à un soixantième' (donc soixante sela), là 'mane et demi' (cent cinquante dinars = trente-sept sela et demi) ! Résolution : le 'mane' de Rav n'est pas le mane ordinaire de vingt-cinq sela, mais un grand mane de quarante sela — un mane et demi en font alors soixante sela, conformes à 'un soixantième' (le verset se poursuit au folio suivant).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).